PARTIES BELLIGÉRANTES
Parallèle de l'Espagne et de V Amérique^ par rapport à la guerre.^
' L'infiniment grand et l'infiniment petit,- relativement l'infiniment riche et l'infiniment pauvre , l'infiniment éclairé et l'infiniment ténébreux, l'infiniment avisé et fondé en raison-, et l'infiniment mal avisé et dépourvu de prudence, tels sont les attributs respectifs, avec lesquels l'Espagne et l'Amérique se prése.ntent * Congr, de Panama. * 2
( i8) cbns la lotte. L'état de l'Espagne fait pitié ^ et celui dt rAmërique fait onvie ; tout le monde fuit l'E^iagne 9 et ne veut pas avoir à faire avec elle; tout le monde recherche rAmérique et .veut former des liens avec cette terre de richesses. La restauration de l'Espagne a fini 'd'allmer ce malheuremx pays; la: révolution de l'Àméri^e a restauré celle-<i en totalité. Le pouvoir erre et flotte en Espagne; il est exercé par des oppresseurs tirés de la lie .de la nation , sur des opprimés qui en forment la partie la plus éclairée : la nuit y prévaut sur le jour, la folie sur la raison , l'anarchie sur la loi, la tourbe sur l'élite de la population. Ce pays se partage entre l'anarchie et la misère ( i); des moines ignorans poursuivent grossièrement les lumières comme leurs ennemis; ils fanatisent une tourbe armée qui n'accorde d'obéissance qu'aux commandemens qu'elle a dictés : race aussi funeste à l'ordre public que les hommes <le 1795, dont encore cette populace n'a pas les i:âlens et la terrible énergie, L'Espagne n'a' plus rien de ce qui t;onstitue un gouvernement
' {.^ ) Voyez l'entreprise de Bessières»
( 19 ) propre à une action régulièife (i), une cour divisée , foyer d'intrigue^ entre de nnsérables courtisans et de ridicules' favpri§;Jes ftgens supérieurs de l'autorité chasses, repris, toujours
(i) Voyez ce qu'on lit journellement dans les papiers sur les faroris Ugarte, Colamardi, qui ont eu pour prédécesseurs les Victor Saez, le duc de San Fernando > et la Camarilla. Voyez aussi le sort qu'ont eu presque tous les ministres depuis i8i4> à commencer par le cbanoine Escoiquiz, le plus fidèle et plus dévoué servi-* teur de Ferdinand Vil j le général Santa-Crux, le comte d'Ofalia, A Madrid, on fait comme dans l'Orient; du pouvoir à l'exil, au cacbot, aux sévices de toute espèce, il n'y a qu'un pas. On commence par torturer un homme pendant un long temps, on lui inflige plus de souffrances que les tribunaux n'oseraient lui en faire^ subir, même après des crimes graves et bien constatés; on reconnaît un matin qu'il est hlanc comme neige j et Von en est quitte pour le mettre dans la rue ; c*est à lui à lécber ses plaies, et ce qu'il y a de plus curieux, dans tout ceci , et qui complète tout , c'est que le lendemain de cette belle opération , on entend des trompettes officielles célébra la îustice , la générosité > la spllici^ tude du pouToir sous lequel se sont passées toutes ces balles dioses. If 'est-ce pas insulter à l'humanité ? Les
suspendiis entre la disgrâce et une faveur con^ testée; les lois saas exécution ^ le trésor sans argent^ l'impôt sans acquitteiâent , le soldat sans{)aie, les |K>rts et les arsenaux sans vais-^
ïiommes sont-ib entités dans des sociétés qu'ils soutiennent au prix de tout ce qu'ils ont de plus cher , pour y trouver de pareils traitémens ? Voilà le fruit de ces gouternemesis ocultes et absolus qui écrasent fe midi de FEurope , et que des liommes satis cœur comme sans «esprit célèbrent encore parmi noùs^ qu'ils nous ont proposés pour modèles, et qu'ib nous auraient rendus , ifH levait dépendu d'eux ; dans son état actuel , l'Espagne est la satire même du pouvoir absolu , tant il s'y est montré sous des formes hideuses.
On lit encore journellement, ïel régiment désigné pour la Bai^atie^ a déserté i il n'en est resté que les officiers.'^ Tels régiment Ont forcé les caisses puhliques.'^ La garde seule es^ payée , le^ autres troupes sont en arrière pour la paie^ de six mois,' elles manquent d'hahillemens et de chaussures; les employés ne sont pas payés. ^^ Ona pris telle caisse d'épargne pour les emplcyés et F on a fait ïel emploides fonds. On a troupe quelques centaines de rtiille francs chea tel banquier > 'à condition d*un tel monopole j c^un tel privilège ; c'est-, iràive le droit donné i l'un pour rançonner tous les autres. Voila comme l'Espagne se gonvèrne} die a
seaux et sans armes: cest dans cet état que l'Espagne prétend continuer sa lutte contre FAmérique brûlante du feu de sa régénération,^ brillante de Téclat de ses victoires ,■ dévelop?*^
acquis la démonstratioa la plus oomplëte de l'anéantbsement de son crédit, par le refus d'emprunts qu'ellea éprouTé partout. H est éizident que son état s'est aggraré eu comparaison des lois de i8!2o.On Toit Tenir les eonséquences. Il est évident que l'Espagne ne pourrait plus user de lat ressource des biens de son clergé. Qui acbèterait dans un pareil p^js ? Autant yaudrait pprtes ses. capitaux en Turquie*.
