De Latinitaie falso suspecta y p
2. « Erudito sœculo nec a poeticis hilaritatibus alieno...:» Sainte-Marthe, éloge cité.
3. Quand les Analecta de Brunck parurent en 1776, ils Tinrent de même, snivant nn rapprochement ingénieux de M. Sainte-Beuve, « offrir précisément à l'adolescence d'André Chénier sa nourriture la plus appropriée^et la plus maternelle. »
un excellent connaissenr de cette époque* , entre lean Second et Marulle , il remettait en idée Texquis et le simple; il eut à la fois pour effet de tempérer le pindarique et de clarifier le Rabelais. » On peut suivre à la trace ce doux rayon qui éclaire la seconde partie do xvi^ siècle. Il se reflète surtout dans du Bellay , daos Ronsard , dans Desportes. Mais bien d'autres encore ont été f par moments, inspirés d' Anacréon : Tahureau , Passerat, Durant , Rapin , Magny , Baïf , Thiard, Vauquelin de la Fresnaye, enfin Belleau» plus heureux toutefois lorsqu'il se contente de Timiter^que lorsqu'il veut le traduire.
Il ne faudra pas en effet chercher la reproduction du gracieux modèle dans les vers français de ce tourneur, queRonsard, en jouant sur son nom , accusait d'être pour son rôle un biberon trop sec^» mais bien plutôt dans la copie latine de Henri Estienne, qui n'a pas été surpassée: tel est l'attrait de sa traduction , admirablement fidèle à la lettre et à l'esprit du texte grec , tout en se présentant avec l'allure facile d'une conception originale ^ Jamais il n'a manié avec plus d'aisance cette langue qui
i. M. Sainte-BeuTe, « Ânacréon au xvi« siècle : » voy. ce morceau placé à la suite du Tableau historique et critique de la poésie française au xyi* siècle; Paris, Charpentier, 1843, p. 440 et suiv.
2. Témoin sa pièce d* Avril où il n'est pas demeuré trop au^ dessous de la Cigale d' Anacréon.
3. ScéYoIe de Sainte-Marthe a dit, en s'adressant à Belleau lui-même, dans ses ÉpigrammeSf liv. 1",
Sobrias ebria oantas
Senis faceti pocula.
4. 11 plut à quelques-uns, tels que Josepli Scallger , d'attribuer la traduction latine h d' Aurai : bruit qui s'explique par la grande célébrité de ce poëte : Colomesii Opmcula, p. 109«
I ( î*vii )
•^ loi était comme naturelle ; jamais la versification » : asservie cependant aux lois d'un mètre rigoureux , n'a I eu plus de souplesse et d'harmonie sous sa plume. j Mais Tillusion que cette version a faite aux contemporains est à elle seule un éloge hyperbolique qui nous dispense de tout autre ^«.
Henri Estienne comparait à bon droit, dans sa préface, ces charmantes compositions à cette merveille de l'antiquité, à ce navire d'ivoire, parfait dans sa petitesse, qu'enveloppaient tout entier les ailes d'une abeille. Doué de cette yariété d'aptitudes et de qualités que nous offre le xvie siècle , le savant Henri Estienne avait la main assez légère pour ne pas froisser ce chef-d'œuvre si délicat ; et , presque en même temps, ses recherches s'appliquaient avec non moins de succès aux plus graves monuments de l'ancienne littérature. Vers la fin de l.Sô4, nous le retrouvons à Rome découvrant une partie inédite de Diodore de Sicile, dix nouveaux livres qu'il devait bientôt mettre en lumière. Encore ces exhumations laborieuses ne suffisaient-elles pas à son activité. Ici se montre à nos yeux un trait saillant de sa physionomie , son dévouement à la France qu'il avait quittée, mais qu'il ne cessa jamais d'aimer. Ce patriotisme, qui eut plus d'une face, faillit à cette époque lui coûter la vie. Son mérite personnel le sauva. Notre ambassadeur à Venise,
1. On sait moins généralement, et il est moins nécessaire de savoir, que H. Estienne a donné des mêmes odes une traduction française : cons. à ce sujet Maitfaire, p. 219 et 500; et Longepierre, Œuvres d'Anacréon et de Sapho, traduites en vers français, Paris, 1684, in -12 : Préf^. La préface de M"* Lefebvre (depuis M"** Dacier , qui , elle aussi , a traduit Anacréon ) lui avait appris, dit-il , « que Henri Estienne avait mis auparavant en vers français les mêmes odes qu'il a rendues latines. » Mais il ajoute qu'il n'avait vu que les dernières.
