‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 19 sur 112 · CS · texte numérisé non relu

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avait rétrogradé, la section, sur la proposition de deux autres de ses membres, adopte le paragraphe additionnel suivant :

« La section émetle vœu que les honorables confrères qui ont obtenu « des résultats favorables de l'emploi des moyens médicaux, fassent « connaître en détail les moyens qu'ils ont mis en usage, et que leurs « expériences soient renouvelées à l'Institut ophthalmique du Brabant.»

Quant aux deux autres paragraphes, la section en propose l'adoption sans modification. (V. aux Annexes le procès-verbal de la séance.)

M. Le Présienr. La discussion est ouverte sur la première question soumise à la 3° section et sur la réponse que celle-ci propose d'y faire.

M. Quapri (Naples). Il parait que la section regarde comme insuffisantes les expériences qui ont été faites par deux membres du Congrès, et auxquelles j'ajouterai les miennes et celles de M. Pugliatti, relativement à l'emploi de l’'ammoniaque sur les tempes pour le traitement de la cataracte. J'ai fait des essais et je n'ai pas toujours réussi. Mais dans quelques cataractes bien constatées, commencçantes, j'ai vu, à l’aide de l'emploi de ce médicament, la cataracte suivre un mouvement rétrograde. |

Je crois que l'ouvrage publié par un Italien, M. Pugliatti, et les expériences de deux membres du Congrès mériteraient un peu plus de respect que ne leur en témoigne la section.

M. Tesreuw (France). La section a tellement tenu compte des assertions émises par deux de ses membres, qu'elle à introduit à leur intention un paragraphe tout spécial dans ses propositions.

Ces membres ont prétendu avoir obtenu, non la guérison, mais une amélioration de la cataracte par l'emploi de Pammoniaque, et dans le cours de la discussion assez longue que nous avons eue, on a cité des expériences qui n'ont pas paru suffisantes; quant à celles de M. Pugliatti, elles sont pour moicomme non avenues, et je vais en expliquer la raison.

M. Pugliatti s'appuie sur deux genres de preuves : sur des expériences qu'il a faites sur des cadavres, et sur celles qu'il a faites sur le vivant. Dans les expériences faites sur le cadavre, il a appliqué sur les tempes des acides concentrés, etil a obtenu par ce procédé la coagulation du cristallin. J'avoue que cela m'a paru excessivement étrange eta renversé toutes les idées que je m'étais faites sur les lois de l'imbibiion. Le chemin à parcourir entre la tempe et le cristallin me paraît immense ; il y a là un bien grand nombre de membranes à traverser. Ensuite, quand cette expérience aurait réussi, je trouve que l'argument à en tirer serait de peu de valeur, et voici pourquoi : je crois que si quelqu'un proposait de faire des applications d'éther sur lhypocondre droit, parce que, sur le cadavre, la bile transsude à travers la vésicule biliaire, personne ne prendrait la chose au sérieux.

J'ai eu la naïveté de répéter les expériences de M. Pugliatti. Je n'ai 5)

pas trouvé décrite la manière dont 1l procède, mais voiei ce que j'ail fait : sur le cadavre d'un enfant de dix ans,-j'ai appliqué à la tempe une compresse imbibée d'acide sulfurique. J'ai pris un verre de montre très creux, je l’ai rempli du même acide, et je l'ai appliqué sur la com-« presse, pour que l'acide füt remplacé à mesure qu'il s'infiltrait.

Sur l’autre tempe j'ai fait la même opération avec l'acide nitrique, et au bout d’un temps très prolongé aucune coagulation du cristallin ne s'était opérée. Non-seulement aucune coagulation ne s'était opérée, mais l’action de l'acide s'était étendue très peu profondément.

La seconde expérience a été faite sur le cadavre d'un adulte. II était fort amaigri; il avait les tempes très creuses. Après les avoir“ entourées avec une matière grasse pour obtenir une cavité qui se, prolongeàt jusqu à l'angle externe de l'orbite, j'ai versé dans ce creux au moins deux onces d'acide sulfurique. M. Lanthier, interne au Grand Hospice, a fait faction pendant cinq heures, et a renouvelé l'acide à mesure qu'il s'évaporait, et Je déclare que cette fois encore l’action de l'acide sur le cristallin a été complétement nulle.

Mais les expériences de M. Pugliatti ont été répétées par M. Alquié de Montpellier, et la manière dont 1l a procédé explique peut-être la « différence entre les assertions de M. Pugliatti et les miennes. Il a appliqué les compresses sur les paupières : or, sur le cadavre, la cornée est aussi perméable qu'un crible. Ainsi, J'ai fait tomber quelques soultes d'acide sur la cornée, et à l’mstant même la coagulation du cristallin s’est produite. Il est à craindre que M. Pugliatti n'ait commis quelque erreur de ce genre, ou n'ait procédé comme M. Alquié.

Ce premier ordre d'arguments me paraît donc complétement renversé. J'arrive aux expériences faites sur le vivant. 1

J'ai vu dans le traité de M. Desmarres trois observations rapportées; mais je déclare que, selon moi, le diagnostic, dans ces observations, n'est pas suffisamment établi. Je vais plus loin : ilen résulte que M. Pugliatti parait ignorer complétement qu'il existe dans la science des moyens propres à diagnostiquer sürement la cataracte. Jamais il ne s’est donné la peine de dilater la pupille avec la belladone pour voir « le cristallin dans son entier ; jamais il ne parle de l’état de la pupille ; il ne sait pas dire si l’'ammoniaque a ‘dissous le eristallin ou s'il l'a rendu de nouveau transparent, et cependant chacun sait qu'il suffit d'approcher une bougie d’un œil pour pouvoir reconnaître s'il renferme ou non un cristallin.

Me renfermant done dans la discussion du programme : je dis qu'il n'y a pas là de faits suffisamment évidents. |

Je dois ajouter ceci : dans le sein de la section, M. Didot a rapporté : ce fait : « J'ai traité une dame qui avait une cataracte commencçante; je « Jui ai fait des applications d'’ammoniaque, et, au bout de quinze jours, « l'affection s'est étendue aux deux cristallins, à ce point que je me

« suis fait un reproche d'avoir employé ce moyen; j'ai craint d'avoir « été l’auteur de l'opacité. »

J'apporterai aussi un fait personnel. J'ai donné des soins à une dame qui avait une névralgie faciale très intense, très opiniätre; je lui ai, sur ses pressantes instances, appliqué plus de deux cents vésicatoires à l'ammoniaque. Mais il s'est présenté cette coïncidence bizarre qu'une cataracte a commencé à se développer sur un œil. Je venais de lire le mémoire de M. Pugliatti, qui d'abord, je l'avoue, m'avait séduit. J'ai done eu recours à son procédé, et il est arrivé que la cataracte, qui existait sur le premier œil, s'est déclarée également sur le second.

Voilà la réponse que j'ai à faire aux observations de M. Quadri :

Si M. Quadri nous donnait des observations plus détaillées, rédigées de facon à faire connaître d’une manière préeise l'état de l'œil, et s'il résultait de ces faits qu'il y a réellement eu diminution de la cataracte, nous pourrions discuter son opinion. Mais, je le répète, dans l'état de la question, la section ne pouvait rien proposer de plus précis. La section ne dit pas qu'il est impossible de faire rétrograder ou d'arrêter une >ataracte, mais elle vous propose de répondre que, dans l’état actuel de la science, et en présence des observations qui ont été produites jusqu à nos jours, il n’y a pas de fait qui démontre qu'une cataracte

ait rétrogradé ou se soit arrêtée dans sa marche, sous l'influence d'un traitement médical quelconque.

M. Desmarres (France). J'avais l'intention de vous parler des expériences de M. Pugliatti; mais M. Testelin vient de vous en dire assez pour que vous puissiez les apprécier. Si on lit ces observations, on reconnait bientôt qu’il s'agissait là, non de cataracte véritable, mais d'exsudats plastiques fixés sur la capsule du eristallin.

J'ai fait, commeM.Testelin, des recherches pendant une année entière sur l'emploi de l'ammoniaque; toujours j'ai échoué, jamais je n'ai obtenu la moindre amélioration. Ces expériences ont été faites devant un grand nombre de témoins.

Je crois que le Congrès doit adopter complétement les propositions de son Comité d'organisation, parce que laisser un jour, si petit qu'il soit, à la possibilité de la guérison de la cataracte par un traitement médical, serait une chose vraiment très dangereuse.

Il y à beaucoup de gens qui prétendent guérir la cataracte sans opération, parce qu'ils envisagent comme cataracte ce qui estautrechose.

Voici cependant un fait contradictoire, mais je ne me charge pas de l'interpréter, et je ne voudrais pas qu'on en tirât parti en faveur de l'opinion contraire à celle que je viens d'exprimer.

M. le docteur Debout, rédacteur en chef du Pulletin de thérapeutique français, qui est ici présent, m'a raconté ce fait-ci : une dame vint me consplier pour un commencement de cataracte, et resta ensuite deux ou trois mois sans revenir. Au bout de ce temps, elle vint me

consulter de nouveau; la vision avait considérablement faibli, un œil surtout était complétement pris. Je lui dis que, dans un temps plus ou moins rapproché, elle devrait se soumettre à une opération. Effrayée, cette dame courut voir tout le monde, les médecins et ceux qui ne le sont pas. On lui introduisit dans l'œil, je pense de l'iodure de potassium, et, à partir de ce moment, je ne la revis plus; mais M. le docteur Debout la revit, et il m'a raconté que cette dame, qui précédemment avait tellement perdu la vue qu'elle ne savait plus se conduire, pouvait maintenant lire un journal. Eh bien ! Messieurs, le diagnostic avait été établi sérieusement. Y a t-il eu abaissement spontané de la lentille? Non. Le cristallin était en place ; 1l s'est éclairer, voilà le fait.

M. Risout (Sardaigne). J'ai traité une dame qui présentait tous les caractères d'une personne prise de la cataracte. Je lai obligée à se renfermer pendant cinquante jours dans sa chambre et à ny laisser pénétrer qu'une lumière très faible; je lui ai prescrit des saignées et des émétiques. Au bout des cinquante jours, elle a pu sortir et venir me trouver, et toute l’opacité du cristallin avait disparu.

M. Sicuez. Messieurs, je veux parler de la cataracte lentieulaire , de celle qui arrive spontanément et dont on n’est affecté que quand on a dépassé l’âge de 40 ans; de celle qui, d’après les dernières recherches, est causée par un dépôt graisseux ou calcaire. C'est un symptôme de faiblesse du cristallin. En ce qui concerne cette cataracte, je n'ai jamais obtenu le moindre résultat par aucun traitement médical. Quelquefois j'ai employé l’ammoniaque, et vous n'êtes pas sans savoir, Messieurs, que ce remède a été préconisé dans le temps par vingt ou trente brochures qui circulaient dans Paris : je l'ai employé sans succés.

Je suis arrivé en France en 1829. J'ai fait mes premières lecons en 1852, à l'hôpital Saint-Antoine, et je les ai publiées dans la Gazette des Hôpitaux. Après la publication de quelques-uns de mes articles, Gondret est venu me demander la permission d'assister à mes consultations. Je lui ai demandé de me faire voir ses cures, et je lui ai promis de lui envoyer mes malades atteints de la cataracte. J'ai scrupuleusement tenu cette promesse depuis 1853 jusqu'en 1837, et je lui ai envoyé beaucoup de malades qui payaient largement. J'ai moi-même essayé l'emploi de l’'ammoniaque, et je n'ai rien obtenu; mais Je puis attester que jamais les malades traités par Gondret ne me sont revenus que dans les conditions suivantes : cataracte stationnaire quand le malade revenait tôt, cataracte augmentée quand il revenait plus tard, et souvent ophthalmie épouvantable. |

Voilà, Messieurs, une expérience de trois ou quatre années, qui ne prouve pas en faveur de l’'ammoniaque ni du traitement par les moyens externes, mais qui prouve combien il est dangereux de commettre la médecine honnête, probe, scientifique avec le charlatanisme.

Gondret à dit que je ne guérissais pas la cataracte sans opération, mais que lui la guérissait, et il a fini par me faire savoir qu'il n'avait pas le temps de s'occuper des malades pauvres.

M. Carron du Villards fréquentait avec moi les consultations et les visites de Sanson à l'Hôtel-Dieu, et il fut convenu que Sanson ouvrirait son service à Gondret et que nous assisterions tous trois à ses expériences, mais qu'avant tout traitement il serait constaté s'il s'agissait bien réellement d'une cataracte et à quel degré la cataracte était arrivée. Eh bien, Messieurs, et j'ai publié ce fait dans mon ouvrage : De la cataracte et de l’amaurose, en 1837, lorsque M. Carron du Villards et Sanson étaient encore à Paris. Chaque fois que la cataracte était éviderfte, manifeste, Gondret disait qu'elle était trop avancée, et lorsqu'il disait : « Voici une belle cataracte que je guérirai, » il s'agissait de tout autre chose que d’une cataracte ; de sorte que, quand nous présentions une cataracte à Gondret, il n’en voulait pas, et quand il en choisissait une, nous la lui refusions , parce que ce n'était pas une cataracte véritable. M. Sanson à dit alors qu'il ne pouvait plus permettre la continuation de ce manége , et que, à ces conditions, il ne pouvait plus admettre Gondret à sa clinique.

Comme je viens de vous le dire, Messieurs, j'ai indiqué ces faits d'une manière sommaire en 1837, et c'est alors que Gondret à commencé à m'attaquer. Ces attaques me sont bien indifférentes; mais j'ai cru devoir faire connaitre au Congrès comment procèdent souvent les gens qui ont la prétention de faire des cures impossibles.

Il faut bien le dire, nous avons, dans nos villes comme dans nos campagnes, une foule de confrères qui ne savent pas diagnostiquer une cataracte. Un jour, un médecin m'envoie un malade avec prière d'indiquer un traitement pour sa cataracte. J'examine le sujet et je reconnais quil ne s’agit nullement de la cataracte; j'institue un traitement, et le malade ne tarde pas à être guéri.

Ce que je dis, je le dis uniquement dans l'intérêt de la vérité, dans l'intérêt de la science, et j'aboutis à la même conclusion que M. Desmarres : c'est qu'il est dangereux de donner la moindre prise au charlatanisme. Vous vous rappelez ce que disaient du diable les anciens : Abandonnez-lui un seul cheveu, et c'est par ce cheveu qu'il vous emportera. Eh bien, il en est de même du charlatanisme.

