‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 32 sur 112 · S HI · texte numérisé non relu

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Dans ces dernières années, pendant lesquelles toute la garnison envoya à Mhôpital 293 cas d’ophthalmie plus ou moins grave, il n’arriva pas un seul cas [de cécité même partielle, causée soit par le staphylôme, soit par toute autre {espèce d'opacités de la cornée. Aucun des malades ne fut congédié, même Jiemporairement, pour cause de granulations Chroniques de la conjonctive. Le {séjour à l'hôpital qui, l’un dans l’attre, était la première année de quarantesix jours, fur la seconde année réduit à ving-huit, el la troisième à vingt [jours et demi.

Une circulaire du ministre de la guerre, datée du 6 décembre 1855, dont article 47 interdit le renvoi dans leurs foyers des soldats portant encore cerlunes formes de la granulation palpébrale, empêcha seulement une fois, dans l'automne de 1853, le congé de deux hommes au temps ordinaire.

| “Passons aux deux années suivantes, de mai 1855 à avril 1857, période dans

laquelle je ne fis pas constamment de service dans la garnison. On envoya à l'hôpital, de deux bataillons, le nombre de malades que voici :

Mar 1855-avriz 1856. Mal 1856-avriz 1857.

5° bataillon. . . 92 15 Sevpataillon . . . 89 17

Un cas de blennorrhée très aiguë, qui s'était développé à l'hôpital en mai 1855, semble avoir été la cause principale de mesures extraordinaires et dun changement dans les principes adoptés jusqu'alors. On traila à l'hôpital, comme on le voit, un nombre insolite de cas, particulièrement dans les mois dejuin et de juillet. — En même temps, de nombreux soldats légèrement alteints furent admis dans le local d'isolement, qui fut beaucoup agrandi.

Heureusement, la force fut notablement diminuée vers la fin de l'été, ce qui semble avoir contribué principalement à une amélioration dans ces état inquiétant, pendant lequel se montrèrent dans cette garnison les premiers cas de cécité partielle, à savoir chez un individu aux deux yeux, chez un autre à uu seul.

Rentré au service en 1855, je trouvai dans le local d'isolation 40 individus qui, pour la plupart, longuement traités à l’hôpital, en avaient été renvoyés avec uue conjonctive fortement granulée, de sorte que deux d’entre eux durent être réformés temporairement. Les autres furent guéris peu à peu et rentrèrent au service.

En réadoptaut les principes auparavant suivis dans la garnison, par rapport autraitement à l'hôpital ou au local d'isolation, nous parvinmes enfin, vers le printemps de 1856, à un état presque aussi favorable que celui de l’année précédente, et, en conservant ces mêmes principes pour l'avenir, nous avons été | assez heureux pour dominer: l'épidémie à ce point que, pendant l'année suivante (1856-57), on ne fut forcé d'envoyer à l'hôpital, de deux bataillons, que Saet 17 cas aigus, dont aucun n’occasionna, soit la perte de la vue, soit la réforme.

Quant à l'état de la maladie dans les trois ou quatre derniers mois, noüs el parlerons plus loin.

$ IV

Cependant on ne peut se faire une idée juste de la vraie extension de la ae ladie d’après les chiffres précédents, qui n’ont rapport qu'aux cas ps | moins aigus, et combinés avec des accidents subjectifs plus ou moins pro 0 noncés. 2 |

Une circulaire, datée du 19 novembre 1852, du médecin principal auprès | commandement général, recommandait aux médecins militaires des rech@ ches plus minutieuses sur ce qui se rapportait à la cause de la maladie, à formes diverses de son apparition, etc., etc.

Ces recherches me firent trouver un jour, au commencement de décembre d de cette même année, sur 581 hommes du 5° bataillon, qui étaient présents à la visite, le nombre surprenant de 223 personnes dont la conjonctive palpébral montrait divers étais anormaux qui, pour la plus grande partie, me semblaient appartenir à notre maladie.

