‹ Congres d'ophthalmologie de BruxellesChapitre 52 sur 112 · HE · texte numérisé non relu

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Anatomie pathologique dans les cas d'inflammations simples non spécifiques. — ous connaissons l’anatomie normale de la conjonctive, voyons-en l’anatomie jathologique. Étudions d’abord les modifications qu’elle peut subir sous influence des causes irritantes les plus simples, les plus vulgaires. Nous vons déjà fait ressortir que les papilles et les follicules de la conjonctive euvent présenter des conditions variables de volume et d’activité fonctionelle, saus qu’on soit en droit d’en déduire un état pathologique. Il peut y Awoirlà, sans doute, une prédisposition favorable à subir l’influence des causes ritantes qui agissent sur l'œil, mais on n’est pas en droit, comme on l’a fait, voir un élément pour ainsi dire naturel, congénial, d'affection contagieuse, quelles que soient les circonstances dans lesquelles se trouve l'individu, et la osition sociale de celui-ci. On est encore moins en droit de considérer une Xagéralion anatomo-physiologique comme un élément pathologique, auquel orrespondrait ce que l’on est convenu d’appeler des granulations sèches on sécrélantes.

Sous l'influence des causes irritantes ordinaires, sans qu'il puisse être quesiondu moindre ‘virus, ou, comme on se plaît à le dire, du moindre principe Ontagieux, la conjonctive peut s’enflammer dans la totalité des éléments qui a composent, avec prédominance de l’un ou de l’autre de ces éléments, suiant certaines conditions que nous avons déjà signalées. Dans d'autres circontances, au lieu de s’enflammer dans l’ensemble de ses parties constituantes, lenne s'euflamme que dans quelques-unes, et même dans une seule d’entre les’ Cela se comprend fort bien par le fait d’une sensibilité plus grande, qui end'plus susceptibles d’être influencées par les agents extérieurs les parties uxquelles est dévolue cette sensibilité. Ainsi, qu’une cause irritante ordinaire gisse Sur une conjonctive douée d’une grande sensibilité, c’est évidemment [0rgane, agent matériel de cette sensibilité, qui en ressentira les premiers ffets: Les papilles se congestionneront, s’enflammeront, s’hypertrophieront ème, pour peu que l’action étiologique soit persistante et continue. Qu’une auseirritante ordinaire agisse sur un sujet lymphatique, chez un sujet où habitude les sécrétions muqueuses sont abondantes, chez lequel conséquem-

ment, à l'état normal, les glandules du repli conjonctival sont plus on m0 développées, on verra souvent, soit en dehors de toute participation dure de la conjonctive, soit concurremment avec ses autres éléments, les folliæ muqueux se congestionner, s’enflammer, s’hypertrophier. Si l’inflammatit

ces follicules est poussée jusqu’à sa dernière limite, il se produira une sécrét muqueuse ou muco-purulente plus ou moins abondante. On aura ainsi.

pression la plus nette de ce que l’appréciation exacte de la valeur de forcera d'appeler ophthalmie catarrhale suraiguë avec exsudation mu ou muco-purulente, et que nous appellerions avec plus de justesse conjon vite folliculeuse suraiguë avec mucorrhée ou pyorrhée. |

Est-il possible de voir dans ces états pathologiques, si graves et si dange qu’on les suppose, autre chose qu'une conjonctivite simple avec développen papillaire dans le premier cas; qu’une conjonctivite simple avec dévelop ment folliculeux dans le second? Cependant, il y a ici des éminences; aspérités sur la conjonctive, il y a ce que les auteurs ont appelé granulati papillaires ou charnues, et ce qu'ils ont appelé granulations vésiculen vaines appellations, car on ne verra jamais dans ces prétendues granulat qu’un développement pathologique simple d'éléments normaux de la conÿt tive. Et à propos des granulations vésiculeuses, qualification dont on a gra les follicules enflammés, suppurants, hypertrophiés, faisons remarquer l’on aurait pu être plus exact, en désignant ces granulations sous le nom: folliculeuses. On n'a jamais vu nulle part des vésicules pourvues d’un cam: d'un orifice excréteurs, et sur une muqueuse moins que partout ailleurs ; card le monde sait qu'une vésicule est produite par un soulèvement épidermiqt et que, sur une muqueuse, ce soulèvement épithélial produit un Se pustule ou une phlyctène.

