‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 27 sur 112 · ST PE · texte numérisé non relu

ST PE

(1) Algumas consideracèes a respeilo dos banhos do mar na ophthalmia granulosa. Est liaste medico, n° 5 de la 2e séric.

(2) Escholÿaste medico, n° 50 de la 2e série.

(5) M. Sa Mendes n'employait pas à cette époque contre les granulations le traitement auc il a recours aujourd'hui avec beaucoup de succès, et dont nous aurons encore à nous 0CCupeR

our assurer un succès plus remarquable dans l’année 1853. Ainsi l’idée d’un ongé temporaire est venue pour la seconde fois, mais avec de certaines restrictions qui permettraient d’en tirer tout profit, sans courir les dangers ui avaient fait renoncer à cette mesure en 1850. Le ministère de la guerre, ur la proposition du conseiller chirurgien en chef, M. J.-A. dos Santos eixeira, a résolu que l'inspection la plus minutieuse serait faite dans tous les régiments pour classer les ophthalmiques selon les conditions suivantes : 1° Tous les ophthalmiques qui auraient été très souvent et pour très longtemps dans les hôpitaux, ou qui auraient été dans les établissements de convaescence sans parvenir à être guéris d'une manière durable, en étant toutefois ansles conditions à pouvoir se rendre dans leurs pays sans risque immédiat e devenir aveugles, ou de voir leur état empirer, — devaient être congédiés. 29 Fous ceux qui, par les raisons déjà mentionnées, ne laissaient aucun es-

anière plus ou moins grave, entreraient dans les corps de vétérans. 3° Ceux qui souffriraient d’affections susceptibles de guérison seraient conservés dans les hôpitaux jusqu’à un résultat définitif.

La réalisation de ces mesures a été suivie de l'extinction des infirmeries de convalescents dans les casernes ; car, malgré tous les soins, on n’était jamais parvenu à obtenir une parfaite séparation des ophthalmiques, comme il le allait.

Et, sans aucun doute, ces mesures étaient encore très sérieuses, car elles pouvaient, en définitive, donner lieu au cougé de quelques soldats affectés de fgranulations. Toutefois, les circonstances exigeaient impérieusement quelque mesure, dans le but de mettre fin à l’état d'incapacité pour le service où se trouvaient un certain nombre de soldats, et de prévenir les fàâcheux résultats dudong séjour dans les hôpitaux, pour les ophthalmiques qui n'avaient plus rien à attendre pour leur soulagement. Les résultats, jusqu'ici, n’ont fait pourtant que confirmer la justesse de vues qui a dicté ce pas un peu hardi.

Nous voyons, en effet, que, dans l’année 1855, l’ophthalmie est arrivée à {des proportions très favorables (voyez la statistique au commencement de ce travail), et aujourd'hui tous les ophthalmiques de la garnison sont réduits à unpetit nombre, de manière à pouvoir être reçus dans une salle, qui n’est jamais pleine, à l'hôpital militaire de Lisbonne.

Pour ce qui concerne les régiments des provinces, nous pouvons assurer [a même chose, et c’est à peine si l’on voit encore quelques granuleux en traitement. La statistique en doit être très favorable, mais elle n’est pas encore faite pour l'année 1856 à 1857. La seule exception existe dans le 12° régiment d’infanterie, car il à eu, dans le courant de 1856, une forte exacerbation de Vophthalmie, contre laquelle on a cru convenable d’adopter différentes mesures, entre autres le déplacement du corps, en en séquestrant tous les affec- JLés, ceux même qui l’étaient très-légèrement.

Le nombre de soldats congédiés à la suite de la mesure adoptée vers la fin de1852 à été de 159, et celui des ophthalmiques qui sont entrés dans les corps de vétérans de 31. Et nous devons ajouter que, si quelques-uns ont vu leurs souffrances s’auygmenter, bien d’autres ont tiré des avantages assez marqués du changement dans les conditions auxquelles ils étaient soumis: Nous avons observé un de ces soldats qui était parfaitement guéri, on peut ledire, sans que la médecine y eût été pour rien. C’est que, en effet, l'absence de certaines conditions particulières aux hôpitaux et aux casernes doit avoir autant d'influence sur la guérison, ou du moins, pour que le mal ne s’exagère pas, que ces conditions elles-mêmes out une incontestable valeur dans la pro-

duction de l’ophthalmie et de sa conséquence— la granulation (1). M. Fallota dit quelque part : — On guérit les granulations, mais elles ne quérissent L'apophthegme de l’éminent médecin militaire belge nous semble infinim vrai sous le rapport de l’opiniâtreté de la maladie. Mais aujourd'hui on pourra dire encore : Les granulations quérissent même quand on ne les guérit pas. M. Sa Mendes, dont l expérience sur ce sujet est toujours consultée avec rs | a très clairement exprimé cette opinion; seulement, la guérison spontanée à granulations est un fait malheureusement très rare.

Mais l’ophthalmie est-elle anéantie dans l’armée portugaise?

Les ophthalmiques qu’on voit le plus souvent à l'hôpital militaire de bonne sont pour la plupart ceux qui, affectés depuis longtemps, viennenk aujourd'hui chercher remède à des accidents qui se présentent surtout 0 { côté de la cornée. Ces malades ont presque tous aussi des granulations cha nues et très anciennes; et nous verrons avec quel avantage M. Sa Mendi maîtrise ces états, grâce aux moyens qu'il a dernièrement adoptés. Cependan on trouve encore à l'hôpital quelques ophthalmiques affectés depuis très pet de temps; et malgré la rareté de ces cas, ils ont une signification réelle pot le jugement qu’on doit porter sur l'état de l'ophthalmie en Portugal. D’ai leurs, on voit dans la garnison de Lisbonne beaucoup de soldats affectés À petites granulations, sous la forme de sable très fin, entassées aux angle conjonctivo-palpébraux , spécialement aux angles externes, et d'’autrefok encore quelques vésicules, soit éparses, soit rangées sur les bords adhérents destarses. Dans ces états, M. Sa Mendes croit ne devoir pas faire de Lraitemen à l'hôpital, car il a vu, en cherchant à combattre ces granulations, soit pe des moyens énergiques, soit par d’autres moins actifs, que la maladie se déve loppait, et il s’ensuivait quelquefois des états très graves au lieu d’une 1égètt affection (2). M. Sa Mendes a suivi beaucoup de ces cas pendant longtemps sans y voir aucune sorte d'accroissement, ni d'incommodité pour les hom affectés de ces granulations.

En mettant de côté les réflexions que nous suggèrent ces faits, nous devons 4 convenir, à l'égard de la question qui nous occupe, que l’ophthalmie est loi d’être éteinte dans l’armée portugaise. Sous l’influence de causes qui seronl peut-être toujours ignorées dans leur nature intime, il est bien possible que l’ophthalmie puisse prendre des proportions plus redoutables, très redoutables. même. Le germe de la maladie peut être conservé et couver, pour ainsi di parmi les soldats, pour éclater plus tard. Tout cela est possible, selon idées que nous avons actuellement sur la contagion et sur les causes pré- à disposantes.

Dans une autre partie de notre travail, nous tàcherons d’éclaircir plusieur questions que nous avons seulement énoncées, et de plus nous en ferons res: sortir quelques conclusions. Quant à ce qui à rapport à l’histoire, proprement, dite, de l’ophthalmie militaire en Portugal, ce que nous en avons écrit nous pa raît suffisant, 4

Nous ajouterons, à titre de renseignement, que le nombre de soldats qui ont élé placés dans les corps de vétérans, à la suite de ces maladies oculaires (ophthalmie granuleuse et ses complications), a été, depuis Le commencement de l'épidémie jusqu'au mois d’avril 1857, bien minime : 152, dont 55 aveugles

(4) Ces idées sont d'accord avec ce que nous pensons des causes de l’ophthalmie, au moinsdes causes pr édisposantes. On verra dans la suite de ce travail comment nous avons été conduit 4 penser de celte manière. ,

(2) Annotations à un travail de M. Meynne : hs vations pratiques sur la conjonctivi Escholiaste medico, n° 55 dela 2e série.

lesdeux yeux. Ce chiffre est surtout très peu considérable, si nous tenons ompte de ce que, l'épidémie sévissant depuis huit ans, a donné lieu à l'entrée Me plus de 10,000 ophthalmiques dans les hôpitaux militaires. Nous n'avons pas avantage à nous plaindre du nombre des aveugles, vu que, proportion gardée, enombre est bien plus élevé dans les autres armées de l'Europe où l'ophhalmie a aussi fait des ravages.

1, — Voie d'introduction de l’ophthalmie:; sa diffasiomn dans l’armée.

Ce n’est pas sans raison quela Commission du Congrès a cru devoir invoquer és-recherches qui ont été faites dans les différents pays, au sujet de la voie ar laquelle s’est introduite l’ophthalmie granuleuse ou des armées. Nous vons nous-même reconnu, en traitant de l'histoire de l’ophthalmie, que ce point serait d'une grande importance. Si cette question devenait bien claire et récise, uul doute qu’il n’y eût beaucoup à en attendre, soit pour la connais-

ance de la nature de cette maladie, soit pour son traitement et sa prophylaxie. | “Ainsi, convaincu nous-même de l'importance de la question, et ayant fait n'abrégé de l’histoire de l’ophthalmie militaire en Portugal, nous allons par- {courir toutes les hypothèses raisonnables, ou dignes d’un examen sérieux, qui, epuis le commencement de l'épidémie, ont été présentées ou soumises à la Hiscussion, nous proposant ensuite d'appeler l'attention du Congrès sur ce ui nous semble constituer la solution la plus plausible.

Parlons d'abord de l'importation. L'opinion qui établit cette source pour Pophthalmie militaire a été accueillie d’une telle façon, qu'il est tout naturel deénous en occuper, en y cherchant l'explication de l’ophthalmie de l’armée portugaise.

En effet, ceux qui, dès le principe, ont regardé notre ophthalmie comme identique à l’ophthalmie belge, ont cherché cette voie d'introduction, et sout ême allés jusqu’à la tradition , à défaut de renseignements écrits qui eussent ljeté quelque lumière sur une aussi intéressante question. El y a encore que le docteur Cunier, consulté en 1850 sur l’ophthalmie de l’armée portugaise, nonseulement à émis cette idée, mais a écrit dans les Annales d’oculistique (janvier ebfévrier) une note détaillée, dans laquelle il prétendait prouver, par les asser- [uions de plusieurs auteurs, et parmi eux, d’Adams et Eschritch, que l’ophthalmie, était connue en Portugal depuis la domination des Arabes, et d'une manière plus certaine après l’organisation de l’armée anglo-portugaise qui a fait les campagnes de la Péninsule, les régiments anglais ayant souffert d’une ophthalmie qu'ils avaient contractée aux bords du Nil, à Gibraltar, dans la Sicile, etc.

