CHÈVRE INDIGÈNE
engin de destruction, devait sortir vainqueur de tout conflit ultérieur.
Devant l’obstination d’Ibaka, je dus lui envoyer un ultimatum : il fut averti que si à 5 heures du soir, il ne m’avait pas restitué mon fusil, je passerais aux hostilités directes et que je pénétrerais dans son village, de force s’il le fallait. Il laissa passer l’heure. Le village fut occupé, sans que nous eussions été l’objet de la moindre hostilité; cepen-
dant le trajet était propice aux embuscades, car le sentier très sinueux, qui aboutissait à l’agglomération, traversait un épais fourré. Mais quelle ne fut pas ma surprise en débouchant dans le village de voir Ibaka, en personne, s’élancer vers moi les bras largement ouverts, en s’écriant : « Tue-moi! mon fils! « J’avoue que cette vision m’impressionna. Ibaka m’apparut en effet superbe et grand dans cette attitude absolument théâtrale. J’avais devant moi un héros d’Homère ! Mes hommes, plus pratiques, me proposèrent de profiter de la circonstance qui mettait le vieux chef en notre pouvoir discrétionnaire et je dus le protéger. Malgré toute mon admiration pour son coup d’audace, je lui fis de graves reproches et le mis en demeure de livrer l’arme. Avec un sang-froid surprenant il se reprit à développer ses théories usuelles sur les rapports qui devaient exister entre nous et insista sur le fait qu’étant fils de Stanley, et le grand explorateur lui ayant dit de me traiter en fils, je ne pouvais faire aucun mal à mon père adoptif! Je dus finalement battre en retrai te, pour me tirer d’affaire et donnai un nouveau délai jusqu’au lendemain à 3 heures pour permettre à Ibaka de s’exécuter. En me retirant, après avoir entendu de nouvelles théories sur ma parenté avec le vieux renard, je terminai l’entretien en lui déclarant que si Stanley avait dit que j’étais son fils, c’est parce qu’il le croyait bon père, mais puisqu’il avait perdu cette qualité indispensable, je n’avais plus aucun lien de parenté avec lui!
Nul incident ne vint troubler cette trêve nouvelle. Plusieurs chefs vinrent assouvir leur haine contre Ibaka, me poussant aux hostilités et m’assurant de leur neutralité, malgré l’activité que déployait mon adversaire momentané pour nouer des alliances. Mais je veillais, et tout mon monde se tenait sur ses gardes. Le lendemain, les indigènes des villages amis passèrent nombreux et ostensiblement au large
de la station, afin de bien marquer qu’ils s’éloignaient sous prétexte de chasse, me prouvant ainsi leur fidélité. .T’atteignis le lendemain 2 heures de l’après-midi sans avoir reçu la moindre communication d’Ibaka. J’entendais le bruit de vives discussions dans son village, mais je ne reçus aucun émissaire. Je me décidai à lui en envoyer un, pour lui rappeler que 3 heures était la limite extrême que je lui accordais pour la restitution de l’albini et que passé ce temps, s’il ne s’était pas exécuté, les hostilités s’ouvriraient. La voix du canon en donnerait le signal. Bien malgré moi, je dus passer de la menace au geste. Au coup de canon, le seul <pii fut tiré, les indigènes répondirent par une longue clameur. Puis un silence imposant suivit. Qu’avaient décidé les indigènes, quelle serait l’attitude d’Ibaka? Autant de questions que nous nous posâmes. Nous n’eûmes pour pénétrer ce mystère qu’un moyen, c’était de nous rendre au village. Il était absolument désert, nous ne vîmes âme qui vive. Ces constatations faites, le lieutenant Ling Vannerus et moi reprîmes le chemin de la station, celle-ci n’était qu’à 50 mètres du village, mais cet espace était couvert de futaies épaisses, inextricables, traversées par un sentier étroit.
Nous restâmes jusqu’au lendemain dans un isolement absolu. Les habitants d’amont ainsi que ceux d’aval s’abstinrent de donner signe de vie, craignant sans doute de s’exposer à mon courroux et de déchaîner à nouveau la grosse voix du canon.
