UT
l'éditeur semble i'avoir couvert à dessein de cette demiobscurité qui ajoute à l'objet qu'elle voile un attrait de plus ^ Il a été question de deux manuscrits qu'il aurait détruits après les avoir conférés , ou qu'il eût ensuite laissés périr, dans les accès de misanthropie qui signalèrent ses dernières années. L'un, a^t-on dit, était caché dans l'intérieur de la couverture d'un vieux livre; l'autre, à moitié moisi, 'gisait au fond d'un antique monastère. On a raconté aussi que les Pays-Bas avaient fourni quelques-unes des odes. De ces asserticms peu justifiées sont résultés des doutes honorables pour Henri £)stienne : on a prétendu, en effet, que la version latine publiée était un original de son invention , qu'il avait traduit en grec. Par une de ces fraudes ingénieuses dont le xvi« siècle offrit plus d'un exemple, il aurait voulu , en vieillissant son œuvre à sa naissance, lui concilier plus sûrement des admirateurs. De non veaux manuscrits, ultérieurement découverts , ont réfuté cette supposition que le texte seul , regardé de près , permettait de démentir : par lui-même , il témoigne assez de son origine. Un moderne, fût-ce un lettré du xvi« siècle, ne pouvait tout à fait imaginer ainsi* Il y a, dans la plupart des pièces, et surtout dans des vers iisolés, qui ne manquent à aucune d'elles , cette pureté de traits, cette précision de contours , cette naïveté , cette vigueur d'enthousiasme que la contrefaçon ne saurait atteindre : ce cachet antique est inimitable.
Quelles que fussent, au reste, les objections ou les chicanes des savants, lorsque parut en 1554 i'Anacréon
1. «I Ânacreontcm , qui toi annos latuerat, vetustis notis in libro exaratum secum attulit, » se contente de dire Sainie-Martlie, dans son éloge de H. Estienne.