‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 221 sur 243 · En d^autres termes, nous abandonnons, nous délaissons · texte numérisé non relu

En d^autres termes, nous abandonnons, nous délaissons

ConformUé. 9

estatuU pour statuto, un espectaele jpovst un spectacle, et plusieurs semblables; omettausau contraire e oùii le fault.

Les noms aussi des arts iiberauli et sciences ou disciplines noas sont demourez : comme grammaire, poésie, rhétorique , physique , dialectique , logique; avec leiin adjectifs I grammairien, poète, rhetoricien, physlden, dialecticien, logicien (je di logique et logicien, à la façon que le temps passé es collèges on les distingooitde dialectique et dialeeticien). Et les noms des disciplines ou sciences mathématiques (que nous appdons simplement aussi mathématiques, qui est un mot grec), arithmétique, géométrie, musique S astrologie'.

Et mesmes nous ne disons pas seulement rhetorieien et rhetoriquement , mais avons voulu avoir un verbe dérivé de la, et dire rhetoriquer ou plustost rhetorizer, aussi bien que les Grecs ^TjtopCÇsiv : comme oultre philosophe , philosophie , philosophique , philosophiquement , nous usons aussi du verbe philosopher, qm respond à (ptXooo^tv. Semblablement , de poète, nous déduisons poétiser, lequel mot les Grecs n'ont point

D'avantage nous usons de plusieurs mots qui dépendent de la cogDoissance des sdeuces , comme prognostiquer, prognostâcation , et physionomie (pour physlognomonie)» prophète, prophétie, et mélodie, mélodieux, harmonie, harmonieux. Item, hétéroclite, categoriquefl^ent. Item, sophiste, sophistique, sophistiquement, sophis-

1 . Les anciens soumettaient la musique à certaines lois de calcul fort obscures , d'après lesquelles ils lui donnaient plan parmi les sciences exactes : c'est ce que Ton peut voir dans les savants Mémoires de Burette sur la musique ancienne , que resferme le recueil de TAcadémie des inscriptions.

2. Ce terme, au xvi* siècle, se confondait souvent, pour le Fens, avec celui û'astronomie,

tiquer, eopliistlqué; melhode, metiiodiQuement; hèretique , hérésie. Item> phantausme, phaiitasie» phantastique, phàntastiquemeiity phantastiquer ; practique, théorique, éclipse.

Oultre-plos , nous sont d^nourez plusieurs noms de bestesy et spécialement d'oiseaux , comme loriot, austruche, phaisan, coucou, peliican.

J*ay aussi pris garde à plusieurs mots coneernans nostre religion tant en gênerai qu'en particulier : comme paradis, ange , archange , patriarche , apostre , evesque, archevesque, prestre, diacre, archidiacre, chaaoine, martyr, synode, baptizer et basitesme, cemetiere, pentecoste, diable, idole et idolâtre, h3rpocrite et hypocrisie, hérétique et hérésie. Quant à moine, je ne le dedui pas de (Aovoe^^oç , mais de (iiovoç, qui est plus près (et dont vient aussi fiov«x^ç) ; et toutesfois on dit, habit monachal, fxova^^ixov, et monachalement, fAovaxucâ)^ Nous prenons aussi du grec,. théologie; et toutesfois disons théologien pour theologue, et vin théologal plustostque vin theologique^

Nous avons aussi retenu assez grand nombre des noms propres d'hommes et femmes, et de villes.

D'hommes : comme Philippe , Alexandre , Nicolas ,

1. Suivant les auteurs du Dictionnaire de Trévoux^ on entendait par vin théologal le Tin le plus délicat, le plus estimé : acception aujourd'hui perdue , mais que la malice du xvi* siècle avait mise fort en vogue ; de la même manière , les anciens désignaient une excellente table par le nom de saliares mensœ. Érasme dit, en eifet, que de son temps on appelait par plaisanterie vinum theologicum un vin de parfaite qualité. Chopiner theologalement ^ c'était aussi , d*après une explication de Henri Ëstienne, boire beaucoup de vin et du meilleur. Enfin Montaigne a parl^ également « du vin théologal et sorbonique comme passé eu proverbe dans les bons festins, »