Nous avons dit plus haut que la conjonctive, sans être dominée par une thèse ou par une puissance contagieuse, peul s'enflammer dans la totalit ses éléments anatomiques C’est là une vérité banale, admise par tot monde. Or, cette inflammation simple, une fois établie dans la conjone peut passer par toutes les phases que cette inflammation présente dans les“ tres organes, dans les autres tissus. Ainsi, d’abord les vaisseaux se con tionneront, offriront à la vue un lacis de plus en plus serré, d’un rouge uniforme, — Il y aura de la douleur, du gonflement, de la chaleur; il se duira un chémosis dont l'intensité variera. Au début de la phlogose, l'œil sec, plus tard il devient larmoyant ; les larmes sont chaudes, brûlantes:4 la phlegmasie fasse un pas de plus ; que le tissu cellulaire sous-jacents orge ; que l’épithélium trop distendu par la tuméfaction ‘se détache; éliminé, on verra aussitôt la surface conjonctivale se recouvrir d’un mucos= abondant, épais, opalin, blanchâtre, provenant, d’une part de la sur! érodée, de l’autre des follicules dont la sécrétion est modifiée et exagérée muco-pus, véritable produit inflammatoire, s’'accumulera dans le repli con tival et s’'échappera par le grand angle de l'œil.— L’épithélium, au lieu éliminé par exfoliation, et de laisser à sa place une érosion, peut se souk douner lieu à la production d'aphthes, de phlyctènes, de pustules ; si ces mes inflammatoires aboutissent à un état ulcératif, d'emblée une sécré purulente s'établit, elle dure jusqu’à ce que la cicatrisation arrive à la suit la résolution de la conjonctivite. — Voilà bien des cas de conjonctivite pl lente. Dira-t-on que ce sont là autant de conjonctivites contagieuses ? M: l’on admettait une semblable conclusion, on n'aurait aucun motif pour celle même puissance contagieuse aux inflammations qui peuvent envabh autres muqueuses : muqueuses nasale, gulturale, buccale, urétrale, vagin

[parexemple. On ne l’ignore pas, les diverses muqueuses, en s’enflammant, sont usceptibles de passer par tous les degrés et par toutes les formes phlegmaiques que nous venons d'indiquer en parlant de la conjonctivite. Eh bien, raison nous dit qu’on ne doit pas voir dans de telles conditions des ophthalmies contagieuses, mais se borner à constater ce qui existe réellement, c'’està-dire des ophthalmies simples, que l’on pourra, si l’on tient à être précis et exact dans son langage, qualifier d’après la forme qu’elles affectent, ou les complications qu’elles subissent, des désignations suivantes : ophthalmies simples, purulentes, pustuleuses, aphtheuses, phlycténoïdes, ulcéreuses, etc.

Dans la période de réparation, l’inflammation de la conjonctive donne lieu “idaformation d'éléments particuliers, qui ont pu en imposer aux praticiens peualtentifs ou peu soucieux d'analyser les altérations pathologiques qu’ils avaient sous leurs yeux. Nous voulons parler de ces productions variées qui prennent tantôt la forme végétante, tantôt la forme fongueuse, d'autres fois la forme calleuse, d’autres fois encore la formesarcomateuse, etdont on a profité pour créer les granulations fongueuses, végétantes, calleuses et sarcomateuses.

Quand une phlegmasie existe, quand surtout elle s’est emparée des tissus avec intensité, énergie, il arrive, et particulièrement dans le tissu muqueux, que les surfaces enflammées s’érodent; or, la nature est essentiellement réparatrice : du moment que celte érosion, celte ulcération n’est plus entretenue-par un vice local ou général, du moment que le cortége des accidents inflammatoires tend à disparaître, on voit aussitôt surgir des tendances réparatrices. À cet effet, les capillaires sanguins de la partie érodée laissent échapper une exsudation fibrino-albumineuse qui va s’orgauiser. — Dans certaines circonstances, cetile exsudation est surabondante; si l’art n'intervient pas pour réprimer cet excès de vitalité, on ne tarde pas à voir l’exsudat déposé sur la muqueuse, sous forme d’une mince couche blanchätre, être pénétré par des vaisseaux très déliés, s'organiser, se développer parfois trés considérablement, et apparaître sous la forme de tumeurs vasculo-celluleuses, d’une coloration rosée, lisse, ou bien présentant à leur surface de petits mamelons inégaux, desquels ne s'échappent, même par le frottement, aucune voutte de sang, et que l’on a comparés à la surface d’une fraise ou d’une framhoïse; c'est la végétation. Dans d’autres circonstances, le travail réparateur sepervertit; Les bourgeons charnus existent; mais, au lieu de se réunir pour aboutir à une cicatrisation régulière, ils tendent à s’isoler et à se constituer enindividualités pathologiques; ils se développent pour leur propre compte, restent mous, spongieux, proéminents; leur vascularité est exagérée, ils saignent facilement, et provoquent par leur présence une hypersécrétion muqueuse dans les parties contiguës ; ce sont les fongosités.