Que nos confrères qui ont fait des expériences continuent leurs essais, el si ces essais produisent des résultats qui ne laissent plus aucun doute, nous pourrons les sanctionner dans un prochain congrès : mais qu'ils donnent le bon exemple, qu'ils immolent leur découverte, si découverte 1] y a, et qu'ils:ne demandent pas qu'on parle d'eux même anonymement, parce que c'est le cheveu qu'on présente au diable. Pour nos confrères de France, je rappelle combien les soidisant médeeins encyclopédistes ont attaqué les spécialités en disant

que c'est un plan incliné par lequel on roule au charlatanisme. J'ai en

tendu dire cela de la bouche d'un professeur de la Faculté, lorsque j'ai défendu devant lui un autre spécialisme. Eh bien! cela est vrai sous certains rapports; car vous voyez ceux qui prétendent guérir la cataracte sans opération se donner comme des spécialistes, tandis que ce ne sont que des charlatans. Gardons-nous de leur prêter le flanc. Dans un acte aussi solennel que la décision d'un congrès, unique jusqu'ici dans son genre, et qui doit rester vierge de tous reproches que pourraient lui faire les médecins soi-disant encyclopédistes, il ne faut pas que l'on pose un faif incertain et qui puisse être invoqué parle charlatanisme. Je reviens à la question dont je me suis peut-être un peu écarté. Je ne suis pas de ceux qui préjugent l'avenir. Peut-êtr® qu'à l’aide du microscope, de l’ophthalmoscope et d’autres inventions, lavenir nous réserve quelque moyen de guérir la cataracte, surtout quand elle n'est que commencçante ; mais, pour le présent, je crois pouvoir dire avec une entière conviction, que J'ai déjà mamifestée à plusieurs reprises dans mes publications, qu'il n'y a pas de moyen de guérir sans opération la cataracte lenticulaire. Je regrette de n'avoir pas apporté avec moi un petit article que j'ai inséré dans le Bulletin de Thérapeutique, il y a quelques années, où j'ai exposé sincèrement l'état de la question et où je suis arrivé à peu près aux mêmes conclusions que le Comité d'organisation, à savoir que, dans une foule de cas, €es soidisant cataractes n'étaient que des exsudats, des dépôts, des commencements d'inflammation de l'iris. Quant à la cataracte lentieulaire , il est possible qu'on ait eu quelques cas de guérison lorsqu elle ne faisait que commencer. J ai vu quelquefois la cataracte lenticulaire s'arrêter et même suivre une marche rétrograde, en ce sens que le malade voyait mieux, même sans l'emploi de la belladone; mais jamais Je n'en ai vu la suppression sans opération.

M. Vaxzern (Padoue). Je n'ai jamais eru pouvoir guérir la cataracte par d’autres moyens que par l'opération. Mais j'ai cru nécessaire d'exposer à la section dans laquelle je m'étais fait inscrire, les résultats des expériences que j'ai faites par l'application de l’'ammoniaque, aux tempes dans les cas de cataraetes molles ou liquides. Je vous prie de croire que ces expériences ont été faites par moi dans un but uniquement scientifique, et nullement dans un but de charlatanisme. Je les ai faites non dans ma pratique privée, mais dans une clinique publique, en présence d'une centaine d'élèves. J'ai tenu des notes très exactes, et J'en ai fait tenir aussi par d’autres personnes que j'ai priées d'assister à ces expériences.

Lorsque j'ai lu dans le journal publié par Rognetta les artieles où il était fait mention des expériences de M. Pugliatt, j at éprouvé quelque étonnenient. J'avais toujours été d'opinion que tous les moyens extérieurs, s'ils sont actifs, le sont par absorption, et je ne comprenais

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pas comment l’ammoniaque appliqué sur la tempe pouvait agir sur le cristallin de l'œil. J'ai donc voulu aussi, dans un but que je dirai uniquement physiologique, voir si réellement je pourrais obtenir par l'application de l’'ammoniaque quelque changement dans un cristallin devenu déjà opaque. J'ai fait des essais au moins sur une quinzaine d'individus, et je puis vous assurer que, au moins sur la moilié d’entre eux, j'ai vu des changements tellement étonnants dans le cristallin, que je ne pourrais trouver d'expression suffisante pour les indiquer. Je me rappelle un enfant de deux ans sur lequel j'ai fait un de ces essais. Il avait une cataracte qui, étant presque laiteuse, l'avait rendu complétement aveugle. Or, par l'application de l’'ammoniaque aux tempes, répétée cinq ou six fois, j'ai pu voir une diminution extrêmement remarquable de cette opacité. Cet enfant, qui auparavant ne voyait absolument rien, pouvait distinguer un peu les objets, et lorsqu'on lui tendait la main, il pouvait la prendre.

Dans d'autres cas, j'ai vu que les parties périphériques du cristallin devenaient beaucoup moins opaques qu'elles ne l’étaient auparavant et qu'il restait seulement un noyau.

Ces expériences ont été répétées, comme je vous l'ai dit, sur un grand nombre d'individus. Sur certains d'entre eux, les effets obtenus mont surpris; sur d'autres, ils ont été nuls. Mais comme ces expériences étaient toujours accompagnées de beaucoup de douleur, parce que j'employais de l'ammoniaque très concentré qui produisait des escarres, et comme je croyais ne pouvoir Jamais arriver à une guérison complète par ce moyen, j'ai cessé de faire des expériences. Mais j'ai lintime conviction que l'ammoniaque appliqué convenablement aux tempes, et appliqué un nombre suffisant de fois, agit sur le cristallin. Cest un fait sur lequel il ne me reste aucun doute.

M. Dinor. Messieurs, les décisions que prend un Congrès, les formules qu'il adopte, doivent être sévères, doivent être concues en termes préeis; pour qu'un fait soit accepté, il faut qu'il soit parfaitement démontré. |

Des, hommes extrêmement honorables, au talent desquels nous nous plaisons à rendre hommage, viennent nous dire qu'ils ônt fait des essais, el que ces essais ont été assez heureux. D'autre part, nous savons que les mêmes essais ont échoué complétement dans les mains d'autres expérimentateurs. Nous devons dès lors nous tenir sur la réserve.

Aux termes de la formule du programme, nous devons nous occuper de l'état actuel de la science. Or, les recherches dont on vous a entretenus n ont pas encore été publiées, elles ne sont donc pas entrées dans le domaine public. Pour nous, elles sont, nous devons bien le dire, à peu près comme non avenues. (Interruptions.)

Je sais ce que nous devons d'égards aux honorables membres qui nous ont fait la confidence de leurs essais ; mais enfin, la question est

scabreuse.. Vous le comprenez parfaitement, Messieurs , après les paroles de M. Sichel et de M. Desmarres, il ne vous restera aucun" doute sur les inconvénients qu'il y aurait à adopter une formule encourageante pour une industrie que je ne nommerai pas.

Dans un autre ordre d'idées, il est un fait physiologique authentique qui doit encore expliquer la réserve qui vous est imposée. Les organes sont généralement curables en raison de leur vitalité, c'est-àdire de leur richesse en éléments vaseulaire et nerveux. Or, un eristallin est un organe qui ne se nourrit que par endosmose ; c'est un organe qui est soustrait en quelque sorte à la vie dès qu'il est le siége d'une altération tant soit peu grave.

Permettez-moi, Messieurs, de chercherla démonstration de cette vérité « dans un fait extrémement simple, emprunté à l’ophthalmologiecomparée.

Dans la fluxion périodique de l'œil chez le cheval, il semble s'opérer une sorte de guérison de la cataracte à la suite des premiers accès ; mais ce fait n'a rien de sérieux, parce que dans ces eas le cristallin n'a pas été atteint. Un exsudat plastique s’est déposé à la surface de la capsule et a simulé une cataracte. Cet exsudat s'efface, et la lentille apparait de nouveau lucide et transparente. Au contraire, quand le cristallin a été affecté, [a fluxion cesse, la cataracte est formée, et les accès disparaissent pour ne plus se reproduire.

Ces phénomènes sont remarquables sans doute, et ils ont une signification qu'il ne faut pas méconnaitre. La première apparition de la fluxion périodique est signalée par une conjonetivite avec 1ritis. Les humeurs de l'œil se troublent, tous les tissus de l'organe sont envahis, la fièvre s'allume, et, au bout d’un temps plus ou moins long, l'orage s'apaise et tout rentre dans l’ordre. Après quelques semaines, loœeil est redevenu transparent, et il ne reste aucune lésion saisissable.— Quand un deuxième accès se produit, les phénomènes sont plus intenses, mais l'issue est encore heureuse, et le cristallin n'est pas affecté. Enfin, un troisième ou un quatrième accès se déclare, la phlogose est poussée à ses dernières limites, l'organe semble menacé de destruction ; mais le cristallin est envahi, il s’obscurcit, s’infiltre d'éléments nouveaux, « et dès lors la fluxion périodique cesse pour ne plus se reproduire.

Je n'ai pas à m'occuper ici de la singularité de ces phénomènes ; mais j'ai voulu prouver qu'une cataracte lenticulaire n'est pas attaquable par un traitement médical, et subsidiairement j'ai voulu prévenir l’objection que l'on aurait pu emprunter à l'espèce de guérison qui s'opère dans l'intervalle des accès de la fluxion périodique du cheval.

Je dis donc encore que, quand le cristallin est affecté et envahi par l'opacité, il n'y a plus de guérison possible, parce qu'il ne possède pas les éléments organiques qui pourraient se prêter à la guérison.

D'après cela, je crois qu'il y aurait convenance et utilité à suppri- » mer le dernier paragraphe de la réponse proposée. Le bureau n'en sera «

pas moins libre de continuer les expériences d'après les renseignements fournis par la discussion.

M. Guérin (France). Nous n'avons jamais pensé, Messieurs, qu'on püt guérir une cataracte bien caractérisée ; mais nous pensons, M. Vanzelti et moi, d’après notre expérience, qu'on peut, dans certains cas, faire rétrograder la maladie.

Maintenant, faut-il s'abstenir de discuter cette question, crainte d'ouvrir la porte au charlatanisme? Oh! le charlatanisme est très éhonté: il y a deux ans, on a publié qu'un individu avait été guéri sans opération, et c'était moi qui l'avais opéré! Mais je pense que nous ne devons pas nous inquiéter du charlatanisme, et que nous devons examiner tous les faits qui intéressent la science.

Je n'ai jamais guéri de cataracte; mais voici un fait que j'ai cité. Il y atrois mois, on m'amène un sujet et l'on me dit : « Voilà une cataracte évidente, croyez-vous qu'on puisse la guérir ? » Je dis : «non» — « Croyez-vous à la possibilité d'une amélioration? » J'ai répondu affirmativement, et aujourd'hui le sujet sait lire. Mais la cataracte existe toujours.

M. ze Présipenr. Il est évident, Messieurs, que nous sommes tous d'accord : personne ne soutient qu'on puisse guérir la cataracte sans opération, et la proposition qui vous est soumise n'implique nullement celte pensée.

M. Carre (France). Je vous prierai seulement, Messieurs, de mettre aux voix les paragraphes auxquels j'ai contribuécomme membre de la section. La créance qu'on doit à chacun de nous, quelque grande qu'elle soit, nest pas cependant suflisante pour annibhiler celle qu'on doit à un grand nombre de faits bien constatés. J'étais à Paris lorsque Gondret obunt l'autorisation de faire ses expériences, et je fus chargé de les contrôler. Pour moi, le seul résultat de ces expériences, c’est que certaines cataractes, ou pseudo-cataractes, peuvent rétrocéder par un traitement longtemps continué, mais qu'il n'en est pas ainsi des cataractes lenticulaires.

Quant à l'honorabilité de Gondret, qui aujourd'hui est mort, je ne la mets pas en question; je n'ai pas à combattre Gondret, je n'ai pas à le défendre, mais il est une chose que je dois dire : c’est qu'il n’a jamais voulu tromper les autres ; il s’est trompé lui-même, mais il est mort pauvre après 75 ans d'exercice.

M. CerverA (Espagne). Je puis, Messieurs, citer un fait de cataracte guérie sans opération. Un enfant de 8 ans avait reçu un coup de fouet; l'œil avait été atteint, et il s'était fait à la capsule une petite fente par laquelle sortaient les parties molles du cristallin. Il s'est formé une véritable cataracte qui a été guérie sans que l'enfant eùt été soumis à aucune opération.

Chez cet enfant, l'ouverture de la capsule s'était fermée, et au bout

d’un certain temps, elle avait cessé d'être appréciable. La cataracte traumatique aurait pu ainsiêtre prise pour une cataracte ordinaire, el néanmoins elle continua à se dissoudre et finit par disparaitre entièrement; sans doute parce que l'ouverture de la capsule s'était reproduite, ou parce qu'elle résidait dans le segment postérieur de cette membrane.

Je crois, Messieurs, que tous les faits que l’on cite de guérison de la cataracte peuvent s'expliquer de cette façon ou d'une autre.

M. Quapri. On m'afaitdire, Messieurs, ce que Je ne voulais pas dire. Je ne serais jamais entré dans la discussion sans apporter les faits que j'ai à ma disposition. Une dame s'est présentée chez moi avec une cataracte complète à l'œil gauche, et demandant à être traitée de l'autre œil où il y avait un commencement de cataracte. C'était le centre du cristallin droit qui avait été pris. Vous savez tous, Messieurs, que je suis oculiste, et je m'en vante, mais je ne me vante pas de guérir la cataracte sans opération; cependant, je dois: dire que cette dame a été entièrement guérie au moyen de l’'ammoniaque.

Je regrette, Messieurs, que les expériences dont il nous a été rendu compte par plusieurs confrères aient été aécueillies avec si peu de déférence, et je désirerais que l’article fût modifié dans le sens de la bienveillance seulement.

M. Tesreuin. J'appuie la suppression qui a été proposée, car le paragraphe à été introduit contrairement à mon opinion. J'avais même demandé à ne pas être rapporteur, afin de pouvoir défendre avec plus de liberté ma manière de voir. |

M. Le PrésipenrT. Je vais mettre aux voix la rédaction du Comité, adoptée par la section. 1

Le ( 1°", proposé par le Comité, est adopté.

M. Le PrésinenT. Nous avons maintenant le paragraphe additionnel \ proposé par la section ; ce paragraphe est ainsi conçu :

« La section émet le vœu que les honorables confrères qui ont obtenu : « des résultats favorables de l'emploi des moyens médicaux fassent con- « naître en détail les moyens qu'ils ont mis en usage, et que leurs expé- « riences soient renouvelées à l’Institut ophthalmique du Brabant. »

Quelqu'un demande-t-il la parole pour le maintien ou la suppression de ce paragraphe additionnel ?

M. Tesreuin (France). Nous sommes chargés de constater l'état de la science; nous devons avoir une opinion collective qui représente celle de la majorité. Nous n'avons pas la prétention d'imposer cette opinion à nos honorables contradicteurs ; mais ils doivent fournir des faits, faire imprimer leurs travaux, et, comme vous le disait M. Sichel, quand ces travaux existeront réellement, on pourra s’en occuper.