Maintenant y. on en est en Espagne à demander des^. lois contre les émigrés , et l'émigration; ces habiles hommes ne peurent pas sortir du Gode pénal. Ils neconnaissent que lu peine pour gouverner leurs semblables ', tout le moral du gouvernement échappe à leur Yue^; ik n'ont jamais soupçonné son existence.. Eh ! quelle peine , grand Dieu ! peuvent-ils infliger à une créature humaine, à un étve.doué de raison, aurdessu^ de celle djB vÎTre sous leurs lois et <ïhabiter l'Espagne gouvernée par eux? Ces hommes oublient que les deux émigrésdont la rentrée est la plus pressante pour l'Espagne , sont lé bon sens et le crédit. Il ne manquerait que de faire des lois contre leur émigration; et de leur donner terme pour rentrer. '
pant chaque jour la virilité de ses membre^^ émancipes et dégagés de chaînes. L'Espagne n a pas^ pu maintenir sa domination çn Améri-^ que, et elle en rêve une nouvelle conquête ; elle n*a pu résister à l'Amérique renaissante i^outenue par son seul courage , et elle prévau- . drait contre FAmérique pourvue de tous les attributs de la force ! L'Espagne de 1814 était un Hercule en comparaison de l'Espagne de 1825, et elle n'a rien pu contre l'Amérique qui, en i8i4 » n'était encore qu'un enfant ^ et qui, en 1825, est un Hercule ^ relativement à l'Espagne. A aucune époque de son histoire , l'Espagne n'était tombée aussi bas qu'elle l'est aujourd'hui; elle est rayée de la puissance comme de la politique européenne; elle ne compte plus dans cette contrée que par les scandales qu'elle présente, par le fardeau qu'elle impose à qui a le malheur d'être lié avec elle, et par les danger;^ dont elle menace la tranquillité générale ; car ii faut un miracle pour que l'Espagne échappe à la catastrophe dont elle rassemble les matériaux avec une persévérance aveugle et un art funeste. Aujourd'hui ce résultat est encore plus évident
qu'il ne Fêtait en 1820, diaprés ce qui s'était passé depuis r8i4* Que peut donc l'Espagne contre l'Amérique ? rien y absolument rien : sa guerre n'est plus qu'un complément de ruine pour elle. Compteraît-ellé sur des troubles in^ térieurs , sur la ressource même du crime ^ tel que celui dont Bolivar vient de manquer * d'être victime \ mais la»chance des troubles est épuisée ; ils ont eu lieu , ils sont l'apanage nécessaire de la violence qui romp^ les liens de l'ancienne domination : mais^ette perturbation n'a qu'un temps; le besoin efla raison ramènent l'ordre ^ tout se classe ^ hommes et chosés.^ L'Amérique en est la ; elle a subi la loi commune, inhérente à toute révolution faite par la masse des citoyens ; elle a eu ses ambitieux et leurs luttes. Tout cela est fini ; l'Amérique est organisée régulièrement; il règne chez elle plus d'ordre qu'il n'y en a en Espagne, et elle est bien plus fondée à compter sur la désorganisation de l'Espagne, <!pie celleci ne l'esl à compter sur la sienne. Eh bien , quand le crime , quod erhen DU alertant ^ atteindrait Bolivar, cela rendrait -il l'Amérique à l'Espagne ? Quel en serait le fruit? un redou
blemait de haine contre l'Espagne. Sûrement la perte de ce grand homme serait une des:
plus sensibles que l'Amérique pourrait faire : mais que ferait-elle gagnera FEspagne? a-t-elle la folie de croire qu'abattre une tète principale est détruire une rév(duti(Mi de peuple? c'est réduire la question entre un homme et elle^, et la question existe entre un monde et l'Espagne : telle est la manie des bannis ; ils s'imaginent toujours que* c'est à eux que l'on veut revenir 'f que tel obAacle levé^ les routes du retour sont aplanies y tandis qu'il peut y avoir ^ mille combinaisons, qui leur soient contraires. La inort de Bolivar ne rendrait pas plus l'Amérique à l'Espagne, qu'en i8qo 9 celle de Napoléon n'eut ramené en France la monarchie; on îbf, retombé dans le désordre y dans les luttes intérieures; mais on n'aurait pas passé instantanément à la monarchie^ dont les élémens dispersa avaient besoin d'être recueillis par une main puissante et réchauffés par une incubation nouvelle, de manière à ce que, par cette recréation, les choses étant faites , il n'y eût plus de combats qu'entre des hommes dont les uns occupent la place qui ah>rs était remplie par d'au^
très, caïnme il est arrivé en 1814. La monarchie existait; il n'y a eu qu'à se placer au poste dont le titulaire venait de descendre;- au lieu qu'^n i8oo il fallait refaire le poste lui-naême. Il en serait de même, et à bien plus forte rai* son, en Amérique; il faudrait que TEspagne* y reconstituât en totalité sa domination. Écartons donc cette idée, comme aussi réroltante par son absurdité que par son aCtro^cité. On a beau se retourner pour trouver un motif,, une signification quelconque à la guerre de l'Espagne contre l'Anlérique; il est impossible d'y apercevoir autre chose que ruine et folie (i).
. (1) La bataille d'Ayacacho a été ponrr l'Espagne et l'Amérique , ce que furent pour César et Octave les batailles de Pbarsale et d'Actium contre Pompée et Antoine; c'est un de ces combats définitifs qui détruisent un pouvoir et consolident l'autre. Les effets naturels de cette action ne se sont pas fait attendre. Les provinces du haut Pérou se sont réunies à celles du bas Pérou ; Olanetta , réduit à une poignée de soldats, s'est fait tuer en pure perte. Aurait-il pu dire ce qu'il prétendait faire après la destruction de la grande armée espagnole? En tout temps y la sottise a reçu son salaire. 11 reste donc à l'Espagne, pour quelques jours seulement » car chaque
( a6 )• Qu'il en coûte k l'Espagne d'accepter la perte d'un domaine aussi précieux <pi6 l'Amérique :
courrier peut apporter la nouTelle de leur Reddition., le fort d'Usloa, et le Gallâj. Bolivar est campé devant •celui-<;i.. Qui peut lui porter du secourt daite Féloigne^ ment oh il est de l'Espagne? Sa résistance est une insanité; celle du fortd'UsIoa est^ sous quelques rap* ports , moins dépourvue de raison ^ car il peut être ravitaillé par la Havane. D'ailleurs, il n'est d^aucune infiaence sur les affaires du Mexique. Seulement sa résistance portera^ le gouvernement du Mexique à se pourvoir en Angleterre et aux .Ét^ts-Unis de vaisseaux plus forts que ceux qu'il a employés jusqu'ici, et 1q résultat final de toute cette conduite sera d'avoir créé une marine au Mexique, laquelle avec celle de Colombie servira k attaquer ta Hatane (i); il est impossible que PAmérîqne soufire cette propriété espagnole à ses portes ; sa tranquillité éternelle en dépend. La Havane sera donc attaquée par l'Amérique , si elle ne se rend pas indépendante par elle-même. Le Mexique vient d'ordonner rétablissement d'un port de guerre; ce sera le premier qu'aura vu le golfe du Mexique ; ainsi au bout de deux ans de liberté, la république du Mexique aura fait plus que PEspagne monarchique n'en avait fait dans trois cents abs.
