XXV. — Bois analogue au cèdre
Ces bois si nombreux, si divers ne sontils pas une des richesses de l'Afrique? Si.
Voici ce qu'écrit Hutton, le commerçant de
Liverpool :
« Actuellement le principal genre de bois exporté
d'Afrique est l'acajou, et pendant les années 1891-92 le
commerce s'en est étendu énormément.
» Il y a quelques années les exportations étaient
virtuellement nulles, tandis qu'en 1892, elles ont monté à
environ 8 à 9000 tonnes pour le seul marché de Liverpool. » Ce bois est si prisé des acheteurs qu'on peut dire
que le tout a été mis en consommation.
)) L'acajou de Liverpool vient surtout de la Côte
d'Or et la meilleure qualité vient d'Axim, Assinie et les
environs. »
On a commencé aussi à importer de la côte d'Afrique
le cèdre qui, jusqu'ici, venait principalement de la Floride
et d'Alabama.
Le cèdre est employé surtout à la fabrication de
crayons et de boites à cigares, et arrive, soit en blocs, soit
déjà débité en petites planchettes larges de 8 à 16 centimètres.
Voici, d'après MM. Westphal et Spiessde Hambourg,
un aperçu général des entrées en bois étrangers, à
Hambourg, en i8gi :
Cèdre pour boites à cigares. . 56o tonnes Cèdre pour crayons .... 23o »
Noyer i,763 «
Buis 237 »
Acajou 557 ))
Bois de satin 116 »
Teck 195 »
Grenadille d'Afrique. . . . 430 » (en 1892)
Ebène 639 »
Jacaranda d'Afrique .... 486 »
A côté de ces bois, dont beaucoup viennent déjà d'Afrique, se pla
centquantitéd'autres essences : l'olivier ; les bois de violette, de perdrix ; l'écaille de tortue...
Tout fait espérer que les équivalents de ces bois se trouveront au Congo et augmenteront encore l'importance déjà sî considérable du domaine forestier.
Un dernier mol :
on voit débiter couramment à Loukolèla, par les missionnaires anglais, des arbres fournissantaooàaaS planches (le 3 mètres de long sur 3o centimètres de large.
Et encore on ne dispose pas de moyens suffisants pour abattre et débiter les vrais géants de la forêt ; et les arbres auxquels on s'attaque, il faut les aller entamer à 8 et lo mètres au-dessus du soi, à l'aide d'échafaudages calés entre leurs contreforts.
J'ai abandonné ce travail pendant quatre jours, pour aller recevoir Dhanis à Flessingue, et n'eussé-je pas eu, comme raison première, la joie de donner l'accolade au plus tôt au camarade d'école militaire et d'Afrique, que je me réjouirais encore d'avoir pris part à rémotionnante rentrée du valeureux jeune officier. Je me réjouirais parce que c'était une douceur pour nos cœurs d'hommes, une fierté pour nos cœurs de Belges, une récompense pour nos cœurs d'Africains, (^ue le spectacle de cette foule dont les acclamations enthousiastes emplissaient les airs, dont l'élan spontané disait le sentiment d'absolue sympathie pour ce courageux, en qui tous personnifiaient momentanément la grande œuvre du Congo et (|ui, à ce titre, avait vu sur son passage, de Flessingue à sa ville natale, s'incliner des
pavillons français, anglais, allemands, néerlandais
Et, ce n'était pas le salut banal de bateau à bateau, car durant que ces pavillons étrangers lentement descendaient très bas, les équipages envoyaient au vainqueur un triple hourrah et des vivats où trois noms vibraient triomphants : le Roi — Congo — Dhanis !
Une œuvre est grande, un pays est sur du respect des peuples, qui savent par leurs actes aller chercher au
tréfonds des âmes les sentiments de noble fierté, de patriotique reconnaissance, d'enthousiasme national qui viennent de s'affirmer si nettement sur la tête du petit
lieutenant belge.
Et nous, nous nous réjouissons pour l'œuvre coloniale réalisée à travers tous les obstacles par le Koi- Souvcrain, continuateur de la pensée paternelle, dont aujourd'hui le legs redoutable est bien près d'être revendiqué par la nation tout entière.
Comme je rentrais ayant encore aux oreilles et le chant national et la Marche Dhanis^ je n'ai pas su me remettre de suite au travail ; j'ai ouvert des carnets de notes de là-bas, pour y relire des pages en harmonie avec ce que je venais de voir et d'entendre. Et j'ai lu pour la dixième fois, ces lignes écrites à Lousambo par le commandant Fivé :
(( 2.5 février 1893.
)) Cette nuit un courrier arrive annoncer que
Brasseur a doublé hier l'étape et ([u'il sera sur l'autre rive, en face de Lousambo, à 9 heures du matin.
» Ça n'a l'air de rien, n'est-ce pas? de lire « doubler
l'étape! »
)) Mais hier après-midi il y avait 40^ de chaleur, et je puis vous assurer que c'est dur d'aller dix heures de marche par monts et par vaux !
» Arrivée des troupes de Loulouabouig!
» Deux coups de feu les annoncent à l'autre rive.
» Le steamer (jne nous avons fait mettre sous
piessioli, répond par un long coup de simci, et part aussitôt pour le transbordement.
n Un quart d'heure après l'on entend le son des tambours et des flûtes ! A mesure cju'approclie It; bateau, on distingue l'air! C'est ma foi la Brabaitamnc qu'ils jouent, ces soldats!
» Pas un de nous (jui ne sente ses yeux se gonfler de larmes lorsqu'ils défilent musique en tète ! Rien ne peut donner une idée de la bizarrerie de cette troupe. Dépenaillés, maigres, les bonnets chargés de plumes, secs et les veux brillants de fièvre comme des gens qui viennent de marcher et de combattre pendant un mois, ils sont malgré tout très crânes, ces loqueteux! lis rappellent, avec leur barbe, leurs cheveux incultes, leurs allures de déhanchés, les vieux grenadiers de Napoléon I''^ Leurs fusils sont ornés de mille façons; ils traînent derrière eux une population de 12 à i,5oo individus. Le steamer doit faire sept passages pour amener tout ce monde, parmi lesquels deux grands chefs noirs : Zappo-Zap et Kanda-Kanda.
■> Les blancs sont Brasseur, Doormc, et «Icux S(tusofficiers.
1 pendant que cette colonnt; fait :^
|. entrée dans la station, dêbou-
I chent, venant de l'Est, des gens
l.de Gongo-Loutèté, amenant des
[prisonniers faits aux Arabes.
i II V a plus de 5,noo
f'personnes dans la station de Lousambo.
» Les 125 soldats Elminas et Batoubas manœuvrent, soûs la direction du lieutenant Doorme, :t faire rougir les soldats belges. Ilscxccutcnt le maniement d'armes, l'école de compagnie, les tirailleurs, avec un ensemble remarquable.
» Leur défile, musique en tète, est fout !)onnoment splendîde!
" L'entrain est grand!
Doorme, qui a déjà prolongé son terme de huit mois, vient encore ^
de se tlécidcr
à rester. »
Vendredi 3 n
» Premier départ.
» Les si)ldats de LouK bourg partent, musique en tète, sous le commandement du lieutenant Doorme.
•n Très crânes tous ces soldats qui s'en vont en chautant.
« Ça empoigne! Il n'y a pas à vouloir lutter contre ce sentiment!
H Ces gens qui partent avec des airs de casseurs d'assiettes pour aller se faire tuer en chantant, sont tout ce que vous voudrez... de^ sauvages... des fous... c'est possible, mais ils sont admirables. »
i> La colonne est en route vers Nyangoué, Huit cents personnes!
» Aucune description ne pourrait rendre un pareil départ de sauvages en appareil de guerre : depuis le fusil à pierre prchistori(]ue jusqu'au Mauser, tous les ■systèmes de fusils, — des couteaux, des lances, des arcs, des flèches, des bâtons pointus, — toutes les coiffures, plus bizarres et plus couvertes de plumes les unes que les autres : chapeaux de paille, de feutre, d'étoffe, de peau, — bords sans fond, les cheveux crépus mêlés de plumes remplaçant le fond, — bonnets de police en flanelle rouge, bonnets grecs, bonnets de coton
» Et tout ce monde part gaiement.
» Et au loin nous voyons la colonne serpentant dans la montagne, le grand drapeau bleu étoile flottant en tète Le steamer a fait demi-tour, et nous redescendons la rivière. Un coup de sifflet prolongé, strident, en signe d'adieu, auquel de la montagne répond un immense cri : « Moyio! » (ami).
» C'est plus émouvant qu'il est possible de le croire.
ces bordées de patriotisme au milieu de ce sauvage paysage.
Il Ah! ces Arabes nous auront donné bien de la tablature, mais quel succès si nous parvenons à en débarrasser le pays
11 Lorsque ces nouvelles arriveront en Belgique, nous serons ou vainqueurs et alors nous occuperons le Manyéma; ou vaincus, et alors gare la casse! "
Et de fait, nous sommes vainqueurs. Mais lorsque les premiers bulletins de victoire arrivèrent ici, ce fut presque l'incrédulité générale qui les accueillit. Il fallut accumuler les bulletins glorieux; il fallut marcher de victoire en victoire pour convaincre le pays que ses enfants lui conquéraient de la gloire, que plusieurs, hélas! payaient de tout leur sang. Ponthier, de Wouters, de Heusch sont tombés face à l'ennemi, et nous n'oserons pas vouloir désormais qu'ils dorment plus longtemps en terre étrangère !
hinf^
Je reviens à l'Exposition, content d'avoir dit une lois de plus un peu de ce qui me tient tant au cœur.
Une des plus jurandes richesses de ces pays, où nous avons trouvé du lustre pour le nom belge, est le caoutchouc.
Le caoutchouc du Conf^o est fourni actuellement surtout par des lianes du genre Landolphia, partant de nombreuses fleurs blanches, de parfum e.\quis.
Les indifîènes n'utilisaient guère de ces lianes que leurs fruits, dont d'aucuns du volume et de la forme de très grosses oranges; d'autres petits, ronds et bruns; d'autres encore allongés en poire et rougeàtres; ces fruits renferment de grosses graines entourées d'une pulpe à saveur acide, très recherchée des noirs.
11 y a trois à quatre ans à peine, le latex des lianes à caoutchouc n'était guère exploité que dans le sud de l'Etat du Congo, surtout dans les bassins du Kwango, du Kassaï, et dans le Katanga ; le commerce du caoutchouc était, dans ces régions, très actif et très rémunérateur. Dans le reste de l'Etat, à peine les indigènes recueillaient-ils, bon an mal an, quelques kilogrammes de la précieuse substance, dont ils n'avaient guère d'emploi, sinon pour garnir les mailloches de leurs tam-tam .
La présence de TEuropéen, initiateur d'une exploitation raisonnée, a fait qu'aujourd'hui on peut considérer toutes les populations congolaises comme ayant compris rimmense valeur de cette richesse naturelle.
Diagramme montrant le développement <le l'exploitation du caoutchouc.
A l'examen de cette courbe, on ne s'étonnera pas d'apprendre que la capacité maximum du portage à dos d'homme, insuffisante depuis longtemps pour l'amenée des marchandises de Matadi à Léopoldville, est devenue également insuffisante pour le transport, de Léopoldville à Matadi, des stocks de caoutchouc envoyés de tous les points du Congo; ce qui n'empêche qu'il y a quelques mois nous avions la grande surprise, le commandant Van Gèle et moi, de nous entendre demander par un
ingénieur électricien, grand industriel très connu à Bruxelles, s'il y avait du caoutchouc au Congo. Nous nous expliquâmes, par cette demande, l'opposition systématique qu'il faisait à l'œuvre du Congo.
Il nous paraît intéressant de dire ici un mot des diverses méthodes d'exploitation du caoutchouc au Congo.
L'Exposition d'Anvers met sous nos yeux du caoutchouc portant comme indications les lieux de provenance : Kassaï, Lopori, Kwango, Loulou, Arouwimi, Ouèllé...
Ces divers caoutchoucs, examinés par les courtiers des marchés de Liverpool, d'Anvers, de Hambourg, ont été estimés à des prix divers, allant de 4 fr. à 7 fr. 5o le kilo.
Cette différence de prix, pour autant qu'on puisse se prononcer actuellement, ne paraît provenir que du mode de cueillette et non d'une différence dans les plantes productrices.
Voici les petites boules dites caoutchouc-cerise; elles valent 4 francs le kilo.
Pour les préparer, l'indigène incise la liane, recueille le suc dans le creux de la main, puis s'en barbouille les bras et la poitrine. Sous l'influence de la chaleur, grâce aussi â la grande surface d'évaporation, le latex se coagule; l'indigène le détache alors de sa peau et le met en boules.
Ce procédé est usité presque partout ; il est long et fatigant.
Dans le Kwango on coupe toutes les petites branches des lianes, on recueille les racines; on bat le tout après avoir trempé dans Peau chaude; on obtient ainsi une masse très mélangée de fibres et de débris d'écorce, ce qui en diminue naturellement la valeur.
Actuellement, sous notre impulsion, la cueillette du caoutchouc se fait en pratiquant des entailles dans les lianes (qu'il faut avoir soin de ne jamais couper), et en recueillant le jus dans des récipients où on produit la coagulation par Taddition d'ingrédients divers; ainsi dans le district de l'Equateur on a trouvé récemment qu'il suffisait de quelques gouttes du jus d'un fruit sauvage pour obtenir la coagulation parfaite du latex des landolphia. Ce fruit sauvage est le « ntoundoulou » de la région des cataractes, lequel n'est autre chose qu'une amome, Yamomîim citraium dont l'aire de dispersion couvre tout le territoire de l'Etat Indépendant du Congo, et dont les fruits, d'un beau rouge brillant, ont une pulpe d'une saveur acidulée et parfumée, fort agréable, qui les fait vivement apprécier des noirs et des blancs.
Selon la forme du récipient, et aussi la quantité de latex recueilli on obtient des blocs de caoutchouc pur, de formes et de volumes des plus variés.
A côté des lianes, l'arbre à caoutchouc a été .signalé au Congo par Le Marinel dans le Kassaï; une des photographies de l'exposition porte comme mention : Sanda, arbre à caoutchouc.
En 1S92, ctant en rccomiaissance dans la Roussira, mes hommes m'amenèrent, au village Boukouti, devant un arbre encore en buisson en me disant : « Voici un arbre dont on tire du caoutchouc ».
Je cassai quelques branches qui laissèrent suinter un latex d'une blancheur parfaite, épais et se coagulant entre les doigts. Heureux de ma trouvaille, je cueillis une ramillc pour la rapporter à l'Equateur comme échantillon, mais lorscjue je voulus me rembarquer, le chef me pria de ne pas emporter la branche cueillie dans son village : « Mes hommes assurent que tu vas t'en servir pour nous jeter un sort. » Je dus m'cxécuter pour ne pas ^compromettre inutilement l'alliance que nous venions ^e conclure.
Quoi qu'il ensoit, je pense pou voir avancer l'existence l'un arbre à caoutchouc exploitable dans le district de ï'Equatcur.
Les applications industrielles du caoutchouc sont Selles, et s'étendent encore journellement de telle façon, ûue l'on n'a nullement à craindre d'en inonder les
marchés au point d'en faire baisser la valeur; et le Congo pourrait en envoyer annuellement 10,000 tonnes en Europe qu'on ne lui demanderait qu'une chose: en envoyer le double. Pourra-t-il le faire! c'est-à-dire les essences à caoutchouc ont-elles un assez grand développement pour assurer une pareille production? Je crois pouvoir répondre affirmativement en me basant sur le fait suivant : la factorerie de Bongandanga (Lopori) établie à la fin de i8g3, en une région où l'indigène ne connaissait pour ainsi dire pas le parti qu'il pouvait tirer du caoutchouc, rapporte actuellement environ 2 tonnes de caoutchouc par mois. On estime que le rayon d'action de cette factorerie, s'étend à 25 kilomètres en amont, 25 en aval le long des rives. Ces chiffres montrent qu'en un an 24 tonnes de caoutchouc sont actuellement recueillies sur 5o kilomètres de rives abordables aux vapeurs du Haut- Congo, Or, le réseau navigable aux steamers, actuellement reconnu en amont de Léopoldville, est de 3o,ooo kilomètres, ce qui représenterait d'après les
résultats de Bongandanga un total de '~ x 24 = 14,400
tonnes de caoutchouc, ce qui, au prix moyen de 5 francs le kilo, représenterait en Europe une somme de 72 millions de francs, tout en assurant aux finances du jeune Etat, à raison de 40 centimes de droit de sortie au kilo, la jolie somme de 5,760,000 francs.
Pour le moment le caoutchouc du Lopori vaut 6 fr. 75 le kilo.
M. Eug. Pavoux, ingénieur et industriel bruxellois expose de façon très intéressante les transformations industrielles et les produits manufacturés du caoutchouc du ConTO.
Il est entré en Belgique, en i8g3, 854 tonnes de caoutchouc brut et 2,200 tonnes de caoutchouc ouvré.
A l'étude du caoutchouc se rattache une importante question : Y a-t-il au Congo de la gutta-percha ?
Je crois pouvoir répondre affirmativement, et je vais tâcher de le prouver.
En i8gi et en 1892 le gouvernement de l'Etat reçut deux échantillons d'un produit d'exploitation, envoyés, l'un par Van Gèle et provenant du Haut-Oubanghi, l'autre de l'Equateur et provenant de la Louàpa (Haute- Boussira).
Je n'ai pas la lettre d'envoi de Van Gèle.
Mon premier échantillon était ainsi présenté :
" Voici un produit dont les indigènes se servent pour fixer les plumes de leurs flèches, les têtes de leurs pipes sur les tuyaux, pour calfater les vases fêlés, etc. Jt
» C'est la première fois que * * -i - «-^ 1 je remarque ce produit. Mes hommes me disent qu'il existe à l'EtjLiateur. »
Un mois plus tard, de retour à Coquilhatville, je pouvais m'assurer ([ue mes noirs ne m'avaient pas trompé, car, en une demi-journée, ils m'apportèrent une trentaine de kilos du dit produit, qu'ils nommaient : » bouloungou ».
C'est une sorte de poix végétale, visqueuse à sa sortie de l'arbre, s'accumulant à terre en gros blocs d'un beau jaune de soufre, l'eu à peu leur surface rougit; ils se durcissent et 6nalemcnt s'cff"ritent en lamelles dures et noires.
Pour dégager cette réaine de ses impuretés (terre, écorces, feuilles}, les indigènes la font chauffer avec de
Peau et la malaxent fortement; ils en façonnent des espèces de courtes et grosses saucisses après avoir eu soin de se huiler légèrement les mains.
L'examen que nous en fîmes avec le docteur Charbonnier nous les fit caractériser comme suit :
(c Le produit obtenu est dur et d'aspect brunâtre, cassant au marteau, à arêtes nettes et tranchantes; il est amorphe, sa densité est très voisine de l'unité.
» Enfin le bonloiingou est très peu soluble dans Talcool froid et complètement soluble dans le chloroforme et Téther, >>
Ces caractères rapprochent considérablement le boiiloungou de la cire Carnamba ou cire du Brésil, utilisée pour durcir la paraffine et en retarder le point de fusion.
Voici maintenant la suite qui fut donnée à Tenvoi de Van Gèle et aux miens :
Analyse du capitaine Gody^
professeur de chimie à V Ecole d'application y
ly janvier i8ç3 :
(c Divers essais faits pour qualifier d'une façon précise la nature de cette substance prouvent que c'est de la gutta-percha mêlée à quelques résines et à un peu de calcaire. »
Analyse faite à Anvers
par les soins de
M, A, de Browne de Titge :
« Gutta-percha valant de 9 à 17 francs le kilo. »
Analyse faite à Anvers
par M. E, G r isard,
i^'' février i8ç3 :
(c Ce produit n'est ni du caoutchouc ni de la guttapercha.
)) Il s'agirait là d'une résine laque assez impure employée dans la fabrication des vernis. »
A naly se faite à Hambourg
par les soins de MM, Westphal et Spiess,
8 février iSçJ :
c( Sorte de cire végétale. Dans l'état actuel nous ne ne savons pas si ce produit touverait acheteurs. »
Recherches
de M. le conservateur Bommer,
du jardin botanique de F Etat :
<c Malgré de longues et minutieuses recherches dans nos collections et bibliothèques, nous ne sommes pas pai*venu à découvrir la nature et le nom de cette gomme. »
A la suite de tous ces avis contradictoires, l'un affirmant que le bouloungou était de la gutta-percha, un autre qu'elle n'avait de ce produit que le nom, un troiwsième qu'il n'avait qu'une valeur minime, un quatrième que c'était un produit inconnu, le gouvernement de Bruxelles a prié Boma de demander de nouveaux échantillons à l'Equateur et dans l'Oubanghi - M'bômou, afin de reprendre et de compléter les premières expériences.
Entretemps, l'attention était éveillée et le Secrétaire d'Etat de l'Intérieur se mit en relations, à l'effet de se
procurer des graines et de jeunes plants pour l'introduction de la gutta-percha au Congo, d'abord avec Ie directeur des « Royal Gardens •< de Kew, près de Londres, ensuite avec le ffouvernement des « Straits Settlements, » aux Indes.
Le consul belge de Siiigapore, M/ de Bernard de Fauconval, s'employa très activement àrépondre aux vues congolaises. Grâce à lui furent réunis 1,200 plants d'un Dichopsis donnant une gutta aussi bonne que celle fournie par VIsonamira Percha véritable.
Ces plants , après avoir été examinés par M. Ridiey, directeur des forêts, furent embarqués à bord d'un bateau allemand quittant Singapore pou r An \'ers, où M . \'an Heurck, directeur du Jardin Botanique, en fit la réception.
Les soins les plus minutieux avaient été pris par M. de Fauconval, qui avait promis une récompense à un des stewards du bateau si les plants arrivaient à Anvers en bon état; les dits plants étaient dans des caisses spéciales, au 1 de vingt, mises au départ > cabine de 3= classe.
A l'arrivée à Anvers il fut constaté que les vingt caisses avaient été empilées sur trois rangs de hauteur, et qu'au lieu de bien aérer la cabine, ainsi que cela avait été recommandé expressément, elle avait été rendue inaccessible par l'accumulation dans l'entrepont de plusieurs centaines de sacs de riz. Dans ces conditions, les
en bon \ V J //
it placés \ \^% f au nombre \ J Sa
dans une ^4^,--'^
caisses supérieures ayant seules reçu de la lumière, surtout celles voisines des hublots, contenaient des plantes saines.
Le directeur du Jardin Botanique soigna le mieux possible la centaine de plants arrivés en état de reprendre vigueur, et le 6 décembre 1893 ces plants partaient f)our Borna, confiés aux soins d'un agent ayant reçu de M. Van Heurck les instructions nécessaires aux soins à leur donner en cours de route et à la plantation à en faire à Boma, d*où le gouverneur général écrivait à la date du 25 janvier 1894 :
« Une centaine des boutures de gutta-percha envoyées de Singapore par Anvers, sont arrivées à Boma avec quelques chances de reprendre; dès leur arrivée elles ont été plantées avec beaucoup de soins dans le jardin de la force publique.
» L'examen fait après trois semaines de mise en terre a montré qu'une trentaine de boutures seulement reprennent. )>
L'envoi de ces boutures a coûté 2,5oo francs et causé un échange de correspondance extraordinaire. C'est un des exemples si nombreux montrant les difficultés de tout genre avec lesquelles se trouvent aux prises les colonisateurs belges, et le gré qu'on doit leur savoir de ne jamais se laisser décourager.
En revanche, que ne peut-on récompenser à leur juste valeur les négligences qui compromettent les soins et les efforts des consciencieux !
Pour en finir avec la gutta-percha, signalons que d'après divers renseignements, le « Maloumbo » du Bas- Congo serait si pas 1' « Isonandra-Percha » ou gutta de première qualité, du moins la « Balata » qui remplace
dans certaines industries la gutta-percha. J*ignore ce qu'est cet arbre appelé « Maloumbo » dans le Bas-Congo. Il serait intéressant de s'assurer si ce n'est pas le sapotillier (achras sapota), très commun au Soudan français et qui laisse exsuder par incision un suc laiteux qui n'est autre que la gutta-percha.
Ce fait est reconnu depuis peu de temps ; les nègres qui apportaient ce produit à la côte se le voyaient régulièrement refuser par les négociants, comme étant un caoutchouc de mauvaise qualité.
Le hasard fit qu'un jour un échantillon tomba entre les mains d'un pharmacien de marine qui le rapporta en France pour l'analyser; le résultat de cette analyse fut que le produit dont il s'agissait n'était nullement du caoutchouc, mais bien de la gutta-percha.
Les graines de sapotillicr renferment un corps gras qui prend la consistance du beurre, mais qui n'est pas utilisé, L'écorce est employée en pharmacie; le fruit, la sapotille, est sucré, fondant, et contient un parfum très
délicat. (Notice no V sur les Colonies frangaises.)
De tout ce que nous venons de dire, il nous paraît résulter que l'exploitation de la gutta-percha se fera au Congo dans un avenir qui ne parait pas éloigné. Or, ce produit peut atteindre 17 francs le kilo : ce prix se passe de commentaires.
Arrivons aux gommes-résines et autres produits importants d'exsudation végétale. Les gommes Congo ou gommes copal sont fournies par les « Bursera ».
En 1892, j'envoyais au Gouvernement quelques blocs de gomme-résine recueillis dans le district de l'Equateur, avec la note suivante :
te Gommes-résines très nombreuses dans la plupart des lies. J'en ai trouvé au lac N'toumba et dans le Rouki, particulièrement une résine tantôt blanche, tantôt brune, toujours transparente, brûlant à l'air libre avec une flamme éclairante, fuligineuse, se liquéfiant sous l'action d'un feu modéré et se dissolvant à chaud dans l'huile. » Une dizaine d'hommes peuvent aisément recueillir en un jour 25 à 3o kilos de ce produit, appelé par les riverains du Congo « mpaka )^, chez les Mongos ^t i'tchoua », et employé partout à l'éclairage du soir; d'aucuns en confectionnent de véritables torches. »
Presqu'cn même temps le capitaine Chaltin envoyait de Basokos des échantillons de ces mêmes gommes-résines.
Bruxelles les soumit à l'examen des courtiers de commerce et des fabricants de vernis.
Je dois ici entrer dans quelques détails à propos des gommes à vernis, pour donner une idée exacte de la valeur des gommes du Congo.
Les gommes à vernis, quelle que soit leur origine, sont classées en gommes dures, demi-dures et tendres.
Les gommes sont d'autant plus recherchées qu'elles sont plus dures.
C'est une cause de diminution pour elles que d'être laiteuses, car cette particularité indique que la gomme contient de l'eau, ce qui aurait pu être modifié peut-être
par une exposition "convenable au soleil avant Texpédition.
La meilleure gomme est brun clair ; la trop brune donne des vernis trop colorés.
Mais la différence la plus importante entre les gommes du commerce provient des lieux d'origine.
V^oici les principales gommes arrivant sur nos marchés et qu'exposent, du reste, la maison Claessens frères, d'Anvers (importante maison ayant des dépôts et agences générales à Londres, Paris, Lille, Cologne, Francfort, Madrid, Milan), ainsi que la maison De Keyn, de Bruxelles :
i) « Gomme Kauri (T Australie », importée par l'Angleterre, moins transparente que la gomme Congo; i fr. 80 à 3 fr. 5o le kilo.
2) <c Gomme Manille dure », venant par la Hollande; I fr. 5o le kilo.
3) « Gomme Niger », vendue souvent jusqu'ici sous le nom de « Gomme Congo », inégale comme dureté," d'où une fusion à feu nu irrégulière et entraînant une réelle difficulté de fabrication : l'une partie se brûlant alors que l'autre n'est pas encore fondue.
4) <c Gomme Benguéla », très dure, très sèche, brune; bonne gomme, malheureusement recouverte d'une couche terreuse.
5) « Gomme Angola rouge », venant par l'Angleterre, très dure et très bonne.
6) « Gomme Angola blanche », de valeur moindre que la précédente; i franc à i fr. 5o le kilo.
7) (c Gomme Caillou », affectant la forme de cailloux roulés, vient par Hambourg; assez bonne.
8) « Gomme Madagascar », très dure et très bonne, g) « Gomme Zanzibar », dite « Gomme Salem »,
caractéristique par son aspect extérieur rappelant exactement la chair de poule. C'est la gomme atteignant le prix le plus élevé : 6 à 8 francs le kilo.
Telles sont les principales gommes du commerce, auprès desquelles commencent à prendre place les (c Gommes Congo ».
MM. Lievens et Bloos, fabricants de vernis à Bruxelles, ont bien voulu me fournir leur appréciation d'usinier sur les gommes Congo.
La voici textuellement :
« La gomme copale du Congo doit être rangée parmi les gommes dures. Elle est bien triée et ne donne pas de perte par le coupage. On ne rencontre pas de morceaux contenant de Teau.
» Elle fond régulièrement, étant composée de morceaux ayant la même dureté.
)) La fusion se fait à un degré assez élevé.
)) Le vernis fabriqué avec cette gomme est pâle, séchant en quelques heures et durcissant rapidement.
