‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 29 sur 112 · RE RS · texte numérisé non relu

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| (1) 3.-B. Muiver. Erfahrungssälze über die contagiôse oder ægyptische AVG À Mainz, 1821, p. 107.

(2) A.-F. Wasserrunr. Beilräge für die Mililär-Heilpflege im kriege und im Frieden.Æ Er- | langen, 1857, p. 59.

nes, avec l'ophthalmie catarrhale, tandis que tous les auteurs qui se sont sérieusement occupés du diagnostic différentiel de ces deux affections n’y trouvent que très peu de caractères communs.

| D'autres pensent que le mal dont il s’agit n’est nullement nouveau en Europe, et qu'il y a existé de temps immémorial, notamment dans les pays du Sud, à savoir en Espagne, en Calabre et en Crimée, etc., peut être même dans jesbasses contrées du Rhin, en Allemagne, en Hongrie, etc. En face d’assertions de celte nature, il est bon de faire observer d’abord que des oculistes d’un rand mérite, tels que Beer, Scarpa, Schmidt, qui ont écrit avant l’expédition d'Egypte et observé les maux d’yeux avant cette époque, ne mentionnent même pas le phénomène le plus saillant de cette affection, les granulations palpébrales, qui paraissent même leur avoir été complétement incon- [uues.

Cependant, on ne saurait contester que plusieurs sortes de conjonctivites palpébrales peuvent s'accompagner d’inégalités ou d’aspérités de la même espèce que-celles que plus tard on est convenu d’appeler granulations, et que plusieurs ouvrages des anciens nous ont transmis des descriptions qui nous aulojusent à conclure qu'ils ont observé les granulations dans plusieurs parties delEurope. Mais, outre que ces descriptions sont en général tres imparfaites, trop peu en harmonie avec l'observation des médecins de notre temps, lethien trop sommaires pour nous permettre d'en tirer des conclusions dignes deMloï, il faut convenir en même temps que l'identité, même la plus complète, des phénomènes extérieurs ne nous permel nullement de conclure à l'identité We nature des maladies, ce qui s'applique d'autant plus aux maladies en question, quelles n’ont pas été observées dans le même temps, ni à la même (époque. Il est vrai, par exemple, que Maître-Jan (1) en parle dans son Traité Wessmaladies oculaires de 1740 ; mais cet auteur ne fait nulle part mention de lamcontagiosité du soi-disant trachôme des paupières. Nul doute donc que ces aspérités de la conjonctive n’aient été bien différentes de celles que de nos OUIS nous connaissons sous le nom de granulations. Quoi qu’il en soit, nos ancêtres ne nous ont rien transmis, absolument rien, qui nous aulorise à conclure que l'ophthalmie militaire ait régné en Europe avant l’époque de l’expédition d'Egypte, accompagnée des phénomènes qui la caractérisent depuis le commencement de ce siècle. Ceux qui ne partagent pas ces vues ne nous expliquent nullement pourquoi ce mal, bien qu'existant en Europe avant cette période, ne s'est pas étendu aux armées de cette partie du monde, nonobstant les guerres prolongées dont elle fut le théâtre avant l'expédition d'Egypte.

Yarrive enfin à l'opinion de ceux qui prétendent que l'expédition en Egypte des Français et des Anglais, en 1798-1801, a donné lieu à l'importation de ce fléau en Europe, et que par sa propriété éminemment contagieuse il a fini par euahir presque tous les pays de notre partie du monde, sans jamais quitter le terrain où on lui a laissé le temps de se fixer. C’est à M. Decondé que revient le Stand mérite d’avoir éclairé d’une manière presque irréfragable les conditions quese rattachent à cette filiation. Je me range à son opinion, comptant ce mal parmi ceux qui nous sont venus par migration de l'Est vers l'Ouest, à l'exemple

(1) Marrre-Jax. Traité des maladies de l'œil. Paris, 1740. p. 477.

d’une foule d'autres maladies, telle que la peste, la variole, la rougeole, 1 choléra, etc.

Pour sa fréquence, il suffit de savoir que l’adéno-conjonctivite spécifique rà dans les Indes orientales comme dans les Indesoccidentales, en Asie et en Afrit comme en Amérique, et que depuis son apparition en Europe, au début de 1! siècle, elle s’y est tellement répandue, qu’à présent la Norwége, l’île de Rs lande et les Farôer sont peut-être les seuls pays qui en soient encore exempt

SIL. — Causes.

Le point principal de l’étiologie de cette étrange affection se borne donc fait important qu’elle est due à un principe contagieux de nature spéciale# car, Sans Contagion point d’ophthalmie militaire, celle-ci ne se produisa jamais spontanément dans nos contrées. Cet agent, on est en droit de la peler spécifique, vu sa propriété de provoquer toujours la même maladie s0 la même forme caractéristique. Mais, comme tous les individus ne la contractént nullement parle seul fait qu’ils sont exposés à son action, il s'ensuit que, pt la contracler, ils doivent y être prédisposés. Puisqu'il s'agit donc de causes prédisposantes, j'ajouteraiici les observations qu'on à été à méme de faire souk ce rapport en Danemark. (

D'abord je dois faire remarquer que les recrues, ici comme ailleurs, se sonf montrées chez nous très disposées à en être affectées. Leur arrivée aux ge 4 pisons, à la fin du mois de mai, jointe à l'influence bien constatée de la saison des chaleurs, n’a cessé de contribuer à l'extension du mal pendant l'été: La contagion du mal à donc cela de commun avec celle de tant d’autres maladies coutagieuses, qu’elle agitde préférence sur les nouveaux venus, la suscepuibil d'en être pris s'émoussant au contraire de plus en plus chez ceux qui yon été exposés depuis longtemps.

Quelquefois J'ai fait l'observation que l’état d'irritation des yeux, prove é de quelque manière que ce soit, de même que l'ophthalmie catarrhale la plu légère, se manifestant dans un corps de troupes où règne l’ésyptiaca, subit peu de jours une modification de nature à les transformer en es s granuleuses les plus prononcées. Ailleurs on a fait ia même observation so les mêmes conditions. M. Eble explique par cette raison la rareté de l ophthal- dmie catarrhale pure dans les lieux où a regné longtemps l’ophthalmie cote tagieuse. k

On a constaté chez nous, de même que dans d’autres pays, l'effet nuisible des gardes pour les soldats. En effet, elles produisent un état de congestion ( | à d'irritation des yeux qui prédispose éminemment les hommes sains aux effet de la contagion, et aggrave le mal de ceux qui en souffrent déjà au point provoquer parfois la “blennorrhée là où auparavant il n'existait qu’à son pré mier degré. Il en est de même des exercices et des marches forcées, bien a | à un mont e degré.

Dans notre armée, on n’a eu Re d'attribuer aucune influence pr ductrice ni aux vices de l’uniforme, dont le collec est agrafé comme ailleurs; mais échancré, ni au shako, dont le rebord se distingue cependant paru. degré assez considérable de résistance et de dureté. Au corps de grenadieliss de la garde, dont je dirige le service sanitaire, les hommes n’ont pas seule” mement le collet de l'habit bien agrafé, mais dans le service ils portent po Î coiffure ua bonnet à poils d'ours assez lourd, et hors du service un bonnet de police sans visière. Bien que ce corps de troupe appartienne à ceux de la. garnison de Copenhague qui ont été le plus désolés par le mal, je n'ai cepe

dant aucune raison de faire entrer la coiffure parmi ses agents producteurs, | Au commencement de 1855, sur un effecuif d'environ 400 hommes, il y eut 110 |eranulés ophthalmiques : à présent, après deux années révolues, il n'en reste

que 10. Or, celte amélioration s’est opérée sans qu'on ait fait le moindre |changement à la coiffure des soldats. C’est aux visites fréquentes des yeux, au \uraïlement des malades, tant à l'hôpital qu’à la caserne, et aux améliorations des conditions hygiéniques, qu'est dû l’heureux résultat qui est venu cou- |ronner mes efforts. Pour la constriction du cou, j’ajouterai qu’en traitant ces malades j'ai observé plus d’une fois-qu’un col serré et agrafé nuisait beau- | coup à la guérison; je ne cesse donc d’y faire attention. s

| Enfin, je dois mentionner ici la singulière prédilection de l'œil gauche pour cette affection, prédisposition qui fait qu’il s’affecte non-seuiement plus tôt, mais aussi à un degré plus élévé que le droit, bien qu’ordinairement les deux yeux soient pris en même temps. Celte observation, qu'on a faite assez généralement ici, est saus doute bien propre à éclairer le diagnostic au début, notre mal affectant à son premier degré une certaine analogie avec le catarrhe oculaire, qu'il est impossible de méconnaître. Mais cette disposition se déclare faussi d’une autre manière, encore plus saillante. Si, en effet, le malade a été assez malheureux pour perdre l’un des yeux, c’est le plus souvent l'œil gauche quia subi la destruction, et s’il a perdu la vue des deux veux, c'est encore Île gauche qui a été le plus complétement détruit : dans des cas de ce genre, il nereste quelquefois du globe de cet œil qu’un bien petit moignon, pendant que le-malade conserve encore, à l'œil droit, les traces de diverses parties du globe. Je ne saurais nrexpliquer cette bizarrerie pathologique qu’en y appliquant l’ancienne doctrine de l’infériorité du côté gauche du corps humain, doctrine dont nous sommes à même de constater la justesse dans une foule d'autres maladies.