Quant à nous, nous tenons à combattre toutes ces opinions, qui soutiennent l'importation à l’égard du Portugal, et c’est pour cela que nous demandons à examiner les faits qui ont été invoqués dans ce sens.

Les ophihalmies épidémiques ont été connues dans tous les temps et dans tous les pays. Nous ne croyons pas nécessaire, pour expliquer Pophthaimie granuleuse qui sévit dans l’armée portugaise, d'aller chercher des renseignements Sur les épidémies ophthalmiques qui ont assailli les populations de la Péninsule; de même que personne n’a prétendu voir dans des faits semblables arrivés depuis des siècles dans d’autres parties de l'Europe, la source de l’ophihalmie qui depuis 40 ans s’est déclarée de préférence dans les armées. C'est que, au contraire, on est allé chercher un fait récent, — l'origine égyptienne, — pour donner la raison du développement de lophthalmie granuieuse.

Ainsi, nous ne nous arrêterons pas à la considération de ce qu'ont été les épi démies ophthalmiques dont la connaissance est arrivée jusqu’à nous , plus Ou moins contrefaite, à défaut d’une observation exacte et d’une description complète. 3

Ce qu'il faut surtout connaître à l’égard de l’armée portugaise, c’est lime portation de l'ophthalmie, rapportée à 1809, à la suite du débarquement di troupes anglaises qui sont venues prendre part aux campagnes de la Péninsul Les rapports qui ont existé entre les deux armées, anglaise et portugaise, d puis ce temps jusqu’en 1814, ont été en effet les plus favorablés ? C4 satrodueill del’ophthalmie parmi nous, vu que l'existence de cette maladie chez les solde anglais nous est affirmée par Adams et d’autres encore.

Mais que nous apprend l’histoire à cet égard? Les troupes anglaises qui avaient été en Égypte avaient beaucoup souffert de l'ophthalmie, qui endémique dans ce pays. En 1801 et 1802, quand l’armée est retournée Angleterre, la maladie s’y montrait encore quelquefois, mais pas assez où attirer l'attention et donner de l'inquiétude. C’est seulement en 1805 q l'ophthalmie a pris de très larges proportions. Une circonstance encore es bien à remarquer: c’est que l’ophthalmie ne s’est primitivement montrée daï aucun régiment de ceux qui avaient été en Égypte, car il arrivait en Angleter! quelque chose de pareil à ce qu’on a vu dans l’armée française, où les ré ments de l’expédition, aprés avoir beaucoup souffert, n'étaient plus affecté: ou du moins cette affection n’excitait d'aucune manière l'attention des méde cins militaires. L’ophthalmie a éclaté dans le 2 bataillon du 52° régiment anglais, qui était caserné à Hythe (Kent), et venait d’être formé en receva quelques officiers et soldats du 1% bataillon et 500 recrues volontaires des m lices irlandaises. L'histoire de cette ophthalmie, écrite par le docteur Vet : qui était chirurgien du 52° régiment, fait remonter l’origine de la maladie quelques soldats qui en avaient souffert. Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moi vrai que l’ophthalmie s’est tellement répandue dans le 2e bataillon du 52°, qu de 700 hommes qui composaient le corps, 636 sont entrés dans les hôpitaux 90 sont restés tout à fait aveugles, et 40 ont perdu un œil. D’autres régime qui étaient dans la même caserne ‘(le 45e et les milices de Lincolnshire) non pas souffert dans cette occasion ; mais l’ophthalmie a étendu ses ravagesmil loin et parmi d’autres régiments - en sévissant d’une manière si affreuse n. selon feu le docteur Ballingall, depuis cette époque jusqu’au 1% décembre 1810" il est entré dans les hôpitaux de Chelsea et de Kilmainham, c'est-à-dire 1. moins de cinq ans de la durée de l’ophthalmie, 2,517 soldats aveugles, ui sont restés à la charge de l'État (1). ci

Ainsi, le fait cité par le docteur Cunier et par tous les autres qui ont voulu voiren Poë tugal une ophthalmie introduite par l’armée anglaise, est infiniment vrai dans ce sens :—que la maladie existait encore parmi les troupes anglaise quand elles sont venues faire partie de l’armée alliée sous les ordres de sir lesley. Mais il faut aussi convenir que la tradition, l'unique source qu’on puis maintenant consulter, est entièrement unanime pour certifier que les régiment anglais n’ont pas beaucoup souffert dans le Portugal, du moins de manière se faire remarquer par l’observation des chirurgiens portugais qui ont fait M campagnes de la Péninsule. A l'égard des régiments portugais, le cas est encoi mieux établi, car on n’en connaît aucun qui ait été atteint d’une ophthalm

produisant les ravages qu'ont faits cette maladie si connue partout où elle : : une fois montrée.

- et à au | | fl.

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(4) Rallingall, —- Course of lectures on mililary surgery.

Cette immunité de l’armée portugaise aurait duré 40 ans. Il y a eu, il est vrai, une gphthalmie qui s’est développée en 1837, sans beaucoup d'intensité, dans un ent (le 4 d'infanterie) caserné au Desterro (Lisbonne). On à encore vu, en 1845, dans le 10° régiment d'infanterie (caserné à Graça, dans la capitale), une autre ophthalmie qui a affecté presque tous les soldats d’une compagnie, et qui était entretenue, à ce que l’on croit, par le voisinage et la mauvaise construction d’une fosse d'aisances. Mais il n’avait jamais existé une ophthalnie épidémique d’une étendue considérable, se manifestant avec des caractères spéciaux : — la granulation, la purulence et l’opiniâtreté, Ce serait, par conséquent forcer excessivement les théories de lincubation des principes contagieux, que de supposer un germe d’ophthalmie égyptienne se tenant caché pendant 40 ans pour se développer brusquement, et presque à la fois, chez un grand nombre d individus placés sur des points différents, et quelques-uns séparés encore ‘par une distance de 62 lieues (de Lisbonne à Vianna-do-Castello).

Par des raisons plus faciles à apprécier, nous n’admettons pas l’origine de Vophthalmie qu’on a prétendu voir dans le naufrage des prisonniers du Surman, en 1805, sur la côte du Portugal.

La notice donnée par M. Hairion, d’une ophthalmie endémique qui a fait ses ravages en différentes occasions parmi les élèves de la Casa-Pia, et se montre encore dans cet établissement, est parfaitement vraie. Cette affection s’y est manifestée lorsque la Casa-Pia était dans l'édifice du Desterro ; elle y a faitun grand nombre de victimes. Depuis que cette institution a été transférée au château de S.-Jorge, et au couvent des Jeronimos, à Belem, où elle est encore, Vophthalmie n’a jamais cessé d'y paraître, en revétant parfois les formes d'exacerbations plus ou moins redoutables. Nous avons une note à l'égard de ces exacerbations, publiée par M. le docteur J.-P, Mendes, alors médecin de établissement. Il parle de l'épidémie qui s’y est développée pendant l'hiver de 1855 à 1836, laquelle a été nommée ophthalmie purulente. Ensuite il décrit deux autres épidémies qui y ont été observées plus tard, et qu’il considère comme des ophthalmies catarrhales, surtout la dernière, dont il parle particulièrement, car elle avait affecté à peu près 100 élèves, et suivait constamment les variations atmosphériques, en augmeutant ou diminuant selon les vents plus forts et froids du sud et du sud-ouest, ou l’état d'humidité atmosphérique (1).

L'examen des yeux des élèves de la Casa-Pia fait encore reconnaître quelques granulations charnues et vésiculeuses, et démontre que, daus ses caractères les plus essentiels, elle ne diffère pas beaucoup de celle qu’on observe dans armée. Seulement, les granulations charnues, qui sont les plus fréquentes, ne couvrent pas toutes les surfaces conjonctivo-palpébrales, même dans les cas un Peu anciens, comme du reste on voit communément chez les soldats. Nous aMons eu occasion de vérifier ces faits par une inspection que nous avons faite tout récemment aux élèves des deux sexes (à peu près 900). Ainsi, l’on remarquait chez 35 à 40 élèves, tant garçons que filles, mais de préférence chez les Premiers, l'état sablonneux de quelques conjonctives palpébrales, surtout à l'angle externe de la paupière supérieure; dans des cas très rares, nous avons Cru distinguer quelques vésicules ; pour d’autres élèves enfin, l'existence de Sranulations charnues se dénonçait sur la conjonctive turgide et baveuse, chez des garçons qui en avaient souffert depuis longtemps, comme cela arrive si

(1) Noticia sobre as ophthalmias cpidemicas que se tem manifestado na Casa-Pia de Lisboa desde 1854. Jornal da Socicdade das sciencias medicas, 1858.

souvent parmi les soldats. M. le docteur F.-J. de Sousa Gomes, qui nous a ac compagné dans notre visite, a bien voulu nous dire que cet état se, montrait assez favorable, en comparaison de ce qu’il avait été auparavant, car la diffus sion sous la forme épidémique est à présent très rare, et plusieurs années si sont déjà écoulées sans qu’il ait eu l’occasion de l’observer.

La conséquence naturelle de tout cela, c’est que l’ophthalmie granuleuse avait existé en Portugal avant de se manifester dans l’armée, comme on peu l'avancer peut-être pour beaucoup d’autres pays. Mais en reconnaissant ce fait, il ne faut pas se dissimuler les difficultés qu’il y aurait à vaincre pou aller rechercher soit l’origine de l’ophthalmie de l’armée dans celle de la Cas Pia, soit celle-ci dans un virus provenant de l’ophthalmie égyptienne.

Si l'existence d’une ophthalmie dans la Casa-Pia pouvait être invoquée dans cette question pour expliquer l'apparition de l’ophthalmie de l'armée, on m devrait pas se dispenser de la connaissance de quelques autres faits de la même nature, que l’histoire ou la tradition nous ont rapportés ; et dans ce cassst trouve, par exemple, l’ophthalmie qui a régné épidémiquement à la Misericor dia de Lishoa (maison des enfants trouvés), en 1836 (1), et que nous ne croyon pas encore éteinte. Mais ces faits sont plus communs dans d’autres pays qu’er Portugal, comme les médecins belges nous l’apprennent, particulièrement M. Decondé, qui fait preuve d’une profonde érudition. Et, cependant, ni Belgique ni ailleurs on n’a voulu voir dans ces épidémies si ordinaires dans asiles et les pensionnats, l'origine de l’ophthalmie des armées.