» La gomme copale du Congo peut être rangée parmi les bonnes gommes copales que l'Afrique nous envoie.
» Sa place est toute marquée dans les annales de la fabrication du vernis, et les fabricants belges ne seront plus obligés, dans un temps donné, de passer par les marchés étrangers pour leurs achats de matière première, à moins peut-être que pour une ou deux espèces, ce que l'avenir nous fera connaître après expérience et mise on usage des vernis Congo. »
MM. Lievens et Bloos ont exposé à Anvers, au compartiment congolais, les vernis Congo fabriqués dans leur usine; ce sont des vernis gras, à l'huile de lin, pour meubles ordinaires de tout genre, pour portes et pour planchers.
Leurs expériences sur les vernis d'intérieur sont terminées et décisives : les vernis Congo sont de toute première qualité. Quand on passe la main sur un meuble poli au vernis Congo, on ne voit pas trace de la buée terne et désagréable qu'offrent beaucoup de vernis ; c'est un avantage énorme.
Il y a à faire des expériences pour savoir si les vernis Congo se comporteront aussi bien comme vernis d'extérieur. Si oui, ils pourront être employés pour les voitures, le matériel de chemin de fer, etc., ce qui leur assurerait un débouché illimité.
D'après MM. Claessens, les vernis Congo possèdent, après séchage, les propriétés suivantes : adhérence intime à la surface des corps, dureté, brillant; de plus, ils ne s'écaillent pas, ne se colorent pas et ne présentent pas un aspect gras ou terne; ils résistent aux changements brusques de température et ne se couvrent pas de brouillard bleuâtre.
Etendu en couche mince sur les objets, ils leur communiquent, après dessication, l'éclat que leur donnerait une plaque de verre.
La gomme Congo est une des plus dures que Ton connaisse. En moyenne, elle entre en fusion à 145^, se liquéfie à 225^^ et n'est complètement liquide que vers 240" centigrades.
La gomme copale Benguéla jaune est la seule parmi les gommes d'Afrique qui atteigne un point de liquéfaction complète aussi élevé.
La production de gommes dures semble diminuer dans des proportions considéral)les dans certaines régions qui jusqu'ici en avaient donne à l'Europe de fortes quantités. La consécjuence en a été que les gommes dures d'Afrique augmentent chaque année de prix.
L'existence de gommes dures sur tout le territoire de l'Etat Libre est donc une bonne aubaine pour l'industrie du vernis et l'importation de ce produit vient à son heure.
La Nouvelle-Zélande envoie en un an sur les marchés, tant des Etats-Unis que d'Europe, 8,000 tonnes de « Gomme Kauri » .
Il faut remarquer que, actuellement encore, on vend sous le nom de gomme Congo une gomme provenant des côtes de Guinée et du Gabon et subissant une perte de 3o p. c. au minimum en poids à cause de l'épaisse couche terreuse y adhérente, ainsi que des éclats de bois, des morceaux d'écorce y mélangées.
Si ces gommes, appelées faussement gommes Congo, ont, dans ces conditions, de la valeur sur les marchés, il est certain que la vraie gomme Congo, qui peut commencer à arriver par tonnes, est aussi un produit de réelle valeur. Son prix a été estimé par les courtiers de I fr. 5o à 2 fr. 5o le kilo. Aussi l'Etat a-t-il eu soin de recommander immédiatement à ses agents de faire recueillir cette gomme copale et de l'accumuler dans les stations jusqu'à ce que le chemin de fer en permette l'évacuation rémunératrice. A Equatcurville, nous pûmes recueillir, en deux mois environ, deux tonnes et demie de ces blocs transparents; il suffisait d'envoyer à la cueillette, après l'exercice du matin, une pirogue avec dix hommes, allant fouiller les îles. La récolte d'une journée atteignait facilement 3o à 40 kilos et certains blocs pesaient jusque 4 et 5 kih)s.
Les entrepôts de gomme copale conserveront pendant six, sept ou huit ans, un produit de rapport, et ce dans des conditions remarquables, car il n'a rien à craindre de l'humidité ni de la sécheresse et ne demande
pas de manipulations. Et lorsque, dans six, sept ou huit ans, le chemin de fer aura atteint Léopoldville, la sage prévoyance du Gouvernement aura accumulé des milliers de tonnes de copal qui, avec tous les autres produits que nous envisageons en ce moment, assureront à la voie du Congo un trafic dont n'avaient pas Pair de se douter plusieurs membres de notre ancienne Chambre des Représentants.
Signalons que dans son consciencieux travail sur les plantes du Congo, M. le docteur A. Dewèvre dit qu'il existe d'énormes quantités de copal fossile sur le territoire du Congo, niais que malheureusement il est considéré comme produit fétiche que les noirs refusent de rechercher. J'ignore de qui M. Dewèvre tient ces renseignements que je crois erronés.
Et puisque les vernis Congo ont les qualités que nous venons de dire, pourquoi tous ceux qui s'intéressent à l'œuvre congolaise ne s'efïorceraient-ils pas, dès maintenant, d'assurer l'utilisation des produits de notre future colonie, en n'employant plus, par exemple, que des vernis Congo, et, lorsque l'importance de la commande le justifierait, en exigeant l'assurance écrite que les vernis qui leur sont fournis ont été fabriqués avec des gommes copalcs du Congo?
Dans cet ordre d'idées, il faut espérer qu'avant peu on pourra demander partout du café du Congo, du cacao du Congo, des meubles de luxe du Congo, etc., etc.
Nous finirons ce qui concerne les gommes en disant un mot de la gomme arabique, fournie par diverses variétés d'acacias.
A ma connaissance, on trouve au Congo Tacacia flamboyant, Tacacia blanc, Tacacia ordinaire, etc.
Ces arbres ont été plantés par nous dans nos stations; ils sont pleins de vigueur ; ainsi des acacias ordinaires plantés par noyaux à Equateurville fin 1891, avaient atteint en juin 1893, soit donc en vingt mois environ, huit mètres de Haut. Je dis huil mètres de haut; le tronc avait quinze centimètres de diamètre.
J'ignore si ce sont ces acacias qui fournissent la gomme arabique ; il y a lieu de s'en assurer et, en tout cas, de faire rechercher si ce produit existe au Congo afin (Je Ty introduire le cas échéant.
C'est, en effet, an article de commerce important.
Voici, à ce sujet, des renseignements extraits de la Notice n° V sur les colonies françaises :
<c La gomme arabique est, après le mil et Tarachide, le produit végétal le plus important de la Sénégambie.
» Cette gomme, presque entièrement produite par diverses variétés d'acacias, apparaît sous l'influence de certaines conditions morbides; elle provient d'une maladie de l'arbre.
» Les gommiers se rencontrent, groupés sur des étendues plus ou moins vastes, dans tout le bassin du Sénégal.
» Au mois de novembre, vers la fin de l'hivernage, lorsque le vent sec et chaud du désert commence à souffler, les gommiers perdent leurs feuilles; leur écorce se fendille et laisse exsuder la gomme qui s'épaissit rapidement et atteint parfois un volume asse£ considérable.
» Ce travail de l'exsudation est souvent aidé, sinon provoqué, par une plante parasite, le loranthiis senegalensis.
» Au commencement de mai, les Maures se rendent
aux différentes escales du Sénégal, et bientôt Dagana, Podor, Saldé, Matam et Bakel présentent une animation extraordinaire.
» La gomme est échangée contre de l'argent ou des marchandises de troque. Aux escales, on distingue deux espèces de gommes : la gomme de Podor (du bas du fleuve) et celle de Galam (du haut du fleuve).
n Après un premier triage, très sommaire, les gommes sont mises en ballots de 8û kilos, et expédiées à St-Louis, d'où on les dirige sur Bordeaux; dans cette ville, elles subissent un nouveau triage, très méticuleux, et le contenu de chaque balle est réparti en diverses catégories, répondant chacune à un emploi industriel. Ces catégories sont au nombre de six, plus? les grabeaux, résidus provenant du frottement des morceaux de gomme entre eux pendant le trajet de la forêt à l'escale; ces grabeaux se subdivisent eux-mêmes en six catégories.
» Les gotmnes blanches sont employées en pharmacie pour les pâtes, les sirops, etc. ; on s'en seit aussi dans
la confiserie pour les bonbons, dans la distillerie, et dans la lingerie pour apprêter le linge et les dentelles.
» Les gommes blondes et les grabeaitx sont employés en partie aux mêmes usages, mais on les utilise en outre pour les apprêts ordinaires, les impressions sur tissus, la préparation de la colle pour fournitures de bureau, étiquettes, enveloppes, etc..
" Enfin la « gomme fabrique » est employée en France, en Angleterre, en Russie, pour apprêter les tissus de laine et de coton.
H La production annuelle de la gomme est, en moyenne, au Sénégal, de trois millions de kilogrammes.
» En 1886, il a été vendu dans les escales 2,141,237 kilos de gomme de Podor (à environ 2 fr. 25 le kilo); 647,197 kilos de gomme de Galam (même prix); 26,061 kilos de gomme friable (à o fr. 65 le kilo); et, dans les rivières du Sud, io,225 kilos de gommes mélangées (à i franc le kilo).
" Aujourd'hui les besoins de l'industrie sont tels que la production pourrait être beaucoup plus considérable.
■> Il est regrettable, dit la notice française, que personne ne songe à accroître les plantations d'acacias, arbres très rustiques, qui viennent à peu près partout et ne demandent aucun soin. On estime qu'un acacia de l'espèce vérek, tomeutos, ti^bout'h, etc., peut donner annuellement de 6 à Soo grammes de gomme,
-I Pour des colons ou des industriels une exploitation de ce genre pourrait, au bout d'un certain nombre d'années et sans demander de grands capitaux, donner de sérieux bénéfices. »
Je ne puis avancer que la gomme arabique existe au Congo. Je puis seulement redire combien Tacacia y pousse vivace; je puis seulement signaler qu'au lac Léopold II les factoreries de la Société anonyme belge ont pu acheter, en un mois, 12 tonnes de gommes diverses à propos desquelles l'agent en chef du lac Léopold II écrit: « Cette récolte pourra continuer dans ces conditions, mais je crois devoir la restreindre jusqu'à ce que nous soyons fixés sur la nature de ces gommes, car, parmi le stock en magasin il y a certainement plusieurs espèces bien distinctes, qui demandent à être déterminées. »
. Rien ne dit que parmi ces gommes, considérées toutes comme gommes copales, nous n'allons pas trouver la gomme arabique.
Le capitaine américain Camp, du SS. « Henry Reed»^ me remit un jour un échantillon de gomme recueillie par lui dans une île près de Loulanga, et remarquable par la forte odeur de citron qui s'en dégageait.
L'échantillon était malheureusement fort petit et je ne pus m'en procurer d'autres afin de les faire examiner convenablement.
J'ai dit qu'au lac Léopold II on avait pu en un mois recueillir 12 tonnes de gommes diverses; qu'à l'Equateur il en avait été recueilli en deux mois deux tonnes et demie. Et ces fortes récoltes se font également dans les districts de rOubanghi-Oaèllé, de l'Arouwimi-Ouèllé, etc.
En sorte que les marchés belges pourraient être entièrement approvisionnés en gommes par le Congo, en attendant que les étrangers aussi s'adressent à nous.
Passons aux produits oléagineux.
Ici encore le compartiment congolais exhibe de no breux échantillons :
i" « Huile, Graisse, Noix de Palme » — ■< Coconots »
Tels sont les produits du palmier « Elaïs Guinêensis ».
Ce palmier existe en abondance dans le Congo-Maritime, dans le Moyen-Congo, et tous les villages du Haut-Congo le possèdent et l'exploitent; les îles du Haut - Fleuve abondent en élaïs.
Ce palmier porte comme fruits des régimes de noix de palme (dindins) ; ce sont de grosses grappes pouvant atteindre 80 centimètres à I mètre de longueur formées de noix constituées d'un noyau, la coconot, entouré d'une masse charnue huileuse.
De cette dernière on extrait l'huile dite de palme ou aussi beurre de palme; elle est comestible mais surtout employée dans l'industrie pour la fabrication des savons, des bougies, etc. En Afrique, l'huile de palme joue dans l'alimentation des noirs et souvent des blancs, le rôle de beurre et de graisse.
Les coconots renferment une amande huileuse fournissant une huile industrielle dont l'extraction demande des moyens mécaniques. Aussi cette extraction se fait-elle
fort peu sur place; les « cocowo/s » arrivent telles quelles en Europe.
On sait Ténorme commerce de coconots qui se fait à la côte d'Afrique et qui enrichit des villes telles que Lagos.
Après extraction d'une huile de savonnerie et de stéarinerie, le résidu forme un aliment très apprécié pour certains animaux domestiques.
Le prix des coconots est actuellement d'environ i5o à i6o francs la tonne, rendue à Hambourg.
Bien que ce prix ne soit pas élevé, le commerce des coconots est avantageux parce que ces amandes sont d'une manipulation et d'une conservation faciles et peu coûteuses; on ne les emballe même pas pour l'expédition en Europe; on ouvre la cale des bateaux et on y déverse les paniers de coconots à la diable.
Quant à l'huile de palme, on sait qu'elle s'expédie par tonneaux et qu'elle est une des branches les plus importantes actuellement du commerce dans le Congo- Maritime.
Elle vaut en Europe 5oo francs la tonne.
Pendant le i^^ semestre 1894^ il ^ ^^^ exporté du Congo 686 tonnes d'huile de palme valant 357, 000 francs ; 2,328 tonnes de noix palmistes (coconots) valant 582,000 francs.
Ces chiffres sont relatifs aux produits recueillis dans le Congo-Maritime.
En plus, il est passé-en transit par l'Etat Indépendant, pendant le même semestre, 142 tonnes d'huile de palme et 3oo tonnes de noix palmistes.
On sait qu'une huilerie a été installée en i885 dans l'île de Matéba par M. De Roubaix, d'Anvers. Cette huilerie appartient aujourd'hui à la Compagnie belge des produits du Congo.
11 est entré en Belgique en i8g3 : 11,062 tunnes d'huileclepalme, dont 10,377 ontété usinées en Belgique. Dans ces chiffres, le Congo entrait pour 1,287 tonnes.
Le " Raphia Vini/cra ».
Ce palmier, appelt; « nst's^ » à
l'Ecjuateur, est un des arbres dont
le miir tire le plus grand parti; les
lies du Haut-Fleuve ne sont parfois
plantées que de raphia, et dans le
T.opori, par exemple, des lieues etj
s lieues de rives ne sont (|ue de c
V^^ »xf jialmiers à tronc mince, souventj
^'i- %■ 13^ contourné, à allure rabougrie et d'uq
* ^" port peu élégant dès qu'il attcini
4 à 6 mètres de haut.
Son régime fruitier, long parfoi^ (le i"'2o, est constitué par des fruits ovales, vernissés, rappelant par leurjrfl écailles brunes imbriquées nos cônei de pin. Ces fruits sont entièrement utilisables : l'écorce fraîche est grillé égèrementet mangée telle quelle palrl ndigène qui s'en régale malgré sonff amertume de quinine; entre l'écora et le noyau se trouve une couche; d'huile de deux millimètres d'épaisseur dont le nois récolte d'énormes pots; cette huile, dite « huile da bambou » dans le Haut-Congo, est rougeâtre et plus fluide que l'huile de palme; elle est très utilisable cuisine et surtout pour le graissage des machines (
steamer. Cette huile sera exportée en grand dès que le chemin de fer le permettra.
Le noyau du Raphia Vinifera est utilisable pour cent petits objets de fantaisie; il se travaille au tour et peut donner, comme le corozo, des pommeaux de cannes, des boutons, des fiches à jouer, des porte-cigares, etc..
Ces noyaux d'extérieur brunâtre et vermiculc sont très durs et offrent, après travail au tour, un aspect agréable à l'œil; ils ont des allures d'ivoire veiné, tacheté et coloré.
3^ Le « Pcntaclethra Macrophylla ». — Parmi les essences dont la vigueur a su vaincre les incendies annuels de la savane, tous les voyageurs avaient remarqué un arbre atteignant une dizaine de mètres de hauteur, très rameux et feuille. Les rameaux, ouverts et étalés, sont chargés de grandes feuilles, à folioles opposées. L'arbre ressemble à Tacacia. Les feuilles sont persistantes. Le fruit qui succède aux fleurs attire l'attention par ses grandes dimensions. C'est une gousse légumineuse, à parois ligneuses, mesurant jusqu'à 55 à 6o centimètres de long sur g à lo de large et 3 à 4 d'épaisseur. En général cette gousse a 35 à 40 centimètres de long; sa surface est brun marron, veloutée avant l'entière maturité, puis le duvet tombe.
Un sillon la partage en deux lèvres; à maturité elle s'ouvre avec élasticité et ses deux valves tendent à s'écarter l'une de l'autre vigoureusement et en dehors, projetant les sept ou huit graines contenues dans chaque gousse. Pas un voyageur dont l'attention n'ait été attirée
par ce phénomène, qui n'ait considéré ces grosses fèves recroquevillées, et ramassé les graines qui jonchent le sol à profusion. Il y a pourtant quelques mois à peine que l'on a songé à constater que cet arbre était V <c Ou^ala » du Gabon, le « Moidlapanza » du Bas-Congo, connu des botanistes sous le nom scientifique de Pentaclethra Macrophylla Bouthain, Nous laisserons à de plus autorisés que nous le soin de décrire Towala d'une manière complète. Nous n'envisagerons que l'utilisation de la graine. Les graines de Towala sont très grosses (sept centimètres de long sur quatre à cinq de large), elliptiques, aplaties, minces sur les bords, à épisperme luisant, brun foncé.
L'épisperme coriace et formé de deux enveloppes de couleur brunâtre, entoure des cotylédons très résistants, de couleur brun clair, de saveur sucrée d'abord, puis un peu amère et gorgés de matière grasse.
Au Gabon, les indigènes emploient cette graisse pour la mêler à celle de l'Oba [Irvingia Gabonensis)^ pour la fabrication du fameux pain O' Dika, qui est une des matières les plus en honneur parmi ces populations nègres. A partir de Wéhia, sur le Haut- Lopori, j'eus l'occasion de trouver cette graine utilisée par les Mongos, qui en faisaient des pains appelés « agakao )>.
Le commandant Roget, dans l'Arouwimi-Ouèllé, vit souvent des soldats utiliser ces grosses fèves brunes; ils recherchaient celles que contient souvent la bouse d'éléphant, ces graines ayant traversé tout le tube digestif, l'estomac et Tintestifi du pachyderme sans y subir d'autre altération cju'une sorte de macération analogue à celle (}ue doivent leur faire subir ceux qui les utilisent pour leur alimentation.
Au camp de l'Equateur, nous recevions des
contingents descendant du Haut-Oubanghi etde l'OuèlIé, dont beaucoup employaient des fèves owala.
Les indigènes de Manoh et de Sulimah (rivière Gallinas) mangent la graine fraîche, dont ils sont très
friands, après l'avoir torréfiée en la faisant cuire à l'état naturel dans une marmite avec feu dessus et dessous. Nulle part, dit le docteur Heckel (directeur de l'Institut colonial de Marseille) les nègres n'en extraient le corps gras qui est cependant solide comme le beurre de karité dont ils se servent pour tous les apprêts culinaires. Mais ils emploient le bois de l'arbre producteur de la graisse : ils en construisent des pirogues.
Au Congo, comme au Gabon, comme dans les rivières du Sud (Sénégambie), l'arbre ne vient pas en forêt; les pieds sont isolés; c'est à peine si l'on en trouve
quelques-uns groupés, mais toujours en petit nombre. Ils recherchent les terrains secs.
Le docteur Heckel donne la composition chimique de la partie de la graine qui est gorgée de graisse :
Corps gras, jaune pâle, fusible à 2408 25, 180
Sucre et tanin 4,862
Corps gras et gliadine 2,oo5
Matières albuminoïdes . 3o,5oo
Cellulose 15,043
Sels 2,410
Cette analyse nous révèle la présence d'une quantité considérable de matières azotées, telle qu'on n'en retrouve l'équivalent dans aucune des grandes alimentations usuelles (pois, lentilles, haricots, fèves), sauf le soja hispida et les féverolles. ,
C'est dire que le tourteau résultant de la pression de cette graine, après extraction du corps gras, constituera un engrais de haute valeur et, môme mieux, un excellent aliment pour les bestiaux. Le corps gras mérite une attention spéciale; il est demi-solide jusqu'à la température de 24° et ses acides gras solides ne fondent qu'à 58^. On sait que l'industrie des bougies stéariques recherche activement de nouveaux acides gras, d'origine végétale, dont le point de fusion serait le plus élevé possible, et les graisses végétales (jui donnent la plus grande quantité d'acides gras. Ces deux qualités se trouvent réunies dans la graine d'owala.
Le pentaclethra existe àprofusion dans tout le Congo. L'Angleterre en reçoit de San-Thomé qui en produit abondamment.
4^ L' <c Irvingia Gabonensis » {Oba du Gabon).
D'après Heckel, sur les renseignements du voyageur Pondère, Tlrvingia Gabonensis se trouve dans les forêts du Gabon, où, de ses 25 à 3o mètres de haut il domine la brousse; dans les bassins de POgooué; dans la vallée du Niari-Kwilou disséminé dans la forêt du Mayombé, dans la vallée du Djoué, affluent de droite du Congo, qui coule non loin de Brazzaville. Dans POubanghi on le trouve depuis le confluent de cette rivière jusqu'à 4^3o' de latitude nord, au pied des rapides de Zongo.
La graine de Tlrvingia est Tune des matières premières les plus importantes et les plus méconnues de l'Afrique tropicale. Elle se perd actuellement à peu près sans profit, dans l'immensité des épaisses forêts silencieuses du Gabon et du Congo, alors qu'une des premières places dans l'alimentation et dans l'industrie européennes devrait depuis longtemps lui être réservée.
L'Irvingia, dit le docteur Heckel, est un bel arbre ayant l'aspect de notre chêne ; le fruit est une drupe verte, de la grosseur d'un œuf de cygne, recouverte d'une pulpe à saveur térébinthacée très accusée, qui a valu à Tarbre le nom de mango sauvage.
Dans l'intérieur du fruit se trouve, au-dessous d'une enveloppe dure, une grosse graine ayant la forme de notre amande et de goût agréable. C'est cette graine qui sert à préparer le pain O' Dika des indigènes du Gabon et qui contient une graisse solide appelée beurre de Dika.
Voici comment on prépare le pain O' Dika. On brise les noyaux, les graines sont broyées dans un mortier, puis jetées dans une marmite préalablement garnie à l'intérieur de feuilles de bananier. Sous l'influence d'un feu lent et doux, la fusion du corps gras se produit, puis
la substance refroidie se prend en une masse assez analogue au nougat rouge, tachetée de brun et de blanc. Elle est d'un gris brun, onctueuse au toucher, d'odeur intermédiaire entre le cacao torréfié et Tamande grillée; sa saveur est agréable, légèrement amère, comme la graine fraîche, d'une astringence analogue à celle du cacao. Ce rapprochement est frappant, toutefois ce produit ne possède pas l'arôme agréable du cacao ; il n'en a pas non plus la composition chimique. O' Rorke, premier auteur d'une étude sur ce produit, avait été conduit à en façonner une espèce de chocolat (qu'il nommait chocolat des pauvres) en y joignant du sucre et des aromates.
Au Gabon les indigènes mêlent les graines d'owala et d'oba dans la fabrication du pain O' Dika, dont les propriétés nutritives se trouvent ainsi augmentées de toute la richesse de l'owala en matières albuminoïdes(3o 1/2 p.c).
Les pains O' Dika pèsent i5 à 16 kilos et valent 16 francs environ. L'O' Dika s'associe à différents mets, notamment aux bananes cuites. Il était d'un réel intérêt de connaître à quel point ce produit est nutritif.
Voici les résultats de l'analyse faite par le professeur Schlagdenhauffen, de Nancy :
Corps gras (acides laurique et myristi(iue) . . . 72,i5o
Glucose, tanin et matières amcres 2,400
Késine o,55o
Matières gommeuses o,623
Cendres 0,257
Matières albuminoïdes 10,857
Cendres 3,737
Ligneux et cellulose (différence) 9,425
rOTAL. . . 100,000
En résumé le pain O' Dika est un aliment complet
dont les quatre cinquièmes sont constitués par des corps gras; le cinquième restant donne ro p. c. de matières albuminoïdes, une petite quantité de sucre et autres éléments qu'on retrouve, en général, dans les graines alimentaires. C'est une matière nutritive éminemment appréciable.
Le corps gras de l'O' Dika est fusible à 40'^. Quels usages peut-il recevoir?
D'après les expériences faites sur les indications de M. Heckel, dans la grande stéarincrie de MM. I-ournier frères, â Marseille, il ne rendrait aucun service à la fabrication des b<jugies, mais ce serait une huile concrète de première valeur pour la savonnerie. Les expériences du professeur Lcconte l'établissent sans conteste.
D'autre part, ce corps gras peut remplacer avantageusement, en raison de son prix de revient plus bas et de son degré de fusion un peu plus élevé, le beurre de cacao dans la préparation des pommades, cérats, cold creams, et surtout des suppositoires et glycérocones, aujourd'hui si employés en pharmacie.
L'Irvingia Gabonensis existe en quantité dans le Haut-Congo,
5'^ Le " Sésame ".
Est suffisamment connu pour qu'il nou; suffise de le signaler. On sait qu'au Congi le sésame est surtout cultivé dans la région des graines, c'est-à-dire dans le Nord et dans l'Est.
Grâce au capitaine Chaltin, nous avons pu l'introduire aussi à l'Equateur.
L'huile de sésame est très prisée pour la cuisine par les Arabes et les Hindous de Zanzibar.
6^ Le (c Ricin ».
Le ricin au Congo est indigène et Ton a à distinguer le ricin à gros grains et le ricin à petits grains.
A TEquateur, le ricin pousse merveilleusement et devient arborescent.
Ce produit demeure actuellement sans emploi chez rindigène, tandis que vers les grands lacs et au nord de rOubanghi, les populations savent très bien en extraire une huile de toilette.
On connaît son usage en médecine; de plus, l'huile de ricin est employée dans la parfumerie et un peu dans la teinture.
7" Le « Pignon d'Inde ».
On appelle ainsi la fève du.K Médicinier Cathartique » ((c Jatropa Ciircas », <( Pourguère » ou <c Noix des Barbades »), croissant partout à Tétat sauvage.
Le pignon d'Inde fournit une huile médicinale analogue à l'huile de crotone.
Dans la région des Cataractes, les indigènes appellent CCS fèves (( poidouka » et s'en servent pour s'éclairer; à cet effet, il les enfilent sur de longues et minces baguettes, allument la première, et la flamme passe lentement de l'une à l'autre.
Les Yorouba du Bas-Niger s'en servent de façon analogue pour éclairer les caravanes marchant la nuit.
A Lagos et dans toute la région côtière avoisinante, le pignon d'Indesert à confectionner de grandes quantités de savon.
D'après Moloney {Forestry of West Africa), environ 35o,ooo « bushels » (120,000 hectolitres) de pignons d'Inde sont exportés annuellement des îles du Cap- Vert en Portugal, et de ce dernier pays ces fèves sont en grande quantité envoyées en France, ■ — Marseille étant marché principal, — pour être employées à la fabrication de savon et de bougies.
%" L' « Arachide «.
L'arachide, ou pistache de terre, est une plante annuelle, de 3o à 40 centimètres de hauteur, velue et touffue. Elle présente cette particularité si curieuse qu'après la floraison à l'air libre, les pédoncules des ovaires s'allongent de manière à permettre aux ovaires de se terrer, de sorte que l'arachide se développe dans le sol; elle donne des cosses longues de 3 à 5 centimètres, à surface gaufrée, renfermant généralement deux amandes, parfois une, rarement trois.
Quand les cosses sont mûres, on arrache les pieds d'arachide qu'on laisse sécher au soleil, puis on sépare les cosses des feuilles et des tiges.
Le rendement de Tarachide varie de 3o à 35 pour i.
D'après les expériences du lieutenant Richard, au camp de Kinchassa, a un hectare d'arachides donne de 80 à 100 hectolitres de graines ».
La tonne d'arachides vaut à Marseille 3oo francs en moyenne.
L'arachide est une des plantes dont, au Congo, on tire les partis les plus variés. La plante entière constitue un excellent fourrage, très nutritif; l'amande mure se mange crue, bouillie, grillée et rappelle la noisette; on l'utilise en place de marrons pour farcer la volaille ; on en fait du nougat; grillée et pulvérisée, elle tient lieu de café; elle donne surtout une huile excellente (45à5o p.c), ressemblant beaucoup à l'huile d'olives.
Dans les régions à saison sèche du Congo-Moyen, les indigènes conservent les arachides séchées dans de grands sacs coniques faits de branches de palmier et suspendus aux arbres du village, pour les soustraire aux fourmis et aux rongeurs.
Nous venons de dire que l'huile d'arachides a beaucoup d'analogie avec l'huile d'olives; aussi, dans le commerce, est-elle souvent fournie comme telle, et l'huile dont nous assaisonnons nos salades en Belgique est presque toujours de l'huile d'arachides. Elle convient aussi très bien pour l'éclairage et est très employée pour la fabrication des savons, ainsi que pour diverses préparations pharmaceutiques. Tout récemment, on l'a proposée pour la confection du beurre à la margarine; la fraude s'en sert pour le chocolat.