Il me fallut jusqu’au lendemain pour recevoir quelques émissaires. Ibaka me faisait prêcher le calme, me demandant d’apaiser ma colère et m’assurant que le fusil me serait rendu. Ces envoyés sortaient de je ne sais où; jamais je ne les avais vus. Mais ils m’apportaient le fétiche d’Ibaka, l’insigne de sa puissance. Ils me racontèrent, non sans laisser percer une pointe d’ironie, qu'au coup de canon
Ibaka avait été pris d’une telle panique, qu’il s’enfuit au loin et qu’avec peine son entourage l’avait décidé à s’arrêter après plusieurs heures de marche. Il était arrivé dans un village ami, d’où précisément les émissaires avaient été dépêchés. Ce n’étaient même pas des Bayanzi, mais des Ba- Tende. Dans la journée, j’entendis des thèmes variés de la bouche des Bayanzi, sur la -fuite d’Ibaka. Tous trouvaient un secret plaisir à l’humilier, à plaisanter une puissance, si soudainement évanouie, dont ils avaient craint les effets et qu’ils croyaient maintenant anéantie à jamais. Ils caressaient le secret espoir que je leur livrerais celui dont ils avaient eu souvent à subir le caprice et que l’instant était proche où chacun pourrait se venger d’anciens griefs. Tout cela m’était insinué dans des formes enveloppées, qui ne manquaient pas d’adresse. Ils comptaient sans leur hôte. Je demandai à voir Ibaka le jour même. Mais ses envoyés me répondirent qu’il était si loin que mon désir était impossible à réaliser. Le lendemain le chef se présenta à la station, presque sans suite, et son premier mot fut de m’appeler son fils, ajoutant que je pouvais « faire de mon père ce que je voulais ». Je le rassurai et je lui fis comprendre ce que sa conduite avait d’insensé. Il me répondit que jamais il n’aurait cru que j’aurais exécuté ma menace. Maintenant il était désireux de vivre dorénavant en paix avec moi, se soumettant d’avance à mes volontés, et demanda pour traiter de la paix, d’attendre qu’il eût fait venir son frère de Tshumbiri .
Visite du grand féticheur de Tshumbiri. — Quelques jours après celui-ci se présenta avec Ibaka, suivi d’une foule cette fois considérable de gens armés de lances. Tous les fusils avaient été laissés au village. Ibaka, qui me rapportait l’Albini volé, 3on frère et moi prîmes place
sous la véranda de la station. La foule faisait cercle autour de nous. J’observai l’avocat choisi par Ibaka. Ce vieux frère n’était autre que le puissant féticheur voisin. Il semblait assez hésitant à commencer son discours. Je le désemparai un peu en lui coupant la parole, au moment oh il s’apprêtait à faire l’historique de l’arrivée des blancs dans le pays, depuis la première traversée de l’Afrique par Stanley en 1877. A la grande joie de l’assemblée, je fis remarquer que cette histoire je l’avais entendue cent fois, et <qu’il était inutile de venir de Tsliumbiri pour me la resservir, qu’il semblait plus intéressant d’en arriver droit au fait. Était-ce dépit, colère ou autre chose, notre orateur prit aussitôt le taureau par les cornes, et voulut porter un grand coup, celui qui devait me terrasser. Il débuta par déclarer, en me désignant du doigt, que le blanc qui était là devant lui était l’esclave de Boula-Matari. Je ne lui en laissai pas dire davantage et l’arrêtai net. Je saisis la sonnette servant au rassemblement de mes hommes et répondis que je n’avais pas à me préoccuper des appréciations d’un homme étranger à Bolobo, et que je faisais fi de ses insinuations méchantes. Je demandai si un esclave était à même de faire venir en un instant à son appel autant de braves guerriers ? Ce fut une rumeur de protestations dans toute l’assemblée, (qui me proclama le plus grand des chefs. Chose curieuse et (qui me surprit, cette nombreuse réunion, qui semblait présager des discours et des discussions sans fin, se termina brusquement sur cette constatation. Fut-il pris par la peur, ou connut-il la honte de la défaite? le grand féticheur montra une hâte fébrile à se retirer. Et Ibaka, se levant à son tour, me prit les mains, les serra avec toute l’affection apparente qu’il put y mettre, en ajoutant que tout était oublié, et que plus jamais une ombre ne passerait entre nous. Il en fut ainsi par la suite. Il me sut d’ailleurs grandement gré, des négociations continuelles
que j’eus avec les autres chefs qui voulaient s’affranchir de son autorité et lui suscitaient à toute occasion des difficultés. Mais toujours avec la plus grande impartialité possible, j’intervins entre les parties, cherchant à tenir la balance égale entre tous. L’année 1884 s’écoula ainsi pour moi calme et heureuse au milieu de ces fortes populations Bayanzi. J’en ai gardé le souvenir comme de l’une des plus belles de ma vie.
