‹ CongoChapitre 9 sur 39 · ENFANTS · texte numérisé non relu

ENFANTS

dés à un chef ou à des gens d’un autre village. A Bolobo, je ne parvins jamais à obtenir l’aide d’un seul homme, le Bayanzi considérant comme dégradant de travailler pour autrui. Au début de notre occupation, ce sentiment leur faisait considérer avec dédain nos Haoussas et nos Zanzibarites. Plus d’un conllit en résulta entre les indigènes et nos hommes.

La polygamie est générale parmi ces populations. Mais ne possédaient plusieurs femmes que ceux qui, par leur rang social et leurs ressources, parvenaient à faire face aux

besoins de cette famille agrandie. Car chez le sauvage, la polygamie n’entraîne pas de constitution d’un harem, où les femmes sont enfermées et étroitement surveillées. Le Bayanzi, quand il est polygame, possède, en réalité, autant de familles qu’il a de femmes ; chacune d’elles vit avec sa descendance dans une habitation distincte, et ces habitations forment une agglomération spéciale autour de la demeure du chef ou maître. Le droit de ces femmes d’aller et venir reste entier. Elles cultivent leurs champs.

comme le font les femmes unies aux esclaves. A tour de rôle, elles prennent place au lit conjugal, quatre jours consécutifs pour les femmes libres et trois pour les esclaves.

Les femmes de chef étaient de deux origines : les femmes libres, celles qui lui étaient offertes en mariage par ses pairs et par les hommes libres, et les esclaves qui sont, ou bien des enfants d’esclaves du village, ou des esclaves achetés au dehors. Les enfants nés de ces premières unions sont libres, les autres sont esclaves. Les filles issues d’esclaves du village sont souvent retenues par les chefs dès

l’enfance, en prévision d’ épousai lies futures. C’est ainsi «pie l’on entend parfois des enfants appeler leur chef : mon mari. L’enfant sait le sort qui lui est réservé, sans y attacher autrement d’importance, mais déjà en présence de son futur maître et seigneur, elle ne se comporte pas comme les autres enfants. Elle déploie pour lui une certaine coquetterie affectueuse. Et ces attentions m’ont semblé être agréables à celui qui en était l’objet.

C’est évidemment un grand honneur pour une famille

que d’être ainsi distinguée, et elle y gagne certainement en considération, Cependant, tout bas et en me faisant promettre la discrétion, des parents se sont plaints à moi de cet usage. Il est profondément immoral puisqu’il aboutit à cette conséquence que l’on voit souvent un vieux chef entouré d’un essaim de jeunes et jolies biles, qui feraient le bonheur d’habitants du village, mieux désignés pour réaliser des unions assorties.

Un chef, pour être admis à épouser une femme libre,

—.-ég¬

ayait à payer une dot qui dépendait de l’importance de l’union contractée. Les éléments d’appréciation sont divers, et le désir plus ou moins grand du prétendant d’arriver à ses fins entre en ligne de compte. La somme payée est rendue si l’épouse retourne chez ses parents. La séparation a lieu pour cause de mésintelligence, de maladie, d’adultère ou pour divers motifs qui font toujours l’objet d’un débat entre les parties. Souvent aussi, les contestations qui s’élèvent à ce propos mènent à la guerre, et sont alors tranchées en vertu du droit du vainqueur.

Les hommes libres peuvent également contracter plusieurs unions, quand leur fortune et les influences dont ils disposent le permettent. S’il jouit d’une grande considération, s’il est riche et possède des esclaves à même de porter les armes, en un mot s’il est de ceux avec qui l’on doit compter, l’alliance d’un homme libre sera recherchée à l’égal presque de celle d’un chef de village. Il n’est pas rare de voir un personnage de ce rang social se dégager de toute tutelle et s’ériger lui-même en chef. Il court évidemment tous les risques de la guerre, mais s’il se sent soutenu et suffisamment puissant pour affronter la bataille, il affirmera sa volonté et se mesurera avec quiconque voudrait s’opposer à ses desseins.