Enfin, le tourteau d'arachides, c'est-à-dire ce qui
reste après Textraction de Thuile, constitue un excellent engrais et un fort bon aliment pour les bestiaux ; ces tourteaux sont parfois réduits en farine; la teneur de cet aliment serait de 48 p. c. de matières albuminoïdes et de 8 p. c. de matières grasses.
Il y a une quinzaine d'années, le principal centre de production était Tlnde Anglaise.
Aujourd'hui, la côte occidentale d'Afrique envoie sur les marchés d'Europe, principalement à Marseille, des quantités d'arachides augmentant chaque année, et, à ce propos, nous citerons un exemple frappant et indiscutable de ce que peuvent produire les chemins de fer de colonisation : je veux parler du développement du Cayor depuis qu'on a construit le chemin de fer de Dakar à Saint-Louis du Sénégal ; la région du Cayor, en partie inculte jusqu'à cette époque, s'est trouvée mise en culture comme par enchantement, et, chaque année, au moment de la récolte, la compagnie du chemin de fer est obligée de déployer une activité extraordinaire pour transporter à Dakar, et surtout à Rufisque, les envois d'arachides que toutes les stations de la ligne, sans exception, reçoivent des cultivateurs de la région.
En 1887, la producticm du Sénégal en arachides a été d'environ 70,000 tonnes, et cette production s'accroit sans cesse.
Il y a là un mouvement d'affaires de 26,000,000 de francs.
Il me semble certain qu'avec l'avancement des travaux du chemin de fer de Matadi à Léopoldville, la région des cataractes de l'Etat Indépendant du Congo suivra l'exemple du Cayor. Et le chemin de fer achevé, tout le Haut-Congo pourra aussi évacuer vers l'Europe la noix de terre qui pousse partout.
En 1893, il est entré en Belgique 10,972 tonnes d'arachides, totalement employées par nos industriels; dans ce chiffre, les Indes Anglaises entraient pour 9,236 tonnes.
A côté de tous ces produits huileux exhibés à la section congolaise, existent en grand nombre d'autres essences à fruits également huileux. Cent fois j'ai ramassé, soit en forêt, soit dans les îles, des fruits tantôt petits et rouges comme des cerises, tantôt jaunes et gros comme des poires bien mûres, et dont l'intérieur était une amande bien blanche, éminemment huileuse.
Je ne connais que de nom le N'javè et le Nounegou des Pahouins et peut-être les ai-je foulés aux pieds bien des fois, ainsi que d'autres richesses encore inconnues de la forêt.
En 1893, il est entré en Belgique 242,000 tonnes de graines oléagineuses autres que coconots, sésame, arachides, etc. Presque tout a été usiné en Belgique; ces graines venaient de et par l'Allemagne, l'Angleterre, le Brésil, les Etats-Unis d'Amérique, la France, Hambourg, les Indes Anglaises, les Pays-Bas, la République Argentine, l'Uruguay, etc.
Le a Tabac ».
Existe partout à l'état de culture. Il paraît y en avoir deux espèces, car je recueillis au lac N'toumba des feuilles longues de 85 centimètres, larges de 46, à surface poilue et tourmentée, et des feuilles de même longueur, mais larges seulement de 25 centimètres, lisses et douces comme la feuille de Manille.
D'après Dybowski, les deux tabacs du Congo seraient le 11 Tabac de Virginie » et le « Tabac Rustique » [Nicotiatia Ritstica).
Les noirs du Congo ont de multiples façons de préparer le tabac et l'exhibition est ici très complète.
Les uns laissent le tabac tel quel, et le réunissent pour la vente par cinq ou six feuilles, — d'autres conservent les feuilles à plat dans de grands paniers faits de feuilles de palmier (région des Cataractes, lac N'toumba), — beaucoup font avec les feuilles humides et enroulées des tresses souvent toutes noires (Manyanga, Kwango), — dans le Kassaï, le tabac, mis à sécher quelques heures sur des claies au-dessus d'un feu de braise, est pilé dans des mortiers et malaxé avec de l'huile de palme, de manière à ce qu'on en puisse former des pains coniques qu'on enveloppe dans des feuilles sèches et qui se conservent au moins un an avant d'être mis en usage; on racle ces pains au couteau pour obtenir de quoi bourrer sa pipe.
Un procédé analogue est signalé par Dybowski chez les Langouassis, au nord de l'Oubanghi : on y fait tremper les feuilles de tabac dans l'eau, puis on les met en masse pour qu'elles fermentent, et enfin, réduites en pâte, on en moule la masse dans un vase en terre. Lorsque cette pâte est sèche, elle ressemble assez à de la bouse d'éléphant.
On casse cela par petits morceaux pour en bourrer la pipe, et la fumée qui en provient est acre et nauséabonde.
L'un des meilleurs tabacs du Congo est le tabac dit de Loukoléla.
Règle générale, le tabac au Congo est séché lentement selon nos méthodes, mais comme on ne le fait pas fermenter, il acquiert une saveur qui nous est désagréable ; le tabac de Loukouléla fait exception.
Ce tabac provient en réalité de l'Alima, rivière française; il est mis en vente sous forme d'une véritable saucisse enroulée sur elle-même ; les feuilles tordues
ensemble sont fortement comprimées dans un lacis fait d'une peau souple de liane; puis le tout est roulé en forme de saucisse, traversée par deux croisillons en bambou.
Ce procédé, qui comprime le tabac dans une véritable enveloppe, le fait fermenter et lui communique la saveur de nos tabacs de Belgique.
Aussi ce tabac est-il très recherché des Européens qui se le procurent surtout à Loukoléla, agglomération de l'Etat dont les habitants vont dans l'Alima acheter le tabac en rouleaux; certains de ces rouleaux sont épais comme le poignet et ont un mètre de diamètre.
Au lac N'toumba, les indigènes font aussi des enroulements de tabac, en forme de longs __ '^'"'■w^T'^jdK , cigares, protégés par des feuilles
^"'•'itfki.fitl^^*?^'^*' sèches; mais comme le tabac est séché depuis longtemps avant d'être ainsi préparé, ÎI n'acquiert pas la saveur de l'Alima.
Les N'gombès du Lopori fument un tabac que nous avions qualifié du nom de tabac-lbin : les feuilles vertes, aussitôt cueillies, sont mises à sécher, comme dans le Kassaï, sur des claies au-dessus d'un feu de braise; le séchage dure une demi-journée et se fait en plein soleil ; les feuilles se recroquevillent; le noir les roule entre ses mains de manière à en faire une espèce de julienne qu'il conserve en paquets dans des feuilles sèches. C'est détestable mais on iinit, quand on n'a plus rien d'autre, par le tumer avec frénésie.
Dans nos stations, de nombreux essais ont été faits et ont donné de très bons résultats, ainsi qu'en témoignent les échantillons de Richemond, de Maryland, de tabac turc recueillis au Congo et exposés à Anvers.
Je me souviens d'avoir fumé à l'Equateur des cigares confectionnés avec du tabac Manille dont les semences avaient été apportées par le lieutenant Julien et qui avait poussé vigoureusement.
Les tabacs de Bornéo et de Sumatra ont aussi donné de bons résultats.
A propos du tabac, je crois bon de raconter ce qu'il advint d'un « spécialiste », ancien planteur de Bornéo et de Sumatra, venu dans le Haut-Congo afin d'étudier la possibilité d'établir de grands champs de tabac. Le gouvernement de l'Etat, toujours bienveillant à l'égard de telles tentatives, et ne pouvant deviner à qui il avait réellement affaire, nous avait adressé des instructions nous prescrivant de fournir à cet ancien planteur le logement, la table, des outils, des locaux, des travailleurs, des terrains, et un agent de la station devait l'aider à surveiller ses pépinières et ses parcs d'essai s'il venait à s'absenter.
Le monsieur arriva, pestant et jurant contre le trajet de Léopoldville à l'Equateur, trajet qu'il avait dû faire à bord d'une petite chaloupe à vapeur, dont le confort n'atteint pas toujours celui des transatlantiques.
Nous fîmes de notre mieux pour recevoir dignement l'ancien planteur, qui débuta par l'achat de lances et de boucliers à tout prix et occupa ses premiers jours à la chasse aux papillons.
Enfin, il exhiba deux grosses bouteilles, pleines Tune de semences de tabac de Bornéo, l'autre de Sumatra : « Voici, nous dit-il, de quoi ensemencer l'Afrique entière ! )>
Et nous nous rendîmes dans les jardins, où il eut bientôt fait de choisir un carré de terrain grand comme une demi-pièce de mouchoirs.
Alors, me priant de tendre les mains, il voulait absolument me verser dans l'une son Bornéo, dans Tautre son Sumatra, afin que, par-dessus tout ce que je devais déjà lui fournir, j'eusse encore le plaisir de semer le parc moi-même.
ce Cher monsieur, lui dis-je aussi poliment que possible, cher monsieur le directeur technique, je dois vous fournir le gîte, la table, les hommes^ les outils, les locaux et les terrains; si, après cela, je dois encore semer et récolter moi-même, il ne vous restera plus guère qu'à fumer le Bornéo et le Sumatra du Congo; moi, je cracherai ! »
Inutile de dire que le brave homme s'empressa de reprendre le premier bateau en destination de Léopoldville. Il avait bien séjourné en tout 5 à 6 mois au Congo, mais si on l'avait cru, du diable si on ne se serait empressé tous de déguerpir.
On est parfaitement convaincu que tout nouvel Européen ne commence à rendre des services sérieux au Congo qu'après une période d'acclimatement et d'acquisition d'expérience qu'il n'est pas exagéré d'évaluer à une bonne année.
Il est bien clair que, si savant que l'on soit en Europe, ce n'est pas par des voyages de quelques mois en Afrique que l'on peut étudier ce pays en connaissance de cause.
D'abord on n'en voit qu'une très faible partie.
généralement la moins belle, ensuite on est trop tenu par les inconvénients d'une nouvelle existence.
C'est pourquoi les courts voyages scientifiques faits jusqu'ici pardeshommeséminentsauxquels,bienentendu, nous rendons justice entière, ne sauraient avoir donné les résultats considérables qu'on doit demander à une expédition scientifique complète, faite par des hommes ayant vécu la vie noire au moins trois ans, et s'en allant pour quatre, cinq ou six ans, autant qu'il le faudra pour avoir vu longuement et patiemment, et non par les yeux de la fièvre.
Quant au tabac du Congo, que j'ai l'air d'oublier, voici comment quelques échantillons ont été appréciés en Belgique :
(c Les tabacs du Congo sont appelés à un grand succès non seulement pour la coupe, mais aussi pour la fabrication des cigares.
)) Les feuilles sont très souples.
» Les cigares fabriqués avec ces tabacs ne laissent rien à désirer au point de vue de la qualité et de la combustion.
)) Les tabacs du Haut-Congo sont supérieurs en qualité à ceux du Bas. )) (Le Finnrur, ii« 100. D. Maritz.)
On commence à vendre à Bruxelles des cigares à lo, i5 et 20 centimes, fabriqués avec du tabac de Loukoléla; c'est M. De Buck, le fabricant bien connu qui a pris l'intelligente initiative de commencer à lancer un produit qui, avec un peu de vogue, pourrait prendre un essor remarquable.
A ce propos, sait-on les chiflFres de tabacs et cigares entrés en Belgique en 1893? Les voici :
16,000 tonnes de tabac, dont un peu plus de la moitié a été consommé par les Belges.
345 tonnes de cigares, dont gS 1/2 fumés en Belgique.
Au Congo, le tabac est Tobjet d'un grand commerce sur place.
On sait que les troupes françaises reçoivent une ration de tabac; au Congo français le tabac est acheté dans le pays et les Sénégalais en sont très friands.
La maison hollandaise achète presque tout le tabac de TAlima pour aller commercer dans TOubanghi supérieur.
Encore un fait : près de îsTyangoué un métis arabe, Mounié Moulenda, s'était établi comme planteur de tabac; il avait un personnel très nombreux, occupé à ses plantations et fournissait le tabac nécessaire aux gens de Nyangoué et de Kassongo.
Je termine en redisant que le tabac existe sur tout le territoire de l'Etat.
La « Noix de Kola » .
Existe en forêt et à l'état cultivé dans le Congo-Maritime et dans la région des chutes; se trouve à l'état sauvage presque partout.
"La noix de Kola est la graine d'un arbre alogue à notre châtaignier, nommé Sieradia Acuminala, atteignant de i5 à 20 mètres de haut.
Il étend son habitat entre 5° latitude
Sud et 10" latitude Nord; est en plein
rapport à dix ans et peut donner jusqu'à
45 kilos de noix chaque année. Le docteur
A. -S. Dumas signale des productions
annuelles de cent kilos par pied.
A côté du vrai Kola femelle (café du Souàs!})'!} Jaut se méfier du faux Kola (mâle), guttifère, ne possédant guère les vertus du sterculia.
Les graines pèsent entre 5 et 25 grammes, les unes d'un jaune blanc, les autres d'un rouge un peu rosé : de làla distinction entre les Kolas rouges et les Kolas blancs. Les graines bien emballées peuvent se conserver fraîches pendant 25 à 3o jours. Les Wangatas de l'Equateur les consei'vent en terre où elles germent sans pour cela devenir impropres à la consommation.
Sur le littoral les deux principaux marchés sont Gorée et les établissements de la Gambie; le prix des Kolas y varie de 225 à 56o francs les 100 kilos.
Le Kola est un anti-dysentérique et un aphrodisiaque puissant ; comme le maté et le coca, il calme la faim et permet de supporter de grandes fatigues; la mastication de la noix de Kola permet aux noirs de franchir jusqu'à
8o kilomètres par jour, sous un soleil torride, en résistant à la fatigue et à la soif (D'' Dumas). Le Kola place un sujet neuf dans les conditions d*un sujet entraîné ; chez le sujet entraîné, elle surajoute, comme le dit Parisot, son action propre à celle de Tentraînement lui-même.
L'emploi du Kola en médecine s^étend journellement pour la cure deTépuisement, delà déséquilibration, de Taffaissement du système nerveux, des céphalalgies violentes et rebelles, etc..
D'une étude très documentée duD^ Rançon, médecin de i*"^ classe des colonies françaises, il résulte que le Sterciilia Acuminaia n'arriverait à maturité qu'à partir du 8^ degré de latitude Nord; à mesure qu'on s'avancerait vers le Sud il deviendrait de plus en plus abondant. Toutefois il semblerait ne plus être cultivé à partir de &^3o' latitude Nord.
Le Kola ne serait donc pas cultivable au Soudan français, dit le D** Rançon, puisqu'il n'apparaît qu'aux environs du ii^ latitude Nord, latitude à laquelle il ne produirait même plus de fruits. Or, le commerce de Kolas qui se fait au Soudan français est des plus importants, et à ce point de vue la colonie française est absolument tributaire des colonies anglaises de Sierra-Léone et de Sainte-Marie de Bathurst.
C'est par balles de 25, 5o et loo kilos que le Kola est livré aux clients de l'intérieur contre des produits en nature : arachides, ivoire, cire^ caoutchouc...
Le D^ Rançon accumule les faits prouvant l'importance du commerce, en gros et en détail, des Kolas au Soudan. Dans certains villages du Bambouc, à Bakel, à Kayes, à Médine, à Bammako, la noix de Kola se paie de lo à 25 centimes pièce, ce qui met le kilogramme à un prix moyen de dix francs.
Nous ne saurions évaluer en argent, dit toujours le même auteur, l'importance de ce commerce, mais nous pouvons affirmer qu'il est très considérable et doit donner lieu à un chiffre important d'affaires.
Or, ce que le D"" Rançon dit du Soudan on peut le dire de presque toute l'Africiue : le Kola est extrêmement recherché; de temps immémorial, les nègres africains font le plus grand cas de cette noix qu'ils chiquent avec autant de frénésie que les Annamites leur bétel; ils l'utilisent comme monnaie et selon sa couleur ils en tirent un langage symbolique : les noix blanches signifient paix, cordialité, mariage; les noix rouges, guerre, hostilité, désunion.
Dès lorsle Kola deviendra au point de vue congolais un article de commerce remarquable en Afrique même, et dans l'avenir les noix de Kola du Congo (pays couvert par l'habitat de ce fruit) gagneront toutes les provinces musulmanes, non seulement le Soudan français, mais
l'Air des Touaregs, le Tibbou et leBorkoudes Sénoussis, par le Bornou et le Tchad, par le Baghirmi et le Wadaï, par le Darfour et le Darfertit.
La II Piassai-a ».
Fibre d'exportation pour corderie, sparterie et brosserie. Est fournie par le palmier Léopoldina du Brésil, dit palmier du commerce et aussi Atlalea Funifera (qui porte des cordes).
On en fait rouir les feuilles, ce qui amène la désagrégation de la base du pétiole et permet de dégager ces fibres.
On en faisait des cordages peu estimés.
Un marchand, il y a quelques années, s'en servit pour protéger son navire contre les heurts, et, à la fin de son voyage, abandonna ces tampons sur les quais de ' Liverpool.
Un fabricant de brosses les vit et les acquit pour I quelques sous. Il en fit des brosses et des balais excellents. D'après le docteur Briart, la chose remonterait à , environ quarante ans.
Les fibres données par les raphias d'Afrique, dit I encore cet observateur, sont plus souples et donnent '■ l'imitation presque parfaite du crin de la queue de \ l'éléphant.
L'importation de ce crin végétal, sous forme de I ligatures, de cordages souples un peu grossiers, remonte \A quelques années; il provenait des îles du Pacifique l (Manille).
Le raphia à piassava croit dans les îles basses, sur les [bords facilement inondés des grands fleuves d'Afrique.
Le pétiole enveloppant de la feuille se désagrège peu à peu quand la feuille meurt et donne à la gaine une enveloppe épaisse de ce crin.
La piassava du Bas-Congo vaut actuellement 70 centimes environ le kilo.
Il est à remarquer que ce produit, comme beaucoup que nous avons signalés jusqu'ici et d'autres que nous allons citer, offre pour le transport l'immense avantage de n'exiger aucun emballage; on le met simplement en bottes et il n'a cure de l'humidité ni de la chaleur.
La piassava n'est pas une fibre textile, mais ce genre est aussi représenté à Anvers, où nous voyons le coton, les fibres d'ananas, de bananier, de bambou m'poussou, de papyrus, d'hyphène, etc
Le « Colon ».
Existe à l'état sauvage et cultivé dans le Congo- Maritime, la région des Cataractes, le Kassaï.
Signalé par Dybowski dans les plaines du Chari, poussant sans soins au milieu des grandes herbes. 11 se trouve dans des conditions qui sont tellement favorables à son développement, que là même où il n'est plus cultivé, par exemple sur l'emplacement d'anciens villages, il se multiplie, s'indigénise et produit de belles capsules laissant échapper à maturité des flocons d'une soie très blanche.
A été introduit dans la plupart de nos stations avec un succès complet.
Là où il existe, l'indigène sait très bien le filer et le tisser au moyen de métiers primitifs.
Dans le Moyen-Congo, le fil de coton sert à la
:tion de sacs à bibelots et aussi de sacs dans JOels les mamans noires portent leurs nourrissons. Les tisserands noirs fabriquent des bandes d'étoffe de 5 à lo centimètres de largeur, d'une solidité remarquable.
Ces bandes sont cousues les unes aux autres pour la confection; elles représentent des dessins obtenus par le lissa^ie.
Les cotoiHiicri ^1-ii.tlùa au Congo sont le Gossypiiim Anomaliim dans le Kassaï; le cotonnier herbacé et le cotonnier arborescent, espèce africaine qui croitrait spontanément au Tanganika.
Devons-nous dire aux intéressés combien il importe à notre industrie nationale de pouvoir s'affranchir de la tutelle des marchés étrangers?
Quelle certitude d'avenir pour l'industrie cotonnière de Belgique si les lieux de production de la matière première étaient belges!
Il est entré chez nous, en i8g3, 82,227 tonnes de coton, venant surtout de et par l'Allemagne, l'Angleterre, Brème, l'Egypte, les Etats-Unis d'Amérique, la France, les Indes Anglaises, l'Italie, les Pays-Bas.
De ces 82,227 tonnes de coton, 35, 000 environ ont été usinées en Belgique.
Le coton du Congo est l'espèce dite courte-soie et de qualité supérieure.
Les indigènes ne cueillent
la coque qui contient la bourre
que lorsque cette coque est
ouverte ; ce sont surtout les
femmes et les enfants qui se
livrent à ce travail.
Après avoir étendu le coton au soleil, sur des nattes, pour qu'il devienne bien blanc, on en enlève la graine, puis on l'expose à nouveau dans des calebasses. La bourre textile qui sert à confectionner des étoffes n'est pas le seul produit du cotonnier; les graines peuvent, par compression, fournir une huile d'excellente qualité, et, comme résidu, des tourteaux à donner au bétail.
Il y a lieu d'examiner s'il n'y aurait pas avantage à introduire au Congo les plant.s de coton de Géorgie, longue soie (Gossypium Barbadense),
D'après Moloney, cette espèce est cultivée dans plusieurs régions des tropiques africains, et elle produit le meilleur coton de commerce.
Les chiffres que nous avons donnés plus haut doiventj faire réfléchir partisans et adversaires du Congo.
Les aulrct; fïbrea lexUlcs (d'ananas, tic bananes, de papyrus, d'hibiscus, etc.) n'ont guère encore d'emploi en Belgique, tandis que nos voisins non seulement recherchent toutes leurs applications industrielles, mais lâchent même d'introduire chez eux des plantes 1-^<^\Î:''.^Î:''\Z'-
textiles nouvelles, telle la ramie en France.
L'alpha, le corosaol, la jute, le chanvre indigène, les fibres de plusieurs bromél iacées , d'arbres tels que le « poiniffa n du Congo-Maritime, etc., doivent attirer l'attention de nos filateurs, cordiers, fabricants de sparterie, fabricants de papier, etc., auxquels nous conseillons vivement de se livrer à de sérieuses expériences. ,
L'exposition des colonies françaises de l'Afrique, à Anvers, était, au point de vue textile, des plus complètes et des plus suggestives.
Importation de fibres végétales en Belgique, en iSgi :
Chanvre : 10,019 tonnes, dont 9,oi5 usinées par nous.
Fils de lin on d'autres végétaux :
1,176 tonnes, dont 237 mises en œuvre en Belgique.
Matières textiles brutes diverses (non compris l'étoupe, la jute, la
laine, le lin, la soie et le coton) : 4,375 tonnes, dont 4,020 utilisées par l'industrie nationale.
Cordages : i,3o8 tonnes, dont 3g5 employées par
La « C amie à sucre ».
La plante à sucre par excellence, cultivée
à profusion sur tout le territoire de l'Etat; en certains points, la tige atteint 5 mètres de hauteur; elle se reproduit au Congo par boutures.
Les indigènes mangent la canne à sucre telle quelle, après l'avoir simplement pelée; elle est très ratraîchissante et beaucoup de tribus la préfèrent â l'ananas.
On en confectionne une bière appelée « mas-
sanga » obtenue en exprimant le jus au moyen de
pilons dans des troncs d'arbres évidès; après
N. ierm itation, on porte le liquide â ébul-
* ht 1.
Tous les indigènes du Hautrituve et du Kassaï connaissent le massanga », dont ils sont friands tn diable.
A l'Equateur, certaines tribus ont la spécialité de cette fabrication; ce sont souvent des tribus agricoles intérieures, qui se rendent chez les tribus riveraines et échangent leurs produits, — dont le li massanga », — contre du poisson; les jours où les marchands de « massanga »
- gi —
arrivent, le tam-tam annonce au loin la bonne nouvelle et l'on consacre parfois plusieurs jours aux libations et aux beuveries accompagnées de danses spéciales : c'est la fête du « massanga », qui se renouvelle deux ou trois fois par mois.
Le (c massanga » est très prisé des Européens, et dans presque toutes les stations du Haut-Fleuve on en fabrique journellement pour la table des blancs.
Le docteur Charbonnier, du camp de TEquateur, préférait le « massanga » au vin.
Imitant le procédé de fabrication arabe, beaucoup de chefs de station du Congo-Central obtiennent du jus de canne à sucre un sirop très utilisable pour le thé, le cacao, le riz, les desserts, etc. A Loukoungou, particulièrement, les missionnaires américains (à la tête desquels se trouve le digne et très aimé M. Hoste) sont arrivés à obtenir la cristallisation de ce sirop de canne à sucre : un flacon de cet intéressant produit figurait au compartiment d'Anvers.
Le rendement de la plante en sucre cristallisable est toujours supérieur à i5 p. c. ; la betterave n'arrive à ce taux que dans les très bonnes années. Dans un avenir prochain nous verrons des sucreries s'établir au Congo, et peut-être un jour en recevrons-nous du rhum, qui se boira avec le café Congo, servi sur des tables en bois de rose, en acajou blanc, en sénonné et accompagné de cigares de Loukoléla.
Le (C Poivre de Malagtiette » .
Ce poivre est connu depuis les premiers temps des échanges entre l'Europe et l'Afrique.
Viilault, sieur de Bellefond, qui, avec Atkins, Snelgrave, Smith, Loyer, Des Marchais, etc. , est considéré par l'abbé Prévost comme un voyageur paraissant avoir , été plus jaloux de la qualité d'observateur que de celle de | marchand, Viilault, disons-nous, visita les côtes d'Afrique en 1666 et 1667.
V La côte de Malaghette ou de Maniguette, écrit-il, se nomme ainsi à cause du poivre de Rio-Sestos, que les Français nomment Malaghette.
.' Les marchands de Dieppe donnaient le j nom de Paris à la ville située à l'embouchure du Grand Sestre, par la seule 1 raison que ce poivre y était en abondance.
11 Cette marchandise, dit encore j
Viilault, qui est la plus chère du pays,
-^ rapporte plus de profit qu'on ne se I
- 1^ l'imagine, surtout lorsque le retarde-^
/ ment des flottes de l'Inde la rend plusj
chère. >.
L'ancienne Côte de Malaguett^" . s'appelle aujourd'hui Côte des GrainesJ
Ti* ^^ ,> ou Côte du Poivre. (République de 1
fc^â Le poivre de Malaguctte {Ajnoinumà
^W Mclegueta) est dit aussi Graine de Paradis*! et ce nom rappelle la faveur dont ce poivrel a du jouir anciennement. Il est fourni par un fmitT charnu, rouge, en fuseau, renfermant de nombreuses! petites graines brunes, très aromatiques, analogues de,"* forme à des pépins de raisin.
La plante est une sorte de jonc haut de ii"5o ^\
2 mètres, à longue feuille étroite, croissant à Tétat sauvage, et dont je trouvai surtout des quantités sur la rive droite du Congo en face d'Equateurville.
La fleur mauve poussant au pied de la plante est de toute beauté.
L'indigène enfile les fruits deccjoncsurdes baguettes qu'il suspend au toit de sa hutte où ils se dessèchent complètement ; les graines sont alors utilisées comme condiment et comme médecine.
D'après M. Dcwèvre, les Européens utilisent la graine de Paradis en médecine, et on en exporte de grandes quantités de la côte de Guinée à destination de r Angleterre.
D'après Moloney, la graine de Paradis est fort employée en Grande-Bretagne et dans les Etats-Unis d'Amérique à la préparation de médicaments pour le bétail, pour donner du piquant aux cordiaux, et aussi pour donner une force artificielle aux alcools, vins, bières et vinaigres. Les exportations de la Côte d'Or et principalement de « Cape Coast Castle « et d' « Accra » atteignent annuellement une moyenne de « 2,000 cwt. » (5o, 000 kilos), dontlamoitiéà peu près entre en Angleterre.
A propos de ce poivre, signalons que J. Dybowski, dans La Route du Tchad, rapporte avoir trouvé en abondance dans les environs de Bangui une espèce de poivre dont les rameaux s'attachent après le tronc des grands arbres, et qui semble très analogue au cubcbe. Ce serait peut-être, dit Dybowski, une plante intéressante à exploiter.
En 1893 je reçus du père Allaire, de la mission de Liranga, un rameau de poivrier desséché venant, me dit-il, de l'Oubanghi; il portait des grains extrêmement parfumés.
La u Muscade de Calabash ».
Produite par une anonacée, le Monodora Myristica, arbre de i5 à 20 mètres de haut croissant au Congo. Son fruit est une grosse baie, renfermant un grand nombre de graines.
Propriétés analogues à celles de la noix de muscade. Saveur un peu plus piquante.
La « Fève de Calabar » {Physostigma Vcnenosiim).
Plante médicinale dont le port ressemble à celui du haricot et dont la gousse atteint jusqu'à 17 centimètres de longueur.
Sous le nom de « Èsêré », le fruit est employé comme poison d'épreuve par les naturels de « Vieux-Calabar ».
C'est une plante vénéneuse très énergique; les médecins européens l'utilisent pour faire contracter la pupille, pour combattre le tétanos et guérir certaines névralgies.
Le principe actif est un alcaloïde particulier appelé « Physostigjninc » ou « Esérine » .