(i) Cela s*est Y^nfi<f diaprés h reddition des yaisscauz espagnols en Ameriqae. '
( ^7 ) cela est dahs Tordre de la nature ; anssi ^ nie s'agit-il pas de la justesse des regret&> majs de la possibilité de recouvrer ce bien perdu ,
Il faut s'attendre à voir de merveilleuses créations dans lé golfe du Mexique > qui va devenir le centre du commerce de l'Univers. Que de choses il y a là à gagner à se séparer de l'Espagne , et à sortir de l'état colonial; pour passer k l'état de propriétaire iVAuiè* rique rendue à elle-même, faisant ses affaires ellemême , travaillant en esprit de propriété, avec toute liberté , avec antant de dési^ d'avancer que l'Espagne en avait de la retenir ou de l'arrêter , FAméMque enfantera des prodiges. On peut pronostiquer que cet isthme de Panama dont on a tant parlé , et qu'on a tant négligé /avant peu ^ra soumis à l'action puissante de l'att qui saura bien ouvrir les routes directes de l'Europe aux côtes occidentales de l'Amérique et à l'Asie, et celles de l'Asie , de la mer du Sud, et de tout le littoral américain occidental vers l'Europe. Là commencera une immense révolution commerciale, favorable h trois parties du monde , et aux nouveaux continuas de la mer du Sud. Il en sortira de quoi dépasser tout ce que l'imagination des hommes peut se figurer. Qui aura produit ces biens immense^? la séparation de l'Amérique avec l'Espagne, c'est-à-dire sa civilisation : et puis opposez-vous à la riévolution de l'Amérique, et à la civilisation I •
(28) et dé ne pas ajouter à cette perte déjà sr grande^ par d'inutiles efforts pour la réparer^ Ici revient la raison avec ses lumineux conseils : elle veut (jue les affaires des nations soient dirigées d'après leurs intérêts,, et non pas d'après leurs passions^ guides funestes, et qae Tonne le& épuise pas pour courir après ce qm est perdu sans retour. La résignation â aussi son courage , et quand son heure est arrivée , il faut savoir accepter ce qu'elle ordonne et s'y soumettre. A coup sûr ^ l'Angleterre était, plus puissante contre l'Amérique du nord,„ que l'Espagne ne l'est contre l'Amérique du sud : se refusa-rt-elle à la loi de la nécessité ? fit^ eHe céder ses intérêts à ses répugnances ?
voua-t-elle une guerre éternelle à l'Amérique? S'exposa-t-elle à voir ses colonies attaquées , ses côtes insultées , son commerce ruiné pair un ennemi usant à son tour de sa supériorité? L'Angleterre n'avait rien à craindre de tout cela, et cependant elle ne s'obstina pas à combattre l'Amérique en lui refusant son aveu pour ce qu'elle possédait déjà par le fait. Les vains dépits de l'orgueil impuissant ne furent pas admis dans les cdnseils de l'Ati-
(29) çlelerre. Avertie par les faits , die relâcha les liens de rAmérique , et lui abandonna la jouissance de ce qu elle n ayait pas pu l'empêcher de conquérir. Voilà le modèle que ^ous les intérêts de l'Espagne passent cette puissance agonisante d'imiter.
Mais , ce n'est pas tout : ici il ne s'agit pas -de la seule Espagne ; portons nos vues plus iiaut ; nous allons découvrir de quels dangers t:ette prolongation de la guerre Espagnole contre l'Amérique menace l'Europe, Ces dangers résultent :
I**. De l'invasion des mers du midi de l'Europe par les bâtlmens drmés de l'Amérique , qu'attire dans ces parages la guerre subsistante entre elle et l'Espagne ; ^®. De l'aggravation de l'état intérieur de l'Espagne ^ qui l'expose évidemment à une rechute plus grave que ^a première maladie politique; 3**. De la propagation de l'indépendance des colonies^ et de leur formation en républiques^ qui sont les conséquences naturelles de la prolongation de cette guerre. Ces trois choses se montrent à découvert dans la durée de cette lutte , si toutefois il y a une lutte , car toute lutte suppose deux
(3o) adveisaireS; et j dans le cas actuel ^ l'Espagne ne présente plus que l'image d'une victime impuissante à rendre les coups qui la meurtrissent. Un vieillard décrépit ^ abattu y aux pieds d'un colosse plein de vigueur et de jeunesse ^ n'est pas xm athlète.
I*. Il ne faut point que l'orgueil blessé de l'Europe l'aveugle sur cette vérité. Le tour de l'Amérique est à la fin venu ; elle a pris la route de l'Europe^ comme l'Europe avait pris celle de l'Amérique. L'année iSaS aura à inscrire dans ses fastes que ^ pendant son cours , le pavillon de l'Amérique franchit les colonnes d'Hercule et vint se montrer à la Méditerranée étonnée de la vue de ces hôtes nouveaux. De tous les phares élev& sur ces rivages , on peut les découvrir ; tout le littoral de la Pémnsule est enceint d'une chaîne de cor-« saires; l'Espagne est comme retranchée du commerce de l'Europe : celui-ci ne peut plus avoir lieu avec elle, qu'avec le danger de contestations renaissantes; il est inévitable que cet ordre de choses n'en amène point dé la nature la plus désagréaUe : cet état est violent , il nuit à tout le monde , il blesse tous les inté*-
( 3i ) rets, il est pliein de menaces qui peaTexit se réaliser chaque jour: le droit maritinie n'est pas fixé par des lois générales ^ une des parties belligérantes manque du titre généralement i reconnu de nationalité ^ il peut se trouver ;des hommes qui aient gsurdé l'habitude de ne Yojr dans les Américains que des rebelles > et qui -soient'portés à en usera Leur égard avec pré- >somption. Par-là , ils'^st £dnné une situation •diamétralement opposée à l'intention générale de TEoirope pour le maintien de la paix :
^ainsi l'Espagne contrarie directement ce but par la continusttion de la guerre^ et le pays qui, depuis quelques années, a tant inquiété et transisse l'Europe , qui coûte si cher à la France , peut ajouter au fardeau dont il a déjà chargé tout le monde, celui d'une guerre susceptible 4le s'étendre à toute l'Europe.
