PAR J.-A. MARQUES
Médecin et Chirurgien de l’École de Lisbonne, Chirurgien de brigade gradué, Adjoint au commandement en chef de l’armée portugaise, Chevalier de l'Ordre du Christ et de l'Ordre Royal de Notre-Dame de la Conception de Villa-Vicosa, Rédacteur du £Escholiaste medico , Membre correspondant de l'Académie chirurgicale de Madrid, Membre de mérite de l’Institut médical de Valencia, Docieur de l’Université de Bruxelles, ete.
Les renseignements que nous allons donner au sujet de l'ophthalmie militaire en Portugal, sont importants sous plusieurs rapports. Quelques questions se trouveront éclaircies par eux, — les unes d’une manière différente qu’elles ne l'ont été par l’histoire de l’ophthalmie dans d’autres pays, — les autres d’après les idées énoncées par les médecins qui ont fait le plus de recherches sur cette maladie. — Nous croyons cependant que toutes les opinions dominantes peuvent être comprises et conciliées et que le Congrès ne pourra donc que gagner en daignant recevoir le tribut de recherches que nous venons lui offrir dans l'intérêt de la science.
Nous devons dire, avant tout, que ces renseignements, recueillis dans un très bref délai, ont été puisés par nous dans les publications faites par les journaux de médecine portugais, les discussions qui ont eu lieu dans la Société des Sciences médicales de Lisbonne, les rapports faits par les différentes commissions médicales qui ont été consultées sur l’ophthalmie, les documents existants au ministère
de la guerre, ete. Peut-être ces sources pourraient-elles livrer des ren seignements plus détaillés; mais nous ne pensons pas que les re cherches auxquelles nous nous sommes livré eussent pu être faites avec plus de soin, ni dans un esprit plus propre à en déduire la ‘4 historique.
Les trois questions qui ont été élucidées par cette étude sont: l'histoire proprement dite de l’ophthalmie militaire, les voies d'intros duction de cette maladie dans le pays, et sa diffusion dans l'an Ces trois questions se touchent et s’éclairent réciproquement par k : | différents points de contact qui existent entre elles ; mais nous tenonsäm entretenir d’abord le Congrès de la parte historique de cette maladie, pour passer ensuite aux deux autres questions. Nous terminerons @ ajoutant une note sur lé traitement, d'après les idées qui existent @tk Portugal à ce sujet. De cette manière, nous croyons mettre d aCCOM nos travaux avec les vues de la Commission organisatrice.
I. — Apercu historique de l’ophthalmie militaire en Portugal.
L'histoire de l’ophthalmie militaire en Portugal commence en 1849. Jusqu'al mois de mai de cette année, on ne trouve aucun renseignement, écrit ou tra ditionnel, qui puisse faire soupçonner l’existence, dans l’armée portugaise d'une ophthalmie ayant les caractères avec lesquels on la voyait sévir dam quelques armées de l’Europe.
Ce fait, entièrement identique avec ce qu’on a aussi observé à Copenhagu à l’occasion de l'épidémie ophthalmique de 1851, est bien établi par le témok ynage des chirurgiens militaires.
En outre, tous les documents et les registres officiels que nous avons eu à consulter, établissent que le chiffre de l'ophthalmie s’y maintenait dans de proportions très régulières, Les registres, par exemple, portent que, dans une période de huit années, de 1840 à 1848, il y a eu en traitement dans les hôp taux militaires 2,487 cas de maladies des yeux sur 147,273 de toutes autres affections, et que tous ces cas de maladies oculaires étaient bien différents. par leur siége et leur nature, de manière qu'aucun d’eux ne se présentait AVE des phénomènes assez remarquables pour attirer l’attention des praticiens su le développement des granulations conjonctivales. Ces cas de maladies 14 yeux, dans cette période de huit ans, selon les données statistiques, montre ce qui suit :
ANNÉES. MALADIES DES YEUX. ENTRÉS DANS LES HÔPITAUX. PROPORTIONS. 1840 151 11,891 À : 78,74 184 | 955 17,315 1 : 67,90 1822 185 15,641 1 : 84,54 1845 245 18,981 1-2 1817 1844 336 18,088 1 : 53,85 1845 257 14,477 1 : 56,55 1846 263 14,658 1 : 55,78 1847 205 12,929 À : 75,50 1848 924 21,500 1 : 65,74
Le contraste est bien sensible, surtout si l’on compare ces données avec celles que nous allons faire connaître, et qui appartiennent aux sept années de la durée de l’ophthalmie :
ANNÉES. MALADIES DES YEUX. ENTRÉS DANS LES HÔPITAUX. PROPORTIONS. 1849 760 21,472 1: 28,25 1850 2,825 20,503 1 1,25 1851 2,249 19,903 1 : 8,84 1852 Le 19,321 19: 12,76 1853 1,119 15,894 1 : 14,16 1854 819 14,315 1 : 17,32 1855 790 15,372 1 : 19,45
On voit bien par ces chiffres que la proportion des maladies des yeux avec toutes les autres, avant 1849, ne subissait que de très faibles variations, mais que ces maladies n'étaient pas plus fréquentes à l’armée qu'ailleurs. On voit encore celte proportion augmenter subitement en 1849, s’accroître énormément en 1850, se maintenir presque au même degré en 1851, et enfin commencer sa déclinaison à partir de cette année, pour se conserver encore en 1855 au delà du triple de ce qu’elle était auparavant. |
Les premiers cas d’ophthalmie granuleuse ont été observés dans la garnison de Lisbonne. Et l’on doit dire, parce que c’est encore un moyen de bien re- Iconnaître le commencement de l'épidémie, que, avant le premier semestre de 1849, toutes les maladies des yeux étaient confiées aux soins d’un praticien dans les salles de chirurgie. Il y avait seulement une petite salle avec qnelques lits pour les malades le plus gravement affectés, et qui, en conséquence, devaient être soignés avec toules ces précautions qui ont tant d'influence sur la marche des affections oculaires. Ces dispositions étaient sans aucun doute, tout à fait suffisantes pour le petit nombre de malades des yeux qui entraient à l'hôpital. Dès les premiers jours du mois de juin 1849, le mouvement avait pris des proportions plus étendues, et celte circonstance nous a fait immédiatement lappeler l'attention du directeur de l'hôpital, car c'était à nous que les salles de chirurgie venaient d’être confiées. De plus, nous avons remarqué que la maladie, qui se montrait chez la plupart des soldats avec quelques particularilés, faisait soupçonner une épidémie, et que surtout on ne voyait plus les conditions de la conjonctivite franche, qui dénotaient autrefois une affection ordinaire et parfaitement guérissable dans un court délai. Nous avons fait lconnaître toutes ces circonstances dans une note qui a été publiée dans le (journal des médecins militaires (1).
L’accroissement successif des maladies des yeux, dans l'hôpital militaire debisbonne, peut être encore plus facilement remarqué par la note ci-jointe. |Dans le premier semestre, on voitle mouvement ordinaire des maladies des yeux dans l'hôpital; dans le second, l'épidémie s’est déjà développée, er elle Saccroit dans une proportion presque régulière :