‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 28 sur 112 · I. — Historique · texte numérisé non relu

I. — Historique

Pour éclairer la nature mystérieuse de l’ophthalmie militaire, rien n'est, à monsens, plus instructif que l'étude de la manière dont le fléau s’est introduit en Danemark, et la forme insidieuse qu’elle a prise pour s’y glisser lors de sa première apparition dans ce pays.

Ilest établi aujourd’hui qu'aucun médecin danois n'avait observé cette affection, parmi les populations de notre pays, avant 1851, époque à laquelle seterminèrent les troubles intestins, dont il avait été le théâtre depuis le commencement de 1848.

| “Cependant plusieurs occasions s'étaient déjà présentées avant cette période,

quiauraient pu donner lieu à son importation, telles entre autres que le siége de lawille de Copenhague en 1807 par les Anglais, débarquant sur les côtes de Dile-dela Seeland une armée d'environ 50,000 hommes qui en souffraient beaucoup. Il est vrai qu'après leur départ, nos autorités avaient pris des mesures pouréviter que la contagion se propageât par l'intermédiaire des locaux qui leur avaient servi d'infirmeries. Quoi qu’il en soit, le mal disparut entièrement de nos contrées, ne laissant pas de traces parmi nous, ce qui est d’autant plus remarquable que ces mêmes armées, en revenant d’Eg gypte, le propagèrent aux troupes ainsi qu'aux habitants de plusieurs autres pays où elles mirent pied à terre.

Dans l'espace de temps qui s’écoula de 4815 à 1848, un contingent de troupes dauoises, d'environ, 5,000 hommes, participa à l'occupation de la Prance avec les armées alliées. Nos régiments étaient entourés de tous côtés des troupes anglaises et russes, qui comptaient un grand nombre d’ophthalmiques ; mais notre corps revint en Danemark, vers la fin de 1818, sans tamener un seul soldat qui en souffrit.

Une troisième occasion se présenta en 1842-44, époque de la construction du chemin de fer de Kiel à Altona, dans le duché de Holstein. La force ouvrière de ce pays ne suffisant pas aux besoins de cette entreprise, il fallut aNOir recours àune foule d'ouvriers étrangers, qui accoururent de tous les côtés de l'Allemagne. L'ophthalmie, amenée par ces étrangers, régna même d’une manière assez élendue sur une partie d’entre eux. Cependant, le chemin de

fer achevé, le mal nous quitta avec les ouvriers, sans laisser de trace de so existence dans cette province de la monarchie.

L'insurrection des duchés en 1848 devint enfin le point de départ l'importation de ce fléau dans notre pays. D'abord les troupes de la Confé ration germanique, qui pénétrèrent jusqu’au cœur de la péninsule brique, en étaient atteintes en grand nombre : puis, l'armée holsténoise ay commencé à se recruter d’une foule d'anciens soldats qui avaient servi d les armées de l'Allemagne, le mal ne tarda pas à s’introduire également dans ses rangs et à y faire des progrès constants. Aussi, parmi les prisonniers de guerre de cette armée, qui furent transportés à Copenhague après diver batailles, y en eut-il déjà plusieurs qui en souffrirent. Mais il est toujol digne de remarque que, pendant tout ce temps, l’armée danoise enfut entièrement préservée, nonobstant la fréquence des occasions vers deux armées de se communiquer leurs maladies.

Au commencement de 1851, la guerre finie, notre gouvernement rect de nouveau l’armée dans le duché de Slesvig. Uu grand nombre des recrt levées à cette occasion, avaient servi dans l’armée holsténoise, et furent in@ porées dans les corps de troupe danois, qui se trouvaient en garnisoR Copenhague. Aussitôt après leur arrivée, "des granulés et des ophtieli commencèrent à entrer dans l’hôpital de cette garnison, déclarant de mêmes qu'ils avaient souffert de cette affection pendant leur service de l’autre armée. Chez tous ces malades, le mal affectait une forme très bénigt la conjonctive palpébrale offrait des granulations vésiculeuses et charnue mais sans blennorrhée ni ophthalmie proprement dite. Cette forme, en app rence inoffensive du mal, donna lieu à une divergence d'opinion, quant nature, parmi les médecins militaires de cette garnison, les uns en dénian tout à fait l'identité avec le mal oculaire connu depuis longtemps sous le m d'ophthalmie contagieuse ou égyptienne, les autres étant d’un avis contrai Quoi qu'il en soit, ces circonstances conduisirent à ce triste résultat, quen ne fut fait en temps utile de la part des autorités militaires ou es Dour préserver les corps de troupes et les populations.

