‹ Conformité du langage françois avec le grecChapitre 67 sur 243 · LXXXIV · texte numérisé non relu

LXXXIV

accidents d'une improvisation confuse, un assemblage de matières imparfaitement digérées, des répétitions et des négligences inexcusables. Mais le mérite des détails racbète souvent le désordre de Tensemble. A côté de traits bas et vulgaires, il y en a de relevés et d*excellents. La vivacité piquante du raisonnement et la verve comique rappellent parfois au lecteur Érasme et Rabelais. Si le style est généralement peu châtié , si les périodes se prolongent à l'excès, embarrassées de ces gros nœuds dont parle Marot , il s'en détache aussi des expressions fortes. et pittoresques, il y a bon nombre de phrases nettes et de tours incisifs. Là ne manquent pas non plus les curieuses observations de langue. Le philologue, survivant dans le satirique, y a conservé les lettres de naturalisation que recevaient alors plusieurs termes nouveaux^. Au point de vue historique , ce livre, chose plus importante, présente en outre, sous le dévergondage des opinions et des idées, un intérêt sérieux et durable: car ce qui fait vivre les satires, un certain fond de vérité , subsiste dans celle de Henri Estienue. On y apprendra beaucoup , en la consultant avec prudence , sur l'état des esprits et sur les mœurs , au siècle de l'écrivain et dans celui qui l'a précédé. Encore n'est-ce pas seulement au sujet de la France qu'elle nous renseigne : elle nous promène à travers presque toutes les contrées de l'Europe. En nous y étalant les ridicules et les vices de l'espèce humaine , elle aura du moins un heureux résultat, celui de nous réconcilier avec notre temps : car il ne semble pas que nous gagnerions en tout point à rétrograder vers le passé.

1. On Yoit, par exemple, que ]e^moi sti'atagème eommençait à s'introduire parmi nous : ic Voici donc un stratagème, lit-on dans ce livre (p. 160 de Tédit. de 1607) , puisque ce mot grec a, depuis quelque temps , trouvé lieu au langage français. »

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