L'existence de l'ophthalmie granuleuse de la Casa-Pia a pourtant, selot nous, une grande importance, non pour y faire voir Le germe de l’ophthalmie de hotel mais pour nous en indiquer l’origine, comme nous aurons occasion de le démontrer.

Une circonstance a donné beaucoup à penser dans l ophthalmie de la Casa - Pia : c’est que cet établissement occupait, à l'époque de la première épidémie, l'édifice du Desterro, qui a été considéré comme insalubre et le berceau d'u maladie oculaire. En effet, ce grand édifice a été accusé d'avoir occasionné une ophthalmie dans un régiment à l’époque de la guerre péninsulaire (la tradition ne dit pas quel a été ce régiment, ni n’ajoute rien dont nous puission profiter). En 183%, on à vu s’y développer l'ophthalmie de la Casa-Pia En 1857, une autre ophthalmie, quoique très peu étendue, y a sévi dans ui régiment, le À d'infanterie, En 1849, enfin, c’est là encore que le 44 chasseurs à eu les premiers affectés. Le voisinage de l'abattoir et certaine circonstances locales, telles que les ordures jetées au milieu d’une ruellé voisine, des lavoirs dans les environs, les dispositions sombres et humide d’une partie de l'édifice, etc., porteraient sans doute à qualifier d'insalubre localité, si d'autres preuves plus significatives n’en existaient pas. Les habitants des endroits les plus voisins de l abattoir u'ont jamais eu d’ophthalmies ave des caractères spéciaux, ni d'autres maladies qui auraient fait supposer un endémie développée par l'air vicié, quand même les opinions et les faits cité par Parent-Düchatelet n'auraient pas bien établi l'influence d’un tel voisinage Mais que dirait-on aujourd'hui de ces mauvaises conditions, si l’on savait qu ce même édilice a été plus ou moins occupé depuis 4849, et que là est encoret régiment (le 7° d’ infanterie), sans que pourtant l’ophthalmie granuleuse s’ développe, si ce n’est dans quelques cas plus rares que dans les autre casernes ? Nos opinions se sont maintenant un peu modifiées à l'égard di

(A) Reuniäo que houve em 7 d'agosto de 1856 para determinar a causa occulta das ophthalmi que grassam na Santa-Casa da Misericordia. Jornal da Societade das sciencias medicas, 1850

| Pinfluence que nous avons cru devoir attribuer à l'édifice sur le développement de l’ophthalmie, et aujourd’hui nous sommes très disposés à croire que les ! ophthalmies du 1°" de chasseurs, en 1849, étaient le résultat de la même cause, | qui, à cette époque, a agi sur les autres corps de la garnison de Lisbonne et | à Vianna-do-Castello.

Pour expliquer l'importation, on a cherché encore d’autres sources. Les | engagés belges qui sont venus dans le Portugal en 1832 n’ont pas été oubliés, | pour donner la raison de l'apparition de l’ophthalmie. Mais ici nous devons | rappeler ce que nous avons dit à propos de l'importation par les soldats | anglais. Les régiments qui ont fait les campagnes de 1832 à 1834, soit ceux qui ont premièrement occupé Porto, soit ceux de l’armée du prince D. Miguel, | aucun n’a été affecté de l’ophthalmie belge, en supposant même qu’elle existât | parmi les engagés. Comme fait de l'histoire contemporaine, toutes les opinions sont d'accord sur ce point. M. le docteur B.-A. Gomes, à qui était alors confiée andirection de l'hôpital militaire de Porto, nous à assuré n'avoir jamais vu d'ophthalmies autres que celles qu’on voit ordinairement; et certes il n’aurait pas laissé échapper l’occasion de nous en parler dans ses écrits, comme il l’a À fait du reste au sujet du choléra-morbus, car c’est parmi les soldats belges que les premiers cas de cette terrible maladie se sont montrés dans le Portugal. Un autre fait qu’on pourrait regarder comme l’origine de l’ophthalmie, c'est celui de 200 émigrés espagnols qui sont venus dans le Portugal en 1846. Parmi eux, il y en avait un certain nombre affectés d’ophthalmie. Nous avons traité 28 de ces émigrés dans le dépôt de Cascaes. La maladie était due à l'encombrement à bord du bâtiment qui les avait transportés. On peut voir, | par la note que nous avons publiée à ce sujet (1), que tous ces malades avaient | des conjonctivites franches, et que deux d’entre eux seulement présentaient de petites granulations. Toutes ces ophthalmies ont été parfaitement guéries. | “Enfin, les relations commerciales du Portugal avec ses colonies en Afrique, | la fréquence supposée d’une ophthalmie endémique dans ces vastes contrées, | Pexistence même d’ophthalmies granuleuses chez les habitants des villes mari- | times du Portugal, ont été aussi autant de circonstances qu'on à voulu faire | valoir pour prouver l'importation, non plus de l'Egypte, mais venant par | PAfrique portugaise, et encore pour affirmer que cette maladie était commune dans le pays.

Quant à ce qui concerne les ophthalmies de l'Afrique, il n’est plus difficile d'en vérifier le fait. Tous les renseignements à cet égard ont été exagérés et altérés en partie. Les relations médicales sur les maladies qui règnent dans nos colonies d'Afrique, ne parlent pas spécialement d’une ophthalmie endémique, et même on n’y trouve aucune description d’ophthalmie épidémique. | Sur les maladies de l’Afrique orientale, nous avons les travaux de M. J.-N. de | Salis (2) et de M. A.-P. de Miranda (5), qui ont exercé la médecine dans ces parages depuis plusieurs années. De l'Afrique occidentale, nous savons, par le témoignage de M. le docteur M.-M.-R. de Bastos, actuellement président du | Conseil de santé naval et d'outre-mer, qu’on n’y connaît aucune ophthalmie | endémique ni épidémique; du moins, pendant neuf années de son exercice médical à Loanda, il n’a jamais eu l’occasion de l’y voir sévir. La fausse opinion qui s’est propagée sur l’existence d’une ophthalmie endé-

(1) Jornal dos Facultativos militares, no 4% de 1846, et Annales d'oculistique, février 4849. (2) Annaes maritimos e coloniacs, 1846. Algumas reflexôes sobre a noticia abreviada das doenças da costa oriental d'Africa. Escholiaste medico, n°s 27, 98 et 50 de 1853.

(5) Noticia abreviada sobre as doencas da costa oriental d’Africa. Escholiaste medico, n°8 24, 25, 26 et 28 de 1853.

mique dans l'Afrique portugaise, est venue des épidémies effroyables qi n'étaient pas seulement de l’ophthalmie, mais encore de la petite vérole, di typhus et d’autres maladies, qui se développaient à bord des bâtiments négrier dans la traversée de l'Afrique pour l'Amérique. L'ophthalmie est ici bi expliquée par l’encombrement des nègres au fond des cales. Quelle cause plu forte d'infection et de maladie, en effet, que l’entassement de quelques cen taines de nègres dans un espace où ils ne pouvaient quelquefois même se en couchés? L'ophthalmie purulente, grave, affreuse, se développait alors è souvent à bord, et là il n’était nullement question d'un germe apporté € l'Afrique ni de l'Égypte, parce que les causes connues en disaient assez. € sont ces ophthalmies, secondées peut-être dans leurs ravages par la contagion qu’on observe au Brésil, car c'était là que se rendaient le plus grand nombr d'esclaves. Cette ophthalmie persiste toujours au Brésil, selon l’assertion di M. J.-M. da Cunha Basilio, dans sa Relation d’un voyage médical en Hollande en Belgique et en France. Et ce qui vraiment nous étonne, c’est que M. Sigaué | en écrivant sur les ophthalmies du Brésil (1), se soit laissé impressionner p: une idée fausse, car il est du nombre des écrivains qui admettent l’existenel d’une ophthalmie endémique en Afrique, d’où elle aurait été apportée dans Brésil par les esclaves affectés. IT faut dire pourtant que, même en considéraf comme tout à fait prouvée l'existence d’une ophthalmie endémique dan l'Afrique portugaise, ce qui est loin d’être vrai, cette maladie serait toute autn que celle que nous observons dans l’armée du Portugal, car M. Sigaud assure dans un autre de ses travaux (2), que l’ophthalmie au Brésil n’est jamah accompagnée de granalations. La même chose nous est encore certifiée pal M. Furnari à l'égard de l’ophthalmie dans l’Afrique française (3).

D'un autre côté, l'existence d’une ophthalmie granuleuse dans les ville maritimes du Portugal, du moins comme affection fréquente, est une inexa@ titude historique qu’on ne doit pas passer sous silence. Quatre ans d'exercice médical que nous avons passés dans une des plus importantes villes maritimes du Portugal (Saint-Ubes), nous affermissent dans cette conviction. Du moins, nous n’avons jamais eu à traiter ‘de ces maladies oculaires, malgré notre position de chirurgien de l’hôpital civil, et l'habitude de reconnaître cette sorte d'affection, le traitement des ophthalmiques du 1% de chasseurs nous étant aussi confié. L

Ainsi, nous le répétons, l'ophthalmie existait dans les circonstances que nou avons rapportées, mais pas dans l'armée avant 1849. Et pour voir l’origine di lPophthalmie militaire dans laffection granuleuse qui se montrait quelquefoi chez les habitants et dans celle qui sévissait depuis 23 ans parmi les élèves di la Casa-Pia, il faudrait trouver dans les hôpitaux militaires le cas-source,\ granulation ancienne sous les paupières de quelques malades. Mais la seule ophthalmie qui, au commencement de l'épidémie, se soit présentée avec de granulations très prononcées s’est fait voir depuis que, dans l'hôpital « Lisbonne, on avait reconnu l'épidémie dans sa période initiale. C'était suru soldat du régiment de grenadiers, qui avait eu une ophthalmie blennorrha gique, étant alors à Santarem, et pour le traitement de laquelle il était entr dans l'hôpital du 4° de cavalerie, c’est-à-dire dans l'hôpital d’un régiment & il n’y a jamais eu d’ophthalmies granuleuses. Tous les malades qui, depuis mois de juin 1849, ont été reçus à l'hôpital de Lisbonne, apportaient l’affectioi

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(1) Annales d'oculistique. — Des maladies des yeux que l’on observe dans l'empire brésilie t. XII.

(2) Du climat et des maladies du Brésil, 1844.