$ LEE. — Anatomie de la conjonctive palpébrale; lésions anatomiques.

Avant d'aborder la description des symptômes et des diverses formes du mal, difficiles à bien faire ressortir sans la connaissance parfaite de la con- Ljonetive à l'état normal et de l'origine des différentes lésions anatomiques qu’il |détermine, j'ai quelques observations à présenter sous ces rapports.

La conjonctive se compose d’un épithélium très mince, d’un chorion d’une épaisseur variable et d’un tissu cellulaire sous-muqueux, tantôt très serré el Wès court, Lantôt d'une laxité extrême. L'épithélium, inorganique qu'il est, {ue-participe pas au travail d’exsudation qui constitue l'essence de l'affection quinous occupe. La seule altération qu'on y observe est la plus ou moins grande rapidité avec laquelle les cellules épithéliales se remplacent. Plus le wavail morbide prend le caractère aigu, plus vite elles se renouvellent, bien quelles laissent quelquefois le chorion complétement à nu. Le chorion, au contraire, mérite une attention toute particulière, d'abord à cause de son Corps papillaire, ensuite par rapport à l'appareil glandulaire qu'il renferme.

Une foule d'auteurs se sont depuis longtemps évertués à éclaircir la vature ebles propriétés du corps papillaire ou villeux de la conjonctive palpébrale : OA fini par n’y voir autre chose que des prolongements du chorion, revétus d'épithélium, semblables, sous plus d’un rapport, aux villi de la membrane muqueuse de l'intestin grêle. Ou est également d'accord maintenant sur ce point que cette disposition anatomique du chorion ne se trouve que dans la

région tarsienne, s'étendant environ à une ligne ou une demi-ligne au-delà de son bord orbital.

C’est, en réalité, à la dégénération des papilles de ce corps que sont duc les granulations qu'on rencontre pendant le cours de plusieurs conjonetiviu Le des paupières. Dans l’ophthalmie militaire, elles deviennent le siége d’un tre vail d’exsudation et ne tardent pas à se développer de plus en plus, le plasm | s'orgauisant dans leur intérieur avec la plus grande facilité, de manière prendre en fin de compte les formes les plus diverses. Au début cependai avant que l’exsudation se soit organisée, l’épithélium est quelquefois ellemes distendu par le fluide, qu’elles offrent la plus grande ressemblance avec le granulations vésiculeuses ou glandulaires. Ces papilles, en apparence és Culeuses, s’ert distinguent,pourtant par un aspect opalin ou de porcelaine, qu celles-[à ne revêtent jamais. De là, très-probablement, l'erreur commise par plu sieurs auteurs, qui rapportent avoir vu les granulations vésiculeuses dan la région tarsienne, qui, disent-ils, en était comme hérissée dans quelque cas rares. Si, avec la pointe d’une aiguille, on ouvre une telle granulatio papillaire, qui affecte la forme ÉsiTulen El on s'étonne de ce que, dans la plu part des cas, il ne s’en échappe pas de liquide ; que la papille au contra reste érigée, soit que le plasma se soit déjà organisé, soit que les aréolesd son stroma le retiennent.

Toutefois, ce n’est que dans les cas plus avancés de l’ophthalmie militaït que les papilles subissent une dégénération aussi profonde, et ce sont surton celles des paupières supérieures qui y sont le plus sujettes. En général, les gr nulations papillaires restent petites, acuminées , très rapprochées les unë des autres, et ont un aspect charnu, ce qui leur a valu le nom de gra tt charnues. Je préfère appeler papillaires, les granulations vésiculeuses ou glan dulaires pouvant de même subir la transformation charnue.

Il est vrai qu'une dégénération du corps papillaire, telle que je viens de h décrire, accompagne l’ophthalmie militaire dans la plupart des cas ; mais elle n'en constitue pas pour cela le symptôme essentiel ou pathognomonique: At début, en effet, le trachôme peut exister sans la moindre affection ou le moitie dre développement morbide du corps papillaire, ce que j'ai vu maintes fois; @ les granulations papillaires à leur tour peuvent, à n’en pas douter, SC montré dans le cours de toute espèce de conjonctivite palpébrale devenue chroniqué Quoi qu’il en soit, on n’a pas à s'étonner que ces conditions aient trompé Des praticiens peu familiarisés avec les signes parfois ambigus de notre mal. + 4

Mais le chorion renferme dans son tissu un appareil de sécrétion qui, par SOIN importance, mérite toute notre attention, à savoir les glandules vésiculeuses OU muqueuses (glandulæ cystiformes ou mucosæ).

Déjà très anciennement, les anatomistes avaient reconnu que la muqueust de Pœil ne possède pas de cryples muqueux, de petites glandes ouvertes, set blables à celles d’autres membranes de la même espèce, et versant à la surface par leurs ouvertures un mucus sécrété. En excluant ces corps de la compos tion anatomique de la conjonctive , la nature a sagement empêché que n@ yeux se remplissent à chaque instant de ce fluide, exposés qu'ils sont à toul espèce d'irrilation venanc de l'extérieur. Quelques auteurs sont même allé jusqu'à dénier absolument la présence, dans la conjonctive, de toute glar 1d muqueuse proprement dite ; parmi eux se trouve M. Eble. Cet auteur qui ses beaucoup occupé de l'anatomie de cette membrane, déclare nettement que,e dehors des glandes meibomiennes et des glandes sébacées dont se composel caroncule lacrymale, il n’en existe pas (1). M. Sappey, qui a publié deruièré

(1) Burcnann Es. Ueber den Bau und die Krankheilen der Biudehaut des Auges. Wien, 1828 page 48.

| ment une description fort intéressante des glandes des paupières, ne fait pas mention des glandes cystyformes dont il s’agit ici. Les corps glanduleux que cet auteur décrit sous le nom de glandes muqueuses ou sous-conjonctivales, sont évidemment des glandes sébacées, appartenant à l'espèce des glandes racémeuses, et se distinguent aisément, tant par leur structure entièrement différente que par le conduit excréteur dont ils sont pourvus (1). Il paraîtrait que Phonneur d’avoir découvert ces glandes reviendrait aux anatomistes allemands, et que M. Krause les aurait vues le premier.

Quoi qu'il en soit, les glandules cystyformes dont j'ai à m'occuper forment detrès pelits Sacs, qui ne sont appréciables à la vue, dans la plupart des cas, qu'au moyen d’une bonne loupe ou du microscope; ils sont d’une forme ronde ouwovoide et d’une couleur blanchâtre. Ces sacs, qui représentent les glandes les plus simples, sont composés d’une membrane amorphe, très mince et trèspellucide, contenant un liquide rempli de cellules et de grains : ils ne sont pourvus ni d'ouverture, ni de conduit excréteur, et plongent dans la masse même du chorion, qui quelquefois paraît comme criblé de trous extrêmement fins à cause de la présence de ces corps diaphanes. Chez quelques sujets, on les voit proéminer à la surface de la conjonctive palpébrale, sous la forme de très petits points brillants ; chez d’autres, au contraire, ils ne proéminent pas, mais se font remarquer par de très petits points qui, vus au microscope, laissent découvrir autant de très petites fosses, au fond desquelles sont attachées leurs extrémités conjonctivales, à l’éxemple des glandes muqueuses de Peyer, qui appartiennent à la même espèce. L'autre extrémité du sac, la plus large, s'étend au tissu cellulaire sous-muqueux, quidui fournit des vaisseaux

étdes nerfs. On ne connaît pas encore au juste la manière dont ces sacs, entiè- | rement clos, font parvenir le produit de leur sécrétion à la surface de la conjoncive, soit par la rupture périodique dé leurs extrémités conjonctivales, Soit par la transsudation, sorte d’exosmose à travers les parois.