Däns d’autres circonstances encore, sur les bords d’une surface érodée, ulcérée, les bourgeons charnus deviennent durs, secs, résistants ; ils subissent uue véritable hypertrophie, ce sont des callosités. Enfin, quelquefois ces produetions anormales sont indolores, ne sécrètent aucun suc particulier et offrent la couleur et la consistance des muscles de la vie organique; celte pañticularité leur a valu le nom de bourgeons sarcomateux. Voilà ce que révèle lobservation, quel que soit le siége où ces éléments se rencontrent. Eh bien, certains auteurs, apparemment parce qu'ils les ont rencontrés sur la conjonctive, les ont appelés granulations végétantes, fongueuses, calleuses et sarco- Mmateuses, attribuant ainsi à une cause spécifique contagieuse, des altérations simples que l'on voit se manifester dans les circonstances morbides les plus ordinaires, les plus vulgaires.

Allons plus loin : supposons que, sous l'influence d’une diathèse, soit la

diathèse scrofuleuse, il survienne une ophthalmie. La conjonctive s’injecte. plus ou moins fortement, son épithélium se soulève, des pustules, variables en nombre et en volume se forment, crèvent et s’ulcèrent; du pus s’épane dans la cavité de la conjonctive fermée par le blépharospasme que provoque la photophobie. Il s'en épanchera surtout une grande quantité si l'inflammation est intense et les pustules nombreuses, et si l’on ne joint à des soins locaux appropriés une médication générale anti-scrofuleuse. — Voilà une nouvelle ophthalmie purulente. Osera-t-on dire qu’elle est contagieuse ? Qu'on recueil ici, comme dans les cas que nous avons déjà mentionnés, et où il y avait mi corrhée ou pyorrhée, le pus exsudé par la conjoncetive malade; qu'on le dépoi sur la conjonctive d’un œil sain, ou sur toute autre muqueuse, et l’on ned terminera aucun autre accident que ceux qui pourraient être la conséquente de la présence du premier corps irritant venu, placé dans la même positiot c’est-à-dire une inflammation simple, qui ressemblera peut-être à celle don elle dérive, s’il y a quelque prédisposition à ce qu'un tel effec se déclare, mais qui pourra aussi fort bien ne pas y ressembler. Ainsi, si l’on prend du pus provenant d’une ophthalmie scrofuleuse et qu’on le dépose sur la conjonctisen saine d’un autre individu scrofuleux, le résultat de ce dépôt irritant pourra en définitive être scrofuleux, sans que l’on puisse invoquer ce fait comme un preuve de la contagiosité de ce pus et de laltération où il puise sa source car, si l’on retranche la scrofule, et que le sujet de l expérience soit transformt en un individu d’une constitution robusfe, on n'aura plus à observer qu'un lésion ordinaire. Jusqu'ici nous n'avons encore rencontré ni des conjonctivite contagieuses, nides altérations spécifiques qui attestent la contagion; la raisof en est bien simple, c’est que, malgré nos nombreuses recherches, nous n'avons pas découvert dans les diverses variétés de conjonctivites qui nous ont occupé les caractères si tranchés qui sont l'apanage exclusif des maladies contagieuses: Pour qu’un état pathologique soit de nature contagieuse, il faut qu'il relève d’une cause qui s'éloigne des causes simples ; il faut que les effets en soient constants, invariables, exceptionnels et toujours identiques à eux-mêmes. N@ peut jamais être contagieuse une cause, quelque énergique qu'elle soit, qui aboutit à une altération simple; et une altération vulgaire ne peut logiquement être attribuée à une cause virulente contagieuse. Il fa donc, et cela résulte 2 de ce qui précède, s’il y a une ophihalmie contagieuse, qu ‘elle se caracléris immédiatement et Loujours par une physionomie toute spéciale, par des alé rations pathologiques sans analogues, et par une cause qui soit en concor- | dance avec la spécificité de ces altérations, Voilà ce que la raison nous faim pressentir, et ce pressentiment sera confirmé par les faits et l'ex périmentas tion.