M. Carre (France). Je désire que la disposition ne soit pas supprimée, parce qu'elle sauvegarde une possibilité scientifique et que, d'autre part, elle engage à des expériences. II s'agit de sauvegarder les

assertions d'hommes parfaitement honorables, et de demander qu'ils viennent nous apporter des observations plus concluantes, plus complètes ; que des expériences soient instituées. Je ne crois pas que nous nous exposions beaucoup en demandant cela.

M. Tesreun (France). Ce qu'a dit M. Sichel prouve, au contraire, qu'il y aurait de graves inconvénients à admettre la disposition proposée : c'est qu'on pourrait en abuser.

Et puis, proposer la suppression deceparagraphe, est-ce demander à nos confrères un bien grand sacrifice? Qui avait, pour établir une théorie sur la granulation, plus d'autorité que M. Hairion? Qui avait fait un plus beau travail sur la question? Qui l'avait posée d’une manière plus nette et plus claire? Mais 1l y avait quinze ou vingt opinions en présence sur la nature des granulations. Avez-vous émis le vœu qu'on consignàt dans la réponse ces quinze ou vingt opinions ? Non : pour éviter toute discussion, M. Hairion a été le premier à proposer la suppression de tout son travail.

lci, que vous demande-t-on? On vous demande de consigner des doutes, d'appuyer de l'autorité du Congrès des fragments d'observations, d'étayer les assises d'un monument non encore suffisamment solide, non encore élevé.

Fermons-nous la voie à nos confrères? Les accusons-nous de mauvaise foi? Faisons-nous quelque chose qui puisse blesser leur dignité? Nullement : nous leur indiquons la marche qu'ont suivie ceux qui ont voulu faire progresser leurs idées. Nous leur demandons de recueillir des observations plus claires, des diagnostics bien établis, et alors nous pourrons décider. Mais jusque-là, cela nous est impossible.

M. Guérin (France). Je suis l’un des intéressés dans la question. Il m'est complétement indifférent que le paragraphe proposé soit supprimé ou voté. Je m'engage seulement à fournir des faits.

M. Desour (France). Si le Congrès veut bien instituer une commission, je m'engage à lui envoyer cinq observations de cataractes qui n'ont pas été guéries, mais qui ont rétrogradé par l'emploi de l'ammouiaque. Le diagnostic en a été porté par M. Sichel et par M. Desmarres, et présente partant toute garantie.

La suppression dela disposition additionnelle, proposée par la section, est mise aux voix et adoptée.

Les S 2 et 5, tels qu'ils ont été proposés par le Comité d’organisation, sont adoptés.

M. LE Présinenr. La parole est à M. Sperino pour une communication en dehors du programme.

M Srerwo (Sardaigne) lit un mémoire sur une simplification dans l'opération de la cataracte. (V. aux Annexes.)

La séance est levée à quatre heures et quart.

La séance est ouverte à une heure et quart.

M. WarLomoxr, secrétaire général, donne lecture du PROGÉE -verbal de la séance d'hier ; la rédaction en est approuvée.

M. Le PrésipenT. La parole est à M. Rossander pour faire connaitre l'état de l'ophthalmologie en Suède.

M. Rossaxper (Suède) fait une communication qui est accueillie par de vifs applaudissements. ( V. aux Annexes.)

M. LE PrésibenT. La parole est à M. Ponti Floriano pour faire connaitre l’état de l'ophthalmologie dans le royaume de Parme.

M. Ponri FLoriano (Parme) donne lecture de son mémoire. (A pplaudissements.) (V. aux Annexes.)

M. Le Présienr. La parole est à M. Sperino pour unecommunication.

M. Srerino (Piémont) lit un travail sur l’'amaurose syphilitique et sur le traitement des affections oculaires syphilitiques par la syphilisation. (V. aux Annexes.)

M. Borcx (Norwége) confirme les résultats des expériences de M. Sperino par celui des siennes propres. (V. sa note aux Annexes.)

M. Manuez Moxraur (Espagne) présente au Congrès un ophthalmoscope et un injecteur lacrymal de son invention.

M. Bonwaronr envoie deux serre-fines modifiées pour le traitement de l'entropion.

M. Le Présinenr. La parole est à M. Binard pour faire le rapport des travaux de la 1"° section, sur la suite des articles relatifs à l'ophthalmie militaire.

M. Binarp. Messieurs,

La section a, dans sa séance de ce matin, abordé la discussion des arücles relatifs à la prophylaxie de l'ophthalmie militaire. Elle a adopté presque sans discussion les titres EL, II et IV du chapitre D (p.8 et9). Quant au titre IE, il a donné lieu à des observations assez sérieuses.

Plusieurs membres se refusent à admettre que l'ophthalmie militaire

puisse se transmettre par l'infection seule des locaux habités par les soldats et des objets à l’usage de ces derniers. L'un d'eux a rappelé qu'en 1852, lorsque l’armée francaise était venue en Belgique, elle avait impunément occupé des locaux que des soldats atteints de granulations avaient habités avant eux, et que cependant elle n'avait pas vu ses soldats atteints par le fléau. Un autre est venu appuyer cette opinion par le fait qu'à la prison d'Alost, occupée par 800 détenus, il avait découvert 79 individus atteints de granulations accompagnées

presque toutes de sécrétion muqueuse, et dont quelques-unes seulement offraient une sécrétion muco-purulente. Tous ces granulés couchaïent dans des dortoirs différents, au milieu d’autres hommes chez lesquels la maladie ne s'était aucunement développée, et cependant depuis 16 ou 17 ans aucune visite oculaire générale n'y avait été faite. Les hommes atteints de granulations avec secrétion muco-purulente furent seuls envoyés à l’infirmerie ; les autres granulés furent traités au milieu de leurs camarades, et cependant, au bout d'un trimestre, tous étaient guéris sans avoir communiqué la maladie à leurs compagnons de captivité.

En opposition avec ces faits négatifs, un membre rappelle l'histoire de l'épidémie du pensionnat de Thieldonck, dont il à déjà été question dans la première séance. « Là, dit-il, on ne fit cesser l'épidémie qu'après avoir fait désinfecter les locaux et y avoir établi une bonne ventilation. » |

Un autre membre rappelle que l'affection s'était d’abord montrée sous la forme la plus simple dans le corps de la garde danoise, dont la force est de 5,000 hommes environ, mais qu'elle y avait fait bientôt de notables progrès. Les casernes furent évacuées pendant un certain temps, durant lequel les soldats logèrent sous des tentes. A dater de ce moment, le chiffre des granulés avait diminué sensiblement, au point que, au bout de quatre mois, il n'en restait plus que sept. — En Hanovré, on à constaté que c est principalement dans trois ou quatre villes qu'on rencontre le plus de granulés, et qu'à Hanovre même la maladie a une prédilection marquée pour une des casernes, qui en à pour ainsi ‘dire le monopole. — Il est difficile d'expliquer pourquoi telle ou telle caserne favorise le développement de l’ophthalmie, et on le conçoit : le miasme nest pas saisissable, on ne le connait que par ses effets ; mais on a cité de tous temps des casernes qui ont toujours été le siége privilégié de l'ophthalmie ; telles sont celles de Mayence, de Hanovre, de Namur, etc. Il faut bien admettre qu'il y a dans ces locaux des conditions favorables au développement de la maladie, et que ces conditions ibimporte de les faire disparaître. Or, la désinfection est le moyen logique qui s'offre tout d’abord pour y parvenir.

En présence de ces faits positifs, que tous les faits négatifs du monde ne Sauraïent infirmer, la section adopte le $ 2 du projet de solution. avec une modification qui y donne la rédaction suivante :

« I. L'assainissement et, s’il y a lieu, la désinfection des locaux (casernes, prisons, hôpitaux, etc.) et des objets à l'usage des soldats. »

La section à adopté les articles 1°, 2, 5° et 4° presque sans discussion, l’article 5° a été amendé de la manière suivante: « L'emploi du « temps des hommes atteints de granulations sera réglé d’après les « conseils des médecins. »

A l'occasion de l'art. 5°, un membre a proposé à la section de déter-

miner la sphère respiratoire de chaque homme. Cet amendement n’a pas été accepté.

Les articles 6° et 8° ont été adoptés avec la rédaction du Comité ; l'art. 7° supprimé. — L'art. 9° a été modifié par l'addition du mot « conlinue » après « ventilation convenable. » — L'art. 10° est adopté sans changement; l'art. 11° avec la suppression des mots « ainsi que les literies. » — Les art. 12° et 15° sont acceptés, le 14° avec suppression de toute la seconde moitié, depuis ces mots : « à des époques déterminées. » L'art. 15° passe sans discussion. |

La séance est levée à midi. (Voir aux Annexes le procès-verbal.)

M. Le Présipenr. La discussion est ouverte sur ce rapport.

Les titres I à IV du chapitre D (p. 8 et 9) sont successivement mis aux voix et adoptés sans discussion, avec la rédaction proposée par la section. Ils sont ainsi concus :

La prophylaxie de l’ophthalmie des armées comprend :

« 1. La guérison des soldats actuellement affectés de la maladie.

« IE. L’assainissement et, s’il y a lieu, la désinfection des locaux (casernes, prisons, hôpitaux, éte.) et des objets à l'usage des soldats.

« JT. Les mesures tendant à empêcher la propagation et l'aggravation de l'ophthalmie.

« IV. Les mesures ayant pour but, la maladie une fois éteinte, d'en prévenir le retour. »

La discussion s'ouvre sur le premier alinéa du titre Le (PME

« Ce qui importe avant tout, c'est de guérir les hommes atteints de sranulations. On est aujourd'hui en mesure d'atteindre ce but.

« A cet effet : 1

1° On ordonnera dans les corps des visites sévères, fréquentes et minutieuses. »

M. Dinor. Quelle est la différence entre sévère et minutieuse? Si la visite est sévère, elle est minutieuse, et vice versd.

M. Binam», rapporteur. Sévère signifie que tout le monde sera soumis à la visite, minutieuse signifie qu'elle doit se faire avec beaucoup de soin.

M. Tiny. I ya, Messieurs, une cause particulière qui n'est pas. indiquée, probablement par respect pour la pudeur, car ‘cette cause ne se trouve pas dans les yeux. Plus d’une fois le mal est venu de ce qu'on n'a pas visité toutes les parties du is Je demanderai qu'on ajoute complètes « visites complètes, etc.

M. Dinor. On pourrait remplacer sévères je générales, et dire « visiles générales, fréquentes et minutieuses.

M. Tux. Je propose de dire : « On AE dans les corps des visites complètes, fréquentes et minutieuses. »

Cet amendement est mis aux voix ; il n’est pas adopté.

La rédaction proposée par le Comité est mise aux voix et adoptée.

Les articles 2° à 11° sont successivement mis aux voix et adoptés, avec les modifications proposées par la section. (V. le Rapport.)

L'article 42° est ainsi concu:

« On fera désinfecter, comme pour les hommes atteints de la gale, les habits que portaient les ophthalmiques à leur entrée à l'hôpital, ceux qui leur ont servi pendant le séjour qu'ils y ont fait, ainsi que leurs literies. »

M. Ponrus (Belgique). Afin qu'il n’y ait pas de doute sur la catégorie d'ophthalmiques dont il s’agit dans ce paragraphe, je demanderai au Congrès de substituer aux mots : «que portaient les ophthalmiques, » ceux-e1 : « que portaient les hommes atteints d’ophthalmie purulente.»

M. Hamon. Les granulés non atteints d'ophthalmie purulente ne sont pas envoyés à l'hôpital. A l'art. 4° il est dit : «Les hommes atteints de granulations avec blennorrhée seront séparés de ceux qui présentent des granulations sans sécrétion. » Or, il s’agit ici des salles des granulés, et dès lors, comme je le disais, on ne peut pas envoyer dans les hôpitaux des hommes atteints d’ophthalmies non purulentes. Cela ressort encore clairement de l’art. 2°, qui porte : « On instituera des salles de granulés, destinées exclusivement aux hommes atteints de granulations, et l’on dirigera sur les hôpitaux ceux dont l'état exigera d’autres soins que le traitement en usage contre les granulations. »

M. Poxrus. J'avais demandé cette modification pour rendre le paragraphe plus clair, afin qu'on ne püt pas croire qu'il s'applique à tous les ophthalmiques indistinctement.

M. Dinor. Il ne s’agit absolument que de l’ophthalmie militaire.

M. Ponrus. Du moment que cela est entendu, je n'insiste pas.

Le paragraphe est adopté.

Les articles 15°, 14° et 15° sont également admis avec la rédaction proposée par la section.

M. Le PrésipenrT. La parole est à M. CRoco, rapporteur de la 2*section :

M. Croca. Messieurs,

La première question que la deuxième section avait à résoudre était celle-ci : |

« Quelle est l'influence que la découverte de l'ophthalmoscope à « exercée sur le diagnostic et le traitement des maladies de Foœil? »

Le Comité d'organisation avait proposé à cette question la solution suivant{e :

« Une foule d’affections des milieux réfringents et des membranes profondes de l'œil, naguère encore d’un diagnostic difficile ou même « impossible, se reconnaissent aujourd'hui avec la plus grande pré- « Cision par le moyen de l'ophthalmoscope ; telles sont : les opacités « débutantes du système cristallinien, et les altérations pathologiques

EJ

« du corps vitré, de la choroïde, de la rétine et de la papille du « nerf optique. |

« Les indications curatives rationnelles s'appuyant évidemment sur « la perfection. des moyens de diagnostie, l’ophthalmoscope, en don- « nant à ces indications des bases assurées, à imprimé à la thérapeu-" € tique des maladies des parties profondes de l’œil une süreté et une précision qu ‘elle ne possédait pas avant l'introduetion de son emploi « dans la science. »

La discussion n'a apporté aucune hieSe à cette solution. Tous les membres qui ont pris la parole se sont plu à proclamer l’oph-« thalmoscope une des plus belles inventions. de notre époque, un in-* strument d'une utilité indispensable. Un membre à comparé avec bonheur les services qu'il rend au diagnostie ophthalmologique à ceux rendus par Le sthéthoscope à celui des maladies de poitrine.

Dans le cours de cette discussion, plusieurs points ont été souleyéss qui méritent d’être signalés.

Tous les orateurs ont reconnu la nécessité de ne pas être exclusifs, de ne pas se borner à l'examen ophthalmoscopique, mais d'y joindre les résultats fournis par l'examen fonctionnel. Celui-ci vient compléter les données anatomiques fournies par l'ophthalmoscope ; 1l est même des cas dans lesquels celui-ci se tait, et où l'examen des perturbations fonctionnelles règne à lui seul. Cependant, même dans ces cas, parmi lesquels on rencontre principalement lPamaurose cérébrale, l'ophthalmoscope a encore son degré d'utilité : les données, toutes négatives, « qu'il fournit servent à exclure toutes les affections dans lesquelles il fournit des signes positifs. Un membre a prétendu que, même dans ces: cas, dans l’amaurose cérébrale, l'ophthalmoscope fournissait une donnée positive, très importante pour le pronostic, en permettant de constater s'il y a ou non tendance à la dégénérescence, à l'atrophie de la rétine, Lorsque cette tendance n'existe pas, la rétine. présente son aspect normal, elle est pellueide, et ses vaisseaux offrent-leur développement accoutumé. Lorsqu'elle existe, la rétine devient opaque, blanche, et ses vaisseaux tendent à disparaitre. Évidemment, dans le premier cas, le pronostic peut être favorable, tandis qu'il ne l'est nullement dans le second.

