‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 24 sur 112 · LES MEMBRES INSCRITS DANS LA SECTION SONT · texte numérisé non relu

LES MEMBRES INSCRITS DANS LA SECTION SONT

TROISIÈME SECTION

Mzssreurs

Ansiaux (J.).

Boeck.

Bribosia.

Burggraeve.

Boissonncau.

Caffe.

Cornaz.

Debout. Delstanche.

Delvigne.

Demoor.

Deroubaix.

M. 1e Présipenr appelle au bureau comme vice-présidents de la section: MM. Guérin (France), à qui l’état de sa santé ne permet pas d'accepter Carre (France), Dixon (J.) (Angleterre), Perixan (Russie), Rossanxper (Suède

L'ordre du jour appelle la discussion de la question V du programm

ainsi CONÇU :

« L'expérience a-t-elle établi que certaines formes de la cataracte peuve « être guéries sans opération? Dans l’affirmative, quelles sont ces formes” « quels sont les moyens qui peuvent suppléer aux moyens chirurgicaux ? » M. le Président donne lecture du $ 1°*° du projet de réponse; il est conçu“

ces termes :

« Si par le mot cataracte on entend l’opacité spontanée (ou survenue 50 « l'influence de causes dont l’action est jusqu'à présent restée incounue), q « se produit plus ou moins rapidement dans la substance de la lentille eris É « line, on peut répondre sans hésiter : Non, il n'existe dans les anuales de « Science aucun fait authentique propre à démontrer qu'une cataracte à « jamais rétrogradé, ou se soit jamais arrêtée dans sa marche, sous l'influe

Didot.

Dieudonné.

Dixon.

Dubois.

Engelman.

Gioppi.

| Guépin.

Gros.

: Hammelrath.

| Hess.

Heyman.

Horner.

Séance du 13 septembre.

| Küchler.

Laussedat.

Leport.

Montaut.

Olivieri.

Pagenstecher.

Paul.

Pelikan.

Pigeolet.

Rossander.

Rothmund.

| Sauveur.

« d’un traitement médical quelconque. »

Sciuto.

Schoenfeld. Sprengler.

Van Dommelen.

Vanzetti.

Vauqueliu.

Vogelsang.

Warnatz.

Windsor.

M.Vawzermi (de Padoue) commence par déclarer que jamaisiln’aobtenu lacure radicale d'une cataracte lenticulaire par un traitement médical. Mais il croit qu'on a été trop loin en disant que jamais les moyens médicaux ne pouvaient faire rétrograder cette affection. Il a institué à sa Clinique chirurgicale et ophthalmologique une série d'expériences à ce sujet ; elles ont consisté dans lapplication de l’ammoniaque liquide aux tempes jusqu’à production d’une légère eschare. Eh bien ! il doit déclarer que, sur cinq ou six enfants atteints de calaractes congéniales molles ou liquides, il a vu, au bout de trois jours, l’opacité diminuer avec une rapidité surprenante, et quelquefois diminuer des trois quarts en l’espace de cinq à six jours. Il restait alors une sorte d’opacité comme réticulée, 11 n’a pas poussé ses expériences plus loin parce que, n'ayant | jamais obtenu de succès complet, et ce moyen étant très douloureux, il lui répugnait d'infliger à ses malades une souffrance qui ne devait pas être compensée par une guérison parfaite.

M. Guérix (de Nantes), pense qu'il faut bien s'entendre sur la Géfinition du mot cataracte; 11 y a dans celte maladie des degrés différents et des causes diverses, comme dans toutes les autres; et toutes ces particularités doivent ètre prises en considération, surtout lorsqu'il s'agit de se prononcer sur la curabilité. En somme, il accepte la division proposée et déclare que, comme M. Vanzetti, il a vu les préparations ammoniacales (ammoniaque liquide 1 partie, huile d’olives 2, le carbonate et l'hydrochlorate d’ammoniaque) en applications et en frictions sur les tempes etle pourtourde l'orbite, faire diminuer des opacités lenticulaires molles ou liquides chez des adultes. De plus, ces mêmes moyens, joints aux toniques et aux ventouses cruelles à la nuque, ont Souvent fait disparaître certains troubles qui se développaient dans l’appareil eristallinien chez les glucosuriques, les albuminuriques, les chloroti- |ques ec les personnes affaiblies par des hémorrhagies. Mais de là à conclure à [la cure radicale, il y a loin; il peut bien y avoir une guérison relative pour le malade, qui récupère une vision plus ou moins bonne, mais point pour le médecin, qui continue à voir persister l’altération anatomique. Il sait et {déplore tous les abus scandaleux du charlatanisme de ceux qui se font une {spécialité de guérir la cataracte sans opération, et c’est même là ce qui l'a empêché jusqu'à présent de publier certains faits curieux qu’il expose à la section, et dont quelques esprits superficiels pourraient se prévaloir en faveur de conclusions absolues qui ne sont pas les siennes.

M. TesTeLiN, répondant à ces messieurs, défend et la division proposée dans le projet de réponse, et le $ 1% dans toute sa teneur ; il passe d’abord en revue les vbservations de prétendues guérisons de cataractes sans opération, publiées jusqu’à ce jour, et arrivant aux observations produites par ses honorables collègues MM. Vanzetti et Guépin, il fait observer : 4° que ces observations “ayant jamais été publiées, il n’y a point possibilité d'en tenir compte dans la réponse que la section est chargée de formuler; 2 qu'exposées comme elles l'ont été, elles peuvent bien avoir, de confrère à confrère, une certaine valeu r'} mais qu'elles sont dépouillées de tout caractère capable de les faire accepter comme siennes par une réunion telle que le Congrès, qui ne doit donner son appui qu’à des faits ne pouvant laisser place au moindre doute.

M. Carre. J'étais chef de clinique à l'Hôtel-Dieu dans le service de Sanson, chirurgien aussi distingué par sa science que par la loyauté de son caractère, lorsqu'il autorisa Gondret à faire, dans ses salles, des expériences sur la cure médicale de la cataracte. Gondret, on le sait, employait surtout l’ammoniaque liquide. Ma position m'obligeait à surveiller de près ces expériences, el J'ai même concouru au rapport présenté sur ce sujet à l'administration. Je

ss.

dois déclarer d’abord que Gondret m'a toujours paru de bonne foi, mais j'ajoute ensuite qu’il ne guérissait que des malades que nous reconnaissions n'avoir point de cataracte, tandis qu'au contraire jamais il n’a guéri ui malade chez qui nous avions constaté, une cataracte même commençante. M. Dinor ne croit pas la guérison possible si ce n’est par l’opération. Il fai valoir à l’appui de cette opinion les considérations physiologiques les plus puissantes, et donne des détails curieux sur la manière dont surviennent chez les chevaux, les opacités cristalliniennes; il les croit aussi communes chez ces animaux (herbivores) que chez les chiens (carnivores). Passant eusuilé à l'emploi de l’ammoniaque, il rapporte : qu'ayant à traiter une dame affectét de cataracte commençante, il avait eu recours à ce médicament, mais que là marche de la maladie avait été si rapide que, en moins de quinze jours, lopas cité était complète des deux côtés. Il s’est accusé pendant quelque temps de ce résultat fâcheux, craignant que l'ammoniaque n’yeût été pour quelque chose M. Juces ANsraux (de Liége) a fréquemment et largement employé lioduré de potassium, mais jamais il n’en à obtenu de succès, non plus que d’aus cune autre médication ; il n’a confiance que dans l’opération. M. Lerorr (de Rouen) ne croit pas que l’on puisse obtenir la cure radicalk de la cataracte à l’aide d’une médication quelconque. — Ceci, dit-il, a, du restes élé unanimement reconnu; en outre, il ne croit pas non plus que l’ou puisst faire rétrograder la maladie. Mais puisque des hommes aussi distingués que MM. Vanzelti et Guépin ont par devers eux quelques faits qui paraissent leur laisser du doute à cet égard, je propose que la section émette le vœu que ces confrères fassent connaître en détail les moyens qu’ils ont mis en usage , el que leurs expériences soient renouvelées à l’Institut ophthalmique du Brabant. Celte proposition, appuyée par M. Laussedat et par plusieurs autres membres de la section, est mise aux voix et adoptée.