Ces corps glanduleux ont pour siége ordinaire le repli.conjonctival ou la | région rétro-tarsienne, le canthe externe et le repli semi-lunaire. Dans la région rétro-tarsienne, on les trouve ou épars çà et là sans ordre (sparsæ), ou disposés en séries l’une derrière l’autre, ou rassemblés en groupes (agminatæ) à Pinstar des glandes de Peyer. Un de ces groupes, d’une forme rhombuoïdale, se retrouve assez constamment dans la partie externe du repli, s'étendant endehors et en bas jusque dans ie canthe externe. Le pli semi-lunaire, et Suriout son prolongement supérieur, est quelquefois parsemé d’un grand nombre de ces corps diaphanes, dont la présence se fait d'autant plus remarquer que la blancheur de la sclérotique sous-jacente relève leur pellucidité. Mais on en trouve de même, bien qu’en très petit nombre, dans le lac lacrymal, à la surface de la caroncule lacrymale, et dans la périphérie de Ia conjonetive bulbaire. Il y a des auteurs qui pensent qu’on en trouve aussi dans la région tarsienne, entremélés aux papilles du corps papillaire. Sans vouloir le contester, bien que je ne les aie jamais observés en cet endroit, il est probable qu'ici on les a confondus avec les papilles vésiculeuses ou la dégénération du corps papillaire que j’ai mentionnée plus haut. Tous les auteurs sont d'accord sur la rareté de ces glandes dans la conjonctive du bulbe de l'œil : pour ma part, je n’en ai vu qu’un seul exemple. Dans ce cas, j'ai observé deux petites vésicules siégeant à une distance d’environ deux lignes du hord de la cornée, Quand elles affectent ce siége, elles se distinguent des phlyctènes,

(1) Sarre. Recherches sur les glandes des paupières ; Gazelte Médicale de Paris, 5e série, L VU, p. 598, 1854.

appartenant à l’ophthalmie catarrhale ou scrofuleuse, par labsence

tout symptôme subjeeuif, par le manque absolu de vaisseaux sanguins & pourtour, par leur persévérance et leur extrême exiguité. Il n’en existe ps uon plus sur la cornée. Les phlyctènes de cette membrane, si fréquentes lan le cours de l’ophthalmie militaire aiguë et subaiguë, ressemblent parfoi beaucoup aux granulations vésiculeuses des paupières. Cependant, ce SON des exsudations siégeant sous la couche épithéliale de la cornée, dont el dénotent toujours l'affection plus ou moins profonde; elles se rompent tm vile et se transforment en ulcères superficiels, ce qui n’arrive pas aux gran lations vésiculeuses de la conjonctive des paupières, qui ue se rompent pasÆ ne dégénèrent jamais en ulcères.

Les glandes vésiculeuses de la conjonctive président à la sécrétion d'u fluide, ren l'entretien dans l’état normal est de la plus grande importanc pour la conservation de la vue. A l'état sain, leur contenu se mêle intimemen aux larmes, ainsi qu’à la sécrétion séreuse de la surface conjenctivale, produit par ce mélange un fluide qui maintient admirablement le poli de cornée, de même que la souplesse de la coujonetive. La nature donc, & refusant aux cryples mucipares, proprementdits, l'entrée dans la compositio: anatomique de cette membrane, les a remplacés par un appareil de sécrétio entièrement propre au but qu elle s’est proposé d'atteindre. Ainsi, pour €Q u server la vue des individus qui souffrent de l’ophthalmie militaire, rien o4 plus urgent que d'éviter la destruction de ces corps. Si cela arrive, née | INOÏnS, par l'usage imprudent des caustiques, la conjonctive pal pébrsl 0 1 Larde pas à subir” une perte de substance irréparable; elle se resserre, se ral tine, se ride, se sèche, et finit par présenter cet état que nous connaissons sous le nom de xerophthalmie et qui, tôt ou tard, pourra conduire à l’obseu cissement de la cornée.

Or, ce sont ces petites glandes qui font la base des granulations dite vésiculeuses ou primitives. a: cause de celie origine, j'aimerais mieux appeler 6 glandulaires, pour les bien distinguer des grauulations papillaires, Saisies d’une inflammation latente et spécifique, ces glandes constituent, € réalité, le point de départ de l’ophthalmie militaire; el, en propageantl phlogose au tissu propre de la conjoncuve, leur affection provoque d'emblés ou plus lentement tous les phénomènes qui caractérisent ce mal. à

Ce qui précède nous explique la grande difficulté d’extirper l’ophthalmie militaire d’un corps de troupes où ce mal s’est déjà fixé. D'abord l’adénos conjonctivite latente peut exister longtemps chez un grand nombre soldats sans que personne y fasse attention, et sans qu’elle produise de symptômes morbides bien apparents; et puis il s’agit de modifier, paru trailement quelconque, la vitalité de ces corps de manière à ce que let affection cesse ou perde son caractère spécifique. Nul doute que ce D ne Soil quelquefois très difficile à atteindre, tant à cause de leur siége relin que parce qu’ils sont clos, ce qui empêche d'agir directement sur la face sécrétante elle-même.

Je ne saurais terminer ces remarques anatomiques sans appeler |’ attentic sur le rôle important que jouent dans cette affection les nerfs, et surtout ganglion ophthalmique ou ciliaire. Ce ganglion est du nombre de ceux qu appelle mixtes, recevant des nerfs du système nerveux de la vie animale de celui de la vie végétative. En effet, il reçoit un rameau de la troisièu paire de nerfs cérébraux, qui est purement moteur, un autre de la ciuqu ièun paire, qui est principalement du domaine de la sensibilité; un troisième fourni par le plexus carotidien. Par ces puissantes sympathies, uous pouvol

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| nous expliquer les divers étais d’irritation, de congestion et de phlogose dans les” parties internes du globe de l'œil qui se produisent avec tant de facilité, lorsque les paupières supérieures sont hérissées de granulations papillaires | dures et irritantes, et pourquoi, dansune foule de cas, nous sommes en état de les faire cesser par un traitement approprié, dirigé contre ces granulations. | Elles nous expliquent encore l’affaiblissement de la vue, si souvent accusée | parles malades, puis l’amaurose, l’hydrophthalmie du segment antérieur et | du segment postérieur de l'œil; enfin, la paralysie complète ou incomplète des | muscles moteurs des paupières et du globe de l'œil, suites possibles de cette | affection.

$ IV. — Symptômes : formes de la maladie.

L'ophthalmie militaire diffère beaucoup, au point de vue phénoménologique, non-seulement par sa marche, qui peut revêtir le caractère chronique, subaigu ou aigu, mais encore sous le rapport de sa forme.

Dans la grande majorité des cas, elle débute par les granulations vésiculeuses, dites primitives, ne donnant lieu à aucun symptôme subjectif de | quelque valeur, eu n'étant accompagnée d’aucune altération appréciable de la sécrétion normale. Ces granulations peuvent même se transformer lentement en granulations solides et confirmées, sans changer la face des choses à cet égard. C'est pour ce même motif que quelques auteurs ont dénié la nature inflammatoire du mal à ce premier degré. M, Wassérfuhr vient d'émettre cet avis. Il serait évidemment absurde de ranger l'ophthalmie militaire, existant àce degré, parmi les blennorrhées oculaires. Ce n’est que plus tard, le mal venant à s'aggraver, que des phénomènes inflammatoires patents, accom- | pagnés d’une sécrétion plus ou moius altérée, lui prêtent le caractère blenuorrhagique.

Dans des cas rares, l’ophthalmie militaire, sans que nous en connaissions laraison, ne débute pas par lesdites granulations primitives : c’est dans ces | cas la forme catarrhale qu’elle choisit, et qu’elle conserve dans son cours, | parfois sans jamais présenter de granulations. Il y a aussi des cas, quoique | certainement très rares, dans lesquels elle débute d'emblée sous la forme | blennorrhéique, la contagion saisissant pour ainsi dire tout d’un coup la conjonetive dans sa totalité. Je vais m'occuper de ces trois formes, qui ne sont en réalité que trois phases du même mal. .

À: Forme trachomateuse; sycosis ; palpebra ficosa ; trachôme.— Dans la région rétro-tarsienne des paupières, on découvre, à l'œil nu, un plus ou moins grand nombre de granulations glandulaires à l’état vésiculeux, transparentes ou | cristallines, disposées en séries, en groupes, ou éparses çà et là sans ordre, et ordinairement en plus grand nombre à l'œil gauche qu’à l'œil droit. Au | reste, la coujonctive palpébrale conserve son aspect normal, queiquelois elle est même plus pâle que de coutume; d'autrefois on découvre quelques vais- Seaux très déliés qui lui prêtent une teinte legèrement rosée. En renversant lä paupière supérieure, on trouve le plus souvent à ce degré la conjonctive parfaitement saine, si ce n’est au pourtour de la région tarsienne, dont le bord orbital se fait remarquer par une rougeur légère. La conjonctive du repli Supérieur est lisse, d’un rose pâle; on n’y découvre habituellement pas la moindre trace de granulations vésiculeuses. La sécrétion n'offre rien d’anormal, et le malade n’accuse aucun symptôme subjectif : parfois il ressent un Lrès léger prurit aux bords des paupières.