Parmi les signes fonctionnels dont 1} faut tenir compte, en même temps qu'on pratique l'examen ophthalmoscopique, qu'il faut faire marcher de pair avec lui, un membre à principalement signalé les phosphènes, et il a longuement insisté sur ce point. Beaucoup de membres pensent que les phosphènes, tout en méritant d'être pris en considération, n'ont pas une valeur aussi absolue que le pense M. Serre (d'Uzès). Toutefois cette question, n'étant pas en discussion, n'a pas été poursuivie autant qu'elle le comportait. |

Après cette discussion générale, la section a passé à l'examen des

LS

cas particuliers dans lesquels l’ophthalmoscope peut être employé avec fruit. L'appareil cristallinien trouve dans l'éclairage oblique un excellent moyen d'exploration ; il rivalise avec l’ophthalmoscope et le surpasse même en valeur dans certains cas ; cependant, il est encore des cas dans lesquels celui-ci rend de grands services. Il permet de reconnaître les opacités à leur premier début, alors qu'il n'existe encore aucun autre signe qui permette de les constater ; 1l fait aussi reconnaître les cataractes stationnaires, ces formes dans lesquelles on ne trouve que quelques stries minces qui restent au même point, ou qui ne s'accroissent que très lentement. — Une discussion s'est engagée sur le siége de ces stries, situées d’après les uns, dans la plupart des cas, dans les couches intermédiaires du cristallin; d'après d’autres, dans ses couches superficielles.

Il permet de reconnaitre les cataractes produites ou accompagnées par des maladies des parties voisines, et par conséquent d'arrêter les progrès de celles-ci, et d'améliorer la position des malades.

Si ces procédés d'exploration étaient constamment employés, on y verrait plus clair dans ces faits de cataractes guéries, améliorées ou arrêtées dans leur marche sans opération; on verrait qu'il s'agissait tout simplement d'affections concomittantes, accompagnant la cataracte, et qui ont pu être guéries, ou bien de cataractes stalionnaires ou à marche très lente.

Mais c’est surtout dans les affections des parties profondes de l'œil que l'ophthalmoscope rend d'immenses services. Les maladies du corps vitré étaient très imparfaitement connues avant l'invention de cet instrument, qui permet de suivre la cause anatomique qui les produit. Ainsi, les épanchements de sang dans le corps vitré, affection qui donne lieu à une cécité complète, mais facilement curable, seront bientôt reconnues et distinguées des affections rétiniennes, dont le pronostic est tout différent. On reconnaitra aussi l'étendue qu'affecte le ramollissement de ce corps, les flocons qui flottent dans son intérieur, les cristaux de cholestérine, les entozoaires qu'il renferme. Un membre a rapporté un cas fort intéressant de filaire du corps vitré constaté par ce moyen. — Une discussion fort intéressante s'est engagée sur les mouches volantes. Un membre, qui s'est beaucoup occupé de ce sujet, a reconnu que les mouches volantes ordinaires, qui existent chez tout le monde, sont dues à des corpuscules microscopiques qui flottent dans l'humeur vitrée, et qui ne sont pas perceptibles à l’ophthalmoscope : elles sont, comme du reste tout le monde le sait, inoffensives : mais il y en à d’autres qui sont dues à l'existence de flocons appréciables à l’ophthalmoscope, et c'est alors un état pathologique qui mérite de fixer l'attention.

Les affections de la choroïde sont aussi étudiées avec fruit par l’ophthalmoscope. Ainsi on reconnaitra l’altération du pigment, la dilata-

tion et l'oblitération des vaisseaux, l'extravasation du sang, la selérotico-choroïdite postérieure. Il permet en particulier de rechercher lan dépendance qui existe entre certaines altérations de la choroïde et les maladies du corps vitré. | ‘4 L'examen ophthalmoscopique de la rétine surtout a dévoilé des altérations qu'on n'avait jusque-là pu reconnaître pendant la vie, parce que les symptômes subjectifs, seuls appréciables, étaient toujours les mêmes et souvent sujets à caution : telles sont les hémorrhagies, les inflammations, la dégénérescence graisseuse, l’atrophie, les hypérémies, l'obturation des vaisseaux rétiniens. Dans tous ces eas, l'oph- (halmoscope fournit au diagnostic, au pronostic et à la thérapeutique une base solide qui leur nianquait à l'époque où l’on ne pouvait apprécier que les lésions fonctionnelles, sans même avoir aucune donnée positive sur la nature des lésions anatomiques, chose la plus essentielle. I permet de reconnaitre avec certitude, parmi les maladies désignées sous le nom d’amaurose, celles qui dépendent d'altérations de l'appareil oculaire lui-même, et celles qui prennent leur source dans les parues plus profondément situées. Il permet enfin de séparer nettement les maladies de la rétine de celles des autres parties de l'œil, et” en particulier de celles du corps vitré.

Il résulte de cette discussion, que la 2° section tout entière s'est plu à reconnaitre que l'ophthalmoscope était une des plus belles inventions de notre époque, et qu’elle ne peut qu'appuyer pleinement la solution donnée à la question par le Comité organisateur du Congrès. (Voiraux" Annexes le procès-verbal de cette séance.)

M. Tesreuin (France). Je voudrais que l'honorable rapporteur qui a fait un rapport si intéressant, au lieu de dire : un membre, rendit" à chacun ce qui lui appartient. Il y a dans le rapport des observations très intéressantes, et qui auraient plus de poids encore, si l'on savait quels sont les membres qui les ont présentées.

M. Croco. Si je n'ai pas donné les noms, c’est qu'il n'est pas d'usage de les produire dans les rapports.

M. Sicuec. J'appuie aussi l'observation. Si les discussions des sec tions sont imprimées, il est inutile de répéter les noms dans le-rapport. Mais si le rapport est l'unique document qui reste, il est naturel qu'il y ait des membres qui tiennent à ce que leur nom y figure.

M. Serre (d'Uzès, France). Par respect pour le travail préparé par la Commission, la section de physiologie n’a pu s'occuper sérieuse ment que de l’ophthalmoscope. Cependant, commeil s’agit d’un terrain où se trouvent d'autres moyens d'investigation, j'avais pensé qu'on pouvait aussi exposer d’une manière générale, dans la section de physiologie, les idées qui se rattachent aux phosphènes, afin d'éclairer l'assemblée sur deux moyens qui ne se combattent pas, mais qui se

contrôlent. N'y avait-il pas avantage à mêler dans la discussion, d’une

part l'ophthalmoscope, qui rend de si grands services ; de l'autre, les fonctions subjectives, qui éclairent d’une manière si remarquable une question, celle de l'amaurose, etenfin les fonctions objectives ordinaires?

Je demande à l'assemblée s'il ne me sera pas permis de donner à cet égard quelques renseignements. En présence de la discussion qui va s'ouvrir, et qui nécessairement portera sur des points communs, je crois qu'il y aurait avantage à me permettre de dire quelques mots sur le phosphène.

M. 1e Présinenr. Nous vous entendrons avec beaucoup de plaisir ; mais je crois que ce n'est pas le moment. La question est de savoir si Phonorable rapporteur a reproduit fidèlement ce qui s'est passé dans la section. Si vous ouvrez une discussion à cet égard, vous rentrerez dans celle qui a eu lieu dans la section, et cela sera interminable ; vous êtes d'ailleurs inscrit pour une communication.

M. Serre (d'Uzès). Je crains que mon tour de parole ne vienne pas.

M. e Présipexr. Vous êtes le premier mscrit:

M. Sieuez (France). Plusieurs membres du bureau trouvent que siles procès-verbaux des sections ne sont pas imprimés, le rapport que vous venez d'entendre, quelque exact qu'il soit, n’est pas suffisant, etils se réservent de demander qu'il entre dans plus de détails.

M.ue Présinenr. Quand ces messieurs auront produit leurs observations, nous verrons jusqu à quel point on peut en tenir compte.

M: Croco. Il me semble, Messieurs, qu'un rapport doit être le résumé suceinct des motifs donnés à l'appui des décisions prises. Si javais voulu donner à l'assemblée les discussions, très intéressantes d'ailleurs, quiont eu lieu dans la section, j'aurais dù apporter le procèsverbal et le lire d'un bout à l’autre.

Maintenant, Messieurs, je le répète : les procès-verbaux de la section sont très intéressants, la discussion a été approfondie plus qu'elle ne la peut-être jamais été ailleurs, et j'appuierai la motion faite par M: Sichel, de faire imprimer les procès-verbaux en même temps que les rapports. |

M: Warsomonr, secrétaire général. Je dois faire observer à l’assemblée qu'il n'a été pris aucune mesure pour faire recueillir les discussions des sections. Nous devons donc nous borner à prier messieurs les rapporteurs de faire leurs rapports aussi complets queleurs notes pourront le leur permettre. Ces rapports seront religieusement insérés dans le Compte-rendu.

M. Tesreun. Je demande, Messieurs, qu'on imprime les procèsverbaux des sections ; ce sera une publication très intéressante. D'ailleurs, les membres qui ont pris la parole pourront faciliter le travail

de messieurs les secrétaires en leur fournissant des notes. (A pplaudissements.)

M. Le PrésienT. Je dois, Messieurs, faire une observation. M. Crocq est sténographe; il pourra reproduire facilement les discussions de la section dont il est secrétaire ; mais messieurs les secrétaires des autres sections ne possèdent pas le même talent. Il me semble que la motion qui vient d'être faite est extrêmement tardive : si elle avait surgi le premier jour, le bureau aurait peut-être pu, en faisant les sacrifices nécessaires, avoir un sténographe pour chaque section. Il est impossible que les secrétaires reproduisent les discussions telles qu'elles ont eu lieu.

M. Sicuez. J'ai demandé, au nom de plusieurs membres du bureau, l'impression des procès-verbaux. Ces procès-verbaux existent, 1ls ont été adoptés, et personne ne s'en plaint; qu'on les imprime tels qu'ils sont. On pourrait ouvrir une nouvelle souscription à cet effet, et je pense que tout le monde y prendrait part.

M. Croco. Un des rédacteurs de la Gazette hebdomadaire de Paris, qui fait partie de la 2° section, a demandé communication des procèsverbaux de cette section, et il m'annonce qu'il désire les reproduire dans le journal. Voilà un mode de publication qui n'entrainerait aucune dépense pour le Congrès.

M. WarLomowr, secrétaire général. Quelle que soit la publicité dont” jouit la Gazette hebdomadaire, elle ne saurait remplacer celle du Compte-rendu du Congrès, lequel sera entre les mains de tous les membres de l'assemblée : ainsi, à supposer même que le bureau consentit à aliéner, au profit de cet estimable journal, la propriété des procèsverbaux, cela ne répondrait point, me semble-t-il, aux réclamations qui viennent de se produire.

M. Le Présipenr. Le Congrès veut-il charger le bureau de faire imprimer les procès-verbaux des sections autant que faire se pourra ?

De toutes parts. Appuyé! appuyé!

M. ze Présipenr. Ainsi, l'incident est vidé,

La parole est à M. Serre (d'Uzès).

M. Serre (d'Uzès). Messieurs ,

Je n'aurais pas demandé la parole dans le Comité général sans une circonstance toute particulière. Je puis la prendre, grâce à l'invitation de notre digne et honorable président : je me souviens de ses promesses, à la vue des drapeaux suspendus sur nos têtes, par lui invoqués, dès le début, comme le symbole de la libre discussion.

Je désire poser le premier jalon d'une discussion qui sera peutètre un peu vive, mais sürement consciencieuse et fort parlementaire. S'il m'arrivait de dire quelque chose qui füt de nature à blesser, en quoi que ce fut, la valeur ou le caractère des hommes dont les opinions embarrasseraient mon chemin, je leur en demande pardon

d'avance, et je déclare que mon seul but est de concourir aux progrès de la science.

On m'a reproché, et officieusement rappelé, d'abuser des indications du phosphène. On a dit : « Le phosphène n'a ni la portée, ni la valeur que M. Serre lui donne» ; on a reproché à cette lueur sensorielle déne pouvoir explorer qu'une certaine partie de l'œil. « Le doigt, at-on affirmé, ne peut pas arriver au fond de la cavité orbitaire, et il reste une portion qui échappe à son exploration. »

Il est certain qu'en faisant mouvoir l'œil sur lui-même, autour de son axe vertical, on peut l'explorer partout, excepté sur un centimètre de la partie la plus profondément située. Eh ! bien, Messieurs, sur ce mème centimètre, je viens d'opérer une réduction de près de moitié, au moyen des indications du petit phosphène de Brewster.

Ce petit phosphène est une lueur indécise et peu accentuée, il est vrai, lorsqu'il est sollicité pendant le jour, à la lumière solaire, mais il devient resplendissant dans l'obscurité; quand on agite alors brusquement l'œil de droite à gauche et de gauche à droite, on aperçoit deux sensations lumineuses, en forme de croissant, dont la concavité est toujours opposée au sens du mouvement. Mais si l'on heurte la cornée par de petites secousses avec l'index, on remarque, dans le champ visuel obscur, et un peu en dehors de l'axe optique, non un fragment de cercle, mais un cercle presque entier, un peu ouvert dans sa partie inférieure, de forme de fer à cheval, à branches très rapprochées par leur extrémité.

On a opéré 1l y a quelques jours une cataracte sans explorer préalablement les phosphènes, et l’on croyait pouvoir agir sans autre guide qu'un reste trompeur de lumière objective.

L'opération, admirablement faite, n’a enlevé qu'un inutile voile. — Le malade n'a pas pu voir; l’autre œil, amaurotique à un degré très avancé, avait encore un reste de vue, révélé par la facile perception du petit phosphène, son “compagnon fidèle. Donc ce phénomène lumineux, d'abord sans valeur, prend aujourd'hui celle d’un puissant moyen de diagnostic, car il donne une idée immédiate, directe, de l'état dans lequel se trouve la papille du nerf optique à l'exploration tactile, et réduit ainsi de près de moitié le centimetre de rétine que le phosphénoscope ne peut atteindre (1).