Le $ 1 est ensuite adopté avec la modification suivante; on substituera a mot authentique, ceux-ci suffisamment évident. On passe à la discussion du $ 2 ainsi conçu : « Si l’on applique la dénomination de cataracte aux opacités du cristallin « qui sout la suite de lésions traumatiques, il existe des faits démontrant qu'un « traitement antiphlogistique, institué avec énergie, est parvenu à arrêterle « développement de ces opacités, à en empêcher la trop grande extension, où « même à les faire diminuer lorsqu'elles existaient déjà. » M. Van DoumeLen. J'appuie ce paragraphe. Autant je crois peu à la guérison médicale de la cataracte spontanée, autant je crois à celle de Ja cataracte trauma tique. Pour ma part, je n’ai jamais rencontré un fait authentique de guérison médicale d'une cataracte survenue spontanément, ou du moins sans causé connue chez l'adulte. Il suflit, au reste, pour ne pas croire à la possibilité d'une pareille guérison, d'avoir présent à l'esprit l'altération graisseuse qué subit le cristallin dans certaines formes de cataractes, sur lesquelles il n’est pas possible dese méprendre, telles que la cataracte déhiscente dont j'ai publié dans la Nederlansch-Lancet un cas que j'ai observé sur une femme au Heldens J'ai vu tenter bien des fois la guérison sans opération, mais toujours sans succès. Je me rappelle, entre auires, le cas de la femme d’un capitaine d'artil lerie légère, à qui l'on avait conseillé d'aller à Graeferath (où se trouve ua guérisseur fameux). Après y avoir fait un séjour de plusieurs mois, la malade en esl revenue sans avoir éprouvé la moindre amélioration. Quant aux cataractes qui se déclarent à la suite d’une lésion traumatiques je crois qu'un traitement antiphlogistique peut en arrêter le développements ainsi que jel’ai vu chez un tonnelier de la marine royale à Flessiugue. Cethommn

voulant couper un pain très dur l’appuya contre sa poitrine, et se servit d’un couteau de forme demi-cireulaire. Ayant fait un effort très violent, il trancha le pain avec tent d’impétuosité que la pointe du couteau vint en même temps couper la cornée transparente et l'iris de l’œil gauche dans tout son diamètre transversal. Je craignais le développement d’une cataracte ; mais, à l’aide de l'occlusion palpébrale, d'une large saignée, du calomel à l’intérieur, du repos et de la diète absolue, j'obtins une guérison parfaite et telle que, quinze jours après, cèt homme put partir pour les Indes.

Pour les cataractes consécutives à l’inflammation des membranes de l'œil, je n'ai jamais obtenw de résultat aussi heureux. Ainsi je me rappelle avoir traité | à Nimègue un soidat du 6° régiment d'infanterie, qui avait été atteint de cataracte à la suite d’une ophthalmie purulente intense. Malgré l'emploi d’un traitement résolutif, l'application des préparations mercurielles, de ’ammoniaque liquide et l'usage du chlorure de sodium, la cataracte resta stationnaire.

M. Gros (de Boulogne), appuie l'adoption du paragraphe ; il cite divers cas de guérisons de cataractes traumatiques, entre autres celui d’une personne dans l’œil de laquelle avait pénétré une plume d'acier, projetée avec violence : le cristallin et sa capsule furent blessés. Il y eut naturellement des accidents inflammatoires ; un traitement convenable fût institué, et l’on obtint la guérison avec persistance d’une opacité n'offrant qu'une étendue insignifiante.

M: DeLvicne (de Liège) appuie aussi Padoption du paragraphe. Cependant il fait observer avec raison que le plus souvent la guérison des cataractes traumatiquesuesurvient que par l'absorption de la lentille, qui se trouve alors dans les mêmes conditions qu'après l'opération de la division. —[l cite à l'appui de son dire plusieurs observations intéressantes qui lui sont personnelles.

Le $ 2 est adopté.

On passe à la discussion du 3° paragraphe :

« Si enfin , l'on étend le mot de cataracte aux opacités de la capsulequi, dans |« l'immense majorité des cas, pour ne pas dire dans tous, ne sont que des dé- « pôts consécutifs à l’inflammation de l'iris ou des parties qui concourent à la « formation des chambres de l'œil, l'expérience a démontré que l'on peut « souvent en obtenir la disparition par l'emploi d’un traitement propre à ces « dernières affections. »

La section adopte ce paragraphe à l'unanimité.

M. TESrELIN renvoie au reste ceux qui pourraient conserver quelques doutes sur la possibilité de guérir les vataractes capsulaires par un traitement médical approprié, à la lecture du beau travail que M. Guépin (de Nantes), vient de publier sur ce sujet, dans les Annales d'Oculistique. M. Testelin est uOmmé rapporteur.

La séance est levée à midi.

Séance du 414 sepiembre.

La séance est ouverte à neuf heures.

M. Leport (de Rouen) soumet à l'examen de la section trois instruments propres à fixer le globe oculaire ou les paupières dans les opérations qui se [pratiquent sur les organes de la vision.

La discussion est ouverte sur la question VI du programme, ainsi conçue :

« De quelle utilité l'occlusion palpébrale est-elle dans le traitement des

maladies des yeux? Quelles sont les affections de l’œil qui en réclament l’em ploi, et quel est le meilleur mode de l'instituer? »

Le $ 1° du projet de réponse porte :

« L’occlusion palpébrale a pour but d’immobiliser les paupières, de sous- «traire le globe oculaire à l’action de l’air et des corps étrangers qui y son « suspendus, de le comprimer et de favoriser l’action des remèdes en en pro « longeant le contact avec les surfaces oculo-palpébrales. »

M. Vanzerri. Je ne saurais accepter le mot comprimer; je ne crois pas qu l’on puisse proposer la compression de l'œil comme moyen thérapeutique Dans mon opinion, un œil malade ne peut supporter aucune compression quelque légère qu “elle soit, l'organe ne la pourrait tolérer sans douleur ; il A aurait done pas à espérer qu elle pût immobiliser l'œil; je la considérerais comme plus nuisible qu’utile. Il y a plus, je ne pense pas qu’un œil sain puisse supporter, sans en être considérablement incommodé, toute autre compressio) que celle qui lui vient naturellement des paupières.

M. Boscu. Les observations présentées par l'honorable préopinant lui sem blent fort justes. Évidemment, le mot comprimer constitue un vice de rédactiof Néanmoins, lorsque l’on maintient les paupières abaissées au-devant du glob de l’œil, surtout dans certains cas, lorsque par exemple il y a luxation du glob oculaire, ainsi que l’histoire de l’art nous en offre de rares exemples, dans c@ cas, un appareil contentif est indispensable pour maintenir l’œil dans sa cavité Il y a là une action qui n’est pas la compression, mais qui s’en raporoche, € c'est ce qu’il faudrait rendre par une expression convenable.

M. Tesreun. L'œil est incontestablement, par la mobilité due au gran uombre de muscles destinés à le mouvoir, et par sa situation au milieu d'un cavité tapissée par une couche épaisse d’un tissu cellulo-graisseux, susceptibl de se laisser déprimer, l'organe qui échappe le plus facilement à la compres sion. Peut-être cependant, dans les cas de staphylôme, y aurait-il moyé d'exercer réellement une compression. On sait au moins que, dans ces cas l’occlusion à une utilité réelle, soit qu'on l’'emploie seule ou qu’on la fasse pré céder de la cautérisation, ou de l’excision d’une petite portion du staphylôme suivant le procédé si ingénieux de M. Quadri, procédé que j'ai vu mettre en usagé plusieurs fois avec le plus grand succès à l'Institut ophthalmique du Brabant

M. Borssoxneau. Je puis affirmer que, dans plusieurs circonstances, il m’a suf d'appliquer une coque oculaire artificielle convenablement préparée pou obtenir la guérison de staphylômes opaques de la cornée. Je donne eu ce m@ ment des soins à une jeune personne qui était affectée d’un staphylôm considérable ; elle n’a pas subi d'autre traitement que l'application successint de diverses coques appropriées à l’état de son œil, et aujourd'hui le staphylômt s’est affaissé, et je n’ai plus qu’à lui placer un œil artificiel définicif. Jignor si c’est par compression ou de toute autre manière qu’agissent dans ces les yeux artiliciels, j'ajouterai cependant qu'ils rendent dans d’autres circon stances des services non moins signalés. Chacun sait qu’à la suite de la de truction d'un œil, le moignon qui reste et les paupières qui le recouvrent soi souvent le siége d’une irritation plus ou moins douloureuse et qui s’accoi pagne d’une sécrétion muco-purulente assez abondante; eh bien! il suffitu l'application d’un œil artificiel pour faire disparaître ces accidents. Je cro qu'alors la coque oculaire opère en mettant les parties à l'abri de l r, de! lumière, et de la poussière qui agissaient comme irritants. |

M. GuÉriN. La prothèse oculaire nous fournit la preuve que la compres sion de lœil serait une chose mauvaise. Lorsque les pièces artificielles sont mal adaptées, et que malgré la gène es la douleur qu’elles occasionnenl"

le sujet persiste à les porter, elles déterminent l’atrophie du moignon. [1 y à un mot que je proposerai pour remplacer celui de comprimer ; il nous mettra je crois tous d'accord, c’est celui de contenir.

