‹ CongoChapitre 25 sur 39 · ROUTE DE CARAVANES · texte numérisé non relu

ROUTE DE CARAVANES

son monde, était campé à Matadi et que, malgré tous nos efforts, il ne serait pas aisé d’acheminer rapidement vers le haut l’énorme quantité de charges nécessaires à une expédition d’une envergure pareille.

J’eus hâte d’aller saluer Stanley. Il savait que j’avais reçu pour mission de l’aider à gagner le plus rapide-

ment possible l’Aruwimi. Nous échangeâmes nos vues à ce sujet, mais plus nous approfondissions le problème, plus la situation se révélait difficile. Il ne convenait cependant pas de se livrer au découragement; d’ailleurs, nous ne connaissions pas dans tous leurs détails les ressources dont on pourrait disposer et, notamment, nous ne possédions que des renseignements vagues quant au matériel fluvial disponible à Léopoldville. Je devais quitter Matadi dès le lendemain, et Stanley, pour stimuler mon zèle, me prédisait qu’il serait avant moi à Léopoldville. Le lendemain matin, au départ, le célèbre explorateur vint me serrer la main en me souhaitant good luck. Je me souviens qu’il me fit cadeau d’une lance de derviche destinée à me servir de bâton de voyage.

Tout ce que je dirai de cette route de la rive sud, c’est qu’elle était considérablement plus accidentée que celle de la rive nord, surtout dans ses premières étapes.

Nous ne dûmes pas nous attarder à Lukungu, car M. Dannfelt, le lieutenant suédois qui y commandait, mit à notre disposition une caravane de Cafres, porteurs dociles, qui, étant au service de l’État, ne cherchaient pas à nous créer des ennuis. Le portage sur cette route s’était considérablement développé depuis un an, et le service des ravitaillements du haut Congo était suffisamment assuré. On ne s’effrayait plus trop à l’idée d’avoir à transporter les nombreux colis, parfois bien pondéreux, qui entraient dans la composition des vapeurs que le haut Congo réclamait impérieusement. M. Dannfelt s’était réellement identifié avec le service du portage et, comme s’il voulait réserver tous les porteurs aux autres, sachant combien ils étaient précieux, c’est à peine s’il y avait recours en ce qui le concernait personnellement. Il parcourait le pays en tous sens, sans se soucier d’emporter ni campement, ni caisses de

vivres : il bivouaquait là où la nuit le surprenait et installait ses fourneaux parmi ceux des indigènes, se contentant de la nourriture habituelle du noir. Il s’était donné corps et âme à l’œuvre congolaise et on peut dire qu’il est tombé, après douze années d’efforts admirables, victime du devoir et de son dévouement à la cause de l’humanité. Il avait acquis sur les indigènes de la région des cataractes un ascendant extraordinaire et nous tous qui l’avions vu à l’œuvre, avions conçu pour lui une estime profonde.

Comme quoi pour récolter il faut semer. — M. Dannfelt faillit devenir un grand producteur de riz. Ayant reçu quelques kilos de semences de cette graminée, il calcula ce que pouvait produire la récolte. Les résultats annoncés furent très appréciés et considérés comme sûrement acquis, à telle enseigne qu’on lui envoya de Bruxelles des milliers de sacs pour emballer la récolte. La suite ne répondit pas aux espérances qu’avait fait entrevoir M. Dannfelt et il eut à s’expliquer. Il reconnut, un peu confus, qu’à un moment de famine, le riz avait été mangé au lieu d’être semé. C’est la première histoire du genre, parmi celles d’autres cultures magnifiques enlevées par les tornades, détruites tantôt par les hippopotames, tantôt par les éléphants. Mais celle de Dannfelt est restée légendaire, et son rappel ne peut aucunement porter atteinte aux mérites considérables de ce brillant officier. Il était d’ailleurs le premier à en rire, et plus d’une fois, il en fit lui-même le récit, non sans une certaine malice.

A Léopoldville. Les préparatifs de V expédition de Stanley. Incidents. — C’est avec joie que je revis Léopoldville. .l’y trouvai d’excellents camarades, notamment le lieutenant du génie Georges Lemarinel. Celui-ci, après avoir accompli des prodiges au transport des lourdes pièces

du Stanley et avoir été attelé à la tâche ingrate du développement des transports à Lukungu, avait été chargé de la direction de Léopoldville, où il fallait toutes les ressources d'un homme de son énergie pour maintenir une situation sans cesse menacée par la famine. Après être resté quelques jours avec moi, et tout en m’offrant de me seconder aussi longtemps que je l’aurais cru utile, le lieutenant Lemarinel qui, après un aussi rude labeur, avait droit au repos, me

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