‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 23 sur 112 · MM. LES MEMBRES INSCRITS DANS LA SECTION SONT · texte numérisé non relu

MM. LES MEMBRES INSCRITS DANS LA SECTION SONT

MEssr£urs

Esmarck. Küchler. | Rossander.

Froebelius. Lamberty. Rossi.

Anagnostakis. Gioja. Levrat, Rothmund.

| Gioppi. Matuschenkow. Samarelli.

Gluge. Melchior. Schotten.

Graefe (Von). Müller (Ch.). Serre (d'Uzès).

Guépin. Muralt (Von). Sichel.

Hasner. Nifïle. Sprengler.

Herschel. Oriiz. Tenore. :

Hess. Pagenstecher. Udekem (d”).

Heyman. Palasciano. Van Biervliet.

Homburger. Picard. Van Roosbroeck.

alvo y Martin. Horner. Ponti (F.). Vleminckx (V.).

| Hoyack. Poznanski. Vogelsang.

Jaeger (E.). Quadri Willebrant (Von).

Januskiewicz. Quaglino. Lylinski.

Kabath (J. de). Riboli.

Kônigshôfer. Roberts.

Séance du 13% septembre.

La séance est ouverte à 9 heures.

M. LE PRÉSIDENT appelle au bureau comme vice-présidents : MM. DESMARRES (France), Ep. Jascer (Autriche), Bowman (Angleterre), Quanri (Naples), Cazvo x Marrin (Espagne), et Baunuin (Pays-Bas).

La première question à l’ordre du jour est la suivante :

« Quelle est l'influence que la découverte de l’ophthalmoscope a exercée « sur le diagnostic et le traitement des maladies de l'œil?»

M. Quanri dit que cette question se résout en quelque sorte d'elle-même ; l’ophthalmoscope a donné au diagnostic et au traitement des affections ocu-

laires une certitude qu’ils n'avaient pas. Il à d’abord douté de sa haute valeur mais après avoir parcouru l'Allemagne et avoir vu Îles résultats qu'en obt naient les savants de ce pays, il est resté convaincu que cette découverte ét appelée à rendre d'immenses services. Personne ne peut d’ailleurs mettreÆ point en doute.

M. Serre (d'Uzès) ne veut en aucune façon contester les services rendus pi l’ophthalmoscope; mais il ne faut pas en abuser; il ne faut pas croire qui rende inutiles les autres moyens d'exploration, et qu'à lui seul il puisse suffi Il faut savoir établir sa limite, le point où cesse sa sphère d'action. Il ne pet nous faire voir que les phénomènes objectifs, anatomiques ; mais à côté d’eu se trouvent les troubles fonctionnels, subjectifs, qui sont tout aussi impor anis et qui parfois existent seuls. — Si par exemple il y a un épanchement & avant de la rétine, ou bien si le nerf optique est seul malade, sans que ni rétine, ni aucune autre partie de l’œil le soient, l’ophthalmoscope n’appren dra rien sur la nature et la gravité de la lésion. Dans ces cas, il existe u moyen qui va plus loin que l’ophthalmoscope, qui donne en quelque sorte mesure de la lésion de lappareil nerveux, de sa lésion fonctionnelle : : 0 moyen, c'est la lumière phosphénienne.

M. Serre(d’Uzès) établit qu’il y a un rapport direct et constant entre la pr@ duction des phosphènes et la sensibilité des parties de la rétine que lo explore ; que la lumière phosphénienne ou subjective produit un effes qui es toujours en rapport avec celui produit par la lumière externe ou subjective 1! dit que ce moyen peut dévoiler une maladie que l’ophthalmoscope ne permé pas encore de constater positivement, parce que les lésions matérielles n’on pas encore eu le temps de s’y établir. F cite un malade qu'il a vu il y a dew jours à la clinique de M. Desmarres, et chez lequel l’ophthalmoscope n’indi quait rien; sur quatre phosphènes qui auraient.-dû exister, trois manquaient l'appel. [ne faut donc pas être exclusif; il faut fixer les limites de ces deu méthodes d'exploration, les faire marcher de pair, afin qu’elles se contrôlent s'appuient et se suppléent mutuellement.

M. Von GRAFFE croit que personne ne doute que l'examen ophthalmoscopi que ne doive constamment être accompagné de l’examen fonctionnel ; et il nt faut pas uniquement s'occuper des phosphènes, comme l’a fait M. Serre (d'Uzès), mais de tous les actes fonctionnels de l'organe visuel. — Quant àl valeur des phosphènes eux-mêmes, M. Von Graefe ne partage pas l'opinion dt l'honorable préopinaut, parce qu'il n’est nullement établi, comme celui-ci M dit, qu’il y ait une relation constante entre la susceptibilité de la rétine pou la lumière objective et la vivacité de Ha lumière subjective ou phosphénienne®

M. Desmarres insiste sur l'immense utilité de lophthalmoscope. Il désire que le Congrès se prononce sur ce point d’une façon catégorique, afin de porte la conviction chez les praticiens, nombreux encore, qui révoquent en doutë ses services. [l déplore que son usage soit si peu répaudu en France.

M. Sicuez croit que l’ophthalmoscope n’a pas besoin qu’on prenne sa dé fense; on ne peut pas plus nier ses services que la lumière du soleil, El në montre sans doute pas les lésions fonctionnelles, mais il n’en a pas la pré tention ; il n'exclut pas lés autres moyens de diagnostie, il leur vient en aide d'une manière puissaute. Ainsi, dans l’amaurose cérébrale, il ne montré rien, mais C'est encore là un signe très utile, quoique négatif; M. Sichel la remarqué très souvent, car l’amaurose cérébrale, qu’il a le premier no est plus commune à Paris que partout ailleurs; elle forme à peu près la moitié des cas d'amaurose qui s’y présentent.

L'usage de l’ophthalmoscope est sans donte moins PE en Franc qu’ el

rh

Allemagne ; mais il n’est pourtant pas exclu. Dans ce dernier pays, la plupart les médecins l'emploient habituellement, et l’on y tombe même dans l'excès à et égard ; dernièrement, une thèse défendue dans une université allemande

“nonçait cette proposition : « Désormais plus de diagnostic possible en ophthal-

nologie sans ophthalmoscope. » M. Sichel combat ces excès; il rappelle qu’on

teconnaissait et qu'on traitait les maladies oculaires avec succès avant l'oph-

Ihalmoscope, qui n’enest pas moins une admirable découverte.

M. Sichel est d'accord avec M. Von Graefe pour ce qui concerne les phos- )hènes ; il n’a pas vu qu'il y eût un rapport constant entre eux et le degré de la maladie, il a observé des maladies oculaires incurables dans lesquelles les

1 hosphènes se manifestaient. Il n’en dira pas plus, les phosphènes n'étant pas bn discussion.

| M. Sichel termine en à demandant que le Congrès s'occupe de déterminer les

maladies dans lesquelles l'examen ophthalmoscopique est utile ou nécessaire,

bu celles daus lesquelles il ne l’est pas.

| M. Vox Grarre croit qu’il rendra surtout de grands services dans les opacités

bu les lésions du cristallin, du corps vitré et de la rétine. [l pense que, même

lans les cas d’amaurose cérébrale, l’ophthalmoscope peut fournir d’utiles onnées pour le pronostic. Celui-ci est favorable lorsque la rétine est pel-

[ucide et que ses vaisseaux sont normaux, alors même que le malade ne - aurait plus lire même de gros caractères. Il est défavorable lorsque la sub-

tance du nerf devient opaque, blanche, comme fibreuse, et que les vaisseaux : endent à disparaître.

M. Sicuez croit qu'il vaut mieux continuer la discussion générale, et réserver

plus tard la question des amauroses cérébrales.

| M. Kucuzer pense qu'il faudrait diviser la discussion en trois points princi-

baux : 1° Quelle est l'utilité de l’ophthalmoscope? 2 Quel est à peu près le

Fhamp de son application, à quels états du globe oculaire peut-il être applijué; 3° Quel est son degré d’utilité dans les différents cas spéciaux ?

M. Quapri fait remarquer qu'il y a encore d’autres poiuts de science que la fection doit discuter,des points très importants ; il y a donc un inconvénient

donner à cette discussion une telle extension.

M. Cacvo y MarTiIN compare l’ophthalmoscope au sthétoscope de Laënnec; tomme lui, il fournit des signes objectifs, anatomiques, là où autrefois on llevait se contenter de signes subjectifs, sujets à induire en erreur. [Il a donné lu diagnostic plus de précision, à tel point qu’en fort peu de Lemps, avec l'habitude de l'instrument, on peut arriver à une certitude quine s’acquérait

hutrefois que par de longues années de pratique. | M. Le Présinenr propose de voter sur les propositions soumises au Congrès. M. Donvers propose de ne pas voter, à cause du danger qu'il y a toujours à trancher par un vote une question de science. Après quelques observations de M. Kucuer, CrocQ, Von GRAëFE et War-

OMON?, la proposition de M. Donders est adoptée.

M. Donvers fait remarquer que de la discussion ressort un fait bien positif, est que personne n’a nié les résuliats de l’ophthalmoscopie. Celle-ci reste

Honc un fait acquis à la science.

| M. Desmarres fait remarquer que, sans émettre un vote, le Congrès peut

rouver par une manifestation quel prix il attache à ce moyen d’ exploration.

M. Kucuser croit que tout le monde doit désirer que l’on continue la dispussion sur l'ophthalmoscope. Pour quelle eût lieu avec fruit, il faudrait qu’un Inembre se chargeât de dresser sur ce point quelques propositions qui seraient liscutées dans la prochaine séance.

M. LE PRÉsiveNT prie MM. Vox GrarreelHEyman (de Dresde), de vouloir bien se charger de ce soin. Ce dernier y consent volontiers.

11 formulera ces propositions pour la séance d’après-demain, ( V. la séanceM du 15.) |

L'ordre du jour appelle la discussion sur la deuxième question, ainsi conçue:

« Quels sont les ageuts qui concourent où qui président à l'accommodation. « de l’œil? »

M. le docteur SCHAUENBURG (de Domi n'ayant pu assister au Congrès, envoie la note suivante, relative à la question en discussion :

« A. Nous regardons comme un fait démontré que, dans laccommodation à des distances éloignées, les fibres rayonnées de l'iris se contractent, tandis: que l’anneau formé par leurs insertions au sphincter pupillaire, se relâche, ou plutôt est maintenu en état de relâchement, de sorte que:la pupille est dilatée. Il en résulte nécessairement les conséquences suivantes :

« a) La pression circulaire que le cristallin subit toujours de la part du bord, pupillaire, esi plus largement répartie et moins intense;

« b) La voussure de la face antérieure du cristallin, pour autant qu’elle résulte de cette pression, devient moins prononcée ;

« c) La distance du centre du cristallin au centre de la cornée augmente;

« d) La chambre antérieure acquiert une plus grande capacité ;

« En conséquence, dans l’accomplissement de cet acte visuel, le bord pupilil laire de l'iris se retire vers la circonférence du cristallin, tandis que humeur aqueuse passe entre les deux pour venir remplir l’espace situé en avant de. l'iris, lequel est devenu plus considérable.

«€ B. De même, nous devons admettre que, dans l’accommodauion à des dis=M tances rapprochées, surviennent les changements suivants :

« a) Les libres rayonnées de l'iris secontractent, maisle sphincter pupillaire se contracte aussi à un degré plus élevé, de sorte que la pupille se rétrécit ; alors lan pression du sphincter, mentionnée plus haut, devient plus limitée et plus forte;

«b) Par suite de la diminution -de son diamètre, lawoussure du cristallin devient plus considérable ; le centre de la face antérieure de ce dernier se ra proche de la cornée ; la capacité de ja chambre antérieure diminue ;

€c) Dans cet acte, le bord pupillaire de liris s’avance vers le centre du cristallin, tandis que l'humeur aqueuse se porte en partie en arrière.

€ D'après ces deux ordres de faits, il y a en arrière de l'iris un espace à paroiss mobiles, qui, d'après les circonstances, admet plus ou moins de liquide. Cet espace est la chambre postérieure de Petit; on peut se le représenter sous las {orme d’un bassin circulaire, dans le milieu duquel le cristallin fait une saillie semblable à une ile arrondie, de sorte qu'il ne reste pour le liquide qu'un canal en forme d'anneau. Ce canal est placé en avant de la lame antés rieure de la zone de Zinn, de la même manière que le caual de Petit est situés entre les lames antérieure et postérieure.

«Le canal de Petit n’a aucune communication, la composition chimique des SOn Contenu est inconnue.

« Dans l’accummodation à des distances éloignées, la chambre postérieure: peut s'agrandir de façon à contenir à peu près le double d'humeur aqueuse, et à n'être plus séparée de la chambre antérieure, plus considérable, que pal une simple ligne constituée par le sphincier pupillaire.

« Cet élargissement a lieu parce que la grande circonférence de l'iris est poussée en avant, Landis que la petite circonférence, le sphincter de l'iris, qui appuie toujours sur le cristallin, glisse vers les parties périphériques et plus

profondes de 4 lentille. En même temps, la chambre postérieure devient plus profonde, surtout là où la lame antérieure de la zone de Zinn et la capsule s'insèrent. Si de nouveau l'œil s’accommode à une distance rapprochée, le bord pupillaire glisse en avant et en dedans, le bord ciliaire se porte en arrière, la partie antérieure de l'iris s'applique sur le cristallin, et l’humeur aqueuse retourne en partie par la pupille dans la chambre antérieure.

« On à l'occasion d'observer ces déplacements de liquide, lorsque celui que renferme la chambre postérieure est sanguinolent.

« De fortes instillations d’atropine peuvent déterminer une mydriase telle, c'est-à-dire une telle paralysie des fibres circulaires de l'iris, que le sphincter pupillaire abandonne complétement le cristallin, et que les deux chambres constituent un espace indivis, comme chez les malades atteints d'iridérémie (absence de l'iris). La paralysie s'empare aussi des muscles externes de l'œil, de sorte que le globe oculaire se porte en avant, comme M. Von Graefe l’a vbservé le premier, Elle atteint également les fibres circulaires du muscle ciliaire, de façon qu'elle devient la cause de la presbyopie mydriatique, dont nous parlerous plus loin.

« Comme preuve de cet état de l’œil soumis à ces instillations, il suffit d’invoquer l’espace libre que rencontre l'aiguille introduite devant la zone de Liuu et derrière l'iris. Elle arrive librement dans le champ visuel, sans toucher ni l'iris, ni le cristallin. Nous rappellerons encore ici, en passant, l’expérience souvent répétée de Petit, consistant à montrer à l’état de congélation le liquide qui se trouve en arrière de l'iris, les considérations de M. Budge, et l'observation très juste de M. Arlt, que dans les perforations artificielles de la cornée, comme dans celles déterminées par des abcès, on ne peut s’expliquer que par la présence d’un liquide en arrière de l'iris, la saillie vésiculaire du prolapsus iridien qui survient. Si l'iris était appliqué immédiatement sur la zone de Zinn tendue et sur le cristallin, comme Cramer et ses partisans le prétendent, il serait maintenu dans cette position en vertu de l’auraction, et ne ferait que très rarement hernie.

« Allons plus loin, et demandons-nous quels sont les facteurs qui agissentle plus immédiatement daus l'acte de l’accommodation et qui déterminent les phénomènes précédemment indiqués. Nous trouvons ici en première ligue le système musculaire interne du bulbe oculaire.

« L’uvée possède ur double système musculaire composéde fibres circulaires et de fibres rayounées. Ces dernières appartiennent à l'iris, et sont engagées dans sou parenchyme. Les premières en sont séparées, appartiennent à la choroïde, et constituent le muscle ciliaire. Ces deux systèmes se correspondent mutuellement, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique. Les fibres rayonnées sont connues depuis longtemps ; les fibres circulaires ont été démontrées par M. Henri Müller, et en même temps par MM. Arlt et Lamdt. Elle n'apparaissent pas, comme M. Arlt le pensait récemment, sous forme de fibres isolées, courtes, feutrées, mais constituent un véritable anneau musculaire, qui se comporte vis-à-vis des fibres rayonnées comme le constricteur de l'iris vis-à-vis de son dilatateur.

« Quant à l’action de ces faisceaux musculaires antagonistes contenus dans le muscle ciliaire, on peut à peine la déterminer par des faits, soit physiologiques, soit pathologiques ; cependantil me paraît assez plausible que, dans l’accommodation pour des objets éloignés, la contraction des fibres rayounées du muscle Ciliaire entraîne la tension de lazone de Ziun, et la rétraction., ou toutau moins la fixation, du cristallin. L'action de l'iris est par là considérablement enrayée, et la forme du cristallin paraît en général n'avoir subi aucune modification.

« Dans l’accommodation pour des distances rapprochées, il y a contraction simultanée des fibres circulaires du muscle ciliaire et de l'iris. Les deux lames de la zone de Zinn sont relâchées et laissent au cristallin une plus grande mobilité; cela résulte de la contraction du sphincter ciliaire. ;

« La pupille se rétrécit, les fibres circulaires de l'iris surmontant l’action des fibres rayonnées, leurs antagonistes, la portion interne de l'iris s’applique contre la partie périphérique du cristallin; de sorte que celui-ci, déjà rendu plus mobile, est repoussé en arrière, tandis que sa partie pupillaire devient plus convexe, en même temps que se produisent les phénomènes décrits plus haut. L'image de la capsule antérieure s’avance à la partie interne de l’image de la capsule postérieure, et se place davantage au milieu, entre elle et l’image de la cornée. En même temps’ cette image devient plus petite er plus claire, ce qui prouve la convexité plus considérable de la partie antérieure de la capsule. — Ces changements sont dus à la contraction du sphincter àe liris.