La section adopte le changement proposé par M. Guépin.

M. Carre ( de Paris ). On peut obtenir par l’occlusion palpébrale un avantage que je ne vois point signalé dans le paragraphe; c'est celui de pouvoir maintenir l'œil à une température constante, quelle que soit celle que l’on juge convenable. On connaît les travaux de M. Jules Guyot sur l'action d'une température constante et plus ou moins élevée sur la cicatrisation des plaies ; dans l'espèce, les circonstances ne sont pas, je l’avoue, identiquement Îles mêmes; il y a néanmoins lieu de tenir compte, autant que le sujet le comporte, des principes établis par cet habile médecin. Je propose donc d'ajouter : « l'occlusion peut encore avoir pour but de permeltre la conservalion d'une tempéralure constante. »

M. Gros (de Boulogne). J'avoue qu’un des principaux reproches que j'adresse à l’occlusion palpébrale, que je ne repousse point d'une manière absolue, c’est de contribuer souvent à accumuler le calorique. Or, dans les inflammations oculaires, je connais beaucoup de circonstances dans lesquelles il y a avantage à diminuer la température; je n’en sais aucune où il soit utile de l’élever. Je suis donc peu séduit par la nouvelle vertu que l'honorable préopinant propose d’ajouter à l’énumération de celles déjà attribuées à l'occlusion.

M. Dezviene. Je suis de l’avis du préopinant; je ne connais point de cas dans lequel il soit nécessaire d’accumuler du calorique sur l'organe de la vision. Le principal avantage que l’occlusion me paraisse présenter, c’est de permettre l'application continue d’eau froide ou glacée, ou de compresses imbibées d’eau végéto-minérale, moyens résolutifs très-puissants.

M. Pezixan (de Saint-Pétersbourg). Je pourrais répondre à mes deux hono- À rables confrères, que des auteurs très recommandables préconisent les applications exclusivement chaudes dans les ophthalmies catarrhales et rhumatismales. Cela ne constitue pas, à proprement parler, une accumulation permanente du calorique, mais seulement une action transitoire dece puissant agent, qu'il ne faut pas dédaigner en thérapeutique. Je reconnais toutefois la valeur de leurs observations, mais M. Caffe ne propose point l'accumulation con- Stante du calorique sur l'œil. Il propose simplement de dire que locclusion palpébrale permet de régler la température de l’œil et de la maintenir au degré que l’on juge convenable. C’est là un fait évident, et que je ne vois aucun inconvénient à constater. |

La modification proposée par M. Caffe est adoptée.

M. Ouen. Je propose de supprimer la phrase, « et de favoriser l’action des remèdes en en prolongeant le contact avec les surfaces oculo-palpébrales.» Lorsque l’on ferme les paupières, il n'existe plus d'espace entre leur surface interne et le globe oculaire ; par conséquent, si quelque substance médicamenteuse se trouvait placée sur la surface de celui-ci, elle doit s’en trouver chassée par l’action de fermer les paupières. Si maintenant on rend permanente la clôture de ces voiles membraneux, on s'oppose au contraire à l’application des remèdes sur le globe oculaire,

M. Testez. L'opinion de notre confrère ne me semble pas compléicement exacte. On peut, me paraît-il, en fermant les paupières avec précaution, maintenir entre elles et le globe uculaire une pommade et même un liquide qui, sans cette manœuvre, seraient expulsés beaucoup plus rapidement par le clignement. On prolonge donc ainsi le contact. |

M. Carre. J'ajouterai que les paupières fermées n’empêchent pas l'arrivée des médicaments liquides jusqu'à la surface de l'œil. Ils y arrivent par endosmose, à travers l'épaisseur des paupières. Pour obéir néanmoins à ce que présente de juste l'observation de M. Olivieri, je propose de dire : » l'appareil oculopalpébral au lieu de: surfaces oculo-palpébrales. »

Cette modification est adoptée. On passe à la discussion du $ 2.

« À ces titres divers, elle est éminemment utile dans la conjonctivite aiguë « ou chronique (lorsqu'on n’a pas à craindre les effets d’une suppuration « abondante sur la cornée), dans la Kératite vasculaire et le pannus, dans les « ulcères et les perforations de la cornée; dans les propulsions de cette mem- « brane et la hernie de l'iris; dans les staphylômes récents ; dans l’ophthal- « moptose et à la suite de certaines opérations pratiquées sur l'œil, elles que « la ponction et l’opération du staphylôme, l'opération de la cataracte, de la « pupille artificielle, etc. Enfin on peut parfois encore retirer beaucoup d’a- « vantage de cette pratique, dans l’ectropion, et dans les plaies avec perte de | « substance de la face externe des paupières. »

M. Boscu donne lecture de la note suivante, qui a été adressé au Congrès par M. Bonnafont, empêché d'y assister :

« Nouveaux documents sur les heureux résultats obtenus par l'occlusion des paupières dans le traitement de certaines ophthalmies. — Tous les praticiens se souviennent peut-être du mémoire que je lus à l’Académie de Médecine de Paris, il y a environ deux ans, touchant l'efficacité de l’occlusion des paupières dans le traitement de quelques ophthalmies.

«Plusieurs de nos confrères faisant partie de cette docte assemblée se rappelleront encore la discussion un peu animée qui s’ensuivit, et à laquelle prirent part des hommes occupant une haute position scientifique; citer les noms des Velpeau, Piorry, Larrey, Bouvier, etc., ce sera donner une idée de l'intérêt pratique du sujet et de l'importance que cette discussion y a donnée.

«Toutefois, plusieurs objections graves furent adressées à ce mode de traitement, lequel, blâmé complétement par le professeur Velpeau, fut généralement approuvé avec quelques réserves par les autres orateurs.

« Depuis cette époque, nous avons continué à le mettre en usage tant à l'hôpital que dans notre pratique particulière. Et, comme dans notre première communication, nous nous estimons très heureux de pouvoir annoncer de nouveau que les résultats obtenus ont pleinement confirmé les premiers faits. Les dix-huit observations qui servaient de base au mémoire lu à l’Académie furent prises du mois de décembre 1854 au mois de juin 1855.

« Il nous eût été facile de joindre à l’appui de nouvelles observations, mais comme la question est devenue très sérieuse à cause de la part qu'y ont prise des praticiens éminents et qui, par leur position, exercent, du moins en France, une grande influence sur toutes les questions de médecine pratique, nous avons préféré attendre que le temps, ce grand juge de toutes choses, eût confirmé ou infirmé les résultats obtenus par cette médication.

a Nous n’entrerons pas dans de trop longues considérations, afin de ménager le temps que le Congrès doit employer à d’autres travaux; nous nous bornerons tout simplement à donner le relevé des malades atteints d’ophthalmie, depuis le premier juillet 4855 jusqu'au trente juin 1856; nous ne comwprendrons dans ce relevé que les hommes traités à l'hôpital du Roule, parce que les chiffres que nous donnons, ainsi que les guérisons obtenues, peuvent être facilement contrôlées par nos confrères des régiments auxquels les hommes appartiennent.

15) Venait de subir un traitement ordinaire dans un autre hôpital. (4) Conjonctivite guérie après 48 jours de traitement.

(1) 43 journées d'hôpital, mais la conjonctivite était guérie le 15 après 16 jours de traitement. (2) Traité depuis 8 mois dans divers hôpitaux et à cinq reprises différentes par les moyens ordi-

\ | . GENRE PRE | £ À NOMS. RÉGIMENTS. dela |ENTRÉE.| SORTIE. | € © DE MALADIE. MALADIE. | Durs {Hamard. .... 90e de ligne. Conjoncetivite. Ancienne. |19 juin. | 2 juill. | 13 Dar... %æ » Id. Id. 12 juill. [23 » 11 {Foissard 9e » Chémosis. 2]. d'invas:| 87 » [24 » 16 Pégent.:.... 77e ” Conjonctivite. 15 » 28 juin. | 3 » 5 Collinet..... 56e » Kérato-conjonetivite. | 8 » 24 juill. [11 août. | 18 Lerestou 90e » Conjonetivite avec ché- | 8 » 24 MAI. |.7 » 70 mosis et blépharite.

Hamard..... 90e » Ulcération sur la cornée| Ancienre. | 7 août. [26 » 19 l avec blépharite strumeuse.

Lanoue ..... 38: .,» Kérato-conjonctivite | 4 j. d’invas.|15 juill. [10 » 95 aigue.

Poncery..... Sapeurs-pompiers. d'A 8 » 3 août |14 » 11 double.