Ces abnormités consistaient en injections légères (érythême); carnification: peu prononcées et infiltrations plus fraîches avec ou sans rougeur de la cons jonctive ; et parmi ces derniers, des vésicules rétro-tarsiennes. Quant à ces der” nières, j'ai conservé longtemps encore, je dois l'avouer, des doutes sur le point de savoir si elles n’appartiennent pas à un état physiologique.

Pour faire voir comment ces états anormaux étaient distribués dans la masse des soldats, je me contenterai d'indiquer le résultat d’une visite faite les 21 ( 22 mars 1854, aux deux bataillons. |

5€ BATAILLON. 9€ RATAILLON

Cas aigus à l'hôpital: 25 CNE 5) 4 Cas de caruifications ou granulations palpébrales . . . 21 16 Cas de vésicules rétro-tarsiennes avec injection anormale... 2, ANNE EMRNERSRE RER 21 60 Cas de vésicules rétro-larsiennes sans VS anor- | mate: 307 RCE SIREN Sn 40 99 Cas d'injection de la conjpnctive: censée ‘accidentelle ! #1 15 TOI ee OR 126 Nombre d'hommes présents à la visite. . . . . . . . . 211 245 Force du-bataillon. Luis ah «tete DENON te STI 285

Il y avait donc à l'ordinaire du tiers à la moitié des soldats chez lesquels 0! 1] trouvait des abnormités conjonctivales.

J'arrive à un court exposé des résultats auxquels j je crois être parvenu, @ m "occupant de la maladie dans cette garnison, ainsi que dans l'hôpital érig l’année dernière à Augustenbory, pour 344 cas de granulations plus ou moig chroniques, qui y furent envoyés de la garnison de Copenhague.

I. La maladie me semble avoir son origine dans la combinaison de det causes principales, savoir : "4

a) Une contagion qui se propage d’un individu à l’autre, ordinairement p pa l'atmosphère, ou par voie miasmatique; cette cause ne paraît point se rapp ter plus spécialement à l'état inflammatoire et blenorrhagique.

, b) Une disposition assez particulière aux soldats, qui semble consister dans luneespèce d'état d’acclimatation, auquel ils sont soumis bientôt après leur ar- Irivée de la campagne dans les grandes villes; disposition qui n’est pas sans | doute indispensable pour que la maladie ait lieu, mais qui la fait plus-fré- |quente et souvent plus obstinée au traitement chez les militaires que chez les hommes civils. — Ceute disposition se rapporte plus proprement à l'état granuleux.

IL. L'effet immédiat du miasme est une légère irritation de la conjonctive, {indiquée par une rougeur très faible (érythémateuse), principalement aux | coins externes, où l’on observe ordinairement en même temps une pelite agglolmération de vésicules, ou une légère infiltration sous-épithéliale, sans que |Hhomme se doute de l'affection. Cet état érythémateux ou vésiculo-érythémalteux me semble être la maladie essentielle ou primitive qui, —d’un côté la roueur vive et souvent assez fugitive une fois disparue, — laisse la conjonctive dans un état d'infiltration, ou vésiculeux ou bien légèrement carnifié; — et d'un autre côté peut s'élever aux formes diverses plus manifestes, en prenant une marche soit plus chronique, soit plus aiguë.

IL. Ce passage d’un état latent à un état plus manifeste, a lieu le plus sou- {vent chez des hommes logés dans de vieux bâtiments, situés dans des rues basses et étroites, surtout quand on y entasse beaucoup d'hommes; enfin dans {les casernes, les hôpitaux et locaux d'isolation, qui pendant un long temps ontété le séjour de granulés. — Si l’on ajoute à cela une certaine disposition atmosphérique qui, dans cette place du moins, semble exister assez constamment au commencement de l'été et de l’automne, et enfin toutes les influences Lengénéral nuisibles aux yeux, savoir des corps étrangers et surtout les cou- {rants d'air, on a dans tous ces faits une série de causes accidentelles et accessoires qui semblent augmenter à un haut degré l'activité des deux causes prin- | cipales susdites.

