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Étiologie de la conjonctivite granuleuse. Unité de la cause de cette affecti Sa virulence, sa contagiosité et son mode de propagation démontrés par lai son, l'observation et l'expérimentation. — A une affection aussi bien définie
celle que nous venons d'étudier, il ne pouvait point y avoir des causes d rentes et nombreuses.
La conjonctivite granuleuse étant sans analogue dans le cadre nosologique, ayant une physionomie, une manière d’être qu'il est impossible de découvrir dans aucune autre maladie, exsudant un pus dont la puissance virulente contagieuse est incontestable, offrant enfin, dans son ensemble, les caractères de la“spécificité la mieux tranchée, il est logiquement nécessaire de reconnaître äcetle existence morbide spécifique une cause unique, spéciale et toujours la même: Nous allons voir que cette cause existe. — Nous allons démontrer que cette cause seule peut développer cette redoutable maladie que nous appelons conjoncuvite granuleuse, purulente, contagieuse, quels que soient les individus qui en sont atteints. — La raison, | observation et l’expérimentation ne laïisseront plus planer le moindre doute sur la nature et la cause de cette 0phthalmie ; elles prouveront que, si l’on a soutenu si longtemps des opinions contraires, c'est que l’on ne s’est pas bien rendu compte de l’individualité morbide dont on faisait l’histoire, et qu'on l’a confondue avec d’autres états pathologiques qui n'avaient avec elle aucun lien de famille. On s’expliquera dela sorte comment il se fait que, malgré les nombreux travaux que l'on à publiés sur ce sujet, l'on est encore aussi peu d'accord sur ses causes el ses altérations, comment il se fait qu'en France, en Italie, en Allemagne, en Danemark on n'ait qu'une idée fort vague sur une ophthalmie qui, pendaut si longlemps, a mis en émoi la médecine belge. Qu’on ne nous dise pas que celte ophthalmie est inconnue dans ces différents pays, car nous affirmons que partout, dans le Nord comme dans le Midi, on rencontre les mêmes altérations . oculaires qu'en Belgique, daus l’armée comme dans le civil; partout il y a des Ophthalmies simples et des ophthalmies contagieuses ; mais, dans chaque pays aussi, on les voit avec des préoccupations différentes. Ainsi, dans certaines contrées, l’on s’arrêterait à peine devant des ophthalmies auxquelles on n’attibue aucune gravité, tandis que dans d’autres, elles frapperaient d’épouvante les-malades et les praticiens. — Pourquoi celte divergence d'appréciation ? Parce que l’on n’a jamais cherché à établir une ligne de ain entre les ophthalmies contagieuses et celles qui ne le sont pas; il a suffit qu’un certain nombre d'individus fussent simultanément atteints d’ophthalmie et présenlassenL certaines irrégularités conjonctivales, pour en conclure d’abord à Pexistence d’un principe contagieux que l’on était incapable de démontrer, et que-par cela même on rendait variable et capricieux, et ensuite à la présence d'une altération spécifique, à laquelle on accorda le nom de granulation, quoique ces granulations variassent, ainsi que nous l'avons déjà dit, de forme, d'aspect et de nature.
Ceite confusion deviendra impossible si l’on admet les principes que nous défendons. Ces principes replacent chaque individualité ophthalmique dans lécadre naturel qu'elle doit occuper, et ils les empêchent d’empiéter les unes Sur les autres. — Ainsi, pour l’ophthalmie contagieuse granuleuse, nous proclamons qu'il n’y a qu'une seule individualité de ce nom ; nous disons que les granulations sont des productions spécifiques émanant d’un virus, que nous nOMMONS granuleux, et qui se régénère à l'infini dans des altérations qu'il engendre. — Notre raison nous dit que nous sommes en droit d'affirmer cette proposition.