L' « Orsdlle ».
En certains points des algues (usnées) croissent sur les branches des arbres qui se couvrent d'une sorte de longs filaments d'un vert très clair; ils pendent en formant comme de longues stalactites. Ces végétaux parasites sont exploitables ; ils forment l'orseille employée en teinturerie et fournissent des matières colorantes bleues et pourpres. Il y en a des quantités indéfinies.
Pendant le premier semestre 1894, il en a été exporté de l'Etat du Congo envion ig tonnes valant 8,5oo francs et passant presque au total en transit.
Le « Rocon » (ou Arnatto).
Le rocouyer {Bixa Orcllana), bixacée originaire d'Amérique, est un arbuste à fleurs roses ou d'un blanc légèrement teinté de rose, auxquelles succèdent des capsules renfermant de petites graines d'un rouge pourpre.
Voici le résultat d'une analyse faite par M. Hardman Taylor d'Anvers :
« Des graines d'une couleur chamoise on obtient une dissolution rouge jaunâtre dans l'alcool.
» Ces graines sont blanches à l'intérieur, la matière colorante reste dans la coquille. Elles sont très difficiles à moudre à cause de leur dureté.
1) Il s'y trouve évidemment une quantité suffisante de matière colorante pour pousser plus loin les essais. «
A TEquateur, Tindigènc emploie le rocou comme fard .
En Europe et en Amérique on l'emploie parfois pour teindre certains fromages, colorer le beurre, principalement le beurre falsifié.
Il en a été exporté pendant le i^^ semestre 1894, ^^ l'Etat du Congo, 3g kilos valant 45 francs.
L* a Entada Gigalobium » [Entada Scandem). Aveline des Indes occidentales.
Immense légumineuse atteignant la longueur de i"^5o et renfermant de grosses graines rondes de 5 à 7 centimètres de diamètre et de i centimètre d'épaisseur.
La décoction de Técorce est un bon astringent; les graines passent pour alexipharmaques, narcotiques et vomitives.
Dans le liber et autour des graines se trouve une substance mucilagineuse et savonneuse qui sert à laver les cheveux.
La sève sert de boisson à Java.
Les feuilles sont mangées avec du riz.
Certaines tribus sous les tropiques mettent ces graines à détremper dans l'eau, puis les grillent et les mangent; elles en font aussi des boîtes à priser, des cuillères, etc.
La fibre de cette plante grimpante sert aux îles Ceylan à fabriquer des cordages.
L'cntada gigalobium est signalé jusqu'ici dans Je Congo-Maritime et dans la foret du Mayombe.
Le « Café Sauvage » .
Existe surtout vers le Nord de TEtat, dans la zone arabe et au Kwango.
La culture du caféier à petits grains croissant sur les bords de TOubanghi, écrit Dybowski, devrait être tout particulièrement pratiquée, car le produit obtenu trouvera sur les marchés un prix de faveur à cause de son analogie avec les meilleures qualités, telles que celles de Rio-Nunez et de Moka.
Le même voyageur dit aussi que Tespèce à grande feuille trouvée par lui sur les bords de la Kémo, par les gros rendements qu'elle peut produire, pourra sans doute, elle aussi, présenter un intérêt très réel.
C'est probablement le café à petits grains de Dybowski qui a été signalé dernièrement dans les Sultanats du Nord par le lieutenant Fiévez Achille, résident chez Sémio, et qui sur les marchés est connu sous le nom de petit moka du Soudan.
Peu à peu on dégage de l'enchevêtrement des productions du sol au Congo ces différentes richesses, les plus aisées à découvrir par les occupants actuels de l'Etat, à qui les connaissances botaniques font défaut : l'emploi de la plupart des végétaux, arbres ou plantes, de la grande forêt n'est pas encore bien défini, et par suite l'industrie européenne ignore encore comment elle pourra les utiliser.
Ce n'est ni en quelques mois, ni en quelques années, qu'on atteindra ce résultat, et la patience, qui est la première règle des entreprises coloniales, est ici de toute nécessité.
Le pays est riche; il produit de plus en plus et avec un peu de persévérance, nous en pourrons tirer, avant qu'il soit longtemps, un parti considérable dont profiteront notre commerce et notre industrie. Oui, la brousse renferme toujours des trésors auprès desquels on continue à passer sans s'en douter. J'en citerai un exemple frappant :
Depuis bientôt douze ans, la forêt de Massamba, à l'ouest de la Loufou, est traversée par tous les Européens dépassant Matadi. De plus en plus nombreux ont été les blancs de tout métier qui ont foulé son sol; botanistes, planteurs, agronomes, ont, pendant dix ans, dégringolé les pentes de cette forêt bien connue : aucun n'avait constaté que le café y poussait naturellement. Ce n'est qu'au mois de septembre 1893, donc l'an dernier seulement, qu'un jardinier, rentrant de Loukoungou, et ayant quitté le sentier des caravanes pour pénétrer à quelques cents mètres dans la forêt de Massamba, y trouva, à sa grande surprise, des caféiers sauvages couverts de baies presque mûres. Des mesures ont été prises pour dégager ces caféiers, dont la fève, toute petite, paraît être la même que celle du café sauvage trouvé dans l'Oubanghi et dans les Sultanats du Nord.
Cet exemple n'est-il pas typique?
Dans la zone de Kassongo les troupes de l'Etat consomment en grande quantité le café sauvage.
L'an dernier M. Lehrman, commissaire du Kwango, fit connaître au Gouvernement que son district était à même d'approvisionner en café les autres provinces de l'Etat.
Le lieutenant Fiévez Léon, à l'Equateur, signale la présence dans les îles de l'Oubanghi, entre son confluent et Zongo, d'une multitude de caféiers en plein rapport.
Le « Bambou de Chhic ».
Existe dans le Katanga et au Nord de l'Oubaiighi. A été introduit par nous dans la plupart des stations et y pousse merveilleusement.
Dybowski signale l'exubérance des bambous de Chine ou plus exactement « Bambous de l'Inde » vers 5° 1/2 Nord. Les tiges, écrit-il, ont de i5 à 18 mètres de haut; ce sont des plantes superbes; les touffes ont 6 ou 8 mètres de diamètre et les brins s'élancent en une gerbe haute et élégante et s'infléchissent en des courbes gracieuses.
En Afrique, on donne improprement le nom de bambous aux rachis d'un raphia. Il serait bon d'adopter la terminologie »t Bambou du Congo » pour ces rachis.
Le vrai bambou reçoit en Europe des applications pour ainsi dire indéfinies pour la confection de milliers de meubles, de bibelots, de cannes de tout genre, etc. On en fait aussi des hampes de lances.
Tous les produits végétaux que nous venons d'énumérer et qui ont été exposés à Anvers, sont ou originaires du pays ou introduits dès longtemps avant notre arrivée au Congo.
Leur énumération descriptive aurait à se compléter des végétaux signalés comme existant au Congo, mais non représentes à Anvers.
Nous n'en donnerons que la nomenclature rapide : Le « Ciibèbe Africain », qui pourrait peut-être remplacer le poivre noir et est utilisé en médecine.
Le '< Pentadesma Butwocea» à graine huileuse. Le « Manglier », dont l'écorce peut servir au tannage; bois de construction.
Le « Borassns FlabcUiformis », magnifique
palmier à tronc renflé, dont le bois veiné de
noir et très solide est un bois d'ébénisterie et
de construction, et dont les feuilles sont employées
à la confectien de mille bibelots, parmi lesquels les
éventails chinois.
Le « Palmier-Bambou » [Békélengiiê à l'Equateur). Pris souvent pour le Raphia Viiitfera, est le plus beau représentant de la famille raphia au Congo,
Les nervures des feuilles du békélengué sont parfois grosses comme la jambe, et fournissent pour les constructions des matériaux comparables au bambou de l'Inde; ces rachis ont jusqu'à 12 mètres de long, sont droits, réguliers et résistants; aussi sont-ils très utilisés parles noirs et par les blancs; l'épiderme de ces nervures sert à la confection de nasses énormes, de pièges à petit gibier, de paniers de toute sorte, de nattes pour cloisonner les huttes; — l'intérieur fournit les petites flèches de 3o à 35 centimètres de long, souvent empoisonnées : les attelets si dangereux; — les feuilles donnent les meilleurs toits indigènes connus dans le Haut-Congo; — en plaçant ces bambous jointivement sur deux rangées, l'une verticale, l'autre horizontale, on obtient des cloisons propres t suffisantes pour des constructions provisoires à élever ■apidement.
Le t< Palmier Calamiis » (Caiamus Secundiflorus) ou
'otatig » : sorte de jonc épineux s'accrochant à tout ce
qu'il rencontre ; toutes les rives en sont garnies ; la feuille
Kest semblable en petit à celle du palmier; le corps peut
nplacer le rotang venant des 1 ndes orientales, si
employé en vannerie et pour les chaises de jardin, les
auteuils cannelés dits fauteuils de Madère, etc.
Certains rotangs ont l'épaisseur du poignet et sont longs de 6 à 8 mètres; ils sont très résistants et très louples, et pourront faire, avec une autre liane (appelée " » à l'Equateur), l'objet d'un commerce considéable; cette liane n'godi peut servir aux mêmes usages faue les joncs dont on fait les fonds de chaises, et nrtout donnera, à peu de frais, des paniers d'emballage
légers et résistants pour les expéditions rapides de fruits, poisson frais, etc.
Des fleurs et des plantes ornementales dont l'import en Europe serait une richesse.
Mon ignorance en Botanique m'empêche de mettre des noms sur les très nombreuses fleurs qui parent les rives du fleuve et l'intérieur des forêts ; à certaines époques de l'année, des rideaux de lianes, dégringolant du haut ' des Fromagers et des Saucisson niers, se couvrent complètement de bouquets d'un incarnat violent; parfois des kilomètres entiers de rives fleurissent et l'on ne voit plus de verdure pour ainsi dire : tout est devenu rose; en d'autres points, les arbres sont chargés de fleurs blanches dont je ne sais dire ni les formes, ni les caractères. Je sais seulement combien c'était beau !
Et que d'orchidées partout, plus étranges souvent que belles, et trouvées dans des circonstances parfois curieuses. Exemple :
A certaines époques de l'année et en certains points du camp d'Équateurville, l'air se saturait d'un parfum violent d'héliotrope. On passait humant fortement ce parfum et donnant un coup d'œil interrogateur aux environs. Comme là-bas on est toujours affairé, on ne poussait pas plus loin l'examen de ce parfum et la recherche de ses causes. A la fin de iSgS seulement, mon attention fut attirée par une jonchée de feuilles mortes sous un arbre complètement vert. J'examine ces feuilles et je constate qu'il s'agissait non de feuilles, mais de fleurs brunes d'où émanait le parfum d'héliotrope. Au-dessus de ma tête, la frondaison de l'arbre d'où ces fleurs tombaient ; cet arbre était parasite d'une « Ationacêe » ayant poussé au flanc d'une de ces termitières
— io3 —
monstrueuses de l'Equateur. On eût dit qu'au tronc de Tanonacée à larges feuilles et à gros fruits jaunes, on avait greffé de longues branches flexibles à petites feuilles tendres et délicates, abritant à leur aisselle des fleurs en étoile, teintées de brun et de blanc seulement, mais d'un dessin plus délié, plus transparent, plus capricieux que l'aile des papillons, et d'un parfum rappelant l'héliotrope.
Guidés par ce parfum très marqué, nous trouvâmes immédiatement de nombreux spécimens de cette adorable fleur sauvage que nous montrâmes en vain à tous les passagers, pour en connaître le nom.
Je surveillai nos arbres parasites pour voir si aux milliers de fleurs qui la couvraient allaient succéder des fruits. Il n'en fut rien ; toute la floraison se flétrit sans que rien la remplaçât; ou du moins, ce fut seulement deux mois après que nous découvrîmes, en place de toutes ces fleurs, rien que deux fruits et bien bizarres : au bout de deux longs rameaux flexibles et pas plus gros que le doigt, se développaient comme deux pommes à côtes, d'un vert sombre et velouté. Pendant trois mois ces fruits étranges demeurèrent sans changement apparent, sauf qu'ils noircirent un peu; enfin, m'étant décidé à en cueillir un, je le trouvai rempli d'une multitude de petits noyaux gris-brun, semblables à des noisettes. Ces noyaux, secs, prirent une odeur très caractérisée d'angélique confite.
Cette orchidée parfumée serait ici une fleur de grand luxe et de grand prix.
Voici encore une fleur remarquable, signalée par le capitaine Camp :
(c Étoile blanche. Gloire du matin. »
<( La fleur peut n'être pas classée parmi les « gloires du matin », mais certainement elle en a l'apparence.
excepté un léger aplatissement dans la forme. Elle présente cinq pointes d'une belle couleur de velours blanc. Ces pointes sont réunies par de petites raies d'une couleur crème plus sombre, avec de la peluche veloutée. C'est une très belle fleur mais qui n'a pas d'odeur spéciale. Elle croît dans un sol très riche, sa tige grimpant par-dessus les taillis. Elle sera certainement la bienvenue dans les jardins botaniques. »
A propos de fleurs, remarquons que l'Européen en a introduit de nombreuses variétés : roses, pourpier d'ornement, lilas, véritable épine du Christ, immortelles, corail, reines-marguerites, vigne de Chypre, balsamines, etc
Les plantes médicinales, auxquelles il faut rattacher les plantes toxiques, sont nombreuses à n'en juger que par toutes les drogues qu'en fabriquent les médicastres noirs.
Je pourrais bien parler du « Strophantus Hispidiis », de la famille des apocynées, dont on empoisonne les flèches, et qui a sur le cœur une action très marquée, ce qui en fait un succédané de la digitale ; — de 1' a Erythrophlaeum Guineeme » ou du « Tephrosia Vogelii », qu'on utilise pour l'épreuve de la casque, jugement de Dieu aux pays des noirs, — et de tant d'autres caesalpiniées, malvacées, rubiacées, etc., etc
J'aime mieux dire, à ma confusion, que je n'y connais rien du tout, et m'arrêtcr ici dans ce que je voulais dire de la flore équatoriale sauvage exploitable, pour vous présenter deux produits introduits et cultivés par nous avec un succès étonnant : le café et le cacao.
— jo5
Le ce Café
Dès Tarrivée des Européens à Léopoldville, des essais de plantation de café furent faits. C'était du café de Libéria.
L'expérience réussit, mais les mille difficultés avec lesquelles on était aux prises en ce moment empêchèrent le développement en grand des plantations.
Bien plus, il y eut un moment où la population blanche de Léopoldville ne parut plus se douter de Texistence, dans les jardins, de ces arbres précieux que la brousse menaça bientôt d'étouffer.
Ce fut le lieutenant Liebrechts qui, en arrivant à Léopoldville en 1886, et ayant connaissance des essais précédemment tentés, fit des recherches et découvrit dans les hautes herbes de petits caféiers végétant misérablement, mais heureusement encore vivants. Il s'empressa de les dégager, et, grâce à lui, ils reprirent vigueur.
En 1890, la Chambre de commerce d'Anvers publiait un rapport établissant que le café de Léopoldville est des meilleurs et recommandant sa culture, car sa qualité le plaçait à côté du meilleur « Santos » et de certaines cjualités de « Java » et de « Haïti », le prix variant de g5 à iio francs les 5o kilos.
A la suite de ce rapport, le regretté gouverneur Coquilhat faisait parvenir, le 7 août i8go, aux commissaires de district, des instructions prescrivant l'introduction et le développement de la culture du café dans tous les établissements de l'Etat.
— io6 —
En conséquence, Léopoldville devait envoyer, avec tous les soins voulus, les premiers plants disponibles à Loukoungou et à Bangalas (Nouvelle-Anvers), puis à Lousambo, à Loulouabourg, à l'Arouwimi.
Les instructions du Gouvernement reçurent application immédiate, et bientôt, au lieu d'envoyer quelques jeunes plants, on put envoyer des centaines, puis des milliers de baies mûres, et les résultats furent tellement extraordinaires, qu'on se refusera presque à croire les chiffres que je vais citer.
C'est pourquoi je rappellerai d'abord l'extraordinaire fertilité du sol dans le Haut-Congo; l'immense cuvette qui fut jadis la Mer Centrale est en outre plus favorisée par le régime des pluies que les bandes nord et sud de l'Etat; la composition et la profondeur de la couche arable sont presque partout des plus favorables au café. Enfin, disons que cette rubiacée est chez elle au Congo; car elle n'est nullement originaire de l'Arabie, comme son nom scientifique {Coffea Arabica) pourrait le faire croire; elle a pour berceau l'Afrique centrale, où on la trouve en abondance à l'état sauvage.
L'exemple de la pousse des caféiers à l'Equateur est typique : les baies, provenant de Léopoldville, furent mises en terre fin novembre 1891 ; les premières fleurs apparurent juste un an et demi plus tard; quand je quittai la station, en juin i8g3, les caféiers avaient 2"^5o de haut et étaient couverts de fruits; depuis mon départ, 40,000 baies récoltées sur ces premiers caféiers ont été plantées en pépinière.
A Nouvelle-Anvers, à Basokos, etc., la puissance de production du sol est identique, et les résultats obtenus sont imposants.
LE B.ASSIN Dl' CONGO
L'^nfienne mer mieneure d'après A J.Wautcrs
— io8 —
Voici le relevé des caféiers dans quelques stations de TEtat Indépendant, à la fin du premier semestre 1894 :
Boma 435
Matadi 80
Région des Cataractes .... gS
Stanley-Pool 14,520
KwangQ-Oriental 37
Equateur 4,3o5
Nouvelle-Anvers (Bangalas). . . 27,225
Basokos 2,65o
Oubanghi-M'bômou 1,200
Total . . . 50,545
Dans les stations précitées, 200,000 baies étaient en terre à la même date.
Je ne possède pas les chiffres de Loulouabourg, Lousambo, Stanley-Falls, etc
A côté de TEtat, les factoreries et les missions créent aussi des parcs plus ou moins étendus de caféiers.
La mission de Bolengui (Equateur) possédait à mon départ (1893), 5oo plants de café, dont i5o en pleine force.
Devant ce développement surprenant d'une culture de grand rapport, PEtat s*est empressé d'envoyer au Congo un certain nombre d'agronomes, et de planteurs noirs recrutés à San-Thomé et à Monrovia.
Une société s'est formée dernièrement pour l'exploitation des produits du sol au Kassaï; son principal objectif est l'établissement de grandes plantations de café.
Actuellement, des essais de culture sont tentés avec des semences de San-Thomé, Guatemala et Java.
Le « Cacao ».
Les merveilleux résultats obtenus avec le café, l'ont été également avec le cacao, à propos duquel j'aurais à redire tout ce que j'ai dit pour le café.
Ci le tableau des cacaoyers en stationau i«" mai 1894 :
Matadi 18
Stanley-Pool 2450
Equateur 769
Bangalas 2790
Basokos 910
Je n'ai pas les chiffres des autres districts. Il est entré en Belgique en iSgS :
1,877,084 kilos de cacao, fèves et pelures, à 2 fr. 20 le kilo, dont 1,035,294 l^ilos pour notre usage;
204, 5g6 kilos de beurre de cacao à 3 fr. 20, .„. dont 85, 2i5 employés en Belgique;
B^ 747.481 kilos de cacao préparé à 3 fr. 5o,
^B, dont 348,799 kilos consommés ici.
^B A Equateurville les premiers cacaoyers furent
^ mis en terre en 1891.
^ Les fruits apparurent en deux ans et demi et
aujourd'hui ce sont ces premiers plants qui assurent les plantations du district.
Au camp de Basokos, du temps du capitaine Chaltin, on buvait du cacao qu'on pouvait bien qualifier de congolais, car il y entrait la poudre obtenue par la torréfaction et la pulvérisation de graines recueillies dans la station, le lait des chèvres et des moutons du
camp, et enfin le sirop de canne à sucre fait par des femmes noires.
Le café et le cacao sont surtout les deux « denrées coloniales» dont le développement est aujourd'hui assuré; d'autres produits sont à l'essai, tels la vanille, l'indigo, et ces essais se compléteront progressivement avec le gingembre, le poivre, le cinchona (quinine), le thé, etc., etc.
Je passe aux produits alimentaires dont plusieurs seront à signaler pour l'exportation.
L'exposition d'Anvers nous a montré des légumes, des graines et des fruits.
Les légumes étaient une quinzaine de variétés de haricots , du pclU piment ,àQ& patates douces, des ignames, et enfin du mamoc.
Ces produits ont été souvent décrits et je n'y reviendrai pas, sinon pour dire que le manioc, la plante nutritive par excellence des ncgrc.-i, fait l'objet d'un trafic considérable en Angleterre pour pâtes alimentaires; ou en fait le tapioca, et la farine de manioc est la base de la fameuse Revalenta- Arabica. Un hectare de manioc peut fournir au bout de deux ans 5o,ouo kilogrammes de tubercules.
Les graines alimentaires exhibées étaient : le mats^ le rizj le sorgho.
Du maïs, je dirai seulement qu'on en peut faire trois récoltes par an sur le même terrain, et que le rendement peut atteindre par hectare 10,000 kilogrammes, soit trois fois environ les rendements d'Europe.
Le riz cultivé au Congo est le riz de montagne, pour laculture duquel il ne faut nullement les terrains humides et marécageux que réclame le riz chinois.
Le riz vient en tous les points du territoire de l'Etat et constitue un aliment des plus précieux pour le blanc comme pour le noir.
Au cours de l'Exposition un officier de l'état-major russe, le colonel Léonide d'Artamonoff prit des échantillons de ce riz sec, afin de le signaler dans son pays pour la culture dans l'Askabad Transcaspien.
Le sorgho entre surtout dans l'alimentation des peuplades musulmanes et arabisées, qui en font des bouillies, de la farine, de la bière et même de l'alcool.
On le trouve actuellement dans la plupart des stations. A ce propos, son introduction à l'Equateur mérite d'être racontée.
En 1890, étant sous-commissaire de district à Loukoungou, je profitais des heures si rares de loisir que nous laissait le transport pour courir les environs en compagnie d'un état-major noir composé d'un Zanzibarite, d'un Houssa, d'un Sierra-Léonais, d'un Bangala, d'un Bas-Congo.
Ces gens avaient pour mission de me donner le nom et l'usage de tout ce que nous rencontrions de plantes et d'arbres.
Par un de ces amusants jours de promenade, nous
— ii3 —
avisons, au milieu des herbes ordinaires, une touffe de graminées plus hautes et dont la tige, analogue à celle du maïs, était terminée par un gros épi formé d'une multitude de petites graines, à épisperme brun noirâtre, à intérieur farineux et blanc; des bandes de bengalis becquetaient à même ces épis.
— What is that? Enké ïaye? Kitou gani? O yo n'di? Qu'est cela?
— ce Diadia », me dit le Zanzibarite ou le Houssa. Et dans mes notes, je transcris le nom et Taspect
de la plante, avec cette mention : « C'est peut-être le sorgho. »
Puis je fais cueillir les épis mûrs et, en rentrant à la station, on les suspend sous notre vérandah. Les femmes zanzibarites me disent qu'elles connaissent cette graine dont, chez elles, on fait du pain.
J'en fais faire de suite, et le i^^ juillet 1890 ce pain noir est goûté par nos invités.
Avis unanime : trop lourd.
Je gardais les derniers épis pour semailles, attendant la saison des pluies, lorsque je reçus l'ordre d'aller organiser le district de l'Equateur, resté jusqu'alors sans administration propre.
Je n'eus garde, en quittant Loukoungou, d'oublier d'emporter avec moi deux des épis que je croyais bien être du sorgho. En arrivant à Équateurville, j'en remis un au lieutenant Baert, qui commandait alors les Bangalas, et je semai le mien immédiatement.
Les essais de Nouvelle-Anvers et de l'Equateur réussirent complètement.
C'était bien le sorgho que j'envoyai plus tard aux camarades Chaltin à Basokos, et Simon dans le district de Banane, qui m'avaient demandé ces envois.
On voit de quelles circonstances fortuites peut dépendre l'introduction dans ces pays neufs de produits précieux, car parmi ses différents usages, voici Timmense parti que nous tirions du sorgho : chaque jour des femmes le réduisaient en farine; celle-ci, employée seule, donnait, je l'ai déjà dit, un pain trop lourd, bien qu'un agent de la Société belge lui ait trouvé assez de ressemblance avec le pain bavarois pour s'en faire confectionner par plaisir.
Ajoutée à quantité égale de farine d'Europe, la farine de sorgho donne un fort bon pain ; mais la proportion qui nous parut la plus avantageuse était : 2/3 de farine d'Europe pour i/3 de farine de sorgho.
Nous obtenions ainsi un pain gris, léger, extrêmement sapide, levant parfaitement, tandis que la farine venant d'Europe, restant enfermée dans des boîtes en fer blanc soudées, parfois pendant plus d'un an, devient insipide et donne un pain mal levé, malgré l'excellente levure que fournit le malafou.
Nous faisions donc, grâce au sorgho, un pain gris goûté de tous. Pourtant, ne voulant pas que mes agents perdissent absolument le goût du pain blanc, j'avais donné ordre d'en faire une fois par semaine, le dimanche. Ce furent mes agents eux-mêmes, sans exception, qui demandèrent que, le dimanche comme les autres jours, il y eut du pain gris, du pain de sorgho. C'était un critérium certain de la valeur de ce produit, qui offrait de plus cet énorme avantage d'augmenter de moitié nos ressources en farine, car à deux caisses de farine d'Europe, si nous ajoutions une caisse de farine de sorgho, nous obtenions trois caisses de mélange à faire notre pain. Et certes, nul ne s'est jamais mal trouvé de cette heureuse augmentation.
— ii5 —
Les fruits du Congo offrent aujourd'hui une variété des plus avantageuses. Anvers n'en expose qu'une partie, savoir :
La « Banane » grande et petite ;
L' « Ananas î) ;
La (( Papaye ^) ;
Le « Corossol » ou « Cœur-de-Bœuf » ;
Le fruit de V « Arbre à Pain « ;
La « Barbadine )> (« Maracoujas ») ;
La « Ponwie Cannelle >> ;
La « Pomme d'Acajou » (« Anacardier »);
La (c Goyave » :
L' « Avocat » ;
L' (c Amonimn Cilratuni » ;
Les « Fruits de la Liane à Caoutchouc » ;
Le « Sapho )> ;
La « Mangue ».
La « Banane ».
Fruit d'une grande plante herbacée et vivace cjui peut atteindre de 4 à 6 mètres de haut. Les fruits, disposés en grappes ou régimes, ont une chair blanche, riche en amidon. Les bananes sont un des éléments importants de l'alimentation dans les régions tropicales; après les avoir fait cuire sous la cendre, on les mange comme du pain.
La banane est susceptible de servir avantageusement à la fabrication du sucre.
Une des meilleures manières d'accommoder les bananes bien mûres est de les cuire dans la poêle, avec de la graisse fondue. C'est une préparation excellente et qui mériterait d'être mise en conserve pour l'expédition en Europe.
Deux préparations ont déjà été imaginées pour la conservation et l'expédition des bananes. L'une est la farine de banane , l'autre est constituée par la banane nnùre, scchée au soleil ou au four. La première se prépare avec les bananes vertes, la seconde avec des fruits bien mûrs.
Les bananes vertes sont coupées en tranches minces, séchées au feu sec, puis pulvérisées en farine. Cette farine est connue en Angleterre sous le nom de Il Conqtiin Tay ».
Les bananes mûres, pour l'autre préparation, sont pelées, fendues en long, cuites et séchées en partie au feu, puis séchées au soleil dans les pays où l'on a un soleil assuré, ou au feu '^P ailleurs. On les appelle dans les colonies espagnoles ^ H Platano pasado •>, et dans les colonies françaises de l'Océanie « Pitre ». Le Piere de Tubuaï a une réputation océanienne bien établie; celte préparation est d'ailleurs excellente.
La banane donne, sur place, un vin très agréable dont la distillation fournit un alcool savoureux.
Nous avons signalé parmi les fibres textiles la fibre de bananier.
Certaines espèces, le bananier abaca par exemple, secultivent pour la matière textile fournie par les feuilles; le ch;;nvre de Manille, qui nous vient des il es Philippines,
est fourni par cette espèce ; les cordages en chanvre de Manille sont très résistants.
Enfin dans nos climats on cultive certaines espèces de bananiers comme plantes ornementales ; ce sont surtout les musa coccinea, ornata et rosacea et aussi le magnifique bananier à feuilles entièrement rouges, à nuances métalliques superbes, qui est bien la plante la plus ornementale qu'on puisse voir.
Le bananier pour végéter bien et facilement demande un climat chaud, égal et humide, exempt de grandes sécheresses et de grands vents ; il veut un sol fertile, un peu frais mais point inondable. C'est en se rapprochant de l'Equateur qu'on trouve en général les meilleures conditions pour sa culture en grand.
En grande culture, le bananier peut produire de 3o à 5o,ooo kilos de fruits à l'hectare, et un poids extraordinaire de tiges et feuilles fraîches qui, hachées grossièrement peuvent se dunner à quelques animaux, notamment au porc.