Il est difficile de poser en tout ceci des règles absolues, car c’est avant tout parmi ces populations la force qui prime le droit. Le plus bel exemple d’affranchissement n’est-il pas constitué par Ihaka lui-même, qui né esclave s’éleva au-dessus de tous les chefs de Bolobo? En semblable occurrence, il faut toujours rechercher l’influence des féticheurs et Ihaka, en son temps, le fut lui-même quelque peu.

Les esclaves sont la propriété absolue de leur maitre. Mais celui-ci s’efforce, par de bons traitements, de se les attacher. L’esclave qui a un maître humain cherche à lui

COIFFURES BAYANZI,

plaire et à le seconder. De son coté, le maître veille à ne pas mécontenter l’esclave, de crainte que celui-ci ne lui échappe par la fuite et n’aille se mettre à la disposition d’un autre chef. Leurs intérêts sont communs : la prospérité du maître assure celle de toute sa clientèle, la ruine de son crédit la livre sans protection au caprice des puissants. Pour s’attacher ses esclaves, le maître facilite des unions entre eux, il procurera même à l’esclave le moyen de contracter une alliance d’inclination, en achetant, s’il le peut, la femme qu’il recherche. En réalité cet esclavage domestique est très doux.

Tous les habitants d’un village sont frères et il est admis qu’entre eux ils se comportent comme s’ils appartenaient à une même famille. Sous ce rapport, la morale est sévère, et toute atteinte qui y est portée est réprimée sans pitié. La faute n’est plus aussi grave quand on va glaner chez le voisin. Mais si celui-ci n’est pas d’humeur complaisante et, surtout, s’il recherche le conflit, on en arrive vite à un casus belli. Mais qu’importe au galant qui court aventure !

Certains auteurs, et non des moindres, affirment que la polygamie est naturelle au noir et qu’elle serait même un bien. Quelle hérésie absolue! La polygamie est cause de la plupart des malheurs qui s’abattent sur les tribus. Les guerres continuelles, les rapts, les vengeances ne proviennent, en ordre principal, que de cette même cause. Et en faut-il une autre explication que l’examen même des circonstances dans lesquelles la polygamie se pratique? Si les chefs, les puissants, enlèvent la plupart des femmes, et les plus belles, que reste-t-il pour la masse ? Les conséquences sautent aux yeux et elles doivent frapper ceux même qui n’ont pas vécu au contact du noir.

Est-il nécessaire d’affirmer que généralement les noirs aiment leurs enfants?

Commerce et industrie. — Certaines choses d’ordre et d’intérêt général étaient parfaitement réglées chez les Bayanzi, pour faire vivre la confédération sur elle-même. Tel village s’adonnait plus spécialement à la pêche, tel autre à la fabrication des armes, tel autre au commerce de l’ivoire et, par les échanges, ils se pourvoyaient mutuellement des produits de leurs industries respectives. Une fois qu’un village avait accepté un de ces rôles, il avait à le

POTIERS A BOLOBO.

poursuivre sans relâche, au risque de représailles de la part des autres.

Dans les échanges, il était fait usage, comme valeurs, de plusieurs unités. L’unité supérieure était l’esclave, qui valait un certain nombre de fusils, chaque fusil valant à son tour un certain nombre de barillets de poudre de traite et ainsi de suite jusqu’aux unités inférieures, le mitako, ftl de cuivre de 0Iuy39 de longueur environ, le caurie et même le coquillage indigène. Aussi l’énumération de ce que valait une pointe d’ivoire d’une certaine

importance était-elle très longue et le propriétaire de l’ivoire, pour ne rien oublier du prix de vente, ne cessait, pendant la transaction, de répéter tout ce qu’elle représentait. Quand il s’agissait de plusieurs défenses, ce devenait un véritable casse-tête. A force de répéter la leçon apprise, celle-ci était débitée avec une apparente aisance, réellement déconcertante.

Page 1