Le phosphène n’a pas la prétention d'enlever à l’ophthalmoscope les droits d'examen qu'il possède si légitimement, et devant lesquels il sait

s'incliner ; mais il revendique pour lui-même l'avantage de pouvoir constater, d'une manière directe, les altérations fénbtionelles de l'arbre nerveux cérébro-oculaire, alors que cet instrument ne dit rien, ou dit peu de chose à cet égard, si ce n’est par la voie inductive. Ce fait,

(h) M. Serre a abandonné la théorie du contre-coup par le flot ondulatoire du docteur Brewster pour expliquer le petit phosphène.

remarquable sous bien des rapports, sera digne peut-être de la bien veillante attention de cette assemblée, et dans ce but nous allons carrément mettre en présence ces deux moyens d'investigation séméiolo= gique. |

Tout ce qui se passe de matériellement appréciable dans l'intérieur de l'organe oculaire, l’ophthalmoscope le signale à l'œil de l'observa-" teur. J'ai assisté aux expériences faites par notre honorable confrère | M. Donders; c’est un spectacle vraiment admirable! Ce monde mer veilleux d'organisation instrumentale s’est offert à nos regards commen s’il était dessiné, sur le papier, par un grand artiste. Cependant, Ê l'éminent professeur, examinant l'œil droit d’une jeune malade, n'a découvert aucune lésion matérielle qui expliquât l’altération fonction nelle de ce côté. |

J'ai vu des malades, assez nombreux du reste, examinés avec l’ophthalmoscope par des hommes d’une grande science (offrant toute la garantie possible sous le rapport du maniement de cet instrument d'optique objective), renvoyés chez eux avec la confiance d’une légère et insignifiante hypérémie de la papille; et cependant les phosphènes« manquaient, pour la plupart, à l’appel méthodique qui leur était fait, quelques jours après la première exploration.

Pour ce qui est, Messieurs, des amauroses provenant du nerf optique, du chiasma, du cerveau lui-même, qui se soustrait entière= ment à l’investigation ophthalmoscopique, il est des signes fournis par la vue ordinaire qui peuvent en manifester les souffrances; mais ils sont souvent inutiles ou trompeurs ; nous dirons pourquoi en temps et lieu. Les plus habiles s'y sont laissé prendre, car à la profondeur où sont situées ces parties, si souvent affectées, l'ophthalmoscope ne peut pénétrer : ce terrain lui estcomplétement interdit, et nous savons quelle est la valeur inductive de l'examen isolé de l’état de la papille du nerf optique. |

Dans ces cas d'amaurose d’origine profonde, quelle qu’en soit la ; cause, la vue s’altère et témoigne fatalement sa souffrance par une« réduction successive et hiérarchique des phosphènes, telle, qu'au premier degré, c'est le phosphène inférieur qui disparait; en second lieu, c'est le frontal, ensuite le temporal et enfin le nasal. — Quelquefois cet ordre de disparition est troublé, mais l'expression diagnostique ne perd rien de son importance significative. |

À l’aide de ce signe si simple, et à la portée de tout le monde, sans autre instrument que le doigt promené sur le blanc de l'œil, on obtient des résultats séméiologiques d’une saisissante précision.

Mais sortons de ce champ reculé de l’organisation oculaire, arrivons sur les parties les plus voisines de l'œil de l'observateur, et voyons ce que devient l'indication ophthalmoscopique, lorsque le corps vitrée a perdu une partie de sa transparence. — Sa couleur grise se reflète au

fond de l'organe, trompe le médecin peu expérimenté, et dénonce une perte de pigmentum qui n'existe pas.

| Ajoutons à ce voile léger un voile plus compacte, l'obscureissement (du cristallin; l’ophthalmoscope ne peut plus projeter, dans les pro- |fondeurs de l'œil, ses flots de lumière, et dès lors cet agent d'exploration est totalement désarmé.

| Et maintenant, supposons, dans la chambre antérieure, un épan- |chement de sang, de pus ; une cornée complétement opaque; la pupille fermée, comme une bourse étroitement serrée par ses cordons. Allons lplus loin encore : jetez un voile épais, un châle sur la tête du malade, let le plus simple médecin de campagne, une personne même sans in- [struction, tout à fait étrangère à notre art, peut, en faisant glisser dou- |cement son doigt sous ce dernier obstacle, ou à travers son épaisseur, mettre en jeu la sensibilité phosphénienne, qui donne immédiatement, et de la manière la plus exacte, une réponse catégorique sur l'état fonc- |tionnel de l'arbre rétinien, les chances de l'opération à pratiquer, ete. | Plus la uit est grande, plus les obstacles opaques sont multipliés, |plus les difficultés matérielles se compliquent et s’enchevêtrent, plus {sont claires et nettes les réponses de la rétine ainsi questionnée.

| Je le dis ici, sans crainte d’être taxé d'exagération : l'indication phosphénienne, subjective, traitée avec tant d’indifférence et de dédain, franchit tous ces obstacles d’une manière victorieuse, leur emprunte [même toute sa splendeur et révèle de la sorte, au premier venu, l'état lintérieur de l'œil, celui des nerfs optiques du cerveau, en ce qui touche les lésrons vitales de la vue.

A ces faits généraux, permeltez-mol, en d'ajouter une | observation que je dois à l’obligeance d'un de nos honorables collègues : | Un homme distingué, présent à la séance, M. le docteur Leport, vient de me communiquer l'histoire d’une opération pratiquée sur un malade cataracté, qui avait une pupille mobile, et le sentiment de la lumière |très-prononcé. En me remettant son observation écrite, il m'a prié de faire la recufication suivante : « j'ai écrit une pupille mobile, » je me suis trompé, je devais dire : « extrêmement mobile. »

L'opération fut faite dans ces conditions, reconnues pour être les |meïlleures à cette époque, et fort heureusement, quant à l'extraction de la lentille; mais le malade resta, avec le sentiment de la lumière... {dans la nuit! 11 (1)

Cette brillante improvisation est couverte d’applaudissements.

(4) M. le docteur Rossander, professeur à Stockholm, consulté par un de ses confrères, sur le résullat probable d’une double opération de cataracte à faire sur deux yeux d’un malade dont l’un était sans phosphènes et l’autre avee phosphènes, fut d'avis qu’on opérât seulement ce dernier : le premier élant amaurotique, devait être respecté pour cause d’insuccès certain. — { Nonobstant son avis, la cataracte fut enlevée sur les deux yeux. Celui qui n’avait pas de phosphènes resta dans l'obscurité, l'autre retrouva une excellente vue.

M. ze Présinexr. La parole est à M. Martin pour une communi: cation. |

M. Cazvo y Marrin (Espagne). Messieurs,

M. Sperino vous à communiqué dans la séance dbier quelques observations très intéressantes, relatives à une simplification dans l'opération de la cataracte. Je désire à mon tour vous dire quelques mots sur 1 second temps de cette même opération, tel qu'il se pratique en Espagne, d'autant plus que nous avons constaté avec regret le silence que gardent la plupart des journaux de ce pays sur ce qui se passe chez nous:

Lorsqu'en 1840, je vins à Paris, après avoir été pendant. deux ans élève de l'école et y avoir vu opérer les plus habiles chirur giens, je croyais qu'il-failait couper la capsule cristalline en losanges, ainsi que c’est encore écrit dans tous les livres. Or, quand je revins en 1842 à Madrid, je m'empressai d'aller voir opérer MM. Guardia, Saez et Isern, qui jouissaient d'une grande réputation comme oculistes, et je fus fort étonné de voir avec quelle simplicité dans les appareils! et quelle promptitude les deux premiers opéraient. Voici la méthode ordinaire et qu'on peut dire traditionnelle : notre kystitôme est une aiguille presque ronde qui coupe très bien des deux côtés. Dans le second temps, l'aide déprime la paupière inférieure avec le doigt indieateur; l'opérateur soulève la paupière supérieure avec le pouce et en: même temps comprime un peu la partie supérieure de l'œil : de eette facon le cristallin est légèrement poussé en avant, presse sur l'iris dont la pupille se dilate, et l'aiguille rencontre ainsi immédiatement la capsule tendue, qu'elle divise facilement avec la pointe; alors, en con= tinuant la même pression, la déchirure de la capsule s’élargit et la lentille sort presque toujours le plus facilement du monde, entrainant avec elle quelques lambeaux capsulaires. |

Certes, cette facon de procéder n'a rien de bien extraordinaire: mais j'ai tenu à vous l’exposer brièvement, afin d'avoir l'occasion de protester contre le précepte d'inciser la capsule en losanges, précepte que l’on trouve indiqué dans tous les livres, et que personne ne met en pratique.

M. LE PRésinenr. Il n'y a plus aucun rapport préparé; vous savez; Messieurs, que demain est le dernier jour de notre Congrès, à moins que vous n'en décidiez autrement. Nous autres, membres du bureau, laissant de côté toute convenance personnelle, nous nous mettons entiè= rement à votre disposition pour tout le temps qui vous sera agréable. Mais il est certain que, si votre intention est que le Congrès se ren: férme, dans les quatre jours, vous ne pouvez plus discuter aucun rapport. Il faudra fixer votre attention exclusivement sur l'ophthalmie

militaire, à laquelle vous consacrerez le pol d'heures que nous avons encore à passer ensemble.

| Jlest nécessaire que je connaisse les intentions du Congrès. Mes pouyoirs ne s'étendent pas jusqu'à vous prescrire ce que vous avez à faire.

La partie pratique de la question relative à l'ophthalmie purulente est encore intacte, el je ne sais pas même s'il sera possible de la terminer, quelque zèle qu'on y mette. Car une matière de cette importance ne peut être traitée avec précipitation.

M. Try (Belgique). Messieurs, c'est avec bonheur que j'ai entendu les paroles de M. le Président, lorsqu'il vous disait, en ouvrant ce Congrès : «Ilest une question qui ne se limite pas seulement à l'ophthalmologie dans sa spécialité, mais qui est pour ainsi dire humanitaire, et qui offre tant de gravité que la société tout entière demande à la voir éclaircie. Cette question, c'est celle de lophthalmie dite de l'armée. »

Il s'agissait done d'avoir des éclaircissements sur ce sujet, et la circonstance était parfaitement trouvée, puisque nous avons ICI, rÉUnIS,

une foule d'hommes remarquables de différents pays.

| Malheureusement, nous n'avons pas eu sur ce sujet les discussions que plusieurs d'entre nous avaient le droit d'espérer; je demanderai donc que le Congrès, dans ses derniers instants, fasse de cette quesion l'objet de mures délibérations. Ce sera d'une haute importance. uelles que soient les opinions émises, les solutions adoptées, les idées difilérentes se seront fait jour; chacun de nous, rentré dans ses Afoyers, les méditera à loisir, et il en résultera pour le bien-être de l'humanité les plus heureuses conséquences.

Si le Congrès veut bien entrer dans cette voie, je demanderai à lu soumettre quelques vues, différentes de celles qui lui ont été présentées jusqu'ici. Je le ferai avec conviction, sans prétention aucune, en ne emandant qu'une juste et impartiale appréciation.

J'ai entendu avec infinnnent de plaisir le chaleureux discours de M. Serre; lui aussi avait une conviction profonde, et 1l l'a exprimée

d'une manière brillante. Il est venu nous démontrer que le phosphène offrait des ressources de diagnostic là où l'ophthalmoscope était en éfaut. La vérité ne se trouve pas dans une seule chose, elle se trouve lans tout; chacun de nous peut en avoir une portion.

En résumé, Messieurs, si le Congrès ne décide pas qu'il rouvrira la discussion, je demande à faire une communication sur l'ophthalmie ite purulente, contagieuse, granuleuse.

M. Le Présinenr. Vous allez être inscrit, mais il y a déjà plusieurs utres membres qui le sont avant vous pour faire des communications.

D'ailleurs, si vous n'avez pas l'occasion de produire la vôtre, elle sera insérée, si vous le désirez, dans le Compte-rendu du Congres.

M. Tmiry. Très volontiers, M. le Président.

M. Borezut (Sardaigne) lit un mémoire sur un nouveau procédé opératoire du staphylôme. (VW. aux Annexes.) La séance est levée à 3 heures 3/4.

Demain, comité général à une heure.

La séance est ouverte à une heure.

M. Wariomonr, secrétaire général, donne lecture du procès-verbal de la séance précédente ; la rédaction en est approuvée. M. Rossi (Naples) lit une note sur l'état de l'ophthalmologie dans le royaume de Naples. (V. aux Annexes.) M. Le Présinenr. La parole est à M. Vanzetti pour lire un rapport au nom de la 5° section. 4

M. VawzerTi. Messieurs,

La discussion à porté sur la sixième question du programme“ « De quelle utilité l'ocelusion palpébrale est-elle dans le traitement « des maladies des yeux? Quelles sont les affections de l'œil qui et « réclament l'emploi, et quel est le meilleur mode de l'instituer ? » Un membre à proposé de modifier l'expression comprimer du projet de solution. Il ne croit pas que l'occlusion palpébrale puisse se prop ser véritablement la compression de l'œil dans un but thérapeutiqueñi dans son opinion, un œil malade ne peut supporter aucune compres* sion, si minime qu'elle soit; il est d'avis que l'organe ne la pourrait: supporter sans douleur; elle serait, par conséquent, plus nuisible qu'utile, et ne pourtait jamais inmobitiser. l'œil. Il ajoute que mê l'œil sain ne pourrait, sans être considérablement incommodé, . sup porter une compression plus forte que celle qui lui vient naturelle ment des paupières.

