LS
Les diverses propositions contenues dans ce rapport sont successi vement mises aux voix el adoptées.
M. Le PrésipenT. La parole est à M. Crocq, pour faire un rapport oral au nom de la 2° section sur la 4° question.
M. Croca. Messieurs,
La troisième question proposée à la section était celle des ophthals mies spécifiques.
Voicicommentla Commission organisatrice l'avait résolue (V.p. 17)
Une discussion, à laquelle ont pris part un grand nombre de mem bres, s’est engagée sur celte question.
La plupartde ces orateurs ont repoussé la solution de la Commission®
Pour qu'il y ait réellement spécificité, il faut que telle maladie, telle lésion déterminée ne puisse jamais se développer que sous l’influencé d'une cause unique. Toute lésion qui n'est pas dans ce cas ne peut être dite spécifique. Cependant, 1l faut toujours tenir compte des cir* constances, des conditions, des causes sous l'influence desquelles l'ophthalmie s'est développée, qui en modifient la marche, le pr nostic et le traitement. Pour atteindre ce but, plusieurs membres ont proposé de supprimer le mot spécifique, et de ne faire mention que des ophthalmies spéciales, dont l'adoption ne peut choquer aucune doctrine médicale. Un membre a soutenu que, dans bien des circon* stances, les ophthalmies empruntaient aux diathèses et aux états géné raux auxquels elles doivent naissance des caractères spéciaux qui les font reconnaitre ; 1l a eité comme exemples les ophthalmies syphilitique et serofuleuse. Il en à conclu au maintien des conclusions de la Com mission, c'est-à-dire du principe des ophthalmies spécifiques. Quelques membres ont appuyé cette manière de voir, tout en faisant des réserves sur la fréquence des ophthalmies qui méritent réellement ce nom.
Un membre croit qu'un grand nombre de maladies oculaires ont leur cause dans un état général de l'économie, et qu'il y a des ophthal mies qui méritent le nom de spécifiques ; cependant elles ne présens tent pas de caractères tellement tranchés qu'on puisse de l'examen de l’ophthalmie remonter à la cause qui l’a produite. Deux autres memes bres ont au contraire repoussé entièrement la spécificité. LI
Led
A la suite de cette discussion, la section a adopté, pour être lues Pn séance du Congrès, comme résultat de ses délibérations, les propo- Sitions suivantes : |
| « 4° Il est démontré par la statistique qu’un grand nombre de cas Île maladies des yeux ont leur cause unique, ou du moins prédisposante, dans la constitution du sujet.
« Les mêmes lésions anatomiques peuvent cependant, à peu Hexceptions près, se développer quand la diathèse, qui souvent en Pst la cause, n'existe pas.
« 20 Ceci posé, il faut dans chaque cas étudier les causes générales {e plus possible; si l'examen clinique en démontre positivement lexislence, on pourra, on devra même accepter dans la dénomination de la maladie le principe étiologique. Cette manière d'agir exercera certainenept une influence avantageuse sur les progrès de la nosologie et de la hérapeutique; mais 1l ne peut être permis de généraliser la nomenllature étiologique; on doit la réserver exclusivement pour les cas où lmewelation assez évidente se manifeste entre les diathèses et la forme inatomique de la maladie.
« 9° Il faut constamment tenir compte de la constitution et des ‘auses qui peuvent en provenir; 1l est possible qu’en procédant de cette acon, On parviendra, par une observation plus exacte, à trouver des ifférences entre les lésions anatomiques de maladies réputées semblables, mais observées dans différentes conditions dela constitution. » | Ces propositions sont mises aux voix et adoptées.
du
| M: Le Présipenr. Plusieurs membres du Congrès m'ont fait parvenir lune demande tendant à ce que M. Vou Graefe soitprié de nous donner connaissance de ses idées sur le traitement du glaucome.
| Je crois d'autant moins devoir me refuser à la manifestation de ce Idésir, qu'il est partagé par tous les membres du bureau.
| Après s’en étre longuement défendu, M. Von Graele cède à la emande qui lui est adressée. (Nombreux applaudissements.)
M: Vox Grazre (Prusse). Messieurs, je suis véritablement dans le lus grand embarras de devoir vous faire à l'improviste une communication dans une langue qui m'est étrangère. Je vous demande loute votre indulgence, car j'offenserai vos oreilles de la manière la plus inaccoutumée. (Applaudissements.) .