Une mesure, prise en 1852 par le ministère de la guerre, contribua ess tiellement à répandre le mal sur tout le territoire de la monarchie. En let, x) les troupes de pacification de la Confédération germanique ayant quittéMie duché de Holstein, ce ministère ordonna une dislocation générale des corp de troupe de notre armée, de manière à ce que les corps, recrutés des pro vinces du royaume de Danemark occupassent les garnisons des duchés, el les corps, recrutés de ceux-ci, celles de la capitale et autres places di royaume. Ces derniers, qui n'avaient jamais cessé de compter un certai uombre d’ophthalmiques, allèrent donc propager le mal à la plupart des gai nisons de celte partie de la monarchie, où jusqu'ici il avait été inconnu, tandis que les premiers, antéricurement exempts de ce fléau, devaient nécessall ment le contracter en habitant les garnisons des duchés, éminemment inf lées par le séjour durant trois ou quatre ans des troupes de l’armée holstés noise et de la Confédération germanique. Ces circonstances contribuèrent puissamment à répandre le mal dansnotre pays, et à le faire éclater partot d'une part la dissension des médecins militaires, unie à l’insouciance € autorités médicales, et de l’autre la situation éminemment difficile du gouvers nement, nécessitèrent des mesures qui furent bien propres à favoriser l'extem sion du mal. Une commission, instituée en 1853, par ordre du ministère la guerre, pour faire des recherches à cet égard dans la garnison de Copt

hague et proposer des mesures de nature à entraver les progrès du malle

| 'rouva déjà tellement répandu parmi les troupes de cette garnison, que, sur lin effectif de 6,171 hommes, il y en avait 1,156 d’affectés. Aussi la recherche les recrues, arrivées en même temps, prouva-t-elle à l'évidence qu'il s’était

éjà propagé aux populations civiles du pays. Une autre commission, instituée bun1856 dans le même but, trouva 1,437 granulés sur un effectif de 5,371 hommes; et des 2,674 recrues qui arrivèrent de toutes les provinces

Les trente-trois corps de troupes dont se compose l’armée danoise en ont souffert plus ou moins, à l’exception de quatre ou cinq seulement. Ce sont

ui en ont été le plus rudement attaquées.

Afur et à mesure que le mal se répandait, il s’accrut aussi en intensité, 1des blénorrhées surgirent de temps en temps, détruisant la vue en peu de jours, el en tout semblables à celles qui ont fait tant de ravages dans les “hrmées de l'Europe depuis le commencement de ce siècle. | Forcée par des faits incontestables, qui chaque jour se prononcèrent avec

dual, et sur les bornes à assigner au traitement.

Après avoir fait mention, dans ce qui précède, des circonstances particulières qui ont accompagné et favorisé l’apparition en Danemark de l’ophthalmiémilitaire, et démontré, je pense jusqu'à l'évidence, l'importation de ce fléau en 1851 dans notre pays, qui en avait été exempt jusque-là, je vais entrer dans quelques considérations pratiques et développer mes vues sur les questions les plus importantes qui ont été agitées, par rapport à sa pathologie engénéral, ainsi qu'à son traitement. Je m'appliquerai avant tout à faire lressortir l'aspect qu'a pris parmi nous ce mal protéiforme, de même que llesmoyens qui ont le plus réussi, dans ma pratique, à en vaincre l’opiniâtreté.

II. — Considérations pratiques au pointé de vue de sa pathologie et de sa thérapeutique.

$ [er. — Définition, nom, nature, fréquence.