— ii8 —
Dans remploi des fruits, la peau et Taxe du régime représentent un quart de déchet environ.
L'entretien des bananiers ne demande, dans les pays pourvus de pluies suffisantes, que quelques sarclages et la suppression d'une partie des rejets. Le régime met environ 2 1/2 à 3 mois à prendre son développement.
On coupe la tige et on cueille le régime lorsque le fruit a acquis sa grosseur, mais qu'il est encore vert et ferme, sauf la première couronne supérieure qui doit commencer à jaunir. Il mûrit promptement à la maison, surtout dans Tobscurité.
Si Ton recherche exclusivement une grosse production, un fort rendement, il faut planter de préférence le bananier de Fernambouc (Brésil), le Purohini, le bananier de Chine et le Djernang de Malaisie.
Un hectare planté des deux premiers peut donner dans les meilleures conditions 200,000 kilos de substance alimentaire.
De Humbolt avait calcule que sur la même superficie de terre, le produit du bananier est à celui du froment comme 1 33 est à i, — à celui de la pomme de terre, comme 44 est à I, — et qu'un quart d'hectare de terrain qui, en Europe ne suffirait pas à nourrir une personne, en entretiendrait 25 s'il était planté de bananiers.
Lebananierplantaindu Congo peut fournir 26, 000 kil. de fruits à l'hectare. Certains régimes de cette variété atteignent le poids étonnant de 40 à 46 kilos, la plante ayant 10 à 12 mois. (Lieutenant Richard.)
Pour en finir avec le bananier, signalons qu'il y a quelques dizaines d'années un planteur, Brésilien je crois, se servait du bananier pour ombrager les lignes de cafés dans ses plantations. Longtemps on se contenta de couper ces bananiers et de les jeter au rebut jusqu'au jour où
notre homme eut Tidée d^en lester des steamers en destination de New- York.
Aujourd'hui le marché de cette ville reçoit annuellement des bananes fraîches pour une somme de 2,000,000 de francs.
L* « Ananas ».
Pourra, avec la banane et bien d'autres fruits, arriver sur la place d'Anvers, dès que le trajet d'Anvers à Matadi sera réduit à une quinzaine de jours et qu'une ligne régulière belge sera établie.
Le roi des fruits d'Afrique, dit le docteur Paul Briart.
Existe actuellement dans tout l'Etat du Congo.
Dans les îles Philippines et à Singaporc on retire des feuilles une matière textile très forte qui sert à faire des filets et des cordes ; on peut aussi en faire d'excellent papier.
Les Congolais tissent avec la fibre d'ananas une étoffe très solide et très recherchée.
L'ananas se propage par bouturage et sa propagation est presque spontanée; qu'un noir rejette au hasard le collier de jets de l'ananas qu'il vient de cueillir, ainsi que l'aigrette de feuilles qui surmonte le fruit, ces jets et cette aigrette rouleront de-ci de-là au gré des vents et des pluies, finiront par se fixer et par prendre racine.
Voici encore ce qu'en dit le docteur Briart :
« Le jus de l'ananas, très abondant et très sucré, est fermentescible à un haut point et donne un alcool très pur, très agréable de goût, possédant un arôme qui rappelle son origine, et qui semble exempt des produits empyreumatiques qui gâtent les alcools extraits de la
patate douce, du topinambour, de la pomme de terre et d'autres tubercules. Les missions françaises distillent le jus de Tananas depuis plusieurs années. »
Ajoutons qu'aujourd'hui beaucoup de stations de rÉtat font de même, et appliquent aussi la distillation à la papaye tout particulièrement.
L'alcool d'ananas distillé à Nouvelle - Anvers s'appelle k la Bangaline w.
(c Cette distillation de l'ananas, qui ne se fait encore aujourd'hui que sur une petite échelle, pourrait devenir la source de réels profits ; la facilité avec laquelle il se reproduit n'exige pas beaucoup de main-d'œuvre ; il couvrirait rapidement de vastes espaces (il couvre déjà actuellement des milliers d'hectares à l'état sauvage), qui ne demanderaient guère de soins que ceux que nécessiterait une production trop touffue ; partout où les Européens ont pris le soin de le planter, il s'est reproduit très aisément; ne donnât-il que la quantité d'alcool nécessaire aux besoins de chaque station pour l'alimentation propre du blanc, pour les usages thérapeutiques, pour les besoins des collections diverses et pour suffire aux échanges avec les tribus indigènes voisines, il permettrait déjà une exploitation très rémunératrice. » (Briart.)
Pour l'exportation, l'ananas du Congo pourra aussi se mettre en boîtes.
La « Papaye ».
Fruit charnu, jaune, ovale, de la grosseur d'un petit melon d'eau, de saveur douce et sucrée, très prisé des Européens et des indigènes. Le papayer donne ses fruits en moins d'un an.
On en obtient un excellent alcool dont un flacon était exposé à Anvers. Cest la « Lirangine )> fabriquée à la mission française de Liranga (confluent de TOubanghi et du Congo).
Une particularité très curieuse du papayer est de laisser couler de sa tige, et surtout de son fruit mûr, un latex dont on extrait la papaïne, dont les propriétés, analogues à celles de la pepsine, favorisent la digestion de la viande, en transformant celle-ci en peptone.
Aussi la papaye est-elle tenue ajuste titre pour un fruit sain et éminemment digestif.
A signaler aussi qu'en enveloppant de feuilles de papayer un vieux coq aussi dur que savent Têtre ces gallinacés, on le ramollit et on Tattendrit au point de pouvoir encore le préparer au riz.
Le <c Corossol » ou « Cœur -de -Bœuf » donne ses fruits au bout de trois ans; on en fait avec un peu de rhum des sorbets naturels exquis.
Le fruit de V « Arbre à Pain » se cuit sous la cendre et se mange comme pomme de terre.
La « Barbadiiie », (c Maracoujas » ou « Pomme- Liane » est le fruit de la « Passiflora Qttadrivalvis ».
Cette liane, originaire de l'Amérique intcrtropicale,
porte des vrilles oppositifoliées lui permettant de s'accrocher au fur et à mesure qu'elle grimpe en se développant.
La partie comestible est une arille très aqueuse qui entoure les petites graines ; on avale le contenu du fruit comme une gelée sucrée, très juteuse, d'un parfum très délicat.
On multiplie la pomme-liane de rejets du pied, de marcottes ou de boutures. Elle entre en fruits très rapidement. Ainsi à l'Equateur la barbadine porta en g mois certains fruits atteignant le volume de la tête d'un homme, pesant 5 kilos et renfermant 2 litres de jus.
L'écorce de la barbadine fournit avec un peu de sucre une compote aussi délicate que nos compotes d'Europe.
La barbadine se mange dans le fruit même; pour cela on la coupe en deux et on la mange à la cuillère telle quelle ou en ajoutant un peu de madère.
Le plus bel exemple de multiplication spontanée est offert par la barbadine introduite à Tahiti (Polynésie) il y a une vingtaine d'années. Cette liane a tellement envahi la presqu'île qu'elle est devenue un véritable danger, car elle étouffe les arbressous le poids de ses tiges d'une longueur extraordinaire. Tahiti ne possédant guère d'oiseaux, la dissémination a été due aux rats ou aux porcs.
La ii Pomme Cannelle >y, pomme-flanc des anglais possède une chair douce, sucrée, d'un parfum délicat.
La <c Pomme (^Acajou est le fruit de l'Anacardium Occidentale, introduit d'Amérique au Congo probablement par les Portugais. L'anacardier est un bel arbre
cultivé pour son fruit dans toutes les régions tropicales. Au Congo on le trouve depuis la côtejusqu'àLéopoldville. Il commence à se développer dans les stations d'amont : il a une vague ressemblance comme port avec nos figuiers. Son fruit est une sorte de gros citron porté par un pédoncule charnu, en forme de rognon; ce pédoncule renferme une amande comestible qui se mange crue ou grillée, mais le péricarpe du pédoncule est chargé d'un principe corrosif très violent employé en médecine, et connu sous le nom de « Cardol ».
Le cardol est employé contre les verrues, les cors, les ulcères; protège les planchers contre les fourmis blanches; s'emploie dans la reliure des livres pour les mettre à l'abri des insectes.
On mange surtout le fruit, dont la saveur acide, un peu astringente, est très agréable.
La (c Goyave ».
Deux espèces au Congo : la « Grosse Goyave » et la petite a Goyave-Fraise ».
Bon fruit, antidiarrhéïque.
Cultivé par l'indigène jusqu'à Léopoldville, ainsi que dans la zone arabe; introduit dans toutes nos stations.
L,^ a Avocat :>yj corruption du caraïbe a Aouaca y^, est le fruit de Va Avocatier y), « Persea gratissima », arbre d'un port étendu et d'une grande puissance végétative. Son fruit est une sorte de très grosse poire d'abord verte.
puis violet foncé à maturité, renfermant un gros noyau ovoïde.
On mange le fruit en légume ou en dessert. A cet effet, on le coupe par le travers et on y ajoute soit du poivre, du sel, du vinaigre, de la sauce anglaise, etc., soit du sucre et du vin, ou un alcool parfumé.
Avec les premiers condiments, Tavocat rappelle Pasperge froide ou le chou-fleur au vinaigre; avec du sucre, ce fruit donne un sorbet naturel des plus délicat.
L'« Amomum Citratum^y pousse dans toute la brousse de TAfrique Centrale. Nous Tavons signalé à propos de l'exploitation du caoutchouc, quelques gouttes d'amomum citratum produisant la coagulation immédiate du caoutchouc recueilli dans des récipients indigènes.
Ces fruits, de la grosseur d'une toute petite banane d'argent, et d'un beau rouge brillant, ont une pulpe d'une saveur acidulée et parfumée fort agréable (Dybowski).
Les « Fruits de la Liane à Caoutchouc » sont très prises de l'indigène; l'Européen les trouve trop acides.
Le « Sapho », fruit d'une térébinthacée, est recherché par noirs et blancs avec une véritable passion, malgré ou plutôt à cause de sa saveur bizarre de térébenthine. C'est plutôt un légume qu'un fruit; se mange bouilli ou cuit sous la cendre, avec du sel; les Anglais le mangent aussi avec du sucre.
Le sapho s'appelle parfois « Prune Blette d' Afrique v à cause de sa forme, de son volameet de sa couleur. On le rencontre sur toute la surface de l'Etat.
La <i Matigiic >•.
Fruit du manguier, grand arbre à feuillage épais de la famille des anacardiacces. Ressemble à un très gros abricot, dont il a la couleur à maturité; possède une chair très consistante, juteuse, à saveur de térébenthine; renferme un énorme noyau couve; t de fibres.
C'est un des très bons fruits tropicaux.
N'existe chez l'indigène que dans le Congo-Maritime et dans la zone arabe.
On en trouve dans toutes nos stations.
Tels sont les produits alimentaires exhibés au compartiment congolais. Mais quoique nombreux déjà, ils sont loin de représenter toute la richesse du Congo; nous compléterons leur série par une nomenclature sèche.
Légumes indigènes :
Citrouilles, Mbika, Beté, Calebassi\ Boangila, Aubergines et Tomates amères, Choux, Feuilles de moutarde, Yembè, Oignons, Epinards, divers Piments, le
Mfoumhoii, le K(fo, le Cliampigiwn, VAsper}>t\ le Pourpier, le Mtmkïveutamiii, le Man^outau, le j1/o(«5fl, les Bnkabou, etc.
Légumes cultivés par les blancs :
Pommes de terre d'Europe, Pommes de terre de Mada'-9 gascar. Choux rouges et verts d'Europe, Choux de ChineS Haricots d'Europe, Radis, Ramelaces, Betteraves rougesA Navets, Carottes, Laitues, Chicorées, Ail, Persil, Pourpi€r\ doré, Poireaux, Thym, Épinard lélragone cornu, Cressot. alénois. Cresson du Para, Tomates, Aubergines, Moutardi blanche, Cornichons, Concombres, Courges, Gros piment doux d Espagne, Hibiscus, Cerfeuil, Céleri, etc., etc.
Tout ce que nous venons d'énumérer donnait des résultats complets, du moins à PEquateur, où ne réussirent pas d'autres nombreux légumes qui réussissaient très bien autre part, et pour lesquels on a probablement trouvé aujourd'hui aussi les conditions de culture à TEquateur.
Ainsi nos petits pois ne donnaient que de maigres plantes produisant une maigre cosse ne renfermant qu'un maigre pois; les fèves de marais atteignaient i'^20 de haut, fleurissaient et brusquement charbonnaient et tombaient; les choux-fleurs avaient i'" 5o, mais s'en allaient tellement en feuilles et en tige, que le cœur ne se formait pas; l'artichaut arrivait à 3o centimètres, puis s'étiolait. D'autre part, le capitaine Chaltin, à Basokos, obtenait de magnifiques choux-fleurs, et des fèves de marais.
Graines indigènes :
Le Mil, le Coracan.
Graines introduites par l'Européen :
Le blé, essayé dans la Loulongo par le lieutenant Lothaire, poussait d'abord bien, puis charbonnait; les pères français de Liranga ont réussi avec du blé venant de leur mission algérienne de Biskra; les pères blancs du Tanganika récoltent de l'orge et du seigle.
Fruits indigènes :
Citron, Orange amère, Manchéché, Cocotier, Maloln,
M'jHoii, M'tiagwa. Foula, N'kwizott, Kimbombo, Kaiidi-
sansékè, Tamarinier, Mang'd'cngué, Bon' diiigiii, M'himbo,
Noix lin Congo, un petit fruit rouge, à saveur de réglisse
si sucrée et si persistante , que pendant plusieurs
heures elle couvre le goût de tout ce que l'on
mange.
Fruits introduits par l'Européen :
Noix d'Amérique, Pomim- de Rase, Tamarinier des Indes, Néflier du Japon, Dallier, Cerisier de Cayuuu-, Limoniir, Mandarinier, Oranger, Grenadier, Figuier, Groseillier du Cap, Figiticr-caclus , Mûriers , Vigne , Pain Saint- Jean, etc.
Le Fraisier fut essayé à l'Equateur, apporté
par M. Banks, missionnaire anglais; les fraisiers
se développèrent avec une vigueur digne du paySjJ
mais dès que les fraises se lormaient, des 1(
de fourmis en faisaient leur régal.
Les Melons devenaient gros comme nos petifel melons d'eau, mais l'intérieur était régulièremend dévoie par des quantités de vers.
Les missionnaires de Liranga peuvent revendiquea l'honneur d'avoir les premiers introduit le Raisin d'Eure^ dans le Haut-Congo; leurs essais n'ont pas encore éU couronnés du succès désirable, mais, tels quels, ils oii prouvé que notre raisin pouvait mûrir à l'Equateuig j'eus l'occasion, en 1892, de manger, chez les pères ( Saint-Louis de l'Oubanghi, un grain de raisin noii^ cueilli à l'unique grappe produite par une des vignet venues d'Algérie, et qui avait 4 mètres de long, mais fort peu de feuillage. Malheureusement, cette vigne mouruta
des drageons furent repris, qui venaient bien à mon départ.
Comme la vigne sauvage est signalée en de nombreux points du Congo (Berghe-Sainte-Marie, CoquilhatviUe, Equateur-Camp, Oubanghi, etc.), donnant des grappes dont le poids atteint parfois 4 à 5 kilos, des essais de greffe pourront être avantageusement tentés.
La vigne sauvage de l'Equateur porte de grandes feuilles d' foncé, profondément incisées, grains mûrs sont de la grosseï chasselas, d'un noir violet et d'une saveur assez agréable, astringente. Certes, ils ne valaient pas notre raisin, mais, tels quels, nous en mangions avec plaisir de grandes grappes.
L'indigène néglige le raisin sauvage, comme d'ailleurs bien d'autres fruits comestibles.
h-quateur '^^mt^ ^
s- Les v^QiLfar'
isseur du ^Bwfc.^^/
Les longues énumcrations de produits d'alimentation que nous venons de faire, sont caractéristiques; l'utilisation de jour en jour plus grande des ressources du pays pour la nourriture des blancs, est un des facteurs sanitaires importants du séjour au Congo et explique, en grande partie, ce fait significatif et consolant qu'à chaque bateau, parlant le 6 du mois pour le Congo, on voit de plus en plus de partants à 2"* et 3'"" terme.
A bord de VAkassa du 6 août dernier, il y avait
i6 passagers dont 5 ayant accompli déjà un terme de service.
Le 6 septembre, à bord de VEdward Bohlen^ s'embarquaient 37 Belges, parmi lesquels MM. Biermans et De Reyghere, partant pour la troisième fois au sei*vice du chemin de fer, et 8 agents allant accomplir un second terme.
Le 6 octobre, ont pris place à bord du Coomassie 36 passagers; parmi eux, le D^ Bourguignon, 4"^ départ; M. Schoii, Danois, 3'"*^ départ, et 9 agents à leur deuxième départ.
Départs du 6 novembre par VAkassa : 22 passagers belges, 8 à leur deuxième départ.
Enfin, parmi les 22 premiers partants annoncés pour le 6 décembre, je trouve : MM. Wall, 5"^^ départ; Vleminckx, 4™ départ ; Weins, 3"^^ départ, et 7 deuxièmes départs.
Où donc est le temps où les premiers explorateurs de rAfrique Belge étaient plutôt considérés comme de mauvais génies voulant entraîner le pays dans des entreprises néfastes?
Où donc est le temps où Ton regardait avec curiosité soit, mais aussi avec un sentiment de commisération mêlée de dédain ceux qui avaient le courage et la foi d'aller conquérir à la patrie une vie plus féconde? (i)
Combien de temps pourra-t-on encore constater une différence entre notre jeunesse belge et celle d'autres pays, non même plus grands et plus encombrés que le nôtre, et qui ont, par tradition, établi des courants vers les contrées d'outre-mer? A côté d'eux il en existe d'autres,
(Ij D'après V. Aknould.
ritalie, la iSuisse, le Danemark, la Suède, comme nous non préparés à des exodes coloniaux par les traditions anciennes; et chez ces peuples, restés sans colonies jusqu'ici, une partie de la jeunesse, avide de plus grands horizons, n'en obéit pas moins au viril appel vers les champs d'activité et d'audace qui commencent à manquer en Europe. Le vent du large les attire et ils s'y confient d'une âme que ce grand souffle fortifie et soutient : il y a au Congo des Italiens, des Suisses, des Danois, des Suédois
Et nous voyons avec bonheur la jeunesse belge, longtemps casanière et timide, n'entendre plus l'Océan rouler le long de nos côtes sans comprendre enfin que là désormais est le grand chemin de la richesse et de la vie.
Les océans sont maintenant les routes communes de tous les peuples, et celui d'entre eux qui se refuserait de les pratiquer, serait condamné bientôt à une irrémédiable déchéance et réduit à s'épuiser dans une lutte stérile contre lui-même. Nos jeunes gens commencent à prouver que notre vieille race belge, qui opposait jadis Bruges à Venise, qui oppose aujourd'hui Anvers à Liverpool et à Hambourg, n'est pas dégénérée et qu'elle sait conquérir les mers autrement que du fond de ses bureaux.
Il y a là-bas, au Congo, à trois semaines de mer seulement, des fleuves et des bassins, aujourd'hui ouverts aux Belges, et si nous hésitons à y aller, demain occupés par toutes les activités européennes qui auraient bientôt fait de nous en fermer l'accès. La Belgique s'en détournera-t-ellc par amour du repos, rendant ainsi stériles pour nous tant de grands et héroïques efforts que l'Europe admire, et qui profiteraient à tous, hors à nous?
Nous ne pouvons le croire, et notre jeunesse prouvera que par soixante années de paix profonde, la
Je n'ai décrit jusqu'ici que les productions du sol
congolais; elles suffisent pour assurer la richesse de ces
^^SB^ territoires neufs, mais à côté d'elles nous
j^É|É^ devons signaler les ressources minéralogi-
/"H" ques et zoologiques.
Le Congo subvient
à ses propres besoins en outils, armes et ornements, grâce à ses minerais de fer et de cuivre. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet.
Nous ferons remarquer seulement, une fois de plus, que les moyens primitifs dont
disposent les noirs pour la réduction de leurs minerais, exigent que ceux-ci soient
très riches.
Les Européens n'ont pu
que rarement se faire montrer les lieux d'extraction des minerais ; ce n'est guère qu'aux mines
de cuivre de M'boko-Songo 2 (Niari-Kwilou), visitées, ^sffW^ en 1887, par le géologue Dupont, et aux mines du Katanga, visitées par le D^ J. Cornet, que 5 des blancs ont pu étudier de visu une exploitation nègre. Presque partout ailleurs, la méfiance des noirs nous* a empêchés de visiter 7 leurs mines et leurs hauts-fourneaux.
En ce qui me concerne, je puis signaler l'abonjî.^'--> dance du minerai de fer dans toute la
boucle équatoriale du Congo.
Je l'apportai de la Haute-Boussira, du village N'sombo-N'kété, un bloc de minerai réduit, ayant encore des allures de scorie et séparé par deux larges entailles en trois fragments, prêts à être travaillés par le forgeron pour être transformés en couteaux , lances, flèches, harpons, haches, outils divers
Dans toutes les rivières de l'Equateur, l'abondance du fer est rendue évidente par le bon marché des armes et des outils qui en sortent constamment, achetés par les riverains du Congo au cours de leurs expéditions commerciales dans ces rivières.
Au nord de l'Oubanghi, Dybowski signale l'existence del'itabirite, riche minerai de fer, réduit par les N'gapous et les Dakouas,
A côté du fer existe aussi abondamment le cuivre, particulièrement sous forme de carbonate, beau minerai verdàtre, constituant l'une des richesses du Katanga: c'est la malachite bien connue.
Les lances, les couteaux sont presque toujours ornés de spirales en cuivre rouge; dans le Kassaï, les haches en cuivre rouge repoussé ont un absolu cachet artistique; les femmes se pavent, au cœur du Continent noir, de gros anneaux de cuivre brun.
Disons à ce propos que les forgerons Mongos (Equateur) signent, pour ainsi dire, toutes les belles armes qui sortent de leurs mains en y incrustant un certain nombre de rivets en cuivre rouge (4 à 8), souvent peu
apparents. C'est un point ethnographique intéressant et curieux.
A remarquer les croix de Saint-André en cuivre rcnige du Katanga et les immenses fei-s plats en forme de fer de lance du Manyèma, échantillons des monnaies de ces deux régions.
On a signalé aussi l'existence de métaux plus précieux, ainsi l'étain et l'or dans le cuivie des ornements de l'Oubanghi.
A ce propos, voici ce qu'écrivait, I en 1893, le capitaine américain Camp,J à Léopoldville :
« J'ai trouvé dans de l'argile d'alluvion, à deux pieds sous la surface, un petit vase employé comme creuset ; il doit y avoir été déposé depuis bien des temps par les hautes eaux. De tels vases ne se voient plus aujourd'hui ni ici ni ailleurs. Devant sa petite dimension, il faut croire qu'il a été employé pour les métaux supérieurs.
" J'en trouvai trois dans l'excavation susdite. L'un, qui doit être très ancien, car je le trouvai sous uneancienne cavité sur laquelle s'élèvent des arbres a3'an3 au moins 400 ans de croissance.
>) J'ai de bonnes raisons de croire que même la géologie de la région a été modifiée par des soulèvements dans le même district, ce qui en constituerait un vase des plus anciens âges de l'humanité.
" J'en trouvai un autre à quatre pieds sous un banc d'argile mêlée à un dépôt de vieux vases brisés, présentant des formes et des empreintes différentes de tout ce qu'on peut voir aujourd'hui en aucun point du Congo.
» J'ai, à la mission américaine de Lcopoldville, une enfant d'environ 7 ans, venant de TOuèllé, qui parle d'or pur, le reconnaissant à une de mes bagues, et assurant qu'il s'agit bien du même métal.
» Elle parle d'une tribu qui porte ce métal en ornements de tête, d'oreilles et de nez, et dit qu'on se le procure de pierres venant des montagnes. Elle dit encore que cette tribu ne se laisse pas voir par les autres lorsqu'elle affiche ces ornements. Sa mère lui a conté que le précieux métal existe en abondance près de leur villn^j^c.
)) En remontant aux sources de l'histoire ancienne, je trouve que les premiers Egyptiens tiraient l'or, l'argent et leurs pierres les plus précieuses d'une région qui, aussi près que je puis arriver, est cette même région, c'est-àdire celle comprise entre 22^ et 26^ longitude Est de Greenwich et entre 3^' et 7^ latitude Nord.
» Ce doit être à proximité ou en ce point même, et ce devrait faire l'objet de recherches, paicc qu'il est bien possible que ce creuset peu lourd soit venu de là.
» Sinon nous n'aurions aucun doute que des métaux précieux existent à proximité du point où furent trouvés les creusets, métaux qui pourraient être découverts aux eaux basses ou dans les terres plus élevées. »
On remarquera que le capitaine missionnaire Camp ne spécifie pas le point où il fit sa trouvaille; il désire probablement, à juste titre, éviter que (juelqu'un ne s'empare de ses découvertes à son détriment.
Le même voyageur a signalé d'assez nombreux échantillons minéralogiques parmi lesquels des pierres qu'ils pensent pouvoir être des rubis, des améthystes, des sardoines, des agates, etc.
Quoi qu'il en soit, on peut se demander si la découverte de mines d'or et d'argent serait si avantageuse pour l'État du Congo ? Beaucoup pensent que les grandes cultures feront plus pour ces régions privilégiées que la découverte des mines d'or ou d'argent : les premières assureront leur développement humanitaire; les secondes les feraient exploiter sans merci ni vergogne.
Quelques produits du règne animal autres que l'ivoire et dont l'exportation pourrait faire son profit ont aussi été représentés à Anvers : on y trouvait des onglons de lorltic provenant des criques de Banane, quelques peaux de léopards, de serpents et d'igiianes, des collections de papillons, de coléoptères et d^oiscanx.
Les « oiiglons de tortue » sont la partie arriére de la carapace des grandes tortues de mer productrices de l'écaillé.
A coté des léopards, des serpents et des iguanes, il existe au Congo plusieurs animaux dont les dépouilles sont utilisables en Europe : le chat-civette, le crocodile, pour leur peau ; l'aigrette et Vibis sacré pour leurs plumes... -^ Quantité d'animaux peuvent être emportés 'f^ v vivants ou mis en peau pour les \\ -7 musées : singes, perroquets, veiavs, > bengalis, foliotocoles, oiseaux à miel {Indi- ^ cator Sparrmanni), cardinaux, merles métalliques, etc
Enfin des collections de grande
valeur peuvent être réunies de papillons, coléoptères, mygales, mille insectes divers, parmi lesquels le phasmc , - géant ou chevalier du diable, dont un spécimen remarquable, trouvé à l'Equateur, a été exposé à Anvers.
J'ai dit, en une énumération descriptive trop rapide, les principaux produits que la mère-patrie I exporte et surtout pourra exporter du Congo. Ce J qui précède est de nature à fixer très nettement les idées ■' de tous ceux qui, partisans ou adversaires de l'œuvre, doivent à leur conscience de réclaircr par des documents certains; les premiers, pour sentir grandir leur foi et leur confiance; les seconds, pour pouvoir méditer longuement, s'interroger honnétem.ent, et s'honorer en abjurant l'erreur pour la lumière.
Abandonnons le compartiment des produits d'importation et entrons à l'exposition des fabricats d'exportation.
Le commerce du Congo se fera longtemps encore principalement par l'échange, c'est-à-dire que le nègre, contre les produits qu'il nous livrera, demandera surtout des produits manufacturés, savoir :
Les Tissus,
Les Vêtc7ncnts confectionnés (même et surtout les plus baroques),
La Bonneterie,
Les Couvertures,
]JAlcool,
Le Sel,
Les Sonnettes,
Les Grelots,
Les Miroirs,
Les Fourchettes,
Les Cuillères,
Les Couteaux,
Les Machettes,
Les Ciseaux,
Les Canifs,
Outils divers,
Les Hameçons,
Les Aiguilles,
\.c Fît,
Les Al/uniettes,
Les Perles,
Le Corail,
Les Cauries,
La Chapellerie, surtout les Fe:: rouges et les Bonnets
ITlCS,
Les Chaussures^
Les Parapluies et Ombrelles ^
Le Cuivre y
Les Serrures,
Les Cadenas y
Les Malles fermant à clef.
Les Fusils de traite^
La Poudre de traite.
Les Tissus.
Les tissus de la troque congolaise sont :
i^ Des Tissus de Coton : les Tissus éerus, Américani ou Grey domestics,
Les SheetingSj
Les Rayures^ Riscades ou S tripes,
Les Carreaux ou Cheeked,
Les Guinées communes ou fi///6' 60/*/,
Les Indiennes ordinaires,
Les Mouchoirs imprimés, à fond rouge,
2^ Des Velours et 5o/V5 à traîne de coton,
3^ Un Ti55/^ rf^ /a/;/^, appelé Savedlist, espèce de Baie rouge ou 6to/^ très commune ,
4^ Les Couvertures unies, k fleurs ou imprimées,
S^ 'Lb. Bonneterie, comprenant surtout les « Singled », Bonnets divers, etc
Les tissus sont de largeur variable; les pièces doivent, en général, être de longueur déterminée et disposées en un certain nombre de plis.