2**. Si l'Espagne existait à une grande distance de l'Europe, sans liens antérieurs et sans consanguinité avec elle, son état inspirerait les sentimens queThumanité ne refîise pas au malheur; mais, dans cet éloignement, sa dé;tresse anarchique ne serait pas un danger pour l'Europe; celle-ci pourrait contempler l'incendie
(32) vtf an poste de sûreté , et sans crainte de ses atteintes; mais l'Espagne tient à l'Europe par mille rapports , et dans l'état des communications des peujdes entre eux , tous se tiennent y et il est hors de la nature des choses que l'Europe rofte isolée de l^pagne, et ne finisse point par se ressentir de sa situation ; celle-ci est si violente j si bizarre^ si contraire à toute saine notion de gouvernement, qu elle ne peut manquer •d'aboutir à une commotion prochaine; si l'Europe a cru nepas de voir abandonner l'Espagne à elle-même , lors de sa première révolution , comment croirait-elle pouvoir se tenir à l'écart de l'incendie dont des mains imprudentes et forcenées rassemblent de toutes parts les matériauxTLa guerre avec l'Amérique n'^t-elle pas un des pliis actife agens de ces menaçans préparatifs? car cette guerre aggrave la ruine de l'Espagne; la misère toujours croissante fera accroître le d^ordre, et le rendra incurable, et quand il sera au comble, de nouveau il faudra marcher en Espagne ; car on ne voudra pas la laisser se consumer dans les flammes allumées et attisées par le plus déplorable système. Il est dans la nature des choses que ce çoit à la
(55) France d'aviser la première aux moyens d'en finir et d'en avoir la charge ; car ancun plus qu'elle ne sera exposé à dire : Jam proximus ardet Ucqlegon.
L'Espagne est complètement annulée pour l'Europe politique; elle n'est plus un membre* vivant du système européen : celui-ci ne peut que souflftîr du i^tranchement d'un appui qui pourrait y tenir une place importante. L'Europe est constituée de manière que , dans son système défensif contre la Russie^ l'Allemagne forme le corps de bataille , là France la réserve , les Pays-Bas l'aile gauche de cette réserye, l'Espagne l'aile droite, et que rAngleterre soit le trésorier (Je cette fédération préservatrice (i). La place de l'Espagne reste actuellement vide , elle a comme déserté l'Europe , et celle-ci est affaiblie par cette défection , qui est produite en partie par cette guerre d'Amérique que l'Espagne s'obstine à continuer contre^ toute raison. C'est un cancer qui élargit les plaies dont ce lazare politique est déjà couvert.
(i) Il ne s'agit pas ici d'attaquer, mais de se défendre contre le colosse du 'Nord,
Congr, de Panama. 3
(54) 5^. ttô^nvemeinens européens cratgnentl»
r^yoIvtiooSy et les républiques comme résultats de$ réyolutioHs; prévision fondée justement sur la manière dont gouvernent les choses , des hommes qui ont l'air d'être les procureurs fondés d'une propagande républicaine. Voyez si par sa malfaçon à, gouverner toute chose, l'Espagne ne semble pas s'attacher à jouer ce rôle. Par son obstination à posséder l'Ame-*rique malgré ellcf , et à la frapper de ses armes, l'Espagne a poussé cette contrée au républicanisme : c'est elle qui l'a détachée de la monarchie; cette première leçon n'apprend rien à l^pagne , elle s'opiiiiàtre à la guerre cpntre l'Amérique : celle-ci bien assurée chez elle , dit : Eh bien , puisque vous voulez là guerre/ et toujours la guerre, je vais rendre Cuba et Porto-Rîcco à l'indépendance; les domaines d'outi^e-mer épuisés , je passerai à porter U liberté aux Canaries et aux Philippines , et, eu cas de besoin, ce sera sur son propre sol que j'irai chercher l'Espagne. Qui peut calculer les effets d'un appel a l'indépendance adressé à des millions d'hommes torturés par un système flétrissant pour eux, pour leur pays
4St pour ftituiianité? Ainsi , par sa conduite irréfléchie , FEspagne est devenue un fil conducteur qui attire de contrée en contrée Pindépendance et la républi(}ue ; le système anti« àinéricâiil de l'Espagne est donc un système anti-européen > qui rapproche d'elle ce qu'ellfe ' ntet le plus de prix à écarter. Observez avec quelle rapidité on est parvenu à ce point, et f jugez par-là Ce qu'on doit attendre de l'avenir ; et , quand il sera réalisé , à qui sera-t-on fondé à s*en prendre? Faudra-4:-il encore accuser les idées révolutionnaires, les progrès de la démo- -erâtie, et invoquer un redoublement de sévices et de rigueurs contre de prétendus auteurs d'uïi mal que l'oii a fedt soi-même ? ïît dans une situation pareille , dommageable pour tous, si le droit d'intervention rie portait avec lui tant de principes funestes, si le point précis qui autorise son usage était plus facile à assigner, l'Europe n'aurait-elle pas le droit de deniâtidêr à l'Espagne la révision de ses conseils et de sa direction? Cèoées^ une interventioù àe cette nature , dirigée vers wai but d'ùtilifë a^essi sensible que générale, vaudrait bien toutèis celles d^t oii a e^Ie spèetistde depuis plu^ieuts
(56) années , et laisserait après elle des fruits d une utilité moins contestable.