Les hostilités chez les indigènes. — J’ai fait allusion, dans ces dernières pages, aux querelles continuelles qui divisaient les indigènes. Rarement les hostilités éclatent brusquement, elles sont le plus souvent précédées de réunions où les parties exposent leurs griefs réciproques. Les guerriers, en grand apparat, assistent nombreux à ces palabres. Les chefs, leurs féticheurs et les notables sont installés en groupes, séparés par parties engagées dans le différend. Les guerriers, placés en large cercle, forment également autant de groupes distincts. Prennent part aux délibérations, outre les antagonistes, leurs amis dont les avis sont très écoutés. Un premier orateur expose d’abord les faits de la cause, autant que possible au point de vue objectif. Puis les avocats de l’autre partie font valoir leurs arguments. L’orateur est debout et chaque argument est représenté par un bâtonnet qu’il jette à ses pieds. Après une période décisive, les guerriers dont il est l’organe reprennent avec ensemble la dernière phrase prononcée et la font suivre d’expressions consacrées, qui signifient tantôt qu’ils veulent la guerre, tantôt qu’ils penchent pour la paix. Souvent le groupe adverse répond par des cris stridents qui imitent ceux que poussent les guerriers pendant le combat. L’effet de ces réunions est impressionnant, et ce qui tend à en relever le caractère, c’est que pendant que les orateurs exposent leur thèse, il est
COUTEAUX BAYANZI.
le plus formellement interdit d’interrompre. Aussi le silence est-il absolu et la voix de l’orateur domine nettement l’auditoire. Quand le conflit semble devenu inévitable, les effets oratoires tendent essentiellement à impressionner ceux qui ne sont pas parties au conflit, afin de se ménager des alliances. Car avant l’ouverture des hostilités, les efforts porteront de ce côté. Suivant que la cause sera jugée bonne ou mauvaise par l’opinion publique, les alliances seront facilitées par sa plus ou moins grande popularité. Mais les passions, les amitiés jouent aussi un grand rôle, souvent le rôle dominant. Ceux qui doivent rester étrangers au conflit proclament très liaut leur neutralité, bien que certains conservent une neutralité armée et opportuniste, dont le caractère se liera aux événements.
11 se contracte parfois des alliances singulières; j’ai vu un chef, combattu dans ses sentiments, qui divisa ses guerriers en deux parties égales, afin de les répartir entre les deux camps ennemis. Ces frères se battaient avec conviction et se considéraient momentanément comme des ennemis acharnés. Quand ce chef me fit part de cette particularité, je ne voulus le croire qu’après avoir constaté de visu , sur le champ de bataille même, cette situation extraordinaire. 11 ne comprenait évidemment rien à mon étonnement, trouvant parfaitement naturel de partager ses guerriers entre deux de ses voisins pour qui il éprouvait une égale amitié. C’était pour lui d’une logique irréfutable.