L'indigène mesure les étoffes par brasses valant environ deux yards.
Les tissus d'échange pour l'Afrique doivent être apprêtés, et d'autant plus que leur qualité est inférieure.
Cette question de Tapprèt joue un grand rôle dans le choix des tissus pour l'Afrique en général, et pour le Congo en particulier.
Au début de l'œuvre africaine, l'industrie belge se trouva dans un état d'infériorité flagrante, vis-à-vis des industries étrangères, et notamment de l'Angleterre; nos fabricants n'expédiaient guère en Afrique qu'une partie des tissus écrus, et cela tenait pour beaucoup à ce que la manière d'apprêter les tissus laissait beaucoup à désirer en Belgique, de sorte que l'Angleterre l'emportait presque toujours pour les tissus à bon marché : le tissu anglais, clos par l'apprct, avait du corps, de la main ; le tissu belge, au contraire, se présentait mal, et ressemblait à de l'étamine.
Aussi à l'Exposition d'Anvers en i885, la collection de tissus servant au commerce avec l'Afrique, exposée par le Musée commercial de lîruxelles, se composait d'échantillons, dont la plupart étaient de provenance anglaise.
Mais à la même époque pourtant, sous l'impulsion surtout de l'Administration du Congo, quelques-uns de nos fabricants avaient essayé de fabriquer les mêmes tissus, et ils avaient parfaitement réussi ; leurs fabricats figuraient dans le compartiment Belgique-Congo de i885, et pouvaient parfaitement soutenir la comparaison avec les tissus anglais.
L'exemple fut suivi et aujourd'hui, dans le vaste hall congolais, c'est l'industrie belge qui a pris le dessus; 3 grandes maisons anglaises seulement : Fallows et Keymer, — Haardbleicher et Reiss, — James et
Hutton, — toutes trois de Manchester, ont exposé leurs produits d'exportation à côté de i3 firmes belges :
Parmentier, Van Hoegarden et C'^,
Goris,
Vanderhacgen et Cruyplants,
Baertsoen et Buysse,
Société anonyme de
D'Heygcre,
Société anonyme Lousbergs,
Moerman Achille,
Société anonyme Union textile,
Roos,
Cranleux, Philips-Glazer, De Smeth,
Gand
S^-Nicolas
Gand
Gand
Waerschot
Gand
Gand
Gand
Alost
Tcrmonde
Bornhcm
Termonde
Bruxelles
Aussi actuellement l'Etat du Congo n'a-t-il plus à recourir à l'étranger pour ses achats de tissus, si ce n'est pour les tissus imprimés, que l'industrie belge saurait fournir également, si elle voulait créer l'outillage nécessaire; de ces tissus imprimés, il entre y p. c. dans les achats de tissus faits par le Gouvernement congolais.
Ci-dessous, un diagramme indiquant d'année en année, les proportions dans lesquelles ces achats ont pu se faire auprès de l'industrie belge :
ftî
Voici au surplus le mouvement commercial de i8g3, en ce qui concerne les exportations de tissus, de Belgique vers le Congo :
Tissifs de coton blanchi : i5,g2i kilos (valeur 61,906 francs), dont i,368 kilos (valeur 3,694 francs) de fabrication belge, le reste venant surtout d'Angleterre et de Suisse.
Tissus de cotons teints : 765,494 kilos (valeur 3,3oo,285 francs), dont 517,991 kilos (valeur 1,864,768 francs) de fabrication belge.
Cotons imprimés : 9,646 kilos (valeur 44,626 francs), dont 3,604 kilos (valeur 14,416 francs, de fabrication belge.
Tissus de laine : 12,240 kilos (valeur 116,298 francs), dont 12,235 kilos (valeur 116, 233 francs) de fabrication belge.
Quant à la bonneterie, j'ai le regret de dire que 60,040 kilos en ont été envoyés au Congo en 1893, en transit par la Belgique, mais que pas un seul article n'a pu être fourni par nos industriels.
L'Alcool.
L'alcool s'expédie en Afrique sous forme de rhum de traite appelé tafia, et sous forme de genièvre ou gin de traite.
Bien que l'industrie belge des spiritueux soit très perfectionnée, elle ne peut pas lutter sur les marchés africains avec l'industrie similaire hollandaise ou hambourgeoise.
En voici la raison, telle que la signalait déjà àl'Exposition de i885, le major Thys :
« Lorsqu'un produit manufacturé, fabriqué en « Belgique et qui y a payé des droits d'accise est destiné ^> à l'exportation, le Gouvernement Belge fait au fabri- >) cant la ristourne d'une partie des droits d'accise. Cette »> ristourne s'appelle drawback. Elle est en Belgique » trop faible pour que nos fabricants se trouvent sur un » pied d'égalité vis-à-vis de leurs concurrents de l'étran- » ger qui ont des droits moins élevés à payer.
» Il y a là — disait encore le major Thys — un >) point important à examiner, sur lequel nous nous )) permettons d'attirer respectueusement l'attention du » Gouvernement. »
La situation ainsi signalée, en i885, n'a pu encore se modifier considérablement, ainsi que le montrent les chiffres ci-dessous :
Il a été expédié de Belgique vers le Congo en 1893 :
Alcools en fûts : néant;
Eaux- de-vie en bouteilles : 128 hectolitres, valant
28,000 francs, dont 3o hectolitres seulement fournis par la Belgique, le reste venant surtout de France et des Pays-Bas;
Liqueurs en bouteilles : 70 hectolitres valant 20,900 francs, dont 18 hectolitres environ fournis par nous, le reste principalement par la Suisse.
Ces chiffres sont extraits des statistiques dressées par le Ministère des Affaires Etrangères.
Ils ne tiennent compte que des alcools ayant passé par la Belgique.
Voici, extraits du Bulletin Officiel de TEtat Indépendant, les chiffres totaux des entrées d'alcool en i8g3 :
Eaux-de-vie de traite à 5o^ et moins : 1,247,719 kilos, valant 448,106 francs.
Eaux-de-vie à plus de ScP : 338,823 kilos, valant 161,297 francs.
Liqueurs diverses : 92,275 francs.
Le 5^/.
Il est entré au Congo en 1893, près de 5o,ooo francs de sel pour le trafic, envoyé principalement par l'Angleterre et les Pays-Bas, qui participent au total de 5o,ooo francs respectivement pour i5,ooo et 17,800 francs, la Belgique y figurant pour 8,000 francs (commerce de transit).
Sonnettes, grelots, miroirs, fourchettes, cuillères, ustensiles de cuisine et de 7nénage, couteaux, machettes, cariifs, etc.
Ces articles, désignés sous Tappellation de quincaillerie, sont articles de pacotille, pour la fabrication
desquels rAllemagne surtout est beaucoup mieux outillée que nous.
Aussi 40 p. c. des commandes de TEtat doivent-elles encore être faites à Tétranger, en attendant que quelque fabricant belge, bien avisé, se décide à installer Toutillage spécial qui lui permettrait de réaliser un chiffre d'affaires conséquent, car il est entré au Congo en 1893, pour 287,725 francs de quincaillerie, et la Belgique ne figure dans ce chiffre total que pour 8g, 000 francs.
Quatre fournisseurs belges sont exposants :
La Société anonyme « Emailleries bruxelloises ».
La manufacture royale de coutellerie Licot et O^, de Namur.
Simon, H., ferblanterie industrielle, Bruxelles.
Van den Broeck, F., quincaillerie et coutellerie, Bruxelles.
Allmnettes.
8,75o francs d'allumettes sont entrées au Congo en 1893 ; la Belgique y figure pour 3, 000 francs, TAUemagne pour 2,765.
Habillonent et lingerie^ chapeaux, fcz^ bonnets grecs, chaussures, vêtements, etc.
Le chiffre des entrées en 1893 a atteint : 272,532 francs, dont 122,166 pour la Belgique, 100,445 pour TAngleterre, 35, 000 pour les Pays-Bas.
Faïencerie et poterie.
Entrées au Congo en 1893 : 77,655 francs; de Belgique : 5,855 francs; d'Angleterre : 44,556 francs; des Pays-Bas : 24,000 francs.
Verroterie et verrerie.
Il est entré au Congo, l'an dernier, 260,000 francs de perles, verrerie, etc., la Belgique figure dans ce total pour 22,000 francs, presque tout en transit.
Il y a donc là un quart de million de francs, dont profite seul le commerce étranger, particulièrement celui de ritalie et de la Bohême.
L'Etat du Congo a envoyé à lui seul. Tan dernier, des perles pour une valeur de 160,000 francs.
Il est regrettable que pas un industriel belge, surtout parmi nos maîtres de verrerie, ne trouve pas suffisamment d'initiative pour créer en Belgique cette fabrication de perles de verre, pour laquelle les installations sont si simples, et qui aurait l'avantage d'utiliser pour la maind'œuvre, des enfants, des vieillards, comme à Venise, fournissant ainsi un travail facile à une classe si intéressante de travailleurs.
Voici comment on opère pour la fabrication des grains de bracelets, de colliers, de toute couleur :
Des tubes de difi*érents calibres, variant avec la grosseur des grains à obtenir, sont coupés par paquets en cylindres, d'une hauteur égale à leur diamètre. Ces tubes
sont incolores ou colorés, selon qu'il s'agit d'obtenir des grains blancs ou de couleur.
Les petits cylindres vitreux ainsi découpés, on les introduit avec un mélange, soit de graphite et de plâtre, soit d'argile et de charbon de bois pulvérisé, dans un tambour pyriforme de fer battu, traversé par un axe en fer.
Le tambour étant placé sur un fourneau convenablement disposé, l'ouvrier lui imprime un mouvement de rotation continu. Par l'action de la chaleur les cylindres se ramollissent, et par le frottement incessant ils prennent une forme sphérique, de même que les galets incessamment roulés les uns sur les autres par les eaux des fleuves, perdent leurs arêtes et prennent la forme de lentilles ou de boules.
On laisse refroidir le tambour, puis, par le tamisage, on sépare les matières pulvérulentes, qui ont eu pour effet d'empêcher les tubes de se souder les uns aux
autres. lUstoire d'un vwrccoM de verre, <lc Jules Magny.
Voilà certes une fabrication que ne devrait pas continuer à dédaigner l'industrie belge.
Quelque maître de verrerrie entreprenant n'aura-t-il
pas l'idée d'envoyer quelqu'un à Venise et en Bohême,
étudier sur place une fabrication dont le chiffre d'affaires
atteindra pour le Congo seul, en 1894, le demi-million?
Exposants à Anvers :
Weberbeck et C^®, Venise.
Ceresa Millin, Bohême.
Rost, Venise.
Shwister, Paris.
Ctdvre et laiton.
Le fil de cuivre et de laiton s'exporte en Afrique en rouleaux et en paquets oblongs de 3o à 35 kilos ; partiellement aussi en bracelets tout préparés, surtout pour TEquateur.
Lors de l'exposition de i885, le major Thys signalait que le fil de cuivre et de laiton était de provenance anglaise.
Aujourd'hui, nous avons la grande satisfaction de dire que ce sont les usines de cuivre de Liège qui ont pu acquérir la fourniture complète de cet important article d'échange, du moins pour ce qui concerne les commandes de l'Etat Indépendant du Congo.
Il est entré au Congo, en i8g3, du fil de cuivre et de laiton pour une valeur de 238,733 francs, dont 176,000 francs fournis par la Belgique, 46,000 francs par l'Angleterre (introduits par les missions anglaises surtout), et 10,000 francs par les Pays-Bas.
Sous diverses formes autres que le fil, il est entré, la même année, du cuivre et du laiton pour 7,696 francs, savoir : 3,167 francs venant de Belgique, 2,49g fi'^ncs venant d'Angleterre et 2,o3o francs venant des Pays-Bas.
Exposant : Société anonyme des usines à cuivre et à zinc de Liège.
Armes de traite.
Sont essentiellement de fabrication belge ; ce sont surtout des fusils à silex et une certaine quantité de fusils à capsules.
4,768 fusils à silex, valant 42,620 francs, sont entrés au Congo en i8g3; 2,669, valant 23,555 francs, étaient de fabrication belge, le reste étant surtout allemand et anglais.
4,764 fusils à capsules, de fabrication belge, valeur 45,893 francs, sont entrés au Congo la même année.
Enfin, sur i3,i86 francs de capsules, entrées en 1893, la Belgique en a fourni pour i2,o55 francs.
Exposants à Anvers :
Riga, Liège, Mahillon, Bruxelles.
Poudre de traite,
La poudre de traite belge est fort appréciée sur le marché africain, où elle était connue d'ailleurs longtemps avant la création de TEtat Libre.
Entrées de 1893 au Congo : 292,279 kilos valant 240,949 francs et fournis principalement par la Belgique, TAnglctcrre et les Pays-Bas, dont les chiffres d'envoi ont été respectivement de iio,38o; 114,923; 63,926 kilos, valant 85,799; 97,o35; 64,946 francs.
Complétons ces quelques données relatives aux principaux produits d'échange par l'indication d'un certain nombre d'articles trouvant actuellement leur débouché soit dans la zone maritime et la partie construite du chemin de fer Matadi-Léopoldville, soit dans la zone arabe et les provinces du Nord. Nous donnerons les chiffres des entrées en 1893.
Bijouterie et horlogerie (en or, argent et métaux inférieurs) : près de 20,000 francs, dont un tiers pour la Belgique.
Bougies : i5,ooo francs, dont près de la moitié de commerce belge.
Mercerie et parfumerie : 48,000 francs, dont un tiers de commerce belge.
Savons : 21,675 francs, dont 6,926 francs de commerce belge.
Cigares et cigarettes : 22,077 francs, dont la moitié de provenance belge.
Tabacs : 25,238 francs, dont le quart de provenance belge et les deux cinquièmes de provenance hollandaise.
Exposants :
De Roubaix, Oedekhoven et C'*^, bougies, Anvers.
Eeckelaers, savons et parfums, Bruxelles.
Brûlé, Léon, articles pour fumeurs, Bruxelles.
De Curte, Henri, bijouterie, Bruxelles.
Waldack, savons, bougies, Gand.
Mais l'industrie européenne n*a pas à fournir que des articles de traite. L'entretien des non indigènes; la création du chemin de fer; le développement de la marine du Bas et du Haut-Congo; l'outillage des stations; le matériel de construction et de culture; les travaux de défense ; les fournitures de bureau ; les instruments scientifiques; les fournitures scolaires, etc., tout cela représente un chiffre d'affaires qui a atteint, en 1893, cinq millions, dans lesquels le commerce belge entre pour 2,800,000 francs.
Au total, le chiffre des entrées au Congo, en 1893,
— JD4 —
a ctc de 10,148,418 francs, la part belge y étant de 4,482,969 francs.
Mais ces 4 millions et demi sont loin de représenter le mouvement commercial et la circulation de capitaux créés en Belgique par les affaires congolaises.
Tout d'abord, il est rare que les déclarations en douane ne soient pas inférieures d'environ un dixième à la valeur réelle des produits déclarés. De sorte que l'on peut porter à 5 millions la valeur réelle des entrées belges au Congo en i8g3.
En second lieu, il faut ajouter à l'actif de ce bilan tout ce que reçoivent soit en salaire, soit en bénéfices industriels et commerciaux, les employés, négociants, agents de toute catégorie qui, partis de Belgique, vivent au Congo sans grandes dépenses personnelles, et réservent leur avoir au fonds commun qui constitue la richesse nationale de la métropole.
Il faut, enfin, y ajouter les dépenses relatives aux services fonctionnant en Belgique.
Je n'ai comme documents officiels que les chiffres relatifs au gouvernement de l'État du Congo. Ils me permettent d'établir comme suit l'actif du bilan congolais pour un an :
Entrées belges au Congo fr. 5, 000,000
Département de l'Intérieur :
Services d'Europe 112,000
Gouverneur général et Inspecteurs d'Etat. . ioi,45o
Administration centrale à Boma : traitements 3o,86o
Administration des Districts : traitements . 3i7,45o
Force publique : traitements personnel blanc 423,400
Marine : traitements 228,525
Service sanitaire : traitements 84,240
Travaux publics; artisans de divers métiers :
traitements en numéraire ii6,25o
Agriculture; personnel : traitements . . . 20,g5o
Missions diverses 110,000
Frais de voyage entre l'Afrique et l'Europe . 189,250
Frets et assurances 171,300
Dépenses imprévues 25, 000
Total. . . fr. 1,930,675
Département des Finances :
Services d'Europe fr. 68,5oo
Services d'Afrique i83,5oo
Dépenses diverses 33,25o
Total. . . fr. 285, 25o
Département des Affaires étrangères et de la Justice :
Service d'Europe fr. 43,5oo
Postes 11,000
Navigation : traitements du personnel. . . 26,5oo
Justice : traitements du personnel .... 73,000
Cultes 11,200
Frais de voyage des agents se rendant en
Afrique ou en revenant 7,3oo
Bulletin Officiel 1,600
Dépenses imprévues 6,000
Total. . . fr. 180,100 Total général. . . 7,396,025 francs.
En établissant de même les chiffres relatifs aux compagnies commerciales et aux missions, il est certain que Ton arrive au moins à 8 millions et demi pour le total représentant « le mouvement commercial et la circulation de capitaux créés en Belgique par les affaires congolaises, en un an )>.
On voit que si la Belgique fait au nouvel Etat, pour Taider pendant quelques années à se développer, une avance annuelle de 2 millions, cet argent ne quitte pas en réalité le pays, et, qu'à compte logique, on peut dire que c'est la Belgique qui y trouve son avantage.
Aussi pouvons-nous, pour finir ce chapitre, citer une longue liste d'exposants de toutes catégories, presque tous belges :
Baudoux, clouterie, Fontaine-rEvêque.
Société anonyme des forges d'Aiseau.
Dutry-Colson, construction navale, Gand.
Mateyssen, Aimé, construction navale et chaudronnerie, Jemeppe.
Delsa, matériel de chemin de fer, Liège.
Usine de Baume et Marpent, wagons.
La Métallurgique, matériel de chemin de fer, Bruxelles.
Aciéries d'Angleur, matériel de chemin de fer.
Société anonyme de travaux Dyle et Bacalan, matériel de chemin de fer, Louvain et Paris.
Société anonyme de Saint-Léonard, matériel de chemin de fer, Liège.
Société anonyme des usines de Jumet, constructions métalliques, chaudronnerie.
Legrand, Achille, voies ferrées, wagonnets, Mons.
Cristoph et Unmack, habitations, Copenhague.
Compagnie des constructions démontables et hygiéniques, Paris.
Lassinat, pavillons, églises, Braine-le-Comte.
Humphreys, pavillon, Londres.
North's Portland Cément Works, Anvers.
Semai, Emile, meubles, Nivelles.
Société anonyme John Cockerill, bateaux, canons, Liège.
De Koning et C'^, aciers, limes, métaux, Bruxelles.
Malevez, Eugène, outils, Rouillon-Annevoie.
Van den Abcelc et C'^, outils, Anvers.
Ricard, artificiers, Bruxelles.
Crosse et Blackwell, conserves, Londres.
Buquet, conserves, Bruxelles.
Delacre, biscuits, chocolats, etc., Vilvorde.
De Kuyper et C'^, farines, Anvers.
Joveneau, chocolats, Tournay.
Peleheid, conserves, Bruxelles.
Société anonyme des eaux minérales de Spontin.
Stauffer et C'^, conserves, Enghien.
Grande vinaigreric nationale, Molenbeek-S^-Jean.
Belleau, Désiré, champagnes, Reims.
Delgouffre, Eugène, vins, Bruxelles.
Deymann-Druart, liqueurs, Bruxelles.
Fourcade et C'^*, vins, Bordeaux.
Blandv frères, vins de Madère.
Helk, Schulde et C'^, liqueur anticholérique.
Blockhuis, conserves, Hollande.
Delacre et C*^, produits pharmaceutiques et instruments de chirurgie, Bruxelles.
Kalcker-Wielcmans, antiseptiques, instruments de chirurgie, Bruxelles.
Cartuyvels-Defacqz, reliure, Ixelles.
Van Campenhout, imprimerie, Bruxelles. Nestor d'Argent, graines, Bruxelles.
Pieters, fours portatifs, Bruxelles.
La Visserie belge, Bruxelles.
Charles Toulet, billards, Bruxelles.
Bouv}'-, Fontaine, Olinger et Hap, équipement, Bruxelles.
De Bruycker et C>^, équipement, Bruxelles.
Guillon et C'^, Magasins de la Bourse, Bruxelles.
Licoppe, Alexis, équipement, Bruxelles.
Moray, Victor, équipement, Bruxelles.
Sncyers, Jules, équipement, Bruxelles.
Lefebvre, Eugène, Maison de blanc, Bruxelles,
De Smet-Troch, chaussures, Bruxelles.
Mulbach, chaussures, Bruxelles.
Libert, chaussures, Bruxelles.
T'sas, chapellerie, Bruxelles.
Bosmans, sellerie, Bruxelles,
Mathys-Declercq, malles, Bruxelles.
Ribauville, malles, Bruxelles.
Simon, malles, Bruxelles.
Van Neck, matériel d'explorateur, Bruxelles.
Snyers-Rang, tentes, Bruxelles.
Edgington, tentes, Londres.
John Prôctor, tentes, Anvers.
Mahillon et C^^, tambours, clairons, Bruxelles.
Fisch, instruments de précision, Bruxelles.
Je signale avec plaisir ici, qu'il y a environ huit mois, un officier français ayant fait partie d'une grande expédition en Afrique, et désigné pour aller occuper à la
côte occidentale un poste important, vint s'équiper presque complètement à Bruxelles, où, me dit-il, il « trouvait bien mieux son affaire ».
Nous avons dit ce que nous savons actuellement des produits que la Belgique peut tirer du Congo, et ce en échange de fabricats dont la liste et l'importance continueront à se développer.
Mais à côté de ces deux grands facteurs commerciaux, nous devons en envisager deux autres d'une importance capitale : la main-d'œuvre, les voies de communication.
La Société Cockerill nous montre dans une troisième salle du compartiment congolais, une caravane de noirs portant les pièces d'un canon et d'une embarcation démontables.
Tels sont en effet les seuls moyens de transport en beaucoup de points de l'Etat du Congo, et c'est particulièrement ce remarquable exemple de la main-d'œuvre indigène qui va me permettre de montrer tout ce qu'on peut attendre des autochtones mettant en rapport leur pays fécond.
Les steamers de mer, on le sait, amènent à Matadi les articles d'échange et autres, qui, pour se pouvoir répandre au cœur de l'Afrique, le long de l'admirable réseau fluvial du Haut-Congo, doivent arriver à Léopoldville, sur le Stanley-Pool, à tête d'homme, à travers la région des Cataractes, les sentiers de caravanes Matadi- Léopoldville ayant un développement de 35o à 400 kilomètres.
Le voyageur qui a couru de Matadi à Lcopoldville en regardant la pointe de svs pieds, est parfaitement en droit de déclarer qu'il n'a pas vu de populations dans la
région des Cataractes, bien qu'il ait traversé des marchés où grouillaient des centaines d'indigènes et qu'il ait croisé
— lC2 —
constamment des caravanes allant et venant, et faisant défiler à certains jours plus d'un millier de porteurs en un même point.
Les agents établis à demeure dans cette région, et qui la parcourent en tous sens aujourd'hui, sont seuls à même d'essayer une évaluation de la population. Nous n'avons pas essayé de l'estimer avec nos seules données pour ne pas fournir des chiffres peu sûrs.
Mais nous fixerons les idées sur la capacité de travail des Bas-Congos à l'aide de précieux renseignements.
En 1893, donc l'année dernière, l'Etat a transporté à tcte d'homme :
i^ De Matadi vers Loukoungou, Louvitoukou, N'toumba-Mani et Boulou : 31,217 charges ;
2^^ De ces stations intermédiaires vers Léopoldville et Popocabaca : 25,ig3 charges.
Au total 56,410 voyages, en appelant voyage un transport de charge par un seul homme.
La moyenne des voyages d'un porteur par an étant de six, les 55,410 voyages signalés ont été effectués par '^')^"' - 9,401 porteurs. Mettons 9,400.
Or, les caravanes sont accompagnées d'un gamin porte-nourriture par 10 hommes environ, d'un capita par 20 hommes, et de plus le portage met en jeu un chei par 20 hommes.
Ces chiffres moyens montrent que le chiffre global
de la population s'occupant du portage pour l'Etat s'élève
à 11,280 hommes.
La Société belge en a employé environ g, 000 »
Les missions et autres particuliers environ 5, 000 »
Total général : 25, 280 hommes.
Le commerce indigène, surtout vers le Sud de la région, parait mettre en mouvement au moins autant d'hommes; on le croira aisément, si l'on considère que certains marchés réunissent jusqu'à 2,000 indigènes.
Un chiffre non moins intéressant que celui des poi-teurs, c'est le chiffre des soldats j- -, et travailleurs Bas-Congo recrutés en i8g3. wJ^^
Matadi a fourni 7g volontaires, /^fii
Loukoungou 84, dont 47 engagés pour Borna et 21 pour le Haut-Ouèllé, ces derniers comprenant plusieurs anciens soldats de Van Kcrckhoven rengagés spontanément.
Quant aux travailleurs indigènes assurant tous les services des stations, cuisiniers, domestiques, lavandiers, bergers, jardiniers, aidecharpentiers , aide - maçons , piroguiers, etc., des chiffres extraits des situations du prr- [ sonnel noir du district 1 des Cataractes, fin i8g3, montrent qu'à ce moment 245 Bas-Congos remplissaient les services confiés jadis aux auxiliaires étrangers :
Houssas , Zanzibar!tes, Loangos, etc..
Soldats et travailleurs si: ; nombre de plus de 400 l'année Ji 3es Chutes.
I l^rl
Oue l'on considère encore la vannerie délicate, les poteries élégantes qui se vendent aux marchés, et d^BMAi^^ l'on pensera peut ■ être ^^^^^^^ qu'en vérité, ces ouvriers méritent mieux que le dénigrement!
Coquilhat, Van Gèle, Roget, Ponthier, Dhanis, Gorin, etc., ont-ils toujours choyc de tels auxiliaires.
Non moins précieux en station, c'est le Bas-Congo que Ton charge surtout des constructions, de l'exploitation des palmiers.
Il ne convient guère, il est vrai, pour les services maritimes (exception faite pour les riverains). Mais il va bientôt prendre sa revanche sur les travaux du chemin de fer. Longtemps le recrutement du personnel noir a été pour la Compagnie du chemin de fer un continuel sujet de crainte et d'angoisse pour ainsi dire, jusqu'au jour où le Bas-Congo a commencé à voir que lui aussi pouvait travailler comme ces étrangers. Sénégalais, Accras, Dahoméens, Cafres, Barbades, Chinois, qu'à grands frais, avec d'insurmontables difficultés, il fallait amener sur la ligne.
Il s'essaya par des engagements de quinze jours, puis d'un mois aux travaux de terrassements, et en peu de temps, nos ingénieurs firent de lui un poseur de voie. Les premiers Bas-Congo commençaient à s'enrôler ainsi vers le mois de mai iSgS,
Ils s'engagent aujourd'hui pour un terme indéterminé, au salaire journalier de i fr. 5o en espèces, et la Compagnie en emploie environ 460.
Ce résultat a été obtenu à l'arrivée de la tête de ligne au delà de Kenghé da Lemba, c'est-à-dire au point où la voie ferrée rencontre les premières populations. Il est hors de doute qu'avec l'avancement des travaux, la Compagnie arrivera à recruter presque tout son personnel noir sur place.
Que si l'on s'adresse à l'intellect du Bas-Congo, on
reste frappé des résultats obtenus par les missionnaires. Je citerai quelques exemples :
Le 23 juillet 1890, partis le matin de la station de Loukoungou et remontant la vallée de la Loukounga, nous atteignons à 2 heures de Taprès-midi le village de Sama.
Le chef Mayala met sa hutte à ma disposition. A l'une des parois un tableau noir avec les ba, be, bi, bo, bu pour les petits sauvages, à qui, chaque samedi, une dame missionnaire de Loukoungou vient donner la leçon.
Le chef est sous sa vérandah, dans une chaise longue, présent de la mission ; autour de lui son m' léké (héritier présomptif), des femmes, des enfants, ayant en mains de petits livres qu'ils lisent attentivement.
Au coucher du soleil, le tambour appelle les fidèles à la prière du soir. Les femmes, les enfants, quelques hommes se réunissent dans la hutte du chef, dont le m' léké entonne des chants pieux que tout le monde accompagne à pleine voix. Entre chaque chant, un sermon pendant lequel tous ont la tête dans les mains. Mes gens se sont joints aux noirs de Sama, et j'entre aussi dans la case-église, le chapeau à la main, très ému devant le résultat obtenu par un missionnaire que j'aime de tout mon cœur, le brave et digne M. Hoste, de Loukoungou. Car, certes, il n'y a dans ce que je vois, aucune affectation; ces cœurs primitifs ne posent pas pour la galerie; j'assiste à une manifestation naïve de la confiance qu'a su leur inspirer un blanc qui est bon pour eux, et il me semble sentir qu'on peut avoir toute confiance aussi en ces aborigènes frustes mais si bien doués.