En cas de continuation de la guerre^ le congrès de Panama doit former et cimenter de la manière la plus solennelle une ligue perpétuelle entre tous les nouveaux états de l'Amérique, Que pourra l'Espagne contre une coalition liée par un intérêt aussi puissant et aussi général? Celui-ci est de là nature de ceux qui ne prêtent à aucun dissentiment^ et quimaintiennent les ligues dans toute leur vigueur. L'Espagne n'a pas pu résister à chaque état séparé de l'Amérique , et elle s'opposerait à l'effort combiné de ce grand corps ^ dont aucun obstacle intérieur ne gênerait le développement , fort de ses succès , de son expérience et de ses lumières! Cela se conçoit-il ? Mais la plus grande perte pour l'Espagne ne se trouverait-elle pas dans l'çxclusion de la participation aux avantages que l'Amérique fera trouver à tous ceux qui entretiendront des relations de commerce avec elle? Par sa folle opposition ^ l'Espagne s'expose « en être privée sinon pour toujours^ du moins pour un long temps ; et il est très évident que l'Amérique seule , par son commerce >
( 57 ) peut être la réparatrice dés misères de l'Espagne , et ramener du sang dans ce corps délabré. Depuis vingt-sepl ans, je crie à l'Espagne^ comme au reste de l'Europe : Vous n'avez qu'une seule ligne de conduite à suivre à l'égard de l'Amérique : avec elle, laissez là la politique proprement dite, et ne songez qu'à ses profits de commerce : vous vous abuses sans cesse sur le compte de l'Amérique. D'après vos anciennes idées, d'après votre routine, vous voulez absolument faire de l'Amérique un champ de spéculations politiques, et, dans le fait , elle n'en est qu'un de spéculations commerciales. A cet égard , il règne une mépriise générale , et celle-ci est de la nature la plus dommageable : ce sont là de ces fautes qui gâtent un système tout entier , et dont les suites se font ressentir long^-temps. L'Amérique est hors de toute espèce de politique pour ou contre l'Europe ; en revanche elle entre jusqu'au plus profond de ses intérêts de fortune et de richesses, et celles-ci sont l'âme et le nerf de la politique. A la distance où l'Amérique et l'Europe sont l'une de l'autre , dans l'impossibilité de s'atteindre mutuellement , la partie la plus
(38) riche a uq avantage immçose sur çePe qui L!^ le moins : elle n'a j^is besoin d'anpies çont3:e* eUe , il kii suffit de s'ouvrir ou de se fe.rm^p pour pu contre elle ; là est Je frein véritable à ^«ner aux inimitiés dont, elle peut être l'ob^ jet. Supposons l'Amérique mécontente de l'An» gleterre ; aurait^lle besoin d'armer contre eUo et de recourir à la force positive ? ^ur^menl np^ ; il lui suffirait de suspendre le corn- XDiÇjçe i l'Angleterre n'est pas en état de supr* porter cette suspension ; de tous les points de l'empire britannique s'élèverait une voix pui$^ gante qui demanderait le redressement du tor| qui aurait fait lancer cet interdit ; l'Amérique parlerait dans les salles mêmes de Westminster, et couvrirait les voix qui s'élèveraient contre elle. Par une simple négation, l'Amérique est plu^ pi^is^ante contre l'Europe ,, que l'Europe avec toi;tes ses forces le serrait contre elle ; ceci est une vérité élémentaire > suf laquelle on ne pqut trop iijisister, etque je désire inculquer dans tous les esprits, pour le comnum avantage, de tqu^, f^aites l'application de cette théorie à r{l${Higne, et voyez ce à qijoi çUç s'expose, en^ enço^ra9t vQlontairemç^t l!anMhèïBe d'exclu*
( 39 ) sîon commerciale dont TAmërique pçtit la frap* per (i) ; dans ce éens FAmérique est à Tégaïà de FEurope, ce que Rome fut contre elle ati temps de ta grande puissance papale; elle lançait Pinterdît sur les états et sur les sotK verains. Cemic que frappait ce foudre redfotrt^i, tombaient retranchés dé la société européenne^ en souffrant tous les maux attachés à l*hofreur que faisait ressentir une aveugle crédulité,. La place qu'occupa Rome à Fégard des pères, dans Fordre religieux , FAmérique FoccupeiU dans Fordre de la richesse, à Fégard de leurs descendans : Qui sera excommwûé par ette , sera éxhérédé de la richesse, et par conséquent privé du pouvoir élémentaire des sociétés modernes j^ hors de P Amérique , il rCjr « flus de salut en finances i désormais tout pouvoir de ri* chesse viendra d'elle , et la dispensation de ce ipouvoîr en place un immense dans ses mains:
L'Amérique ne Figpore pas , elfe n'en est pas à apprendre le prix dont elle est,à€otmaître le
(i) La prédiction était accomplie même «Tant la pu- Uicaticn de cet écrit. Voyez le décret du Pérou da 17 ayrU j^Ââns le Moniteur di;^ 1^ août«
{MÎncipede la force qui est son apanage : elle sait que , pour favoriser ou punir, elle n'a qu'à élever ou bien à abaisser ses barrières ; l'Espagne s'expose à ce châtiment , par la prolongation de la guerre, et, déjà bien pauvre, elle provoque de galté de cœur ce qui achèvera de la ruiner. Ce pays est. si peu avancé dans la partie de ses conseils habituels, que des idées aussi simples n'ont pu encore y pénétrer, et qu'on en est encore aux rêves de grandeur^ de pouvoir et de politique , qui auraient pu appartenir au règne de Charles-Quint ; et cependant il n'est aucun pays auquel on puisse dire avec autant de raison , comme au vieillard de la fable :
Quittes le long espoir^ et les vastes pensées.
Mais ce sera surtout dans ses rapports avec le droit public des nations que le congrès de Panama sera d'un grand intérêt, et donnera naissance à une ère nouvelle. Il se propose, 1?. de publier un manifeste pour mettre sou& les yeux du monde entier la justice de ses droits; 2**i d'expliquer son système de politique envers les autres puissances de la chrétienté j 3^. de
conclure unecoaventiondenavigationetdecommerce entre toutes ses parties comme alliées et confédérées; 4^. de régler la colonisation éventuelle de toutes les parties de l'Amérique ; 5°, de fixer les principes du droit des gens, principalement par rapport aux guerres maritimes ; 6* . de déterminer ses relations avec les états devenus indépendans et non encore reconnus.