Eu effet, une loi d'harmonie générale, qui domine tout dans la nature, ne nous dit-elle pas que les causes et les effets sont liés entre eux d’une manière étroite ec indissoluble ? Ne nous dit-elle pas qu’à des effets spéciaux bien déterminés, il doit nécessairement y avoir une cause qui soit en rapport direct avec ces effets? Cette cause ne doit-elle pas s ‘éloigner radicale- Meul des causes vulgaires? Ce raisonnement si simple, que tout le monde
admet en thèse générale, nous l’appliquons à l’étiologie de la conjoneti granuleuse, et tout le monde l’y appliquerait avec nous, si l’on voulait bonne fois dégager cette ophthalmie du milieu dans lequel on la maïnt confondue et défigurée. | | ne L'observation des faits vient justifier ce que la raison n’avait que senti. ‘ il Voici ce que nous avons toujours observé, sur plus de cent sujets atte d'ophthalmie granuleuse contagieuse, quels qu'ils fussent, militaires ou autr enfants ou adultes, hommes ou femmes, etc. : Dans la grande majorité des l'ophihalmie contagieuse commence par un œil; ce n’est que consécutive qu'elle se propage à l’autre par le transport plus ou moins direct du puswi lent exsudé par les granulations. Huit fois sur dix, nous avons constaté l’ophthalmie la coexistence d’une urétrite offrant une identité frappantéa l’affection oculaire. Engagés dans cette voie, que nous avons parcourue avec plus scrupuleuse attention, nous avons souvent remonté à plusieurs de de génération, Nous avons quelquefois exploré les femmes qui étaient le po de départ de l'infection, et nous avons retrouvé au col utérin, dans canaux des glandes vulvo-vaginales, dans l’urètre, des granulationsidl tiques à celles que nous observions sur la conjonctive en dernier lieu inf tée. Dans l’ophthalmie granuleuse, purulente, contagieuse des nouveau que nous avons un jour observée à l'état épidémique, nous avons toujours établir que l’ophthalmie des enfants prenait sa source chez leurs mères étaient atteintes de granulations utérines, urétrales, etc., et dans ce cas. enfants avaient été contaminés pendant le travail de l’accouchement ; ou€l leurs nourrices, qui pouvaient, par imprudence ou par défaut de propre contagionner les enfants par le transport indirect de la matière virulentep venant de leurs organes contaminés. — Nous ne prétendons pas que, di l'épidémie à laquelle nous empruntons quelques épisodes, tous les enfa . aient été infectés d’ophthalmie de cette manière, cela serait inadmissible“ comprend du reste que la propagation de l’ophthalmie granuleuse est fat quand, dans un grand rassemblement d'enfants, un ou deux d’entre euxs infectés; ce que nous voulons faire ressortir, c'est que les épidémies gra leuses, comme les cas isolés, reconnaissent souvent pour cause une sou à laquelle il nous semble que l’on n’a pas fait suffisamment attention. = premier cas existant, on s'explique aisément l'apparition des autres. Ce. est certain, c’est que nous avons constaté le transport direct du pus contagit des parties génitales dans l’œil ; deux fois de suite ce\transport s’est effet Sous nos yeux; inutile de dire que la conséquence en a Loujours été dés treuse. : 010 Nous avons reçu dernièrement, au commencement de décembre, dans no service à l'hôpital Saint-Pierre, une jeune femme blonde, Tymphatique, | ClaIL en couches depuis une quinzaine de jours ; son enfant était atteint d'o thalmie granuleuse purulente (ophthalmie des nouveau-nés). En voyaän (a enfant, ayant constaté la virulence et la spécificité de son affection, prédimes aux élèves qui suivaient notre clinique, que la mère devait atteinte de granulations dans un point quelconque de ses organes sexut nous la visilâämes au spéculum et nous trouvâmes le col utérin recouverb des granulations des mieux caractérisées; elles étaient identiques, pari lorme, leur couleur et presque par leur volume aux granulations conjon vales : comme elles, elles exsudaient un pus abondant, elles saignaient moindre contact, etc. Nous pourrions multiplier les faits de l'espèce, modes de propagation contagieuse ne sont pas les seuls. La propagation Yi