Maintes fois le mal s'arrête là, sans faire de progrès ; il reste même station-

uaire pendant longtemps sous cet aspect en apparence inoffensif : les granulations vésiculeuses disparaissent même parfois d’elles-mêmes, pour reveni quelque temps après, ou pour ne jamais reparaître, ce que j’ai observé assé souvent dans le corps de troupes dont le service m'est confié. { Quand le mal va en s’aggravant, la caroncule et le repli semi-lunaire commen cent à rougir et à s’engorger, imprimant à la physionomie un cachet tot particulier, pour ne pas dire caractéristique : en même temps, la conjoneth palpébrale s’épaissit un peu, s’injecte, et les granulations vésiculeuses s’agraf dissent en prenant une teinte jaunâtre tirant sur le rouge. Quelquefois de yeux se remplissent facilement de larmes, à la moindre occasion, et unewr légère boursoufilure œdémateuse se fait remarquer le long des bords libre externes des paupières supérieures. À ce moment, les granulations papillair out aussi commencé à se développer dans la région tarsienne des paupière inférieures: elles sont très petites, se montrant au début sous la forme d'u ruban d'un rouge très vif, et large de deux lignes environ, le long du bor libre desdites paupières. En renversant celles-ci, on trouve quelquefois dat leur repli ou dans le sillon oculo-palpébral quelques filaments de mucus d’ur couleur blanchâtre, qui, soumis au microscope, laissent déjà découvrir de ulobules de pus. Aux paupières supérieures, les régions tarsiennes sont devenu un peu rouges, néanmoins sans développement notable des papilles : seu went, leur bord orbital est hérissé de granulations papillaires très fines, qi augmentent de nombre et de volume vers les deux canthes de l’œil. La con jonctive du repli supérieur est encore lisse. Avec ces altérations, les symptômes subjectifs peuvent manquer tout à fai ou à peu près. Néanmoins, on ne peut pas se fier sous ce rapport au dire di soldats, la plupart d’entre eux niant à dessein toute sensation morbide dan les yeux, afin de se dérober aux soins du médecin : ne souffrant du mal qu ce degré, ils répugneut presque tous au traitement, 1ls ne s’y soumettent moins qu’à regret, et ne craignent rien {ant que d’être séparés de leur com pagnie. Cependant, quelques-uns m'ont assuré qu’à ce degré ils éprouvaient# déjà quelques symptômes subjectifs, tels que la sensation de sable sous les" paupières supérieures ou quelque léger sentiment de pesanteur dans celles= le matin : parfois ils accusent un peu d’affaiblissement de la vue , surtout soir. Quelques officiers, ainsi que les dessinateurs du grand état-major de not armée, que j'ai traités pour ce degré du mal, ont suffisamment confirmé« que je viens de dire.

Ce qui précède rend fidèlement les phénomènes du mal observé parmi n0S soldats, à son tout premier début. Si l’on ne fait rien pour lutter contre Cet état, il ne tarde pas à se répandre avec une frappante rapidité, revétant peu peu les symptômes caractéristiques de l’ophthalmie granuleuse. ÿ Or, ce premier degré du trachôme, est l’état chronique du mal, et je disu ceux qui en souffrent, qu'ils sont « légèrement affectés. » Dans un corps« troupes où règne l’égyptiaca, la plupart des malades appartiennent à celle call gorie. Je suis profondément convaincu que l'affection, même à ce degré lége où les conjonctives ne secrètent presque pas, se propage par contagion surtout par l'infection de l'air.

Le mal ayant atteint ce degré de développement, il ne faut que l’action d'u cause occasionnelle quelconque pour que la phlogose s’exaspère promptemier et donne lieu à l’exsudation d’un plasma plus ou moins considérable dans tissu de Ja conjonctive elle-même et dans le tissu cellulaire sous-muqueuxs Parmi ces causes, je citerai : l'exposition de la tête nue et couverte de sueul L un courant d’air pénétrant; une garde de nuit en faction dans un temps froid et

pénétrer ni l'orgine ni la nature. C’est à coup sûr l'influence de cet agent puissant qui fait que rien n’est plus variable que l’état des yeux des soldats lun-corps de troupes, soumis aux visites périodiques du médecin. Quoi qu'il bnsoit, l'essor ayant élé imprimé par quelque cause que cesoit, la conjoncuive >alpébrale s'engorge peu à peu, prenant une teinte très rouge qui tire quelque- Loisun peu sur le bleuâtre; les granulations glandulaires, qui jusqu'ici s'étaient maintenues à l’état vésiculeux, perdent leur pellucidité et deviennent de plus “plus rouges et charnues, en même temps que le corps papillaire se déve- 'oppe avec une grande rapidité aux deux paupières ; et enfin la surface granuleusé devient la source d’une sécrétion plus ou moins abondante de nature \queuse (hydrorrhée), ou muqueuse (phlegmatorrhée), ou purulente (pyorrhée), jui, soumise ou microscope, contient toujours un plus ou moins grand nombre teglobules de pus, quel qu’en soit d’ailleurs l'aspect. Les glandes meïbomiennes participant dès lors à l'affection profonde de la conjonctive palpébrale, les bords libres des paupières sont agglutinés le matin. Le malade accuse souvent ne sensation de pesanteur fort désagréable dans les paupières supérieures

sympathie des nerfs moteurs), et parfois il ne peut plus les soulever entièrenent, d'où vient l'air somnolent qu'ont quelques-uns de ces malades , de même accuse un sentiment plus prononcé de gravier sous les paupières et une értaine faiblesse de la vue, bien qu’il n’y ait encore ni photophobie, ni injecion ou affection du bulbe à proprement parler; on remarque seulement à la ornée un certain aspect mai ou vitreux, et le blanc de l'œil est parcouru de uelques vaisseaux déliés qui rampent de la périphérie vers le centre. En renversant la paupière supérieure, on trouve toute la région tarsienne recouverte une conjonctive épaissie, mate, granuleuse et très rouge, sécrétant un mucns | “isqueux. Le plus souvent le épi supérieur est RTS et plissé en plusieurs Lens, mais lisse ou un peu villeux à sa surface, sans granulations.

| Dans quelques cas, très rares à la vérité, il est plein de granulations glanulaires à l’état vésiculeux ou charnu, disposées en séries, et d’une dimension plus-grande que celles des paupières inférieures, la série la plus proche du “lobe entourant celui-ci en forme de chapelet. La caroncule lacrymale s’est 1ussi développée considérablement, mais surtout le pli semi-lunaire, dont le prolongement supérieur, revêtant la forme d’un large ruban rouge qui couvre ebulbe, se montre parfois comme parsemé d’une foule de granulations glan- Mulaires à l'état vésiculeux, laissant transparaître le blanc de la sclérotique. mesure que la conjonctive palpébrale s’engorge et s’épaissit, on remarque Huela fente des paupières se rétrécit, et qu’extérieurement les paupières, surloutles inférieures, se tuméfient à raison de l’altération de leurs surfaces internes.

L'état que je viens de décrire, je l’appellerai la forme sub-aiguë du mal, ou le deuxième degré du trachôme,

Paffection s'aggravant encore de manière à atteindre la forme aiguë et sur=aigué, tous les phénomènes s’exaspèrent ordinairement tout d’un coup: le malade accuse dans le bulbe de l’œil et dans la tête des douleurs qui s’accroissent d'heure en heure, accompagnées de photophobie et d'une sécrétion bondante qui, summum de l’état inflammatoire, se distingue par son carac- ‘ère séreux et brûlant. En même temps, la conjonetive dun bulbe s'engorge, Pnlourant la cornée d’une tumeur chémosique, qui s’avance de plus en plus "ers son centre et peut finir par l’ensevelir presque tout à fait. Le même

travail exsudatif s'étendant au tissu cellulaire sous-muqueux et aux «is mêmes de la paupière supérieure, donne lieu à une tumeur de celle-ci d rouge foncé, qui s'accroît parfois de telle sorte qu’elle ferme entièrement fente des paupières et empêche l'écoulement de la sécrétion brülante. Pé trant enfin tout le tissu de la conjonctive et soulevant son épithélium di toute son étendue, il fait disparaître les granulations tant papillairesM glandulaires, de manière à produire une boursoufflure unie, charnue et rouge, qui s'étend du bord libre des paupières jusqu’à la fosse centrale, dan fond de laquelle se cache la cornée, recouverte d'ordinaire d’un amas de. coagulé. Ce sont là les phénomènes assez connus de l’acutus purulentus, ne finissent que trop souvent par la kératomalacie, la perforation de la cor et l'expulsion des humeurs de l'œil. Le mal ayant été combattu par un tra ment énergique, il reste pour longtemps dans la conjonctive palpébrale* boursoufilure rouge et flasque, qui se plie en plusieurs sens. A fur et à mes que la membrane revient sur elle-même, en récupérant sa Lonicité, les gra lations reparaissent et rendent à sa surface l'aspect caractéristique. Cette@ ration se fait plutôt aux paupières supérieures qu'aux inférieures. premières les granulations papillaires se distinguent par leur développeme leur aspect lardacé et leur grande opiniâtreté.

Avant de terminer la description du travail trachomateux, j'ajouterai@ dans quelque cas, j'en ai observé l'interruption brusque, suivie de la dispi tion plus ou moins complète de tous ses phénomènes, à la suite de malat de nature aiguë, telles que le typhus, la pneumonie et la scarlatine. À mes que se développent ces maladies intercurrentes, l'affection oculaire s’évanot de telle sorte qu’on croirait qu'elle n'existe plus. Dans deux cas de ce gen cependant, la conjonctive palpébrale, en apparence normale, recélait une fe de granulations glandulaires à l’état vésiculeux, se présentant dans le inférieur sous la forme de très petites perles cristallines : le mal intercurn étant dissipé, le trachôme reprit de nouveau, de sorte que, peu de temps apr il avait atteint le même degré qu'auparavant. Chez le troisième, affecté dt fièvre scarlatine, le trachôme, bien que très opiniâtre et très chroniqg disparut entièrement. À mon sens cette observation, qui a déjà été faite d'autres, est bien propre à confirmer la valeur pathologique des granulatit vésiculeuses dites primitives, comme le tout premier début en germe cette forme de notre mal, et à faire apprécier à sa juste valeur l'expérien e de plusieurs médecins distingués relative à l'apparition alternative et à l’excl réciproque de l'ophthalmie militaire et du typhus des camps, observée s tout dans l’armée prussienne, lors de la campagne de 1813.