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& IV

Conditions d'existence d’une ophthalmie contagieuse. — Îl ressort de tout € que nous avons dit jusqu'à présent, que l’on n'a aucun droit à attribuer um puissance contagieuse aux produits des nombreuses ophthalmies que nous avons analysées. On ne peut pas, avec plus de raison, regarder comm spécifiques les altérations morbides qu'elles développent. Si l’on a cousi déré la purulence de certaines conjonctivites comme une preuve de l’exis= tence de celte propriété contagieuse, si l’on a été jusqu’à désigner comme de zranulations spécifiques, les altérations les plus dissemblables, les plus sini ples, les plus vulgaires, au point de vue de leur constitution anatomique, c'es que l'on s’est laissé entraîner par les apparences, par l’habitude, par de

intécédents non contestés jusqu’à cette époque ; on a consacré de la sorte un “atscientifique arbitraire, contre lequel protestent la raison mieux éclairée et Les faits mieux observés.

Une ophthalmie contagieuse ne réclame aucune prédisposition particulière bourse développer; elle est renfermée toute entière dans son principe ou Dlutôt dans son virus, tout le reste n’est qu'accessoire. Ainsi, elle doit s’éta- Hirchez l'enfant comme chez l'adulte, chez l'homme fait comme chez le vieilard;elle doit envahir le monde civil comme le corps militaire. Sa cause renterme en elle toute sa puissance d’action et tous les éléments des altérations quelle doit susciter dès qu’elle est déposée sur un terrain convenable ; il est Evident que, dans l'occurrence, ce terrain étant les membranes muqueuses, tete cause virulente ne pourra pas se borner à agir exclusivement sur certaines membranes muqueuses, sur la conjonctive par exemple, mais qu’elle pourra ussr étendre son action à d’autres muqueuses qui lui cffriront des conditions hnalogues. On résistera parfois à cette cause comme à toutes les autres; mais *etie résistance, cette immunité proviendront le plus souvent d’une puissance seutralisante qu’il faut rechercher ailleurs que dans des prédispositions orgaiiques.

{“Que la conjonctive soit lisse, polie, normale enfin, ou bien qu’elle présente Mes-papilles et des follicules engorgés, hypertrophiés, la situation sera idenliqueau point de vue de la cause contagieuse. Dans l’un et l’autre cas, elle hgirade la même manière et aboutira aux mêmes conséquences. Celles-ci, une lois-développées, ne laisseront même pas deviner si la conjonctive était lisse abord, ou si elle offrait des papilles ou des follicules hypertrophiés. Dans funet l'autre cas encore, les symptômes de la conjonctivite contagieuse pourjrontavoir un degré différent de gravité, suivant l'énergie que la cause spéciflique-aura déployée, suivant la plus ou moins grande sensibilité individuelle; \mais il n’y à rien là qui doive faire conclure à une prédisposition à l’égard de Lophthalmie contagieuse ; c'est tout simplement la sanction de cette loi généjrale qui veut que les causes des maladies agissent différemment, sous certains papports, d'après la constitution et les tempéraments des sujets. — Les uns tcèdent à ces causes, on ne sait pas toujours pourquoi, les autres y résistent, jonnen connaît pas mieux la raison. — Quand une cause contagieuse a agi, [Loujours ses altérations spécifiques sont les mêmes, peu importe leur siége, — ici identité est absolue.

! “Pelles sont, en résumé, les conditions d'existence d’une maladie contagieuse ; Silysa une ophthalmie contagieuse méritant réellement ce nom, on doit de toute nécessité retrouver ces mêmes conditions. Eh bien! l’ophthalmie contafpieuse existe avec sa cause virulente et ses altérations spécifiques; cette ophlthalmie, c’est la conjonctivite purulente granuleuse. C’est à l'examen scrupu- [eux de cette ophthalmie que nous allons consacrer les paragraphes suivants. Notre travail sera d'autant plus facile que le chemin est déblayé, et que la

{moindre équivoque comme la moindre confusion sont devenues à peu près impossibles.

