ÉGLISE DE LA MISSION PROTESTANTE A LÉOPOLDVILLE
des chaloupes, remorquant des baleinières en acier. Les grands vapeurs déposent leur chargement aux dépôts judicieusement établis le long des rives du Congo, où les petites embarcations viennent prendre les ravitaillements destinés à l’intérieur, et apportent les produits des régions éloignées des rives du grand fleuve. Ce système fonctionne à la satisfaction générale, et comme les rivières courent parallèlement les unes aux autres, à des distances relativement peu éloignées, le portage imposé aux populations est réduit à bien peu de chose.
J’initiai encore mon successeur à la connaissance des mœurs indigènes, je lui présentai les chefs des environs que je convoquai à la station et nous visitâmes ensemble les villages. Nous décidâmes aussi de nous rendre à bord de Y En Avant dans le Kasaï, pour visiter le district dans ses parties les plus éloignées et aussi pour inspecter les marchés que j’y avais organisés naguère afin de nous procurer le petit bétail nécessaire à l’alimentation du personnel de Léopoldville. Dans les débuts, c’était surtout la chasse à l’hippopotame qui alimentait la table de Léopoldville, mais la chair de ce pachyderme est assez indigeste et il n’est pas bon d’en faire son ordinaire. C’est pourquoi, pour varier la nourriture, mes efforts s’étaient tournés vers le Kasaï, où je m’étais rendu pour organiser moi-même les marchés. Les vapeurs y passaient chaque mois et revenaient avec un nombre très suffisant de chèvres et de volailles.
Ce vo3rage fut encore mis à profit pour visiter les maisons de commerce et les missionnaires établis le long des rives.
Les maisons de commerce en 1889. — Les maisons de commerce installées dans le haut Congo au début de 1889 se bornaient à la maison hollandaise et à la Sandford Exploring Expédition C°, encore en étaient-elles à leurs
débuts. Elles n’avaient pas encore fondé de comptoirs en amont du Stanley-Pool.
Il était intéressant de présenter M. Greshoffà mon successeur. L’entrevue fut d’ailleurs des plus courtoise et étonna fort l’ingénieur Van den Bogaerde, car elle présentait un singulier contraste avec l’impression laissée par la lecture des lettres officielles échangées avec ce commerçant. Rien n’est plus malaisé que de maintenir une ligne de conduite vis-à-vis d’une personne qui, dans ses relations officielles, obéit à un ressentiment personnel et cherche à prendre l’autorité en défaut. La lutte reprit de plus belle après mon départ, à telle enseigne, que son auteur dut être frappé, à un moment donné, d’un arrêté d’expulsion. Mais, je l’ai dit, le revirement fut complet et sincère par la suite.
Les principaux missionnaires étaient les Rév. Grenfell, Combes et Bentley, do la Mission baptiste anglaise, et les Rév. Bellington et Sims, delà Mission Baptiste américaine. Ces premiers missionnaires protestants étaient généralement bien supérieurs par l’éducation et l’instruction à ceux qui les suivirent au Congo.
Les missionnaires anglais étaient installés à Kinshassa, tandis que les Américains étaient établis à Léopoldville même, Sims à la rive, et Bellington à droite de l’aboutissement de la route des caravanes. Ils songeaient à créer les bases de leurs entreprises en amont et ils réalisèrent peu après leurs projets, Grenfell, en s’installant à Bolobo, Bellington à Tslmmbiri. Grenfell était absorbé par ses voyages de découverte, bien qu’il mît à la disposition de sa mission les renseignements précieux de tout genre qu’il recueillait en vue de l’extension de l’entreprise dont il était le chef incontesté. Mais dans nos entrevues, il s’entretint tout spécialement de ses voyages, et on sentait que les découvertes auxquelles il avait attaché son nom le passion-
liaient. Sims était médecin, en même temps que missionnaire, et il connaissait admirablement le traitement des fièvres et des affections tropicales. Il était au surplus fort dévoué, très serviable et il prêta une assistance précieuse à plus d’un Européen. Les missions étaient bien organisées au point de vue du confort intérieur; elles disposaient des vastes ressources mises à leur disposition par les associations religieuses en Angleterre, et recevaient aussi des dons importants. Le Henry Reed , de la mission Bellington, rappelle le nom du généreux donateur de ce vapeur. Des secours de moindre importance affluaient sans cesse à ces missions protestantes.
Elles ne comptaient alors que le personnel indigène indispensable pour assurer les travaux : charpentiers, forgerons, boys. Préoccupés du souci non dissimulé de se créer un home confortable, les missionnaires ne se livraient guère au prosélytisme dans le haut Congo. Tout au plus avaientils à la mission quelques jeunes noirs qui vivaient plus directement dans l’intimité des missionnaires, et dont ceux-ci se servaient pour noter les différents dialectes indigènes- Feu le Rév. Bentley s’était spécialement consacré à l’étude des langues indigènes, et les travaux linguistiques qu’il a publiés sont réellement remarquables. Il a été puissamment secondé dans ses études par Mme Bentley qui continue, à l’heure actuelle, la publication des travaux de son mari.
L’entreprise fondée au Congo par l’évêque américain Taylor, sous la dénomination de Bishop Taylor' s Self Supporting Mission, mérite une mention spéciale. Comme le nom l’indique, il s’agissait de missionnaires qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes pour développer leur institution et assurer leur entretien. L’évêque Taylor annonça ses projets à grand fracas; il devait réaliser des prodiges par les méthodes qu’il avait conçues. L’arrivée de