« La pression uniforme que liris, fortement tiré en dehors, exerce en même temps sur la partie marginale du cristallin, ne produit que la régression de la lentille dans son ensemble, et le changement de forme de sa face antérieure. La face postérieure ne subit aucun changement, comme le prétendent Helmholtz et Stellwag, contrairement à Cramer ; ce fait est démontré par l’immo“ bilité de l’image de la capsule postérieure.

« Si l'acte de l'accommodation dépendait uniquement dusystème musculaire interne de l'œil, Stellwag devrait avoir raison lorsqu'il prétend donner la démonstration purement physique, que la face antérieure ne peut devenir plus convexe sans qu’un changement semblable ait lieu à la face postérieure.

« Il en est pourtant ainsi, et cela nous paraît d'autant plus admissible que,« dans l’accommodation à des distances rapprochées, l'axe visuel, qui s'étend du pôle cornéal à la tache jaune de la rétine, s'allonge aux dépens du diamètre équatorial, et cela par suite de la contraction de l’ensemble des muscles extrinsèques du globe oculaire. Cela étant, la pression exercée à l'intérieur de l'œil sur la face postérieure du cristallin doit se réduire à zéro, tant par suite de la contraction simultanée du système musculaire uvéen, que par suite de l’action particulière exercée par les muscles obliques contractés.

« Ainsi, lors de l’accommodation à des distances rapprochées, le système cristallinien, déformé seulement à sa face antérieure, le point de croisement des lignes, ainsi que la sclérotique, la choroïde, la rétiné et la tache jaune,« sont reportés en arrière. Il y a donc rétrogression tant de l’appareil diopurique que de l'appareil catoptrique. Dans l’accommodation à des distances“ éloignées, les rapports reviennent à l’état opposé, qui doit être considéré comme l'état typique.

« La circonférence du cristallin devient-elle plus étendue lorsqu'il y à uD haut degré de tension de la zone de Zinu ? C’est ce qu'il est difficile de décider; toutefois, c’est aussi peu vraisemblable que peu important. En effet, les changements de forme du cristallin sont limités à sa face antérieure, d’où il résulte que les modifications dans l'épaisseur du cristallin ne peuvent pas être notables. » |

M. Serre (d'Uzès) pense que si, en général, il est vrai de dire que, Don | vision des objets rapprochés, la pupille se dilate, et qu’elle se resserre pour lan vision des objets éloignés, cela n'est pas toujours éxact dans les cas particuliers. [ faut tenir compte de l'éclairage de l'objet; si l’objet le plus éloigné

est très éclairé, et que l’objet le plus rapproché soit au contraire très obscur, le contraire pourra arriver. Dans la vision des objets éloignés, il attribue une part dans la dilatation de la pupille à la dégradation des teintes, à la moindre quantité de lumière émise par les objets.

M. Von GrAErE soutient que les vbjets émettent toujours la même quantité de lumière, qu'ils soient rapprochés ou éloignés, mais qu’ils n’en envoient pas la | même quantité sur la réline.

| M. Donvers pense que la pupille se rétrécit toujours dans l'acte de l’accommodation, lorsqu'il s’agit d'objets plus rapprochés, sauf à se dilater en même | temps si la quantité de lumière émise par l’objet est insuffisante. | M. Von Gragre fait remarquer que tout ceci se rapporte uniquement à l'homme ; chez le chien c’est le contraire, la pupille se dilate pour la vision des objets rapprochés.

| M. Jagcer connaît un jeune médecin dont l'iris obéit à la volonté, qui peut | à volonté changer les diamètres de sa pupille. [ sait lire à toutes les distances | avec les pupilles dilatées ou rétrécies, à volonté. Chez lui, l’accommodation | se fait sans modification dans l'iris. [Il en résulte que, dans certains cas parti- | culiers, celle-ci n’est pas essentielle à laccommodation. | M. Arzr expose une nouvelle doctrine relativement à l’accommodation.

Il insiste surtout sur les faits suivants :

1° Le globe de l'œil subit un allongement par la contraction des quatre | muscles droits et des deux obliques, qui le compriment selon son diamètre | équatorial ; 2% Le muscle ciliaire n’est pas uniquement formé de fibres qui se dirigent | vers les procès ciliaires ; il y a aussi des fibres circulaires, comme l’a démon- | ré M. le professeur Henri Müller, et des fibres obliques; 5° Il existe réellement une chambre postérieure de l'œil, non autour du | bord pupillaire, où l’interstice entre l'iris et la capsule cristalline est effacé, | mais vers la grande circonférence de l'iris; celui-ci ne prend en aucune façon | part aux phénomènes de l’accommodation ; | 4° Dans certains cas, l’orbiculaire des paupières lui-même, par la pression | qu’il exerce sur le globe oculaire, parait avoir une certaine action sur l’accom- | modation. | | M. Donpers fait remarquer que la théorie de M. Arlt mérite d’être étudiée et | discutée; pour cela, il convient qu’elle soit formulée en quelques propositions | rédigées en français, afin que tous les membres puissent les comprendre. | M. Muiuer (Hanovre), appuie cette proposition, à laquelle M. Arlt s’em- | presse de souscrire.

M. Serre (d'Uzès) revient sur le fait des mouvements volontaires de l'iris, signalé par M. Jaeger. L'iris n'étant susceptible que de mouvements réflexes, | il faudrait savoir si le sujet agit directement sur cet organe, ou bien s’il agit sur un autre, par exemple sur l'appareil de la respiration, qui lui transmet- | trait le principe du mouvement.

1 M. Donpers nie que tous les mouvements de l'iris soient des mouvements

| réflexes , et cite à l'appui l'acte de l’accommodation, qui est un acte tout

volontaire. Du reste, l'iris reçoit des filets d’un nerf moteur encéphalique, l'oculo-moteur commun. Il à vu le cas dont a parlé M. Jaeger, mais il n’a pas

| pu s'assurer si la pupille ne subissait pas de changements dans l’accommodation.

M. Jascer ‘répond qu'elle n’en subit pas.

La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.

La séance est levée à quatre heures et demie.

Séance du 14 septembre.

La séance est ouverte à neuf heures du matin. Fi M. Croco, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la précédent@ séance. La rédaction en est approuvée. 1 M. LE Président. L'ordre du jour appelle la suite de la discussion sur {a question IE. (Accommodation.) !

M. Donpers lit les six propositions dans lesquelles M. Arlt a renfermé SX doctrine, les voici : | « 4° L'acte de l’accommodation se fait par la contraction simultanée des muscles droits et obliques de l’œil et du muscle ciliaire ; | « 2% L'action seule des différents muscles de l'œil déterminant la compres sion de la partie équatoriale du globe de l'œil, produirait un allongement de l'axe optique, tant au pôle antérieur qu’au pôle postérieur ; en même temps la convexité de la cornée serait diminuée; « 3° L’allongement del’axe optique au pôle postérieur se fait sans obstacles « 4 L'allongement de l’axe optique au pôle antérieur est entravé par l’action du muscle ciliaire. Ce muselese compose de deux parties:a) d’une partie extérieure contenant seulement des faisceaux de fibres longitudinales; b) d’une« partie intérieure dont les faisceaux s’entrecroisent en sens divers, se rappro chant surtout de la direction circulaire. Cette disposition anatomique expli que comment la contraction de ce muscle s'oppose à l'extension de la péri: phérie de la cornée, et en même temps comment, la zone de Zinn étant relâchée, le cristallin peut, grâce à son élasticité, devenir plus convexe. «5° C’est à tort qu’on a nié la présence de la chambre postérieure de l'œil Elle existe réellement et empêche toute pression de l'iris sur le cristallin. « 6° L’iris n’a aucune action sur les changements de forme du cristallin. L@ rétrécissement pupillaire, la rétrogression de la partie périphérique de l'iris et la progression du bord pupillaire, qui accompagnent l’acte de l’accommo dation, ne sont que des phénomènes accessoires. » La discussion est ouverte sur la première proposition. M. Serre (d’Uzès) demande par quel moyen expérimental op a constalé l’action des muscles droits et obliques.

M. ArLr cite à l’appui la myopie acquise, qui se développe chez les jeunes gens par suite de la fatigue que fait éprouver aux yeux l'examen de petits objets ; l'œil s’allonge d’avant en arrière, et, à force de s’allonger ainsi con* stamment, garde cette forme. On constate en effet que, dans la myopie, l& globe oculaire est allongé.

Cet allongement de l’axe de l’œil pourrait être regardé comme congénial, ou comme le résultat d’une inflammation ; mais on le voit chez des jeune gens qui ne sont devenus myopes que vers 16 ou 20 ans; il n’est donc pas congénial, — Il n’est pas non plus le résultat d’une inflammation, qui aurai conduit au ramollissement, et qui aurait laissé comme conséquence un allons gement du globe oculaire : car on ne trouve pas la moindre trace d’inflammæ tion, ni des troubles fonctionnels qui pourraient la faire soupçonner; Of trouve seulement les signes de l’ectasie vers Le pôle postérieur du globe. Une autre circonstance qui parle contre l'hypothèse d’un état inflammatoire ou congénial, c’est que très-souvent on rencontre le staphylôme postérieur dans les opacités centrales de la cornée et du cristallin ; or, il serait étonnant que le hasard associàt toujours ces lésions à un état congénial d’allongement

du bulbe; il ne serait pas moins étonnant que ces opacités donnassent nais- | sance à une inflammation des parties postérieures du globe oculaire. — On | comprend au contraire fort bien que les quatre muscles droits et les deux | obliques, en se contractant simultanément, allongent le globe sans lui faire | subir aucun mouvement.

| M. Serre (d'Uzès) fait remarquer qu’il a demandé une expérience, et non | le résultat d'observations, comme M. Arlt vient de le donner ; il faudrait pour | l'obtenir isoler complétement l’action musculaire et voir quels résultats elle | fournit. M. Serre lui-même est très presbyte; or, en pressant latéralement | sur ses yeux, il y voit nettement à la distance ordinaire; il a allongé son bulbe | oculaire. Si, au contraire, un myope presse sur ses paupières, d'avant en arrière, il y voit mieux aussi, parce qu’il presse de manière à raccourcir l'œil, à le repousser en arrière. Voilà des expériences directes qui valent bien toutes les preuves d'autre nature.

M. Donpers fait remarquer qu'il ya eu un temps où l’on attribuait l’accommodation uniquement à l’action des muscles obliques; on ne leur connaissait pas d’autres fonctions ; aujourd’hui, on connaît mieux l’action de ces muscles, et l’on sait qu'ils servent à mouvoir le globe de l’œil, sans que l’accommodation de la vue aux distances y soit pour quelque chose. On à coupé ces muscles et, après leur section, on a encore vu le galvanisme changer la position du cristallin. Dans un cas de paralysie de tous les muscles de l'œil, l’accommodation avait encore lieu. En présence de tous ces faits, il faudrait une preuve directe, une expérience, pour croire que ces muscles agissent réellement sur l’accommodation de l'œil. Les faits cités par M. Arlt relativement à la myopie acquise sont exacts ; mais |iln’a pas tenu compte de l’hypostase qui se développe nécessairement pendant la position déclive qu’on donne à la tête pour lire ou pour regarder de petits | objets. Les vaisseaux de la rétine sont dilatés, et l’on peut en conclure que ceux de la choroïde le sont aussi. Il y a donc dans la vision des objets rapprochés une congestion de l’œil, et cette congestion en se prolongeant peut | laisser à sa suite les lésions signalées par M. Arlt. S'il y a pression dans la | direction du diamètre équatorial de l'œil, sans doute au bout de quelques | années, il y aura un léger allongement; mais rien ne prouve qu’il puisse y \ avoir un allongement momentané considérable, ni que la pression exercée sur le liquide changera la forme du globe, car la sclérotique est fort épaisse en arrière, et elle a fort peu d’élasticité. On ne peut done admettre que les muscles externes de l’œil contribuent directement au phénomène de l’accommodation.

M. Arur croit que le globe de l'œil doit sa résistance non à son contenu, | mais à ses muscles; les muscles droits et obliques d’une part, le muscle {ciliaire d'autre part agissent par leur tonicité, qu’il ne faut pas confondre | avec la contraction. Aussi, de suite après la mort trouve-t-on le globe plus mou. Dans les opérations de cataracte, on voit parfois qu’il devient moins | ferme, sans que la moindre quantité de liquide soit sortie: M. Cocciusa trouvé que l'œil était beaucoup plus mou après la chloroformisation. Szokalski ne parvint pas à opérer chez des lapins l'extraction du cristallin, parce que tou- | jours celui-ci était lancé comme par une contraction hors de la plaie de la cornée. [l n’en était pas de même lorsque le chloroforme avait été employé, |ou que les quatre muscles droits avaient été coupés : alors l'opération mar- | chait régulièrement.

La compressibilité du bulbe se démontre encore par ce fait, que les myopes | voient mieux en la mettant en jeu. — Le globe de l'œil, mis dans l’eau, durcit | rapidement; il n'était donc pas tout à fait rempli auparavant. M. Donders

croit que l'allongement peut dépendre de l'hypostase; mais celle-ci s'étend également à tout le globe; el pourquoi le staphylôme postérieur ne dépassez L- fl pas en avant la région où s'insèrent les muscles obliques ? d

Jl a dit hier que dans les cas où le nerf oculo-moteur est lésé, l’accommo® dation ne se fait plus bien. Il y a des cas où, malgré cela, elle se fait encore# mais ils sont exceptionnels, et l’on doit y tenir compte de l’action du musclé orbiculaire, Quant à la section des muscles, si l’on en coupe deux, trois, quatre, il en reste encore suffisamment pour exercer une action.

M. SicxEL à fait de fréquentes extractions de cataracte sur des lapins vivants etil a vu le cristallin lancé en avant ; mais on peut éviter cet accideut en opéra avec lenteur.

. M. Arcr ajoute que l'hypérémie déterminée par la vision soutenue d’objet rapprochés se borne aux vaisseaux de la partie antérieure de l'œil et de conjonctive; la position n'est donc pas seule en jeu, mais aussi la contractio: des muscles qui gênent la circulation. Si c'était La position, le visage aussi serai congestionné, et c’est ce qu'on n'observe pas : l'hypérémie est bornée à conjonctive et aux vaisseaux ciliaires antérieurs.

M. Jascer fait remarquer qu'il v a des cas dans lesquels les Re

l’œil sont parfaitement développés, et où la faculté d’accommodation manque | Dans d’autres, les muscles sont paralysés et l’accommodation existe. Si pression musculaire peut produire le staphylôme postérieur, il a vu ek revanche un cas dans lequel le staphylôme s’est développé justement dans | l'œil qui ne voyait pas, qui n'était pas exercé. 4 | M. Serre (d'Uzès), M. Donders a énoncé un fait très eurieux, €’est que là congestion seule peut amener un changement dans la forme de l’œil, mais un changement insuffisant pour l’accommodation. Le changement nécessair pour celle-ci est pourtaut bien peu de chose, 4 ou 2 millimètres, et c'est réel | lement étonnantque l’œil, qui est une lunette très courte, puisse voir à toute les distances, tandis qu’à nos lunettes il faut un développement si considérable Dans l’œil, il ne faut qu’un simple effort, une pressiou du doigt pour produire un chaugement suffisant. Sur un œil de bœuf, on peut s'assurer que, pour des distances inégales, l’image reste sensiblement la même; cependant l'instinet indique qu'un changement s'opère dans l'œil lorsqu'on regarde des objet | inégalement distants.

M. Doxpers fait observer que si, après la mort, l'œil présente un certail degré de relâchement, il faut tenir compte du sang que les mouvements dt cœur n’y chassent plus : pour qu’il y ait rigidité, il faut une pression. ei celb pression ne peut être que ceMe de la colonne du sang, Mais comme l'élasticité de la sclérotique est fort peu de chose, il faut fort peu de sang pour déter: miner celte pression, et sa quantité n'influe eu rien sur les changements ( forme. Quant à l'expérience de Szokalski, que le chloroforme diminue l’actic du cœur et par conséquent la pression, elle ne prouve donc rien. La congestio hypostatique amène une augmentation de la pression, et cette augmentatio! doit amener une extension du côté où la résistance est la moins grande, à |: 4 partie postérieure de l'œil; mais cette extension est bieu peu de chose, vu peu d’élasticité de la sclérotique. La paralysie du nerf oculo-moteur commu | amène Sans doute la perte de la faculté d’accommodation; mais c’est qui l'iris, el par conséquent le muscle ciliaire, sont paralysés, en même temps qui les muscles oculaires externes. Si ces muscles seuls sont paralysés, l’accom 4 modation s'opère encore. Pour qu'elle ait lieu , il faut un allongement

1 1/2à 2 millimètres, et l’action des muscles ne peut le produire. Elle es sans doute associée à l'acte de l'accommodation, mais sans en être la cause

M. Arlt w’attribue aux mouvements de l'iris qu'une action secondaire. Quant au fait de staphylôme, cité par M. Jaeger, c'est un fait spécial, isolé, d'où l'on ne peut rien conclure. Il est vrai que l'adaptation n’a plus lieu qu'imparfaitement lorsque l'iris estrendu immobile par l'action de l'atropine; mais, dans ce cas, les muselés droits eL obliques sont aussi relâchés, leur contraction, affaiblie, suflit encore pour mouvoir le globe, mais non pour exercer sur lui uné compression. Il ne prétend pas du reste que l'allongement du bulbe suffise à lui seul.