Soin... Ale de ligne. Kérato-conjonctivite. | » 14 sept. |26 sept. | 12 Prpent..... 17e » Conjonetivite. Ancienne. |10 » 116 » 6 Le Reu...... Id. Kérato-conjonctivite. | 8 j. d’invas.| 8 » |16 » 8 Samiel. ..... Ale » Conjoncetivite. 4h 0 8. » 12% » 15 SANS. ...... 77e » Conjonctivite légère. | Ancienne. [12 » 116 » 4 Janson. . .... 5e » Conjonctivite. 4 j. d’invas.|15 » | 9 août. | 24 Guimard 90e » Id. 10 » 26 » | Joctob.| 14 DRUIN. ..... Me » Kératite. 2 » »oclob.|15 » 10 D... 23e » Conjonctivite. D » 11 nov. |18 nov 7 Reullon. .... 53e. » Conjonctivite strumeuse.| 3 » 26octob.50 » 4 Herviaux.. . . |Zouaves de la garde. Conjonctivite. 8 » 17 : » 4» 17 Ne 53e de ligne. Id. EAP, 30». 125 ». | 24 Henve.... 11 de Blépharite. Ancienne. | 4 déc. |16 dée 12 Blanc....... Id, Id. Id. lon Le 199. » 29 Delfosse Id. Kérato-conjonctivite. Id. 26 nov. [24 » 99 Lourdin..... Chass. de la garde Conjonctivite. 8m. d'invas.|{er janv.| 9 janv 8 Bondy ...... ler gr. de la garde. Id. 15 j. d’invas.|18 » 122 » , ecomie..... 16e de ligne. Blépharite. Id. 20 déc. 126 » 36 nt). .... till Conjonetivite strumeuse| Ancienne. | 7 » (20 » 15 et cervicale Rébois...... De, 0 Conjonctivite. 4 j. d'invas,|29 janv. |17 févr. | 48 ecomte 16e » Conjonctivite générale,| Ancienne. |95 févr. |15 avril.| 68 chronique avec ulcération de la cornée et du | bord des paupières.

uistel...... {er gr. de la garde. Conjonctivite. 8 j.d'invas.|28 mars.|18 » | 90 fRobeyne . 50e de ligne. Kératite. 4 u 19 avril.127 » 8 'haplais ....|2e gr. de la garde.| Kérato-conjonctivite. |15 » 26 mars [16 » 90 aginés. .... 77e de ligne. Conjonctivite. 10 » 9 mai. [17 mai 8 PR. ::…. 2e gr. de la garde.| Kérato-conjonctivite. | 8 » 14 » ler juin. | 16 Lillot (2)... 97e de ligne. Conjonctivite. Ancienne. [11 » [22 mai 11 ialran (3) 77e 4 s 10 j. d’invas.|19 » |ler juin. | 414 On... - ARLE Id. Ancienne. | 4 » |24 mai. | 90 lierbet . .... 2e gr. de la garde.|Conjonctivite avec ché-| 5 j. d'invas.|{ler » Siu à 7 mosis.

rtitxler 39e de ligne. Kérato-conjonctivite. | 8 » 14 » 12% » 10 outon ..... 5e » Conjonctivite. 5 » 62 1:5 MO: À D. 77e » à Ancienne. |{12 juin. [25 juin. | 41 lexier. ..... 3e 1 Id. Id. 17 6 » 14 XL PONS Zouaves. Id. 15 j. d'invas.|17 » (|24 » 7 fiault (4). 3e de ligne. Conjonctivite varioleuse.| Ancienne. |16 mai. [29 mai. | 13 __ 50e » Conjonctivite strumeuse. Id. 11 juin. |24 juill. | 45 iergbeder Tel » Kérato-conjonctivite. Id. 17 juill. [27 » 10

« Il résulte du tableau qui précède que, sur les quarante-sept hommes traités du 1% juillet 4855 au 50 juin 1856, les journées d'hôpital ont été de sept cent quarante-neuf, et que la moyenne de traitement par homme" été de quinze jours ; dans ce chiffre sont comprises les journées d’entréeël celles qui précèdent la sortie des malades, pendant lesquelles le traitement | n’est pas appliqué.

« Mais, comme on le pense bien, la discussion à laquelle mon premier travail | donna lieu n’a pas été perdue pour moi; et loin de m’en plaindre, je me félicite. au contraire d’avoir mis mes savants adversaires à même de produire des arguments qui ont servi à fixer davantage mon attention ainsi que celle des autres praticiens sur ce mode de traitement, et à discerner les cas où il peut être très avantageusement employé de ceux où il serait inefficace.

«Ainsi de nouvelles études nous ont appris que, dans les cas de conjonctivité aigué ou chronique, mais plutôt aiguë avec ou sans chémosis, dans les kéra= tites avec ou sans ulcération de la cornée, dans les propulsions de la cornée et la hernie de l'iris, dans quelques cas de staphylômes, l'opération de la cata racte, etc., etc, on peut retirer beaucoup d'avantages de l’occlusion des pat pières. Mais il n’en sera pas de même lorsque les altérations du globe ocu* laire se compliquent de celle des paupières; nous avons en effet remarqué qué dans ce cas l’occlusion, bien que pouvant être employée, réussit moins bien € échoue complétement lorsque l’inflammation se propage sur la conjonctivé qui avoisine les glandes de Meïbomius avec engorgement des bords paË pébraux.

«Nous répéterons ici ce que nous avons dit dans notre première discussion à l’Académie, afin de repousser le reproche qui nous avait été fait de proclamer l'occlusion comme le remède universel contre toutes les ophthalmies.

«Nous avions écrit dans notre premier mémoire ce que nous répétons avjotil d’hui devant le Congrès : c'est qu'il existe une foule d’ophthalmies contre les quelles nous n’avions pas eu l’occasion d'employer ce mode de traitements telles que les ophthalmies strumeuses et granuleuses avec suppuration abon= dante, etc., mais que les résultats favorables que l’occlusion des paupières. avait produits dans les cas que nous soumettions au jugement de l’Académie, faisaient pressentir qu'on pourrait, peut être, étendre avec quelque avantage ce Ta de traitement à ces différentes affections. |

Aux faits qui précèdent nous croyons devoir ajouter les trois qui suivent is serviront à corroborer l'efficacité de l’occlusion des paupières contre cel taines ophthalmies graves qui avaient résisté aux différentes médications dirigées par des praticiens expérimentés. {

« ‘Au mois de juin 1856, je fus consulté pour une jeune fille âgée de 12 à | 1% ans, laquelle présentait, depuis environ huit mois, une affection de l'œil droit qui, au dire des parents, avait résisté à tous les traitements employés,

tels que sangsues, collyres émollients et résolutifs, cautérisations renouvelées | plusieurs fois, etc. | 1 |

«A l’examen, nous tronvâmes l’œil droit affecté de conjonctivite générale 1 boursoufllement, < simulant le chémosis autour de la cornée, laquelle présenlait deux ulcérations, l’une à sa partie supérieure et externe, l’autre à sa par-. lie inférieure, très près du champ de la vision : le larmoiement était si consi=. | dérable que les liquides sortis de l'œil avaient tracé des sillons rougeâtres | sur la joue correspondante ; la photophobie était telle que la jeune malade ne pouvail supporter, sans de vives douleurs, le contact de la lumière. Nous pro” cédàmes immédiatement à l'occlusion des paupières d’après notre méthode, qui consiste, comine on sait, à appliquer sur les paupières, préalablement fers

mées, un petit linge fenêtré, légèrement enduit de cérat; un peu de charpie bien molle et enfin une rondelle de sparadrap découpée à sa circonférence et s'appliquant sur arcade sourcilière, la tempe, la pommette et l’éminence nasale; et eufin, commg le sparadrap peut glisser, le tout est maintenu à l’aide d’une bande un peu fine appliquée en monocle. Comme la suppuration était abondante, je renouvelai ce pansement pendant quatre jours. Je le laissai ensuite trois jours, el au cinquième pansement l’état de l’œil était tellement amélioré que je laissai cet appareil pendant cinq jours sans y toucher; bref, le quatorzième jour, il ne restait plus trace de maladie, si ce n’est l’ulcération supérieure qui n’était pas encore cicatrisée.

« Mais comme l'œil n’était plusrouge, qu’il supportait parfaitement le contact de la lumière, et que toute trace d’inflammation avait disparu, je le considérai comme guéri, et je suspendis tout traitement. En effet, depuis un an la jeune fille va parfaitement bien, et, bien qu’elle exerce une profession fatiguante pour la vue, l'œil qui a été si longtemps malade ne l’a pas arrêtée un seul instant dans son travail.