(3) Voyez le mémoire publié dans les Annales d’oculistique, t. IX.

dans sa période primitive; seulement, un de ces malades (du 7° d'infanterie) avait l'inflammation à un degré plus remarquable par son intensité, et encore nous a-t-il dit que sa maladie avait commencé depuis trois jours (1). Le “| rapport que nous avons fait, en traitant de l’histoire de l’ophthalmie, repré- | sente Lout ce que nous pourrions dire maintenant à l'égard des symptômes par | lesquels s’est manifestée l’ophthalmie à son début.

Quelle à été alors la cause de l’ophthalmie de l’armée portugaise? Au milieu d'une foule de circonstances qui ont été citées comme pouvant être autant décauses prédisposantes ou déterminantes, nous croyons n’avoir à discuter que Porigine dans une constitution atmosphérique catarrhale, aidée dans son influence par des causes proégumènes. Et si la cause déterminante, c’est-à-dire | aconstitution atmosphérique, n’a pu ni ne pouvait être recherchée dans ses détails, du moins l’a-t-elle été aussi bien que dans plusieurs cas de maladies | épidémiques catarrhales et autres. La grande probabilité établie par Mackenzie, qui regardait l’ophthalmie des armées comme primitivement catarrhale, ayant sacause dans des conditions atmosphériques, a trouvé dans le Portugal beaucoup de preuves et un très grand nombre de défenseurs.

Les constitutions médicales, malgré l'impossibilité où l’on se trouve de les apprécier dans leurs conditions d’existence et dans leur nature par nos moyens d'analyse, ne sont pourtant pas moins remarquables. C'est l'observation de tous les temps et dans toutes les localités qui les à reconnues. Mais pour notre ophthalmie, il y en à qui ne veulent pas s’en préoccuper. Sans faire attention aux circonstances du développement de la maladie dans un grand nombre d'individus à la fois, cette influence a été mise de côté à l'avantage d'agents morbides dont l'existence est très problématique en Portugal. Est-ce done parce que nous ne pouvons que constater le fait si simple comme nous l'avons énoncé? Malgré toutes les recherches modernes, parmi lesquelles il faut admirer celles qui sont dirigées en Allemagne par M. Clements, nonobstant tout ce que la météorologie prétend avoir fait pour la médecine, avec la | perfection qu'on a introduite dans les instruments d'observation et dans la | régularité et les soins de ces recherches, nous ne sommes pas plus avancés | qu'Hippocrate au sujet de la nature de ces influences occultes qui tantôt donnent lieu à l'apparition de la rougeole, tantôt à celle de la scarlatine ou de la lièvre typhoïde. Et en présence de cette pauvreté de la science, pourquoi ne pas nous contenter, pour l'explication du germe de l’ophthalmie épidémique, de causes qui, en de semblables circonstances, sont pour nous hors de doute? Ces causes, nous les reconnaissons par leurs effets partout où elles agissent. En quoi le physicien est-il plus avancé dans ce qui concerne l'électricité dont ilne connaît que les effets? Qu'est-ce que le médecin peut dire de plus sur la cause des fièvres intermittentes ?

Mais renonçons à des considérations de cette nature. Elles seraient bien pen de chose pour la question dont il s’agil, Si nous n'avions pas d’autres raisons pour en déduire la présomption d'une cause atmosphérique, source primitive del'ophthalmie de l’armée portugaise. En effet, nous avons de quoi faire valoir toutes les raisons d'une analogie bien fondée.

Les conditions atmosphériques qui ont coincidé avec l’irruption de l'épidémie ophthalmique en 1849, sont les premières preuves d'un autre ordre dont on peut déduire la nature de la maladie.

Sans avoir la prétention de faire ici la topographie médicale de Lisbonne, nous devous dire que le climat de cette ville est ordinairement doux et beau.

(1) Jornal dos facultativos militares. Juin de 1849.

Il est très-rare qu'on y observe les conditions auxquelles on lie généralement l'apparition des affections catarrhales (brouillards, humidité extrême, etc!) Mais pour être rares, ces conditions n’en sont pas moins manifestes ; bien a contraire, quelquefois elles sont parfaitement appréciées par leurs effets comprenant dans leur cercle d'action une aire assez étendue. C’est ce qu'on vu, par exemple, en 1853, à l'égard de la grippe qui a régné à Lisbonne mais qui à spécialement fait sentir ses effets dans les provinces du sut (Alemtejo et Algarve), de manière que le même jour celte épidémie a frapp des régiments cantonnés à une grande distance les uns des autres.

L’invasion de l'épidémie en 1849 a coïncidé avec une de ces constitution catarrhales. MM. Beirào et Pulido, qui, dans leur rapport du à décembre méprisent cette cause de l'ophthalmie par des raisons que nous dirom ‘ailleurs, n’en reconnaissent pas moins l’exrstence: « Une’affection éatarrhal bilieuse, disent-ils, a régné sous la forme de bronchites, d'angines, de vario! et de rougeole pendant le printemps, de diarrhée et de dyssenterie pendan l'automne. Avec les pluies prématurées de l'automne, l'affection bilieuse“ disparu, étant remplacée par l'affection catarrhale, qui est venue compliquer comme élément pathologique, toutes les autres maladies. » MM. Beirào et Pulidt vont même jusqu'à dire que celte constitution médicale a coïncidé ave l'apparition d'ophthalmies catarrhales dans la population civile (1). Pourquoi alor ne veulent-ils pas reconnaitre à cette cause atmosphérique une action plu décidée? C’est que, ayant vu beaucoup de cas d’ophthalmie militaire, ils n'on pas remarqué d’analogie entre l’ophthalmie des grenadiers et les cas observés dans le civil. En outre, ces médecins n’ont pas reconvu l'influence de constitution médicale, puisque, dans les mois où cette constitution a dominé (septembre, octobre et novembre), l’ophthalnie n’en a pas été modifiée, et encore parce qu'ils n’ont pas trouvé ces effets si généraux, comme on devait s’y attendre d’après la nature de la cause, car ils supposaient que l’ophthalmie s'était concentrée dans le régiment des grenadiers.

Le simple énoncé de ces raisons en fait voir la vaieur, et bien loin de prouver contre la source catarrhale de l’ophthalmie, elles la démontrent. Si MM. Beirào er Pulido avaient réfléchi que cette cause générale, la constitution épidémique devait se manifester plus vivement dans ses effets en agissant sur des individus prédisposés par leurs conditions spéciales de profession et soumis à l'influence d’autres causes prédisposantes, comme on l’a bien reconuu dans la caserne du régiment des grenadiers; — s'ils avaient vu que l'épidémie sévissait dans presque tous les corps de la garnison de Lisbonne, et non dans un seul; = s'ils avaient pris en considération le fait depuis longtemps signalé par les ophthalmologistes, de la célérité avec laquelle les ophthalmies granuleuse épidémiques deviennent contagieuses (Desmarres) ; —s’ils avaient fait attention à ce que les ophthalmies catarrhales entretenues par la contagion donnenk toujours plus d’intensité à la maladie transmise que l'influence de la cause primitive seulement (Mackenzie, etc.), — ces médecins, disons-nous, auraien: trouvé la raison de l’état plus grave des ophthalmiques militaires, et encore du très grand nombre d’affectés, en comparaison de ceux de la classe civile. même cause pathologique produit des effets plus ou moins intenses selon une infinité de circonstances de l’ordre des circumfusa ou de l'individu même. C'es là un fait observé dans chaque épidémie, et encore dans toutes les maladie acquises par la contagion. Cette notion si simple de pathologie générale, et qui a été si bien développée par M. Auber dans sa Philosophie médicale, est

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(4) Rapport publié dans le Diario do governo, n° 509, de 1849.

à notre avis, entièrement susceptible d'expliquer la manière d’après laquelle la constitution médicale, ayant agi très légèrement sur la population en général, etplus fortement dans certains corps de la garnison de Lisbonne, s’est prooncée si rudement chez les grenadiers, dont la caserne, quoi qu'en disent MM: Beirâo et Pulido (1), offrait à l'observation des causes d’insalubrité bien plus évidentes qu'ailleurs.

4 “Mais pour ce qui est de la constitution médicale, l’aveu des médecins civils commissionnés par le gouvernement n’est pas le seul que nous ayons. Cette fcause déterminante a été généralement appréciée par d’autres médecins (2), particulièrement par M. J.-B. Moreira, alors chirurgien-major du régiment de {grenadiers, dans ses communications adressées au Conseil de santé de l’armée, ainsique dans les discours prononcés par lui à la Société des Sciences médicales de Lisbonne, lors de la discussion qui eut lieu sur ce sujet(3). Selon M. Moreira, {celte constitution médicale, qu’il a examinée dans ses effets sur l’économie, (était celle même qui a toujours été reconnue, depuis Hippocrate, comme la plus favorable au développement des ophthalmies, c’est-à-dire, hiver sec et boréal, {printemps pluvieux et austral, donnant lieu à un été fiévreux et à l'apparition d'ophthalmies et de dyssentcries. Voilà une des raisons qui, dès le début de fl'épidémie, ont fait enraciner parmi les chirurgiens militaires portugais l’idée {de la nature catarrhale de l’ophthalmie.

Quelques faits d’un autre ordre viennent encore à l'appui de cette manière d'envisager la question.

Depuis la fin du mois de mai 1849, le mouvement des maladies des yeux s’est faugmenté dans l'hôpital militaire de Lisbonne, mais d’une manière encore peu (sensible. Dans le mois de juin, l’ophthalmie se montre avec plus de fréquence, etdepuis cette époque commence à atuirer l'attention du clinicien de l'infirmerie, quoique ce mouvement ne soit que du double de l'ordinaire. Dans ce même mois, le 1er de chasseurs, qui était venu de Saint-Ubes depuis quelques mois, eL n'avait jamais eu que des conjonciivites franches, est brusquement #frappé de la maladie, qui n’atteint pour le moment que la 5° compagnie. Dès lepremier jour, il envoie douze ophthalmiques à l'hôpital, tous affectés au même degré, et laisse encore ce jour-là trois malades en observation dans la Jcaserne, à cause d’ophthalmies très-légères.

Æst-ce que l'influence d’une constitution épidémique ne se voit pas là bien {clairement ? Quelle autre cause pourrait donc agir de cette manière sur des individus dont nul précédent ne dénonçait aucune maladie de cette espèce ? Onpouvait dire, et nous-mêmes nous l’avons pensé, que cette affection était tout à fait différente, par sa nature, de celle des autres corps; mais le bataillon de chasseurs est de nouveau parti pour Saint-Ubes, et là on a vu l’ophthalmie gagner de proche en proche, de manière que ce bataillon à été uñ des plus imaltraités.

| L'ophthalmie a fait son irruption presque en même temps à Lisbonne et à Vianna-do-Castello, à une distance de 62 lieues. Les conditions de constitution

(1) MM. Beirâo et Pulido, après avoir reconnu que cette constitution médicale et les conditions de localité pourraient ne pas être étrangères au progrès de l’ophthalmie, ainsi qu'à sa forme et à sa persistance, ajoutent : « Mais nous le répétons sans hésiter; nous n’avons rien trouvé dans l'étude que nous avons faite sur les circonstances de localité et de temps qui puisse faire découvrir la source de la maladie épidémique. » — Rapport cité.