IV. Parmi nos recrues, la forme primitive se répand assez vite, de sorte qu’après deux mois passés à la garnison, je trouve ordinairement que presque Masmoitié est ou a été atteinte de cette forme primitive ou de ses suites chro- | niques.

| «La forme sub-aiguë est assez rare pendant les premiers mois du service, et | Pétat aigu (2° degré), que je n’ai jamais vu faire son apparition avant la fin du premier mois, ne revêt ordinairement son vrai Caractère qu'après trois ou quatre mois passés daus la garnison. — Pendant toute la durée du service, qui est de six mois, on trouve presque toujours que les deux tiers environ de la | masse ont été atteints d’une manière latente ou marifeste.

NV. Le troisième degré de la maladie a été assez rare dans la garnison ; nous men comptons que sept à huit cas. — Ce sont les cas du 2° degré, — qui commencent par des symptômes subjectifs et objectifs ressemblant assez à ceux d'une ophthalmie catarrhale aiguë, — qui ont ordinairement occupé nos salles hôpital, destinées aux ophthalmiques, tandis que les cas sub-aigus étaient le plus souvent traités dans le local d'isolation.

Iln’entre pas dans mes vues de m'occuper d’une manière spéciale de la pathologie de la maladie et de la marche du processus granuleux ; j’ajouterai seu- { lement quelques mots sur le traitemeut.

VI. 11 a été essentiellement hygiénique et prophylactique. — Assainir les Quartiers, abandonner tout à fait, pour un temps plus ou moins long, ceux qui semblaient le plus infectés; enfin éviter l'encombrement et isoler autant que possible les hommes atteints ; telles furent les mesures qui. dans une garni- Son où chaque compagnie est ordinairement distribuée dans vingt à trente mai-

sons séparées, demandèrent sans doute beaucoup de temps et une surveillæ assidue, mais dont on put aussi attendre un succès plus sûr, que dans garnisons où les troupes sont logées dans un seul bâtiment, dans lequel » trouvent de plus les salles d’ isolation.

Les hommes dont la conjonctive montrait une rougeur très légère, ou « portaient quelques vésicules sur une conjonctive tout à fait normale, ne fure isolés que lorsque la force de la garnison était assez diminuée pour quon n'eût pas à craindre l'encombrement dans les locaux d'isolation, et lors e ceux-ci étaient débarrassées des cas plus prononcés. |

Les cas sub-aigus étaient envoyés à l'hôpital aux époques où il était déliw des cas du 2° degré : quand ceux-ci survenaient, ils étaient traités à lhôpit tandis que les cas sub- aigus passaient aux locaux d’isolatiou.

Dans les périodes de Fexacerbatiün épidémique (mai et juin, septembre octobre) il arrivait souvent que l'hôpital sé trouvât encombré d’une espèce dt, malades, et le local d'isolation de l’autre. — Je préférai dans de telles circonn stances faire passer les hommes isolés aux quartiers ordinaires, et enfin dim puer l'encombrement de l'hôpital en l’évacuant peu à peu dans le local d’isolæ tion. — L'effet de ce déménagement fut presque toujours une amélioratit très marquée dans l’état des deux espèces de malades.

Il est vrai que ces hommes étant par cela même un beu plus abandonnés eux-mêmes, et exposés à diverses influences nuisibles, quelqnes-uns d° entre eux eurent à subir une recrudescence inflammatoire assez opiniâtre. — Mais il est d’un autre côté presque certain que le séjour prolongé à l'hôpital donne lieu à un état de granulisation chronique et invétéré, dont le traitement dans! garnison est d'autant plus difficile qu'il est ordinairement compliqué d’un ét at de faiblesse générale, ou pour mieux dire d’une espèce de cachexie nosoct miale, lquollé n’est sans doute qu’une exagéralion de la susdite dposi , que nous supposons très commune chez nos soldats.

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