D’après l'expérience que j'ai eu l’occasion de recueillir dans l’espace de [Cinq ans, en visitant les yeux de plusieurs milliers de ces malades et en en Wailant moi-même plus de six cents, je considère l’ophthalmie contagieuse oumilitaire comme une affection purement locale, résidant dans la conjonctive. des paupières, et due à un principe contagieux propre, dont nous ne connaissons ni la nature, ni le véhicule. Ce mal, qui revêt une forme spécifique, quoique bien variable, a pour siége de prédilection les glandes muqueuses ouwésieuleuses de la conjonctive palpébrale, et n'attaque que secondairement le corps papillaire des paupières; il se propage uuiquement par contagion, le plus Souvent par voie miasmatique ou par l'infection de l'air, plus rarement Par Voie immédiate ou directe; il ne devient jamais épidémique dans notre climat, ce mot étant prisdans le sens pathologique le plus stricte ; il n’est donc Pas capable de se développer spontanément ou sousl’influence de conditions

atmosphériques, partant il ne peut D te d’une altération du sang ni du dyscrasie quelconque.

Les auteurs ont beaucoup débattu pour trouver une dénomination qui fût pre à préciser la notion de cette affection : nous connaissons leurs vains ef à cet égard. Si, dans ces recherches, nous prenions pour point de départ siége anatomique de sa lésion principale, il nous semble qu'il faudrait l'ap ler adéno-conjonctivite des paupières; mais il serait nécessaire d'y ajot le mot spécifique, pour la bien distinguer d’autres blépharophthalmies, d lesquelles le même appareil de sécrétion est attaqué, sans constituer né moins le siége principal de leurs lésions.

Il s’agit donc d'un morbus sui generis à proprement parler, ayant p cause unique un principe contagieux ou virus spécifique. Celui-ci est engen par un travail morbide de nature spéciale, qui s'opère dans les ee l culeuses de la conjonctive, espèce de follicules muqueux clos, presque mic copiques, à travers les parois desquelles ce principe se fait jour par exosme uni au produit altéré de leur sécrétion. Arrivé à la surface de la muquë oculaire, il se mêle intimement à la sécrétion normale de l'œil, et, se volati sant avec elle, infecte l’air qui environne les malades. On ne connaît pas véhicule de ce principe. Je me crois autorisé à disputer ce rôle aux globules pus, par le seul fait que la maladie se propage même dans des cas où la &@ jonctive n’est le siége d'aucune sécrétion anormale.

J'ai dit que € ’esi surtout par voie miasmatique que la contagion se répat bien que je ne méconnaisse point la grande difficulté de prouver ce fait pi quelque expérience que ce soit, En effet, ce n'est que par des signes ratiit nels qu'il nous est permis de pénétrer la vérité sous ce rapport, nos expé riences pour surprendre les voies de la nature restant toujours infdèl à cause de la défectuosité de nos moyens d'investigation. Pour moi, j ys arrivé, après cinq ans d’une observation rigoureuse et impartiale dans corps de troupes, qui a été très désolé de ce mal, el après avoir participé 4 recherches de deux commissions, chargées d’inspecter les yeux de douze mi hommes, appartenant à la garnison de Copenhague. Au reste, je ne suis pass premier qui ait osé émettre cet avis:il y a trente-six ans, M. J.-B. Müllem en avait fait autant, et dernièrement M. Wasserfubhr (2), après trente-huitaf d'expérience dans l’armée prussienne, est arrivé au même résultat.

Mais ce principe contagieux, ce virus spécifique, d’où vient-il ? A-t-il exis ‘oujours en Europe? Quelle en est l’origine? |

La réponse à faire à ces questions, d’un grand intérêt, a été l’objet des rech ches et des études les plus approfondies d’une foule d'auteurs, sans qu'au d'eux soit encore parvenu à les résoudre d’une manière qui ralliàt les convi tions.

Les uns prétendent que l’ophthalmie catarrhale peut aussi avoir la proprié de se répandre par contagion, et que notre mal, possédant cette propriété à degré beaucoup plus élevé, n’est qu'une dégénération de celle-là, opéréep des conditions spéciales de développement, les conditions de guerre sure qui exposent les armées aux fatigues de tout genre, à la malpropreté, à le combrement des locaux, etc. A leur sens, une telle dégénération peut $ pérer partout, sans dépendre d'aucun lieu, ni d'aucun climat. Si l’on vo lait adopter cette manière de penser, il serait toujours difficile d'explid

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