B. Forme catarrhale. — Quand on inspecte les. veux des membres d'une r nion quelconque, dans laquelle l’égyptiaca règne depuis quelque temps, « trouve toujours quelques- uns dont la conjonctive palpébrale souffre di manière toute particulière. Elle présente, en effet, une surface plutôt tom teuse que villeuse, et d’un rouge qui, assez souvent, tire un peu sur le bleuà

sans-qu'on y observe la moindre trace de granulations, et en même ter la caroncule lacrymale, ainsi que le pli semi-lunaire, sont le siége d’un gorgement caractéristique. Il est rare que la conjonctive du bulbe y partiel quand cela arrive, elle estun peu plus vasculaire que de coutume. Cette a tion singulière ne ‘donne le plus souvent lieu à aucun symptôme subjectif :} fois le patient accuse une légère faiblesse de la vue, dans lequel cas elle8 compagne d’une légère blennorrhée chronique. |

Cet état se distingue du catarrhe commun de la conjonctive par sa chronh cité, par le manque presque absolu de symptômes subjectifs qui, au contraire

outtrès manifestes dans l’ophthalmie catarrhale, et enfin par son extrême )piniätreté ; le traitement ordinaire, qui combat celle-ci en très-peu de temps, bestant ici tout à fait impuissant.

Hlest probable que les granulations glandulaires à l’état vésiculeux en ont récédé le développement, sans qu’on y ait fait attention. L’analogie et l'expéjence parlent au moins en faveur de cette présomption. La circulaire de l’étatmajor médical de l’armée autrichienne, du 14 août 1850, qui reconnaît l’exisence de cette forme du mal, émet le même avis à cet égard. Dans quelques asde ce genre, j'ai observé la formation des granulations après un état stationdire, de durée variable, de manière que la transition au trachôme bien caracérisé fût suffisamment constatée.

C. Forme blennorrhoïque, blennorrhée. — D'après ce qui précède, il y a donc es états de ce mal où la conjonctive ne secrète pas, bien qu’elle soit garnie de branulations, ou le siége d’un boursoufiflement plus ou moins considérable. Dans la forme blennorrhoïque, au contraire, la conjonctive est le siége d’une écrétion morbide de différentes qualités. Or, parmi les cas de cette catégorie, IMfaut rauger tous ceux qui, débutant, soit comme trachôme, soit comme ca- Ararrhe, ont fini par devenir blennorrhoïques. Mais, indépendamment de ceux-ci, ontrouve quelques cas, assez rares à la vérité, où l’action du principe contaieux a provoqué tout d’un coup une phlogose intense qui, s'étendant à la conjonetive entière, présente de prime abord tous les phénomènes de l’ophthalmie urulente la plus aiguë, sans avoir été précédée d’aucune altération conjonctifale appréciable, notamment ni de granulations vésiculeuses, ni de catarrhe. Le-mode de début leur a valu le nom de blennorrhée d'emblée. J'en ai vu des fexemples parmi nos troupes, et dans deux cas je les ai vus parcourir leurs phasessans qu'elles s’accompagnassent jamais de granulations aux paupières. Sous ce rapport, mon expérience s'accorde donc avec celle de M. Hairion (f).

Si, d'après les vues de plusieurs auteurs allemands, nous entendons maintenant par {rachôme tous ces cas plus communs, dans lesquels le mal résente le caractère essentiellement chronique, la sécrétion morbide ou manquant absolument, ou n’y étant que pour peu de chose, et que nous établissions.à côté de lui le catarrhe et la blennorrhée comme deux autres formes, identiques quant à la nature, mais différentes quant aux phénomènes, il sera sans doute très intéressant de savoir les relations de fréquence que présentent entre elles ces trois formes du même mal. En observant les malades de notre armée, j'ai en vain tâché d’en acquérir des notions précises. M. Gulz de Vienne, aucontraire, qui à été membre civil de la commission de recherches de 1850, emAutriche, ayant pour mission d’inspectcr les yeux des troupes cantonnées enGallicie, nous à transmis à cet égard d’intéressants éclaircissements. II évalue;en effet, le nombre de ceux qui présentaient la forme trachomateuse à 75, lemombre de ceux qui souffraient de la blennorrhée à 15, et le nombre de ceux quiétaient affectés du catarrhe à 10 pour cent. Là la forme catarrhale fut donc laplus rare, ce qui s'accorde très bien avec l'expérience d'ici (2).

Jai déjà dit qu'ordinairement les deux yeux souffrent en même temps : ajouterai que je n'ai vu que très peu de cas dans lesquels un seul œil souf- Îibsans que l’autre fût affecté; et, dans ce cas même, c'était presque toujours legauche. Ici je dois faire observer que si daus ces cas, très rares en effet, où Pun des yeux seulement semble souffrir, on regarde de bien près au moyen

(4) Hairion. Considérations pratiques et recherches expérimentales sur Le traitement de l'ophlhalmie qui règne dans l'armée belge, 1839, p. 21.

(2) Guuz. Die sogenannte egyptische Augenentzündung, oder der Catarrh, die Blennorrhoe uid das Trachom der Bindehaut ; Wien, 1850, p. 11.

d'une bonne loupe la conjonctive palpébrale de l'œil réputé sain, on trouve celle-ci plus ou moins hérissée de ces petites vésicules transparentes ou CS" tallines, qui, à coup sûr, plus qu'aucun autre signe, nous font connaître let premier début du trachôme. Je m'en suis persuadé assez en observant pl sieurs cas de ce genre.

Dans ce qui précède, on trouvera, je pense, une description fidèle formes que le mal à revêtues en Danemarck depuis son importation en 183 Notre climat ne paraît avoir exercé aucune influence pour en modifier le cara tère; en lisant au moins les observations qui nous ont été transmises y M. J.-B. Müller à l’égard de l'épidémie de Mayence en 1818, j'y reconm tous les caractères de notre mal. Les remarques qu’il a faites sur sa mare latente et insidieuse, ainsi que sur sa contagiosité à tous les degrés, sk cordent parfaitement avec ce que nous observons ici. Si jusqu’à présent mt ne comptons guère qu'une trentaine de soldats qui en ont perdu la vue dË œil ou de tous deux, c’est que la maladie nous est arrivée en temps de paix qu’une fois éclairé sur le danger qui menaçait notre armée, le ministère dé guerre de notre pays a su prendre de sages mesures pour le dompter.

$ V. Marche; durée; terminaisons; pronostic.

Rien n’est plus variable, plus inconstant que la marche et la durée“ ce mal.

Pour le trachôme du premier degré, les granulations vésiculeuses ou primi tives peuvent persister sans variation, des mois, même des années, mais ele peuvent aussi disparaître d’elles-mêmes en peu de jours. Guéris en quelqu semaines par un traitement approprié, elles peuvent se montrer de nouveà après un espace de temps plus ou moins long, mais elles peuvent aussi av@ disparu pour toujours. Ces vésicules peuvent donc rester très longtemps st tionnaires et revêtir le caractère le plus inoffensif, sans jamais se développ@ ultérieurement, sans jamais subir la transition à l’ophthalmie proprement dite; d’autres fois, siégeant pendant deux, trois ou quatre semaines sur un conjonctive normale, on les voit se transformer en saillies charnues, et peu peu faire place à l’état granuleux le mieux caractérisé; et d’autres fois enfin elles se sont à peine montrées, que déjà elles entraînent après elles l’appañi tion de l’ophthalmie la plus intense. Ces variations, dans l’existence et la valeur pathologique de ces corps sont, on ne saurait en disconvenir, bien propres” ébranler les convictions des médecins qui n’ont pas l'habitude d’observem | mal dès son premier début, ni d’en poursuivre le développement à ses diver ,

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degrés. De pareilles considérations ne tardèrent pas non plus à se faire jot parmi les médecins de mon pays, dont quelques-uns ont fini par penser qu lesdites granulations primitives ne constituent nullement le germe ou le Lo& premier “début du trachôme; qu’on ne doit tout au plus les considérer qi comme une espèce d’aberration de nutrition de quelque élément anatomique de la conjonctive, ou comme un état purement physiologique à l'instar di taches de rousseur de la peau, et qu’enfin on les aurait bien certainemel observées chez nous avant l'époque de 1851, si, en ce temps-là, on apporté la même attention à l'inspection des yeux de nos soldats qu’à p é sent. L Pleinement pénétré de la portée et de l'importance de ces objections; tâcherai de les réfuter ici par les observations qui suivent :

1° En examinant les yeux des hommes d’un corps de troupe, où le mal rè(i { depuis quelque temps, on trouvera que la moitié, le tiers ou les deux tiersd

ceux qui en souffrent portent des granulations vésiculeuses avec où sans lrougeur de la conjonctive palpébrale. Si, en même temps, on fait cette même investigation dans un autre corps de troupes, où l’ophthalmie ne s’est pas en- Lcoreintroduite, on s'étonne de n’y pas trouver un seul soldat qui en présente [même la moindre trace. Mais, le mal allant en décroissant dans ledit corps de

troupes, on ne tardera pas non plus à remarquer que le nombre de ceux qui

portent les granulations glandulaires à l’état vésiculeux, diminue aussi de plus n plus, pour disparaître enfin plus ou moins complétement. Il est donc impossible de méconnaître qu’il existe une certaine relation entre l'apparition de hophthalmie militaire et celle des granulations primitives. C’est pour ce même motifque M. Gultz, de Vienne, recommande si justement aux médecins intéressés de bien observer, en certaines occasions, les paupières de leurs soldats, apparition simultanée desdites vésicules chez un plus grand nombre d’entre eux pouvant mettre le médecin à même de prédire l'invasion d’une soi-disant épidémie de ce mal, dans le corps de troupes auquel ils appartiennent.