M. Max Lancengecx pense que les muscles externes sont étrangers au phéuomène de l'accommodation, ainsi que l'iris et le ligament ciliaire. Pour lui, cetacte est moius compliqué, il a son organe propre: ce sont des fibres cireulaires qui existent dans les procès ciliaires, à la partie antérieure de la capsue du cristallin. En1845,il a vu à l'œil nu ce que depuis on à vu à l’ophthalmoscope et à l'ophthalmomètre ; il a vu le changement de forme de la capsule dueristallin, dont: la face antérieure se courbe beaucoup plus que la face postérieure, qui ne se courbe presque pas, et ila vu que la position des images de Sanson changeait dans les différentes positions du cristallin. M. Von Graefe a depuis observé un cas semblable, mais il n’a pas cité M. Langenbeck, qui Pavait déjà constaté sept ans auparavant. Pour recourber: ainsi la face antérieure de la capsule, il croit que les muscles externes, l'iris et le muscle cilidire ne /suflisent pas;: il faut l'organe spécial qu'il a découvert, et que Kôlliker a nié, quoiqu'il ait vu clairement ses fibres.

M. Doxoers a cherché vainement ces fibres. fl demande que M. Langenbeck veuille bien les lui montrer.

M: Lancexgecx s'y engage volontiers.

M. Jarcer fait observer à M. Arlt qu'on trouve des hommes d’un certain âge qui ont beauconp'travaillé, qui ont sans doute la vue courte, mais ne présentent'pas de staphylôme postérieur ; au contraire, il y a des oisifs qui sont Wiyopes et qui le présentent, sans que leurs muscles se soient beaucoup fati- | gués à comprimer lœil.

| M. Desmarres pense que les muscles externes ne fout tout au plus que fournir uu point d'appui solide à la contraction du muscleciliaire. [| demande que cette discussion soit remise à demain.

a section décide qu'on passera aux autres points de la théorie de M. Art.

M. Donpers lit la seconde et la troisième question.

.clbifait remarquer que si les muscles externes agissent, ils doivent allonger l'œil vers la cornée et faire diminuer la convexité de celle-ci ; car en arrière, quoi qu’en dise M.Arlt, leur effort rencontre la tension de la sclérotique qui est plus épaisse.

0M: Von: Graëre dit qu'il faut un degré d’allongement assez fort du globe veulaire, et que, la résistance étant très grande, une pression encore jinsuftisante pour déterminer cet allongement dounerait lieu au pouls artériel de layétine et anéantirait la vision: On sait en effet que, dans ce cas, la vision est suspendue, parce que le:sang n'arrive plus à la rétine que d’une manière irréyulière el par saccades.

M: Arl pense qu'il faut établir une distinction entre une préssion subite etbune pression progressive, entre une pression générale uniforme et une pression partielle: La pression qui engendre les phosphènes et la suppression dé la vision est une pression: partielle et subite. Du reste, les myopes présentent réellement l'allongement antéro-postérieur.

M. Von Graëre. La pression limitée du globe de l'œil donne lieu aux phosphèues ; imais, pour produire le pouls artériel de la rétine, la pression doit

ètre générale, M. Arlt a prétendu aussi que des ectasies postérieures considé= rables pouvaient exister sans que la vision fûL anéantie ; mais celte pression ue se fait pas sur le point où se montre le pouls artériel ; et M. Desmarres observé que, dans les maladies de la choroïde où la pression se fait, elle ne monte pas au point de produire des lésions fonctionnelles. l M. Donpers lit la quatrième proposition de M. Arlt. Il ajoute que les fibre obliques décrites par celui-ci avaient déjà été dessinées par M. Von Reeken. M. Von GRrarre dit que le cristallin est plus aplati dans sa position habituelles que lorsqu'il est abandonné à lui-même, par exemple lorsqu'il est luxé. Cela provient de l’action de la zone de Zinn. Mais le changement d’élasticité dur cristallin ne suffit pas pour expliquer les changements de courbure, qui sont très grands dans la partie centrale de l'organe, comme il résulte des mesures de Helmholtz. Il doit donc y avoir une autre cause que l'élasticité du cristal lin qui agisse pour en augmenter la convexité. À M. SicneL rappelle la théorie de Treviranus sur l'influence de la différence de densité des diverses couchvs du eristallin. M. Donvers répond que Kohlrausch a démontré que les calculs de Treviranus étaient faux.

M. Arr ne pent réfuter les observations de Helmholtz; mais il fait remar= quer que l’accommodation a lieu sur des yeux privés de cristallin ; les mesures justituées par Volkman et d’autres l’ont prouvé, à moins d'admettre que dans: ces cas le cristallin s'était régénéré, ce qui n’est pas admissible, quoi que ces auteurs en aient dit. Il est vrai que, chez beaucoup d’opérés de cataracte, on ne trouve plus d’accommodation; mais il faut pour la trouver choisir de jeunes sens de 45 à 20 ans. On ne peut donc tout expliquer par les mouvements ek les changements de forme du cristallin.

M. JARGER partage cette dernière opinion; il a observé un malade de plus! de 50 aus qu’il avait opéré d’une cataracte de l'œil gauche, qui a lu de cet œil avec une lunette n° 1, depuis la distance de 20 pouces jusqu’à celle de 8; tandis que, de l’œil droit, il lisait depuis 16 jusqu’à 4 pouces; la distance de la vue distincte était donc restée la même. Il voyait les objets éluignés au moyen de l’œil opéré. | M. Von GRAEFE a des doutes sur ces faits, parce qu'il a fait des observations nombreuses, el n’a jamais pu se convaincre de l’accommodation. La faculté de lire ne suffit pas, car on peut voir distinctement à des distances différentes avec de grands cercles de diffusion, pourvu qu’il n’y ait pas d’interférences ;. des presbytes accommodent ainsi en apparence leur vue pour de petites dis= Lances, mais sans y voir nettement. Le deruier fait de M. Jaeger est le plus convaincant. Il a examiné à l’optomètre des opérés qui savaient lire à des distances qui variaient de 4 à 5 pouces, el qui voyaient en même Lemps SuË un mur assez éloigné d’eux, sans pouvoir constater d'accommodation ; celle-ci m'était qu'apparente, mais en réalité elle n'existait pas. Il est vrai que si l'on prend des verres n° 1, on se rapproche de la mesure cptométrique ; cependant on ne peut pas encore en tirer de conclusion rigoureuse. M. Serre (d'Uzes) indique un moyeu optométrique très simple, qui mesuré la distance de la vue distincte d’une mauière géométrique. « Mettez, dit-il, a devant de l'œil une épingle, vous verrez un faisceau; éloiguez la, le faisceau se rétrécira; enfin, vous arriverez à un point où vous ne verrez plus qu’une epingle, ce as indique la distance de la vue nette, celle où il n’y a plus de diffusion.

M. ous lit la cinquième proposition de M. Arlt. M. ALT croit qu'il ÿ à contact eutre le bord pupillaire de l'iris et le cristal

lin; mais vers la périphérie l'iris s’en éloigne, de façon à constitner un espace circulaire, une espèce de canal rempli par un liquide. Si cet espace n'existait pas, si l'iris était immédiatement accolé au cristallin, les hernies de l'iris par les plaies de la cornée seraient impossibles. Il existe donc une chambre postérieure derrière l'iris, et dès lors on ne comprend pas que celui-ci puisse appuyer sur le cristallin.

11 a pas trouvé dans le mémoire de M. Van Reeken les fibres circulaires du muscle ciliaire.

M. Donpers fait observer qu'en effet ces fibres n’y sont pas décrites, mais qu’elles y sont uettement dessinées.

M. Von Graere dit que le sphincter de l'iris parait presser contre le cristallin, et peut ainsi empêcher le passage du liquide de la chambre postérieure dans la chambre antérieure. L'existence de la première n'empêche donc pas que la contraction de l'iris n’exerce une pression sur la périphérie du eristallin.

M. Doxpers montre qu’il y a ici différeutes questions qui se présentent. La première est celle de l'existence de la chambre postérieure. Les arguments de M. Arlt n’en démontrent pas directement l’existence, les expériences inslituées dans ce but ne donnent pas de résultats constants: ainsi, en faisant cougeler l'œil, tantôt on a trouvé de la glace dans cet espace, tantôL on n'y en a pas trouvé. Tout cela ne sullit pas pour faire adopter une opinion de prélérence à l’autre. M. Von Graefe à dit avec raison que, même en admettant l’existeuce de la chambre postérieure de l'œil, la pression de l'iris sur le cristalliu pourra.t encore exister. M. Arle a dit que lorsque l'iris étais adhérent à la cornée, il y avait encore accommodation parfaite. Là n’est pas la question; ce que nous demandons, c’est si la pression est possible d’une manière quelconque, et si l’on peut se la figurer, même en supposant qu’il existeune chambre postérieure; car si la pression du sphincter iridien est assez forte pour agir sur le cristallin, il y aura conctact parfait entre ces deux organes, et les deux chambres seront séparées Mais il y à un autre fait, démontré par les expériences de Ludwig : c'est que la pression de l’humeur aqueuse dans la chambre autérieure augmente lorsqu'on regarde des objets rapprochés. Par là, l'iris aussi doit subir une pression plus considérable à sa face antérieure, et par celle pression, aussi bien que par la contraction de ses fibres circulaires, il restera :eu contact avec le cristallin et s’opposera au passage du liquide de la chambre postérieure dans là chambre autérieure. Ainsi, même en admettaut l'existence de la première, la pression de l'iris peut exister ; nous ne disons pas qu'elle existe réellement, mais elle est possible.

M: Arr soutieut que l'iris, séparé du cristallin par le liquide de la chambre postérieure, ne peut presser sur lui; les deux chambres étant toujours en commuuicaliou, quoique par un espace très étroit.

M. Doxvers. Cette pression n’a pas lieu seulement dans le cas où l'iris est partiellement adhérent à la cornée.

M. Douders lit la dernière proposition de M: ArlL.

M. Vox Graëre rappelle que, dans les expérieuces de Helmholtz, on voit parfaitement l’action de l'iris; mais on ne saurait pas dire quelle influence il exerce.

M. Arcr. Comment se fait donc l’accommodation, puisque vous n’admettez pas l’action des muscles, et pas davantage celle de l'iris ?

M. Donvers. Ou a cherché à l'expliquer par l’action du sphincter et des fibres radiaires de l'iris; la contraction du premier détermine une pression Sur le cristallin, et cette pression est telle qu’elle fait changer son degré de convexité. Cela seul ne suffit pas saus doute, mais la disposition anatomique

des parties doit nous conduire à admettre que cela existe, car il ya réellemen U rétrécissement de la pupille,en mêmetemps que le cristallin devientplus con” vexe. Cependant, dans des cas d’adhérence partielle de l'iris à la cornée,« d'absence de cette membrane, l’accommodation était assez complète; on peu donc dire que l'iris fait peu de chose dans le phénomène de l’accommodation mais cela ne prouve pas qu'il n’y fasse rien. C’est seulement si dans ces cas om pouvait mesurer l’extension de l’accommodation, et si on la trouvait normäle, qu’on serait autorisé à dire que l'iris ne fait rien. Mais jusqu'à présent on n4 pas eu loccasion de le faire; on ne sait donc pas si, dans ces cas, l’accommo® dation est complète. On pourrait encore citer les cas où l'iris est flottaniret où la vue est bonne, et ceux de coloboma dans lesquels l’adaptationtest par: faite; mais dans ce dernier cas il peut encore agir. Tout ce qu'on peut dire d’après cela, c'est que l’accommodation est un acte complexe, dans lequel l'iris paraît faire quelque chose, mais pas beaucoup. HO

M. Air revient sur ce fait que, dans le coloboma, l accommodation est con plète. Elle ne l’est pas dans les yeux presbytes, dans lesquels pourtant l'iris se trouve dans les conditions où Helmholtz et Kramer l’ont représenté. Eble l’est au contraire dans des veux dont l'iris est tout à fait plat. M. Hewri Muller a démontré aussi que l'iris n’a pas beaucoup d° sors + sur le PRE de l’accommodatiou. ur 1; tj

La séance est levée à midi. 4 sue" hé 451

Séance du 15 septembre.

La séance est ouverte à neuf heures. sf L'ordre du jour appelle l'exposé des PÉRPAE relatives à eniptoï de l’ophthalmoscope. TES M. Heyma a rédigé, de concert avec M. Von Graele, une note sur les :cas principaux dans lesquels l'ophthalmoscope peut être employé utilement. commence par les altérations du cristallin révélées par cet instrument: : ©! L’exploration du cristallin s’est beaucoup perfectionnée dans ces dernières années; l'éclairage oblique fournit un moyen de reconnaître les premières opacités qui s’y forment; cette méthode peut rivaliser avec Pophthalmoscope; et mérite même la préférence dans quelques cas. Cependant, celui-ci est encore très utile dans l'étude des cataractes. 11 fait reconnaître les différentes formes et le siége des opacités, dont l'étude exacte a conduit à préciser, mieux qu'ot ne pouvait le faire jusqu’à présent, la marche et la durée du développement de Ja cataracte. Il apprend par exemple à connaître les cataractes station: naires, formes qui ne tendent qu’à un progrès très lent, ou même à un arrêt complet. Il fait reconnaître les opacités cristalliniennes déterminées par les maladies des parties qui entourent le cristallin, et dont les prose pa E de la maladie productrice. Lu L'ophthalmoscope permet ainsi de reconnaître la vérité rte au guérisons des cataractes. Pour qu'on puisse accepter une guérisou ou une. siné: lioration, il faut absolument avoir constaté avec soin la nature de la lésiok son degré, la dépendance où elle. peut se trouver relativement à d'autres lé: sions. Ceci est d'autant plus nécessaire, que souvent ces résultats sont le fafl de la guérison de la maladie voisine, qui réellement a douué naissance ana cataracte. 1104

M. Von GRAEFE est étranger à la rédaction de la note de M. Heyman, mais il | s'est promis d'y ajouter quelques remarques.

| L'ophthalmoscope a démontré que beaucoup d’opacités du cristallin sont | complétement stationnaires,. et qu'on ne doit pas identifier l’opacité et la cata- | racte, prendre l'une de ces deux expressions pour l'autre : la première peut | être stationnaire, tandis que la seconde est toujours progressive. Il faut sépa- | rer avec soin ces deux formes, et réserver exclusivement à la dernière le nom de cataracte. — Ainsi, on trouve des points opaques disséminés dans le cristallin ; on y trouve des opacités formant des segments de cercles parallèles à son équateur, et signalées déjà avant l'invention de l’ophthalmoscope. Ces opacités ne sont nullement progressives. Beaucoup d'opacités corticales mème | le sont avec une telle lenteur, qu’on doit les considérer comme presque stationnaires. Ainsi, si l’on trouve seulement deux ou trois stries, pourvu qu’elles | soient minces et que la substance intermédiaire soit parfaitement trausparente, on remarque à peine un progrès après une période de deux ou trois | ans. Un fait très important, établi par les recherches ophthalmoscopiques, | c'est que la rapidité du développement de la cataracte est proportionnelle à | la largeur des stries primitives : ainsi, si l’on observe des stries très minces, | on peut annoncer que la marche de la lésion sera très lente. Uu autre résullat très important fourni par l'ophthalmoscope, c’est que l’origine pre- | mière de la cataracte n’est pas dans le noyau ni dans la substance corticale du cristallin, mais dans la substance intermédiaire ou transitoire. Dans la eataracte dure ou nucléaire, dont il est ici question, ce n’est donc pas par le | noyau, qui dans la vieillesse présente une teinte jaunâtre, que l’altération commence ; c’est par les courbes situées en avant ou en arrière de lui. L’ophthalmoscope n'a pas beaucoup perfectionné le diagnostic de la cataracte, parce que l'éclairage oblique donne des résultats aussi bons, quelquefois même meilleurs; mais il a concouru à eu fixer la marche et le développement. Il a | démontré aussi que les cataractes, accompagnées de maladies du corps vitré et de la choroïde, prenaient leur point de départ à la partie postérieure du cristallin.

Quant à la durée de la cataracte, on ne peut la fixer même d'une manière | approximative, çar elle est soumise à trop de différences individuelles. On peut bien dire que telle forme se développe plus rapidement que telle autre; mais on ne peut fixer l’époque de son développement, parce qu'elle peut s arrêter, rester stationnaire. Ce qu’on peut faire, c’est de distinguer mieux qu'on ne le faisait autrefois les formes lentes, et de se préserver ainsi des | illusions sur l'emploi de certains moyens thérapeutiques. | L'ophthalmoscope à fourni aussi des résultats positifs relativement à la guérison de la cataracte. Souvent elle est secondaire à des maladies du corps vitré et de la choroïde; dans ce cas, le traitement amène souvent une amélioration marquée; mais l'ophthalmoscope nous apprend que jamais il n’y a de diminution dans l’opacité du cristallin. M. Von Graefe à souvent, dans ces cas, pris le dessin des stries opaques, seul moyen d'apprécier exactement les modifications qu’elles pourraient subir, et jamais il n’y à observé le moindre changement. [1 u’a jamais vu de rétrocession des stries corticales, mais bien une amélioration de la faculté visuelle, provenant de ce qu’il y avait complication d'une autre affection susceptible de guérison. On ne peut d’ailleurs jamais en juger exactement sans prendre le dessin des opacilés.

M. Heywan à pourtant vu un cas daus lequel il y a eu amélioration, où les Stries ont diminué d'étendue. [1 croit que peut-être dans certaines opacités, suites d’inflammations, cette dimiuulion pourrait se produire.