(2) Voyez les nes cités du journal O Esculapio.

(5) Opinion de MM. J.-B. Moreira et A.-J.-M. de Seixas, dans le Jornal da sociedade das sciencias medicas, no 1 de 1850, page 45. — Lettre des mêmes chirurgiens, dans le n° 8 du Journal cité, etc.

médicale dans cette dérnière ville, du moins en ce qu’on a pu observer, étaient très-semblables par leurs effets à celles qui ont été reconnues à Lisbonne. E plus grand nombre de maladies des yeux a commencé à se montrer dans 5° régiment d'infanterie au mois d'août de 1849. Le vent du nord, qui soufil ous les jours avec violence à Vianna-do-Castello pendant les mois de juil et août, fut suivi de pluies très-abondantes jusqu’à la mi-novembre, l’atmo phère restant très-humide, avec beaucoup de tendance au développement des inflammations des yeux, même parmi la population civile (4). : La déduction à tirer de ces faits est claire. Il est vrai que, pour l'ophthalmi | du 5° d'infanterie, on a cru en trouver la source chez un soldat qui avait traité d’une ophthalmie blennorrhagique dans l'hôpital d’Arcos; mais ce sold était déjà retourné aveugle à Vianna-do-Castello dans le mois de-décemhi dé 1848, pour entrer directement à l'hôpital du régiment, d’où il était ensu sorti congédié du service. Il y a encore à remarquer que ce soldat appartena à la 4° compagnie, et que l’épidémie a commencé par la 2%. On est même di posé à croire que l’ophihalmie, dans ce cas, était syphilitique, car le mala avait été traité d’un bubon quelque temps avant, et quand il est entré à l’hôp tal de Vianna, il avait encore une éruption cutanée avec les caractères dur syphilide. C’est par toutes ces raisons que nous sommes très loin d’ accorder ce fait l’importance qu’on y a donnée.

Voilà donc ce que nous trouvons relativement à l’influence d’une constil tion médicale qui se révèle par des circonstances très remarquables. Du res nous ne croyons pas que les constitutions médicales puissent être toujours duites par les conditions météorologiques. Le procédé le plus logique et est aussi le plus simple pour juger, dans l’état de la science, de la spécifieit d’une constitution donnée, c’est de la déduire de ses effets visibles dans l'ét nomie vivante. Et, dans ce cas, que pourrait-on exiger de plus? Cette opinion, qui soutient l'existence d’une cause atmosphérique pource taines ophthalmies des armées, trouve encore des défenseurs si nombreux, Que nous la partageons sans la moindre hésitation. Les faits viennent s’entr’aider,M et, pour ce qui concerne le Portugal, nous ne voyons pas qu’on puisse en tir une autre conséquence que celle que nous établissons. Même pour l ophthal n qui s’est déclarée dans les armées de l'expédition en Égypte, les opinions médecins se sont partagées entre la contagion et les influences climatériq les; et quoique nous acceptions les deux faits parce que nous les croyons égalemel vrais, selon les idées que nous établirons plus loin, nous sommes disposés croire, sans rire, comme le faisait le baron Larrey, de l’opinion des con gionistes, que les idées du professeur Mackenzie sont pour la plupart vra dans ce qui est de l'origine de cette terrible maladie. Outre la contagion, 1 L aurait-il pas dans l'Égypte d'autres causes également propres à détermin l’ophthalmie? L’excès de la chaleur et de la lumière, une atmosphère Loujou chargée de parcelles sableuses, que le vent introduit dans les paupière l'exposition à ces agents pendant le jour, les forts brouillards durant la nu sont, à notre avis, des raisons très plausibles de la prédominance et de gravité des ophthalmies dans les armées anglaise et française, lors de séjour dans ce pays. Ainsi, l’armée anglaise, à son Jelour, a presque cessé souffrir jusqu’en 1805, et l’armée française était, et s’est maintenue dans circonstances encore plus heureuses, à en juger par le silence des médeci militaires de ce pays. D’un autre côté, quelle a été l’origine ég gyptienne, tant d'épidémies catarrhales dégénérées, de véritables ophthalmies granus,

LD RE LE cn Le SRE “ASE

(1) Rapport déjà cité de M. J.-P. d’Almeida, dans la Gazela medica do Porto, nos 205 et 2

lleuses, maintes fois observées, comme nous l’apprennent les médecins belges, Let parmi eux M. Häirion?

Mais nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à la recherche de faits de cet ordre; il faut nous borner à ce qu’on déduit de l’examen de l’histoire de l’ophthalmie dans le Portugal. Nous pensons qu’en admettant la source catarrhale dans une constitution médicale, ou, si l’on veut, dans le génie lépidémique qui à agi de préférence sur des individus prédisposés par leur lprofession et des conditions de circumfusa propres aux casernes, on sera arrivé là Pop'nion la plus probable sur ce sujet.

| Pour ce qui est du maintien et de la diffusion de l’ophthalmie dans l’armée portugaise, le fait de la contagion nous suffit, indépendamment dé la constiltution médicale, mais la contagion favorisée par des conditions particulières dont nous aurons à parler. Il va sans dire, cependant, que nous ne nions pas la contagion comme pouvant être la source de l’ophthalmie dans quelques pays, ainsi que la établi tout récemment M. Bendz pour l’armée de Danemarck (1), etencore comme l’a prouvé M. Decondé à l'égard de plusieurs autres armées. Pour considérer les choses de cette manière, nous employons les termes — épidémie et contagion — dans l’acception généralement reçue, sans faire atténtion à toutes les discussions que ces deux termes ont fait naître entre les Hhygiénistes ; c’est-à-dire que nous nous contentons des faits qui, dans le premier cas, — l'épidémie, — consistent dans l'apparition de beaucoup d'individus affectés de la même maladie, en même temps, dans le même lieu, à la suite d'une cause générale, et pour le second, —la contagion, — dans la transmission {dé la maladie d’une personne à une autre.

| “Le fait de la transmission de l’ophthalmie est aujourd’hui entièrement lréconnu en Portugal. L'expérience a éclairé sur ce point les moins crédules, et-rien de plus facile que d’amonceler des preuves à l'égard de la possibilité, dela facilité même avec laquelle l’ophthalmie se propage d’un régiment à un lautre, dans les compagnies et dans les hôpitaux. Ainsi, pour en donner quelques fexemples, M. J.-P. d’Almeida, depuis 1850 (2), avait rapporté des cas de garde- [malades qui ont été affectés dans l'hôpital du 5° d'infanterie, et encore de soldats Iqui étaient en traitement pour d’autres maladies et qui ont gagné l’ophthalmie. Hlest même à remarquer que quelques malades affectés de cette manière étaient dans des salles séparées de celles où demeuraient les ophthalmiques. [Quelques soldats qui venaient de jouir d’un congé temporaire ont été affectés après deux ou trois jours. Dans le 1% de chasseurs, l’ophthalmie avait commencé dans la 5° compagnie ; le bataillon change de caserne, cette compagnie est logée avec la Ge, et en très-peu de temps on voit beaucoup d’ophthalmiques parmi les soldats de la dernière compagnie. Des recrues que venaient d'être incorporées dans le bataillon, et qui avaient été examinées pour des maladies oculaires, ont été affectées en peu de jours, et cela arrivait, dans la grande majorité des cas, à celles qui étaient enrôlées dans la 5° et la 6° compagnie. Tous ces faits et beaucoup d’autres du même ordre sont assezsignificauifs. Comment avait lieu la transmission ? La contagion directe en est sans aucun doute l'explication dans le plus grand nombre des cas ; il suffit de se rappeler que les mêmes lits servaient pour différents soldats et que les essuie-mains étaient, dans beaucoup de casernes, communs à plusieurs hommes. Aujourd’hui les ob- Servations et les expériences ont partout tellement bien établi le fait de la conlagion directe, qu’il n’y à pas plus d’anti-contagionistes ni de compressionistes.

(1) Annales d'oculistique, avril 1855.

(2) Rapport cité, dans la Gazeta medica do Porto.

Les preuves ne sont pas également claires, nous en convenons, pour ce qui est de la contagion indirecte; mais beaucoup de faits nous en donnent « presque certitude, quand nous cherchons à expliquer des cas comme ce observés par nous-mêmes. C’est-là peut- -être qu’on trouve encore lex plicati de ces cas de conjonctivite franche, qui, traités dans les salles d’ophthalmiques. granuleux, et malgré tous les soins, deviennent aussi en peu de jours gran leuses, comme M. Sa Mendes l’a bien observé. L’excès de vitalité dont jouit la conjonctive dans ces cas de conjonctivite franche la disposerait-t-elle à ge perceptibilité plus grande? Nous sommes très-disposés à le croire. |

Mais après tout ce qui a été écrit sur ce sujet, particulièrement en Belgique, par MM. Fallot, Gouzée, Decondé, Hairion, etc., elc., c'est à peine si l’on peu douter de la contagion indirecte. Notre conviction est tout à fait d'accord ave les idées de ces Lonoraies médecins militaires. Ce qui nous surprend en celi c’est qu'après la connaissance d'opinions si bien fondées et de l'assentime unanime de tous les médecins à cet égard, on n'ait pas cherché : à établir. prophylaxie sur des bases plus avantageuses.

