CXIX
nasse de l'armée envahissante a été arrêtée : ii n*est fasse dans notre camp que d*heureux aventuriers qui , m prenant le costume national , se sont fait pardonner leur naissance étrangère.
Un autre intérêt particulier à l'ouvrage de H. Estienne consiste à montrer quelle action est susceptible d'exercer la conversation sur la langue écrite d'un peuple. Chez une nation aussi communicative que la nôtre , cette action ne pouvait manquer d'être très-réelle. Elle fut considérable surtout au règne de Henri III , ce qu'on a entrepris de constater dans un travail curieux , où quelques observations vraies se mêlent à plusieurs paradoxes ^ Suivant M. Bœderer, la conversation D'à pas moins contribué que les livres à fixer notre langage^ : assertion qu'il confirme en s'autorisant des Dialogues du nouveau français italianisé , où -il voit, pour notre histoire philologique et littéraire , un témoignage des plus dignes d'étude. Cet écrivain s'arrête principalement sur un ordre de changements que nous avons indiqué plus haut. Non content des modifi- ^tions qu'il avait introduites dans la nomenclature, 'italianisme avait altéré en effet la prononciation de la [Qanière la plus sensible. Aux articulations fortes et aux iiphthongues éclatantes , aimées de nos rudes ancêtres ,
va 1622 à l'évêque d'Aire^ et en tète de laquelle on lit cet avertissement : A Pour entendre bien cette lettre, il faut avoir ouï le jargon que parlent les Français habitués à Rome , qui se font une Guigne particulière , toute composée de mots italiens , dont il n'y \ que la seule terminaison française. )>
1. Mémoires pour servir à une histoire de la société polie *n France j Paris , Didot, in-S", 1S35.
2. Voy. p. 149 de Pouvr. cité. Vers cette époque , a remarqué lareillement M. le duc de Noailles, Histoire de madame de faintenon, t. T', p. 86, « Ce fut sur Pesprit de société que se >Dda la littérature. »
{ cxx ) il avait substitué des sons brisés, la mollesse des élisiom et la brièveté des voyelles simples. Les courtisans, comme s'ils eussent craint la fatigue d'ouvrir la bouche, remplaçaient le plein et beau son de Voi par Yè ouvert; moi, foi, roi, loi étaient pour eux mé, fé, ré, lé, au grand détriment des mots que la diphtbongue ennoblissait en les rendant sonores. De là cette plainte de Henri , ennemi juré de Taffectation et de l'ignorance, que l'on enlevait au langage français ses robustes et w rils accents pour l'amignarder et l'amollir. Sa résistance heureuse a maintenu du moins plusieurs de ces intonations si propres à donner de la vigueur et de la dignité à notre idiome : quelques-unes ont cédé sans doute, mais non pas, à vrai dire, sans avantage pour la variété de l'harmonie ^ Gardien scrupuleux de l'étymologie dans les mots, Henri Ëstienne a combattu de plus ces vices de prononciation qui, en effaçant la trace de leur origine, menaçaient de corrompre leur sens. Cette indécision de formes que Ton a souvent reprochée à |a l'italien, il la redoutait pour notre idiome, et c'était dans ses vieux monuments , le plus près de ses sources, qu'il allait en chercher le génie et les règles primitives. Guidé par cette lumière, il a signalé et réformé beaucoup d'inconséquences et d'anomalies accréditées par la mode^: rôle dont on appréciera refficacité , si l'on se rappelle quelles conséquences fâcbeuses entraînait le
1. En somme la prononciation du français, sauvée des altérations les plus graves, est demeurée à peu près la même qu'elle était il y a trois siècles : voy. , à ce sujet, de francicœ lingue recta pronuntiatione Tractatus , par de Bèze, in-8", 1 584.
2. On prononçait vmssime pour maxime, écellent pour excellent. On disait en outre palefournier pour paleft-enier, nurancholie pour melancholie , philosomie pour physionomie, excès de fièvre pour accès (accessus); on confondait les participes recouvert et recouvré, etc.