M. Von GRAEFE croit qu’il peut y avoir contraction, rapetissement des stries du cristallin, mais jamais éclaircissement proprement dit. Ce qui peut avoir lieu, ce sont des opacités consécutives dans la conche descellulesintrà-capsu= laires, à la suite du dépôt qui se forme sur :la capsule dans l'inflammation de l'iris, et celles-là peuvent s’éclaircir. Quant à l'opacité de la lentille elle-même, il ne connaît aucun cas où elle ait diminué d'intensité. Seulement les opacités postérieures surtout peuvent toujours se limiter el sens S par contraction.

M. Jarcer partage entièrement l'avis de M. Von Graëleg nel coma aux opacités. Cependant les obscurations traumatiques, celles déterminées paru corps étranger arrivant sur la capsule, peuvent diminuer au bout … quelque temps. | |

L'ophthalmoscope permet de diagnostiquer les maladies du canal me Petit, les te les dépôts sanguins qui peuvent S'y produire. - \04

. SICHEL prie M. Von Graefe de répéter ce qu'il a dit sur les opacités des Se corticales du cristallin. DC

M. Von GRAEFE a dit que ces stries débutent plutôt dans les couches. intermé diaires de la lentille que dans les couches superficielles... Il croit qu’elles n débutent dans les couches voisines de la capsule que chez les jeunes ec mais que, chez les personnes âgées, c'est dans des parties qui appartiennent encore aux, couches corticales, aux couches corticales ge à celles qui se rapprochent du noyau. L 24188

M. SicueL ne peut se ranger de cet avis; à Parisau moins, il n’en estpas ainsi. Depuis 25 ans qu’il se livre à ces observations, il a vu constamment les:stries uaître de suite sous la capsule..Il a été lun des premiers à précouiser l'ophr thalmoscope; mais il y a des lésions qu’on voit aussi bien sans lui, qu'onvres connaissait toutaussibien avantson invention. Quand la cataracte corticale est peu avancée, on la voit mieux à l’œil nu ou à la loupe, parce que, de cette fäca on aperçoit la coloration, le pointillé, qui sontun des caractères des cataraetes commençantes : au moyen de Fophthalmoscope on ne:voit rien que des stries et des taches noires, qui permettent beaucoup moins bien d'apercevoir iles rapports. [| à vu en général les stries débuter immédiatement derrière le feuillet antérieur de la capsule, et de là se propager par uue sorte de,supers position dans la substance du cristallin, de sorte qu'il devient.opaque couche par couche, [l'a sans doute vu des cataractes débuter par les couches moyennes ou intermédiaires, comme l’a indiqué M. Von Graefe; mais, dans:la majorité des cas, c'était par les couches superticielles. La loupe démontre parfaitenten ces faits, soil immédiatement, soit.après des instillations de belladone. :>4l

[croit que l’ophthalmoscope rend surtout des services dans les cataracte commençan£tes qu'on n’aperçoit pas encore à l'œil nu ni à la loupe. [La détaus vert de cette façon des cataractes de l'existence desquelles il ne se :doutail pas d’après les symptômes fonctionnels, ni d’après l’examen à la loupe même après les instillations de belladone. Il s'étonne que MM. Von Graefe,et Heyma n'aient pas signalé cette variété. On aperçoit dans ces cas dans, le cristalluide petites féêlures semi-transparentes ; elles sont peu nombreuses, convexes;: convergent vers le centre de la lentille; elles sont d'autant plus couverget qu'elles sont plus multipliées : ces félures ont parfois l’air de siéger dans capsule, tellement elles sont superficielles. Les symptômes fonctionnels man: quent complétement, tant qu'il n’y en a que deux ou trois ; ils conmencentà se manifester seulement lorsqu'il y en a cinq-ou six, L'étude de ceuser forme: que l’ophthalmoscope fait découvrir, est très importante: ail duo autel

Quant à la guérison de la cataracte, M. Sichel va aussi loin que M. Vo

| Graefe : dès qu'il ya une seule strie corticale avec ses caractères particuliers, lelle rie peut plus disparaître; elle peut se rétracter, devenir moins large, mais cela arrive sans traitement aussi bien que par un traitement quelconque. | Il enest de même des stries qu’il appelle fêlures; il défie qu’on lui moutre le dessin d'un ‘cristallin dans lequel il y aurait eu d’abord trois stries, puis seu- | lement deux ou une. Lorsqu'il y a rétrocession apparente se traduisant par | Pamélioration de la vue, c'est que le malade était sous l'influence d’une cho- |roïdite, d’une congestion interne, qui a pu céder. En effet, la moilié peut-être des cataractes sont accompagnées d’une amblyopie amaurotique ; il ne faut | done pas abandonner le malade parce qu'il n’est pas immédiatement opérable, |mais reconnaitre et traiter ces complications ; c’est là ce que fait le vrai méde- |cin ophthalmologiste. Il à énoncé ces faits longtemps avant l’invention de | l'ophthalmoscope, d'autant plus que l’on voit assez souvent des médecins croire | à une cataracte là où il y a tout autre chose, C’est là ce qui a pu faire croire à quelques-uns à la guérison ou à la rétrocession de la cataracte ; ce sont des erreurs qu'il faut combattre, parce qu'elles ne peuvent profiter qu'au charlatauisme.

| M.Jarcer a vu, comme M. Von Graefe, la cataracte commencer par les couches | intermédiaires, par celles qui ne sont pas les plus rapprochées de la capsule. fl | est difficile: de eonstater cela à l'œil nu; il faut employer le miroir ou la lentille bi-convexe. On le constate aussi lorsque la pupille a été dilatée ou que l'iris a été excisé; on distingue alors les procès ciliaires, la circonférence de la capsule, ec les parties où l'obscuration commence, et qui en sont à une certaine ‘distance. | ]

M: Von Graëre croit que, pour les altérations de l'appareil cristallinien, | l'éclairage latéral'est dans bien des cas supérieur à l’ophthalmoscope, surtout | pour juger dé la consistance et de la couleur des opacités. Quant à la profon- |«eur\des stries, un moyen très exact de l'apprécier consiste à établir une paral- | laxe dans le sens de la vision ; on peut ainsi calculer leur distance de la pu- | pille: Fl résulte d’ailleurs des statistiques et de l’examen des préparations | anatomiques, que chez les personnes âgées la substance corticale extrême est | en général libre ; les stries se trouvent à une certaine profondeur. [l n’en est | pas de même chez les jeunes gens, où au coutraire on les voit immédiatement | contiguës à la capsule.

M Heyman regrette que le temps ne permette pas d'indiquer tous les cas de cataracte que l'en peut observer à l’ophthalmoscope. Quant aux cas de cataraële signalés par: M. Sichel comme commençant par les couches les plus superficielles, il ne les nie pas; il les a vus chez lui à Paris; mais il ne croit pas que ce soit la règle.

M: Donvers. En Hollande, on trouve aussi les stries corticales situées à une certaine profondeur, à quelque distance de la capsule, dans la cataracte sénile. On ne saurait toutefois pas les constater à la lumière ordinaires il faut l’éclairage, oblique er l'emploi de la parallaxé. Il ne les à pas reconnues seule- Meut Sur le vivant, mais aussi par la dissection, car il à eu occasion de disséquer beaucoup de cataractes commencçantes. El n’a pas observé seulement les Stries ? rayonnées: que. l’on signale habituellement, mais aussi des stries périphériques circulaires. Ces stries ne sont pas non plus situées dans les couches les plus superficielles, mais dans les couches les plus profondes de la substance eorticale, dont elles oréupent l'équateur. Chaque couche du cristallina ses pôles et'son équateur, situé à la périphérie , et c'est celui-ci qui est devenu Opaque, formant une ligne circulaire concentrique à la circonféretice du cristallin, comme on le constate par l'établissement d'une parallaxe. Ces

stries apparaissent plus minces vues de face, plus larges vues (le côté. Ainsi alors même qu'il n'y a pas de stries rayounées, c’est encore par les couches di milieu que débute l'opacité. Il a observé qu’elle commence en général dans le parties inférieures de la lentille, soit à droite, soit à gauche; sur quatre cas; a constaté ce fait trois fois. Aussi, s’il y a doute sur l'existence de la cataracte peut-on parfois le résoudre en regardant en bas. 4

M. Vox GRAFFE a parlé des calaractes stationnaires, que l’ophthalmoscoypi fait découvrir. On en avait constaté avant son invention, par la méthode ak Loptique; cependant comme dans celle-ci c’est le malade lui-même qui do apprécier, Landis qu'avec l’'ophthalmoscope et l'éclairage oblique, l’observaten constate directement les faits, ces derniers moyens l’emportent, et surtow l'éclairage oblique.

M. Sicue demande à quelle distance de la surface du cristallin apparaissen les premières stries.

M. Doxpers. Elles sont souvent plus profondes au centre qu'à la circonfé: rence ; où peut évaluer leur profondeur moyenne à la quatrième ou cinquième partie de l'épaisseur du cristallin.

M. SicHEL ne trouve pas ce résultat confurme à son expérience, car ds a vi les stries à l'extrême surface du cristallin. |

M. Doxpers répond que, même lorsqu'on tient la cataracte en main, on uk voit pas bien où sont placées les stries, dans quelles couches elles siégent , s l'on n’a pas soin d'établir une parallaxe.

M. Sicuez à eu deux fois occasion de disséquer des cataractes commen çantes, extraites à des malades qui y voyaient encore, mais qui avaient exige l'opération. Les stries étaient superficielles dans ces deux cas, il y en avait qu pénétraient Lout près du noyau; d’autres étaient tellement surperticielles qu'e les attaquant avec l'aiguille la plus fine on les enlevait. — Du reste, cet question n'est pas en discussion, ec il est inutile de prolonger plus longtemm le débat, d'autant plus que là n’est pas le but d’un congrès tel que celui-ci. G but, c'est surtout d'établir l'entente, l’uniformité de langage et de NS chez tous les hommes qui s "occupent de la spécialité.

M. HEYmax, continue son exposé des cas dans lesquels l'ophthalmoscope es ulile.

La découverte de l’ophthalmoscope constitue le point de départ de nos co naissances relativement aux maladies du corps vitré, très obscures autrefois Elle à aussi appris à connaître quelques qualités physiques de ce corps : ainsi nous Savons maintehaut que le sang se dissout parfaitement bien dans sa sub: stanice,

I est maintenant reconnu que rien ne donne plus souvent lieu à une obset ration mOmentanée de la vue, même à uue cécité complète, que les hémorrhaæ gies dans le corps vitré ; or ces affections guérissent en peu de semaiues.

L'ophthalmoscope fait aussi reconnaître les cristaux de cholestérine qu peuvent siéger très profondément, méme jusque dans la rétine, et dont siége, la quantité et l’origine étaient autrefois totalement inconnus.

Il permet d'étudier la dépeudauce dans laquelle les alérations du corp vitré Se trouvent relativement à celles de la choroïde. Quoiqu'il n'y ait jamai d’altération du corps vitré sans altération de la choroïde, on ne rencontre toujours une choroïdite qui, par épanchement, aurait amené le trouble € l'humeur vitrée. On voit qu'il y a là pour le diagnostic et la thérapeutiqu des indications auxquelles on n'arriverait jamais sans l'emploi de l'opht moscupe.

M. Vox GRAërE rappelle qu'il ue faut pas oublier de mentionner les cor

létrangers, tels que les cysticerques du corps vitré, démontrés par Jaeger. Ceci lesttrès important pour la thérapeutique; car on à pu extraire de ces animaux,

|de‘la présence desquels on n’aurait pas même pu s'assurer sans l'ophthalmos- |cope. Quant aux épanchements de sang, ceux du corps vitré sont curables, tandis que ceux de la choroïde et de la rétine ne le sont pas; il est donc très limportant de les distinguer, ce qu'on ne savait pas faire autrefois. |. M. Sicmez fait remarquer que les maJadies du corps vitré étaient, avant l’inlvention de l'ophthalmoscope, plongées daus la plus grande obscurité ; on [reconnaissait un peu le synchisis et rien de plus. Or, on croirait difficilement leombien sont fréquentes les hémorrhagies du corps vitré, qui se manifestent | par des mouches volantes el par un obscureissement de la vue. | M. Arcr a observé dans l’iritis un fait très remarquable. Dans certains cas, |l’ubseuration de la vue n’est nullement en rapport avec le trouble apparent, avec ce qu’on voit à l'œil nu, à la loupe, où par le secours de l’éclairage oblique. Avec l’ophthalmoscope, on découvre des corps obscurs qui flottent dans le corps vitré, ce qui prouve que l’inflammatiou ne reste pas bornée à l'iris. — Cela se voit surtout dans les formes d’irilis décrites autrefois sous le nom d'hydro-méningites, et il était impossible de s’en rendre compte avant la découverte de l’ophthalmoscope.

M. Boruée. M. Sichel a dit qu'avant la découverte de l’ophthalmoscope, les maladies du corps vitré étaient presque inconnues; puis il à parlé des mouches volantes ; il paraîtrait que, d’après lui, ces maladies seraient la cause des mouches volantes.

| M. Sicuec. D'une espèce de mouches volantes, mais non de toutes. | : M. Borrée à examiné au moyen de l’ophthalmoscope beaucoup de personnes atteintes de mouches volantes, sans parvenir à constater d’opacités. D'autre {part, il a vu des individus qui présentaient des opacités el qui n'avaient pas de mouches volantes.

| M. SicmeL a seulement voulu dire que, dans certains cas qu’on avait regar- \dés comme des cas de mouches volantes, on trouve des épauchements ide sang dans le corps vitré; on voil aussi dans ces cas des filaments qui montent, qui descendent, qui sont tendus en divers sens, mais qui toujours [restent mobiles. Il en est de même dans les cas d’iritis postérieure, cités par M. Arit, dans lesquels on voit flouter des filaments grisâtres, des exsudations lpartielles peu volumineuses. Personne ne prétend que les mouches volantes ordinaires soient produites par de semblables altérations, ni qu’on puisse les voir au moyen de l’ophthalmoscope. Il y a du reste toujours une grande diffélrence entre ce que les malades croient voir et ce que l’observation permer de |constater.

M. Quanri à pu, grâce à l’ophthalmoscope, constater un cas de filaire dans {le corps vitré. « Voici, dit-il, l'observation succincte de ce fait : «Une jeune veuve, âgée de 30 ans, est venue me consulter pour une maladie Inerveuse, disait-elle, de l'œil droit, qui avait été rebelle à tous les traitements, let qui consistait dans la vision d’un objet filiforme s’agitant coutinuellement [devant lui. Je soumis la malade à l'observation ophthalmoscopique au moyen de l'appareil de Helmholiz, et je constatai là présence d’un objet filiforme qui se trémoussail daus l'humeur vitrée. — Quand j'eus dilaté la pupille par le {sulfate d’atropine, je reconnus que cet objet n'était autre qu'un entozoaire [vivant Sa longueur était de dix lignes euviron, sa largeur d’un dixième de {ligue ; sou corps un peu plus grand d’un côté allait s'amincissaut insensiblement del’autre. Vu à l’ophthalmoscope de Helmholtz, il se présentaitcommeune lombre noire qui apparaissait et disparaissait du champ pupillaire; la vision

de l’objet flottant, ressentie par la malade, coïncidait avec l'apparition que j'en Je me servis énsuite alternativement de l'ophtlalis

constatai dans la pupille.

« La malade aune vue parfaite, affection, et j'en transmettrai l’histoire complète aux Annales d'oculistique. Ve

sauf sa vision accidentelle. Je suis de près sou

moscope de Jaeger et de celui d’AnagnOS= takis appliqués à une très petite did tance de l'œil, et je parvins ainsi A illuminer le ver dans le coin de l’œil où il se retranchait, c’est-à-dire près de 4 papille optique, où il semblait fuir 14m vive lumière réfléchie par lophthale moscope. Je pus dans celte situation l’'examiner pendantplusieurs minutes eh reconnaitre sa couleur blanche et SOtM«« corps filiforme. Il n'était euvironné d’aucun kyste, n’offrait aucune adhés rence, et semblait entièrement libre dans l'humeur vitrée où il s’agitait CON tinuellement, et s’entortillait assez sot vent de diverses façons(V. fig. 1, 213} — La malade m'assura plus tard qu'elles le voyaic très distinctementlorsqu'ellesé baiguait l'œil dans une œillère remplièé« d’un collyre à la santonine que je Ii avais ordonné. Je prescrivis conséculis vement le calomel, la santonine à l’inté rieur, le collyre et la pommade renfer mant ces mêmes vermicides, LOUJOUFS sans aucun résultat.

« J'invitai le professeur Delle Chiaïe:

— auteur de l'intéressantouvrage Elmin Lografit umana — à vérifier mon obsers vatiou et à s'assurer si J'avais réellemeuk à faire au filaria oculi humani Rudolph — [1 vit avec moi l’entozoaire, et cons firma pleinement mon diagnostic. Il sè rappela même avoir vu, sur une planche de l'ouvrage de Demours, une figure représentant l’objet de la vision per [hs par un malade, et qu'on attribuait à uné maladie nerveuse, figure qui ressemblatl beancoup à celle de l’animal que nous avions sous les yeux. — C’est en effél ce qne je constatai sur la dernière plans che de l’atlas de Demours.