« La deuxième observation concerne un jeune homme de 18 ans, qui était affecté de kérato-conjonctivite à l’état aigu ; il avait déjà subi l'influence d'un bon nombre de collyres sans arriver à aucun résuliat satisfaisant, L’occlusion, appliquée comme nous venons de le dire, amena un résultat aussi prompt et aussi complet que dans le cas précédent. à

« Le troisième fait à trait à un jeune enfant de 7 à 8 ans, atteint de kératoconjonctivite ayant un caractère strumeux avec suppuration assez abondante. Outre les collyres, on avait employé une médication révulsive très énergique sans modifier sensiblement l’état de l'œil. L’occlusion, quoique plus difücile à maintenir, à cause de l’indocilité du jeune malade, eut ici un résultat aussi favorable. Mais ce ne fut que du vingtième au vingt-cinquième jour qu'elle put être définitivement supprimée.

« Nous terminerons cetle communication par quelques réflexions relatives au mode d’occlusion que nous avons proposé, etauquel on a adressé le reproche d'entretenir peut-être trop de chaleur sur l’œil malade. Nous répondrons ici ce que nous avons déjà répondu ailleurs : c’est que sur plus de cent malades auxquels nous l'avons appliqué, nous n'avons dû qu’une ou deux fois peut-être en sus- pendre l’emploi pour cette raison; et encore sommes-nous persuadé que les malades étaient beaucoup plus génés par la pression de lappareil que par la chaleur qu’il développait.

« En résumé, ce mode d’occlusion nous semble remplir les indications principales du traitement des maladies de l'œil.

« Le pelit linge cératé, appliqué immédiatement sur les paupières, garantit l'œil de toute espèce de contact irritant, pendant que ses petites ouvertures permettent au liquide sécrété de s'échapper facilement de l’intérieur et d’être reçu par la charpie qui vient après ; le sparadrap, tout en maintenant ces différentes parties à leur place, met l'œil à l’abri du contact de la lumière, et enfin la petite bande appliquée en monocle, tout en exerçant une compression salutaire sur l'œil, condamne l'organe à l’immobilité, condition essentielle qui doit être pour beaucoup dans les heureux résultats obtenus par ce traitement. »

Aucun autre mode d’occlusion ne nous semble réunir au même degré les mêmes avantages. »

M. Vawzerri. Je sais que l’on a voulu attacher une importance particulière dans la thérapeutique oculaire à ce que l’on à cru devoir nommer la méthode par occlusion; mais je dois déclarer que j'ai toujours éprouvé une certaine répugnance à admettre comme extrémement ulile un moyen qui se propose un

but diamétralement opposé à celui avoué par la saine pratique chirurgicales Il n’est personne qui ne sache, en effet, que le contact de deux sure muqueuses enflammées constilue toujours une circonstance fâcheuse pour la guérison. Il n'est personne qui ne sache qu’un moyen très puissant dé triompher alors du mal est d'empêcher le contact des muqueuses ent l mées, à tel point que, malgré les inconvénients inhérents aux corps étran= gers, les chirurgiens n ‘hésitent à à en interposer entre deux muqueuses enflammées. L’ expérience journalière leur a en effet appris qu’un corps étranger, nuisible par lui-même, se transforme en moyen de guérison efficace, par cela seul qu’il contribue à éloigner l’une de l’autre des surfaces malades.

Je rends hommage au Comité d'organisation du.Congrès; il a bien fait dt mettre à notre ordre du jour cette question de l’occlusion palpébrale; elle esl toute d'actualité, car dans ces derniers temps encore, elle a fortement occu pe les plus célèbres académies. Je ne pense cependant pas qu'elle ait été posét afin que nous nous évertuions à découvrir les cas d’affection oculaire dans lesquels l'œil doit être maintenu fermé, mais bien pour nous amener à nous prouoncer sur le point de savoir si l’œil doit, d’une manière générale, être soumis à l’occlusion forcée, dans les cas où la majorité des oculistes n’avaient jusqu’à présent jugé ni nécessaire ni utile de recourir à ce moyen, introduit dans la thérapeutique oculaire sous le nom spécieux d’occlusion palpébrales Nous sommes appelés enfin à éxaminer si ce moyen est positivement aussi généralement utile qu’on l’a prétendu, ou si plutôt il ne pourrait pas quelques fois être nuisible. C’est cette dernière manière de voir que l’on est poriéà accepter, quand on réfléchit qu’il s’agit d’une pratique contraire aux lois ICS mieux établies de la pathologie chirurgicale, lois auxquelles on ne peut admettre gratuitement que la pathologie oculaire puisse se soustraire.

Il n’y a pas à discuter longuement pour savoir s’il est utile de maintenirles yeux fermés dans les cas d’ulcères, de perforations, à lu suite des opérations, et Il n’y a pas d’oculiste qui, en pareil cas, n’ait jugé nécessaire, depuislongtemps; de maintenir l'œil fermé pendant un temps plus ou moins long; c'est là unë chose dictée par le simple bon sens. Mais un point sur lequel il importe que 4 section prononce son jugement, c’est celui de l'utilité de l’occlusion palpébrale dans les cas de conjonclivile aiguë ou chronique, dans la kératite vasculaire et le pannus ; Car c’est là une question litigieuse. Quant à moi, je ne saurais adopté® la solution du projet de réponse ; je ne crois pas d’abord que l’occlusion soit éminemment ulile dans la coujonctivite aiguë ou chronique. À

M. Juces Ansraux (de Liége). Beaucoup de conjonctivites aiguës guérissent fa cilement par l'emploi des moyens appropriés que chacun connaît, et sans qu'il soit nécessaire d’obliger les malades à tenir les yeux fermés. Je ne crois poink à l'utilité de l’occlusion palpébrale dans ces sortes de cas, et je ne l’emploie jamais. 3

M. Van Doumezex (de Nimègue). Non-seulement l’occlusion n’est pas toujours éminemment utile, mais je la crois parfois pernicieuse. Il en est surtout ainsi dans les ophthalmies scrofuleuse, syphilitique et arthritique, parce que les ma tières sécrétées sont susceptibles d'acquérir des qualités âcres et irritantes q exigent que l'œil soit fréquemment abstergé ; il me paraît bien préférable de laisser en pareil cas l'organe librement exposé à l'air. 1

Du reste, chaque fois que l'on aura recours à l’occlusion palpébrale, il faudra bien prendre soin d’en limiter la durée, dans la crainte d'amener la photophobie. Il n’y a pas en effet de symptôme plus triste que celui-là pour le malade et le médecin. Pour le malade en ce que, sous peine des plus vives souffrances, il est obligé de se condamner à une obscurité absolue ; pour le:

médecin, en ce qu'il ne peut plus suivre les progrès du mal, car chaque fois qu'il veut inspecter l'œil, la cornée transparente disparaît en haut et en dedans sous le rebord de l'orbite. Les désordres les plus graves peuvent alors se développer à son insu. La photophobie enfin peut être portée au point de provoquer, par l’intermédiaire des nerfs oculaires, une hyperesthésie des organes cérébraux, ce qui fait échouer toutes les médications et rend les récidives fréquentes.

M: Carre admet que l'interruption trop prolongée des fonctions de l'œil peut déterminer une photophobie dangereuse; il en a vu des exemples très afiligeants. Il rappelle l'observation qu’il a publiée dans le temps, de la fille d'un médecin qui, à la suite de précautions exagérées prises malgré les conseils de son père contre une irritation oculaire, fut atteinte d’une photophobie quia véritablement dégénéré en monomanie, et qui l’a amenée à vivre pendant delongues années plongée dans l’obscurité la plus absolue.

M. Guépix. Il est certain que l’occlusion palpébrale est un moyen qu'il faut manier avec circonspection. Je l’ai employé avec lès précautions convenables dans un certain nombre de conjonctivites, elle ne m'a point laissé d’impressions favorables, et je ne saurais la recommander, surtout comme moyen principal de traitement.

M. Tesrezw. Notre honorable Président vient, précisément à raison de Papproche du Congrès, d'employer l'occlusion à l’Institut ophthalmique du Brabant, sur trois hommes atteints de conjonctivite catarrhale avec ulcère superficiel de la cornée. J'ai suivi ces expériences ; nous avions auparavant minutieusement constaté le degré d'intensité de tous les symptômes ; je déclare qu'au bour de cinq à six jours ils s'étaient tous aggravés , surtout quant à la rougeur et à la photaphobie.

M: Boscx. Cela est parfaitement exact et a pu être constaté samedi dernier par quelques membres du Congrès qui nous ont fait l'honneur d'assister à la visite. Cependant, j'avais suivi de point en point les prescriptions de M. Bonmafont, et je m'étais conformé en tout à son modus faciendi.