Les hostilités éclatent spontanément ou immédiatement après les palabres de guerre. Dès qu’elles sont décidées, les guerriers s’affublent des oripeaux les plus divers : il importe d’apparaitre à l’ennemi comme un être fantastique, d’aspect terrifiant et, après avoir jeté la terreur dans son âme, de profiter d’un premier moment de stupeur pour le vaincre. Les guerriers se coiffent de bonnets ornés de plumes; le corps est enduit de terre de diverses
nuances; les pieds et les jambes jusqu’aux genoux sont blanchis et portent des lignes transversales ou longitudinales de couleur rouge; les cuisses et le dessus du corps sont noircis au charbon de bois pilé, avec des dessins blancs sur la poitrine; la face est également bariolée, les yeux entourés de cercles blancs, rouges et bleus et l’ovale de l’arcade sourcilière prolongée vers les tempes par des traits rouges ou bleus. Le costume est des plus simples : une bande d’étoffe passant autour des reins et ramenée entre les jambes ; les étoffes européennes sont rejetées de l’appareil guerrier. Les genoux, les coudes et la ceinture sont ornés de colliers de plumes, de peaux de bête et d’amulettes diverses. Quand le guerrier ainsi affublé a pris possession de son bouclier, de son couteau, de sa lance, de son fusil à silex, il se croit en état de défier la terre entière et de vaincre l’ennemi le plus redoutable. Toujours pour semer l’effroi, il poussera des hurlements sans fin, des cris stridents qui s’entendent à des distances considérables, il se livrera à des courses folles, suivies d’arrêts brusques pendant lesquels il brandira sa lance, comme s’il allait frapper l’ennemi. En cet art, ils sont incomparables, s’y exerçant dès l’enfance. Certaines danses sont empruntées aux rites guerriers et ce ne sont ni les moins remarquables ni les moins prisées par les indigènes. L’art de la guerre est en grand honneur chez eux et la bravoure est chantée par les bardes indigènes. Les funérailles d’un indigène réputé pour sa bravoure à la guerre, sont entourées d’honneurs spéciaux. Il est de la plus haute importance pour les chefs indigènes d’entretenir semblable tradition.
Tous les préparatifs préalables à la bataille font partie des hostilités. Déjà les indigènes en s’y livrant simulent entre eux des luttes, des corps-à-corps, remontent leur courage par de nombreuses libations, de telle sorte que finalement ils se ruent au combat ivres de malafu autant que de
carnage. Leur état de surexcitation est extrême : à les entendre, ils vont accomplir des actes d’un héroïsme insoupçonné jusque-là. Les raisons souvent futiles de ces conflits n'apparaissent plus un instant à leurs yeux, et ces guerriers sont bien des barbares sans foi ni loi, assoiffés de sang humain.
Mais le gong résonne appelant au combat. De part et d’autre, l’ennemi a mis quelques sentinelles dans la futaie qui entoure le village. L’une d’elles trouvant un arbre à sa portée y grimpera, s’en servira non seulement comme poste d’observation, mais cherchera, si la distance ne l’interdit pas, à engager la conversation avec l’ennemi semblablement posté lui lançant des injures grossières, accompagnées de bravades et de défis. Les adversaires pendant ce temps passeront quelques hommes isolés, dans les herbes, les plantations et, se dissimulant, ils chercheront à surprendre l’ennemi. Malheureusement, à la première alerte, le doigt pressera précipitamment la détente, et le combat se trouvera engagé, très timidement d’abord, à distance, de manière à être absolument inoffensif. Il faudra parfois une seconde journée pour enflammer les courages et pour que les guerriers s’aventurent délibérément hors du rayon immédiat de leurs villages. C’est seulement à ce moment que le combat s’anime et que les guerriers s’abordent, bien que le plus souvent ces rencontres soient toutes fortuites, la tactique consistant à se dissimuler, à abattre l’ennemi avant qu’il ait pu reconnaître son adversaire. Pour engager l’ennemi à se découvrir quand le combat semble traîner, les plus hardis s’élancent au-dessus des herbes en brandissant leurs armes, mais ce sont là des apparitions trop fugitives pour permettre à l’adversaire d’en profiter. Ces silhouettes humaines apparaissant un instant comme suspendues entre ciel et terre, ne manquent pas de donner au spectacle un aspect très.
pittoresque et aux combattants un air de crânerie, qui au fond n’est qu’apparence. Ce n’est que dans des cas exceptionnels, quand les passions sont réellement surexcitées, surtout quand le chef est directement en cause, que celui-ci par une apparition sur le champ de bataille détermine une mêlée générale ; parfois aussi quand les adversaires sont de
INDIGÈNE S'EXERÇANT AU TIR A l’aRC.
tribus différentes, les engagements deviennent très meurtriers. Sinon, la mise hors de combat d’un seul homme donne généralement prétexte aux ouvertures de paix. 11 ne faudrait cependant pas plaisanter le Bayanzi sur sa bravoure; il ne badine pas sur ce sujet.