Mais enfin, si les granulations primilives étaient en réalité sans aucune valeur pathologique et tout à fait inoffensives, soit qu’elles constituassent un étawpurement physiologique, soit qu’elles dussent être considérées comme june aberration de nutrition de quelque élément anatomique de la conjonctive palpébrale, il faudrait alors absolument qu’on les trouvât partout, dans quel- Jqueréunion d'individus que ce fût, militaire ou civile; il faudrait qu’on les y fuouvât toujours ; enfin il faudrait que, conformément au résultat de la statistique numérique d’autres altérations de la même espèce, on les y trouvâät dans {une proportion immuable, ce qui n’est pas.

2% En visitant les yeux dans un corps de troupes où règne le mal, nonseulement on est à même de suivre pas à pas la transition des granulâtions résiculeuses à l’ophthalmie granuleuse, proprement dite, mais chez les divers individus on observe encore le mal à ses divers degrés de développement. ILes“granulations glandulaires, que chez l’un on trouve encore à l’état vésiuleux, on les trouve chez un autre sur le même endroit de la conjonctive balpébrale, mais déjà transformées en granulations confirmées ou charnues. (Queweut-on de plus? Ne faut-il pas qu’on soit presque dépourvu de ce qu’on appelle la faculté d'observer pour ne pas être frappé du fait que je viens de signaler.

Säl s'agissait vraiment d'un état physiologique ou d’une aberration de Mütrition, ou d'une hypertrophie de quelque élément anatomique que ce fût; iMfaudrait encore que ces mêmes corps se montrassent toujours, ou du moins presque toujours, sous le même aspect; tout changement sous ce rapport, soit aégard de leur transparence, soit à l'égard de leur consistance, impliquant lamécessité d’un travail morbide quelconque dans leur intérieur. Or, rien de pluswariable que l'aspect des granulations vésiculeuses sous quelque rapport que ce soit.

5 Noici enfin une expérience.en gros, que des circonstances très favorables NOUS Ont permis de faire À cet égard dans la garnison de Copenhague. Cette sarnison renferme quatorze corps de troupes, qui tous ont été plus ou moins affectés de ce mal. Au mois de mai, les recrues arrivent des districts de recrulement, ordinairement au nombre de 2,800 hommes. Les casernes de la ville nesSuflisent pas aux besoins de la garnison pendant les trois mois et demi que dure l'instruction de ces hommes et les exercices des troupes;on y remédie par l'érection d’un camp à tentes qu’on établit tout près de la capitale.

La 4° bataillon de ligne qui, depuis 1855, avait souffert beaucoup de ce fléan, reçut 340 recrues, qui arrivèrent le 30 mai 1853 des districts de la ot. |

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Seeland et des îles qui y appartiennent. Dans ce nombre, 84 apportèren mal en arrivant de leurs foyers, à savoir :

41 avaient des granulations vésiculeuses, non accompagnées de rougeur de réaction de la conjonctive palpébrale;

59 avaient des granulations vésiculeuses, accompagnées de rougeur où réaction de la conjonctive ; |

4 avait des granulations confirmées ou solides ;

4 avait des granulations, accompagnées de blennorrhée ;

6 présentaient la forme catarrhale du mal.

Ainsi environ un quart des recrues de ce bataillon étaient déjà affectées mal en arrivant à la garnison, et de ces 84 il v en avait 76 qui portaient vésicules conjonctivales, avec ou sans rougeur de la conjonctive. Il faut ajou que j'avais moi-même participé à la levée de ces recrues, ayant été comman à assister aux conseils de milice en automne 1854, et qu’à cette occasion 4% recrues, levées pour lebataillon en question, avaient été déjà notées sur Jah de recrutement pour cause de trachôme.

Aussitôt leur arrivée, ces 340 recrues furent envoyées au camp de ten hors de la ville, sans avoir eu |a moindre communication avec la troupe bataillon, qui était logé dans la grande caserne d'infanterie et comptait jours un grand nombre d’ophthalmiques. Le camp contenait en ou les recrues de cinq autres bataillons, environ 1,600 hommes, qui était arrivés en même temps que celles du quatrième, Au dire des médecins attachés, il n’y avait point ou il n’y avait que très peu d’affectés parmi recrues de ces bataillons. Pour l'emplacement et les soins journaliers, tous» habitants de ce camp, contenant environ 2,000 hommes, se trouvèrent ab: lument dans les mêmes conditions hygiéniques, chaque tente recevant enwir 12 hommes. Les recrues du 4%, qui portaient les traces du mal, furent log dans des tentes à part, isolées des individus estimés sains. Or, qu’arriva=E Après quelque temps, l’état des affectés, qui tous participèrent aux exerci® commença à s’empirer visiblement, et la maladie à se propager de plusenp aux hommes saius du bataillon, de telle sorte que, dans le courant de mois, le nombre des malades. s’éleva à 156, et que de ce nombre on dut envoyer 58 à l'hôpital de la garnison pour des accidents aigus. En mê temps que ceci se passait dans le 4° bataillon, les cinq autres bataillons trouvèrent à cet égard dans les meilleures conditions du monde, n'ayant pres que pas d’ophthalmiques : le 16% de ligne en envoya quelques-uns à l’hôpital À celte occasion donc, nous avons élé à même d'observer une soi-disant démie d’ophthalmie contagieuse, attaquant les recrues d’un seul batailk pendant que 1,600 hommes appartenant à ciuq autres bataillons, qui häl taient le même camp, en étaient presque exempts. De ce fait important jes crois autorisé à uirer les conséquences qui suivent : en premier lieu, aa influences atmosphériques n'ont pu faire éclore spontanément le mal € les recrues du 4" bataillon de ligne à cette occasion, parce que auraient nécessairement produit le même effet sur les recrues des an bataillons, qui restèrent, au contraire, presque intactes; en second lieu les granulations vésiculeuses ou primitives, existant en si grand non parmi les recrues dudit bataillon dès leur arrivée, fut l’ origine et le point départ de cette épidémie locale ; en troisième lieu, que les recrues des aub bataillons en furent exemptes, parce qu’en arrivant de leurs foyers elles comptaient point ou que très peu de granulés. 1

Ce fait démontre donc à l évidence que chez nous le mal s’est déjà répar parmi les populations civiles de certaines provinces de la monarchie. i

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juger par les conclusions tirées des investigations de la dernière commission dérecherches, c’est dans la Seeland, la partie sud du duché de Slesvig, et une partie du duché de Iolstein, qu'il doit être le plus répandu.

40 Si, enfin, les granulations vésiculeuses des paupières étaient tout à fait inoffensives, ne constituaient qu'un état purement physiologique ou une aberration de nutrition de quelque élément anatomique de la conjonctive, on les aurait observées en Danemark avant 1851. Or, il n'existe aucun médecin qui y en ait jamais vu avant l'importation de l’ophthalmie militaire dans notre pays en 1851. En Norwège, où n’a pas encore Liege le mal, on ne connaît pas ces anomalies des paupières.

Comme en Allemague et en Belgique, où ce fléau a régné depuis si long- Jemps, on est généralement d'accord que ces altératioas palpébrales constituent en réalité le germe ou tout premier début du trachôme, on est autorisé ä“croire que, si ces altérations avaient vraiment existé parmi nous avant Népoque de 1837, notre armée aurait souffert de lophthalmie militaire, durant la guerre de 1848 à 1851, tout aussi bien que l’armée holsténoise qui, nous le savons, en fut ravagée. Au contraire, nul ophthalmique de cette espèce wyfut observé pendant ce long espace de temps, nonobstant les conditions de guerre qui favorisent si éminemment le développement de ce mal. En définifuive, j'insiste à dessein sur ce fait important, pour faire comprendre à qui voudra se convaincre de la réalité des choses, qu’en Danemark ces granulations ontété inconnues avant 1851, et qu’elles y ont été introduites à cette époque par importation, par contagion. Partant, elles ne peuvent être inoffensives, elles fne-peuvent constituer ni un état physiologique, ni une aberration de nutrition {de quelque élément anatomique de la conjonctive palpébrale : au contraire, elles constituent le germe, à proprement parler, de notre mal, ou, pour mieux (dire, l'anguis sub gramine latens qui se sème partout où pénètre le principe contagieux de l’ophthalmie égyptienne.