M. Vanzermi. Voilà qui me paraît réglé pour la conjonctivite. Mais l’occlusion palpébrale ne serait-elle pas aussi plus nuisible qu’utile dans la kératite vasculaire eu le pannus. Pour mon compte, je le crois : ainsi, ne voit-on pas souvent la kératite vasculaire et le panuus bornés précisément à la portion de la coruée qui est recouverte par la paupière supérieure. La maladie s’est évidemment développée là où les deux surfaces muqueuses sont naturellement le plus longtemps en contact. Je dois mentionner, en outre, les résultats fort heureux obtenus à l’Institut ophthalmique de Saint-Pétersbourg par la méthode de M:Lerche, et dont j'aiété témoin oculaire. Cet oculiste fortdistingué, pour guérir les kératites chroniques et le pannus, renversait en dehors la paupière supérieure et l’obligeait à rester dans cette position, en faisant passer à peu de distance de son bord libre, au moyeu d’une aiguille, un fil dont les deux bouts étaient fixés au front. Ce procédé, que l'auteur a publié il y a bon nombre d'années, en même temps que les résultats remarquables qu’il en a obtenus, me paraît de nature à démontrer de quelle utilité est, aussi en oculistique, la loi chirurgicale qui prescrit de maintenir éloignées les surfaces muqueuses et enflammées, au lieu d’en favoriser le contact, comme le veulent les partisans de l’occlusion palpébrale.

M. Decvicxe. Je ne crois pas, pour mon compte, que l’on puisse retirer beaucoup d'avantage de l’ocelusion palpébrale pour la cure de l’ectropion. Uette affection est le plus souvent trop opiniâtre pour céder à un pareil moyen.

M. Rossanper. Dans les plaies avec perte de substance de la face externe

des paupières, l’occlusion doit être inefficace pour ne pas dire plus. Ce qu'il y a le plus à redouter ici, c’est le renversement en dehors, qui est souvent a conséquence d'une suppuration prolongée; et l'occlusion, en produisant l'écartement des lèvres de la plaie, ne peut qu’en empêcher la réunion promples elle favorise la suppuration. Si la perte de substance est peu considérable, l faut réunir par première intention ; si la destruction des tissus est étendue, le cas est fâcheux, mais à coup sûr l’occlusion palpébrale n’y remédiera en rien.

M. Laussepar (France). L'occasion de parler du travail de M. Bonnafont, dont M. le Président nous a donné lecture, et sur lequel je viens de jeter un coup d'œil, ne s'étant pas présentée dans le coursde la discussion, je demande la pers mission d’en dire ici un mot. Il consiste essentiellement, et dans l’espèce rien ne pouvait mieux convenir, en un tableau présentant le résuliat du traitement par l'occlusion palpébrale de quarante-sept hommes atteints d’ophthalmies externes, c'est-à-dire de conjonctivites, blépharites et kératites superficielles La moyenne du traitement à été de 45 jours, y compris celui de l'entrée et celui de la sortie, ce qui, suivant notre confrère, doit la faire réduire à 15. Je fais celte concession, et je trouve que la statistique, ainsi prise en bloc, n’est pas favorable à l’occlusion. Treize jours de traitement pour la guérison de simples ophthalmies externes, attaquant des sujets choisis comme le sont les mili taires, soumis à une surveillance constante, et envoyés à l'hôpital dès le début de leur affection, cela n’a vraiment rien de merveilleux. Mais étudions la statistique en détail et choisissons une maladie spéciale, la conjonctivite simple : nous en voyons un petit nombre s’éteindre en 4 et 5 jours (résulta que l’on obtient assez souvent avec l’instillation de quelques gouttes d'un collyre au nitrate d'argent), mais nous en voyons beaucoup plus durer A0; 11, 12, 15, 14, 15, 18, 24 jours. J'avoue que cette durée me paraît considé rable et hors de toute proportion avec celle des cas traités par d’autres moyens que l’occlusion. En résumé, je ne vois rien dans ce travail qui puisse faire revenir la section sur les résolutions qui lui ont été proposées. Ces résolus uons, au reste, ne tendent point à l'abandon absolu de l’ocelusion palpébrale# on avait trop exagéré la valeur de ce moyen, vous l'avez remis à place.

À la suite de cette discussion, le $ 2 est rédigé dans les termes suis vants :

« À ces titres divers, elle peut être utile : dans les ulcères et les perforation « de la cornée ; dans les propulsions de cette membrane et la hernie de l'iris « dans les staphylômes récents, dans l’ophthalmoptose et à la suite de cer « taines opérations pratiquées sur l'œil, telles que la ponction et l’opérationdi « Staphylôme, l'opération de la cataracte, celle de la pupille artificielle, ete" On passe au 3.

« Le meilleur procédé pour l’instituer est celui qui répondra le plus con « plétement aux conditions suivantes : condamner l'œil au repos et diminue! € autant que possible les frottements entre lui et les paupières ; le comprime « modérément, uniformément, de manière à ne causer aucune douleur ; 0ù ‘ point concentrer trop de chaleur; pouvoir être renouvelé à volonté, san « gêne, ni embarras, et ménager une issue aux liquides fournis par les sécré « Lions normales et pathologiques. »

Adopté avec les modilications suivantes :

1° Substituer le mot « contenir » au mot « comprimer »; 2 « la chaleur »

lieu de «trop de chaleur » ; 3° enfin, ajouter après les mots « pouvoir étre « nouvelé à volonté » ceux-ci « suivant l'utilité. »

Le $ 4 est adopté sans modification et reste ainsi conçu :

« Lorsqu'on voudra obtenir l’immobilisation aussi complète que possible «de l'œil, il importera d'appliquer l’occlusion aux deux yeux, n’y en eût-il « qu’un d’affeclé. »

Séance du 15 septembre.

M: Le Présipent. L'ordre du jour appelle la discussion de la septième question du programme ; elle est ainsi conçue :

A. — Est-il utile qu’il existe des établissements spéciaux pour le traitement des maladies oculaires ?

B.— Dans l’affirmative, quelles sont les conditions qu’ils doivent réaliser.

Comme il serait oiseux de s'engager dans la discussion des détails, si l’on mélait pas d'accord sur le point principal, je crois qu’il importe d'ouvrir d'abord une discussion générale sur l’ensemble de cette question, et surtout surle point de savoir si nous croyons à l’utilité d'établissements spéciaux pour le traitement des maladies oculaires. Si vous le trouvez bon, nous allons y procéder. (Marques d’'assentiment.)

M. Juces Axsracx. En demandant la parole, j'ai désiré donner quelques renseignements à l'appui des propositions formulées dans cette question, bien quele travail de M. Quadri, publié dans les Annales d'oculistique, ait beaucoup élucidé la question par les documents intéressants qu’il renferme. Je n’entends point chercher à démontrer l'utilité des instituts ophthalmiques sous Île rapport scientifique, c’est un fait constaté par la création des cliniques spéciales dans les Universités, et qui me dispense de toute explication.

Mais ce que je me propose de faire bien comprendre à nos confrères étrangers, cest l'avantage de ces institutions spéciales, tant sous lerapport humanilaire que sous le rapport administratif, surtout de la manière dont sont organisés les instituts ophthalmiques en Belgique.

En effet, si nous les comparons aux hôpitaux généraux, nous y trouvons une différence notable, très grande, qui est toute en faveur des institutions spéciales :

1° Bieu que dans tous les hôpitaux les malades soient traités par des hommes d'un talent reconnu, les ophthalmiques sont confondus avec. tous les autres malades : ce qui est toujours un désavantage, car le chirurgien qui s'occupe de son service ne peut s'attacher à toutes les particularités qu'exige le traitement des maladies des yeux.

2° A l’hôpital, on attend que les malades se présentent; dans les instituts Ophthalmiques, en Belgique du moins, on fait plus : les directeurs de ces établissements, avec le concours de l'autorité, vont à la recherche des ophthalmiques dans leurs provinces respectives. Ces tournées, qui ont pour but principal de rechercher les ophthalmiques militaires, ont aussi un autre avantage : celui de trouver des aveugles réputés incurables, restés sans traitement, souvent pendant des années, par négligence ou pour éviter un déplacement, et qui, envoyés à l'institut, aux frais de leurs communes, d’après

l'avis du médecin directeur, y sont traités avec succès et sont ainsi rendus à leurs familles et à leurs travaux.