Presque tous les membres de la section se rallient à cette observäe tion : on décide, en conséquence, de substituer au mot com primêl} celui de contenir. | Un membre propose de modifier l expression du projet de réponse; là où il est dit que « l’occlusion palpébrale a pour‘but de favoriser l'a@ tion des remèdes en en prolongeant le contaet avec les surfaces oculor palpébrales. » Il fait remarquer que les paupières une fois fermées,‘ n'y à plus d'espace entre le globe oculaire et la face interne des paupières, et que, par conséquent, en fermant l'œil, les remèdes qui

sont appliqués sur le globe ou sur la conjonctive palpébrale en doivent ôtre nécessairement chassés. A la suite d'une courte discussion, on conclut de substituer la phrase « en en prolongeant le contact avec l'appareil oculo-palpébral, » à celle proposée par le Comité. Quelqu'un fait observer que, par l'occlusion palpébrale, on obtient un effet important qui n’a pas été signalé dans le projet de solution, etqu'il ne voudrait pas voir omis, c'est celui de l’uniformité de température dans laquelle est conservé le globe oculaire par locclusion . niformité de température si nécessaire et si utile pour la guérison de loutesles maladies en général, et celle des maladies de l'œil en ir

L— Les membres de la section, se conformant aux vues de l'orateur. idoptent l'addition suivante : — « et . de pre d'y maintenir « à volonté une température constante.

| Après les modifications du premier Fu du ar de réponse, jon procéda à la question d'établir « de quelle utilité est l'ocelusion palpébrale dans le traitement des maladies oculaires. »

Un membre fait d'abord observer que, du moment où l'on à voulu donner une importance spèciale comme moyen de thérapeutique ocuaire à ce que l’on à cru.devoir nommer méthode par occlusion, 1 .a loujours éprouvé une certaine répugnance à admettre comme extrèémebnent utile un procédé qui se propose un but diamétralement contraire à celui avoué par la saine pratique chirurgicale. Il n'y a personne, dit-il. qui ne sache que le contact de deux surfaces muqueuses enflammées constitue toujours une circonstance fàcheuse pour la guérison des inflammations de ces membranes ; il n’y a personne qui ne sache qu'un moyen très puissant pour vaincre l'inflammation des muqueuses est d'en empêcher le contact : les chirurgiens sont bien contents de pouvoir interposer un corps étranger entre des muqueuses enflammées , l'expérience journalière leur ayant appris que la présence d'un corps (étranger, d'ailleurs nuisible par lui-même, devient, au contraire, très {efficace par cela seul qu'il est un moyen d’éloignement de deux surfaces muqueuses malades. Il rend hommage au Comité d'organisation du Conurès d'avoir proposé, parmi les questions à discuter, celle de l’occlusion alpébrale, car elle est de toute actualité, ayant même dans les derniers temps fortement occupé les plus célèbres académies. II croit que ‘elite question à été posée, non dans le but de s’évertuer à trouver les cas de maladies oculaires dans lesquels il est utile, en général, jde tenir un œil forcément fermé, mais bien de se prononcer sur le point de savoir si les cas dans lesquels, naguère , la généralité des bculistes ne croyaient ni nécessaire ni utile d'obliger un œil malade à une occlusion forcée, doivent maintenant être soumis à ce mode de faire, que l'on à introduit sous le nom spécieux d’occlusion palpébrale, :t que l’on donne comme un moyen très puissant de guérison. - | Il s'agit enfin d'examiner si ce moyen est positivement aussi géné-

ralement utile qu'on voudrait le faire croire, ou si plutôt il ne pourraill pas être nuisible. C'est cette dernière manière de voir qu'on est porté à accepter quand on réfléchit qu'il s'agit d’une pratique contraire aux lois les mieux confirmées de la pathologie chirurgicale, lois auxquelles on ne peut admettre gratuitement que la pathologie oculaire puisse se soustraire.—[l émet déc l'opinion qu'il est inutile de discuter dans un congrès sur l'utilité de faire tenir aux malades les yeux fermés danslés! cas d’ulcères, de perforation et de blessure dela cornée, dans la hernie de l'iris, dans les staphylômes récents, dans l'ophthalmoptose! et après t' utes les opérations sur le globe oculaire. Dans tous ces cas’ en effet, il n'y à pas d'oculiste qui n'ait depuis longtemps considéré comme nécessaire de tenir pendant un certain temps l'œil fermé, ou; en d'autres termes, qui n'ait pas mis en pratique l'ocelusion palpébrale comme une chose dictée par le simple bon sens. Mais il croit impor= tant que les membres de la section prononcent leur savant jugement sur l'utilité de l’occlusion palpébrale dans les cas de conjonctivite aiquè ou chronique, dans la kératite vasculaire et le pannus, l'utilité dé l’occlusion dans ces maladies pouvant être un sujet de controverse parmi les oculistes. |

Il est dit dans le projet de solution que « l'occlusion palpébrale est « éminemment utile dans la conjonctivite aiguë ou chronique (lors « qu'on n'a pas à craindre les effets d’une suppuration abondante sur « la cornée), dans la kératite vasculaire et le pannus. » Un membre fait observer que maintes et maintes conjonctiviles aiguës, par l’usagé de moyens appropriés, guérissent facilement sans obliger les malade à tenir les yeux fermés; il ne croit l'occlusion palpébrale, ni nécessaire; ni utile dans ces cas, qui pourtant se rencontrent dans la pratiqué journalière, el ne l'emploie jamais.

Quant à la kératite vasculaire et au panous, il se demande si loc clusion palpébrale n'est pas plutôt nuisible qu'utile. Il le croit pou” son compte, et, à l'appui de son opinion, rappelle les cas où la kératité vasculaire et le pannus sont précisément bornés à cette portion de las) cornée qui est recouverte par les paupières, surtout par la paupière supérieure : dans ces cas, la maladie s’est évidemment développée Hi où les deux surfaces muqueuses sont naturellement plus longtemps en contact. Il fait mention en outre de résultats fort heureux, et dont il a été témoin oculaire à l'Institutophthalmique de Saint-Pétershourgs résultats obtenus par la méthode de M. Lerche. Cet oculiste fort dis tingué, pour guérir les kératites chroniques et le pannus, renversait et dehors la paupière supérieure et l'obligeait à rester dans cette positions en faisant passer à peu de distance du bord libre, au moyen d'une

aiguille, un fil dont les deux bouts étaient fixés au front. Par ce pros cédé, que l’auteur fit connaitre il y a bon nombre d'années par là presse médicale, avec les résultats remarquables qu'il en avait obtenus"

fl

on peut se-convaincre combien est utile, même dans la pratique oculaire, Ma loi chirurgicale qui indique de tenir éloignées les surfaces muqueuses lenflammées, au lieu d'en favoriser le contact, comme on le voudrait par l’occlusion palpébrale.

Un membre de la section, qui s'est occupé avec autant d'intelligence que de succès de la prothèse oculaire, déclare avoir toujours observé que les phlogoses chroniques du moignon oculaire disparaissent rapi- (dement après l'application d'un œil artificiel, assertion qui prouve [encore l'utilité d'obtenir, même par l'interposition d'un corps étranger. l'éloignement des deux surfaces muqueuses.

Le même membre lit à la section une note « sur l'utilité que l'on pourjrait tirer dans certaines affections oculaires de l'emploi des coques Iprotectrices de son invention. »

Plusieurs membres eitent des cas où l'ocelusion palpébrale, au lieu {d être uule, présente les inconvénients les plus sérieux. A la suite de {ces discussions, la section propose de modifier l’article du projet de {solution comme suit ; remplacer la période comprise entre les mots : « l'occlusion est éminemment utile »... et ceux-ci : «et le pannus » {par la proposition suivante : « l'occlusion peut être utile dans les julcères, etc., » le reste comme dans le projet de solution.

| Les deux derniers paragraphes sont ensuite adoptés sans autre odification que la substitution du mot «contenir» au mot «comprimer. »

Les diverses propositions contenues dans ce rapport sont succes- |sivement mises aux voix et adoptées.

M. LE peur: La parole est à M. Binard, pour lire son troisième

M. Binaro. Messieurs, La 1° section à poursuivi et terminé l'examen de tous les articles se

R adopté, avec des modifications plus ou moins importantes, les pro po- Sitions formulées par le Comité. Je vais avoir l'honneur de vous rapporter ces modifications :

Tout le utre IL (p. 11 et 12), qui précède laiciér 16e, a été fretranché, et l'art. 16° lui-même, rédigé comme suit : « l'assainisse- |« ment et, s'il y a lieu, la désinfection des locaux CsenRes, prisons, [« hôpitaux, etc.) et des objets à l'usage des soldats. »

| Tout le titre IL, a, b, c (p. 12), est admis sans son jusqu'à l'article 17°, qui est modifié de la manière suivante : « Eviter l'encom- |« brement dans les casernes, prisons, corps de garde, etc., en donnant

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« à ce que la plus grande propreté règne dans ces locaux et autour « du soldat. »

L'art. 19° est adopté sans changement.

A l'art. 20°, sur la proposition d'un membre, on a ajouté cette phrase : « Adopter pour les soldats l'usage général des chemises des « COLOn.

L'art. 29 faisant désormais double emploi avec l'art. 18°, est supprimé. On propose de le remplacer par l'article suivant : « Etablir « dans les casernes des lavoirs avec jets d’eau et robinets, permettant « à chaque soldat de se laver séparément, et à l'eau qui a servi de « s'écouler immédiatement au dehors. » L'adoption de cet article, discuté seulement quant à la rédaction, n’a eu lieu qu'après rejet d’une proposition tendant à munir chaque homme d'un vase particulier pour se laver, l'usage de ces vases étant loin d'offrir les avantages des appareils à eau courante.

A l'art. 24° les mots : « de maladies cutanées » ont été supprimés. L'art. 25° est adopté avec la rédaction du Comité. A l'alinéa suivants les mots : «en LERps de guerre » ont été retranchés.

La section passe à la discussion du titre IV. Les considérations qui précèdent le K 1° lui-même donnent lieu à de sérieuses discussions Plusieurs membres se refusent à admettre la possibilité de l'existence de granulations latentes : Ou la maladie existe, disent-ils, ou elle n'existe pas ; or, pour qu'elle existe, il faut qu'elle soit appréciable à l'œil nu; l'adoption de toute autre opinion pourrait avoir des conséquences immenses au point de vue gouvernemental surtout. D'autres, tout em reconnaissant que les mots : « granulations latentes » sont peut-être impropres, croient que le fait qu'ils tendent à exprimer est bien réel. Après une visite minutieuse, un soldat sera déclaré exempi de tout germe apparent d'une affection ophthalmique, et deux ou trois jours après, sans avoir été soumis à aucune contamination, il se trouvera atteint degranulations. N'y a-t-il pas là une raison suffisante d'admettre l'existence d’une période d'incubation? La section n'a pas adopté cette dernière manière de voir, et après avoir délibéré, elle a prononcé la suppression du 1°.

Le K 2, qui devient le & 1°", est adopté avec ce changement, au lieu de : «n’est plus bornée » on a mis : « n’est pas bornée. » Les (5 el 4 sont admis sans observations.

Le & 5 a donné lieu au dépôt de plusieurs amendements ; 1] a étêm modifié comme suit : « Enfin, sous l'influence de causes d° en « des organes oculaires, de mauvaises conditions hygiéniques, de « l'encombrement surtout, des faits prouvent que l'ophthalmie catar- | «.rhale, sporadique ou épidémique, peut revêtir les caractères de « l'ophthalmie dite militaire, et servir de point de départ à une nou « velle épidémie. »

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Tout le reste du travail du Comité, depuis l'art. 26° jusqu'à la fin, a été adopté presque sans discussion. (A pplaudissements.)

M. Le Présipenr. Ne pensez-vous pas, Messieurs, que pour ne point perdre de temps, il conviendrait de lire uniquement les articles que la Section propose d’amender, et de considérer les autres comme adoptés? . Cette proposition est approuvée.

Les diverses propositions de la section sont ensuite successivement inises aux voix et adoptées.

| M.1e Présinenr. Messieurs, j'ai reçu hier soir une lettre par laquelle l'administration des hospices nous informe que messieurs les membres lu Congrès seront admis à visiter tous les établissements hospitaliers e la ville de Bruxelles, sur la simple présentation de leur carte de membre.

Des remerciments seront adressés à l'administration des hospices. Maintenant, Messieurs, j'ai une communication à vous faire au nom lu bureau.

Quelques membres du Congrès ont exprimé hier le désir de voir insérer in extenso dans le Compte-rendu de ses travaux les procès-veraux des séances des sections. Pris à l'improviste, et sous la préoccuation des grandes difficultés qui lui semblaient s'opposer à la réalisalion de ce désir, le bureau n'a pu s'empêcher de vous exposer ses outes. Cependant, au sortir de la séance, il s’est réuni pour examiner à question de plus près, et, ayant obtenu de messieurs les secrétaires sectionnaires l'assurance qu'ils sont en mesure de fournir les matériaux nécessaires, le bureau s’empresse de vous déclarer qu'il sera fait droit A la réclamation. — Son vœu le plus sincère etle plus ardentest desatisfaire pleinement et en tout point au désir de messieursles membres du (Congrès. Aussi, quels que soient les sacrifices que leur coûtera l’exécu- Lion d'un travail qui n'était pas dans ses prévisions, il sera heureux de Se les imposer pour vous donner une nouvelle preuve de sa volonté de ous être agréable, et concourir à rendre aussi complète que possible la relation des délibérations d’une assemblée qui, par l'illustration de ses membres et la grandeur de ses débats, à pris tout d’abord une des emières places dans la hiérarchie des associations scientifiques. Cettecommunieation est accueillie par d’unanimes applaudissements. M. Le Présinenr. La parole est à M. Croeq pour faire un rapport au 10m de la 2° section sur la 3° question.

M. Croco. Messieurs, La deuxième question soumise à la section est la suivante :

| « Quels sont les agents qui concourent ou qui président à l'accommodation de l'œil? »

La commission organisatrice avait, dans son projet de solution: exposé la doctrine suivante, qui ressort surtout des travaux de Helms holtz. (V:p.169

M. Arlt, de Vienne, accorde au contraire une grande part, la plus | grande peut-être, à la contraction des museles externes de l'œil. H & développé toute une doctrine nouvelle, qui se résume dans les théo= À rèmes Suivants :

1° L'acte de l’accommodation se fait par la contraction simultanée des muscles droits et obliques de l'œil et du muscle ciliaire;

2° L'action seule des différents muscles externes de l'œil, détermi nant une compression de la partie équatoriale du globe, produirait un allongement de l'axe optique, tant au pôle antérieur qu'au pôle posté rieur; en même temps, la convexité de la cornée serait diminuée ;

5° L'allongement de l'axe optique au pôle postérieur n ‘éprouve aucun obstacle :

4° L° allongement de l'axe optique au pôle antérieur est entravé par l’action du muscle ciliaire. Ce muscle se compose de deux par-, ties = a). D'une partie extérieure, qui ne contient que des RU de. fibres longitudinales ; b) d’une partie intérieure, dont les faisceaux s’entrecroisent en divers sens, se rapprochant surtout de la direction: circulaire. Cette disposition anatomique explique comment Îa con-« traction de ce muscle s'oppose à l'extension de la périphérie de læ cornée, et en même temps comment il produit un relâchement de la: zône de Zinn, par lequel le cristallin, grip à son élasticité, peu devenir plus convexe ;

5° C'est à tort qu'on a nié l'existence de la chambre postérieure dé l'œil. Elle existe réellement et rend impossible toute pression de l'iris sur le cristallin. RL

6° L'iris n'a aucune influence sur le changement de forme du cris tallin. Le rétrécissement de la pupille, la rétrogression de la partie périphérique de l'iris, et la progression du bord pupillaire, qui accom= pagnent l'acte de l'accommodation, ne sont que des phénomènes access soires.

M. Arlt ajoute à ces propositions, que le muscle orbiculaire des paupières lui-même n'est pas sans avoir une certaine action dans l'acte de l’accommodation. |

Il appuie ses premiers théorèmes, relatifs à l'allongement du globe oculaire par la pression simultanée des museles droits et obliques sur la partie équatoriale, sur les faits suivants :

‘4° La myopie sedéveloppe, vers l’âge de 15 à 20 ans, chez les jeunes gens qui regardent longtemps de petits objets, qui lisegié beaucoup, | sans qu'on puisse invoquer un état congénial, ni une inflammation. Or, dans la myopie, il y a allongement du globe oculaire, et cet allons

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sement est devenu permanent à force d'avoir été répété par des | accommodations continuelles ;

| 2° Le staphylôme postérieur coïncide très souvent avec les opacités centrales de la cornée et du cristallin ;

| 3° Le globe oculaire présente sur le vivant une tension qu'il ne possède plus après la mort; cette tension est due à la tonicité des | muscles qui s’'insèrent à la sclérotique. Elle est tellement prononcée |que, lorsqu'on veut chez le lapin faire l'extraction du eristallin, celuici est de suite lancé au dehors par la plaie de la cornée ;

4 L'œil devient plus mou après l'application du chloroforme ;

5 Les myopes y voient mieux lorsqu'ils D An le globe oculaire d'avant en arrière ; | 6° La paralysie du nerf oculo-moteur commun anéantit la faculté | d'accommodation.

