SENTIER DANS LES HAUTES HERBES CONDUISANT A UN VILLAGE INDIGÈNE
Le Bayanzi ne cultivait guère que le manioc. Il se pourvoyait des autres denrées nécessaires à sa subsistance aux marchés qui se tenaient tous les quatre jours dans les villages de l’intérieur, où les habitants de la forêt qui s’étend entre le Congo et le lac Léopold II venaient apporter leurs produits. Le lieu du marché était neutralisé, ainsi que
les routes y conduisant. Les ennemis du moment pouvaient s’v rencontrer sans être autorisés à se livrer à aucun acte d’hostilité. Ce trait des mœurs bayanzi, comme bien d’autres, est commun à toutes les peuplades de l’Afrique équatoriale.
Le commerce d’ivoire se pratiquait surtout le long- des rives, bien que parfois il en fût apporté aux marchés de
bayanzi allant prendre possession de leur pirogue.
l’intérieur. Les gens de Bolobo se rendant à Kinsbassa, chez les Bateke, pour y échanger les pointes d’ivoire contre les produits d’Europe, avaient à organiser une véritable expédition. Souvent en ces circonstances, les villages se mettaient d’accord et les pirogues réunies en convoi marchaient de conserve.
Ces pirogues ont un aspect très spécial : au centre, recouvert de nattes, sont disposés les marchandises et les vivres; à l’avant et à l’arrière, placés sur deux rangs, se tenaient les pagayeurs, au nombre de douze à vingtquatre, suivant la grandeur des pirogues. A la proue de l’embarcation opère celui qui la dirige, il frappe en cadence du talon sur le plat bord de la pirogue, pour régler la nage. Les pagayeurs nagent alternativement par file : à bâbord et à tribord. A barrière, bissé sur l’extrême pointe, réellement suspendu au-dessus de l’eau, se tient le timonier qui est toujours un jeune homme. C’est l'homme d’avant qui lui indique par le mot terre ou eau , s’il doit diriger l’embarcation vers le large ou vers la rive. L’équipe ne se mettrait jamais en marche sans avoir attaché un coq vivant à la proue de la pirogue et, à proximité, le fétiche qui doit protéger la caravane contre les incidents fâcheux. Quand un chef est du voyage, il se fait accompagner de plusieurs femmes, généralement deux ou trois. Un barde accompagne toujours l’expédition. Il improvisera des chants de circonstance et au besoin se répétera tout le long du voyage. Il met en chanson les incidents des voyages présents et passés.
Le départ du village donne lieu à une véritable cérémonie : les adieux sont longs, les recommandations à ceux qui restent et à ceux qui partent, s’entrecroisent sans répit. Ne voyons-nous pas la même chose chez nous, à Ostende, au départ des chaloupes pour la grande pêche? En voyage la prudence se recommande, les voyageurs sont exposés à toutes sortes d’embùches et gare à celui qui y tombe. La femme surtout jouera ici un grand rôle, car l’indigène, sous ce rapport ne connaît pas les articles du Décalogue qui défendent de convoiter et de prendre le bien d’autrui. Elles sont longues et nombreuses les histoires qu’ont à raconter à ce sujet les indigènes, ils ne manquent d’ailleurs pas
chez eux de tendre les mêmes pièges aux étrangers. Et combien ils sont experts en la matière !
Ces voyages sont pénibles, car ils doivent être entrepris en saison des pluies. En saison sèche, en effet, le vent souffle régulièrement et soulève des vagues qui rendent la navigation dangereuse aux pirogues. Par contre, pendant les pluies les voyageurs auront à subir les tornades contre