Ces résultats ont été appréciés par beaucoup d’administrations communales

intelligentes qui, aujourd'hui, n’attendent plus la visite annuelle du ns ) de l'institut pour y envoyer leurs indigents atteints de maladies graves des yeux. Ces administrations ont bien compris que, par un sacrifice momentalil la commune a évité d’avoir à supporter dans l'avenir la charge permanente d'entretenir des infirmes, d'autant plus onéreux qu’il faut constamment une personne pour les soigner ou les conduire. Je possède par devers moi de | nombreux exemples de ce genre, et j'affirme hautement que mes honorables a |

collègues ont aussi des faits de l'espèce à citer. |

On pourra peut-être faire observer que l'on peut créer des institutions spé ciales pour toutes les maladies. Cette objection, qui semble tout d’abord péremptoire, n’est cependant pas tout à fait exacte, car le nombre des malas dies d’yeux est proportionnellement plus considérable que celui des autres maladies, et personne de nous n’ignore de combien de soins minutieux les | ophthalmiques doivent être entourés, surtout après les opérations ; soins dont les malades tiennent peu ou point compte dans la classe inférieure; et c’est pour ce motif que j'éprouve une très grande répugnance à pratiquer des opés rations importantes d’oculistique hors de chez moi, et ne le fais qu’à bon escient et quand j'y suis obligé. |

Dans la seconde partie de la question, on propose pour les bâtiments des= tinés aux instituts d’avoir une façade à l’est, et l’autre à l’ouest. Cette con dition n’est pas toujours réalisable : le terrain sur lequel on construit, les bâtiments que l’on occupe, ne permettent pas toujours de réunir ces condi tions. Toutes les institutions ophthalmiques n’ont pas le bonheur de com mencer, comme celle fondée par M. Spérino,à Turin, et de recevoir comme elle des encouragements de la munificence royale. Nos instituts ophthalmis ques, en Belgique, ont en général débuté par être de modestes dispensaires et des bureaux de consultations, soutenus par l’appui de personnes bienfais santes, comme cela se pratique en Angleterre sur une très haute échelles L'Institut ophthalmique de Liége que j'ai créé a commencé ainsi. Nos voisins. d'outre-mer comprennent largement la charité et laissent peu au gouverne ment le soin de subventionner les institutions de bienfaisance. Voyez Londres; la ville philauthropique e par excellence, où ces institutions abondent ! Nous possédons aussi beaucoup d'institutions charitables privées, peut-être trop, car leur multiplicité est un obstacle à ce qu’elles soient aussi convenablement soutenues qu’il serait à désirer qu’elles le fussent. La

À l'institut ,ophthalmique de Liége, je suis parvenu à obtenir une très grande partie des conditions indiquées, et plus tard j'ai l'espoir de parvenir au complément de cette entreprise philanthropique , mais le manque de fonds nécessaires n’a pas encore permis de réaliser toutes les conditions réclamées pour la distribution intérieure : c’est ainsi qu ‘aujourd’hui nous ne possédons, encore que deux salles, une pour chaque sexe, et je me trouve déjà très satiss fait de ce résultat. Ces salles contiennent chacune onze lits, et plus tard ce nombre pourra être plus élevé.

Les conditions indiquées aux paragraphes a, b,c,e, sont à peu près rem: plies : sauf la teinte des rideaux, qui est grise comune les murs et les couvre pieds des lits.

La ventilation se fait au moyen d’une roulette de fer blanc. 4

Les promenoirs auront des arbres touffus quand ils seront plantés de plus longtemps.

Quant aux examens ophthalmoscopiques, on y procède en fermant la seule fenêtre du cabinetde consultation :on obtient aisément ainsi le degré d’ obscurité convenable pour se servir de l’ophthalmoscope. Les dissections ne se faisanl

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pas sur des objets volumineux et ne laissant pas d’odeur, peuvent facilement être pratiquées dans le cabinet de consultation, où le jour est pur et ne vient que d’un côté.

M. Van Doumezen. Nous n’avons pas le bonheur de posséder chez nous d’établissements spéciaux pour le traitement des ophthalmiques. Je le regrette, car le séjour que j'ai fait en qualité d’interne à l’hôpital d'instruction d’Utrecht m'a mis à même d'apprécier tous les services que peuvent rendre de pareilles institutions. Pendant les années 1831, 1832 et 1855, il a régné dans l’armée hollandaise une grave épidémie d’ophthalmie purulente. Ordre fut donné de diriger de toutes parts les malades vers le Grand Hôpital Royal, situé au centre du pays. J’y ai vu le nombre des ophthalmiques s'élever jusqu’à quatre cents, et, ce qui est triste à ajouter, l'infection se répandre dans les salles des fiévreux et des blessés. Chaque jour le nombre de ces malades, qui contractaient ainsi une seconde affection (l’ophthalmie) à l'hôpital, allait en augmentant, Alors notre vénérable chef, le professeur Alenmider, prit une mesure radicale. I] fit évacuer tous les fiévreux, les blessés et les vénériens, et les envoya dans les succursales. Il put ensuite accorder plus d’espace aux ophthalmiques, et les faire coucher plus loin les uns des autres. On vit alors non-seulement l’infection s'arrêter, mais parmi les ophthalmiques eux-mêmes les récidives devenir moins nombreuses. Avec des établissements spéciaux, rien de semblable né serait arrivé.

M. Device. L'utilité des instituts ophthalmiques ne saurait être contestée, et j'appuie fortement les excellents arguments que M. Jules Ansianx à fait valoir en leur faveur ; mais je ne saurais me montrer aussi satisfait que lui de l'état des choses en Belgique. Ainsi, notre pays qui compte neuf provinces ne possède que quatre inslituts; il a donc cinq provinces qui sont privées de ces établissements si utiles à l'humanité. Que résulte-t-il d’un pareil état de choses, c'est que beaucoup de malheureux atteints d’ophthalmie deviennent aveugles, et tombent à la charge des administrations de la commune et de la province. Je prie donc le Congrès d’ophthalmologie de vouloir bien faire des démarches auprès du gouvernement pour qu’un institut, au moins, soit ouvert dans chaque province, et pour que ces établissements soient subsidiés par les communes ou par l'État. Je demande de plus qu’il soit attaché à chaque université de l'État un professeur d’ophthalmologie, car cette espèce d'enseignement laisse beaucoup à désirer en Belgique.

M Juzes Ansraux. Les plaintes de notre confrère ne sont pas complétement fondées, car il y a peu de pays où les ophthalmiques reçoivent plus de secours qu'en Belgique. Sans doute il n’y a que quatre instituts, mais tous les malades qui s'y présentent sont traités avec le plus grand zèle. Quant à l’enseignement...

M. Boscu, président. Pardon, Messieurs, mais je ne puis laisser ainsi la dis- Ccussion s’égarer ; nous ne stipulons point ici pour la Belgique en particulier : nous sommes un Congrès universel, et si la proposition de M. Delvigne, relative à l’enseignement est appuyée, il faut que quelqu'un la formule d’une manière générale, et applicable à tous les pays civilisés qui comptent ici des représentants.

M. LaussEpAT. J'appuie la proposition de M. Delvigne, et pour satisfaire aux justes exigences de notre honorable Président, voici comme je la formule :

« Je demande que le Congrès émette le vœu que l’enseignement de l’oph- « thalmologie ait une chaire spéciale dans toutes les facultés de médecine. »

Il importe, en effet, aux progrès de la science, il est dans l'intérêt de

l'humanité que l’enseignement de l’ophthalmologie ait dans les facultés dé médecine une chaire officielle et spéciale.

La plupart des nations de l’Europe sont encore privées de ces chaires. £

En France, par exemple, aucune des trois facultés ni des diverses écoles secondaires de médecine n'offre d'enseignement régulier de l’ophthalmologie: Les cours de clinique où de pathologie externe ne traitent, pour ainsi dire qu’incidemment et toujours d’une façon incomplète, des diverses maladies des yeux et des traitements et opérations qu’elles réclament.

Sans doute l’enseignement privé supplée jusqu’à un certain point à cette regrettable lacune dans cette branche de l'art, comme en plusieurs autres” mais les leçons particulières ne propagent habituellement que les idées, les opinions, les procédés de l’auteur, qui n’a d'autre but que de les vulgariser et de les faire prévaloir : il n’y a là, et il ne peut y avoir de contrôle sévère, ims partial, seul capable d’élucider les questions et de faire progresser la science — On ne saurait trouver là ces études approfondies, historiques, philosophis ques et critiques que le haut enseignement seul peut aborder et traiter à fond:

D'autre part, il faut le reconnaître, les nombreuses variétés d’affections qui attaquent l'organe de la vue sont, par leur nature autant que par leur siége; d’un diagnostic différentiel hérissé de difficultés. Ces difficultés se retrouvenk nécessairement dans le traitement, soit local, soit général. Le manuel opéra toire des maladies oculaires exige de son côlé des démonstrations en rapport avec l'extrême délicatesse qu’il comporte.