A la mission suédoise de Moukiboungou et à la
mission anglaise de Loutété, s'imprime un journal écrit en fiote, composé par le personnel noir de ces missions et lu dans tous les environs. On y imprime aussi, toujours avec des ouvriers indigènes, des livres de cantiques, des abécédaires, un almanach donnant notre calendrier avec une adaptation fiote...
Parmi les curiosités du compartiment congolais à l'exposition d'Anvers, il nous a été donné de voir un modèle de l'imprimerie de Boma, fonctionnant; les protes étaient des noirs, dont deux sont restés en Belgique, pour se perfectionner chez M. Van Campenhout.
Des diverses et nombreuses missions (quinze environ) qui se sont développées dans la région des Chutes, des groupes d'indigènes évangélisés parcourent le pays, disant partout la parole de paix.
Et comme on sent bien là-bas la grandeur de cette parole: « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté. »
En décembre 1890, je me trouvais chez Makitou, l'un des grands commerçants noirs de la région des Cataractes. J'y vis arriver un noir des environs de Kinguschi sur le Kwango ; il apportait à Makitou une lettre d'un de ses fils qui accompagnait Dhanis, à la tête de 5o auxiliaires Bas-Congos. Cette lettre, écrite en fiote, fut lue à Makitou par un autre de ses enfants.
En août i8g3, je reçus à N'soungui une lettre fiote, envoyée par le même Makitou, pour annoncer qu'un convoi de porteurs avait quitté le matin son village vers Loukoungou. La formule qui terminait cette lettre équivalait à « votre dévoué camarade ».
Ceux qui écrivaient ces missives étaient des élèves
de la mission de Loutété, qui, sous la direction de M. et M™ Bentley, est devenue le point le plus avancé peut-être de toute la région.
On ne saurait plus douter des résultats que donnera Tutilisation des indigènes dans la région des Chutes. Le développement du travail dans cette région, depuis la fin de i883, est fait pour désarmer l'esprit le plus prévenu .
Jusqu'à cette époque, le transport annuel vers Léopoldville avait atteint 1,200 charges environ, et se faisait par un personnel étranger de Zanzibarites et de Loangos.
En i885, 12,000 charges furent transportées par les Bas-Congos.
En 1887, 5o,ooo charges.
En 1893, 80,000 charges ont atteint le Pool, sur des têtes de Bas-Congos.
En tenant compte : 1^ des charges apportées par le ^commerce indigène et provenant non seulement des factoreries de Matadi, Nokki, Ango-Ango, etc., mais de la frontière portugaise par la route de San-Salvador ; 2° des charges partant de Loango par la route du Mayombé en destination de Brazzaville pour le Congo français, les missions françaises et les commerçants, il est certain qu'il arrive actuellement au Pool environ 110,000 charges par an; or, la charge est aujourd'hui de 35 kilos, ce qui représente un total de 3,58o tonnes.
C'est, dans l'histoire générale du travail humain, un exemple remarquable et fortifiant de la prompte assimilation au travail de peuples barbares.
J'extrais du Co7i^o illustré, quelques lignes fort bien pensées et fort bien écrites :
« L'homme qui s'astreint, pour un salaire minime,
à une besogne aussi pénible que celle des transports, ne peut-il être amené à participer à d'autres travaux? Cela paraît d'autant moins douteux que les salaires gagnés lui auront permis la satisfaction d'une partie de ses besoins. Pour dire toute notre pensée, nous estimons cependant qu'on réussira moins facilement à entraîner les nègres à travailler sous le contrôle direct du blanc, qu'à transporter des charges en caravanes libres, et cela se comprend aisément. Mais ce n'est là qu'une question de temps. Avec l'avancement du chemin de fer, il arrivera un moment où les porteurs ne seront plus autant sollicités ; puis, ils se présenteront plus nombreux que les charges à transporter, pour voir finalement leur industrie ancienne détruite, le jour où le chemin de fer sera terminé.
» A ce moment décisif de leur évolution, ils devront bien chercher un autre champ d'activité. Mais on peut, dès maintenant, affirmer que ces populations de la région des Cataractes, qui gagnent annuellement près de deux millions à transporter des charges entre le bas-fleuve et le Stanlcy-Pool, sont aujourd'hui converties au travail. Elles fourniront des bras à l'agriculture quand les transports viendront à leur manquer. »
Voici encore l'opinion d'un voyageur belge qui eut la dure mission de diriger le transport de lourdes charges de steamer, dont le poids, avec chariot, a parfois atteint quatre tonnes :
(c Une fois attelés à ces lourds véhicules, les nègres n'épargnent ni peines ni fatigues pour réussir dans leur difficile entreprise. Ce sont des gens courageux, ardents à l'ouvrage, un peu craintifs peut-être, mais qui gagnent
vite confiance dans le blanc. Ils demandent à être conduits à la fois avec fermeté et avec bonté. Ce sont des hommes qu'il faut conduire comme partout il faut conduire des hommes. Il y a, je crois, peu de races dont on peut attendre autant de services, au point de vue du travail manuel, que de la race noire. Le nègre, comme tous les peuples enfants, est certes imprévoyant, mais il est éminemment perfectible. Mais nous-mêmes, n'avonsnous pas été comme eux? Du temps de César, nos belles Flandres n'étaient-elles pas en friche?
« Les noirs transporteurs traînant les chariots, sans un instant de répit, avec des rires et des chants, confirment l'opinion du bel avenir qui leur est réservé. C'est un spectacle émouvant que la traction de ces énormes véhicules au travers d'une des régions les plus tourmentées qui soient au monde. Les chars escaladent les flancs abrupts des montagnes, descendent dans les fondrières, traversent des cours d'eau et les noirs qui les halent ne cessent de se montrer gais et soumis.
« Le but une fois atteint, ce sont des hourras, des cris d'enthousiasme. »
J'ai entendu souvent ces hourras, ces cris d'enthousiasme, et particulièrement dans deux occasions dont le rapprochement me frappa vivement.
La première fois, à Léopoldvillc, un dimanche de soleil radieux. Il était onze heures; sous les vérandahs, les Européens, un peu engourdis, prenaient l'apéritif. De l'avenue qui termine la route des caravanes, une rumeur vint, lointaine, rumeur de foule excitée, grandissant et se résolvant en clameurs, puis en un chant qu'à pleins poumons lançaient cent vigoureux moricauds apportant
aux chantiers de Léo une chaîne lourde et longue de plus de cent mètres.
Nous nous étions tous lèves pour nous ranger sur le passage de ce serpent de fer qui venait d'onduler, fantastique, sur une route de 400 kilomètres, meurtrissant de ses trois mille kilos tant de robustes épaules.
D'un geste bien rythmé la chaîne fut jetée bas, et comment dire les gambades, la fantasia, les rugissements de ces travailleurs noirs manifestant en sauvages consciencieux la satisfaction des difficultés si courageusement surmontées ? Pas un Européen qui ne se sentit ému et électrisé...
En août 1893, j'entendis de nouveau ces clameurs et ces hourras, dans des circonstances inoubliables.
Je descendais du Haut-Fleuve, pressé de revoir Matadi que j'avais quitté quatre ans auparavant, au moment où les ingénieurs chargés des premiers travaux de la voie achevaient de dresser leurs tentes.
La jambe traversée d'un coup de feu, j'avais dû parcourir en hamac la route des caravanes, passant les rivières à califourchon sur des arbres renversés, lorsque nous atteignîmes Kenghé da Lemba, le point extrême où arrivaient à ce moment les locomotives de service. Je ne dirai pas l'impression qui me secoua à la vue du chemin de fer. Je ne saurais l'exprimer. Assis sur le talus que rectifiait une équipe de Chinois, je ne sus que pleurer à grosses larmes, évoquant les âmes de tous ceux qui n'étaient plus, et dont les efforts passés eussent été payés au centuple par la vue du double ruban d'acier qui va permettre au cœur de l'Afrique de battre à coups réguliers et puissants.
La ligne n'était pas en exploitation encore, mais grâce à l'obligeance de M. l'ingénieur Eymard, nous pûmes profiter d'une machine de service regagnant Matadi : bagages, porteurs et nous-mêmes installés pêle-mêle sur trois ou quatre wagons plats. Le jour tombait. Nous approchions de Matadi, ayant franchi à pleine vapeur tant d'obstacles jetés bas par l'énergie de nos ingéEiieurs, et dans nos cœurs il ne s'était trouvé place pour d'autres sentiments que l'étonnement et l'admiration.
Nos noirs chantaient et trépignaient.
La nuit -s'était laite profonde; les feux de savanes l'illuminaient au loin lorsque le train atteignit la M'pozo. Sous un hangar de chaume, près du pont qui franchit le confluent de cette rivière, trois à quatre cents porteurs étaient installés pour la nuit. A l'approche du train, tous s'étaient dressés : une immense clameur, clameur de joie sauvage, brusquement répondit au sifflet strident de la locomotive. Dans ces hourras, qui couvraient le fracas des roues, montait le cri de délivrance de ces bêtes de somme intelligentes acclamant le monstre de fer et de feu, le fétiche béni qui allait bientôt enlever de leurs têtes crépues les milliers milliers de fardeaux dont elles étaient meurtries depuis si longtemp
A cent pieds en contrebas, sur ses derniers rapides aujourd'hui dominés, le Congo tordait ses flots écumants; dans les gorges sauvages, qu'incendiaient les herbes embrasées, se répercutaient les assourdissantes clameurs; éblouis, le cœur chaviré, il nous semblait voir flotter des bannières d'allégresse, entendre tonner des salves triomphantes, et nous ne savions que répéter et répéter encore : hourra ! hourra !
L'un de nous manifesta son émotion en lançant aux eaux du grand fleuve dompté, tout ce qui lui tombait sous la main ; c'est ainsi que nous arrivâmes à Matadi sans chapeaux, sans cannes et sans pipes : nous avions fait au Congo l'holocauste de ces singuliers cx-volo.
Je me rappelai le lendemain la chaîne de Léopoldville, et je sentis nettement que l'enthousiasme des nçirs porteurs devant le chemin de fer était vrai, leur recon^ naissance légitime, sincère et infinie.
Le chemin de fer achevé élèvera d'un échelon dans leur évolution économique ces peuplades intéressantes : le noir deviendra agriculteur.
Ainsi, progressivement mais rapidement développé par le travail et l'exemple, il se rendra digne de l'avenir qui lui est réservé.
Et comme le Bacongo, l'habitant des rives du Haut- Fleuve a fourni la preuve suffisante que nous serons par lui secondés complètement, dans la mise en rapport de la noisette dont parle Stanley.
Comme exemple, prenons à Léopoldville ces milliers et milliers de charges de 3o kilos. Comment vont-elles arriver à 2,000 kilomètres de là? Par eau, grâce à la
flottille du Haut-Congo, grâce à ces quarante vapeurs venus de la côte par petits morceaux, et (|ue des ouvriers noirs ont aidé à remonter sur les chantiers de Léopoldville, car ce sont des Bangalas, des Wangatas de l'Equateur, des N'gombès de Basokos, des Bakoumas des Falls qui, guidés par quelques mécaniciens blancs,
■ ■■j r - a fj
et noirs de la côte, remplissent les chantiers de Léo et de Kinchassa, forgeant, rivetant, tapant ferme du marteau, tout en chantant à pleins poumons.
Chant Wangata^
^t j?fnj i jf^ ^
Chant Bangale
niJjJtfl i r.J' i a
ii^il
il fut relativement facile d'initier les noirs aux travaux des chantiers de Léo et de Kinchassa, car ils ont comme forgerons des qualités propres, dont la preuve à » A est fournie par les formes multiples et M k V souvent très élégantes qu'ils savent doni ner aux nombreux objets en fer et en *. cuivre qui se fabriquent dans le Congo T tout entier.
A l'heure actuelle, trente-neuf steamers, disons-nous, sillonnent constamment le Haut-Congo et ses affluents ; trente-neuf embarcations à vapeur font circuler partout la vie et le progrès, ravitaillent les ports, chargent et déchargent
les marchandises, transportent les troupes
Nous ne signalerons que pour mémoire les steamers desservant le Congo-Maritime; l'un d'eux, l'Hirondelle, appartenant à l'Etat, fait le service régulier de Bcma à Landana le long de la côte. Une réduction de l'Hirondelle a figuré au compartiment congolais, à côté des
modèles si intéressants des steamers du Haut-Fleuve, dont rénumération détaillée s'impose :
Etat du Congo. — 12 steamers : Ville de Bruxelles, Ville d'Anvers, Ville de Bruges^ Stanley, Ville de Gand, En avant, A. I. A., Ville de Verviers, Ville de Charleroi, Ville d'Ostende, \ci Délivrance, la nouvelle Ville de Liège.
Congo Français. — 4 steamers : Oubanghi, Djoué, Faidherbey A lima.
Société Anonyme Belge. — 14 steamers : Archiduchesse Stéphanie, Princesse Clémentine, Roi des Belges, Baron Lambermont, Auguste Beernaert, Florida, Général Sanford, Katanga, FraïKc, Ville de Paris, Scioitte, Seine, Rhône, Daumas.
Maison hollandaise. — 4 steamers ayant leur port d'attache sur le territoire français: Holland, Frederik, Antoinette, Wendelinc.
Mission belge de Scheut. — i steamer : Notre- Dame du Perpétuel Secours.
Mission française du Saint-Esprit. — i steamer : Léon XIII.
Mission Baptisti-: anglaise (B. M. S.). — Deux steamers : Pc ace et Godwill.
Mission Baptiste américain jù — i steamer : Henry Rééd.
Mission anglaise du Balololand. — i steamer : Pioneer.
De ces Sg vapeurs, 3o ont leurs ports d'attache dans TEtat Indépendant du Congo, 9 dans le Congo français.
L'Etat Libre a 11 vapeurs; le Congo français 4, qui ensemble ont un tonnage moindre qu'une des 4 grandes canonnières de l'Etat.
Le commerce dans l'Etat du Congo est représenté par 14 vapeurs et de nouveaux sont en cours de route; dans le Congo français par 4.
Enfin, les missions de TEtat Indépendant ont 5 grands steamers ; le Congo français a une petite chaloupe, ancienne embarcation à voile transformée après coup.
Je dois à la vérité de dire bien haut que cette petite chaloupe des missionnaires français, le Léon XIII ^ est de tous les steamers du Haut-Congo, un des plus actifs, des plus entreprenants, des plus infatigables : c'est le père Allaire qui le mène et les qualités du Léon XIII ne sont que le reflet de celles de son capitaine.
En dix ans il a été perdu 4 steamers : le Ballay^ steamer français, qui sombra corps et biens dans les chutes de l'Oubangi ; Tancienne Ville de Liège^ à l'Etat, qui se perdit dans le Lomami; le Baron Weber, petit vapeur de la Société belge, qui coula en face de la rivière Noire (entre le Stanley-Pool et le Kassaï) ; et le Courbet^ bateau français, qui vient de couler à pic, devant Tchoumbiri ; la presse française qualifie de « cuirassé » cette petite chaloupe de 10 à i5 tonnes.
Au total 43 steamers sont venus au Stanley-Pool par petits morceaux, sur des tètes de nègres. Le poids moyen de ces petits morceaux étant de 3o kilos, pour les transporter tous en une seule caravane, il aurait fallu mettre en marche une armée de porteurs avec capitas, portenourriture, chefs, surveillants blancs, etc., forte de 100,000 hommes, Teffectif de Tarmée belge.
Avec toutes les ressources dont dispose aujourd'hui le portage à dos d'hommes, il faudrait encore plus d'un an pour recommencer la montée de ces 43 vapeurs de Matadi à Léopoldville. Et si l'on songe qu'un seul grand steamer de mer de 3, 000 tonnes est capable d'apporter
en une fois dans ses flancs les 43 steamers du Haut-Congo, on aura une fois de plus Tidée des difficultés qu'il y avait à attaquer Tépaisse enveloppe de la noisette dont parle Stanley.
Les steamers du Haut-Congo ont des équipages indigènes, comprenant jusqu'à 5o hommes pour les grands transports, se réduisant à i5 hommes pour les petites chaloupes. En comptant 3o hommes en moyenne par steamer, on voit que la flottille du Haut-Congo emploie 40x3o= 1,200 travailleurs recrutés dans tous les villages riverains. Les plus recherchés sont les Wangatas de rÉquateur, les Loulangas et les Bangalas.
Ils remplissent les fonctions d'aides-mécaniciens, de chauffeurs et surtout de pilotes, et dans ces dernières fonctions ils montrèrent tout dès le début de telles aptitudes, que la circulaire suivante fut adressée à tous les commissaires de district du Haut-Congo, par le Gouverneur Général :
Borna, le 28 août 1889.
Messieurs,
Le nombre de capitaines de steamer étant très limité, il n'y a pas d'inconvénient à ne pas avoir de capitaines de réserve, car les petits steamers tels que 1'^. /. A,, En Avant , Ville de Gand, Ville de VervierSf etc., peuvent très bien, à la rigueur, être conduits par des pilotes noirs. Cela a d'ailleurs souvent été le cas pour 1' ^. /. ^. et VEn Avant,
Je recommande donc aux commissaires de district du Plaut-Fleuve d'avoir soin de former incessamment de nouveaux pilotes noirs. Les pilotes de rivière sont surtout formés par la pratique ; or, les noirs, avec leur merveilleuse mémoire locale, ont des facultés extraordinairement utilisables dans ces fonctions.
Pour le Gouverneur Général absent, L'Inspecteur d'Etat, (Signé) Cambier.
Ce sont aussi d'excellents chaufTeurs, observant très bien le niveau d'eau, le manomètre, les soupapes, réglant sans hésitation le jeu des pompes et du giffard.
Enfin, comme mécaniciens, ils font tout le service courant de la machine. Le mécanicien blanc répare et ajuste sa machine que l'indigène conduit alors parfaitement; et souvent je me suis surpris, absorbé dans la contemplation de ce fils farouche de l'Afrique l'œil sur le cadran du télégraphe, la main sur les leviers de marche !
Je le trouvais très crâne et dans mon esprit subitement pensif je le voyais grandir, se transformer, devenir notre égal.
Parfois le mécanicien blanc tombe malade à ne pouvoir quitter sa cabine; alorsc'cstunBangala, unWangata, . un N'gombé qui assure tout le service. Le fait est fréquent; ainsi, en avril i8g3, le mécanicien européen de ' la Ville de Bruxelles ayant contracté la variole, son aide noir, un superbe Bangala, ramena le vapeur du fond du Lomami au port de Lèopoldville; la distance par eau entre ces deux points est de près de 2,000 kilomètres.
Et pour donner un exemple plus frappant encore de
ce que Ton peut obtenir de l'indigène du Haut-Congo à bord des vapeurs, je citerai un dernier fait :
Un jour de novembre iSgi, la table d'Equateurville réunissait trente-deux européens, agents de l'Etat, qui arrivaient à bord de la Ville d'Anvers, en destination des stations du Haut-Fleuve.
Quoique nous n'eussions à ce moment ni beurre, ni café, ni vin, ni farine, nous réussîmes pourtant à recevoir dignement ces nouveaux camarades et à leur offrir un banquet où figuraient, entre autres bonnes choses, un haricot de mouton où n'entraient ni haricots, ni mouton, mais des poules et du maïs, et des poulets farcis dont la recette fut écoutée attentivement par nos invités : « Pour farcir un poulet en Afrique, on hache un autre poulet et on le fourre dans le premier. »
Nous donnions là aux novices, sous une forme plaisante, une idée de l'utilisation des ressources du pays et la conversation s'étant engagée sur ce terrain, on en vint à parler de l'utilisation des indigènes ; les nouveaux arrivés ayant paru fort incrédules quant à la possibilité d'en tirer si bon parti que nous le disions, je leur promis de leur faire, le lendemain, une expérience concluante. Le lendemain donc, je pris place avec eux à bord de la Ville iCATtvers ; j'avais fait chauffer notre petit vapeur Ville de Charleroif dont l'équipage tout entier se composait d'indigènes de Loulanga dressés par nous. Je fis connaître alors aux incrédules que ces indigènes allaient partir en même temps que nous, que seuls ils conduiraient leur vapeur, et qu'ils arriveraient avant nous à Coquilhatville, à I heure 1/4 plus haut.
Ainsi fut fait. Tandis que la Ville d'Anvers, véritable maison flottante, était obligée de prendre le milieu du courant, ce qui la retardait, l'élégante petite chaloupe,
confiée aux seuls noirs, filait, docile ainsi qu'une légère pirogue, le long de la rive et prenait victorieusement l'avance. Et comme la nouvelle de ce match s'était en un clin d'œil transmise le long de la rive, ce fut devant des centaines d'indigènes accourus et massés au bord de l'eau, que la lutte se déroula, durant que d'assourdissantes clameurs saluaient le succès de la Ville de Charleroi.
A bord de la Ville d^ Anvers il n'y eut plus personne qui ne fut convaincu de ce que pouvait produire l'élément indigène quand on veut se donner la peine de bien apprendre sa langue, de bien lui expliquer ce qu'on veut de lui et surtout quand on s'efforce de lui donner constamment l'exemple.
Dans presque toutes les stations du haut, c'est l'élément indigène, s'engageant volontairement, qui assure tous les services.
Ainsi dans le district de l'Equateur, en iSgS, il y avait :
A Coquilhatville : 180 noirs dont i54 indigènes.
A Bassa N'koussou : 85 noirs dont yy indigènes.
A N'gombc : 34 noirs dont 3i indigènes.
Le personnel des particuliers est également presque en entier indigène.
Ainsi les factoreries de la Société Anonyme Belge, dans le district de l'Equateur, employaient, en 1893, 222 noirs, tous indigènes.
Tous ces noirs sont naturellement et instinctivement de bons soldats ; leur instruction militaire se fait aisément, et ils deviennent d'excellents tireurs. Il me souvient que le lieutenant Sarrazyn, chargé à l'Equateur de dresser un contingent de 80 indigènes d'Irébou, de Boussindi, et
de nos alentours, avait promis 25 centimes à ceux qui, aux séances de tir aux capsules, auraient deux roses sur trois balles. Il ne tarda pas à en avoir pour deux francs par séance, et vint m'exposer son cas : <■ Si les progrès continuent, disait-il, je vais en avoir bientôt pour dix francs par jour, " Je félicitai vivement l'instructeur et ses recrues, et engageai le premierà doubler ladistance detir.
Des métiers où excelle rapidement le Congolais sont
BW
ceux de briquetiers et surtout de scieurs de long. Presque toutes les missions protestantes des rives du Congo sont bâties en planches débitées en forêt par des scieurs noirs recrutés sur place. 11 ne faut pas un mois pour dresser des équipes au maniement de l'herminette, du cordeau, du fil à plomb, de la scie de long; les capitas de chaque équipe ont un tourne-à-gauchc et une lime tiers-point,
et ils savent parfaitement donner eux-mêmes la voie et affûter leurs scies.
La station de Coquilhatville comprenait en juin 1893, au moment où je remis mon commandement, trois grands bâtiments en planches sur pilotis, dont les matériaux étaient apportés tous les dimanches matin, par cinq équipes de scieurs, fortes chacune d'un capita et de quatre aides. Ces hommes travaillaient en forêt, où et comme ils voulaient : le dimanche, à l'appel pour la ration, ils apportaient cent planches de 4 mètres de long sur 3o à 40 centimètres de large.
La main-d'œuvre indigène revenait à 20 centimes par planche.
Frappé de cette manière de procéder, un missionnaire anglais de Bo'n'ginda, M. Howell, eut l'idée, chaque fois que des scieurs employés aux ateliers de la mission auraient fini leur terme de service, de leur faire cadeau de tout le matériel nécessaire à la confection de planches, à la condition qu'ils prissent l'engagement d'aller travailler à leur guise en forêt et, quand ils auraient débité un certain nombre de planches, de venir les offrir en vente aux Européens.
Mon retour en Europe m'a empêché de connaître ce qui advint de cette intelligente et louable initiative; si elle a réussi, il n'est pas impossible que les indigènes se mettent à demander des scies et des herminettes,afin de fabriquer des planches non seulement pour nous, mais aussi et surtout pour eux, car ils se mettront vite au métier de charpentier, pour lequel ils ont des aptitudes révélées dans la façon dont, avec des instruments des plus primitifs, une petite hache et une petite herminette, ils parviennent à creuser de très élégantes pirogues qu'ils ornent de couteaux, de lances, de crocodiles en relief;
à confectionner des pagaies gracieusement cfFilées, des escabeaux, etc.
Parmi les belles photographies couvrant les murs du compartiment congolais, figurait la reproduction de deux cercueils provenant de l'Equateur : l'un pour un chef, l'autre pour sa femme; ils prouvent que les Wangatas qui les ont confectionnés ont des dispositions à la sculpture.
A Equateur-Camp, toute la charpente était faite par des soldats originaires de l'Ouèllé et qui avaient été dressés par les agents blancs du cam un de ces charpentiers fabriquait de fort joli chaises, des tables, des étagères. Ce résultat (.-i. du aux efforts du commandant du camp, le sf'W lieutenant De Bock, et de ses adjoints.
Secondé par nos braves moricauds, nous avons réussi à édifier des stations auxquelles nos plus ardents adversaires en Afrique ne peuvent parfois s'empêcher de rendre hommage. Voici le dernier alinéa d'une lettre datée de Brazzaville, lo avril i8g3, et publiée par la Politique Coloniale, qui la donne comme émanant d'un commerçant français :
K Les stations de l'Etat sont généralement bien établies, et construites soit en planches du pays, comme à Equateurville, ou en briques cuites faites sur place, comme à Nouvelle-Anvers, à Basokos, qui sont fort remarquables à ce point de vue et forment de véritables petites villes très coquettes.
" On peut dire que , matériellement
Indépendant a fait beaucoup, avec, il est vrai, un budget s'élevant au triple de celui de notre colonie du Gabon- Congo. »
Ainsi s'exprime un commerçant français , mais comme il est bien difficile de reconnaître sincèrement et sans restriction les efforts et les résultats de l'Etat du Congo, le même correspondant ne résiste pas au plaisir d'ajouter, in cauda vem^num, « mais les moyens employés ne sont pas toujours louables )>.
Et rien de plus! Une bonne petite accusation, mais ni fait ni preuve. Il est bien difficile alors de répondre.
Si le correspondant de la Politique Coloniale a voulu parler des difficultés qui exigent parfois une action armée, nous le prierons d'ouvrir l'excellent ouvrage de Jean Dybowski : La route du Tchad, à la page iSy. Il y pourra faire son profit des lignes suivantes, relatant l'établissement du premier poste français dans rOubanghi :
« C'est en 1887 que M. A. Dolisie remonta pour la première fois TOubanghi jusqu'à Modzaka. Il fut attaqué par les indigènes, mais grâce à son énergie, il parvint à s'échapper malgré le chavirage de ses pirogues dans une eau de dix mètres de fond.
» Trois mois après, il revenait avec M. Uzac, brûler les villages qui l'avaient attaqué, et fonder le poste. »
Comme supplément de réponse au correspondant de la Politique Coloniale, j'ouvrirai les Régions Beymid, publication anglaise mensuelle, qui a donné sous la signature du docteur Guinness, lequel visita tout le Congo, une série de correspondances d'où je traduis littéralement les quelques lignes suivantes :
« Dès que quelqu'un arrive au Congo, il entend
rapports et rumeurs, dont les g/io ont à peine au fond un grain de vérité.
» En ce qui concerne TEtat, il a communément contre lui les préventions de tous les commerçants en général. Les trafiquants avaient jadis carte blanche en toutes choses; ils sont aujourd'hui sous un gouvernement. Ils en retirent de nombreux avantages, qu'ils peuvent peut-être négliger de reconnaître, mais en même temps ils ont à payer des taxes et à observer certaines défenses. Alors, aux histoires qu'eux racontent, s'ajoutent les histoires apportées de plus haut, ce qui fait déborder la coupe des récriminations contre le gouvernement. Aussi loin que je puisse voir, il n'y a aucune de ces récriminations qui ne pourrait s'adresser identiquement de même à tout autre gouvernement qui s'installerait et essayerait d'en venir aux prises {fo grapple) avec les problèmes ardus d'une civilisation aussi embryonnaire. «
Le docteur Guinness, qui écrit ce que je viens de dire, arrive sur le Haut-Fleuve; il pénètre dans le Lopori; il essaie de s'engager par terre entre cette rivière et le Congo, au travers' des forêts qu'habitent les sauvages N'Gombès; il est accompagné de M. Mac Kittrick, chef de la Congo Balolo Mission; mais à peine ont-ils terminé leur première journée de marche, qu'ils sont obligés de battre précipitamment en retraite devant ces populations qui n'ont pas encore vu de blancs et qui essaient de les enlever pour les manger. Et alors le docteur Guinness, qui a trouvé sur son chemin, les restes d'un jeune enfant dont les farouches N'Gombés avaient découpé déjà la tête, un bras et une cuisse pour le repas du soir; à qui des mères éplorées poursuivies par les cannibales sont venues demander protection; alors, dis-je, le docteur
Guinness s'écrie, en s'adressant aux contempteurs de l'Etat :
« Se sont-ils trouvés comme nous devant le cadavre de cet enfant mutilé ? Ont-ils obtenu ce résultat que dans ces rivières ces scènes sont aujourd'hui, Dieu merci, l'exception et non la règle ? Et, en remontant de deux ans en arrière, ont-ils vu les longs convois de pirogues chargées d'esclaves, descendant sans cesse le grand chemin des eaux, esclaves dont beaucoup allaient à un destin semblable à celui rapporté plus haut? Et alors, s'ils réfléchissent qu'un homme laissé seul, un courageux (il s'agit ici du lieutenant Lothaire, le successeur de Dhanis dans la région arabe), a, en aussi peu de temps, si bien pris à la gorge le mal gigantesque, que les traitants cachent maintenant leurs têtes et craignent pour jamais de continuer leur infernal trafic, alors comment ne voudraient-ils pas avec nous remercier le Tout-Puissant pour un tel usage du pouvoir, si sainement apprécié, quoique nous-mêmes, comme missionnaires du Prince de Paix, nous n'aurions pu y avoir recours.