Et nous dirons, en passant, que nous acceptons la signification des faits sans nous occuper des questions secondaires, qui sont pour nous indéchiffrables Qu'est-ce que l'observation peut indiquer sur les qualités de la sécrétion. qui jouit de la propriété contagieuse? Est-ce un principe en solution ? est: le globule du pus, comme le pense M. Van Roosbroeck? Nous n’en savons rien

I nous semble avoir bien reconnu, avec l’aide de l’histoire, la cause“ la diffusion de l'ophthalmie dans l’armée portugaise. Et ici nous ajouterons. que celte diffusion n’a pas eu lieu avec cet exclusivisme d’action qui commencement a tant poussé à nier la contagion. Il y a eu des femmes dé. soldats affectées par ceux-ci; on a vu beaucoup de sous-officiers aussi atteints et parmi les officiers même on compte plusieurs cas d ’ophthalmie graculss

Nous aurions terminé ici cette partie de notre travail, s’il nous avait été possible de passer sous silence une autre question, qui jusqu’à un certain point se rattache à notre manière de penser sur la voie d'introduction dem l'ophthalmie dans le Portugal; c’est la question de la nature de l’ophthalmien

Quoique la spécificité d’une maladie soit bien souvent le résultat d’une cause atmosphérique, comme dans presque tous les exanthèmes, il y en a pour qui, en voyant la reproduction de l’ophthalmie toujours identique dans les armées, croient à l'existence d'un germe particulier, d’un virus, si l’on peut ainsi dire, comme condition sine qu& non du développement de l’ophthalmi : granuleuse, en lui supposant une diffusion assez semblable à celle del syphilis. Les idées du docteur Cunier conduiraient à cet extrême. On voit qu les choses portées à ce point, la source de l’ophthalmie hors de 1g contagiif L' est très difficilement reconnue. |

Mais quelles sont les circonstances étiologiques qui font de l’ophthalmie des armées une maladie particulière et différente de l’ophthalmie catarrhale ? ti

Sans avoir le dessein de traiter la question sous toutes ses faces, et moins encore d'examiner toutes les raisons qui ont conduit plusieurs écrivains à SON tenir des idées différentes sur la spécialité de l’ophthalmie militaire, nous. dirons toutefois que, quant à nous, l'existence des caractères spéciaux s’expliquem aussi bien par une source atmosphérique catarrhale que par toute ‘# r plusieurs causes aidant. |

Les conditions d’une constitution médicale, nous l'avons déjà dit et nous répélons encore, ne peuvent être appréciées que dans leurs effets. Mais, l'épidémie une fois déclarée, c’est de la nature contagieuse de la maladie que | dépendra le plus souvent sa plus ou moins grande durée. Nous convenons qui ,

parmi les maladies qui se manifestent par des influences atmosphériques, la règle est qu’elles se dissipent d’elles-mêmes, malgré leur nature contagieuse, sielle existe. Mais que voyons-nous dans les cas qui ont la plus forte analogie avec l’ophthalmie qui règne dans l’armée du Portugai? L'ophthalmie de Ja Casa-Pia de Lisbonne est un fait important sous ce rapport, comme nous Pavons dit, en nous proposant ici de traiter ce sujet. Une épidémie se développe là avec toutes les apparences de l’ophthalmie catarrhale, en trouvant très probablement les auxiliaires de son apparition ainsi que de sa gravité dans les conditions de l’encombrement, et plus encore, peut-être, dans d’autres d'une hygiène peu soignée. L'influence épidémique a cessé, puisqu'on ne peut pas la supposer constante ; l'affection a continué à s'étendre davantage par la voie de la contagion ou de l'infection, en ayant de temps à autre quelques exacerbations, par des causes que nous ne pouvons pas apprécier ici, Comme iknous arrive dans l’ophthalmie de l’armée. Ainsi, l’ophthalmie se maintient àdla Casa-Pia depuis 23 ans! Et, selon nous, tant qu'il y aura un cas de granu- Jlations, cette maladie pourra avoir des exacerbations, ou devenir même interminable par le fait de la transmission, et en conséquence par la source plus répandue de la contagion. A l'égard de cette ophthalmie, on a même lieu de croire que les élèves soumis depuis très peu de temps à l’action du germe ou principe contagieux, sont les plus facilement atteints, comme il arrive pour les-maladies endémiques et infectieuses ; d’où l’on peut déduire que le développement de la maladie n’est pas sous une influence autre que celle qui dérive de {l'infection miasmatique ou de la contagion directe, l’une et l’autre favorisées {parles circonstances propres de l’agglomération des élèves. N'est-ce pas bien plälimage de ce qui arrive dans l’armée portugaise, dans les workhouses, et dans ces épidémies dont nous parle Guillié dans sa Bibliothèque ophthalmologique? Nous le croyons sans doute.

Mais on dit que la cause doit être particulière, puisque l’ophthalmie épargne {centaines classes, tandis que les constitutions épidémiques agissent d’une manière générale. Toutefois, nous croyons avoir la raison de l’exclusivisme d'action de la cause tant que la maladie est primitive, dans les conditions Jauxquelles nous avons très souvent fait allusion. D’où viennent, si ce n’est de ces conditions, les caractères que tant de fois ont pris les ophthalmies épidémiques dans les colléges et dans les asiles? Comment pourrait-on expliquer le développement des ophthalmies purulentes et leur rapide diffusion à bord des bâtiments négriers, si ce n’est par l’action extrême de ces causes, qui, dans les cas ordinaires, auraient à peine joué le rôle de causes prédisposantes ?

Enfin, le défaut d’analogie entre les affections catarrhales et les ophthalmies militaires ne peut pas être fondé, à notre avis, sur une condition d’un ordre secondaire, telle que l’action nuisible du froid sur les premières, sans l'être [également sur les dernières. Encore cette action, toute générale qu’elle est dans les ophthalmies, pourrait bien être expliquée de différentes manières, dont la principale est que le froid doit agir comme un sédatif contre l'élément phlogistique de la maladie.

Que l'illustre médecin M. Fallot nous excuse de nous être ainsi écarté de quelques-unes de ses opinions, en voyant une autre explication pour les faits Principaux auxquels il se rapporte pour reconnaître la particularité de l’ophthalmie (4). Mais l’histoire de cette maladie en Portugal ne saurait se concilier avec d’autrès idées. Même pour ce qui est des preuves amassées avec tant de

(1) Nouvelles recherches pathologiques et statistiques sur l'ophihalmie qui règne dans l'armée belge, 1858.

manière de voir, car nous admettons et la contagion et la constitution épidé mique, favorisées par des conditions spéciales, comme pouvant être la cause. primitive de cette affection. JR VERS | #

Mais pourquoi donc cette maladie n'était-elle pas connue dans les armées avant que les soldats français et anglais fussent revenus de l'Egypte, en 180 et 4802 ? Si l’ophthalmie militaire avait une origine catarrhale, ne serait-elle. pas la maladie de tous les temps, en présence des conditions qui en favorisent | le développement? Voilà donc deux questions ; nous ne savons pas si elles On été déjà posées, mais nous croyons avoir à les considérer, quoique nousme puissions les résoudre définitivement.

M. le docteur Garcia Peres est le seul médecin portugais qui, en écrivantsul les cas d’ophthalmie granuleuse qu'il avait observés à l'hôpital de Saint-Ubes (}, ait prétendu avoir trouvé la connaissance de la granulation, ainsi que traitement par le nitrate d’argent, dans un passage d'André Garcia Vasquez, en 1759; mais on voit que la citation se rapporte au développement d’orgeolets consécutifs à l’inflammation des paupières, et non à quelque autre maladie qu ressemblerait à la granulation palpébrale, comme nous l’observons actuel lement (2). Du reste, nous ne pourrions rien dire sur la nature des ophthalmies qui ont régné épidémiquement à différentes époques, même dans les faits du commencement de ce siècle, le renversement des paupières n'étant pas alots pratiqué pour le diagnostic. En supposant , toutefois, que l’ophthalmie gran leuse ne fût pas connue des anciens médecins militaires , l'existence des com ditions un peu différentes où se trouvent aujourd’hui les armées, ne serait-e ! pas pour quelque chose dans l’apparition de cette maladie? Pour ce qui est l'effet de l'encombrement, MM. Warlomont et Testelin, dans leur admirable note additionnelle à l’article Ophthalmie contagieuse du Trailé de Mackenzie, quoiqu'ils se trouvent dans un camp opposé au nôtre, nous en fournissent des preuves nombreuses. A l'égard des conditions différentes où se trouvaient anciennement les régiments, on peut encore les reconnaitre en parcourant dans le Portugal les casernes qui ont servi à la fin des campagnes péninsulairess Par le système ancien de dissémination des soldats, on leur permettait dormir hors des casernes : celles-ci recevaient des régiments de 1,500 hommes: Par les règlements disciplinaires en vigueur, tous les soldats étant dans ces casernes, elles ne pouvaient abriter la moitié de cette force! Et voilà seut-É la raison pour laquelle, malgré l’hygiène moins sévère de ces temps-là, ces graudes agglomérations d'hommes étaient bien souvent épargnées par JEs épidémies si communes dans les endroits où l'air vicié rend l’homme fatalàr lui-même.

(1) Nota sobre o tratamento dos ophthalmicos que estiveram no hospital civil de Setubal, emprego do nitralto de prata nas granulacôes pelos medicos do seculo passado. — Escholiast medico. — n° 5 de la 2e série. . :

(2) « No pocas veces he observado, que por algunas ophthalmias o fluxiones contumaces a eslas parles, quedan las palpebras tan debiles, que con grandissuma facilidad, y a mui leve ocasi se infeslan de un gran numero de hordoleos o tumorcillos, que o bien se supuran, o bien resuclven, pero de qualquier modo siempre molestam mucho a los pacientes ; y siendo mui curloel auxilio, que prestaban todos los medicamentos hasta aqui descubiertos, me oeurrio, que podri ser ulil el tocar las mismas palpebras, y aun los tumorcillos, con piedra infernal, sin decirlo® Los dolientes, pero con cautela. . . .. Hecho esto, al momento passaba sobre ellas una esponj 0 paño mojado en aqua clara y tibia, con lo que se desvanece la mancha negra, y se escusa el dolor y peligro que pudiera ocasionar-se...» ‘Traduction espagnole de l'ouvrage. — AInstitutiones chirurgicæ d'Heister, 1.2, pag. 150. 1

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Faut-il insister sur la considération de cette cause si largement étudiée dans | ses résultats? L’hygiène en compte des faits si concluants, comme ceux cités | par M. Boudin, et encore ceux dernièrement appréciés par M. Stromeyer dans son mémoire—De l'influence de la ventilation sur la marche du typhus. A l'égard | de l'ophthalmie, sans vouloir même partager l'opinion de M. Gouzée, qui à efu voir la cause de l’ophthalmie des armées dans l’encombrement, nous trouvons plusieurs médecins belges admettant, comme M. Sa Mendes, en | Portugal, que les granulations peuvent se conserver pendant très-longtemps, Let indéfiniment même, dans un état qui ne gêne pas celui qui en est affecté, quand il vit isolé; tandis que l'affection ne tarde pas à faire des progrès, | une fois l’individu soumis à des conditions d’encombrement. Telle est, en effet, | linfluence de cette cause pathologique !

| M Si nous avions à discuter encore d’autres opinions se rattachant à la spécificité de l’ophthalmie, il nous resterait une tâche importante dans la considération des idées, toutes pleines d'intérêt, qui ont été présentées et soutenues par MM. Thiry, Canstatt, Decondé et plusieurs autres médecins belges. Mais nous ne tenons qu à donner la raison des conclusions que nous avons à émettre au sujet de l’ophthalmie en Portugal, et ces conclusions ne sont ancunement infirmées , à notre avis, par les opinions auxquelles nous nous rapportons. Voilà donc, Messieurs, ce que nous avons à dire sur la voie d'introduction de Pophthalmie et sa diffusion dans l’armée portugaise. Nous croyons qu'il y aura beaucoup d'opinions conciliées, — de ces opinions qui ne sont vicieuses que parce qu’elles sont extrêmes. C’est là peut-être Ja moitié de toutes les discussions qui ont oceupé les médecins, en décourageant ceux qui prétendent tirer quelque lumière de tant de travaux publiés jusqu’à présent.