lente peut encore s’opérer de l'œil d’un individu aux yeux d’un autre; ce mode dé‘transmission est le plus fréquent, le plus habituel, mais il ne s'exécute pas consiamment de la même manière. Dans celte circonstance, le mode de transmission est immédiat ou direct,et médiat ou indirect, c’est-à-dire qu'il se réalise àaide d’un agent intermédiaire chargé de la matière purulente contagieuse et servant à la fois à chacun d'eux. Ce qui ne peut être récusé pour deux sujets ne peut l'être pour plusieurs; on entrevoit de la sorte et le point d’origine de Vophthalmie purulente, granuleuse, et son mode de propagation chez les personnes réunies en corps, vivant de la même vie, ayant des relations contiüues entre elles et se servant des mêmes objets. On s'explique aussi dans quelles conditions cette ophthalmie peui exister sous la forme épidémique, sous quelles influences cette épidémie s'établit et ce qu’il faut faire pour la prévenir ou la faire disparaître.— L'état épidémique en a encore imposé relativement à lophthalmie qui nous occupe ; on n’a pas assez réfléchi que les ophthalmies simples, comme l’ophthalmie granuleuse, pouvaient régner sous cette forme, sans donner aux premières des propriétés contagienses et sans ôter de sa puissance virulente à la seconde, l’état épidémique, dans les deux cas, se produisant par des procédés distincts.
Quelle conclusion tirer des faits que nous venons d'exposer? Il n’y en a
qu'une seule de possible. C’est que partout nous voyons que l'ophthalmie granuleuse se produit et se propage par le pus virulent exsudé d’une muqueuse, quelle que soit cette muqueuse, et déposé sur une coujonctive saine. Il s’ensuit” que la cause fatale de l’ophthalmie grauuleuse contagieuse se résume toute entière dans un virus spécial, toujours le même, aboutissant toujours aux-mêmes altérations qui reproduisent toujours le même virus. Il s’ensuil enfin que l'observation attentive des faits démontre que la cause de l’ophthal- Mie granuleuse contagieuse est le virus granuleux, qui a pour gangue le pus sécrélé par la surface granulée.
—Que dire maintenant des théories qui considèrent les causes irritantes ordi- Häires comme capables d'aboutir aux résultats que nous venons de signaler ? Nes'aperçoit-on pas qu'il y à là une impossibilité de fait et de raison, et que Sily à une aütre ophthalmie contagieuse que celle que nous étudions en ce moment, ce ne peut être une ophthalmie granuleuse; elle doit avoir une autre nature, d’autres altérations, et l’on doit pouvoir en constater la cause virulente? Comme nous ne saurions assez le répéter, les causes ordinaires, quelle que Soit leur énergie d'action, ne peuvent rien en dehors des limites qui leur ont été assignées par la nature : elles sont fatalement condamnées à n’aboutir qu’à des résultats phlegmasiques simples, très intenses peut-être, épidémiques même, mais qui, dans aucun cas, ne sauraient être contagieux. — Mais, diraon, le produit de ces inflammations, élevées à une certaine puissance d’acuité, déposé sur une conjonctive saine, peut y provoquer une inflammation très vive, purulente même. Nous acceptons ce fait, qui n’ébranle nullement la doctrine que uous défendons. Il prouve tout simplement la sensibilité exquise de la muqueuse conjonetivale, sur laquelle on ne dépose pas toujours impunément des agents irritants. Mais le produit inflammatoire simple ne deviendra jamais, quoi qu’on fasse, un produit spécial, virulent, et les conséquences n’en seront jamais des granulations spécifiques. Il y aura pourtant propagation morbide, Cela est très vrai; mais, dans cette dernière hypothèse, la propagation se Sera effectuée par voie d'irritation, qu'il faut se garder de confondre avec la Contamination virulente.