On a fait à ces propositions les objections suivantes : i° Aucune expérience ne constate l'action musculaire dans l'acte de l’'accommodation.

| 2 L'accommodation à encore eu lieu dans un cas de paralysie de tous les muscles oculaires. — M. Arlt répond que dans ce cas on n'a | pas tenu compte de l'action du muscle orbiculaire des paupières, qui | n'était pas paralysé.

| 5° Après la section de tous lés muscles, on a vu le galvanisme changer encore la position du eristallin.

4e La tension du globe oculaire, signalée par M. Arlt, est due à la | pression du sang chassé par le cœur; la diminution de cette tension | par la chloroformisation dépend du ralentissement des mouvements de cet organe.

| 5° La vision continue d'objets rapprochés, qui exigent que l'on soil | penché en avant, comme celle des caractères d'imprimerie, détermine une congestion oculaire, et celte congestion peut amener à sa suite, | par son renouvellement fréquent, la myopie et le staphylôme postérieur.

Cette congestion, dit M. Arlt, est bornée aux parties antérieures de l'œil; elle est déterminée par la pression qu'exercent les muscles. La preuve, c'est que le reste du visage n’est pas congestionné. D'ailleurs, si la congestion est la même partout, pourquoi est-ce toujours en arrière des insertions musculaires que le staphylôme se forme ?

6° Parfois les muscles de l'œil sont parfaitement développés, et pourtant l'accommodation ne se fait pas.

7° Le staphylôme postérieur se voit dans des yeux qui n’ont pas été exercés, dans lesquels par conséquent les muscles n'ont pas agi pour produire un allongement habituel.

8° La paralysie du nerf oculo-moteur commun ne paralyse pas seu-

lement les muscles externes, mais aussi l'iris et le muscle ciliaire. 9° La selérotique présente fort peu d'élasticité; done les changements produits dans la forme du globe par la contraction des museles doivent être bien faibles. Cependant, pour que l’accommodation pütM avoir lieu par l'allongement du globe oculaire, cet allongement devrait pouvoir aller jusqu'à deux millimètres, ce qui est loin de la vérité. — M. Arlt répond que l'action des muscles externes est essentielle sans doute, mais qu'elle n’est pas seule. ; 10° L’allongement de l'œil au pôle postérieur ne se fait pas sans obstacle ; car c'est là justement que la sclérotique offre la plus grande” épaisseur.

41° Une pression suffisante pour vaincre la résistance de la sclérotique et déterminer l'allongement de l'œil produirait des phosphènes. et le pouls artériel de la rétine, et anéantirait par conséquent la faculté visuelle. | < 02 Tels sont, Messieurs, les arguments qui ont été émis pour ou contre la théorie de M. Arlt. Vous voyez qu'ils ne décident pas complètement la question. Cependant, selon M. Arlt lui-même, le globe oculaire« présente pendant la vie un état continuel de tension, et vous savez combien peu une sphère tendue est susceptible de se laiss& comprimer et de changer de forme. La sclérotique est une membrane fort peu élastique, et plus épaisse en arrière que partout ailleurs; et il ne faut pas une pression bien forte sur le globe pour déterminer des phosphènes et des altérations visuelles. | | On comprend difficilement d’après cela comment la compression exercée par les muscles externes pourrait produire un changement de forme, un allongement suffisant pour agir d’une manière bien efficace” dans l'acte de laccommodation. | Les trois premières propositions de M. Arlt rencontrent donc de sérieuses difficultés, et, pour pouvoir être admises, exigent de nouvelles | preuves, et surtout, comme l'a fort bien dit un membre, des preuves expérimentales. À ré La quatrième proposition de M. Arlt est relative à la composition: et à l'action du muscle ciliaire, dont la contraction. relâche la zone de Zinn, et permet au cristallin, grâce à son élasticité, de devenir plus convexe. | fi | Un membre a fait observer qu'un de ses compatriotes, M. Van Reeken, a déjà dessiné les fibres obliques signalées dans le muscle ciliairem par M. Arlt. Un autre croit que l'élasticité du cristallin mise en jeu par le relâchement de la zone de Zinn, ne suffit pas pour expliquer les | changements considérables de courbure que ce corps subit vers ses parties centrales, et qui ont été indiquées par Helmholtz. — M. Arlts et un autre membre citent des faits où l’'accommodation avait encore lieu après l'extraction du cristallin, el par conséquent sans lui, mais |

on révoque en doute ces faits, dans lesquels peut-être l'accommodation a été purement apparente.

| | Vous voyez par là, Messieurs, que le rôle du cristallin lui-même, | dans l'acte de l'accommodation, est encore loin d'être bien fixé, quoiqu'il soit positivement démontré que ses changements de forme possèdent une grande influence.

La 5° et la Ge proposition de M. Arlt sont relatives à l'existence de la chambre postérieure de l'œil et à l'action de l'iris sur les changeménts de forme du cristallin, action qui, selon M. Arlt, est tout à fait nulle.

Voici les arguments sur lesquels il se base :

4° La hernie de l'iris serait impossible s'il n'y avait un liquide derrière lui, s’il n’y avait pas une chambre postérieure. Cela n'empêche pas que l'iris ne vienne, par son petit cercle, se mettre en contact avec la capsule du cristallin.

2% L'existence de cette chambre postérieure rend nulle la pression exercée par l'iris sur la capsule, les deux chambres de lœil n'étant pas séparées.

5° Dans les cas d'adhérence de l'iris à à la cornée et de coloboma, l'accommodation a lieu sans que l'iris puisse presser sur le cristallin. 4 4° L'iris est tout à fait plat dans des yeux dont la faculté d’accom-

modation est complète; il est bombé au contraire dans des yeux presbytes.

5° Un membre a eu l'occasion de voir un jeune médecin qui peut, à | volonté, dilater ou rétrécir sa pupille ; or, la pupille ne changeant pas | de dimensions, il sait voir à toutes les distances.

Voici les objections faites à cette manière de voir :

1° L'existence de la chambre postérieure n'empêche pas le petit cercle de l'iris de venir presser contre le cristallin.

2 Les expériences de Ludwig ont démontré que la pression de l’humeur aqueuse dans la chambre antérieure augmente lorsqu'on examine des objets rapprochés; l'iris doit, par cette pression, autant que par sa contraction, se maintenir contre le cristallin et empêcher Ja communication de la chambre antérieure avec la chambre postérieure.

9° Il est vrai que, dans les cas de coloboma et d'adhérences de l'iris à la cornée, l’accommodation se fait encore, mais on ne sait pas sielle est complète; d’ailleurs, dans ces cas, l'iris peut encore agir par pression Sur le cristallin, par les points qui sont en contact avec lui. I y a aussi des cas où l'iris est flottant, et où pourtant l’accommodation est bonne; mais cela ne prouve pas que l'iris ne fasse rien : cela prouve uniquement qu'il ne fait pas tout, qu'il ne fait peut-être même pas beaucoup.

De ce qui précède, il résulte que l’action de l'iris est loin d'être

bien établie; cependant, quand on réfléchit que, dans l’acte de l’accommodation, il se modifie d'une manière constante, on doit bien admettre que cette modification a un but, que par conséquent l'iris, comme on l'a dit, est pour quelque chose dans ce phénomène, n'y jouàt-il du reste qu’un rôle secondaire.

Un membre pense que les muscles extérieurs, le musele ciliaire et l'iris sont étrangers à l’acte de l’accommodation. Celui-ci reconnait pour cause les modifications de la forme du cristallin, et celles-ci sont déterminées par un organe spécial, par des fibres circulaires qui exis= tent dans les procès ciliaires, en avant de la capsule du cristallin. De la discussion qui précède résultent les conséquences suivantes : 1° Personne n'a contesté les faits contenus dans le projet de solution du Comité d'organisation du Congrès; les modifications dans la forme du cristallin et dans les diamètres de la pupille sont généralement admises.

90 On ne peut pas dire, dans l'état actuel de la science, jusqu'à quel point la contraction de l'iris agit dans l'acte de l'accommodation. 5° Les muscles externes de l'œil paraissent avoir une part d'action dans l'acte de l'accommodation ; mais cette part ne peut encore être parfaitement déterminée. Pour ce point comme pour l'influence de l'iris, nous devons attendre de nouvelles expériences avant de prendre des conclusions définitives. (A pplaudissements.) (Voir aux Annexes le procès-verbal de cette séance.)

M. Tesreuin (France). Je désirerais, Messieurs, non pas faire une objection, mais obtenir un renseignement sur un seul point. Comment les partisans de l’opinion adoptée par la 2° section expliquent-ils que l'iris puisse agir sur la face antérieure du cristallin ? Jusqu'? à quel point admettent-ils que cette action puisse aller? J'ai intérêt à poser cette« question, car parmi les travaux envoyés à l'examen de ma section, il s’en trouve un dont l’auteur propose l'emploi de la belladone dans le traitement médical de la cataracte. Or, voiei sur quoi il se fonde ; il conseille de dilater fortement la pupille à plusieurs reprises, à l’aide dem ce mydriatique, puis de la laisser revenir à son état normal, dans l'es« poir que, dansces changements alternatifs, l'iris pourra agir assez fortement sur le cristallin pour déterminer la rupture de sa capsule antérieure etamener ainsi l'absorption de la lentille opaque. La 2: sec tion croit-elle à la possibilité de ce phénomène ? |

J'avoue, pour mon compte, qu'avant d'avoir entendu les argumens« qui peuvent être cités à l'appui de l'opinion qui admet que l'accommo-« dation de l'œil aux distances est en partie due à l’action de l'iris sur le cristallin, je ne croyais pas que la chose füt possible. Cela suppose, en« effet, qu'il n’existe point de chambre postérieure, et que l'iris se trouve

mmédiatement en contact avec le cristallin. Mais tous ceux qui se sont À

[livrés à l'étude microscopique de cette lentille, savent que ce n’est pas tune petite difficulté que de la débarrasser du pigment de l’uvée. Quelque Iprécaution que l’on prenne en enlevant l'iris, pour peu que la face |postérieure frotte contre la capsule cristalline, celle-ci reste couverte de pigment. Dans les mouvements brusques de contraction et de dilatation que subit souvent la pupille sous l'influence des variations d'in- |tensité de la lumière, il s’exercerait un frottement considérable entre |la face postérieure de l'iris et le cristallin, s'ils n'étaient séparés par june couche d'humeur aqueuse, et le pigment devrait également se détacher. Or, c’est ce qui n’a pas lieu, donc il y à une chambre postérieure ; et comment l'iris peut-il alors déterminer un changement de {forme FRARORTE

| M. Croco, rapporteur. M. Testelin ne comprend pas bien comment (l'iris, appuyant contre le cristallin, peut exercer une influence sur les [modifications de ce dernier.

L'iris presse par son petit cercle contre la circonférence du cris- [tallin, mais celui-ci ne peut pas reculer par suite de la résistance que lui oppose le corps vitré situé en arrière de lui. Qu'est-ce donc alors {qui doit avoir lieu? C'est un changement dans la forme du cristallin. [La partie centrale doit devenir plus convexe, les parties les plus {molles étant refoulées de la périphérie vers le centre. Voilà comment, [d'après les explications qui ont été données, l'iris peut prendre part à {l'augmentation du diamètre antéro-postérieur du eristallin.

L'iris cependant n'agit pas seul; il y a aussi le muscle ciliaire, dont |la contraction amène le relâchement de la zone de Zinn, et permet par conséquent au cristallin d'obéir à son élasticité, en vertu de laquelle |sa circonférence diminue, tandis que son diamètre antéro-postérieur [augmente. |

| Moilà comment il faut comprendre l’action simultanée de l'iris et du {muscle ciliaire.

| M: Guérin (France). Messieurs, je n'ai pas vu dans le rapport [qu'il füt question de cette circonstance, que quelquefois les vues sont lexcellentes dans des conditions qui, à priori, paraissent détestables. A chaque instant, l'on est frappé de voir des théories, auxquelles on a cru jusqu alors, détruites par des faits qui semblent inacceptables au premier abord. Ainsi, par exemple, on est disposé naturellement, quand ou quitte les banes de l’école, à attacher une grande importance aux fonctions de l'iris; eh bien! l’on ne tarde pas à rencontrer dans le monde des individus qui n'ont pas d'iris, et qui cependant jouissent d'une excellente vue. J'ai eu l'occasion de rencontrer un militaire qui la fait toutes les campagnes d'Afrique, qui a une vue excellente, par- (faite, et qui cependant n’a pas l'ombre d’un iris. fl m'a été impossible {de me rendre compte de ce phénomène. C’est un fait que la science n'a [pas encore expliqué.

Je crois, Messieurs, que beaucoup d’entre vous ont rencontré des individus qui, ayant été opérés de la cataracte et partant n'ayant plus de cristallin, chez lesquels l'accommodation se fesait très bien ; ils pou vaient voir sans lunettes. Je connais une jeune fille de onze à douze ans qui est myope, qui n’a plus de cristallin, et qui voit très bien avec de lunettes n° 7. Ce fait, je ne puis m'en rendre compte. Voilà une trés mauvaise condition visuelle, et cependant la vision est très bonne.

J'ai eu dans ma clientèle un homme qui vit encore. Je l'avais opéré d'une cataracte à un œil, et Je croyais avoir eu simplement un bon résultat, lorsqu'un confrère m'écrivit : « Vous croyez avoir seulemen bien fait, vous avez fait beaucoup mieux que vous ne pensiez. Votre homme voit aussi bien d'un œil que de l’autre. » J'ai voulu vérifier Je fait. J'ai écrit à cet homme. Il m'a répondu une lettre détaillée, mé disant aussi qu'il voyait également bien des deux yeux, qu'il m'écri* vait en fermant tantôt un œil, tantôt l’autre, et qu'il ne voyait pas dé différence. Ces faits sont exceptionnels; mais une théorie, pour être complète, doit rendre compte de tous les faits connus.