Messieurs, si l'on a besoin de s'entendre sur une maladie, c'est Surtout sur le glaucome, qui a toujours eu le privilége d'entretenir la confusion dans les esprits.
| Autrelois, on entendait par glaucome une pupille large, immobile, à travers laquelle on croyait voir un fond d'œil verdâtre, en un mot [un état qui présentait Lous les caractères d’une amaurose incurable. Plus tard, on a cherché la cause de ce désordre dans certaines
altérations anatomiques. On à cru trouver aussi la source du glau come dans le corps vitré, dans le nerf optique, etc. Enfin, arrix l’ophthalmoscope, qui était destiné à répandre des lumières sur tan de choses obscures jusqu'alors. Naturellement on eut l'espoir qu l’ophthalmoscope donnerait aussi bientôt des renseignements sur k nature du glaucome, mais cet espoir ne se réalisa point; au contrairé ce fut peut-être l'ophthalmoscope qui porta la confusion à son plus haut degré. On découvrit que, dans la plupart des cas, le glaucom présentait des altérations très différentes, mais on crut que celles di nerf optique en était la lésion principale, et chaque fois qu'on déco vrit cette altération, on [a désigna sous le nom de glaucome.
Quelle était done cette affection du nerf optique? H y avait d'a bord un changement de forme dans la papille, laquelle paraissail convexe et semblait saillir à l'intérieur de Pœil. On remarquait d'autre part des changements dans la distribution et dans la forme des vais seaux en contact avec le nerf optique. Il y avait, en troisième lieu, un pouls artériel, qu'on peut produire aussi sur l'œil sain. Lorsqu'of appuie longtemps le doigt sur le globe, il arrive un moment où le sang n'entre plus dans la rétine que par saceades, où l'artère cen* trale parait et disparait alternativement d'une manière complète; c'est ce pouls qu'en voit se produire spontanément dans le glaw COME x
Il était bien clair qu’on n'était pas en droit d'attribuer au glaucome ces divers symptômes qu'on trouvait dans le nerf optique, et de ranget dans une même catégorie des maladies d’un aspect si différent.
J'ai fait des études sur les altérations intra-oculaires qui m'ont amené à rechercher minutieusement les différents symptômes qui se présentent dans le glaucome. Je suis parvenu à une conclusion primé cipale, c'est que la pression intra-oculaire ÿ est exercée d’une mæ nière particulière. Tous les symptômes qui constituent lhabitus« glaucomateux peuvent être réduits à celte exagéralion de la pression intra-oculaire, et voici comment : |
D'abord il est reconnu que le globe oculaire dans le glaucome e beaucoup plus dur que dans l’état normal. C’est un symptôme qui est connu depuis longlemps, et qu'on explique facilement par la présence d'une plus grande quantité de liquide dans l'intérieur de l'œil. Ensuite; on sait que les veines sous-conjonctivales se dilatent dans le glaucome Ces veines forment dans le domaine des veines ciliaires antérieures unk circulation collatérale,: supplémentaire, la circulation normale étant génée dans les émissaires veineux postérieurs.
Ensuite la cornée, dans le glaucome, devient anesthésique. C'es un signe qui n'était pas connu autrefois, et qui vient s'ajouter aux autres. Naturellemént cette anesthésie se présente sous des formes dif férentes; mais, dans le glaucome complet, vous pouvez prendre ut
etit morceau de papier, toucher la cornée dans toutes ses parties, L vous verrez qu'elle ne réagit absolument pas.
Il est vrai aussi que de cette anesthésie de la cornée dépendent les utres affections qu'on voit survenir dans celle partie de l'œil.
Cette anesthésie s'explique par la pression intra-oculaire. Si elle ugmente, les rameaux nerveux qui vont dans la cornée sont compri- 1és, et leurs fonctions s'émoussent.
L'état de l'iris s'explique parfaitement de la même manière.
Ce qui caractérise le glaucome, c'est le mydriasis et limmobilité e la pupille. C’est encore la pression intra-oculaire qui suspend l'acion des nerfs et il est constaté que l'affection de la pupille dépend de la uspension de l’action nerveuse.
Poursuivons les symptômes ophthalmoscopiques.
On a cru longtemps que la papille optique avait une forme con- ‘exe; elle est au contraire concave. C'est une erreur que nous avons {lù corriger après deux années d'observation avec l’ophthalmoscope. il y à des raisons qui rendent très difficile la distinction des bas eliefs et des hauts reliefs au fond de l'œil. C'est ce qui explique l’ereur dans laquelle nous sommes restés longtemps, et qui nous faisait roire que le nerf optique était convexe, tandis qu'il y a environ un an tdemi ou deux ans, nous avons reconnu qu'il était concave.
Ce fait a été constaté dès lors par des observations très exactes.
