CXLIX
Sans recourir à cette imputation que repousse le caictère de Henri Estienne, d'autres raisons expliquent ssez son hostilité contre Juste Lipse. On sait que celuii, non content d'abjurer les opinions de la réforme, W preuve, dans la défense du catholicisme qu'il em- )rassa , d'un zèle empreint d'intolérance * : il encourut ?ar cette ferveur de néophyte l'inimitié de ses anciens coreligionnaires. Telle était toutefois l'estime que lui avaient acquise ses grands travaux, qu'on jugea son adversaire outrecuidant d'avoir osé contester cette haute renommée, sans rivale même en Italie*, et à laquelle les défenseurs ne manquèrent point. Par là Henri se troava engagé dans une polémique nuisible à son repos comme à sa gloire : attaqué à son tour il eut le tort de répliquer à des disciples dont la fougueuse ardeur ne méritait pas de réponse. Dans un siècle où la courtoisie était peu connue des savants , l'âpreté des amourspropres communiquait à de telles luttes une violence déplorable : cette querelle littéraire , bien vite envenimée , dégénéra donc en personnalités offensantes.
Quant à Juste Lipse qui n'avait eu jusque-là, avec la personne et la famille de son agresseur , que de bonnes relations *, quoiqu'il eût affecté d'abord de la modéra-
1. Voy. particulièrement ses Politiques, où il dit au prince, «0 traitant des matières de religion , « puniendos , nisi aliter ex- Niat, qui dissentiunt, falsam pacem esse tolerantismum , etc.» Cf. Hallam, Littérature de V Europe aux\Y% xvi* et wii* siècles, ^. If, p. 87 et 147.
2. Voy. Burmann , déjà cit., Sylloge epistolarum..., t. l*s ). 734 : « Bonus ille vir , quam misère jamdudum cum illa sua ipsiaDa latinitate et omni graecanitate , ut sic dicam, evanuit! itat ¥ero et slabit Lipsius. » Cf. iôid., p. 670, etc.
3. Voy. notamment une lettre de 1587 , adressée à Denys lodefroi, Epist. Cent, II MisceLfi, 11^ p. 84 des Œuvres de liste Lipse, Antuerpiae , 1637, in-f.