( MTin ) Odet de SeWe, aifait grand intérêt» pour le bien de no6 affaires y à être informé de quelques secrets politiques qu'il fallait aller chercher à Naples» Il s^adressa à Henri dont il appréciait la résolution et rattachement au pays. C'était en avril 1555, lorsque Sienne, énergiquement défendue par Strozzi et Montluc contre les troupes de Cosme de Médicis , était forcée de céder à la fomine. Henri se rendit aussitôt à Naples et y remplit habilement sa mission : mais reconnu par un Italien » qui prétendait ravoir vu à Venise et auprès de l'ambassadeur français, il n'échappa au danger qu'en parlant l'idiome napolitain avec une perfection qui le fit passer pour un indigène^ 11 excellait à se servir de chacun des dialectes aussi facilement que s'il n'e4t pratiqué que l'un d'eux : circonstance rare , même parmi les philologues d'une contrée où le langage commun subit tant d'altérations. Sa prononciation ne trahissait en rien son origine étrangère. En revenant, au milieu de la même année, avec de nouveaux trésors patiemment amassés (aucune préoccupation ne pouvait le dérober entièrement à celle de rérudit), H. Estienne résida à Paris pendant quelques mois. Il y rapportait un choix d'idylles de Théocrite , de Bion et de Moschus , traduites en vers latins , qu*il avait publié à Venise et qui peu après le fut une seconde fois par Robert 11^. D'autres impressions de Paris qui appartiennent à cette époque , et où se voit le nom de Henri , sortent en réalité des presses de son frère et de
1. C'est ce qui est raconté dans la Précellence^ Yoy. p. 32 de notre édit.; cf. la fin de la préface de la Conformité, où il est aussi question de cette mission diplomatique.
2. A ta suite de cette version , où H. Estienne a retenu çà et là l'accent de tendresse et Tabandon gracieux qui distinguent les pièces originales, sont placés quelques autres morceaux, entre lesquels une élégie de Properce rendue en vers grecs.
(ttxj
son onde , avec qui il contracta peiit-éfre une assocfatkm temporaire. Son Anacréon avait para chez Charte» Estienne : chez eeluici il. édita, en 1554 également, plusieurs parties des œnvres critiques de Denys dUali* earnasse. Elles étaient précédées de deux épttres , en forme de dédicace, Tune latine, à Victorius^, l'autre grecque, adressée à l'ambassadeur Odet de Selve dont on sait rhonorable liaison avec Henri. Dès ce moment et jusqu'à la fin de sa vie, il ne manqua jamais de saisir l'à-propos de ses publications pour se rappeler à ses protecteurs ou à ses amis : un vif intérêt de ses épltres préliminaires, c'est qu'elles jettent beaucoup de clarté, non pas seulement sur les travaux et les projets de l'auteur, mais sur les relations et le caractère de l'homme. Henri préparait vers le même instant une réimpression annotée et complète des œuvres de Gicéron. Un exemplaire de l'édition qu'en donnait alors Charles Estienne (1551- 1555) , couvert de savantes obser^^ations et retrouvé récemment, nous fait connaître ce dessein qui n'a pas eu son exécution.
Après ce séjour dans sa ville natale où il se plaisait à s'attarder , Henri était de retour à Genève vers la fin de 1555. En 1556 ou au commencement de 1557, il reçut de son père les moyens d'y fonder une imprimerie^. A vrai dire , bien que dans un établissement distinct de eelui de Robert, il lui succéda pour la publication des livres de l'antiquité : on n'a pas oublié que celui-ci les avait délaissés afin de s'occuper presque exclusivement des œuvres de polémique religieuse. Le fils inaugura tout
1. Pierre Vettori : savant éditeur et commentateur italien , auteor des Variœ lectiones. Ou le connaît davantage sous son nom latinisé : il est cité parmi les amis de Henri Estienne.