Cette excavation du nerf est encore due à la pression. Le point insertion du nerf optique est certainement le point le plus faible ans toute l'enveloppe du globe de l'œil. Il est tout naturel que, s’il y a lus de liquide dans l’intérieur de l'œil, il se forme une espèce d’ectahe; de manière que cette affection du nerf optique, que nous nomiuns tout bonnement excavation du nerf re est regardée comme
ti phénomène de pression exagéréc.
| J'avais déjà acquis cette conviction en poursuivant la nosologie de ivers cas, lorsque le fait a été confirmé par M. H. Müller, qui à xaminé plusieurs globes oculaires que je connaissais déjà. Le résultat e ses recherches a prouvé authentiquement que cette excavation du herf optique était due à une pression.
| Le phénomène du pouls artériel est le phénomène qui m'a amené
e plus directement à mes idées sur le glaucome; je vous ai fait remaruer déjà que si l'on exerce une pression externe, le sang entre dans a rétine par saceades et le phénomène du pouls se présente. Il en est e même dans le glaucome.
L'amaurose qui survient si vite dans les cas de glaucome aigu h'est pas due à des altérations de ussus; elle n'est pas due nou plus l'excavation du nerf optique; mais c’est un symptôme consécutif ; t voilà en quoi les idées que nous nous étions formées sur le glaucome nt changé depuis trois ans.
Notre opinion s'étant modifiée à cet égard, est venue la questiol de savoir si l’on ne pouvait pas en trouver expérimentalement la véri fication. Il s'agissait de diminuer la pression intra-oculaire. Le pre mier moyen que nous avons essayé à été l'emploi des mydriatiques Je crois avoir démontré que les mydriatiques n’agissent pas seulemen sur l'iris, mais qu'ils diminuent aussi la pression musculaire. Mat les mydriatiques restèrent sans effet. |
Le second moyen auquel je me suis arrêté a été la paracentèse la chambre antérieure. Eh bien! par ce moyen, nous avons obte des effets thérapeutiques très saisissants. Malheureusement, ces effet devaient être temporaires, l’inflammation glaucomateuse revenail D'autre fois l'inflammation ne reparaissait pas, mais le champ de vision se rétrécissait, la cornée devenait plus anesthésique, l'iris Pig décoloré.
Enfin, je crois avoir trouvé un moyen qui remplit parfaitement l'indication. Je crois que l'excision d’une portion de l'iris est le moye le plus énergique pour diminuer la pression intra-oculaire. C’est ui fait dont vous pouvez tous vous convaincre, qu'en excisant une parti de l'iris, l'œil devient plus mou. |
C'était surtout dans le staphylôme que j'avais acquis cette convi@ tion. Ainsi, dans le staphylôme partiel, il n’y a pas de moyen plu efficace pour diminuer la pression intra-oculaire que d'exciser l'iris
Enfin, il y avait plus d'une raison pour me faire croire que l'irideé tomie diminue la pression intra-oculaire, et c'était pour moi motif de l'appliquer dans le cas de glaucome aigu.
Sur le premier sujet que j'opérai, J'obtins les résultats les pl brillants. Cependant, ils ne m'inspiraient pas grande confiance, paré que je me rappelais toujours les vaines espérances que je m'étai faites sur la paracentèse. J'avais craint que la maladie se reproduisit ou que la vue baissàt de nouveau. Eh bien! j'ai attendu, et il n’y pas eu de rechute. La vue est toujours restée bonne. Il y a un an& demi environ que j'ai recours à ce moyen, et dans aucun cas je n’ai && de rechute.
Je dois toutefois faire remarquer que cette méthode a ses limites et que c'est à l'expérience à indiquer quelles sont ces limites. JM opéré peut-être une quarantaine de fois, et il n’y a pas de rechute ; 18 personnes opérées ont gardé la vue.
D'autres fois, j'ai opéré sans aucun succès, et j'ai reconnu ain$ qu'il est des limites hors desquelles le procédé reste sans influenc J'ai tâché de déterminer autant que possible quelles étaient ces limites et j'ai reconnu que, lorsque l’excavation du nerf optique est très pre noncée, lorsque le champ de vision est très étroit, l’iridectomien donne pas de résultats ou n’en donne que de temporaires, c'est là ques j'ai eu des rechutes, ces cas se présentent lorsque le glaucome existé”
Hepuis six mois où un an. L'iridectomie nous à surtout paru avanlageuse dans les cas où un individu a un glaucome sur un œil et pas sur l’autre, et présente des prodromes indiquant qu'il arrivera à une Pécité complète.
Ce que je viens de dire s'applique surtout aux cas de glaucome higu ; mais il vous est connu qu 1l se présente un cas Siquel on peut Honner aussi le nom de glaucome, et qui se développe non pas avec des 1ccès inflammatoires, mais d'une manière plus lente, où la pupille Hevient un peu large, où la chambre antérieure devient plus plate, et pù peu à peu tous les phénomènes du glaucome se produisent. Pour ce as, je ne puis encore vous donner de résultats absolus ; je crois pouroi dire que là aussi l’iridectomie sera le moyen le plus efficace, mais e ne pourrai décider la question qu'après une nouvelle expérience de lrois ou quatre années.