En résumé, il est certain qu’aussi longtemps que l’ophthalmologie n’aura pas un enseignement propre dans les grandes écoles de médecine, la géné” ralité des EtétS sortant de ces écoles sera hors d'état de se livrer, d’uné manière compétente, à la pratique des exigences infinies de cette branche dé l'art. (

Je demande donc que le Congrès émette le vœu que l’enseignement den l'ophthalmologie ait une chaire spéciale dans toutes les facultés de médecine#

M. Tesreuin. On ne saurait trop appuyer l’amendement de MM. Laussedat et Delvigne. L'enseignement ophthalmologique en France a été tellement négligé à une certaine époque, que je déclare avoir passé à Paris mes examens. de docteur sans avoir jamais entendu traiter des maladies des yeux dans aucun cours théorique. Je crois que je ne suis pas le seul qui se trouve dans ce cas. Au reste, pour faire comprendre qu’un cours approfondi des maladies des yeux à pu, dans les temps modernes, constituer une nouveauté, je n'ai qu’à rappeler la sensation produite par le cours du professeur Sanson ; ce full un véritable événement. J'en appelle aux souvenirs de deux de nos confrères qui font partie de notre section: M. Guépin qui, le premier je crois a fondé en: province, à Nantes, un cours qui a eu tant de succès, et M. Caffe, qui a ex l'honneur d’être le chef de clinique de Sanson. ;

M. Carre. Ce que dit M. Testelin est très vrai. L'ouverture du cours de Sanson fut un véritable événement, et même un événement fort diversement« apprécié. Les élèves l’accueillirent avec faveur, mais il fut mal vu par quel ques professeurs. Il semblait presque à quelques uns que l’habile chirurgien de l’Hôtel-Dieu eût dérogé en traitant de l’ophthalmologie d’une façon spéciale el res ue. |

. Cornaz (Suisse). Je suis très partisan des cours d’ ophthalmologiés. | mais je ne pense pas qu’un professeur spécial soit indispensable. J'habite un pays qui fait certes de grands sacrifices pour l'instruction, mais ses ressources sont bornées. Il faut chez nous qu’un professeur consente à faire plusieurs cours. Je pense que l’ophthalmologie est une branche de la

médecine proprement dite, à laquelle elletient plus qu’à la chirurgie, et que le professeur de pathologie interne pourrait faire également le cours d’ophthalmologie. Prenons garde de trop spécialiser.

M. Vawzermi. Je pense aussi que le même professeur peut faire deux cours. Mais, sans méconnaître les rapports naturels qui existent entre la médecine et lophthalmologie, je crois que cette dernière est plutôt du domaine de la chirurgie, à cause du manuel opératoire étendu qu’elle comporte. Pour mon compte, j'ai professé pendant onze ans la pathologie externe en Russie, en même temps que l’ophthalmologie. Voici comment les choses étaient arrangées : je faisais pendant une partie de l’année une clinique chirurgicale, et pendant l’autre une clinique ophthalmologique. Les élèves étaient tenus de suivre cette clinique ainsi que le cours théorique, et lors de leur réception ils subissaient un examen spécial sur les maladies oculaires.

M. Laussenar. On aurait bien mal saisi ma pensée, si l’on inférait de mon amendement que j'entends faire de l’ophthalmologie une spécialité en dehors de la médecine et de la chirurgie. Mon but, au contraire, est d'obtenir que tous les médecins aient une connaissance approfondie des maladies oculaires, comme de toutes les autres parties de l’art de guérir. Si je demande une chaire spéciale, qui évidemment ne peut être occupée que par un médecin ou un chirurgien, c'est parce que, dans les facultés, il n’y a d'ordinaire que les parties de la science représentées par un cours régulier qui deviennent uécessairement matière à examen. Actuellement on peut interroger les élèves sur les maladies des yeux, et cela arrive plus ou moins souvent : je voudrais que cela arrivât toujours.

L'amendement de MM. Delvigne et Laussedat, ainsi expliqué, est mis aux voix et adopté.

M. le Président met ensuite successivement en discussion les divers paragraphes du projet de réponse. Le $ À est adopté. On introduira quant au ŸB, après les mots « pour letraitement » ceux «et l’enseignement. » Les articles 1, 2, «a, b, c sont adoptés sans modification, L'article d est également adopté, Mais on dira, au lieu de « rideaux verts, » « des rideaux verts ou de couleur sombre. » L'article e est adopté sans modification.

La section passe à la discussion de l’article 3(Ventilation).

M. Pezxan (de Saint-Pétersbourg). Je ne trouve pas que la ventilation,

comme le porte le projet de réponse, doive satisfaire à plus de conditions dans un hôpital destiné au traitement des ophthalmiques que dans tout autre. Dans tous les établissements destinés à réunir un plus ou moins grand nombre d'hommes sains ou malades, la ventilation est une question capitale, Je propose donc de remplacer les mots, « ici plus qu'ailleurs encore, » par ceux-ci, «comme partout.» De plus, le projet de réponse ne s'explique pas sur le système de ventilation à préférer, je serais bien aise que la section voulût bien faire connaître ses idées à cet égard.

… M. Carre. Pour mon compte, je crois que le meilleur système de ventilation est celui qu’a imaginé M. Péclet, et qui a été mis en pratique, au moins en grande partie, à l'hôpital Lariboissière. M. Caffe explique iei longuement ce sysième, que son auteur a du reste exposé, dit-il, dans son Traité de la chaleur.

M. Dior. Si l’on entre dans le détail des systèmes de ventilation, je proposerai celui inventé par notre compatriote le docteur Van Hecke. Il est mis en usage dans divers établissements, et l’on s’en trouve très bien,

M. Tesreuw. Je pense que nous ferions bien d’imiter la sagesse du projet de réponse et de nous en tenir à des généralités. La ventilation est la grande

pierre d'achoppement des architectes dans la construction des édifices. Si l'o voulait traiter à fond cette question, ce ne serait pas trop d’un congrès spécial. Adoptons la rédaction du projet de réponse avec la modification proposée par M. Pelikan, et en ajoutant le mot « nuisibles » après « courants d'air » car évidemment il a été oublié; il n’y a pas moyen que l’air se renouvelle sans qu'il s’établisse un courant.

Le paragraphe est adopté avec ces deux modifications.

L'article 4 est adopté sans modification.

M. Jawes Dixon (Angleterre). Ce ne peut être que par une erreur de rédaction . que l’on propose de tourner vers l’est la fenêtre de la chambre de consultation @! d'opération, c’est vers le nord qu’il fautdire. Chacun sait que, lorsque la lumière tombe directement sur l'œil, elle est fortement réfléchie par la cornée, ce qui produit des reflets qui gênent beaucoup dans l’examen de cet organe. On évite tout cela en se plaçant au nord, région du ciel d’où la lumière ne vient jamais directement. J’ajouterai qu'à Londres, à Moorfields, il y a deux fenêtres, mais elles sont à embrasures profondes, et s’avançant vers l’extérieur, de manière à pouvoir contenir le malade et l'opérateur ; par cet artifice, elles constituent chacune comme un cabinet spécial à une seule fenêtre, et deux chirurgiens peuvent fonctionner en même temps.

Le mot « nord » sera substitué au mot « est » de l’article 5.

L'article 6 est adopté sans modification.

M. Guérin. Ce que vous venez de voter, Messieurs, est le beau idéal en fair d'établissements ophthalmiques; je l’ai accepté de grand cœur, car on ne saurait trop tendre vers lebut ie plus élevé. Néanmoins, je ne voudrais pas que l’on püt s'armer de vos décisions pour nuire à des établissements plus modestes, déjà existants, ou qui pourraient se fonder. Sous prétexte qu'ils ne remplissent pas toutes les conditions indiquées par votre programme, il se pourrait qu'ouù fermât certains établissements, ou que l'autorité ne les soutint pas, ce qui souvent équivaut à les fermer. Ce que je dis là pourra paraître étrange aux oreilles de nos confrères belges, mais ce n’est pas ici le lieu de le développer davantage, je me borne à vous demander l'adoption de l'amendement suivant ®

« Nous demandons pour chaque faculté un grand établissement ophthal « mique aussi complet que possible; toutefois, vu les diversités des exigences « sociales de chaque pays, nous désirons que les médecins qui ont étudié « spécialement l'ophthalmologie prennent l'initiative dans les pays qu’ils « habitent, persuadés qu'ils trouveront dans les institutions municipales et « générales l'appui auquel ils auront prouvé qu'ils ont droit. »

Cet amendement est adopté à l'unanimité.

La séance est terminée à midi.

TT

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