Ce qui précède suffira, je pense, pour faire voir la marche du mal à son dé- {but: Si nous l’attaquons dès le commencement par un traitement approprié, Pnous pouvons le guérir assez facilement dans un espace de temps parfois très Court, ce qui prouve aussi, jusqu’à l'évidence, qu'ici il s’agit d’une maladie, et non d’un état physiologique, ni d’une aberration nutritive de la conjonctive. Eneffet, si celte opinion était fondée, nous nous efforcerions sans doute en Yain,de faire disparaître les granulations vésiculeuses dans le temps si court qui y suffit ordinairement.

1 n'en est pas de même de l’ophthalmie proprement dite, du mal développé. «Abandonnée à elle-même, dit M. Hairion, la durée de l’ophthalmie est indéfinie et son pronostic toujours fâcheux ; traitée convenablement, elle peut, | ans la plupart des cas, aboutir à une guérison entière et solide. » L’expérience que j ’ai acquise par cinq années d'observation et de traitement de ces maladies * me commande de me ranger de l'avis de l’auteur des Recherches expérimentales. Avec lui je crois, « qu’on a lieu d'admirer le pouvoir de l’art en présence d’une impuissance si marquée de la nature. » Dans son essence, en eflet, cette affection est très chronique, pouvant durer plusieurs mois, même des années, sans qu'il soit possible quelquefois, même par le traitement le mieux dirigé, de ramener la conjonctive à son état normal, Je m’empresse d’ajouter cependant que probablement les cas de ce genre deviendront de plus en plus rares à mesure que notre traitement se perfectionnera. Ce sont surtout les granulations des paupières supérieures qui bravent les efforts du médecin, en même Lemps qu'elles sont les plus dangereuses. Mais, lors même que nous avons été assez heureux pour faire disparaître les granulations, il reste bien sou-

vent pour longtemps un épaississement ou une sorte d’hypertrophie de la cc jonctive palpébrale. Cet état, qui ne donne lieu à aucune sécrétion anormal change beaucoup d'aspect selon les variations de la température et de l’hum dité de l’air : bien différent de la maladie elle-même, sa durée est indéfini mais il finit ordinairement par faire place à l'état normal. Dans le cas mên cependant où la conjonctive palpébrale paraît avoir recouvré entièrement st aspect normal, il reste encore pour longtemps dans son tissu un si grand no bre de vaisseaux anormaux, bien qu’extrêémement fins et ne charriant quedi sucs blancs, qu'il ne faut qu’une irritation légère, une manipulation des pa pières un peu insolite, etc., pour y provoquer un certain degré de rougeum d’engorgement. Cependant, la cessation de la cause et quelques heures de pos suffisent ordinairement pour dissiper cet état de congestion. [l est indi pensable de bien connaître ces conditions de la conjonctive palpébrale, af de pouvoir se prononcer avec connaissance de cause sur leur innocuité ets les termes du traitement.

Une expérience chèrement acquise m'a appris que, d’un côté, la petilesse la profonde situation, de l’autre la grandeur et la saillie des yeux, ainsi qu'ut fente resserrée des paupières, sont des conditious peu favorables au trait ment, et que dans des cas de ce genre il faut beaucoup de réserve et d'hab leté pour le conduire au résultat désiré. ;

Les suites de cette affection sont trop connues pour que je m'en occupe ic je n’en mentionnerai que celle-ci à cause de sa rareté. Il s’agit d’un cas d'h drophthalmie du segment postérieur de l'œil, accompagnée d’amaurose el paralysie des muscles moteurs de cet organe.

Obs. Schlüntze, artilleur, contracta l’ophthalmie militaire au mois de noyet bre 1855 : en ce temps-là, son mal était tout à fait chronique, ses paupièrt étaient hérissées de granulations. Dans le courant de 1856, des symptômes“ déclarèrent, qui révélaient la phlogose de l'iris et de la choroïde. A son ar vée à l’hôpital ophthalmique de Frederiksberg, au mois de novembre 1856, paupières étaient recouvertes d’une foule de granulations, surtout les sup rieures, et les surfaces altérées secrétaient un mucus épais (blennorrhée ch# nique). Les deux globes étaient distendus et proéminents, le gauche entièr ment recouvert par la paupière supérieure paralysée. La sclérotique, q n'offrait pas d'injection vasculaire, était d’un blanc bleuâtre, et un cercle du bleu plus foncé, large d’environ deux lignes, entourait la cornée. C'était mi nifestement ici le segment postérieur du globe qui avait acquis un accroiss ment tout particulier : à la pression du doigt, on le sentait très dur et un distendu. La cornée, comparée à la circonférence de l'œil, se faisait remard 1 par Sa pelilesse extraordinaire, qui frappait au plus haut degré l’observatet attentif. La chambre antérieure des deux côtés avait presque disparu, l'iris voyail tout près de la face postérieure de la cornée. A l’œil gauche : pui dilatée et immobile, amaurose, paralysie complète des muscles, des paupié et du bulbe de l'œil. A l'œil droit : pupille resserrée, photophobie, vue ut affaiblie, globe de l'œil très proéminent ; la paupière supérieure s’abaisse aW difficulté à cause de la proéminence du globe ; il ne peut pas remuer l'œil d& tous les sens. Il accuse une sensation de tension et de pression très pénik dans le globe de l’œil, de même qu’un sentiment de sable entre celui-ci et paupières supérieures, dont les granulations papillaires, très développé irritent sans cesse la surface de l'œil, en provoquant un afflux continue larmes. Par un traitement méthodique à l’aide du plomb, je parvins enfin à co battre les granulations et la blennorrhée chronique, de même que les symptômi

ris diminuer D Mééteitent la proéminence des deux yeux, par l'usage interne jdu proto- “iodure de mercure ; mais l'abolition de la vue de l’œil gauche,

examinant les deux yeux à Toscane la choroïde fit voir des plaques blanches, et en outre dans l'œil gauche un réseau épais de vaisseaux très déliés qui couvrait une partie de la rétine.

Cette affection a été décrite par Beer sous le nom de hydrops corporis vitrei (1). D'après l'expérience de cet auteur, les scrofules et la syphilis en sont les causes les plus fréquentes : ce cas intéressant démontre que l’ophthalmie militaire ou le trachôme en peuvent aussi devenir le point de départ. Nous oyons l'affection des nerfs sensitifs peu à peu finir par abolir la vue, s'étendre enfin par l'entremise du ganglion ciliaire aux nerfs moteurs, et y produire la paralysie : chez ce malade , en effet, l’amaurose de l’œil gauche s’unit à la paralysie complète de tous les muscles des paupières et de l'œil même. Enfin,

nous y retrouvons une nouvelle preuve de l’infériorité du côté gauche, la vue lé lœil gauche étant tout à fait abolie, tandis qu’au droit la faculté de voir reshit'encore à un faible degré. Il est plus que probable que, dans ce cas, l’irriation continue causée par la présence des granulations, recouvrant en foule es paupières supérieures, a contribué pour beaucoup à produire l'affection {les parties internes de l'œil. Rien n’est donc plus urgent que de bien examiner res voiles dans tous les cas de trachôme développé, et de combattre les granufations qui s’y font voir, mais, malheureusement, rien n’est plus commun que Hewoir négliger cette recherche. N'oublions pas, pour le traitement de l’ophhalmie granuleuse, que toute la difficulté, comme tout le secret, consiste à rouver le mode de traitement et le moyen le plus propre à combattre les ranulations des paupières supérieures.

S VE. Diagnostic.

Pour distinguer cette maladie de toute autre affection oculaire, il suffit de Pavoir bien observée, tant les phénomènes en sont caractéristiques. Néanmoins, ma parlé beaucoup de la ressemblance, même de l'identité de l’ophthalmie atarrhale et de la forme trachomateuse de notre mal à son début. Je ferai »bserver à cet égard que le trachôme débute toujours par des granulations landulaires à l’état vésiculeux, et que ces granulations sont d'autant plus aractéristiques ou pathognomoniques, qu’elles s’accompagnent de moins de éaction de la part de la conjonctive palpébrale, et de symptômes subjectifs ngénéral, qu'au contraire l’ophthalmie catarrhale, saisissant tout le tissu de a conjonctive, à la fois, s'accompagne de prime abord de phénomènes inflamnaätoires et de symptômes subjectifs plus ou moins intenses, et que les vésicules Dirritation qu'on y observe dans quelques cas ne se font voir qu'après que ’ophthalmie a duré un certain temps, qu’enfin ces vésicules conjonctivales, purement symptomatiques, ne constituent qu'un phénomène secondaire et ugitif, nullement constant, du catarrhe oculaire. Le parallèle que je vais maintenant établir entre ces deux affections fera ressortir, je l’espère, la grande ifférence qui existe entre elles.

4) Beer. Lehre von den Augenkrankheiten. Wien, 1817, t. IH, p. 17.

Ophthalmie catarrhale, catarrhe oculaire.

A. Peutse développer spontanément sous l’action d’une cause catarrhale quelconque, et dépendre d’une constitution atmosphérique spéciale : à ces conditions, elle peut régner épidémiquement.

2, Parmi les membres d’une réunion quelconque, elle n’attaque ordinairement qu'un seul ou très peu d’entre eux à la fois.

3. Peut devenir contagieuse dans quelques épidémies d’un caractère particulier, en donnant lieu à une sécrétion morbide abondante, qui transmet le mal par contagion directe :

parlant, sans sécrétion morbide pas de contagion.