| Anatomie pathologique de l’ophthalmie granuleuse, purulente, contagieuse ; | SYmplômes de cette affection. — Dans la première journée et dès les premières | heures qui suivent l'application du virus granuleux sur la conjonctive, on {'EMarque que les vaisseaux sanguins se congestionnent et apparaissent en {nombre très considérable. Cet état hypérémique ne se remarque d’abord que

dans le tissu conjonctival; peu à peu le mouvement fluxionnaire gagne; less vures vasculaires se gorgent d’un sang rutilant, se rapprochent et finissent se confondre pour ne plus laisser apparaître qu’une surface d’un rouge vifu forme. Ce phénomène ne se borne pas à la conjonctive palpébrale, il emx aussi la muqueuse oculaire, En même temps qu'il s'établit, le tissu cellular sous-muqueux Se gorge également de sang ; les veines qui rampent dans à. In rieur des paupières participent à cette injection, eu l’on peut suivre sous peau la trace de ces vaisseaux. Cette particularité anatomique exprime li tensité, la violence de la phlegmasie, poussée dès l’abord à ses extrêmes li n tes. Tandis qu’elle s'effectue, la conjonctive se boursouflle et suit comme une marche ascendante; ce boursoufflement va tellement loin que le rappre chement des bords libres des paupières devient presque impossible. Le cellulaire sous-muqueux s’infiltre, il s’y dépose des liquides plastiques al dants. L’épithélium s’exfolie, se détache : la phlegmasie est à son apogée. va-t-il advenir ?

Tandis que l’épithélium s’élimine, que la surface conjonctivale, lisses polie d’abord, perd ces qualités, il s opère une exsudation fibrino-albuminel sur la conjonctive. Cette exsudation s'organise aussitôt sur toute F étendut la surface de la muqueuse nalpébralé qui se transforme de la sorte & recouvre de petites saillies très serrées, très abondantes, vers le cul de: palpébro-oculaire. Ces petites saillies, d’un rouge amaranthe très prono sont imbriquées les unes dans les autres par le fait de leur inclinaisonwe le grand angle de l'œil ; elles sont évasées à leur base, acuminées à leurs0 met. Elles sont brillantes, reflètent la lumière et offrent un aspect miroïta caractéristique. Quand on les redresse en passant à rebrousse poil sur | Let sommet incliné, on voit qu’elles sont séparées par de petits sillons qui “U sectent dans tous les sens, et qui sont remplis d’abord d’une sérosité, guinolente qui cède rapidement la place à un pus blanc-jaunâtre, homogt bien lié et excessivement abondant; la moindre pression, le moindre fre 4 ment exercés sur ces petites aspérités en font aussitôt sortir un sang vermes qui s'étend en nappe sur les parties environnantes, conséquence de la du mouvement fluxionnaire permanent, caractéristique de l'état granuleux« aspérités, que nous ne désignerons plus désormais que sous le nom de gran lations, sécrètent, à partir du moment de leur apparition, le pus qui b: constamment leur surface et qui remplit les sillons qui les séparent. sécrétion purulente est continue, fatale et pathognomonique. Le pus s «2 | sous forme de gouttelettes par le grand angle de l'œil, lubrifie les ailes du | les joues qu'il irrite, qu’il corrode souvent, tellement, en dehors de sa pi ri priété virulente spécifique que nous démontrerons, sa puissance irritante e grande et son âcrété extrême, L'action de ce pus sur le globe oculaire est tructive, et le patient en supporte avec peine le contact. |

À cette période du mal, la conjonctive n’est plus reconnaissable; sa su f à envahie par les granulations, offre un aspect qui ressemble assez, par IaMd position qu'affectent les granulations, à celui des pavés des rues; OM retrouve plus à l’état aigu aucune trace d’épithélium, et l’on rechercheraïta nement dans une conjonctive ainsi transformée les éléments qui coustitue: nt papilles et ses follicules. L -1

Lorsque les granulations sont bien établies, lorsque dans leurs nombre sillons d’intersection on retrouve le pus virulent qu’elles ne cessent d’exsi leur sommet, d’un rouge très vif, ressort énergiquement sur le fonc conjonctive granuleuse, rendue jaunâtre par la présence du liquide pur Les granulations semblent se pénétrer l’une l'autre; elles sout imbriq

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ni

buchevêtrées par leur base; c’est ce qui leur donne cette uniformité, cette régularité remarquables que l’on ne retrouve ni dans les végétations, ni dans tés bourgeons calleux, fongueux, ni dans les prétendues granulations vésiuleuses, qui ont cependant été considérées comme le prototype de l'affection

Eaconjonctive oculaire participe immédiatement à cette violente phlogose; lontMla puissance trausformatrice est si radicale: un chémosis considérable Feproduit, dépasse souvent les limites de la cornée, enchâsse l'œil, le com-

Sanature alors est inflammatoire; dans ce cas, il est la conséquence d’une Jconjonctivite granuleuse, très violente sans doute, mais dont le mode inflamläloire n’a pas dépassé en intensité toutes les limites. Il peut être œdéma-

Puibune voie ascendante ou une voie descendante ; et, comme il arrive ordijuurement que l'affection granuleuse, après avoir paru céder, se réveille ensuite

hémosis alterner un certain nombre de fois pendant la durée d’une oph- {thalmie.

