PIROGUES DE COMMERÇANTS 13AYANZI DESCENDANT LE FLEUVE
servir d’intermédiaire à Léopoldville dans ses relations avec Sauley. La perspective de passer quelques jours en conversation avec le capitaine Hanssens, causeur disert et charmant, autant qu’observateur réfléchi, me causa une joie sincère. J’allais aussi revoir Léopoldville. Pour faire ressortir les inconvénients de l’organisation laissée derrière lui par Stanley, il me suffira de signaler que le capitaine
Hanssens, chef de tout le haut Congo, ayant sa base d’opérations à Léopoldville, n’avait aucune action sur l’officier qui y commandait. Celui-ci échappait complètement à son contrôle, alors que le sort de toute l’expédition dépendait dans une large mesure de son activité et de son bon vouloir.
Le capitaine Hanssens me confirma la fondation des Bangala. Aux Stanley-Falls, il avait laissé le lieutenant Wester avec Courtois. Amelot était malheureusement décédé. Sous le premier chef des Stanley-Falls, le mécanicien anglais Benni à qui Stanley avait, à cause de circonstances fortuites, ainsi que nous l’avons dit, confié le commandement de l’important centre arabe, le blanc n’avait laissé qu’un bien mauvais souvenir. Benni, à la descente du fleuve, pour échapper à la justice des hommes, se suicida à Irebu. L’bistoire de l’occupation du haut Congo restera, malgré cette tache, une des pages les plus glorieuses et les plus pures de la conquête du Congo.
Hanssens laissa également trois Haoussas à Basoko, à l’embouchure de l’Aruwimi, pour occuper ce point. Mais j’appris par la suite, qu’une heure après le départ de l’expédition, les indigènes violant la parole donnée, massacrèrent nos hommes et les mangèrent.
Une visite à Léopoldville. — Dès mon arrivée à Léopoldville, j’allai saluer le capitaine Sauley. Il me reçut très aimablement, et sembla vouloir me réserver tous les bons procédés dont il s’était montré si avare envers les Belges et plus spécialement envers mes camarades de l’armée. Je lui exposai aussi la raison de ma présence à Léopoldville, et bien que le sujet de cette conversation offrît plus d’un aspect délicat et dangereux pour nos rapports futurs, il se déclara au contraire enchanté du rôle qui m’était dévolu. Par la suite, l’accueil que je reçus de lui fut toujours parfait, bien que je ne cherchasse guère à le rencontrer en
dehors du service. Très heureusement, le commandant en second de Léopoldville, le lieutenant de marine Anderson, était tout dévoué aux Belges et prêt à payer de sa personne pour assurer le bien général. Et comme il était chargé de l’approvisionnement du haut Congo, sa bonne volonté et son dévouement nous furent précieux.
Retour à Bolobo. — J’étais à peine à Léopoldville, que l'inaction me pesait, et que j’avais hâte de retourner dans le haut Congo. Les nouvelles reçues par le capitaine Hanssans n’étaient pas de nature à lui donner satisfaction. Comme son terme de service était expiré et qu’il laissait les stations du haut Congo en bonnes mains, il prit la résolution de rentrer en Europe, s’il n’obtenait du colonel de Winton les satisfactions auxquelles il aspirait, et qui n’étaient que légitimes. Il s’arrangea pour quitter Léopoldville à destination de la côte, de façon cà faire coïncider mon départ avec le sien. Plus tard, j’appris que le capitaine Ilanssens ayant obtenu gain de cause auprès de Francis de Winton, avait décidé de reprendre le chemin du haut Congo, afin de visiter encore les Stanley-Falls avant de rentrer en Europe. 11 avait trop présumé de ses forces, et tà peine eut-il pris cette décision qu’il mourut à Vivi, le 28 décembre 1884, emporté après quelques jours de maladie. Ce fut une perte immense pour notre œuvre. Nous autres Belges la ressentîmes particulièrement, car cette belle figure représentait à nos yeux l’élément national dans la haute direction de l’Association.
.Te quittai Léopoldville au début de septembre 1884 à bord de Y En Avant, sur lequel avait également pris passage M. Casman, qui était désigné pour être attaché à la station de l’Equateur.
J’avais reçu pour instructions de conclure des traités avec certains chefs de la rive gauche du Congo, spéciale-
nient dans le voisinage de Tshumbiri où l’action française continuait à s’exercer. Nous touchâmes également à Ganclm, sur la rive droite du fleuve, d’où de Brazza était parti naguère pour conclure avec le fameux Makoko, soi-disant chef suprême des Batéké, le traité qui fut si vivement opposé à l'Association internationale africaine, comme le titre de la France à la possession de la rive gauche du Congo.
L’En Avant marchait à très faible allure. Non seulement, il était surchargé à l’excès, mais il avait encore en remorque deux allèges bondées à couler de noirs et de marchandises. Tout le ravitaillement des stations en amont de Léopoldville, et elles devenaient chaque jour plus nombreuses, se faisait à l’aide de nos trois petits vapeurs, ainsi que de baleinières à rames, manœuvrées par des Zanzibarites.
Augmentation de la flottille du haut Congo. Mise en service du vapeur « Stanley ». — Ces modes de transport étaient lents et devenaient absolument insuffisants. La Direction à Bruxelles avait senti le danger de cette situation à laquelle il était grand temps d’aviser et décida de renforcer la flottille du haut Congo par un vapeur de 35 tonnes, le Stanley.
Le transport de cette masse à travers la région des cataractes apparut à l’époque comme un exploit prodigieux. M. Valcke et le lieutenant Georges Lemarinel assumèrent cette tâche rude et ingrate. En présence des difficultés de transport, on avait imaginé de décomposer l’embarcation en sections étanches, dont chacune était placée sur un chariot à roues d’un diamètre considérable. On se proposait de mettre ces sections à l’eau à Issanghila, d’en effectuer l’assemblage et de faire naviguer le vapeur entre Issanghila et Manyanga. Il en fut ainsi, mais on s’aperçut tout de suite que la navigation était fort dangereuse et, après
des péripéties assez mouvementées, on dut reconduire le vapeur à la rive, le démonter et en effectuer le portage par la rive gauche du Congo. Celle-ci était moins accidentée que la rive droite, plus peuplée peut-être, et les populations semblaient y admettre plus facilement le lourd labeur du portage. Dès ce moment, on vit l’effort du