Jusqu'ici les congrès n'ont guère atteint que des objets matériels, des portions de territoires: le . congrès de Panama dépassera beaucoup cette limite; car le voilà touchant aux racines mêmes des sociétés ; il n'a rien à démêler avec l'Europe, quant au territoire, mais comme puissance maritime et commerciale, toutes les parties de l'Amérique doivent aspirer à l'établissement d'un code universellement reconnu entre des nations que mille rapports doivent faire trouver sans cesse en présence : c'est un vœu de paix que l'Amérique a conçu , et dont elle va présenter les moyens au monde; on ne peut que la louer devouloir prévenir toutes ks collisions qui naissent naturellement de droits contestés. Puisque le commerce va former beaucoup de liens entre les deux hémisphères,
il est indispeiiBaUe cf assurer les routes qui con^ dimeiit de Ynn k l'autre , et de dmènler lé code qui doit les régir. Tant que rAmëriqué'â été régie colomalemetit, ce» précautions étaieùt gt^perflues; mais depuis qu'elle a repris une existence pit^re, ette a le chroit de la placef sous la sauve->g^rde ^e lois reconnues par tous ceux ayec lesquels elle est destinée à avoîr à faire. U feut le dire^ ce qui est Ihhi pour die j^ Test également pour f Europe j car le maintîea légal de relations assurées et pacifi-^ ques est un avantage commun^ et Fabsence des contestations profite également à tout le monde. Avertie par ce que l'oubli et l'absence d'un droit général ont coûté à FEurople , FAraérîque, dès son début dans le monde social^ demande à le fixer, el veut entrer dans les sociétés humaines, un codé de lois générales à la main : pensée humaine, juste, élevée, et qui honore l'Amérique entre toutes les nations^ Enfin, grâces à elle, un code de lois élémen-* taîres pour les sociétés humaines va donc enfin être promulgué parmi elles ; ce que l'on a dit de Montesquieu, le genre humain avait perdu 4PW tUr^jt Mont^uieu les lui a fait retrowetj,
va se réalifor en Améticpie. Avec quelque âi»« torité de geâie qu'uo homme parie snxmopd^ , cependant sa voix n'est jamais que 'cefie £uiv homme : ici ee sera celle d\ia monde entier.
Un particulier est toujours pbcë sous une k>i quelcotiqu^ de réserve ; notre civilisation n'en a j^unàisadipiâ l'entière dépense pour les indivi* dugqui ont tant d'intérêts à ménager et tant do dangers à cn^^bodre i mais qui peut imposer les mêmes gènes à un monde entier, à l'Amérique?^ qui peut l'intimider oulaséduire?Pourquoidis^ simulerait'*elle^ sacrifieràit«elle quelque partie de la vérité? Aji contraire > son intérêt ne la conduit-il pa^ à sa manifestation toute entière? Elle a tout ce qu'il £àut poujr être st la fois sans peur et sans reproches ; et non seulement i'Aipérique possède tous les avantages déposition nécessaires pour dire la vérité toute entière, mais elle seule est affranchie de tout ce qui, sur notre continent, la retient captive^ ou l'obscurcit. Cette vérité ne peut paraitre dans sa pureté primitive, que sur une terre vierge, exempte detouteslesdiffî>rmitésqùi surchargent le reste du monde* Sans penser à l'Asie el a l'Afrique, apançtgea étera^U de la barbarie, comment
étal>lir lé droit ^ dans sa pureté, sur la terre de l'Europe , encore encombrée du dépôt des lois et des usages qu'y ont apportés les féroces conquérans du Nord? Que notre orgueil n'en murmure pas ; ils sont nos pères et nos instituteurs j ils vivent encore parmi nous ; ils régnent encore sur nous.^ Combien de lois absurdes , bizarres, irréfléchies, ne découlent pas encore parmi nous de cette source impuçe? Comment élever, sur ce chaos , le fanal transparent du droit véritable ? comment le faire prévaloir au milieu de tant d'intérêts ennemis? Heureux quand , après de longs combats , on laisse percer quelques parties de ce droit , et qu'on lui permet de se glisser là où il devrait toujours paraître en tête de tout. Mais l'Amérique n'est pas assujettie à ce régime restrictif; sa langue est aussi libre que son bras, et, sous la protection de celui-ci, celle-là va faire entendre au monde un langage pur de toute feinte , et dicté uniquement par la nature de l'ordre social. 11 retentira en Europe ce langage de franchise ; il y joiiîra de toute la faveur de la nouveauté, de toute celle de l'espérance, et Panama va devenir l'école de l'ancien con-
tinent. Ni l'Angleterre, ni les États-Unis, n'auront approché de ce que Panama va. publier:
les principes généraux vers lesquels l'attention du monde se tourne avec tant de complaisance, y seront proclamés avec une solenn>é. majestueuse et calme ; ils viendront enEurO|;\ faire l'éducation des générations naissantes > et la consolation de celles qui s'éteignent, dans l'espoir d'un meilleur avenir pour leur postérité. Sous ce rapport , l'acte de Panama n'est pas un acte isolé, privatif, c'est un acte universel, un acte de l'ordre social ; ce n'est pas un acte purement américain , de plus, c'est un acte humain. Tel est, dans l'état de communication où vivent tous les peuples , le résultat nécessaire de tout acte qui atteint les principes de l'ordre social ; il agit au loin comme auprès j il appartient et s'applique a ceux qui n'ont aucune part à sa formation , comme à ceux qui en sont les auteurs et les objets directs ; ils servent de leçons et d'autorités , et sont invoqués loin des lieux qui les ont vus naître. Dans cet ordre, toutes les parties du monde s'appuient les unes sur lès autres , et c'est ce qui rend irrésistible la puissance de ces actes. On peut annoncer
( 46 ) ^sitte (ksdûée aux actes ûe Patiattia ; ils p^enliront une grande place dans le monde ^ en étendue et en dnrée , car aujourd'hui les prin-^ cipes ne périront pins ; leur diffusion est le gage de leur durée ; ils devraient périr partout et à la fois y autrement lenr conservation dans un liëu^ fei^t'leur résurrection dans tous les autres. Tel ^ rétat actuel du monde , à labri des invasions des barbares y et^ ^n même temps, à l'abri d'ua mode uniforme de despotisme : aujourd'hui les Omar pcrdmient leur temps, et aucun pouvmr sur la terre ne peut plus en faire dispa^» raltre un seul livre que les hommes ont intérêt à conserver : la* vie des écrits cist sous la protection de la civilisation du monde entier ; et dans le cas d'une persécution , 'mille mains* travailleraient à rétablir ces nobles bannis aux lieux d'où l'on auroit prétendu les exiler; singulier spectacle , et bien digne d'occuper à la fois les esprits par le rappel du passé et la considération de l'avenir, les principes de l'ordre social reviennent de l'Amérique en Europe qui les y a portés; maié ib y reviennent épurés , développés , et dégagés des voiles et des difformités dont les antécédens européens les ont