Le tissu cellulaire sous-conjonctival s’épaissit, il s’infiltre d’exsudats plastiques; de là, le phénomène pour ‘ainsi dire constant, dès que l’ophthalmie à (quelques jours de date, de l'augmentation plus ou moins considérable de l'épaisseur totale de la paupière. :

| Be“cartilage tarse est soulevé, il bascule en prenant son point d'appui sur son.bord adhérent. Cette disposition occasionne un ectropion accidentel qui facilite le renversement de la paupière.

ECS granulations peuvent acquérir de grandes dimensions, constituer de véritables paquets, parfois mous, parfois durs, selon l'ancienneté du mal, et agibcontre le globe oculaire en vrais corps étrangers—nous avons, au moment où nous écrivons, dans nos salles à l'hôpital Saint-Pierre, une femme atteinte d’ophthalmie granuleuse; les granulations ont un tel développement que, quand on renverse les paupières, elles se précipitent comme de véritables paquets au devant du globe oculaire, et l'on ne parvient que difficilement à les refouler pour remettre les paupières en place.

La cornée devient malade consécutivement; en d’autres termes, les altérations kératidiennes n’ont rien de spécifique ; elles sont la conséquence de la Violence de là phlegmasie spécifique. Par le fait de l'inflammation qui l’envahit, de la compression qu’elle éprouve, elle se ramollit, s'ulcère et se crève. Les Suites immédiates de cette grave complication sont une kératocèle plus OUAMoins volumineuse, constituée par la lame profonde de la cornée, puis la lupture de cette tumeur, l'épanchement au dehors de l'humeur aqueuse, le Släphylôme de l'iris, le déplacement du cristallin, l'inflammation de l'œil en Masse, Sa suppuration, sa destruction totale; tels sont les phénomènes qui se Plésentent dès les premiers jours de l'invasion de l’ophthalmie granuleuse Suraigué.