2. C^est par erreur qu^on a prétendu quelquefois quMl avait potsédé une imprimerie dès Tannée U&2.
d*abord ses presses par cinq éditions grecques, données^ en peu de temps et consacrées à des auteurs dont une partie vit le Jour pour la première fois : magnifique début, qui répondait à la noble idée qu'il s'était faite des traditions domestiques que son ambition était de perpétuera Les grands travaux naissent des grandes pensées. Dans cet âge où s'élaboraient les éléments de l'avenir , la passion qui se mêlait à tout inspirait la force de concevoir les unes et d'exécuter les autres. Pès l'entrée de Henri Estienne dans la carrière typographique , il est curieux d'étudier la source d'où sortiront de si mémorables effets. Avec une haute opinion de ia dignité d'une profession étroitement liée au développement des sciences et des lettres , Henri avait devant les yeux l'illustration déjà conquise par sa famille. Ce saint dépôt lui semblait remis entre ses mains : jaloux de le conserver intact , il brûlait de justifier son nom en rivalisant avec l'activité de son père et partageant sa gloire^. C'était là pour lui comme un oracle de l'honneur et du devoir auquel il ne cessa d'obéir, et qui lui fit en quelque sorte vaincre sa nature.
Cet homme, à qui nous sommes redevables de si pro-
1. Les seules productions de cette année (1557) eussent suffi et au delà , diaprés la remarque de Maittaire , pour établir la réputation d'un érudit.
2. K Ut patemam in pateroa dîligentia gloriam aemularetur... » De là ces deux vers d'un contemporain qui célébrait les travaux du père et du fils , voy. Maittaire, p. 495 :
Lis oritur graias inter miuasque latinas , Natas utrum. palma dignior, anne paréos.
La postérité a prononcé, et Ton a pu diredn fils que «si le» Estienne tenaient le premier rang parmi tous les imprimeurs du monde , ils n'avaient eu entre eux personne de comparable à Henri II* dn nom : » voy. Almeloveen, p. 12S.
( I-îtl )
F djgieax travaux, était effectivement né, qui pourrait ie croire s*il ne nous en avait fait la confidence y avec un peoefaant décidé pour une vie insouciante et oisive ^ Il fi'est pas rare de voir ces Yocations naturelles , troublées par une volonté ferme» aboutir à l*excès qui leur est opposé. Henri Estienne, alors âgé de vingt-cinq ans, avait déjà appris à se surmonter lui-même, lorsque régulation généreuse dont il était animé donna un noavel essor à ses talents héréditaires.
Ses sentiments se révèlent surtout avec éclat dans une publication de cette époque, le Lexique grec-latin de Cieéron. Là sont recueillis et rappelés, dans un ordre alphabétique, les mots , les tours, les phrases empruntés aux Grecs par l'orateur romain, et les parties qu*il a traduites de leurs ouvrages'. Mais ce qui rend ce livre principalement remarquable, c'est la préface, sorte de manifeste où l'auteur, nous faisant pénétrer jusqu'au fond de son àme, décrit la voie qu'il veut parcourir. Il s'y représente plein de ce culte filial qui forma toujours un trait touchant de son caractère, rempli d'admiration pour les travaux paternels et poursuivi par leur souvenir. Pouvait-il donc s'assoupir dans un lâche repos, réveillé qu'il était, comme un autre Thémistocle, par les trophées de Miltiade? Ah I bien plutôt il devait, ainsi qu'Alexandre , éprouver une crainte : c'était que son père, à force d'exécuter de glorieuses entreprises, ne lui en laissât plus aucune à accomplir ^
Le Lexique était accompagné de Corrections sur le style de Cicéron. Dans cette suite de leçons nouvelles , ingénieuses pour la plupart, que proposait Henri, se