, ( 196 ) Hierome , Hippolyte » Ghristophle (pour Christophore). Et qui est une chose digne d'estre notée , ayans aussi emprunté des noms propres de i'hebrieu et de l'allemand, nous donnons quelquesfois à une mesme personne le nom pris d'un langage , le surnom pris d'un autre : comme q^and nous disons Jehan Pierre ou Jehan Baptiste, nous prenons le nom de Thebrieu, ie surnom , du grec. Quand nous disons Henri Estienne, nous joignons un surnom pris du grec à un nom emprunté de l'allemand ; lequel dit Henrich (pour Henderich) en la mesme façon que Huldrich et Friderich: car comme Huldrich (pour Hulderich) est composé de rtcA(qui signifie riche) avec hulde, faveur, ou grâce selon aucuns; et Friderich de ce mesme rich, avee fride , signifiant paix ; ainsi est composé Henrich (poor Henderich), de rich, et de hende, qui est à dire, les mains ^ : tellement que Huldrich signifie riche de grâce , ou faveur ; Friderich , riche de paix ; Henrich , riche de mains, ou en mains : ce qui se peult interpréter en diverses manières ; mais il n'est pas besoin de s'arrester beaucoup à telles etymologies^ Quant aux noms des femmes pris du grec , ceux qui

1. Aujourd'hui, en allemand, fnUd, reUh, friede, hdnde. Quant au substantif huld, il a retenu, en effet , la double sigaitication de grâce et faveur.

2. Tout au contraire, H. Estienne eût dû le faire jrfus souTent; et par là il eût, ainsi que ses contemporains et ceux qui Font suiYi dans la carrière étymologique, évité de nombreux faux pas. Jusqu^à nos jours en effet , dans la recherche des origines de notre langue , on avait tenu beaucoup trop peu compte de réiément germanique : ce qui explique une fouie d'erreurs. Qu'il suffise de rapp^er , en passant , que MM. Dietz et Ampère , dans des travaux récents , ont évalué à mille environ le nombre des mots français empruntés aux idiomes de la Germanie, sans compter les dérivés et les composés.

me viennent pour le présent en mémoire , sont pria de noms appelatifs : comme Gatharine (pour lequel plu-» sieurs disent Catherine , et le vulgaire Gateline), de xadapà; Marguarite (pour lequel on use ordinairement de Marguerite) y de ii.apyapi'n\ç.

Quant aux noms des villes, nous avons retenu entr'autres les composez de icoXiç avec un autre mot : comme Grenoble, Gonstantinoble* (au lieu de Grenople elGonstantinople}, et comme Naples.

Les autres mots pris du grec sont de diverses sortes, et tels qu'on ne les pourroit bonnement réduire sous un certain tiltre, et comme en lieu commun; hormis qu'il fault noter que nous avons retenu plusieurs des mots descendus de Xtfyoc : comme logique, logicien; astrologue, prologue, dialogue, horloge (pour horologe )^ homologuer. Il est vray que ce dernier ne vient pas immédiatement de ^oyoç, mais de ôfAoXoYeîv, lequel est descendu de Xoyoc : toutesfois le vulgaire prononce emologuer.

Je n'ay pas délibéré d'omettre, entr'autres choses, les mots des petits enfans : je di petits enfans ne pouvans encores former les mots, et ne faisans que bégayer. Car il fault noter qu'ils bégayent leur francois en grec, c'està-dire en mots ayans leur origine du langage grec : quand ils disent papa , maman , tetai> caca. Et mesmes, quant à deux de ces mots, ils n'ont pas seulement leur origine du grec , mais sont les mots grecs formels , ayans gardé la mesme signification avec les mesmes lettres : je di quant a papa et caca. Et (qui est plus) estoyent les mots des petits enfans de Grèce, comme aujourdhuy

1. Ainsi écriyait-on, et dès une époque fort ancienne , le nom de la capitale de rOrient : c^est ce que Ton voit particulièrement dans le récit de la Conqueste de Constantinoble , par ViUehardouin .

de ceux de FraneeS Quant à oaamaB» il est vray (faHlu trouve avoir aussi esté en usage entre eux : mais il y a un passage d'Ârist^hane par lequel il appert que c'estoit pour signifier autre ehose^. Quant à tetai, il est aussi bien des autres que des petits enfants ; horrals que les autres prononeent la dernière syllabe un peu autrement , disans tetet et teter.

Quelqu'un aussi pourroit dire que J'aurois eu tort de laisser les beaux mots de jergon , dont la plus grande partie est évidemment prise du grée; et pourtant leur feray cest honneur de leur laisser iei plaee*. TDUtesfQis je diray les trois desquels i) me souvient ; qui sont: arti, d'dfpToç; eri , dex(>é«ç; piot, deiPieTv^*

Il sera bon auçsi (ee me semble) que par manière d*advertissemeut je responde h un certain Flamend ^ j

1. Le singulier rapprochement invoqué ici par H. Estienne rappelle un peu le raisannemeat de eet émdit qui, peur prouver que la langue grecque était de toutes la plus ancienne , prétendit que le premier homme avait parlé grec , attendu qu'à la vue du soleil et des astres il s'était certainement écrié : â ! .

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