D'après les micrographes qui ont examiné les granulations, elles naissent

d'un exsudat plastique qui s'organise pour former d’abord des celln bientôt, par leur allongement, ces cellules donnent naissance à des fibres comme l'a prouvé un de nos anciens élèves, se disposent parallèlement chaque granulation; cellules et fibres soutiennent un lacis vasculaire ex@ vement riche et serré qui les alimente, et qui n’est qu'un prolongement nouvelle formation, des capillaires de la conjonctive. Quand l'élément cell prédomine, les granulations sont molles, dépressibles, et si l’on tenait donner un nom en rapport avec leur structure, on les appellerait gra tions cellulo-vasculaires; ces granulations se rencontrent surtout dans les” thalmies contagieuses récentes. Dans celles qui sont anciennes, résistante tissu fibreux prédomine ; les granulations deviennent plus dures, plus fer elles acquièrent un volume plus grand; le travail d’exsudation purulente moins actif, sans que le pus exsudé cesse pourtant d’être contagieux peuvent prendre alors le nom de granulations fibro-vasculaires. à Lorsque les granulations sont anciennes, outre leur augmentation de vol et de consistance, on peut encore y reconnaître les caractères suivants# base s’élargit, semble s'implanter profondément et eroiser la direction d'at ranulations; leur sommet, d’acuminé qu'il était à l’état aigu, s’arrondit vient mousse. Les sillons qui les séparent sont plus larges; elles offrent pa l'aspect d’une rape à aspérités émoussées, elles saignent moins facilet qu’à leur première période, quoique la pression provoque encore un mo ment fluxionnaire énergique; çà et là, on rencontre quelques cellules épll liales ; elles sont isolées, n’ont qu'une existence éphémère, et ne tardent à se détacher du tissu granuleux, parce que ce terrain est impropre 2m complète évolution. La couleur des granulations chroniques diffère dem des granulations aiguës ; elle n’est plus aussi-concentrée, aussi amarai parfois même elles ont un reflet plombé, comme œdémateux, ainsi quen pouvons le constater actuellement chez une femme granuleuse que nous en traitement à l'hôpital; mais cette teinte plombée, œdémateuse, ne tard à disparaître; si l’on excite ces granulations par la pression et par le froutem elles ne tardent pas à se congestionner violemment et à reprendre mom nément leur coloration primitive. Lorsquelles sont arrivées à cet éla chronicité, l’exsudation purulente n’est pas tarie, mais elle est peu act c'est à peine si, de temps en temps et surtout le matin, on en recueille goutte dans le grand angle de l'œil. Qu'on ne s’y trompe pas toutefois pus, en quantité si minime, ne cesse pas d’être contagieux, et nous l'avons | malgré son innocuité apparente, déposé sur des conjonctives saines, suscite des ophthalmies contagieuses redoutables ; quoiqu’à la suite d’une ophtha granuleuse, il se produise souvent des pannus dont la guérison est éminem difficile, il peut se faire aussi que tout semble rentrer dans lordre,< j fonctions visuelles s’exécutent à peu près normalement, Qu'on se méfie, ce n'est là souvent qu’un état trompeur; en effet, qu'on observe scrupul ment, et l’on constatera que, tous les matins, il s'accumule un peu de pt s le grand angle de l'œil, que les vaissaux sclérotidiens se congestionnent motif apparent, et si l'on renverse bien les paupières, qui ne cessen d'être injectées, si on les attire vers soi, on apercevra, surtout à la paul supérieure sous l'orbite, de petits paquets granuleux qui ont échappé à la des agents thérapeutiques; ces paquets granuleux sont cause de ces si larités pathologiques; ils suffisent pour faire récidiver une ophthalmie gr leuse, jusle au moment où on la croyait guérie. Dernièrement, nous ax témoin d'un cas de l'espèce : nous croyions un malade guéri; quinze après, il rentrait dans nos salles avec une ophthalmie granuleuse surd

nous reconnümes que cette récidive était due à ces paquets granuleux sousorbitaires, que nous avons appelés granulalions latentes. Les granulalions véritables ont encore un autre cachet particulier, c’est fqwelles sont excessivement tenaces et rebelles à lPaction des agents modificatueurs les plus puissants. Vous croyez les avoir détruites soit avec la pierre infernale, soit avec tout autre caustique; le lendemain, c’est à peine si vous pouvez vous apercevoir que l’on s’est servi de ces caustiques ; il faut cautériser souvent, profondément, pour en venir à bout, à leur résistance, il faut opposer l’obstination de l’homme prudent mais convaincu. Îl faut aussi que la Adestruction des granulations soit complète, car il suffit qu’une seule échappe, {pour être, ou pour devenir le point de départ d’une nouvelle invasion granuleuse, | (M Iya encore une singularité qui mérite d’être notée dans le mode de développement et dans la marche des granulations, et que l’on ne rencontre que pdaus l'ophthalmie granuleuse contagieuse. Généralement l’ophthalmie granu- Peuseéclate avec le cortége d'accidents redoutables que nous avons signalé ; Messaccidents purement inflammatoires marchent de pair avec les accidents spécifiques ; ce n’est que quelques jours après ce début, lorsque la violence pphlegmasique s’est un peu apaisée, que l’on reconnaît bien les granulations: mais, quelquefois, les choses se passent autrement, sans que l’on puisse en entrevoir la raison : le début de l’ophthalmie est moins éclatant, les granula- [tions s'établissent très tranquillement, la muqueuse subit plus lentement cette puransformation; ce n’est que quelques jours après que surgissent les symptômes violents que nous avons relatés.

Pendant la durée d’une ophthalmie granuleuse virulente, il n’est pas rare nonplus d'observer des alternatives d’exacerbation et de rémission ; parfois” Nonsserait tenté de croire que le mal s’amende et veut disparaître, mais tout à Coup il reprend, au moment où l’on s’y attendait le moins, une nouvelle activité,

Pes granulations, et nous croyons désormais que c’est chose jugée, sont donc des produits de nouvelle formation, qui transforment radicalement la muqueuse conjonctivale comme toutes les muqueuses sur lesquelles on peut leSrencontrer. Ces granulations, avec le temps, peuvent subir des modifications profondes, devenir fongueuses et sarcomateuses, etc.