Pour nous résumer, nous pensons :

Que l’ophthalmie de l’armée portugaise a eu sa source primitive dans une CoStitution épidémique catarrhale, qui a régné surtout à Lisbonne et à

Vianna-do-Castello en 1849; | M Que certe cause a été secondée dans son action par les conditions anti-hygiéniques des casernes, en prédisposant les soldats à être affectés ; Que ces mêmes conditions ont concouru à la manifestation de l'épidémie | aec les caractères plus graves où elles étaient plus prononcées ;

Que de ces conditions anti-hygiéniques on peut considérer comme la prin- Gipale l'encombrement dans les casernes ;

Que la maladie, ainsi développée et entretenue, s’est étendue avec plus de gravité depuis que l'influence d’une constitution épidémique pouvait être considérée comme éteinte , en agissant par la contagion directe et encore trèsprobablement par l'infection.

III, — Traitement.

En soumettant au Congrès quelques mots sur le traitement qu'on suit en Portugal pour combattre l'ophthalmie granuleuse, nous n’allons pas passer en revue Lout ce qui y a été écrit à ce sujet. On peut dire que l’état de la médecine élrangère est parfaitement apprécié en Portugal, et à l'égard du traitement de l’ophthalmie, il n’y à peut-être pas une idée qui ne soit connue, où même qui n’ait été reproduite chez nous d’une manière plus ou moins détaillée, Il va Sans dire que les écrits et les opinions des médecins belges nous sont toutefois les plus familiers, étant eux-mêmes le plus souvent consultés pour la pratique dans une maladie où l'expérience de beaucoup d'années a rendu la Belgique

comme le centre de tout l’enseignement sur l’ophthalmie, Ainsi donc, vous voyez bien pourquoi, en nous occupant de tous les moyens employés contt cette maladie, nous n’aurions dit que ce qu'on sait partout. # Nous allons nous en tenir, par conséquent, à l'exposition de quctali s. idées qui prédominent aujourd'hui parmi les chirurgiens militaires portugais | à l'égard des méthodes thérapeutiques plus connues, en terminant par celle des ressources qui sont à présent d’un emploi plus commun. Pour ce qui Est de la purulence et des accidents si variables qui compliquent l’ophthalmi nous n’en dirons rien, le traitement de ces états ne pouvant y gagner quel confirmation de ce qui a été dit à l'étranger. Commençons par la méthode de M. Buys, car l’acétate de plomb neutré qu’on trouve si préconisé en Belgique, est le moyen à l'égard duquel le résull a de l'expérience diffère le plus en Portugal.

L'emploi de lacétate de plomb a été fait, depuis presque le commencemet de l'épidémie, par tous les chirurgiens militaires qui ont eu à traiter Poph thalwie ou, pour mieux dire, les granulations. Les résultats obtenus pa MM. Valle, Moraes, etc., ont été depuis lors peu favorables à la renommé dont jouissait cette méthode, et ces chirurgiens n’ont pas hésité à les fai connaître, tout différents qu ‘ils étaient de ceux obtenus par d’autres praticien en Belgique (1).

En 1854, M. Sa Mendes en a parlé aussi dans quelques annotations, qu'il ap faites à un travail publié en Belgique par M. Meynne (2). Selon lui, seulemer dans un cas il a pu couvrir avec le sel toute la surface conjonetivo- -palpébrall al sans voir s’ensuivre une forte réaction. Chez tous les autres malades, la tu faction et la sensibilité se développaient si intenses, qu’il a été ensuite inpos sible pendant plusieurs jours de toucher les conjonctives. Plus tard, M. Sa Mendes à voulu encore essaver l’acétate de plomb, car ne savait pas à quoi attribuer cette différence si remarquable dans les suite de son application. Dans cette nouvelle tentative, le chirurgien militaire por Lugais à pris d’une manière rigoureuse tous les soins recommandés depui M. Buys et feu le docteur Giniérs jusqu'aux préceptes de M. Meynne, en Ôtan même les essuie-mains aux malades, comme ce praticien belge le conseillé. Mais alors ce n’était plus ni la tuméfaction ni la sensibilité qui le sel de plomb d’être mis au même rang qu’il avait obtenu en Belgique. Soi à cause de la plus rigoureuse exécution de la méthode, soit en vertu de l’application de compresses trempées dans l’eau végéto-minérale, soit parce que le sel était plus porphyrisé, l’acétate de plomb a pû être employé Dlusieti fois sans développer beaucoup de souffrance, quoiqu'elle fût toujours plus forte que celle causée par le nitrate d'argent. Toutefois, l'observation dk M. Sa Mendes n’a fait que l’affermir dans l’opinion qu'il avait déjà émis Quand même il y aurait toujours la possibilité de faire l'application du sell plomb, ce praticien la croyait plus nuisible qu'avantageuse, parce que Gi incrustations du sel agissaient comme des corps étrangers, lesquels avaie par conséquent les mêmes inconvénients que les granulations. Lorsque li [ incrustations étaient tombées, on voyait quelquefois reparaître les grauuli tions qu'on supposait guéries (3).

L'emploi de l’acétate neutre de plomb n’a donc pas été plus heureux

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(1) /Andagacôes clinicas sobre a ophthalmia do exercilo portuguez. Escholiasle medico, n° 24 la 2e série, 1851. — Jornal da Sociedade das sciencias medicas de Lisboa, février 1850. (2) Escholiaste medico, n° 35 de la 2e série, 1854. | Æ (3) Mémoire intitulé : Qual é o tratamento preferivel nas granulagôes da conjunctiva, 9e pa tie. Escholiaste medico, n° 25 de la 5e série. LA

Portugal qu'il ne l’a été en France, où les opinions de MM. Desmarres et Sichel lui sont contraires. Alors M. Sa Mendes est retourné, comme l'avaient fait d'autres confrères, à l’usage du nitrate d’argent, dont l’action pouvait être mieux bornée, l'expérience lui ayant appris, dans des mnilliers de cas de cautélrisation, comment et dans quelles circonstances on pouvait l’employer sans lavoir à craindre tous les accidents qui rendent cette application si dangereuse dans des mains peu exercées.

| Malgré toute la supériorité du nitrate d’argent comme moyen de combattre les granulations, il n'existait pourtant pas de thérapeutique tout à fait irréprochable. Pour faire disparaître les granulations par absorption, comme on l’a conseillé, la chose n’était pas toujours possible, puisque, dans le plus grand nombre des cas, elles passaient à l’état chronique et ne guérissaient pas. Par {la méthode de MM. Faïllot et Loiseau, l’ulcération des conjonctives produisait bien souvent des cicatrices irrégulières et un tissu inodulaire qui entretenait et développait quelquefois même des complications, telles que les kératites panniformes, les épanchements plastiques, les ulcères de la cornée, etc. Par la méthode recommandée par M. Hairion, enfin, les résultats n'étaient pas plus sûrs. Ces inconvénients ont été remarqués par tous les chirurgiens mili- {raïres qui ont eu à traiter cette maladie; mais M. Sa Mendes les a fait connaître {à différentes fois, tout en donnant la préférence au crayon de nitrate {d'argent (1).

| Les essais continuèrent pourtant, dans le but de trouver un traitement plus {profitable des granulations conjonctivales, et l’occasion s’est présentée d’expérimenter un procédé, que nous avions rencontré dans les lectures professées à Londres par M. France, du Guy’s Hospital. De ces lectures nous avons fait quelques extraits dans l’Escholiaste medico, spécialement sur ce qui appartenait au traitement des granulations, de l’ophthalmie purulente, de l'iritis Isyphilitique, etc. (2). Ce fut M. Sa Mendes qui eut le mérite de vérifier dans {sa-vaste pratique le traitement vanté par le chirurgien du Guy’s Hospital, et le résultat a été si heureux, que le procédé de M. France est resté depuis | cette époque dans la pratique.

Les scarifications oculaires, ont été tour à tour préconisées et abandonnées, depuis Hippocrate, le premier qui en ait parlé. Pour les granulations, ce traitement chirurgical a été même recommandé dans plusieurs cas spéciaux par M. Hairion (5), et encore par M. Sichel, lors de la publication des premières livraisons de son Iconographie ophthalmologique (4). Mais le procédé de M. France en diffère par la généralisation, par le nombre des incisions, par leur direction, par l'application immédiate d’un cathérétique, et enfin par le moyen qu’il emploie dans de certaines circonstances, c’est-à-dire la division de l’angle externe de l’œil. Ces scarifications oculaires, selon la manière adoptée par M. France, ne méritent rien moins que le nom de saignée de l'œil, avec la différence qu’elles sont faites presque toujours sur les conjonctives palpébrales, au lieu de couper les vaisseaux de la conjonctive bulbaire, comme M. Desmarres le pratique avec tant de succès dans d’autres circonstances.

Pour mettre le Congrès à même de juger cette manière de traiter les granulations dans l’armée portugaise, nous ne pouvons rien faire de mieux que de

(1) Voyez encore le mémoire cité.

(2) Nos 95, 24 et 27 de la 2e série 1854.

5) Nouvelles considérations pratiques sur l’ophthabnie de l'armée. Archives belges de médecine militaire, 1. Ve.

(4) Voyez l’article Traitement de l’ophthalinie granulaire.

présenter ici quelques renseignements que M. Sa Mendes a bien voulu no donner. La pratique qu'il a acquise par l'usage journalier des scarification rend le procédé plus précis; il y a même ajouté plusieurs considérations q en rendent l’emploi très sûr et très profitable.