11 Sans doute, les agents diffèrent parmi eux, ici comme partout, mais pour ceux avec qui j'ai été en contact direct sur le Haut- Fleuve, je n'ai à en dire que du bien. Placés dans des circonstances exceptionnellement difficiles, et agissant loyalement pour le mieux, beaucoup d'entre eux sont des plus méritants et ont droit à la sympathie, non à la censure, aux félicitations, non aux critiques, n
Ces lignes sortent d'une plume anglaise ; elles répondent aux réflexions trop légères de M. Arthur Silva White qui, dans son important travail : Le dâ'doppement
de l'Afrique^ écrit en parlant de Tadministration de l'Etat :
« Il y eut en jeu trop de rubans rouges et d'ambitions personnelles, et trop peu d'efforts consciencieux et désintéressés. La faute n'en est pas au généreux Souverain qui est le chef nominal de TEtat, mais à ses conseillers et à ses officiers. »
Et plus loin, dans une édition datant de l'année courante 1894, M. White écrit sans vergogne :
<c II n'y a rien à attendre du Haut-Congo tant que Tippo-Tip, et ses collègues et protecteurs arabes, le domineront. Ce Bismarck africain, comme on le nomme quelquefois, sait parfaitement que l'Etat du Congo est actuellement incapable de le chasser de ses plantations et de ses parcs d'esclaves, ou même d'exercer d'une manière quelconque un contrôle effectif sur ses actes. »
Comme l'édition d'où j'extrais cette appréciation date de 1894, il faut présumer que M. Arthur Silva White n'a pas encore connaissance des campagnes brillantes qui ont coup sur coup enlevé toutes les positions arabes, et rejeté par delà le Tanganika les maîtres bandits, dont les seuls Belges sont venus à bout jusqu'ici. Sans doute M. White n'a pas encore entendu parler des victoires de Dhanis, ou peut-être ne sait-il pas que ce petit Belge est d'origine anglaise, sinon, avec Tesprit qui prédomine dans tout son ouvrage, pourtant intéressant et très documenté, M. White ne manquerait pas d'assurer que c'est l'Angleterre qui a chassé de l'Etat Indépendant non seulement Tippo-Tip, mais tous ses séïdes, tous ses collègues. Je lui fournis le renseignement gratuitement.
Mais me voici bien loin de mon sujet. J'ai cité, je pense, assez d'exemples de ce que l'on peut attendre de
ig2 -
la main-d'œuvre indigène au Congo. Que si Ton s'occupe de l'intellect de ces noirs, les résultats les plus satisfaisants sont encore à constater.
La mission de Loukolcla emploie comme moniteurs de jeunes esclaves libérés par les missionnaires et qui, aujourd'hui, donnent la leçon à leurs frères. L'imprimerie de la mission n'a pas d'autres ouvriers que ces enfants indigènes, et, chaque fois que mes voyages me faisaient passer par Loukoléla, ce m'était un vrai régal que d'écouter les chœurs à trois voix chantés par 5o enfants, qu'un d'entre eux accompagnait à l'harmonium.
C'était encore un enfant, élevé à la mission, qui traduisait en kibangi les ouvrages élémentaires anglais mis aux mains de ceux qui fréquentaient l'école.
A la mission de Bolengui, près d'Equateurville, j'allais de temps à autre assister à une leçon à l'école du Révérend Banks, et mon plus grand plaisir était de prendre un de ces gamins, noirs comme encre, et de le planter devant un énorme globe terrestre sur lequel il me montrait l'Europe, la Belgique, l'Equateur, le point où nous nous trouvions; puis, il me faisait le voyage d'Equateurville à Anvers, en suivant très exactement le Congo jusqu'au Pool, la route des caravanes, puis le voyage par mer qu'il détaillait au grand complet.
Aussi, je ne manquais pas à toutes mes fêtes, au je'' juillet, au i5 novembre, de leur envoyer une grosse ration de sel, lo centimes pour chacun, et de prier les missionnaires de donner congé à leurs enfants, ce qui était toujours accordé.
On pouvait voir au compartiment congolais de l'Exposition d'Anvers des cahiers d'écriture, des travaux de dessin, etc., provenant de ces missions.
Je n'en dirai pas plus au sujet de l'utilisation des
indigènes: l'accord des commissaires de district du Haut- Congo est là-dcssus unanime.
Oui, c'est l'aborigène Congolais qui, sous notre direction, mettra lui-même son pays en rapport, d'autant plus que le Congo ne sera pas une colonie de peuplement (à part quelques régions restreintes), mais une colonie d'exploitation, où l'Européen, de par les conditions climato logiques, devra se réserver le rôle directeur, devenant chef d'atelier et de culture, maître d'école et éducateur.
Ces pays neufs protégeront d'eux-mêmes les aborigènes : le. civilisé n'y saura essayer le système des réserves applique aux Peaux- Rouges d'Amérique. Et ainsi ce sera de façon avantageuse pour tous, que nous remplirons en Afrique les devoirs qui nous incombent, à nous civilisés, dans l'émancipation de ces territoires arrachés d'hier à leur barbarie séculaire.
IJ^Jfe
Ces noirs savent travailler ; le point est acquis. Et il me plaît, en outre, de montrer qu'ils ont également du cœur, beaucoup de cœur.
« Sachez le mener , disait dernièrement Shanu à la Société d'études coloniales, et le noir se fera couper le cou pour vous. >•
J'en pourrais citer des exemples à foison.
En 1892, un important groupe du Bas-Arouwimi, les Baondéhs, s'était joint aux Arabes pour ravager les environs.
Chaltin s'y rendit, mais ne put faire entendre raison aux Baondéhs qui le provoquèrent au combat. A un moment donné, au tournant d'une large rue surplombant la rivière de 12 à i5 mètres, le détachement dont Chaltin avait la tète, se vit chargé par quatre rangs de lanciers, surgissant de toutes parts et l'entourant complètement. Quatre ou cinq minutes terribles s'écoulèrent, et à un moment donné, le commandant Chaltin vit se précipiter au-devant de lui un de ses soldats noirs, Moio (i), qui l'aimait beaucoup, puis tous ensemble, sous rimpctuosilc de l'attaque des Baondéhs, furent jetés du haut du talus dans la rivière; la situation était critique, heureusement les pirogues étaient proches.
Chaltin était debout dans l'eau, tenu encore aux jambes par le noir qui s'était jeté devant lui. On les hissa dans une pirogue, et Chaltin constata qu'il avait lu. jambe ouverte par une sagaie, tandis que le brave Moïo
— igS —
avait été traversé d'une autre lance, destinée à son chef, qu'il avait couvert de son corps, et sauvé au prix de sa vie.
Il mourut quelques heures après.
Demandez au capitaine Chaltin si les noirs peuvent avoir du cœur? Si on peut les aimer et être aimé d'eux ?
Les traits de l'espèce ne sont pas rares, et nombreux sont les officiers à qui des noirs dévoués ont dit : <( Maître, ne reste pas à cette place, ne prends pas la tête de la colonne, laisse-moi m'y mettre car je vois plus clair que toi dans la forêt. Tout à l'heure quand tu y verras, tu iras de nouveau de l'avant ! »
Fin i8go, nous vîmes arriver à Léopoldville des noirs de Lagos et d'Accra, anciens serviteurs de Van Kerckhoven. Ayant appris le retour de leur chef, ils n'avaient pas hésité à s'embarquer pour Boma, payant leur passage de leur travail, puis faisant la route des caravanes à leurs risques et périls pour venir dire à Boula-Matendé :
ce Maitre, nous voici ! Nous avons appris que tu étais revenu pour une longue et dure expédition ! Nous t'avons déjà servi trois ans ! Veux-tu encore de nous ? Nous voici. »
J'étais là quand parla ainsi le Houssa Salou arrivant avec une dizaine de ses camarades.
Van Kerckhoven était très ému ; ses yeux brillaient de fierté et d'émotion. Et n'y avait-il pas de quoi !
C'est que « Boula-Matendé » était un chef dans le vrai sens du mot, je veux dire un homme qui avait su inspirer à son personnel blanc et noir la confiance la plus absolue, comme aussi le dévouement le plus entier : tous ceux qui Pont approché ont senti chez lui l'homme juste, réfléchi, clairvoyant, résolu
Résolu !
Au cours de son extraordinaire prise de possession du bassin de TOuèllé, le médecin d'avant-garde lui déclare que son état de santé exige son retour en Europe.
Retourner en Europe quand lui, Boula-Matendé n'avait qu'un objectif « arriver au Nil ! »
« Docteur, répondit-il, si je meurs, vous me couperez la tcte et les bras, et vous les enverrez à Wadelaï. Si je n'y arrive pas vivant, qu'au moins j'y arrive mort ? »
Ces paroles antiques ne sont plus, hélas, à la portée de tous.
Elles ne sauraient en particulier avoir d'écho au cœur de ces quelques déclassés, bons tout au plus à copier des lettres dans l'un ou l'autre bureau (i), ou à promener le long des trottoirs leurs paletots jaunes et leurs têtes vides, et qui s'imaginaient qu'il n'y avait qu'à aller jusqu'à Léopoldville pour rapporter des sacs d'or. Arrivés à mi-chemin, l'immensité les a épouvantés et ils sont revenus crier aux badauds : « Congo, mauvaise affaire; noirs, incapables de travailler ! » sans se donner la peine de voir, capables seulement de faiblesse et d'impuissance. La peur seule trouve action sur eux et fait travailler leur imagination pour trouver toute espèce de moyens justifiant la vraie raison qui les éloigne du pays noir : ils mentent.
Mais il n'auront plus l'occasion de le faire longtemps.
Rappelons-nous que le nombre des partants à deuxième terme augmente chaque mois.
Quand Dhanis partit pour le Kwango en 1890, son escorte était faite de Zanzibarites et de Houssas ayant déjà servi sous ses ordres et qui s'étaient disputé à nouveau la faveur de partir avec « Fimbou Mingui ».
Ce sont là des traits de dévouements de noirs pour blancs.
Puis-je en rapporter aussi de noirs pour noirs ?
Oui. Je dirai un épisode du combat de Boèïa, ou mieux ce combat en entier, ainsi que nous le racontait il y a quelques mois le docteur Briart, de l'expédition Delcommune :
(c C'était en juillet i8gi.
)) Boèïa, capitale d'un négrier arabisé, Simba, était défendue par un fossé, une levée de terre et une palissade.
» Nous étions trois blancs, le lieutenant Suédois Hakansson, l'ingénieur Diderich, et moi, et nous avions 70 Houssas.
» Devant nous i,5oo adversaires dont la moitié armés de fusils, les autres de flèches et de lances.
» Nos Houssas sont déployés en tirailleurs, et nous arrivons assez près de la ville; mais nos munitions vont
être épuisées, trois de nos hommes sont morts, une douzaine sont blessés.
» Hakansson envoie Diderich aux caisses de cartouches;la plupart de nos hommes les suivent et, à un moment donné, nous nous trouvons abandonnés, Hakansson et moi, avec deux hommes dont un blessé que j'examine.
» Tout l'effort de l'ennemi se porte sur nous ; coup sur coup je reçois une ballette dans le coude et une flèche dans le genou.
» La ballette ne me gênait pas, mais la flèche, qui avait pénétré dans Pos, à la partie interne, à environ deux centimètres et demi, pouvait être empoisonnée.
» Et alors je n'en menais plus large, d'autant que les flèches qui pleuvaient de toutes parts menaçaient de me transformer en « pelote ».
» Diderich et ses hommes ne reparaissaient pas; je dis à Hakansson : « Je suis fichu, laissez-moi, allez-vous-en. »
» Mais le brave officier, au lieu de m'écouter, dépose sa carabine, s'agenouille, et sans un moment d'hésitation, colle ses lèvres à la blessure et, tandis que le noir encore debout tiraille sans répit, Hakansson suce à fond la plaie, la nettoie au risque de s'empoisonner lui-même, et me sauve la vie.
» Entretemps des hourras annonçaient le retour des nôtres; l'assaut recommence; la ville des négriers est emportée ; l'incendie dévore bientôt le repaire des bandits.
» Pour moi, j'avais été transporté au camp.
)) Je me remis, vouant à Hakansson une reconnaissance absolue.
)> Hélas ! je ne me rétablis pas assez vite pour reprendre à l'arrière-garde ma place de colonne. Comme à ce nioment c'était la plus critique, Hakansson m'y remplaça,
pour son malheur; le 3o août il était tué avec 12 hommes à Kikondja, près du lac Kassali, dans une embuscade tendue par les Baloubas. »
En nous faisant ce dramatique récit, le docteur Briart parlait d'une voix que Témotion faisait trembler, et nous qui Técoutions, nous sentions nos cœurs battre à l'unisson du sien.
Combien grande est la perte d'hommes aussi courageux ! Combien leur souvenir se doit perpétuer ?
Gardons en notre mémoire avec les noms des De Bruyn, des Hanssens, des Coquilhat, des Van Kerckhoven, le nom du courageux Hakansson, officier Suédois mort en Afrique pour l'Œuvre du Roi des Belges.
Le récit de Briart fut complété par Diderich, qui nous conta un épisode de courage honorant les noirs à l'égal des blancs.
Après avoir incendié Boèïa, comme nous l'avons dit, le détachement reprit le chemin du camp.
Immédiatement derrière Diderich, venait un chef négrier prisonnier. Tout à coup un coup de feu éclate si près de lui que Diderich se croit touché; il se retourne et voit foudroyé sur le sentier un noir qu'il prend d'abord pour un de ses Houssas. C'était un des hommes du chef négrier qui, après le départ d'Hakansson, avait enlevé la tenue d'un des soldats tombes à l'attaque du village, s'en était revêtu et, grâce à ce déguisement, était parvenu à joindre la colonne qui emmenait son chef prisonnier, à s'y faufiler inaperçu jusqu'à l'instant où, ayant rejoint son maître, il allait trancher d'un coup de couteau les liens qui le garrottaient; à ce moment le Houssa chargé de la garde du prisonnier, comprit ce qui se passait, et à bout portant fusilla l'héroïque serviteur, victime de son audacieux dévouement.
Le chef négrier se pencha sur le mort, les yeux pleins de larmes, disant : " C'était mon meilleur soldat. »
Cet événement remua les blancs jusqu'au fond du cœur et ils rendirent aussi hommage à cet ennemi mort en héros.
A ces traits d'attachement militaire, je veux joindre un souvenir personnel, que d'aucuns pourront trouver futile, et qui pourtant m'attendrit encore aujourd'hui.
Il y a un an et demi, je quittais l'Equateur en pirogue, en destination de Léopoldville d'abord, de l'Europe ensuite.
Un terme de quatre ans avait fort appauvri ma garderobe et j'avais du, pour être présentable, me faire confectionner un pantalon en guinée bleue, lequel, complété par un vieux veston jadis blanc, devait me permettre de faire aux Européens (jue j'allais rencontrer en route, une décente visite d'adieu.
Le lendemain de notre départ, nous arrivons en vue de la mission d'Irébou.
Mon boy cxibc ma fameuse culotte et constate que le tailleur qui l'avait confectionnée avait oublié les boutons.
Grave embarras, car n'ayant plus d'autres vêtements, impossible de trouver des boutons.
J'allais me décider à ficeler ma culotte avec un bout de liane, comme Van Gèle faisait pour ses souliers, lorsque mon boy fce dévoué gamin rccueilliàLoukoungou et mort en Europe) me dit : « Attendez, Monsieur. »
Un quart d'heure après, mon pantalon avait des boutons d'une variété aussi complète que possible, c'est vrai, mais j'étais présentable.
Et tandis que d'une main il me tendait le vêtement, de l'autre le gamin me montrait une petite culotte rouge ; « C'est pour aller dire bonjour à mes amis à l'Inkissi, je remettrai des boutons à Léopoldville. "
Brave enfant, ses yeux brillaient de plaisir, tandis que je me demandais combien de blancs seraient capables de pareils dévouements!
Il avait réuni un à un des boutons jetés ou perdus par l'un ou l'autre; il avait, en coupant et cousant sa culotte rouge, joui à l'avance de l'étonnement de ses amis lorsqu'au vilkige, quitté depuis trois ans, il reviendrait si bien habillé. A cette culotte rouge que nous pouvions trouver si baroque, il attachait autant de prix que nos copurchics à leur smoking (et à plus juste titre)
Et néanmoins, sans hésitation, il la sacrifiait pour son maître, parce qu'il savait que son maître l'aimait comme une bonne petite béte dévouée jusqu'à la mort...
II m'a toujours semblé que Tonio avait autant de cœur que nous.
Tonio était un pauvre mioche que les hasards d'Afrique avaient enlevé tout petit à sa mère. Il ne la connaissait pas et sans doute, pour cela, aimait-il d'autant plus le blanc qui avait assmô son sort!
Les hasards d'Afrique!
Il est des régions où l'on peut estimer qu'une moitié
des enfants ne connaît ni père ni mère! Là, la plupart des chefs voient dans leurs esclaves de véritables bêtes, dont ils vendent les enfants à bénéfice.
C'est le cas du Balololand, région que les hordes arabes commençaient à atteindre, venant razzier les villages et emmenant presque toujours quelques femmes et beaucoup d'enfants.
Ces petits êtres n'ont partois que quatre à cinq ans; ils étaient libres chez eux ; des bêtes à face humaine sont venues qui leur ont tué père et mère, qui alors les emportent.
Les pauvrets passent de main en main, de tribu en tribu, et grandissent à des centaines de lieues parfois de leurs villages; les filles pourront un jour devenir les favorites d'un homme assez riche pour les acheter lorsqu'elles auront la beauté du diable ; si elles sont jolies on les tatouera beaucoup; elles auront un moment de gloriole, tôt passé, puis subiront le sort commun : elles enfanteront, mais leurs enfants ne seront pas à elles; propriété du maître, celui-ci les vendra à sa guise.
Et pourtant ces mères noires savent aimer, et prouver leur attachement à leurs enfants.
Je n'ai qu'à puiser dans mes souvenirs, les exemples me reviennent en foule.
A la fin de 1891, j'avais décidé le chef de Bokatoula, dans la Loulongo, à me confier son fils, pour le mener jusqu'à Léopoldville.
Le désespoir de la mère, au départ de son fils aîné, était navrant.
En vain le vieux chef lui disait : « Aie confiance dans ce blanc qui a été bon pour nous. Ne nous a-t-il pas traités en amis, alors qu'il pouvait parler en maître? S'il avait le mauvais dessein de ne pas te ramener notre fils.
pourquoi chcrchcrait-il à te rassurer? Ne peut-il Tenlever de force, et toi, et moi-même, et tous les nôtres? Cesse de pleurer, femme! Notre fils va faire un grand et beau voyage; il ira voir les villages que les blancs construisent partout et dont parlent nos légendes; et quand il reviendra heureux et content, il nous dira ces merveilles, et il élèvera devant notre case, au milieu de nos grands palmiers, une maison comme celles qu'il aura vues chez nos amis blancs, afin qu'à leur passage dans cette rivière ceux-ci viennent loger ohez nous. »
Et la bonne vieille pleurait plus fort; nous dûmes nous arracher à ses sanglots et à ses cris de désespoir.
Mais, ainsi que le lui avait dit son mari, son fils revint, rapportant des présents de tout genre, car nous n'avions pas manqué de le combler et de lui recommander de dire à sa mère que les blancs avaient aussi, dans leur lointain pays, une mère qui avait pleuré en les voyant partir, qui souffrait et pleurait leur absence, et qui aspirait à les revoir comme la vieille femme de Bokatoula avait aspiré à revoir son fils.
L'année suivante, je retournais dans la même rivière Loulongo, y rapatriant trente volontaires, retour du Kwango où ils avaient servi deux ans.
Lorsque, vingt-quatre lunes auparavant, ils avaient été engagés, c'était la première fois, qu'on leur parlait d'enrôlements de si longue durée avec la condition d'aller servir au loin.
Pourtant ils avaient fini par se décider.
Mais quel désespoir chez les mères éplorécs! Sûrement elles ne les reverraient plus! Ce blanc qui les
emmenait les conduisait à la mort! Ou bien il les vendrait, ou bien il s'en sei-virait pour ses pratiques de sorcellerie!
Puis elles en avaient pris leur parti, et malgré les assurances qui leur étaient données à chaque occasion, elles demeuraient incrédules et pleuraient leurs fils perdus ! . . . ,
Et voici qu'un jour pourtant je les ramenais!
Comment dire l'explosion de joie délirante soulevant les villages?
Autrement entourés par les habitants que beaucoup d'entre nous qui rentrent au foyer, nos licenciés passaient de mains en mains, et tous pleuraient et riaient à la fois.
Quel cœur n'eût débordé de larmes devant ces mères embrassant les genoux du blanc qui avait tenu sa parole, et grâce à qui ces primitifs connaissaient pour la première fois la joie du retour des aimés longtemps absents?
Et nous-mêmes, sentant que, ce jour-là, ce cœur étroit des noirs venait de s'élargir pour abriter un amour maternel nouveau, plus grand, comparable aux sentiments de celles qui nous portèrent, nous-mêmes, dis-je, voulûmes manifester la part que nous prenions à la joie générale. Congé fut donné à tout mon monde; perles, grelots, miroirs furent distribués généreusement, et nous oubliâmes notre souper, retenus au milieu des groupes qui dansèrent et se réjouirent toute la nuit !
Ces scènes sont aujourd'hui courantes dans le Congo tout entier; le retour des contingents dont le terme est expiré est l'occasion de fêtes enthousiastes.
Il faut voir arriver, par exemple, une canonnière ramenant des Bangalas ayant servi au loin.
Depuis longtemps leur retour est connu, et dès que les clameurs « Sail oh ! Sail oh ! » ont signalé le bateau, des centaines de pirogues partent à toutes rames à sa rencontre et vont acclamer les arrivants. C'est à qui leur tondra la main, leur jettera quelques fruits, quelque morceau de poisson fumé ou d'antilope boucanée.
Les pirogues risquent de se faire couler pour tâcher d'aborder le steamer qui a dû ralentir, mais comment résister au plaisir de hâter le débarciucment, d'enlever tout de suite l'être chéri!
Les « mamas » si vieilles, si ratatinées, sont venues dans les pirogues; elles veulent leurs enfants tout de suite, pour les embrasser à pleine bouche!
Et devant ces museaux noirs qui se frottent et se lèchent, nos cœurs de blancs s'emplissent à la fois d'émotion et de tristesse !
Ah ! les noirs sont primitifs, et par suite leurs instincts tiennent parfois de ceux des fauves! Mais ils ont des cœurs d'homme, et c'est notre tâche à nous, civilisés de toute catégorie, d'aller guider leur évolution et leur donner le bon exemple.
Les traits d'attachement filial et maternel existent d'autant plus nombreux que l'influence du blanc est plus - forte, et que, grâce à sa présence, une plu9 -j
grande sécurité est venue aux noirs.
Le monde civilisé se doit à ces populations qui ont besoin avant tout de sécurité; en la leur apportant, nous leur révélons l'àme et l'humanité à elles ([ui ne connaissaient encore que l'instinct et la bëte !
Et les résultats obtenus sont la consécration irréfragable des espérances que nous fondons sur l'utilisation entière de la Kace Noire pour le développement indéfini , de son berceau !....
La main-d'a;uvreestdoncassuré< au Congo.
PluiL-ou en dire autant de la direction du travail qu, doit venir du blanc ?
Nous disons à dessein la direction du travail car^ répétons-le, nous ne tenons pas le Congo pour unecolonifl de peuplement, mais pour une colonie d'exploitation. Quelques régions restreintes, par exemple les hauts
plateaux du sud du Katanga, où des températures voisines de o° ont été relevées par les expéditions belges, paraissent offrir à l'Européen de bonnes conditions d'habitat de longue durée.
Dans la plus grande partie de l'Etat Libre, de par les conditions climatologiques, le blanc devra se réserver le rôle directeur; il sera, avons-nous dit, chef de culture et d'atelier, maître d'école et éducateur.
Mais cela même lui sera-t-il possible dans de bonnes conditions ?
Je pourrais reproduire ici les considérations si documentées que nous exposait, il y a quelques mois, le docteur Firket, de l'Université de Liège, citant les exemples de Delcommunc et Greshoff : 17 ans d'Afrique ; — Van Gèle : 10 ans d'exploration; — docteurs Sims et Hostc, missionnaires américains; Grcnfell, Bentley, Clarke, missionnaires anglais ; le père Allaire, missionnaire français ; Légat, agent de l'Etat...., et bien d'autres ayant accompli sans quitter l'Afrique des termes de 10 ans
Au surplus, le docteur G. Treille, inspecteur général du service de santé au ministère des colonies de France, l'émincnt spécialiste en matières coloniales, vient de jeter sur les conditions d'habitat de l'Européen au Congo, un jour tout nouveau.
Après avoir étudié toutes les conditions sanitaires du pays, après s'être livré aux plus démonstratives comparaisons, le docteur Treille conclut ainsi :
(c L'Afrique intertropicale ne peut pas être une terre de peuplement européen; ce n'est pas une région à colons partiaires: ce doit être celle des vastes entreprises de commerce, d'industrie agricole ou minière, avec l'Européen comme directeur et capitaliste. Mais, ceci
bien entendu, on peut sans crainte se rendre au Congo : un séjour de trois ou quatre ans n'est nullement incompatible avec le maintien d'une bonne santé, à la condition toutefois pour l'cmigrant d'avoir dépassé vingt-cinq ans — l'âge de la croissance terminée, à partir duquel il peut supporter les fatigues de la marche et du travail ; — de ne présenter aucune affection sérieuse du coté des voies digestives; d'être bien résolu, enfin à être sobre et à observer toutes les règles d'une bonne hygiène. )>
■t La fatalité des fièvres du Congo n'est qu'une légende. » Qu'on envisage simplement ce qui se passe à la Côte d'Airique, Ne considère-t-on pas comme tout naturel d'y aller et d'y vivre longtemps ?
Et pour montrer qu'il est possible de vivre très bien au Congo, j'aurai recours à un argument non pas
ad homincm mais ad nmlicrem.
Je parlerai des femmes blanches au Congo.
Congo- Minolaure Cimetière des
blancs Voilà quels étaient, quels sont
encore, les éléments d'appréciation des
masses.
Etablir par statistiques que l'opinion
s'est égarée au sujet des décès, que toute
œuvre comparable à celle du Congo entraine un nécrologe inévitable, d'ailleurs considérablement réduit par l'expérience acquise et le développement des ressources,
n'est pas chose facile quand on s'adresse aux masses; mais ce que le raisonnement, les exposés déductifs, ne sauraient faire, un exemple tout-puissant le fera : c'est celui des courageuses femmes qui, malgré tout, n'ont pas craint d'affronter le climat africain, et qu'on trouve aujourd'hui en plein cœur du Continent Noir, heureuses, bien portantes, élevant des familles déjà nombreuses, garçons et filles venus au monde là-bas et merveilleux de robustesse, alors que la légende court toujours qu'au Congo la femme blanche, comme les plantes des zones tempérées, est frappée de stérilité.
Beaucoup d'Européennes vivent depuis longtemps à la Cote, femmes de fonctionnaires, de missionnaires ou de commerçants. C'est par le Congo, et depuis cinq ou six ans seulement, que le centre de l'Afrique a été atteint par des Européennes, presque toutes Anglaises et Belges. Et ainsi, une fois de plus, se révèle la grandeur civilisatrice de cette œuvre extraordinaire, car parmi tous les éléments de développement humanitaire qui viennent combattre le bon combat contre la barbarie, c'est la femme blanche qui joue le plus beau rôle.
J'ai dit plus haut que c'est surtout son exemple qui vaincra, en Europe, ce préjugé que le blanc ne saurait vivre sous l'Equateur :
<i Comment, dira-t-on, les femmes vont au Congo ! Elles s'y marient et elles y ont de beaux enfants ! Mais alors, ce n'est donc pas au climat seul que sont dus ces décès dont on a voulu faire un épouvantail ? »
Eh non! le climat n'est pas seul à accuser! Mais il serait trop long de dire ici les causes réelles de cette mortalité en apparence si effrayante : disons seulement que le Belge paie son apprentissage de la vie coloniale dans laquelle il est jeté brusquement sans avoir, comme