«Ce faitest peut-être identique à celui dout j'ai été témoin, et celle vision étail sans doute lerésultat de la présence d'u filaire que Demours, qui était exceliess observateur mais qui n'avait pas d’ople thalmoscope à son service, crut devoir 4 attribuer à une maladie nerveuse.

le premier, à ma connaissance, de filaire vivant dans le corps vitré. Aussi, pour luidonner toute l’authenticité qu'il mérite, me suis-je failun devoir d'en rendre Lémoin une autorité compétente bien connue, qui a constaté le fait et m'a aidé là en enrichir la science. »

| M. Sremez à vu souvent le filaria dans la chambre antérieure ch: le cheval, lmais jamais chez l’homme. Il en a même observé une euzootie à Lisboune, lpendaut la guerre de la Péninsule.

| M. Jaucer revient sur la question des mouches volantes. En général, on ne (voit pas ce qua les produit; mais le mot mouches volantes s'applique à une Koule de choses, et, entre autres, à certaines obscuralions du corps vitré. IM. Donders, qui a écrit sur ce sujet, sera à même d’en parler avec plus de détails.

M. Donpers expose son opinion sur les mouches volantes et sur l'utilité de l'ophthalmoscope dans ces cas. [l est prouvé qu’elles sont constituées par de petits corpuscules qui floutent dans l'humeur vitrée, visibles au microscope, mais trop cxigus pour pouvoir être observés au woyen de l’ophthalmoscope. Cependant l'usage de celui-ci n’est nullement inutile dans ce cas.

Avaut son inveution, M. Donders croyait que les mouches volantes étaient

toujours constituées ainsi par des. corpuscules microscopiques. Depuis qu'il emploie l’ophthalmoscope, il a vu quelquefois qu’elles sont causées par la présence de flocons, parfaitement appréciables, qui occupent le corps vitré. Dans lce cas, elles ont une signification pathologique, tandis que, dans le prehuier, elles constituent l’état normal. L'ophthalmoscope est done ici très utile, leu permettant de juger de la valeur des phénomènes accusés par le malade, et le dire s'ils se rapportent ou nou à un état pathologique réel. | M. Buruée dit que les observations de M. Douders s'accordent avec ses (propres idées sur la myodésopsie essentielle, et sur son action sur les fonc- Lions visuelles. Chez aucune des personnes atteintes de mouches volantes qu'il la examinées à l’ophthalmoscope, il n’a jamais rien trouvé; le corps vitré était transparent. 11 se félicite d’avoir soulevé ce débat, parce que les personnes lafleciées de mouches volantes sout très communes; que parfois elles se forgent ldes craintes mal fondées sur leur état, et qu'il importe de les tranquilliser. [Uela se rencoutre surtout chez les personnes qui s'occupeut de travaux intelllectuels, et plus spécialement chez celles qui sont atteintes de myopie. M. Sicmez a dit, depuis bien longtemps déjà, que les mouches volantes [avaient aucune importance, qu'on les faisait disparaître par le grand air, la |promenade, le repos de la vue, en regardant toujours au loin et évitant de Mixer des objets rapprochés. Voilà pour les véritables mouches volantes. Dans lles cas de corps flottants dans l'humeur vitrée, il u’en est plus de même; on ua plus alors ces corpuscules de formes diverses et bizarres, ces points groupés eusemble, ces serpentaux ; c’est une bande transversale où une tache qui descend lentement dans le champ visuel et s’y fixe bientôt. Il y à alors épanchemeut dans le corps vitré, et si l’on emploie lophthalmescope, on aperçoit des flucons présentant la forme que le malade à décrite.

M. Bowman à observé aussi que les mouches volantes fort petites ne sont pas visibles à l’ophthalmoscope, mais qu'elles le deviennent lorsqu'elles sont plus considérables. Cependaut, des flocons de sang peuvent même ne pas être vus, S'ils sont placés de façon à être couverts par l'ombre projetée par d’autres |parties. Tautôtces flocons sont visibles pour le malade, tantôt ils nele sont pas: ils sont visibles quaud ils sont situés près de la rétine; ils peuvent ne pas

l'être, quoique offrant un volume plus considérable, S'ils sont situés çn avant” tout près du cristallin. — Il a vbservé aussi certaines petites opacités jaunätresys qu'il regarde Comme des restes d’épanchements sanguins en voie de résorptions La vue dans ce cas est très bonne, quand ces flocons ne se trouveut pas dans l'axe visuel et que l'œil ne se meut pas: mais s’il se meut et si les flocons arrivent dans l’axe visuel, ils sont aperçus. L’ophthalmoscope fait: voir ces flocons avec leurs formes, er la lentille avec l'éclairage oblique, lors“ qu’elle permet de les découvrir, montre qu'ils offrent une: teinte ja nàtre. i Pour ce qui est de l'importance de l ophthalmostope, il partage entièrement l'avis de MM. Ieyman, Von Graefe et Sichel. Grâce à lui,il a pu reconnaître des cataractes au début, qu'aucun autre moyen d’exploration.ne pouvait faire soupçonner ; il a vu, coutra irement à ce qu’on dit d’autres orateurs, que cel état tourmentait beaucoup les malades. | M. BoriÉe croit que les corpuseules que M. Bowmanet M. Donders ont ren“ coutrés chez les personnes atteintes de mouches volantés, en sont en effet la cause; mais il soutient qu'à l’aide de l’ophthalmoscope on ne les! aperçoit jamais. En effet, s'ils constituent l’état normal, ils ue peuvent jamais éu identiques avec les taches que l'ophthalmoscope fait découvrir. 7: ET M. Doxvers s'est expliqué brièvement sur ce sujet, parce qu'il appartient déjà à la littérature. Tout le monde x des mouches volantes, et chacun peut les apercevoir par la méthode autoptique: On peut mème, par cette méthode, dé terminer leur distance de la rétine, et on trouve qu’elles occupent constamment la même place et qu'elles ont la même forme, On connaît donc-leur siège et leur cause. Pourquoi, si elles existeut chez tout le monde, quelques personnes seulement s'en plaiguent-elles? C’est d’abord par hasard qu'elles les aperçoi= vent; elles en sont frappées, y fout attention, puis Coutinuent à les voir toujours” Elles sont beaucoup plus visibles lorsqu'elles Sont rapprochées de la rétine et de l’axe optique. Lorsqu'elles. sont plus voisines de la rétine, les ombres qu’elles projettent l'inpressionnent bien plus; et quand elles sont prèstdu cristallin, à moins de se servir de la méthode autoptique; onué les voit même pas. On peut par cetie méthode enfigurer et en décrire les différentes formes On peut prouver qu’elles siègent dans le corps vitré en les regardant à travers deux peliles ouvertures percées dans une carte et tournées vers l'œil. Alors on les voit doubles, ce qui serait impossible si elles n'étaient pas placées en avaut de la rétine. Les deux ombres ainsi aperçues sont d'autant plus rapprom chées que les mouches volantes sout situées plus près de la rétineselles sont d'autant plus écartées qu'elles sont situées plus.près du cristallin;er l’on peut de cette façon évaluer leur distance de la première. Elles constituent réellé= ment un état physiologique, qui devient pathologique SRE ns lophthalmoscope les fait découvrir. | 24 # M. Vox Gragre. M. Bowman a dit qu'on apérobis les opacités torse elles se trouvent près de la rétine, et uon lorsqu'elles sont rapprochées du cristalline Il faut ajouter que cela dépend aussi de leurs dimensions, et: que si elles soul assez étendues, on les voit, lors même qu'elles sont placées tout près“ du cristallin; seulement les conditions physiques sont les mêmes pour: les peliles opaeités qui sont rapprochées de la rétine, et pour les grandes qui-sout rapprochées du cristallin, et les unes apparaissent semblables aux autres Quant à leur diagnostic, l’ophthalnoscope à fait notre éducation, et maintes uaut l'examen fonctionnel suffit pour décider si lon à affaire au fait physiolos sique des mouches volantes simples, ou à un fais pathologique. Si, en lisant l'individu affecté interrompt tout à coup sa lecture pour regarder eu haut

s’il jette les yeux en haut pour ensuite recommencer sa lecture, il y a quelque opacilé anormale. C'ést un geste qu'ou ne saurait imiter sans porlier une semblable opacité ; l'œil monte rapidement, puis descend lentement, comme s'il voulait se débarrasser d’un objet qui le gêne.

M: Heyman dit que, parmiles inérations du corps vitré que l'ophthalmoscope permet de diagnostiquer, il faut noter principalement sa: dissolution partielle.

“MS Von GRaëre fait remarquer que, s’il y a une opacilé qui traverse tout le corps vitré, qui occupe tout le champ de la vision, on ne doit pas conclure immédiatement à un ramolilissement total de ce corps, Car on trouve cela dans’ la sclérotico-choroïdite postérieure. Le mouvement parfaitement libre des corpuscules dans le corps vitré ne euffit Fe non plus pour en caractériser [le ramollissement.

| M. Heyman résume Îles altérations sas la choroïde et de la rétine, altérations [presque inconnues avant l'invention de l’ophthalmoscope. Ce sont pour la choroïde, ses inflammations, ses épanchements, les altérations de son pigment. Pour la rétine, les principales sont l'hypérémie, l'hémorrhagie et les épanchements. Toutes ces lésions donnent lieu à une amblyopie plus ou moins prononcée, dont jusqu'à présent on n'avait pas pu déterminer la cause. La photopsie, la tension du globe de l'œil, les douleurs excessives se propageant le long du nérf sus-orbitaire, symptômes qui ont été regardés comme accom- |pagnant ces altérations, manquent plus souvent qu'ils n'existent: La photophobie, l’affaiblissement de la vue, la perte d’une partie du champ visuel existent aussi dans d’autres maladies.

"Dans certains cas on trouve un affaiblissement général de la vue, et cepen-

dant, par l'examen ophthalmoseopique, on ne trouve qu'une maladie partielle délarévine. C’est pourquoi il faut dans ces cas rechercher s’il n’y a pas un point limité qui est seul affecté. Il arrive quelquefois que, dans des cas de rétinite, il existe seulement un petit épanchement à la place de la vue directe; alorsles malades ne voient pas dans le centre du champ visuel, mais ont un champ visuel lovale avec axe longitudinal. M. Heyman a vu un de ces cas, où le traitement a amené de l'amélioration, à tel point que le malade a encore pu voir ; cepen- [dant lopacité n'avait pas diminué, mais la nuance en était devenue plus claire. Iby'avait une différence dans l'état hypérémique, et non/une résorption de [l'épanchement, qui était la cause principale de la maladie. C'est ici le lieu de parler des maladies des vaisseaux de la rétine. M. Jaeger fa signalé un cas où un rameau de l'artère centrale de la rétine était oblitéré {par un caillot. M. Heyman a observé un cas semblable sur une personne figée, atteinte d’amaurose complète de l’œil gauche, et survenu dans l’espace de 15 à 20 jours; un vaisseau était obturé dans une longueur de plusieurslignes; fc'étaitune partie de la veine, qui était presque vide, tandis que vers la circon- Nférence elle était élargie.

M: Sicmez ne nie pas que dans l’amaurose cérébrale l’ophthalmoscope puisse montrer des opacités au foyer de la papille nerveuse, une tendance à latrophie, comme la dit M. Von Graefe. 11 a seulement voulu dire qu'il n'y avait pas dans ce cas beaucoup de phénomènes visibles, qu'il n’y avait pas de phénomènes en rapport avec l’altération fonctionnelle. Ceci n’est pas une mtique de l’ophthalmoscope ; c’est dire qu’on.ne doit pas lui demander l'impossible, qu'on ne doit pas lui demander de faire voir des altérations caractéristiques, dans une maladie qui a son point de départ dans le cerveau; cela n'empèche pas qu'il ne puisse y avoir jusqu’à un certain point des altérations dans la papille nerveuse et dans les vaisseaux.

sn RÉ cm sims Guru... . sa me

Séance du 16 septembre 1857.

L'ordre du jour appelle la suite de la discussion de la question relative l'utilité de l’ophthalmoscope.

M. Quanri. Un des symptômes qui accompagnent d'ordinaire l’albuminuri ou maladie de Bright, est la cécité plus ou moins complète, symptôme qui été observé pour la première fois par Landouzy et plus tard par Trousseat Roux, Forget, Cunier, Brelonneau, etc. J'ai eu pour ma part l’occasion traiter un cas de cette nature, et je demanderai la permission de faire l’expos fidèle de ce que j'y ai observé. Je ne dis pas que la cécité doive, dans des cir constances identiques, être toujours produite par la même altération que cell que j'airemarquée dans ce cas ; mais je pense queles données que jesuis à mêm de fournir pourront éclaircir ce point scientifique d’une manière plus positiv La malade dont j'ai à vous entretenir, après un mois des souffrances qui accoi pagnent le début de la maladie de Bright, commença à sentir sa vue s’affaibll graduellement, sans éprouver aucune douleur, ni aucune sensation spéciale la portée de sa vue diminua graduellement, un brouillard épais l'environna, sorte que, lorsque je la vis deux mois après, elle ne distinguait plus qu peine les gros objets situés à deux pieds de distance; elle ne pouvait plu compter les doigts, ni lire les gros caractères; la lumière ne Jui eausait at cune souffrance; elle voyait une oscillation dans les objets, comme s'ils étaien agités autour d’elle.— La pupille était légèrement dilatée, l'iris, bombé, s’avan çait vers la cornée; les mouvements en étaient réguliers , mais lents et pares seux ; la conjonctive était, dans les deux yeux, soulevée par un chémosi séreux tout à fait transparent; les yeux, saillants, paraissaient menacés sortir de l'orbite : la malade avait naturellement les yeux à fleur de tête; mai depuis le début de l'affection oculaire, ils étaient évidemment poussés dehors. Je soumis la malade à l'observation ophthalmoscopique, et je recon”, ous dans les deux yeux un décollement presque total de la rétine; cette mem brane était comme flottante et entrait presque en oscillation dans les mouvé ments de l'œil. — J’observai les urines, elles contenaient de l’albumine.= Comme le pronostic pour la vie de la malade était bien grave, je ne pus qt faire un traitement palliatif. Deux vésicatoires furent appliqués derrière lé oreilles ; le lendemain matin, la malade voyait beaucoup mieux ; mais celte amélioration dura seulement quelques heures. Je fis frictionner les tempesæ le front avec de l’onguent napolitain, uni à la ciguë, et prendre du calomel.= Le chémosis disparut et la maladie parut s'améliorer. — Je prescrivis-des frictions d'iodure de potassium; la malade passa une quinzaine de jours entre une légère amélioration, qui se présentait tous les matins à son réveil, et abaissement de la vue qui allait en croissant pendant toute la journée. Il yet même un moment où la vue paraissait assez améliorée ; je répétai l’observatio ophthalmoscopique, et je constatai que le décollement avait disparu, et que rétine se montrait tout à fait à l’état normal. Mais bientôt les symptômes de maladie générale devinrent plus graves, une congestion séreuse cérébra obligea la malade à se remettre au lit et à abandonner tout traitement" l'affection oculaire. Bien plus, une congestion hémorrhagique se présenta dai la conjonctive de l'œil gauche; plus tard, une ophthalmie catarrhale aiguë donna lieu dans ce même œil à un chémosis sanguin avec ectropion, qui dis parut complétement à l’aide d’un léger collvre; les symptômes de congesti cérébrale augmentèrent, et la malade mourut, |

Il résulte pour moi de cette observation que la cécité a été produite par une exsudation séreuse sous-rétinienne avec décollement de la rétine; et, en effet, rien de plus simple que, dans une maladie qui est toujours accompagnée d’exsudations séreuses, tantôt dans un organe, tantôt dansun autre, l'œil soit sujet à la même altération. J'entends bien qu'un seul cas ne suffit pas pour établir un principe , ni autoriser à aucune conclusion ; mais je désire appeler l'attention de mes collègues sur ce sujet, afin que, par le moyen de lophthalmoscope, on puisse constater quelle est l’altération anatomico-pathologique qui produit la cécité dans la maladie de Bright.

M. Von Gragre. Je ne me trouve pas d'accord avec M. Quadri; le décollement de la rétine dans l’albuminurie est toujours un phénomène secondaire; l'affection primitive est une rétinite avec dépôt de graisse dans les cellules de la rétine. À ce propos, je dirai même que si, quelque part, on pouvait admettre des maladies spécifiques, ce serait, à coup sûr, dans l’albuminurie. En effet, il y a là une lésion constante, et lorsqu'elle existe, presque toujours on à trouvé une altération chimique de l’urine.

Le décollement de la rétine signalé par M. Quadri s’observe quelquefois, mais non toujours, et, au début, il y à constamment une rélinile avec épanchement. Cette rétinite revêt au commencement la forme apoplectique; mais bientôt elle se distingue de la forme apoplectique ordinaire par le développement de taches jaunâtres dans la rétine. Ces taches, comme l’autopsie a permis de le constater, sont constituées par le dépôt de granules graisseuses dans les éléments cellulaires de la rétine. On n’est pas d’accord si ces éléments sont des cellules ganglionnaires ou des cellules de nouvelle formation; mais cela importe peu pour le sujet qui nous occupe.

M: Heyman à vu dans un cas d’amaurose albuminurique une espèce de procidence de la papille optique.

M. Croco. En 1851 ou 1852, j'ai publié dans la Presse médicale un article dans lequel j'ai émis l’idée que l’amaurose albuminurique était constituée par un œdème de la rétine et des parties sous-jacentes, œdème sujet à disparaître et à reparaître comme celui des autres parties. J'avais été conduit à cette conclusion par l'examen des symptômes; je n'avais pas eu l’occasion de Île

voir sur le cadavre, et l’ophthalmoscope n’était pas encore inventé. | M. Baupuix (Hollande) donne communication de la note suivante :

« Quelque grandes que puissent être l'importance et l'influence de lusage de Pophthalmoscope pour le diagnostic et le traitement des maladies oculaires dans la pratique civile, la valeur de cet instrument ést encore plus appréciable dans le service sanitaire militaire.