Chacun des combattants vise à abattre un adversaire, pour se ruer sur lui et emporter la tête dans son village. C’est
pour empêcher la conquête de ce trophée qui constitue l’indice certain de la victoire, que des mêlées se produisent parfois, amenant des pertes sensibles des deux côtés. C’est alors une vraie calamité, qui dans les villages transforme le plaisir de la guerre et les joies qu’il entraîne, en un deuil général. Et cela se conçoit aisément, car on ne peut se figurer la futilité ordinaire des prétextes à conflits armés. De commun accord, les Bayanzi fixaient à la saison sèche, celle où les commerçants sont rentrés, le moment de vider la querelle, trouvant que les opérations étaient plus imposantes quand les partis pouvaient mettre plus d’hommes en ligne. Ils combattent ainsi sans haine véritable et à une date convenue longtemps d’avance comme ils se livreraient à un sport. La cessation des hostilités donne lieu à de nouvelles palabres, à des danses, à des cérémonies diverses, tous prétextes à des beuveries nouvelles. Puis il y aura des amendes infligées, la générosité du vainqueur est certaine. Toutes ces joies sont escomptées naïvement par ces grands enfants terribles, dès qu’ils ne sont plus sous l’influence des excitations mauvaises provoquées par la boisson et des cérémonies dont on a soin d’entourer les intrigues ourdies par les féticheurs sous l’inspiration des chefs et de leurs conseillers.
Toutes ces manifestations, je les ai vues se dérouler sous mes yeux, pendant plusieurs années, et j’étais entré à un tel point dans l’intimité des Bayanzi, qu’ils n’éprouvaient aucune gêne à se livrer en ma présence à toutes les pratiques de leurs mœurs si bizarres et parfois si cruelles. Sur le champ de bataille, je parcourais' le terrain parmi les guerriers rampant en quête de l’ennemi, et il m’est arrivé que l’un d’eux me questionnât sur la situation occupée par l’adversaire, alors qu’en même temps un ennemi blotti tout près me posait la même question. A la paix, à leur grande joie je le leur contai, car ils ne s’étaient pas un instantdoutés qu’ils avaient couru un danger aussi imminent.
COUTEAUX BAYANZI.
Combats navals. — Quand les villages étaient éloignés, et que le combat de terre ne donnait pas de résultat décisif, ils opéraient aussi par eau. Ces combats navals étaient très sérieux, car les pirogues cherchaient à s’aborder, se croisaient, et faisaient feu de tous leurs fusils à toute occasion propice. A distance, les pirogues liasses sur l’eau ne s’apercevaient guère, et les guerriers dans leur accoutrement bizarre poussaient leurs cris stridents se répercutant sur l’eau, ressemblaient à des fantômes diaboliques. Parfois aussi des flottilles entières, armées en guerre, descendaient la rivière ou la remontaient pour aller combattre chez les tribus Bayanzi voisines. Au retour, l’on chantait les exploits mémorables, tandis qu’en cadence les pagaies fendaient l’eau.
Le retour du capitaine Hanssens. L’ occupation du haut Congo. — Enfin Ibaka allait avoir l’occasion de présenter ses doléances an capitaine Hanssens. Le 1er août, en effet, celui-ci couchait à Bolobo, de retour de son voyage aux Stanley-Falls. Il savait que j’avais eu des démêlés dont je lui exposai la nature. Il me félicita de mon initiative, de la décision montrée en une circonstance délicate, et surtout de la tournure que j’avais fait prendre aux événements. Notre situation naguère si précaire à Bolobo s’était tout àfait affermie. Les indigènes savaient enfin qu’ils pouvaient compter fermement sur l’appui du blanc et que sa présence ne constituait une menace pour personne. Aussi Ibaka reçut du capitaine Hanssens un accueil qui le décida à ne pas s’étendre sur ses démêlés avec moi. 11 en fut question très brièvement et le vieux madré, pour un peu, aurait déclaré que j’avais agi au mieux de ses intérêts. Cette fois, l’arrêt du capitaine Hanssens à Bolobo devait être de plus courte durée encore qu’à la montée. Mais il me demanda en grâce que je voulusse bien l’accompagner à Léopold ville.
11 désirait, en effet, à cause de ses relations tendues avec le capitaine Sauley, ne pas se trouver sans témoin en présence de l’officier anglais. Les relations de service devaient cependant se poursuivre, et il importait surtout que les intérêts supérieurs fussent sauvegardés malgré les contl its d’ordre personnel. C’est dans ce but qu’il me pria de lui