Si nous résumons ces faits anatomiques, que nous avons recueillis avec le plusgrand soin, nous y reconnaîtrons quelque chose d’insolite, d’exceptionnel; nya aucune analogie avec ce que nous avons exposé dans les paragraphes précédents. En effet, le début rapide de l'affection après l’application de la Cause; le caractère redoutable immédiat de la phlegmasie, l’orgauisation fatale, presque instantanée d’un tissu néoplastique spécial, qui transforme radicalement la conjonctive tant dans son ensemble que dans chacun de ses éléments ; la production inévitable du pus suivant immédiatement, constammentet en dehors des lois de la suppuration ordinaire, Papparition de ce üSsu Sans analogue; la violence et la persistance du mouvement congestionuaire et phlegmasique ; la destruction constante de l'épithélium conjonctival, enfin la tenacité de l'affection et sa résistance à toute thérapeutique qui Waboutit point à l’'anéantissement complet du tissu granuleux, démontrent quece n’est pas là une affection ordinaire, qu’une cause vulgaire, aussi puis- Sante qu on puisse l’imaginer, soit capable de produire. — L'agent le plusirrilanbeausera peut-être une inflammation intense, purulente, destruélive, mais. “aboutira jamais à la formation du tissu granulé.

Nous n'ignorons pas que, dans leur organisation intime, on rencontre les mêmes éléments constitutifs que dans une foule d’altérations, dans le bourgeon

charnu par exemple. Nous n'avons pas la prétention d’avoir découvert l'analyse que nous avons faite des granulations, des choses inouies, imp pe bles ; leurs éléments disgrégés peuvent avoir des analognes, car ils ress: de l’organisation humaine qui ne peut produire des résultats patholoëi qui lui soient complétement étrangers; mais celle analogie existe aussi tous les autres produits spéciaux ; il y a d’autres globules que ceux du p les globules du pus virulent, chancreux, ressemblent énormément à ( du pus ordinaire; il y a aussi d’autres cellules que celles du cancer, admettant, ce qui est contesté, que le cancer ait des cellules spéciales lors, quoi d'étonnant que l’on puisse rencontrer des cellules, des fibreset vaisseaux, ailleurs que dans les granulations? Cet argument ne peul donc firmer la spécificité que nous accordons aux granulations, car ce n’esl pa la sorte que l’on constate la spécificité d’une production atholoci spécificité se tire des conditions de son développement, du mode d'age ment suivant lequel les éléments anatomiques de ces productions se coï nent et grandissent; elle se tire enfin de l’état morbide final qu'ils cor tuent, état qui, dans son ensemble, est sans analogue et ne peut lai aucun doute pour celui qui à des yeux pour voir les choses telles que existent. + Nous sommes en droit de conclure que l’ophthalmie granuleuse contagié est un affection spécifique dont la cause est unique, virulente, qui se pro par contamination directe ou indirecte, dont les altérations pathologique sans analogues, et se trahissent par des symptômes redoutables, qui, tou . procédant du mode inflammatoire, n'en ont pas moins une physiono particulière; ces altérations ne cèdent pas à un traitement ordinaire, ilM faut un traitement puissamment modificateur. | | Nous appellerons donc le virus qui produit cette ophthalmie, virus gi leuxæ, et les altérations qui la constituent, granulations. —;Ges granuti 1 reproduisent, dans le pus qu’elles exsudent, le virus qui y a donné naissal En étudiant les altérations que la conjonctive subit dans l’ophthal 6 granuleuse , nous avons dû indiquer la plupart des symptômes locau: de cette affection. Il ne nous reste que bien peu de chose à ajouter. \ sigpalerons encore cependant un sentiment de picottement plus ou moins. que le malade éprouve dès le début du mal. Ce sentiment dégénère bientô une douleur intense, brûlante, qui s'irradie dans les parties voisines de le et surtout à la région frontale. La photophobie est considérable, elle s'exag sous le moindre éclat lumineux. La douleur, la vivacité de l’inflammation réa gissent sur les ganglions qui correspondent avec la région oculaire, et déter minent ce que l’on a appelé des bubons pré-auriculaires. Les symptômes généraux sont ceux de toute phlegmasie intense. LL ÿ à l'agitation, de l’insomnie, des révasseries, parfois du délire. La peau est cha et gate: le pouls fréquent, développé. Les urines sont rares, rouges, S menteuses. [l y à de la soif, de l’anorexie, de la constipation. Ces symptd se mesurent à l'intensité de la phlegmasie conjonctivale.

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