« Sans entrer ici dans des considérations thérapeutiques, je me permettrai seulement de signaler les grands services que l'usage de l’ophthalmoscoperend aux médecins militaires dans l’un des devoirs les plus difficiles de leur profesfession, je veux parler de l'examen, pour motifs de réforme, des militaires ophthaliniques, ou de ceux qui font semblant de l’être. Cet avantage s’apprécie plus particulièrement encore quand il s’agit de juger des maladies des parties internes du globe de l’œil, dont l'observation objective était presque impossible avant l’époque de cette précieuse découverte. Le résultat de cette incertitude à été qu’on devait se fier souvent à des apparences extérieures et trompeuses et à des renseignements subjectifs souvent très suspects.

« Tout médecin militairesait dequelle manièreincomplète on constataitci-devant l'existence de la myopie chez les miliciens. Une ou deux paires de lunettes dites de conscription, et des optomètres de bien peu de valeur semblaient suffire. Plus tard, on obtint des données plus complètes et plus certaines en se

servant d'un appareil de lunettes plus étendu; mais on sait combien de jeun gens ont éludé les suites de cette épreuve, en s’habituant, quelque temps ava l'examen, à l’usage de lunettes plus fortes encore que celles qui devaient ser à faire constater leur myopie. Aujourd’hui le médecin militaire est en état compléter ses investigations. L'examen avec l’ophthalmoscope donne, jusqu un certain point, la certitude objective du degré de réfraction des yeux. D’aÿ leurs (sans parler de méthodes plus compliquées), on obtient une grande co viction en se rendant compte de la force des verres concaves dont on a besoi soi-même pour bien voir l'image de la rétine, toutefois quand P observateu joint la force de sa propre faculté accommodative. E

« Les amauroses offrent un plus vaste champ encore à l'application de instrument. La révolution qui s’est opérée dans le diagnostic de ces maladie par cete heureuse découverte, est peut-être sans égale dans la science méd cale de notre siècle, et nous pouvons constater maintenant, pendant la vie, déjà dès leur début, les vices organiques dont l’intérieur de l'œil est susceptibl

« Quoique l'ophthalmoscope ne nous donne pas, dans tous les cas, une cer tude absolue, néanmoins il suffit la plupart du ne à Nu. aux es un fondement qui naguère y faisait défaut. 1120)

« Fixons notre attention sur le peu de valeur à symplômes sni- di pathognomoniques de ces affections, la dilatation et l'immobilité de la pupill Combien de fois n’en a-t-on pas été dupe ? Je me rappelle avoir observé pli sieurs fois que des militaires atteints d’amblyopie amaurotique avaient soupçonnés de simuler cette maladie, parce que celte paralysie de l'iris ne présentait pas chez eux, — et qu’ils avaient été renvoyés de l'hôpital et forct de faire leur service. Figurons-nous maintenant la situation déplorable de @ malheureux qui, privés en partie de la jouissance du plus noble des sen étaient autrefois, non-seulement lésés profondément par un doute offensa® mais se voyaient encore forcés de faire leur service et tombaient fréquemmen par suite des fatigues attachées à la vie militaire, dans un état de cécité con plète, qui se manifestait alors et se reconnaissait, mais trop tard pour qu’on pi y-porter remède.

« Aujourd'hui nous sommes en état de congédier à temps et au début de“ maladie ces malheureux, ou de leur assurer un secours pécuniaire de l'Éta même quand la maladie n’a fait encore que peu de progrès.

« Nous plaçant à un autre point de vue, il ne sera pas superflu de ap que le fait signalé dans l’histoire, qu’au temps de Napoléon 1‘, deux cen étudiants en médecine français auraient trouvé le moyen de se soustraire“ service militaire, en simulant l’amaurose, eût été une impossibilité;" l’ophthalmoscope eût existé. | »

« Ces considérations sufliront pour faire apprécier la valeur de lPophthalme cope comme élément de conviction pour éclairer notre conscience et pour n@ permettre de répondre catégoriquement et avec assurance aux questio! qui sont souvent adressées aux médecins militaires par l'administration supé rieure, pour statuer sur l'état de maladies vraies ou simulées. Enfin il not épargnera les fréquentes contradictions dont souvent nous nous rendions col pables entre nous, faute de moyens suffisants d'investigation. |

« Celle plus grande certitude dans le diagnostic profitera également au trés publie ; parce que désormais il n’y aura plus lieu à faire subir dans les hô} taux de longues épreuves ou des traitements plus ou moins onéreux pours’ass rer d’un état désormais facilement reconnaissable. D'autre part, elle permett aux médecins assistant les conseils de milice de juger avec assurance desc de réforme.

« Je suis si pénétré de l'importance dont est pour le médecin militaire l'usage de l’ophthalmoscope, que je voudrais voir les exercices ophthalimoscopiques faire partie des examens nécessaires à l'admission des médelcins au service des armées. C’est un vœu que je me permettrai d'exprimer, et j'ai la confiance qu'il sera partagé. )

L'ordre du jour appelle la discussion de la 4° question. (Ophthalmies spécifiques, NV. p. 17.)

M. Levrar (Belgique). Il y a 50 ans, Napoléon [°' recevant les membres de la Société de médecine de Lyon, leur disait : Vous n'avez dans votre ville que Ides ophthalmies, des catarrhes et des rhumatismes, cela tient à vos cheminées (qui fament, et pour allumer votre feu vous vous placez entre le foyer et la fenêtre ouverte, et dansle courant d’air vous gagnez ces maladies. Depuis lors, la ville de Lyon a été transformée en une ville nouvelle, grâce à l'esprit de l'époque, qui est celui des grandes choses, à la science des architectes, des fumistes, au progrès des arts utiles, et surtout à l'hygiène publique; la ville de Lyon, sans perdre le cachet des cités anciennes, est devenue une ville grande, belle et salubre.

Toutefois l’ophthalmie catarrhale, rhumatismale, s’observe toujours eu grand nombre à Lyon, ville, malgré les embellissements, humide par sa position entre deux fleuves, par sa proximité des montagnes des Alpes, couvertes de neiges éternelles, et du Mont-Pila, où l'hiver ne finit qu’au mois d'août.

Au grand Hôtel-Dieu de Lyon, indépendamment de ces espèces d’ophhalmies, au moment de l’automne et au commencement de l'hiver, on voit larriver, des contrées marécageuses qui avoisinent Lyon, une espèce d'ophthalmie qui a le caractère pyrexique, qui succède aux fièvres intermittentes, endémiques dans ces contrées : on la guérit avec les préparations de quinquina et les purgatifs. C’est bien là une ophthalmie spécifique. L’ophthalmie qui tient au principe rhumatismal et que l’on guérit avec le colchique, la douce-amère lest encore une ophthalmie spécifique dontnous avons vu plusieurs exemples. Ainsi la spécificité s'établit d’après uous par la nature même de la maladie, par les causes qui l'ont déterminée, et qui l’entretiennent, par la consti- Lution diathésique de l'individu, et par le traitement à l’aide duquel on là guérit.

| JIlexiste donc, à n’en pas douter pour nous, des ophthalmies et des cécités (qui tiennent à l’action d’une cause spécifique; mais nous admetlons aussi que, hnalgré les progrès qu'a faits la science dans ces derniers temps, il n’est pas oujours facile de reconnaître cette spécificité. Toutefois le praticien, guidé par les circonstances commémoratives qui ont précédé la maladie, par la constituluüon diathésique de l'individu, par le non-succès des moyens employés, ne peut tarder à reconnaître la cause véritable du mal qu'il a à combattre. | Nous ne nous étendrons pas sur cette importante question, qui sera élucidée. par les hommes éminents qui se sont occupés spécialement d’ophthalmologie, eu dont la réunion dans ce Congrès est si remarquable. Parmi un assez bon nombre de faits que nous avons recueillis, nous ne citerons que le suivant :

Obs. — Madame R..., âgée de 58 ans, d’un tempérament sanguin et nerveux, replète, — réglée de bonne heure (14 ans), a perdu ses règles à 42 ans; elle a eu deux enfants. Jusqu’à 52 ans, madame R... avait joui d’une bonne santé ; à cette époque, elle commença à avoir des douleurs rhumatismales vagues, aux épaules, aux bras, aux genoux et sur les côtés de la

poitrine, Un traitement qui pouvait paraître rationnel produisit peu d'effet plus tard, les yeux devinrent malades; une ophthalmie se déclara. Le savat oculiste qui fut appelé s’occupa peu de la cause de la maladie, et letraitemet qu'il prescrivit, continué pendantsix mois, n’avait produit aucun bon résulta sangsues, Collyres, pommades, vésicatoires, séton à la nuque, etc, etc. Loi de s'améliorer, l’état de madame R... empirait chaque jour; l’inflammationte la conjonctive, des paupières était passée à l’état: chronique; il y avait de ulcères sur la cornée et la cécité était imminente. Consulté par cette dam j'adoptai une tout autre médication que celle suivie jusque-là ; je prescriv les pilules de coichique et de coloquinte, la tisane concentrée de douce-amère et les yeux furent lavés avec un collyre légèrement astringent et calmani Un régime sévère vint aider l’action des médicaments, et madame R..., qu l’on regardait comme aveugle, fut guérie de son ophthalmie et de ses douleu rhumatismales au bout de deux mois de ce traitement. Ai M. Anacxosraxis. D’après le programme qui nous est soumis, « toute affe « tion qui, soit par la nature de son agent producteur, soit à cause des cor « ditions constitutionnelles ou diathésiques où se trouve celui qui en e « atteint, donne lieu à des indications curatives spéciales, est une affectit « spécifique. » Par sa largeur même, cette définition anéantit toute ophthalmi spécifique. En effet, si on l'adoptait, il faudrait regarder toutes les ‘ophtha mies comme spécifiques, car il n’en est pas une qui, à raison de sa cause, ses complications, des circonstances dans lesquelles elle existe, ne recok naisse des indications particulières, spéciales. J'appelle ophthalmie spécifiqu ‘une ophthalmie qui ne peut se développer que sous l'influence d’une cau dominante ou constitutionuelle ; si elle peut se développer en dehors de cett influence, elle ne présente plus rien de spécifique pour moi; et si le traitemer exige des modifications, c’est à raison de l’état dans lequel se trouve le mala et non en vertu de la nature particulière de son ophthalmie. Je prends pot exemple l’ophihalmie phlycténulaire, dite serofuleuse. Cette ophthalmie”e montre avec tous ses caractères chez des individus qui ne présentent auc signe de scrofule, et qui n’en présenteront jamais : ce n’est donc pas un ophthalmie spécifique.

Cela étant, on doit se demander : quelles sont denc les ophthalmies spé@ liques? Cette question n’est pas aussi facile à résoudre, et je crois Fe nou n'avons pas mission d’en donner la solution. |

sé propose donc de remplacer le paragraphe du programme par le suivant

« Toute ophthalmie qui ne peut se développer que sous l'influence du « Cause virulente ou constitutionnelle, doit être considérée comme une pitié « mie spécifique. »

M.Quaprt. Au fond, nous sommes tous d'accord sur les ophthalmies spécif ques, Car tous nous les traitons de la même manière ; tous nous reconnaissol que l’état constitutionnel a une grande influence sur a marche et la thérape tique du mal local. Aussi Beer, qui a introduit ce mot, a-t-il fait faire u progrès à la science; mais depuis on en a abusé, en accordant à ce mot importance exagérée, en voulant établir des distinctions impossibles ent ces ophthalmies. Qu'on supprime le mot, et l’on atteindra exactement le mé but, sans perdre son temps en discussions oiseuses.

Les partisans de la spécificité pensent qu’une inflammation qui se déM ioppe sous l'influence des causes ordinaires chez un sujet atteint d’une mal die constitutionnelle, revêt une marche spéciale qui fixe des indicauio! curatives spéciales. Mais on peut bien admettre cela sans adopter le mot sp cifique, qui peut devenir une source d'erreurs, et enle remplaçant par le mi

spécial, qui n'implique rien que ce que je viens de dire. En adoptant cette manière de voir, on pourra peut-être classifier les ophthalmies autrement qu'on ne l’a fait; on pourra établir une distinction entre les ophthalmies spécifiques, qui se développent seulement sous l'influence d’une cause unique, comme l’ophthalmie variolique et les ophthalmies spéciales, qui sont seulement influencées dans leur marche et leur traitement par les états constitutionnels concomitants. Parmi celles-ci, on peut distinguer des ophthalmies spéciales simples, qui le sont d'emblée, et des ophthalmies spéciales compli- | quées, qui ne le deviennent que consécutivement. Je propose donc d’abolir le mot spécifique , et de parler uniquement des ophthalmies spéciales.

M. Van Roossrorcx. Les ophthalmies spécifiques sont nettement définies dans la solution proposée par la Commission : ce sont celles dans lesquelles la cause productive ou un état constitutionnel donne lieu à des indications curativés spéciales. Il n'est pas dit par là qu’elles doivent offrir des lésions W'appartenant qu’à eiles; et toutes les ophthalmies sont loin d’être comprises dans cette définition.

M: Axacnosraxis. Je comprends qu’une affection qui présente des lésions toujours identiques, sous l'influence d’une cause toujours la même, est une affection spécifique. Mais je ne puis appeler ainsi une ophthalmie qui offre des indications spéciales par suite de la constitution de l'individu ou des diathèses dont il peut être atteint.

M. Croco. La solution du Comité me semble avoir le grand tort de ne tenir compile que des indications curatives et non des lésions anatomiques. Or, c'est par celles-ci seulement qu'on peut établir la nature d’une maladie, et non par Sa cause présumée, par la constitution de celui qui la porte, ou par les circonstances qui en ont précédé ou accompagné le développement. Ainsi. il existe une ophthalmie phlycténulaire, dont je n'ai pas à énumérer ici les Sympiômes, et que chacun reconnaîtra de suite à la lésion qui la caractérise ; mais existe-t-il une ophthalmie scrofuleuse? Pour pouvoir l’affirmer, il faudrait qu’elle offrit un rapport constant de cause à effet avec la scrofule. Or, j'ai souvent observé cette ophthalmie chez des sujets qui ne présentaient absolument aucun autre caractère de scrofule, qui étaient bien portants et bien constitués. Est-ce que cette circonstance seule pourrait nous autoriser à les ranger parmi les serofuleux? Je ne le pense pas; car, pour moi, la scrofule n’est pas un quid mystérieux, un vice insaisissable de nos humeurs : c’est une maladie bien définie, caractérisée par un ensemble bien déterminé de lésions; et là où cet ensemble de lésions n'existe pas, je dis qu'il n'y a pas scrofule, la conjonctive et la cornée fussent-elles couvertes de phlyctènes.

Lorsqu'il y a sclérotite, sans aucune autre affection qui la complique, en conclura-t-on que l’ophthalmie est rhumatismale, et que l'individu qui la porte est rhumatisé? On dit que l'état constitutionnel modifie la marche de la maladie et son traitement : ceci est juste; mais, en partant de ce principe, toutes les ophthalmies sont spécifiques, car chaque individu a sa constitution, ses prédispositions, ses idiosyncrasies, ses maladies organiques qui modifient Pophthalmie dont il peut être atteint, dans sa forme, sa marche etson traitement. 11 ya l'ophihalmie du pléthorique, qui n’est pas celle de l’anémique ; lophthalmie du sanguin qui diffère de celle du lymphatique, et ainsi de suite. À ce point devue donc, toutesles ophthalmies sont spécifiques, c'est-à-direqu'aucunene l’est.

Il y a des ophthalmies qui peuvent être considérées comme spécifiques, vu leursrapports constants avec certaines causes : telle estl’ophthalmie variolique, qu'on à citée comme type ; telle est encore l’ophthalmie chancreuse, résultant du dépôt du virus chancreux sur la conjonctive, et dont j'ai vu un cas. Mais

si ces ophthalmies sont distinctes de toutes les autres, c'est parce qu elles présentent une lésion anatomique spéciale, sans laquelle elles n’existeraien pas; ce sont des maladies distinctes, caractérisées par leurs lésions fon damentales, et le mot spécifique n’est nullement nécessaire pour les distinguer: Peut-être pourrait- on y ajouter l’ophthalmie syphilitique; cependant il faut agir avec réserve. J'ai vu un chirurgien distingué déclarer syphilitique une ophihalmie parce qu’il y avait certaine forme d'’iritis. L'individu, questionné n’accusa qu'une blennorrhagie simple, qu'il avait eue vingt ans auparavan et qui n’avait présenté aucune suite. D’emblée, on conclut que la blennorrhagie peut donner lieu à la syphilis; et d'autre part, on conclut que, puisque celle-ci existait, l’ophthalmie était syphilitique. En procédant ainsi, 1l n’est pas difficile de trouver des ophthalmies spécifiques à caractères fixes et tranchés, et de les reconnaître. — Du reste, j'admets volontiers que pour l’ophthalmie syphis litique, on découvrira quelque lé:ion propre; mais alors celle-ci la caracté risera comme maladie distincte, et le mot spécifique sera encore une fois un hors-d’œuvre.