Ce sont des formes qui avancent quelquefois très lentement et où a marche de la maladie parait pendant quelque temps s’arrèter.
Je dois, Messieurs, terminer cette communication en ajoutant quel-
ues mots sur certains cas d’amaurose où l’on voit l'excavation de la apille optique, et où tous les autres signes du glaucome font défaut. e sont des amauroses avee excavation du nerf optique, et qu'il est lificile de distinguer du glaucome chronique, lorsqu'il n'y a pas autres signes. Cette forme d’amaurose peut très bien être une mala- Mie substantielle du nerf optique dépendant d’une altération organique le ce nerf, de sa compression, ete.
On peut très bien se figurer qu’une pression exercée sur une partie juelconque du trajet du nerf optique détermine une altération de sa papille. Eh bien, dans ce cas, je n'ai absolument rien obtenu de l'iriectomie. (Applaudissements unanimes et répétés.)
M. Le Présipenr. Nous remercions M. Von Graefe de sa complaisance et de sa belle communication. (Nouveaux applaudissements.)
M: Sicue. Messieurs, les membres étrangers auxquels vous avez fait l'honneur de les nommer vice-présidents, me chargent de remercier 1. le Président de limpartialité, de l’indulgence, de lhabileté et de a bienveillance avec lesquelles il a conduit nos débats et les a fait hboutir à un résultat heureux, positif, et bien supérieur à celui qu'on pouvait espérer d'obtenir en quatre jours, avec une si grande diversité l'opinions.
Je suis chargé aussi de remercier messieurs les membres du Comité ‘organisation ‘an zèle, de l'intelligence et de l'activité avec lesquels ls ont rempli leur difficile et hirieuse mission. (Applaudissements lépétés dans toutes les parties de la salle.)
| M. Donpers. Je propose un bravo de plus pour M. le Secrétaire fénéral. (Nouvelle salve d'applaudissements.) | 5
M. Quapri (Naples). Au nom de plusieurs membres du Congrès; j'ose prier les dames qui ont bien voulu assister à nos séances de nous faire l’honneur de participer au banquet de ce soir. (Applaudis sements unanimes.)
M. ce Présinenr. Nous voici arrivés au terme du temps affecté à notre Congrès; quelques instants encore, etil appartiendra à l histoire. Quel jugement en sera-t-il porté ? Quel rang occupera-t-il? C’e à l'avenir à nous l’apprendre.. Ce qu’on ne pourra lui contester, c’esl d’avoir réuni dans son sein les plus hautes sommités de la spécialité au profit de laquelle il a été convoqué. Ce qu'on ne pourra lui con: tester, c’est d'avoir pendant sa courte durée offert le tableau de kk meilleure intelligence, de la concorde la plus touchante, de la plus intime union dans les sentiments. Quand il y a eu divergence dans les doctrines, elle s’est produite avec convenance et franchise, exprimée avec réserve et urbanité. Ce qu'on ne pourra lui contester, c’est d’avoir vu ses membres rivaliser constamment de zèle et d'assiduité, et quand sonne l’heure de sa clôture, présenter des rangs aussi serrés qu'au jour de son installation.— Voilà ce qui prouvera que le Congrès a été pris au sérieux et qu'aux yeux de tous, il n’a pas dues un seul instant de son importance.
Vous allez bientôt quitter ces lieux; quelques heures encore, € les routes autour de cette capitale transporteront au loin les éléments du Congrès. Nos plus affectueux souhaits vous accompagneront. S'il ne nous a pas été possible de vous recevoir aussi bien que nous l’au* rions désiré, et que vous y aviez droit (Vives réclamations), nous aimons à croire que, par sa sincérité et son empressement, notre ac cueil aura racheté ce qui lui manquait en éclat.
Nous vous faisons, Messieurs, nos sympathiques adieux ; oui, adieux! car pour un grand nombre d'entre nous, c’est la dernière fois SANS doute que nous sommes réunis.—Soyez heureux dans vos personnes; dans vos relations, et puissent les jours trop courts que vous nous avez consacrés, sacrifice dont nous ne saurions assez vous témoigner notre reconnaissance, laisser dans vos esprits et dans vos cœurs ui doux souvenir.
Je déclare close la session du Congrès ophthalmologique dé Bruxelles.
Ce discours estaccueilli par d’unanimes applaudissements, plusieurs fois r'épétés.
La séance est levée à trois heures trois quarts.
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PREMIÈRE SECTION
Président : F. HAÏIRION: Secrétaire : F. BINARD.