4. À pour point de départ la région tarsienne et les bordslibres des paupières, lesquelles Sont tuméfiées, rouges et douloureuses, et s’étend de là à la conjonctivedurepli et duglobe de l'œil.

d. Sa nature étant essentiellement aiguë, elle ne devient presque jamais chronique.

6. Elle s'annonce dès son début par une rougeur plus ou moins intense de la conjonctive des paupières et du bulbe de l'œil, accompagnée de larmoiement, d’un sentiment de cuisson, de photophobie et d’autres symptômes subjectifs. Enfin, dans des cas intenses qui ont duré quelques jours, des vésicules d’irritation,discrètes, d’unetransparence cristalline qui tire un peu sur le rouge, se font quelquefois voir dans le repli inférieur, Cependant, ces soidisant « granulations catarrhales » ne constituent point un phénomène constant; elles manquent, au contraire, dans la plupart des cas.

dans notre climat, reconnaissant pe

jectifs, ce qui est l'inverse de ce

Adéno-conjonctivite contagieus trachôme.

1. Ne règne jamais épidémiql ment, et ne dépend jamais d’une €@ slitution atmosphérique quelconqui ne se développe jamais spontanéme

cause un principe contagieux spée fique. } 2. Se montre simultanément €l un plus ou moins grand nombre à fois, quelquefois elle se borne soldats d’une seule chambrée, da seule compagnie.

3. Se propage seulement par tagion, et le plus souvent par miasmalique : se transmet sans que conjonctive soit en apparence le sié d'aucune sécrétion morbide.

4. Débute dans la région rétro-ta sienne, dont quelquefois elle ne frame chit pas les limites.

5. Dans la grande majorité des elle affecte une marche éminemmel chronique. |

6. Débute par des granulations gla dulaires à l’état vésiculeux en plus:

moins grand nombre dans le repli iufés rieur de l’œil, parfois sans la moindi trace de phlogose de la conjonctivep pébrale. Ces granulations primitive | d’une transparence jaunâtre ou jau rougeâtre, ne s’accompagnent da cune sécrétion morbide, ni d’au@ symptôme subjectif, de telle sorte q le plus souvent le malade n’a pas mêt la conscience de son mal. Il y a" disproportion visible entre l’asp souvent très altéré de la conjonct palpébrale et l'absence complète, 0!

peu d'importance des symptômes Si

existe dans le catarrhe oculaire. :

La conjonctive du bulbe n’est jam injectée.

| Ophthalmie catarrhale, catarrhe | oculaire,

7. Les vésicules d’irritation -dispalraissent en peu de jours, les symptômes inflammatoires étant apaisés par l’em-

billes ne se transforment jamais en wranulations confirmées ou charnues.

8. À l'instar de la bronchite, qui attaque les deux poumons à la fois, elle attaque les conjonctives des deux yeux d'une manière égale.

9. Très souvent il y à en même temps affection d’autres membranes muqueuses du corps, et surtout de celle du nez, et parfois le malade a de [la fièvre.

10. Elle est plus fréquente en hiver let au printemps, provoquée par les {causes catarrhales.

Adéno-conjonctivite contagieuse, trachôme.

7. Ordinairement les granulations primitives persistent longtemps; elles ne cèdent pas aux moyens anti-phlogistiques: peu à peu elles perdent l'aspect vésiculeux pour se transformer en granulations solides d’un rouge de chair.

8. Le plus souvent les deux yeux souffrent en même temps, mais communément l'œil gauche est plus affecté que le droit. Parfois le mal se borne à un seul œil.

9. Elle se borne à la conjonctive des paupières, et ne s'accompagne jamais de fièvre.

10. Elle diminue d'intensité vers l'hiver et pendant l'hiver, pour s’éveiller et s’accroître avec les chaleurs

de l'été. Les orages et les grandes chaleurs causent des détériorations et des recrudescences marquées de ses phénomènes, ce qui n’exerce aucune influence sur le catarrhe.

11. Elle répugne au traitement usuel des ophthalmies, en exigeant l'emploi de moyens spéciaux, qui la font disparaître quelquefois en peu de temps.

| M.Ellecèdeavecfacilitéaux moyens jauti-ophthalmiques ordinaires.

Quand l’ophthalmie militaire ou granuleuse a atteint son entier développement, soit qu’elle existe sans blennorrhée, soit qu’elle s’en accompagne, on à affäire à une affection si bien caractérisée, qu'il est impossible de la confondre avec quelque mal oculaire que ce soit. Il est vrai qu'il y a des catarrhes ebdes blennorrhées qui y appartiennent sans qu’on observe des granulations, lasconjonctive palpébrale étant boursoufflée ou tout au plus d’un aspect villeux. Pour quelques médecins, ce fait incontestable est de nature à ébranler la valeur diagnostique de ces altérations. Cependant, il existe aussi une fièvre varioleuse, scarlatineuse, morbilleuse, etc. sans exanthème : ce sont là des bizarreries pathologiques, des exceptions qui ne font pas règle. À mon sens, on Hésaurait avec raison tirer parti de ce fait pour contester la valeur pathologique des granulations palpébrales comme signe pathognomonique du twachôme. Toutefois il y a une très grande différence entre ces granulations de nature spécifique et ces inégalités ou aspérités palpébrales, qu’on observe quelquefois dans le cours de lophthalmie gonorrhéïque ou des nouveau-nés, inégalités qui ne sont nullement réfractaires, puisque ordinairement elles disparaissent tout à fait avec la maladie elle-même, J'ai déjà fait observer que je ne reconnais pas l'identité de nature des blennorrhées oculaires, bien qu’en

summum de leur développement elles puissent parfois se présenter à l'obst vateur avec des phénomènes extérieurs identiques. |

$ VII. Traitement.

A. Prophylaxie. — S'il est vrai que l’ophthalmie dite militaire ne se dé loppe jamais spontanément dans notre climat, et qu’elle reconnaît toujourspt origine ou point de départun principe contagieux spécifique, qui ne s’engemt pas par lui-même; s’il est vrai enfin que le mal se propage le plus souvent voie miasmatique, c’est-à-dire par l'infection de l'air qui environne malades, il s'ensuit que les préceptes les plus fondamentaux de la prophyla consisteront à éviler la contagion et à l’anéantir partout où elle s’est à duile.

S'il s’agit de préserver un seul individu, on ne peut donc lui donner un me leur conseil que celui de s'abstenir de toute communication avec des person atteintes, et surtout de ne jamais passer la nuit dans la même chamb qu'elles. à

Mais la chose n’est pas aussi facile, s’il s’agit des individus sains appar nant à une réunion d'hommes quelconque, dont quelques-uns sont dk malades, par exemple dans une caserne, un pensionnat, une prison, ete. € le principe contagieux, dit M. J.-B. Müller, était le produit d’un mal toujot aigu ou bien apparent, s’il ne se communiquait que pa” contact ou ne fais que s'attacher aux habits, aux literies etc., l’extirpation en serait sans dou plus praticable. Mais malheureusement il se communique beaucoup pl souvent in distans, et les individus qui en sont porteurs amènent park ce principe tout vivant, se renouvelant sans cesse sous leurs paupières: faut ajouter que le mal peut continuer non-seulement des mois, mais w années entières, sous un aspect en apparence inoffensif et d’une maniè très latente, sans rien perdre de ses propriétés délétères, ce qui en favori surtout la propagation et a été la seule cause « de son explosion là où 1k s'y attendait le moins, et de la résistance obstinée à toutes les mesui prises pour l’extirper. » (1) Je cite les mots du célèbre auteur allemand, pa qu’ils sont propres à faire ressortir la grande difficulté qui se présente cet égard.

Si maintenant on est bien pénétré de cette vérité, qui s’est confirmée tous les pays où s’est introduit le mal, la prophylaxie peut se réduire aux qu ques règles fondamentales qui suivent :

1° Inspecter souvent les yeux de tous les membres de la réunion, afin séquestrer el les malades et les suspects. M. Wotypka (2) a pleinement rais de s’appesantir de préférence sur cette mesure, sans l'exécution rigoureuse laquelle tous les efforts seront parfaitement inutiles, vu la propriété bi avérée du mal de se propager à l’état primitif et, en apparence, le pl pl innocent.

2 Guérir les malades, y compris ceux qui portent aux paupières « granulations glandulaires à l'état vésiculeux, et bien observer les couval cents avant de les envoyer aux salles communes, afin de les rendre tout. à f inoffensifs. ° 21

9° Faire grande attention à toutes les conditions hygiéniques; faire en s0t que l’aération des salles et des corridors soit suffisante et maintenue in

(1) Murrer. Erfahrungssäülze. ete. Mainz, 1821. $ 57. (2) Woryrka. Die contagiôse Bindehaut entzündung. Wien, 1852, p. 16.

jablement ; que la propreté règne partout; que l'encombrement surtout des lortoirs soit prévenu; enfin que les habitants ue s'exposent pas aux causes de lefroidissement ni à l’action d’une atmosphère viciée de quelque manière que Le soit.

Pour les deux règles qui suivent, j'emprunterai les sages préceptes de

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