Au lit du malade, je tomberais sans doute d'accord avec un partisan de F spécificité. En effet, chez un individu affecté de rhumatisme, il traiterait une ophthalmie rhumatismale, tandis que moi je traiterais une ophthalmie cows pliquée de rhumatisme , et, en définitive, nous aboutirions au même résultab Est-ce à dire, Messieurs, que cette discussion soit une simple dispute dë mots? Nullement; car il s’agit de savoir si des maladies, offrant des lésions identiques, peuvent avoir une nature différente; si, en d’autres termes, la na ture n’en est pas déterminée par leurs lésions. Il s’agit ensuite de savoir sis sur Ja foi de telle ou telle forme d’inflammationu oculaire, on sera en droit de proclamer un individu scrofuleux ou rhumatisé. |

Je ne puis donc admettre d’ophthalmies spécifiques. Mais je dis que le mé decin vraiment digne de ce nom ne doit jamais considérer un organe isolé qu’il doit toujours avoir en vue l'organisme tout entier, tenir compte de l& constitution, du tempérament, des diathèses, des antécédents, des complis cations, et diriger le traitement en conséquence. En un mot, il ne doit jamais oublier qu’iltraite, non des maladies, mais des individus malades dont chacun a Son individualité propre, c'est-à-dire ses conditions particulières d'existence:

M. Van Roossrorcx. Certaines maladies diathésiques, certains états coustitutionnels impriment aux ophthalmies des caractères constants, y dounent une physionomie particulière, et imposent un traitement spécial. Dès lors, n'est-il pas juste de séparer ces ophthalmies, de les classer à part, d en signaler l'existence? C’est ce que nous faisons en les désignant sous le non d'ophthalmies spécifiques. On a dit que ce mot prêtait à des abus; mais touL peut ÿ prêler; et ici; il sert à distinguer des choses qui sont réellement distinctes. Ainsi, lophthalmie syphilitique ne peut être confondue aveë aucune autre, el Son traitement est tout spécial; le cas qui vous a été cité toui a l'heure prouve seulement qu'on peut se tromper, mais il n’infirme nulle: ment le principe. Dans l’ophthalmie scrofuleuse, ce ne sont pas seulement les phlyeiènes qu'il faut considérer, mais surtout la photophobie, qui arriveà un degré extrême, qu'on ne rencontre pas dans d’autres ophthalmies, même beaucoup plus violentes ; cette photophobie est caractéristique, elle n’existé que chez les scrofuleux.

Sans doute, il n'y a pas de symptômes pathognomoniques ; mais on ne peut pas conclure de là à la non-existence de la spécificité; cela indique seulement que nous ne Savons pas toujours la reconnaître. On dit que pour caractérise une diathèse il faut un ensemble d'accidents; mais parmi ces accidents, il y en

a généralement un qui est le premier, qui précède les autres; si ce premier accident est une ophthalmie, attendra-t-on pour traiter l’affection générale qu’elle ait marché, qu’elle se soit manifestée ailleurs, qu’elle ait produit des aceidents plus graves? C’est ce qui arrive par exemple dans la scrofule, où assez souvent l’ophthalmie marque le début des manifestations diathé- |siques. Les ophthalmies spécifiques doivent être maintenues, parce qu’elles fixent l'attention du praticien sur les causes, la marche particulière et le traitement de ces maladies.

\ M. Quanmi. Les uns ne veulent reconnaître l'influence d’un vice général que lorsqu'il donne dans toute l’économie des signes manifestes de sa présence. Les autres veulent l’admettre alors que l'œil seul est affecté, de sorte qu’en l'examinant ils pourraient dire que le sujet est scrofuleux ou syphilitique. Mais nous sommes médecins avant tout, notre diagnostic ne doit jamais se faire uniquement par l'inspection de l'œil, mais par l'examen de tous les organes. En admettant des ophthalmies spéciales, nous disons qu'on doit tenir compte non-seulement de leur siége, de leurs caractères locaux, mais aussi de l’ensemble offert par l'organisme entier, de l'état général de l'individu. En procédant ainsi, on arrivera à un diagnostic exact et à un traitement rationel. Nous parviendrons à ce résultat en admettant, non des ophthalmies spécifiques dont les caractères sont absolus, mais des ophthalmies spéciales, offrant certaines modifications qu'il faut savoir apprécier.

M. Cazwo y Marmn. Cette question est très difficile à résoudre : c’est d'elle que dépend la classification des maladies oculaires. Dans cette discussion, il ne faut pas oublier que chacun parle d’après ce qu'il a vu dans son pays, et c’est là, selon moi, la principale cause des opinions divergentes qui se produisent. On ne peut pas morceler l'individu, isoler un organe et en considérer à part les maladies ; il faut toujours se rappeler qu'il fait partie de l’économie, et l’examiuer dans ses connexions avec tous les autres. Quantaux diathèses, ne peuventelles pas se manifester dans un seul organe? Il faut une certaine quantité de diathèse pour produire une affection spéciale dans tel organe; si elle n’existe pas, cet organe restera intact; et qui peut mesurer la quantité de diathèse ? Ensuite, il faut toujours tenir compte du pays où l’on observe, cette circonstance pouvant imprimer aux diathèses des modifications. Ainsi, en Espagne, la scrolfule n’est pas caractérisée comme elle devrait l'être d’après la description de Hufeland. Au printemps et en automne, on voit survenir des manifestations vers le nez et les oreilles, des gonflements sous-maxillaires, des pustules à la Apeau, puis tout cela disparaît pour se reproduire au bont de quelques mois. Cette diathèse guérit souvent seule et cède très facilement au chlorure de baryum.

Je crois qu'il ne faut pas isoler l'œil, le considérer à part} mais toujours [tenir compte de l’état de l’économie; il faut examiner, non une maladie, mais un individu malade. Dans tous les ouvrages de médecine et de chirurgie, i est fait mention de maladies spéciales, modifiées dans leur forme et leur traitement par les circonstances dans lesquelles se irouve le malade; je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas de même en ophthalmologie. Une des influences les plus manifestes à mon avis, et je ne puis trop y revenir, est celle du climat. Ainsi, les médecins espagnols n'ont jamais admis la gastrite de Broussais, parce qu’on ne l’a jamais rencontrée à Madrid. En revanche, on y trouve la fièvre bilieuse, presque inconnue partout ailleurs. — Sans doute les études anatomiques sont nécessaires, mais elles ne donnent pas la solution de toutes {les questions, et il ne faut pas oublier la nature des causes qui sont l’un des facteurs de la lésion pathologique. Ceci est vrai surtout pour les causes

diathésiques, qui impriment aux maladies des modifications spéciales, sans er changer les lésions anatomiques, et qui du reste n’ont pas encore été bien étudiées. Dès qu’on admet ces causes en pathologie, et l’on doit les admettre il faut aussi les adopter en ophthalmologie. Je crois donc que si l’on peutme pas admettre les ophthalmies spécifiques, on doit admettre des ophthalmies spéciales, offrant des modifications en rapport avec les circonstances dan lesquelles elles se sont développées. Du reste, il ne faut pas pour l’apprécia tion de ces affections se borner à l'examen de l'œil, de la maladie locale mais il faut toujours examiner l'individu malade tout entier, ‘el tenir compte de toutes les circonstances, et surtout des circonstances de localité. Voilà pourquoi je repousse le mot spécifique pour adopter le mot spécial.

M. Anacxosraxis. M. Van Roosbroeck a avoué que les ophthalmies spécifiques ne se manifestaient pas toujours par des symptômes pathognomoniques :il a parfaitement raison; mais alors comment les reconnaîtra-t-il? Il a dit que parfois elles peuvent être la première manifestation de la diathèse dont elle dépendent; mais si l’on ne peut pas les reconnaître positivement, comment distinguera-t-on ces cas? Il a cité comme exemple l’ophthalmie scrofuleusé, qui survient parfois comme premier signe de la serofule. Eh bien! j'ai vu des individus très bruns, nullement npRa ten offrir l’ophthalmie phlycténulaire, dite scrofuleuse, sans jamais présenter aucune manifestation scrofuleuse; dira-t-il qu’ils étaient serofuleux ?

Quant aux idées de M. Quadri, je lui répondrai qu’un groupe quelconque de symptômes ne peut jamais servir à déterminer la nature d’une maladie admettre une telle manière de voir serait tomber dans un vrai chaos. Là seule condition qui puisse atteindre ce but, c'est l'examen des lésions anatomiques: Je crois aussi qu’on doit examiner le malade en entier, dans son ensembles ne négliger aucune circonstance; mais je ne pense pas qu’on doive appeler scrofuleuse ou rhumatismale une maladie parce qu’elle se développe chez ut scrofuleux ou chez un rhumatisé. Je ne pense pas que pour cela il faille admettre des ophthalmies spéciales ou des ophthalmies spécifiques.

M. Van Roossrorck. M. Anagnostakis confond l’inflammation survenant chez un individu atteint d’une diathèse avec celle qui est la suite de cette diathèse: qui la reconnaît pour eause immédiate; il y a pourtant là une distinction à ét blir. Ainsi, une ophthalmie traumatique survenant chez un scrofuleux, n’est pas une ophthalmie scrofuleuse; avec le {emps elle peut le devenir, mais cel peut aussi ne pas arriver, et elle peut disparaître sans avoir jamais mérité cé nom. Il y a donc là quelque chose de plus qu’une coïncidence ou une com plication; il y a quelque chose qui dépend de l'essence même de Pétat consti tutionnel, et qui crée l’ophthalmie spécifique, quelque chose qui fait qu’une ophthalmie scrofuleuse n’est pas seulement une ophthalmie survenant che un scrofuleux. :

M. Levrar. C’est avant tout le traitement qui fait reconnaître la spécificitt de l’ophthalmie, Si elle résiste aux antiphlogistiques, c’est qu’il y a une caust spécifique, et en s'adressant à celle-ci, on guérit. Voilà pourquoi et comment. j'admets des ophthalmies spécifiques.

M. Murcer. Je suis entièrement d'accord avec M. Crocq sur la spécificité des ophthalmies. Cependant, comme on ne peut jamais trancher par un vol une question de science, je proposerai la suppression pure et simple du ÿ 4 lu projet de solution.

M. SicaEL croit qu'avant de décider la RS du paragraphe, il fau discuter à fond la question.

M. Muirer propose de motiver le rejet de la SOUS indiquée au pro

gramme, par la considération qu’une question scientifique ne peut jamais être tranchée par un vote.

M. Croco dépose la proposition suivante :

« Quelle que soit l'opinion que l’on se forme sur la spécificité des ophthal- « mies,lepraticien doit faire grande attention aux conditions constitutionnelles « qui, soit comme causes, soit comme complications, peuvent coexister avec « la maladie oculaire, et tenir compte de ces conditions dans le pronostic et « la thérapeutique. »

Il pense qu’en adoptant cette proposition, la section ne tranchera pas la question encore si controversée des ophthaimies spécifiques, et que cependant elle donnera toute satisfaction aux praticiens, en énonçant un fait dont l’on ne peut contester l'exactitude ni l'importance.

M. Kucyzer. J'appuie la proposition de M. Muller, consistant à supprimer le paragraphe relatif aux ophthalmiesspécifiques. En effet, la discussion nenous a pas fait faire un pas, et si nous la continuons, elle ne nous avancera pas davantage. Le point de vue de Beer a été, qu'il n’y a pas seulement dans les ophthalmies spécifiques des symptômes d’inflammation, mais aussi des symptômes appartenant à la maiadie dont elles proviennent. Beer a sans doute été trop loin ; mais c’est aller trop loin en sens inverse que de nier les ophthalmies spécifiques. Quoi qu'il en soit, chacun de nous a sur ce point ses convictions faites, et il ne sera pas au pouvoir de la discussion de les modifier.

M. Donpers. Les opinions qui se sont produites ici ne sont pas aussi diverventes qu’elles le paraissent au premier abord; il est facile de formuler quelques propositions qui donnent satisfaction à toutes, et que toutes puissent accepter. Voici ces propositions, telles que je les ai conçues :

« J. Il est démontré par la statistique qu’un grand nombre de cas de mala- « dies des yeux ont leur cause unique ou du Moins prédisposante dans la con- « stitution du patient. Les mêmes lésions anatomiques peuvent cependant, « à peu d’exceptions près, se développer quand la diathèse, qui souvent en est « la cause, n'existe pas.

« Il. Pour autant que certains changements morbides constitutionnels mé- « ritent d'être nommés spécifiques, il existe réellement des maladies de nature « spécifique. Cependant il n’est pas possible de déterminer cette spécificité dans « des cas particuliers par l'inspection seule de l'œil ; il faut, pour y parvenir, « connaître l’état de la constitution.

« HI. Il est bon detenir compte de la constitution et des causes qui peuvent « en provenir ; il est possible qu'en procédant de cette façon, on parviendra « par une observation plus exacte, à trouver des différences entre les lésions « anatomiques des maladies réputées semblables, mais observées dans diffé- « rentes conditions de la constitution. |

« IV. On a encore le droit d'appeler spécifiques les maladies des yeux qui

« ont leur cause dans un agent extérieur qui est appliqué sur l'œil et dont la « nature est virulente, spécifique. »

- M. Kucuzer. Ces propositions peuvent être adoptées par tout le monde mais elles ne contiennent rien de nouveau. Ce qu’elles disent en somme, c'est que les symptômes locaux ne suffisent pas pour fonder un diagnostic : il faut tenir compte des causes et de l’état de la constitution. C’est là une chose très connue, et je ne sais pourquoi le Congrès devrait la sanctionner une fois de plus par un vote. Je conclus donc à leur rejet, comme étant inutiles, et à la suppression pure et simple du paragraphe.

M. Doxpers. Mes propositions n’ont pas la prétention de contenir du nou: veau, j'ai seulement voulu résumer l’état de la science.

M. Ar1T. Il s’agit ici de la question de savoir si certains actes atholo (pathologische Processe) sont intimement liés à certaines maladies, de façon à ce que ces maladies soient le résultat de ces actes. Ceci admis, je me demandk si l’acte pathologique présente quelque chose de particulier, de spécial @ raison de sa condition étiologique: enfin, si l’on peut, en vertu de la particu larité, de la spécialité de l’acte pathologique, admettre l'existence de quelque chose despécifique. Il ne faut pas ici, commeon a trop de tendance à le faire, se placer exclüsivement au point de vue anatomique; il faut voir les relations de la maladie, tant avec l’ensemble de l'organisme qu avec la cause qui l'i déterminée.

Je crois que seulement dans les cas où l’acte pathologique présente des « ce ractères particuliers en vertu de sa cause, en rapport intime avec elle, on peu réellement la déterminer, et en réalité on le fait toujours. On sait parfaitement que certaines modifications organiques ne se manifestent qu’à la suite de cer: taines causes, et que d’autres ne se manifestent jamais dans ces circonstances: Ainsi, pour l'iritis, on sait parfaitement que telle marche déterminée est suite de certaine cause spécifique de la cause syphilitique; eh bien! dans ces cas on peut tirer une conclusion de ce qu'on observe à l’œil seul; on peu dire d’après cela : cette maladie est syphilitique. Mais il y a des cas où l'acte pathologique à l'œil n’est pas nettement prononcé, et alors on ne peut tiret aucune conclusion; car, parce que dans cinq ou six cas la syphilis est la causé de telle maladie, on ne peut pas dire qu’elle le sera dans tous ; il faut encore des caractères qui le prouvent, et que l'observation seule peut révéler. Si l'on tronve une blennorrhée chez un scrofuleux, on ne dira pas que c’est une blen norrhée scrofuleuse, car aucun fait ne prouve que dans ces cas il existe une liaison entre l’état général et l’état local. |

Est-ce qu'au point de vue pratique on doit prendre connaissance des causes des maladies? Sans doute le praticien n’a pas besoin des expressions : ériti syphilitique, ophthalmie scrofuleuse; mais quand on écrit, ou quand on enseigne, on doit nécessairement classer les différents cas dont on s'occupe. Dans ce classement, l'anatomie doit sans doute marcher en première ligne ; mais l'étiologie doit avoir aussi sa part. La division d’après cetLe dernière est même

la meilleure, parce qu’elle oblige le médecin à prendre connaissance des causes. il doit reconnaître la liaison qui existe entre l’ophthalmie et l'état général. Si l’on se borne à l'anatomie, et si l’on y pense trop, on établira par exemple une irilis profonde et une iritis superficielle ; et qu'est-ce que la pratique y gagnera Sans doute dans un grand nombre de cas on ne connaît pas la cause; eh bien alors on doit caractériser la maladie uniquement par l’état anatomique mais lorsqu'on a reconnu la cause, on doit la prendre en considération. Ainsi pour en revenir à l'iritis, si l’on est convaincu qu’elle est due à la sypbilis, 0 dira que c’est une iritis sy philitique ; ; si l’on ne reconnaît aucune cause positive on se bornera à dire que c’est une irilis, et rien de plus. On a parlé de lésion: concomitantes, et l’on a prétendu qu’une ophthalmie spécifique n’était qu ‘un ophihalmie survenant chez un sujet atteint d’une autre maladie ; mais 0f 4 traité une syphilis ; il se développe une forme particulière, telle que l'iri tis syphilitique, et il s’agit d’instituer un traitement : est-on autorisé à donner le mercure, on bien doit-on la traiter comme si elle était le résultat d'un refroidissement? Pour le déterminer, il faut trouver des caractères spéciaux qui permettent de remonter à une cause, et si ces caractères existent, il serailé souhaiter que dans tous les cas ils fussent parfaitement clairs; il serait égales

ment à désirer qu'il en existât de semblables dans tous les cas d'ophthalmies dépendaut d'une cause constitutionnelle.