obscurcis et surchargés dans leur tetre nâtele. AP^mamai rAmerique se proppse de publier un manifeste sur la justice de ses droits à Fin-» dépendance et sur ses intentions à l'égard des puissances de la chrétienté. Ici, <}u'ii soit per^mis de dire qu'il y^du luxe; en effet , qui balance aujourd'hui sur la question de l'Améri-* que ? qui révoque ses droits en doute ? quels vœux ne conspirent pas en sa £aveur? L'Amérique compte ses partisans et ses avocats par toutes les lumières de l'Europe , par tous les intérêts de l'Europe. Quels sont encore ses adverr saires? les intéressés et les immobiles, quelques vieux Espagnols ou quelques têtes vieillies dans la routine. Les droits de l'Amérique sont ceux de la nature qui rend libre, l'homme devenu majeur j car enfin le temps de s'appartenir à lui-même doit venir pour lui : le droit de l'Amérique est celui de l'humanité et de la raison outragées par le régime qui a pesé çur elle, par la soumission d'un monde entier à un petit- pays d'Europe , tel que l'Espagne , par la subordination des besoins de l'Amérique aux intérêts de l'Espagne , à ses frayeurs sur H prospérité même de l'Amérique r le droit
(48) de rÀmérique est celui de l'esclave qui rompt les fers dont une main avide la chargé. Pour contester les droits de l'Amérique , il faudrait commencer par établir que sa première conquête fut légitime , que l'Amérique a été faite pour l'Espagne , et que les peuples^ sans autres droits que celui de servir, n'en reçoivent aucun de la souffrance excessive et irréformable dans les causes qui la produisent. La conséquence naturelle de ce système est de partager le monde entre des maîtres irresponsables et des esclaves sans espoir. Sûrement Panama ne sera pas un écho de Laybach, et' ne dira pas avec lui : qu'aux princes seuls appartient de mo^ difier les institutions par des actes spontanés de leur volonté, et qu'ils n'en doivent compte qu'à Dieu. Si les pouvoirs prévalant en Europe ont puisé leurs principes dans les intérêts de leur position, l'Amérique y puisera aussi les siens , et les maintiendra par sa puissance, comme les pouvoirs européens maintiennent leur suprématie par leur force : chacun a le même droit, et l'applique suivant sa position. En Europe on dit ce que l'on veut , quand on le peut : pourquoi en Amérique n'en ferait - on pas autant?
Quant au système politiq^ ^ VAinmqu^ à Vé^^ de I^Ei^pope ,. il est écrit dans lat nature deà choses. Im d^ux contrées n'oAt aucun intérêt matériels ni de territoire i^ démêler ensemUe ; ce sont les sources ordinaires des débats entre les ^ts ; l'amtiiition est une affaire de Toisinage; mais d;'iinmeii3es distances separeiit l'Europe eft ^Amérique : qeUeHiïi v'ep,ten^a pas se mêler des dén^^catii^is territoriaka de l'Europe, y soutenir le £^ible contre le fort , en un mot, entrer dans les intérêts de la bi|bu|ce politique qui ont si laborieusement et si in^uetueuseme^t occupé l'Eutrope^ depuis beaucoup de siècles; d^ igoêm^ l'Europe n'eu^ teocb^a sûremont pas $e charger d^ la ^ollic»tu^ du maintî^^ de h balance po^^ue ^leoéh ricaîne , faire que h CWii prévale swr le Pérou, où le Pérou sur le Chili; tput cela ne lui im-^ porte en nm, tout m inlérieujr an^'ricain lui est entîàres^nt étranger; twte la ppUtique amémaine, à l'égatd dis FEwppe, se réduit doue à ces niots ; BienmlUmQ^ pmr (aus>, ri-
neutmlUé à l'égard de toi^ , réciprocité et amitié, d^, ki p^irt d^ (om. Là fîf^s^twt, là
Congr, de Panama, 4
(56) ^ expirent tous les vieux systèmes d'exclusion , de nation plus favorisée , enfans d une civilisation mal débrouillée ; de meilleures notions ont prévalu , elles seront proclamées avec solennité à Panama , elles deviendront le code de rUnivers. La gloire de son établissement général appartiendra à FÂmérique , et si jadis la Grèce s'instruisit à Técole de Tantîque Egypte, si elle lui demanda de l'aider de sa vieille expérience et de sa sstgesse séculaire, de nos jours, par un retour directement opposé, ce sera la jeune Amérique qui instruira l'Europe, qui l'aidera à se relever de ses voies déréglées, à se dégager du limon de sa barbarie originelle, et à marcher à la diarté plus sûre des principes qu'elle avait méconnus. S'il était permis de prêter un instant des pensées et des paroles à l'Amérique , s'il n'y avait pas trop de présomption àlui servir méûiemomentanément d'interprète, on dirait : toute la politique de l'Amérique à l'égard de l'Europe se réduit à ces mots : Accourez tous au banquet que je vous prépare ; quiconque jr apportera un cœur ami participera à ce festin : quiconque nourrit des dispositions hostiles sera exclus; Je n'ai
( 5i ) rien à craindre j ni à désirer; mais je connais mfm priœ ; fom^re ou je ferme mon sein y sui-^ 9ant qu'on est bien ou mal disposé pour moi; choisissez. Je récompense ou je punis ^ en ou-çrant ou en fermant mes portes ^ et mon arme la plus puissante est une simple négation.
Voilà tout le système américain à l'ëgard de l'Europe ; la raison n'en admet pas d'autres^ et sûrement à Panama^ il ne sera pas dit autre chose ^ parce qu'il n'y a rien de plus ni de moins dans la nature des choses. C'est à elle qu'il faut toujours regarder dans les délibérations faites à la face du monde ^ et entre un grand nombre d'intéressés, libres de s'exprimer avec franchise. L'Eiu*ope peut s'arranger sur cela, car à l'avenir elle ne trouvera pas autre chose en Amérique*
C'est un travail bien complet que celui du congrès de Panama , tel qu'il est annoncé. Il embrasse et prévoit tout.