Dans sa clinique ophthalmoiogique à l'hôpital militaire de Lisbonne, M. Mendes divise les malades en trois classes : 1° Ceux qui, ayant souffetii conjonctivites sans granulations, sont ensuite affectés de ce phénomène 29 Ceux qui entrent à l'hôpital avec des granulations vésiculeuses, ou quelquesM granulations charnues, dans l'état sous-aigu, ou même sans être dans cet éta T1 mais qui sont vierges de tout traitement et ne datent pas de très longtem} 5° Enfin, ceux qui se présentent avec des granulations charnues plus ou moir développées, plus ou moins anciennes, lesquelles viennent presque toujot accompagnées de complications oculaires, telles que le pannus, les ulcèr kératiques, etc., et datent de plus ou moins longtemps, #j déjà subi 1 traitement quelconque.

Tous les malades compris dans ces trois classes sont traités à l’hôpit militaire de Lisbonne, quelques cas exceptés, par les scarifications dèsM commencement, secondées toutefois par des applications de sulfate de cuivr qui sont l’accessoire du traitement. Ce procédé est continué tant qu'il produ de bons effets, et, en général, on ne l’abandonne que lorsque les malades ont obtenu tous les avantages.

Mais les résultats en sont différents selon les conditions où se trouventile malades. Dans ceux de la première classe on n'obtient pas toujours un suce complet, ou, s’il se manifeste, c’est d’une manière plus difficile et plus Jen: que dans les autres cas. Il semble que l'excitation produite par les incisions les cautérisations avec le sel de Vénus font accroître celle qui est la conséquent de la phlogose aiguë, et que par cela, la cause productrice des granulation ayant été maintenue, elles stationnent ou se reproduisent. Dans ceux dé seconde classe, on voit des effets plus certains et plus remarquables ; les gran lations vésiculeuses après avoir été incisées, s'aplatissent peu à peu et finissent par disparaître. Les granulations charnues, qui durent plus longtemps, nù résistent non plus presque jamais. Pour ce qui est des malades de la troisièmt classe, le procédé des scarifications y produit de vrais miracles, s0it CI réprimant des granulations très volumineuses et anciennes, soit en diminuant. l’épaisseur de la conjonctive hypertrophiée, en lui rendant en partie ses qualités normales, soit encore en améliorant et en guérissant même les complicatiot kératiques. KE

M. Sa Mendes possède un grand nombre d'observations de toutes ces classé de maladies. Ce n’est pas seulement à l'hôpital, mais aussi dans la cliniqu civile que le chirurgien militaire portugais à obtenu des succès vraimel éclatants, Dernièrement, un garçon, ancien élève à la Casa-Pia, a été complé tement guéri de granulations anciennes et de complications kératiques a moyen de ce traitement. ;

Pour ne pas trop allonger ce travail, nous ajouterons ici seulement quelque observations des cas les plus graves. Deux des malades ont été observés pa nous-même avant leur entrée à l'hôpital; et après leur sortie, nous avon constaté la guérison la plus complète. +

Première observation. — José Martins, soldat du 11° régiment d'infanterie. avait subi un traitement pendant plusieurs mois, à l'hôpital civil d’Abrantes à cause d'une affection oculaire granuleuse, Transféré de cet établissement dans l'hôpital militaire de Lisbonne, on observe des granulations charnues, assez volumineuses, en très grand nombre et dures. Ces granulations, parle

frottement sur les cornées, y avaient développé l’épaississement de la conjonctive kératique, d’où il s’en était suivi un affaiblissement considérable de “lavue. Ce malade est traité par les scarifications et le sulfate de cuivre. L'état wranuleux s’amoindrit de plus en plus; la conjonctive palpébrale revient à sa blancheur et à son poli naturels ; les complications kératiques vont en pro- Lression décroissante; la vue peut s'exercer sans imperfection, et enfin, avec quelques bains de mer, le malade est parfaitement guéri, et est renvoyé dans son régiment.

Deuxième observation. — Joào Antonio; soldat du 5° de vétérans, entre à Mhôpital militaire de Lisbonne le 1 décembre 1855. On observe : granu- Mations charnues, confluentes et dures, occupant les surfaces conjonctivopalpébrales ; injection de gros vaisseaux dans les conjonctives oculaires, se ontinuant sur les cornées ; ces organes entièrement couverts par des pannus charnus très épais ; vision complétement perdue. Par les scarifications et les applications du sulfate de cuivre, on fait disparaître les granulations et en srande partie l'injection des vaisseaux; [a guérison de ces produits morbides ait aussi diminuer de beaucoup l'épaisseur des pannus. Ensuite on prescrit es-collyres d’azotate d'argent à haute dose ; on continue les scarifications sur Iles vaisseaux mêmes les plus développés de la conjonctive oculaire, en les alternant avec les applications du sel de Vénus ; enfin, on emploie le perchlorure defer à 50°, et par ce traitement, qui à duré presque neuf mois, on obtient e-dégorgement complet des vaisseaux, la transparence parfaite des cornées, et, par conséquent, la vision redevient ce qu’elle était avant toute affection (1). 4 “Troisième observation. — Feliciano d'Almeida, soldat du 7° d'infanterie, jentre à la clinique ophthalmologique de l'hôpital militaire de Lisbonne le Joctobre 1856. C’est la seconde fois qu’il souffre des yeux. L'examen montre : sur les conjonctives palpébrales supérieures, granulations charnues, confluentes et d’un volume considérable, offrant à la vue l’aspect de la fraise; dans les conjonctives bulbaires, injection de caractère catarrhal, laquelle se termine à Ja circonférence kératique; à la partie supérieure ct externe de la cornée gauche, un ulcère circulaire très large et profond; photophobie et épiphora ; Isécrélion de muco-pus. Avec les scarifications et le sulfate de cuivre, la conjonetivite oculaire disparaît; les granulations sont absorbées comme par jenchantement, l’ulcère se cicatrise; les conjonctives tarsiennes recouvrent leur couleur et leur poli. Ce dernier résultat a été favorisé par l'usage de la pomer de précipité rouge en l’alternant avec le sel de Vénus. Le malade a été “\parfaitement guéri en moins d’un mois, car il est sorti de l'hôpital le 7 novembre.

Noyons maintenant la manière de procéder, d’après M. Sa Mendes.

Avec le scarificateur de M. Desmarres il fait sur la conjonctive palpébrale un grand nombre de petites incisions , parallèles au bord libre de la paupière, très superficielles et de peu d’étendue. Le nombre en peut varier selon |Vextension de la surface affectée, ou le nombre même des granulations; mais dans les cas plus graves, elles arrivent jusqu'a 40 et même 50, d’un à deux millimètres chacune. Très longues ou très profondes, elles auraient le risque d'attaquer les conduits des glandules de Meïbomius et les cartilages tarses mêmes, et de produire des cicatrices considérables qu’on a toujours intérêt à éviter. En général, on n’incise que les granulations. Les incisions faites, on laisse couler le sang, et l’on facilite cet écoulement par des lotions d’eau tiède et en donnant certaine liberté à la paupière, qui se trouve renversée.

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(1) Cette observation et celle qui suit ont été publiées dans un travail de M. Sa Mendes : À questäo da ophthalmia do regimento 12. 1856.

cuivre, plus ou moins légèrement, suivant l’excitabilité du malade. Quelquefois, dès le début, et presque toujours à la fin du traitement,dew sang qu’on est parvenu à faire couler est en très petite quantité ; mais, dans cés” cas mêmes, les scarifications sont d’un grand avantage, parce qu'elles per mettent l’action immédiate du sel de Vénus. »| Lorsque les scarifications ne sont plus nécessaires, on a recours seulement aux applications du sulfate de cuivre, les alternant avec la pommade de pré cipité rouge jusqu’à la complète absorption des granulations et de la plus grande partie de l’injection de la conjonctive. 4 M. Sa Mendes ne suit aucune règle sur la répétition des scarifications, il'estm dirigé en cela par l’état de chaque malade; cependant, il les emploie plus” fréquemment dans les cas chroniques ou anciens que dans les cas aigus ou de très courte durée; de manière que sur les premiers il les pratique tous Jes” jours , et de deux en deux jours sur les seconds. iQ Le temps nécessaire pour obtenir une guérison complète est très variables. selon les circonstances ; mais on peut dire qu’il est en général d’un à Lusiéti mois. n | Un des avantages de ce procédé, c’est d’ôter toutes les complications, au lieu de compliquer l’état granuleux, comme cela arrive avec le nitrate d'argent Mais ce qui le recommande surtout, c’est l’état où il laisse la conjonctive,s parce qu’on n’y voit plus aucune lésion qui puisse faire souffrir le malade comme des cicatrices irrégulières, des incrustations, etc., résultats des moyens employés jusqu’à présent. Chez les soldats qui finissent leur temps de service et changent, par conséquent, d’habitudes et de profession en se soustrayant aux conditions de l’état militaire, on ne reconnaît plus aucun vestige de la maladie, et généralement la guérison est aussi complète que durable. 2 | Vous le voyez, Messieurs, on est arrivé en Portugal à une thérapeutique convenable des granulations. Mais le nitrate d'argent est loin d’avoir pour cela : perdu sa légitime importance : M. Sa Mendes l'emploie dans des cas, à vrai À dire, rares, où les scarifications n’apportent pas une guérison définitive des granulations. Le plus souvent, le sel Iunaire est employé à titre d’auxiliaire, le chirurgien portugais ayant vu qu'après deux, trois ou même un plus grand | nombre d'applications du crayon de nitrate d'argent, les granulations sortent | de leur état apathique, pour ainsi dire, et les scarifications sont alors d'une efficacité plus marquée. Ÿ A l'égard du nitrate d'argent, il faut encore ajouter que la majorité des” chirurgiens militaires portugais, particulièrement M. Sa Mendes, ne l’emploient que très légèrement, et à des intervalles très longs, l’expérience leur ayanim enseigné que, même de cette manière, il est facile de produire quelques ulcères | de la conjonctive. Seulement, dans un autre cas d’une grande opiniâtreté , Je nitrate d'argent a été employé profondément et comme moyen destructif. En terminant cette note, nous exprimerons le vœu que le procédé de. M. France devienne aussi l’objet de quelques essais dans la clinique des médecins belges ; nous espérons que ces essais feront naître la confiance el. donneront les résultats admirables que nous avons signalés. ÿ ; |

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QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LA NATURE DE L’OPHTHALMIE DITE MILITAIRE, PAR RAPPORT A SON APPARITION DANS L'ARMÉE DANOISE EN 1851.

| PAR J.-CHRÉTIEN BENDZ, Professeur ; Médecin supérieur de la garde du corps de S. M. le roi de Danemark.

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