En voici un autre qui m'a beaucoup embarrassé encore. J'ai eu à opérer de cataracte un homme qui avait passé entre les mains du meil* leur élève de Dupuytren, et d’un oculiste attaché à la duchesse de Berry. On avait échoué à l'œil gauche; il s'agissait d’une cataracte" très étroite, congénitale. Je me défiais de moi pour l'œil droit ; je mes demandais pourquoi l’on avait échoué ; je sentais que si des hommell d'une grande habileté n'avaient pu réussir, probablementsi jesuivais 164

ay ar une CHAN vision. | A ces faits j'ajouterai une dernière observation. Je ne la présente pas pour qu'on y réponde. Je la présente seulement pour que nous , réfléchissions tous. è M. l'ingénieur Vallée est un des hommes qui ont le mieux écrit sum

la vision; il a soulevé cette grande question de savoir si l’on pourrait trouver géométriquement une courbe telle qu'elle permit, quelles que fussent les conditions de l’intérieur de l'œil, pourvu que les COrps qui s'y trouvaient eussent des surfaces régulières, que l’image füt nette au fond de l'œil. M. Vallée est un géomètre du premier mérite. Il a prés senté sur ce point un mémoire à l’Académie des sciences. Ce mémoiré est resté longtemps sans examen. Enfin une commission a été nommée” et elle a approuvé complétement les travaux de M. Vallée. Je ne m& permets pas de les juger; il y avait là une équation du 4° degré qui n’était pas commode du tout, mais je me suis permis ceci : J'ai dit, je vais faire une réduction graphique, et cette courbe étant réduite graphiques +:

ent, je verrai de quelle manière elle correspond aux courbes que je Lonnais. Ainsi cette courbe réduite peut, dans l'espace de deux millimètres, se confondre graphiquement, même étant très finement des- Kinée, avec une parobole ou un cercle très étendu.

| Eh bien! voici un fait qui s’est offert à mon observation, et qui S'est brésenté plusieurs fois chez des personnes d'un âge avancé et qui hvaient beaucoup travaillé. Il arrive souvent qu'il y a chez ces personnes line polyplopie. Si on leur présente une lumière à trois où quatre nètres, elles voient une lumière bifide ou trifide; à une distance plus brande, elles voient la lumière sous la forme d'une ellipse. Si l'on place Ja lumière en face d'un miroir ordinaire el que ce miroir soit très loin En arrière, elles voient nécessairement cette ellipse. Mais si l'on rapbroche le miroir et qu'il soit d’une autre nature, c'est-à-dire qu'il soit sphérique ou convexe, alors le phénomène change totalement ; elles ont ie ellipse lumineuse devant les yeux.

Dans ce cas je me suis dit ceci : Ne pourrait-on pas modifier les conitions de la vision, en placant devant l'œil quelque chose qui fit que {la partie de la cornée qui doit être une optoïde composée coïncidàt avec a partie de la cornée par laquelle se fait la vision.

La première fois que cette idée me vint, je me servis tout d'abord l'une lorgnette de spectacle, puis ensuite de deux tuyaux sans verre, :t dans ces deux cas je reconnus que la vision multiple avait disparu.

Je ne tire aucune conséquence de ces faits. Je regrette vivement de avoir pas recu de la brillante discussion qui a eu lieu dans la section es enseignements que je désirais. Mais je trouve que la question est très complexe, très difficile, et je désirerais voir constater ce fait, qu'il y des individus qui, dans des conditions de vision détestables en apparence, boulevezsent complétement nos théories. Aussi je me rappelle la théorie que fesait enseigner dans mon jeune âge M. Arago, et aujour- ‘hui je n’y crois plus du tout.

M. Pesreun. Je ferai observer à l'honorable rapporteur qu'il n'a pas rencontré mes objections.

J'ai demandé si l'opinion de la section est que l’action de l'iris peut |ètre assez forte pour provoquer la déchirure de la capsule.

M. le rapporteur n'a pas répondu non plus à la partie de mes objectons relatives au détachement du pigment.

11 m'a dit que l'iris agissait par sa petile-circonférence, qui viendrait |s'appliquer sur celle du cristallin. Alors je changerai ma question et je demanderai comment il peut se faire que, dans la vision ordinaire, l'iris puisse se déplacer à tel point que sa petite circonférence vienne s appliquer sur celle du eristallin. Cela me parait tout à fait imposible, et exigerait au préalable une dilatation énorme de la pupille, plus considérable même que celle que l’on obtient à l'aide de l'atropine. |

Se PROCÈS-VERBAUX DES COMITÉS GÉNÉRAUX.

M. Croco, rapporteur. Je n'ai pas répondu à ces objections, faute de les avoir entendues. M. Testelin a demandé si l’action de l'iris était assez forte pour produire la déchirure de la capsule. Je lui répon* drai que je ne connais aucun fait où la déchirure de la capsule se soit produite par l'action de l'iris; que par conséquent l'expérience, quêm seule nous devons invoquer ici, a répondu négativement.

Il a dit que, sur le cadavre, dès que l'iris touche le cristallin, le pig ment se détache. Mais sur le cadavre on observe cela 24, 36, 48 heures après la mort. :

M. Tesreun. Je l'ai observé immédiatement après la mort sur des yeux d'animaux que je venais de sacrifier.

M. Croco. M. Testelin affirme qu'il a observé ce phénomène sur des yeux tout frais. Un membre de la section, M. Arlt, l’auteur de là nouvelle théorie que je viens d'exposer, nie positivement le fait. En présence de la négation d'un côté etde l'affirmation de l’autre, de la parg de deux hommes également savants et honorables, nous devons coneluré que l’un et l'autre cas peuvent se présenter. Cependant je crois qu'il, est plus normal que le pigment ne se détache pas. Je pense que sk le pigment se détache, c'est par suite de quelque circonstance étran* sère, soit nécrologique, soit pathologique, et il est probable que cette circonstance aura échappé à M. Testelin. En eflet, c’est un fait que le petit cercle de liris touche le cristallin ; dans ses mouvements, il doit" done frotter contre lui; et pourtant on ne voit pas que le pigment soif enlevé. Je demanderai ensuite par quelle force on pousse l'iris vers le cristallin, lorsque le pigment se détache? C'est sans doute avec le doigts ou avec quelque corps étranger : eh bien! je dis qu’on ne peut en au eune façon mettre cette action en parallèle avec la RES exercée pars la contractilité musculaire de liris.

M. Testelin est aussi revenu sur l'explication que ÿ ai donnée touts à l'heure de l’action de l’iris sur le cristallin. Je me suis servi du mot circonférence du cristallin; c'est une expression impropre qui m’est échappée, J'aurais du dire la partie périphérique du cristallin, par opposition à a partie centrale. |

Quant aux cas qui ont été signalés par M. Guépin, ces cas n’ont pas été passés sous silence dans la discussion qui à eu lieu au sein des la section. Différents membres sont venus également signaler des cas dans lesquels il y avait absence d’iris, déviation de ie colobomab| absence de cristallin, et où cependant la vision existait. C'est précises ment à cause de ces cas que la plupart des membres de la section ont" été d'accord que l’action de l'iris n’était pas encore déterminée d’un manière positive.

Tout ce que nous savons, comme le dit le rapport, c’est qu'il y a certains mouvements qui se produisent dans l'iris, qui se produisent.

d'une facon constante dans la généralité des cas, et qui doivent par F4

onséquent présenter quelque liaison avec les phénomènes de l’accomodation. Si cela n'était, ces phénomènes n'existeraient pas, 1ls n’auaient pas de raison d'être, et tout dans la nature a sa raison d'être, ême quand nous ne parvenons pas à la saisir. Quant à l’action u cristallin, on a cité des cas, on a cité des individus qui n'avaient lus de cristallin et qui pouvaient lire à des distances considérables. insi, on à cité une personne qui, avec des lunettes n° 1, pouvait lire épuis une distance de huit pouces jusqu'à une distance de vingt ouces. Mais ces faits s'expliquent de la manière suivante : Les oints lumineux peuvent se dessiner sur la rétine en formant des cerbles de diffusion ; les images ainsi produites ne seront pas nettes, mais Îles permettront cependant de reconnaître les objets, même de lire, urtout si l'individu en a l’habitude. Il ne se fait done pas une accomodation véritable. Il y a seulement accommodation incomplète, ou lutôt apparente. Le seul moyen de vérifier si l’accommodation est éritable et complète, c'est de soumettre l'individu à la mesure optomérique ; alors on peut reconnaitre s'il y a réellement vision nette. Sans pe moyen, on ne peut rien dire de positif : parce que l'individu sait lire, on ne peut en tirer la conséquence qn'il y a réellement accom- Mmodation.

| M: Sicuez (France). M. Arlt me charge de vous présenter une pbservation. Il ne croit pas que l'iris ait une part dans l'acte de l’actommodation, et il se base sur cette considération : si l'iris agit sur le ristallin, ce n’est que par sa contraction ; alors ce serait seulement la artie centrale qui agirait; celle-ci presserait sur le cristallin d'avant en rrière, contracterait, étranglerait pour ainsi dire la capsule, et néces- Fairement la capsule devrait être pressée, ce qui n’est pas.

M. Arlt ne croit donc pas que l'iris prenne une part à l'acte de l'acommodation.

M: Croce, rapporteur./Je répondrai à M. Arlt : que ce n'est pas tout fait par une ligne géométrique que l'iris touche la capsule du eris- In, mais par une surface, par toute la surface voisine du petit erele, de sorte qu'il n y à pas étranglement, mais compression. Les arties les plus molles du cristallin sont poussées de la périphérie vers e centre, celui-ci se bombe, et la première s’aplatit en proportion.

M. ve Présipenr. Personne ne demande plus la parole, je déclare la iscussion close.

La parole est à M. J. Ansiaux pour faire un rapport au nom de a 5° section.

M. J. Axsiaux (Belgique). Messieurs,

Chargé par la 5° section des fonctions de rapporteur sur la septième

uestion qui à été soumise à son examen, j'ai l'honneur de vous faire

connaitre qu'il y a été répondu affirmativement, à l'unanimité, et de vous exposer les considérations qui ont dicté cette réponse. 4 La question n’est pas neuve en Belgique, car en 1851, au Congrélf d'hygiène, M. Hamelrath, d’Ypres, membre de la section, avait déjà proposé de ranger les instituts ophthalmiques parmi les établissements | dont la création était nécessaire sous le rapport hygiénique. L'histoire, si palpitante d'actualité, de la marche envahissante et des: nombreuses victimes de l'ophthalmie granulée contagieuse parmi les armées, et parmi les populations civiles de la plupart des pays dé l'Europe, suffit pour démontrer l'intérêt d'hygiène publique qui domine cette question : Est-il utile qu'il existe des établissements spéciaux pour le traitement des maladies oculaires? Sous ce point de vue seu il est plus qu'atile que de semblables établissements se multiplient, car l'intérêt de la société et sa sécurité commandent en général, comme première règle, l'isolement d'individus possédant le triste privilége dé pouvoir communiquer à leurs semblables le mal dont ils sont atteints* L'utilité de cette mesure est élémentaire et s'offre d’abord à la pensée comme le moyen le plus eflicace de s'opposer à la propagation et & l'extension du mal. Des asiles consacrés au traitement des ophthalmis ques en général, et surtout des ophthalmiques contagieux, sont done des établissements commandés par une administration sage, prudente et comprenant ses devoirs. Leur érection est une œuvre humanitaire et

ophthalmiques. À

L'Etat, la commune les réclament au même titre, car c'est aux diverses administrations de pourvoir à l'entretien des infirmes et dess malheureux ; la dépense qui en résulte et qui devient une charge per

moyen, | il arrive que des maladies, soignées convenablement au L débu | n'exigent qu'un traitement simple et peu prolongé, tandis que. né ne ou Rae ; elles is ue DER AMPRE incurables b | |

pagnes. LA Ces considérations prouvent à l'évidence qu'il y a aussi un avantag | marqué sous le rapport individuel de posséder de semblables établiss sements. 2 La créalion d'inslituts ophthalmiques donne encore une varanti@s morale, c'est AR une panrière aux bi = de ce cs 1

ffowts paralysés dans notre pays, et qui plus tard finira par y devenir impuissant. ;

|| Quant à l'intérêt scientifique, l'élan donné à l'étude de l'ophthalologie, ses progrès, ses travaux et les recherches d’une foule d'hommes marquants, démontrentsans conteste que ce but est atteint en fpartie : la création des cours publics d’ophthalmologie dans toutes les Universités ou Facultés compléterait cette lacune; non pour faire (des spécialistes seuls, car, il importe de bien faire connaitre que la (pensée de la section est que tout ophthalmologiste doit, comme tout médecin encyclopédiste, posséder les connaissances nécessaires au omplément des études médicales. Personne n'ignore d’ailleurs que cest par les monographies surtout que l'on est complètement initié à [la science, et que l’on peut faire les applications propres à la spécialité vers laquelle on est porté.

Toutes ces considérations ont été l’objet de l'attention conseiencieuse de la 5° section, et, parmi les opinions émises pendant la séance, un membre à proposé que des instituts ophthalmiques fussent établis près des grandes écoles de médecine, et sous la surveillance du (gouvernement, parce qu'ils serviraient à l'enseignement; mais que, {pour les autres instituts ou dispensaires, la création en füt laissée à {la spontanéite des médecins fondateurs, qui les organiseraient et les |dirigeraient en raison des localités où ils seraient établis.

| Gette proposition a été favorablement accueillie, et, dans la discus- SiOn qui s’est ouverte à ce sujet, des faits nombreux ont été cités à l'appui de la nécessité de la création d'institutions ophthalmiques, tant sous le point de vue hygiénique, thérapeutique et scientifique, [que sous le rapport administratif.

Ensuite la section à adopté la rédaction du paragraphe A (p.19)de la septième question, sauf une seule modification, consistant à ajouter les mots « et l'enseignement » après ceux-ci « pour le traitement. »

Le paragraphe B a subi peu de changements et a été conservé lout entier : nous avons l’honneur de le soumettre à l'assemblée.

Au n° 5, article Ventilation, la section a cru devoir supprimer les mots «ici plus qu'ailleurs » et ajouter le mot « nuisibles » à courants d'air. :

Au n° 5, Cabinets de consultation et d’opérations, le mot « l'Est » a été remplacé par celui de « Nord » et l'expression de « cabinet obscur » par celle de « cabinet approprié. »

Pour terminer cet exposé sommaire des intentions et de la pensée | de la 5° section, je dois vous faire connaître les deux articles addition- | nels qui ont été formulés et votés par la section. | Le premier est ainsi conçu : « Il existera dans chaque Faculté | « un grand établissement ophthalmique aussi complet que possible; | « Loutefois, vu les diversités des exigences sociales de chaque pays,

« il est à désirer que les médecins qui ont étudié spécialement l’opls « thalmologie prennent l'initiative dans les pays qu'ils habitent, dans « la confiance qu'ils trouveront dans les institutions municipales et « générales l'appui auquel ils auront prouvé qu'ils ont droit. » be second, a été rédigé en ces termes :

« Une chaire ciol d'ophthaimologie existera dans chaque Unis versilé où Faculté de médecine. » (Applaudissements.)

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