M. Sicmez. Je mejoinsentièrement à ce qu'ont dit MM. Arlt, Calvo y Martin et Donders. Les propositions du dernier me paraissent pouvoir être parfaitement acceptées, sauf la quatrième, que je proposerai de modifier. Je crois que nous n'avons plus à discuter longuement sur ces points, parce que la manière de voir de M. Arlt est celle de presque tous les médecins ophthalmologistes. Je regrette seulement qu’il n'ait pas davantage insisté sur ces points, sur lesquels sa vaste expérience pouvait nous fournir d’utiles enseignements.

Pourquoi la médecine moderne, qui a tant approfondi les questions d’anatomie, d'exploration, de thérapeutique, qui a découverttant de choses, n'a-t-elle [pas élucidé davantage cette question du rapport des ophthalmies avec les causes constitutionnelles ? Je m’exprime ainsi, parce que je n’admets pas la spécificité des ophthalmies ; je repousse le mot spécifique, et je ne sais pas comment il a reparuici. J'ai toujoursdit que le mot spécifique devait être rejeté de la pathologie, ou bien recevoir'une signification fixe, parfaitement déterminée. Pour moi, une maladie ne peut mériter ce nom que si elle reconnaît une cause spécifique, immusble, qui seule peut y donner naissance, un virus. Quelles sont les ophthalmies qui remplissent ces conditions ? Il n’en existe que deux : l'iritis syphilitique et l'ophthalmie variolique. L’ophthalmie puriforme bleunorrhagique ne rentre pas dans cette catégorie, n'offrant rien qui indique une cause nécessairement toujours la même. Sauf pour les deux maladies précédemment indiquées, le mot ophthalmie spécifique doit disparaître du vocabulaire médical. Les autres ophthalmies qui se trouvaient sous la dépendance d'un état constitutionnel, avaient autrefois reçu de moi le nom d’ophthalmies combinées, parce que l’état local y est combiné avec un état général dont on ne peut l’isoler. Ce mot, qui appartient à l’école de Schoeulein, n'ayant pas été compris en France, je l’ai remplacé par la dénomination d’ophthalmies spéciales. Toutes les ophthalmies que j'appelle ainsi offrent des caractères anatomiques spéciaux, mais qui peuvent exister sans elles. Au conltraire, dans les ophthalmies spécifiques proprement dites, il y a des caractères uatomiques constants qui indiquent l'existence d’un travail général au sein e l'organisme, et qui permettent de la reconnaître. Je regrette que MM. Boek tSperino ne soient pas présents ; ils vous diraient qu'on reconnaît de suite la yphilis lorsqu'on regarde l’œil du patient. Il en est de même pour l'ophthalie variolique. Je ne dis pas qu’on ne puisse se tromper, car quel est le point urlequel on ne se trompe jamais? Mais il y à des caractères qui permettent la lupart du temps de les reconnaitre.

Indépendamment des ophthalmies spécifiques, il y a des ophthalmies spéiales qui, sans rien présenter de tranché comme les précédentes, sont sous la dépendance d’une cause qui agit sur tout l'organisme. Cette cause modifie l’'ophthalmie en y donnant des caractères spéciaux, mais qui peuvent aussi ‘xister sans elle. Vous voyez, Messieurs, que mes idées sont celles de MM. Calvo Martin et Quadri. Les ophthalmies spéciales sont pour nous celles dans les- [quelles un travail général influe sur l’état local. Ainsi, l'ophthalmie phlycténulaire se développe la plupart du temps sous l'influence d’un état général articulier; cependant, comme l’a fort bien dit M. Anagnostakis, elle peut exister en dehors de cet état. Cette ophthalmie, je ne l’appelle pas ophthalmie scrofuleuse, mais ophthalmie lymphatique, parce que j'ai observé que, si elle se développe souvent chez des individus non scrofuleux, c'est presque toujours {chez des sujets lymphatiques. Cependant, je le répète, elle peut exister chez des sujets qui ne sont pas lymphatiques, et qui ne sont nullement scrofuleux.

Sur huit cas de cette ophthalmie, il y en a au moins six qui éclatent chez des sujets à tempérament lymphatique. Il faut donc instituer un traitement qui agisse sur la constitution, en même temps que sur la lésion, et qui tende à modifier la première. — Je conclus à ce que, pour abréger la discussion, on adopte les propositions de M. Donders, que tout le monde peut accepter. Je men bornerai à présenter un amendement à la dernière.

M. Srorger. Je partage entièrement les idées de M. Arlt, et j’appuie les pro positions de M. Donders. L’anatomie pathologique constitue réellement tendance actuelle de la science; mais, selon moi, on y ubéit d’une manière trop absolue, on néglige trop le reste. Les propositions de M. Donders constatent cette tendance, tout en laissant la porte ouverte aux investigations ultérieures. Il avoue que nous ne somies pas arrivés à la dernière limite de la science, relativement à ce point que l’on ne peut pas tout constater anatomiquement, et qu ‘il faut tâcher d'aller plus loin par l’étude des causes. Voilà pourquoi Je crois que la section doit adopter ces propositions.

M. Arcr. L'école de Vienne, et surtout Skoda, a marché plus qu’aucunt autre dans la voie anatomique ; elle a rejeté toutes les différences étiologique qui existent par exemple entre les pneumonies. Aujourd’hui tout cela s’est modifié; on en est revenu de l'exploration anatomique pure et simple; ot prend aussi en considération l'élément étiologique. On n’a pas fait un dia gnostic complet lorsqu'on à dit : c’est une pneumonie, c’est une iritis; on doi préciser les rapports de cette lésion avec les circonstances étiologiques. Of doit être satisfait sans doute quand on est parvenu à localiser une maladie mais cela ne suffit pas ; il faut aller plns loin, il faut aborder l'étude de lin fluence des causes. Ce point de vue était repoussé par l’ancienne école ; mai Skoda, Jaksch, Oppolzer sont aujourd’hui revenus de cette idée, et j'ai com staté avec plaisir ce changement. On ne se borne plus aujourd’hui chez nous l'énumération des phénomènes généraux et locaux ; il est reconnu que les ma ladies affectent une marche différente selon les causes qui les ont déterminées et qu’on doit dans leur appréciation tenir compte de l'élément étiologique.

M. Croco. Je ne puis admettre d'autre base pour établir la nature d’unt maladie que la lésion qui la caractérise, lésion qui, la plupart du temps, peu résulter de l’action des causes les plus diverses. M. Sichel a pleinement con firmé cette manière de voir, lorsqu'il a déclaré que l’ophthalmie phlycténu laire pouvait se manifester chez des sujets qui n'étaient pas scrofuleux; il MM même vu si souvent qu'il a remplacé la dénomination d'ophthalmie scrofus, leuse par celle d'ophthalmie lymphatique. Or, c’est loin d'être la même chose car le Iymphatisme est un tempérament compatible avec |a santé, tandis qu la scrofule est une maladie; tous les Ilymphatiques sont loin d'être scrofuleux il y a des scrofuleux qui ne sont nullement lymphatiques. — La dénominatio d'ophthalmie lymphatique n’est pas plus irréprochable que celle qu’elle est des tinée à remplacer, car M, Sichel nous à dit que, dans un certain nombred cas qu'il évalue à deux sur huit ou dix, les sujets atteints de cette ophthalmi ne présentaient pas les caractères du tempérament lymphatique. Sans dou dans le pronostic et le traitement, il faut toujours tenir compte de l’état géné ral et des diathèses qui peuvent exister; mais il suffit d'énoncer ce pr Sans pour cela donner aux maladies des noms qui peuvent conduire à l’erreu en faisant considérer les affections qui les portent comme exclusivement pr pres à Lel état général, comme caractérisant cet état. Dans les entorses et le fractures, il faut aussi tenir compte de l’état général et des diathèses ; est=€

à dire qu'il faille distinguer des entorses ou des fractures scrofuleusesil 0 syphilitiques ?

Les maladies ne peuvent donc être classées et dénommées que d’après leurs lésions ; sauf à déterminer si certaines lésions ne sont pas le produit constant [de certaines causes.

M. Hasner. Avant tout, pour résoudre cette question, il faudrait être d’accord sur la spécificité. L'école de l’anti-spécificité a sans doute été trop loin, cependant il ne faut pas se laisser non plus trop aller aux tendances opposées. Ainsi l’iritis recrudescente, sur laquelle M. Von Graefe a attiré l'attention, est une maladie généralement traumatique, qui se reproduit par l’action des mouvements du globe oculaire. Eh bien ! Cette forme, due à une circonstance étiologique toute locale, à pu être y d’un autre point de vue, prise pour une affection syphilitique. Voilà le danger d'admettre des affections spécifiques d'après des caractères locaux.

Une série d’ophthalmies, qui toutes sont rangées dans les ophthalmies spécifiques, sont celles déterminées par d’autres altérations de l'organisme. Les adversaires de la spécificité eux-mêmes reconnaissent que les maladies du cerveau et du cœur peuvent influer sur l’œil aussi bien que sur les autres organes ; et je crois que si l’on envisage les choses à ce point de vue, on peut facilement se rencontrer. Ainsi, une affection qui n’est à coup sûr pas inflammatoire, le diabète, amène souvent à sa suite la cataracte, sans qu'aucun | phénomène local puisse expliquer ce fait. Se produit-elle par suite de la composition chimique des fluides de l’œil, altérés par la maladie? Ou bien reconuaît-elle pour cause l’état de marasme qui accompagne le diabète? Les adversaires de la spécificité tiennent à ces explications, dont rien ne peut démontrer la réalité. El en résulte qu’on ne doit pas trop se hâter de conclure de l’état local à Pétat général, et qu'on doit examiner celui-ci avant de tirer des conclusions sur la nature et la cause de l’ophthalmie.

M. Von GRagre. [l n’y à pas de relation absolument constante entre la cause des maladies et les effets qu’elles produisent : aussi ceux-ci ne peuvent-ils uon plus servir à déterminer les premières d’une manière absolue. Cependant [il y a des lésions anatomiques qui accompagnent presque constamment l’action } d'une certaine cause constilutionnelle, par exemple quatre-vingt-dix-neuf fois | sur cent. Dans ces cas, il convient de mentionner cette circonstance dans la | dénomination de la maladie, et de conserver la nomenclature étiologique ; ceci toutefois n’a lieu qu'exceptiounellement, par exemple pour la syphilis, et pour la | rétinite occasionnée par l’albuminurie, dont il a été question précédemment. M. Donders ne l'a pas suffisamment fait entendre daus ses propositions, où il | admet à tort le principe de la spécificité.

M. Donpers, relit sa deuxième proposition.

M. Vox Gnraere. On ne peut adopter cette conclusion; vous admettez la spécilicité, et vous dites que, dans les cas particuliers, on ne peut la déterminer par l'inspection seule de l'œil, mais en consultant l’état de la constitution. Or, | on peul avoir une diathèse, et en même temps présenter une maladie qui n’a | rien de spécifique, rien de commun avec la diathèse. On peut nommer spécifique, seulement une maladie qui. par ses caractères propres, permet de remonter à Sa cause. Si on l'entend de cette façon, 11 n°y a pas d’ophthalmies spécifiques proprement dites ; mais il y en a où les rapports entre la cause et l'effet sont assez constants pour que, quand on les observe, on reconnaisse l’action de celle-ci, et non une simple coïncidence. Dans ces cas, il est, je le repète, utile de conserver la nomenclature étiologique. Je voudrais que cela fût exprimé dans les propositions.

M. Sicuez invite M. Von Graefe à présenter un amendement en conséquence.

M. ArcT. M. Von Graefe prétend que certains caractères anatomiques n& se rattachent pas d’une manière constante à certaines causes. Je n’admets pass cela ; ainsi d’après l’aspect d’une cicatrice on peut dire qu’elle es scrofuleuse# il y a donc dans cette cicatrice quelque chose de spécifique qui permet de la reconnaître. |

M. Von GRraëre. Il faut laisser tomber le mot spécifique, aussi bien que le mot spécial destiné à le remplacer, car il n’y à à attendre que des désavantages de leur introduction. Tant qu'il n’y a pas fusion totale entre la cause et la maladie, à tel point que l’une permette de remonter inévitablement à l’autre, le mot spécifique ne convient pas. Or, comme je l'ai déjà dit, les relations étiologiques même les mieux établies ne sont jamais constantes. On n’a done pas besoin d’un mot dans la nosologie pour les désigner, et l'adoption d’un tel mot présenterait de grands inconvénients, parce qu'on serait toujours tenté de conclure de l’état local à un état général qui n'existe pas.

M. Sicuec. Lesnomssont nécessaires pour fixer les idées; sans eux l’on hésite, on oublie. Ainsi le coloboma de l'iris a été décrit longtemps avant Walter, et pourtant aucun ophthalmologiste ne l’a mentionné avant lui, parce que le nom n'existait pas. Parce que nous appellerons une ophthalmie lymphatique ou scrofuleuse, ce n’est pas une raison pour la traiter de suite par les anti-scrofu=" leux, Car nous savons que nous pourrions nous tromper, les caractères locaux n'étant pas constants. C’est un moyen de rappeler que telle forme d’ophthalmie” dépend le plus souvent de telle constitution ou de telle diathèse, et d'appeler l'attention sur ce point; c’est un guide, et rien de plus. Il ne faut pas tout à coup, dans un but théorique, renverser les anciennes dénominations ; du reste nous ne tenons pas au mot spécifique ou spécial; que l’on en indique un autre, et nous l’adopterons. R

M. Muzrer. Je dois rappeler que j'ai proposé la suppression complète du paragraphe relatif aux ophthalmies spécifiques, comme se rapportant à une. question scientifique qu’on ne peut résoudre par un vote. Depuis, on a longuement discuté, et l’on n’y a rien gagné. Je reproduis done ma proposition, et je demande qu'elle soit mise aux voix.

M. Donpers. Je suis de l'avis de M. Von Graefe relativement à la spécificité ; mais mes propositions n’en restent pas moins intactes. J'ai eu soin de dire dans la deuxième : pour autant qu'un élal morbide constitutionnel mérile réel lement d'être nommé spécifique. Je ne décide pas s’il y a des états qui méritent ce nom, je ne sais pas quels sont ces états; je ne décide pas, par exemple, si la scrofule est une maladie spécifique. Chacun est libre d’avoir sur ce point telle opinion qu'il veut, et ce n’est pas ici le lieu de discuter sur Ce point.

M. Le PRÉSIDENT fait observer que la proposition de M. Muller s’écartant le plus du projet de solution proposé, doit avoir la priorité.

M. Sicuec. Quand une question a été prise en considération et discutée, on ne peut la supprimer par une fin de non-recevoir.

M. Kucurer soutient la proposition de M. Muller. Les propositions de M. Donders, dit-il, sont exactes, mais elles tournent la question au lieu de la résoudre.

M. Donpers. J'ai fait ces propositions non pour détourner la discussion ou pour la faire avorter, mais pour la guider. Quand on connaîtra les débats qui ont eu lieu ici, on connaîtra par cela même l'opinion de la section, mais on ne peut décider la question par un vote.

M. Croco retire sa proposition et se rallie à celle de M. Muller, dont il demande la mise aux voix.

M. SicHeL se range à cet avis.

M. Doxpers demande que le secrétaire indique dans son rapportl'espritde la séance, qu’il résume les discussions qui y onteu lieu; il faut qu'on sache qu'il y à eu un programme et des propositions qui ont été longuement discutés.

La clôture est prononcée.

La proposition de M. Muller est rejetée.

M. Donpers pense que c’est au rapport à résumer l'esprit des débats, et qu'il est inutile de rien adopter.

Mon GRagre est d'avis au contraire qu’on doit voter sur les propositions de

M. Donders. Ce n’est pas là trancher une question scientifique par un vote; | c’est uniquement adopter des propositions destinées à être lues en séance générale du Congrès, aux lieu et place de celles de la Commission organisatrice.

La première proposition de M. Donders est mise aux voix et adoptée.

. M. Sicuez propose d'ajouter au deuxième paragraphe de la deuxième proposition le mot toujours, et de dire : « cependant il n’est pas toujours possible de « déterminer cette spécificité dans les cas particuliers, etc. » Il croit cette addition nécessaire, parce qu'il y a des cas où l’examen de l’état local suffit pour remonter à la cauge constitutionnelle.

. M. Arcr propose de dire : « Dans beaucoup de cas, il n’est pas possible de « déterminer cette spécificité par l'inspection seule de l'œil, etc. »

M. Sicuez soutient son amendement ; il en démontre l'identité avec celui de M. Arli.

M. Arcr se rallie à l'amendement de M. Sichel.

M. Von Gragre dépose la proposition suivante, destinée à remplacer celle de M. Donders: ;

« Ceci posé, il faut dans chaque cas étudier le plus possible les causes « générales ; si l'examen clinique en démontre positivement l'existence, on « pourra, on devra même accepter dans la dénomination de la maladie le « principe éliologique. Geite manière de procéder exercera certainement une « influence avantageuse sur les progrès de la nosologie et de la thérapeutique; « mais il ne peut être permis de généraliser la nomenclature étiologique; on « doit la réserver exclusivement pour les cas, peu nombreux, où une rela- « tion assez évidente se manifeste entre les diathèses et la forme anatomique « de la maladie. »

Le mor spécifique doit disparaître, comme l’orateur l’a démontré précédemment.

Cet amendement, s’écartant le plus de la proposition primitive, est mis aux voix. Il est adopté.

La troisième proposition de M. Donders est mise aux voix et adoptée.

M. Donpers retire sa quatrième proposition, comme devenue inutile.

La séance est levée à midi et demi.

Président : J. BOSCH; Secrétaire, A. TESTELIN.

Page 1