Les muqueuses utérine, vaginale et urétrale s’enflamment aussi en dehors de la participation du virus granuleux ; il y a des blennorrhagies qui ue
sont point contagieuses, qui ne sont anatomiquement constituées que par de phlegmasies simples; eh bien! des faits nombreux prouvent que lécoulem: muqueux où muco-purulent de ces blennorrhagies, porté sur la cons l'irritent, l’enflamment et y déterminent des oplyhalmies catarrhales suraigi Qu'est-ce à dire? y a-t-il spécificité dans ce résultat? y observera-t-on jam les altérations pathologiques décrites plus haut? Non, évidemment non, à mo que l’on ne persiste à regarder comme étant des granulations spécifiques, divers états que nous avons analysés et jugés dite notre troisième paragrals et qui, bien que détruisant le poli de la surface conjonctivale, ne sont néa moins que le développement inflammatoire d'éléments anatomiques norma Disons-le ici en passant : il en est des bkennorrhagies comme des ophthalm il y a des urétrites simples comme il y a des ophthalmies simples; il yat urétrites contagieuses purulentes granuleuses, comme il y a des conjonclivil contagieuses granuleuses ; l'important, c’est de ne pas confondre es mad les unes avec les autres.
Mais nous objectera-t-on enfin : sans devoir être attribuée à un virus, l'or thalmie granuleuse peut être la conséquence d’un principe contagieux, d'u sorte de miasme renfermé dans l’air, imprégnant les vêtements, les it ries, etc. À notre tour, nous repondrons : Mais en quoi consiste ce princi contagieux auquel vous ne voulez pas donner le nom de virus? quel es | miasme. car nous admettons les maladies infectieuses miasmatiques, que not ne confondons pas avec les maladies contagieuses ; mais encore faut-il qui nous démontre que ces miasmes existent et ne sont point une création imag naire faite pour le besoin d’une cause. On ne nous répondra pas, car dans cet objection captieuse, il n’y a qu’une hypothèse dont on abuse depuis Lot il n’y a qu’une hypothèse qui ne repose sur aucun fait bien démontré. En ki: son, nous admettrions sans peine que, dans une salle où il y a un gra nombre d'ophthalmies granuleuses virulentes, l'atmosphère ‘püt, jusqu un certain point, se charger de molécules contagieuses par l'évaporation pus qui s'échappe continuellement et avec abondance des yeux des ophthe miques. — Dans ce fait, nous le répétons, il n’y a rien qui révolte notre raiso Malheureusement, ce n’est là non plus qu'une hypothèse, vraisemblable Lo fois, mais que l'observation ne vient pas confirmer. Nous avons eu, dans not service d'hôpital, quelquefois quinze à vingt affections granuleuses réunies d’autres malades se trouvaient à côté des sujets atteints de granulations ; dt mères, des nourrices allaitaient, soignaient constamment leurs enfants atteiti d'ophthalmie granuleuse ; les infirmiers, les élèves internes, les élèves extern et nous-même, nous leur prodiguions les soins les plus assidus, nous Miks tions leurs yeux, nous nous approchions, parfois considérablement des surfae malades, et pourtant, jamais personne n a ressenti le moindre inconvénients Tout ceux qui ont été atteints, et j'en ai donné de nombreuses observation l'ont été par défaut de précautions, et par le transport direct ou indirect de, matière purulente dans leurs veux. Que dire après cela de l'opinion qui pr tend qu'il suffit d’avoir été exposé au foyer d'infection pour être susceptibl quoique ayant en apparence les conjonctives saines, de voir se développer d granulations sans avoir subi l'influence d’une nouvelle contagion ; — ile vrai que, pour soutenir cette supposition, que démentent les faits, on a eu | de créer des granulations latentes, invisibles à l'œil nu. |
Il nous reste maintenant à consulter l'expérimentation et à juger si lesr sultats en sont conformes à l'observation et à la raison. 4
Nous avons pratiqué un grand nombre d'expériences, que nous avons SCN puleusement notées et suivies,