L'Amérique est trop éclairée pour n'avoir pas distingué dès l'abord la nature des rapports principaux qui vont s'établir entre ses diverses partes : la conf^ration de l'Amérique , les fortes barrières que la nature a placées entre
( 5a ) ses memlnre^^ le uomlire et le volume des cours <FeÀuqfii la traverseni dans tous )es seous^ et qui pénètrent dans soD intérieur à une imtxiense profondeur, font de TAmériqtie une contrée pourvue de tous les attributs iKiaritmie!B.y et vouée aux occupations nautiques. Far consé** quent^ en Amérique, les raj^rts niaritimes dominei*ont et prévaudront sur toi» les autres. Les état9 américains ont leurs frontières tracée» des mains de la nature. Qod peut les en-r gager à les franchir? Leur territoire est fort étendu, et Ton pourrait même dire démesm^ ; il est ex:empt de ces gènes , de ces enclaves qui eri Europe se (ùtA ressentir d'une manière si fîheheuse; la terre attend encore la population ; lea questions territoriales sont donc à peu près nulles pour l'Amérique, dam laquelle il n'y ' aura, d^ici à long-temps, ni à perdre ni à gagner de ce côté; imis il eu sera tout àularemest pour les relations comâieiiciales; ceUes^ei vont abonder , et c'est un acte de sagesse prëvo^àiite , de tendance à la conservation de la bonne bar*nK>uîe, çpe celui par lequel l'Amérique va fixer des principes génâ^ux et prc^es à prévenir; Ii?» contestations qui pourraient s'élever dans un^
(.55) arèû^ litigieuse de sa nature ^ et dans laquelle vont s'élancer tant d'intérêts ; on ne peut pissez Joue** cette humaine prévoyance. Telle- sera la première partie du congrès de Panama. Passons a la seconde;
Objets de délibérations communes aux Puis-sances belligérantes et aux neutres.
Elles porteront sur trois objets :
i^. La colonisation à venir d'une grande * partie de l'Amérique. Cette pensée tient à de grands ^uveuirs et à une longue prévoyance, L'Amérique entière a été l'objet de la mainmise y de la prise de possession de V Europe; celle-ci sur les terres occupées ou Vacantes , dans des contrées ignorées d'elle, et l'ignorant à leur tour, en vertu de sa supériorité de force çt d'industrie, s'est approprié toutes les parties de l'Amérique qu'elle a pu atteindre. On sait ce qu'elle a lEait des habitans, comme elle a asservi les uns, exterminé les autres , et quelle est devenue leur condition ; de là est venu l'ordre colonial , européen > ordre unique dans l'univers , et dont le maintien est l'objet des métropoles, tandis que sa destruction est la ten-^
(54) , dance innée de toute colonie. L'affranchisse-^ ment de cet état a conté la première guerre de l'Amérique du nord; pour l'obtenir dans l'Amérique du sud, il a fallu la guerre qui se termina sous nos yeux; pour faire fructifier ces colonies , il a fallu les peupler d'un peuple étranger , apporté de Ipin, robuste , et qui, par une effrayante multiplication, nienace de se les approprier. Ces considérations bien naturelles ont frappé les États-Unis, et, par la touche du président de rUnion, il a été dit qu'aucune colonisation sur le sol américain ne serait plus tolérée à l'a-? venir. Ce n'est que pour lui qu'il a été statué; car les principes de la justice, et d'autres conséquences faciles à concevoir, s'opposaient à comprendre dans cette détermination la colonisation européenne déjà existante en Amérique : les Anglais, les Français, les Russes, les Hollandais possèdent encore de vastes étendues de terres en Amérique; il ne faut pas réparer un mal fait par un mal à faire , et qui peut même devenir plus grave ; là sagesse prescrit de tolérer ce qui existe , et de ne proscrire que Iq mal qui peut avoir lieu dans l'avenir. L' Amé-r rique annonce devoir se tenir dans cette juste
(55) ■ 'mesure; elle né dira pas à l'Europe : Nous ne reconnaissons point vos droits possessifs existans; mais nous dénierons à l'avenir toute autorisation à des acquisitions de la méine nature ; elles sont très litigieuses en elles-^mêmes , elles finissent par se résoudre en émancipation / et celle-ci ne résulte jamais que d'une lutte ; nous en fournissons la preuve , car notre liberté n'est que le fruit de nos combats : nous voulons la pai:ç avec vous , et la séparation en est un moyen efficace; en définitive ^ quel droit des hommes des autres continens ont-ils de s'approprier le sol d'un continent étranger, situé souvent à une gnmde distance , dont ils n'ont reçu aucune injure , et de le soumettre au double joug de leurs lois et de leurs intérêts , aux gênés de leur administration , et aux inconvéniènis de leur éloignement? Cette colonisation européenne renfermait tous ces principes pernicieux pour les colons. Pour bien juger cet établissemeiit, il faut être colon, il faut avoir subi toutes ses conséquences, il faut avoir été gouverné de si loin, par des hommes de passage ; il faut avoir eu à solliciter dans les métropoles, à les édairer sur les faits et les personnes , à subir les dégoûts
(56) de ces longue requêtes^ et les sotifirances de longs d<^aœmras; ce n'est pas dans les mé-^ tpopdbs que tout cela est apprécié à sa juste valeur y c'est aux cdkmies qui en entrait toutes les coufiéquefices. Les métropolesont ThabiOade de ne coQddérer les colonies que soils le râ|)port àb Fob^issance et du produit; voilà ce qui le6 totfclie dans l'ordre colonial ; les nsiétropoles regardent les colonie avec la likuteur de la supériorité^ et ks cokms cdmiae -des hommes de kbeur* fl y à entre cenxyci et la métropole qvdque chose de ce sentiment despectueux que le maître voue eommunémeiit à Fesclarve.^ la métropole irenge resdbve 4^6 mépris de son maître ai le reléguant hii^méme dans un rang d'infériorité avec elle; cet état est un désordre; il & }Mrodidt des maux zncalculaldes à une partie de larace humaine; l'Amérique Ta vu j^. et veut iprévenn* le mal là ou il pourrait être encore établi» Cest une pensée hmnaine;^ et qui devait appartenir à taie époque où la réfoi^isation socisJe s'opèi>e graduellement: voilà encore un Mur de l'ancien édifice abattu y et que remphœront des conatmctions plus régulières. L'ëu^ rope n'a rien à perdre par cette disposition de^
ilAifnéri<{ue/catr eUe txMicke' au tenue de rah-
xien ordre colonial possessif^ et elle n-ii plus
d'intérêt qu'à faire prbspérer kâ aiicieraves -eo-
lonieSy c'est-à-dire qu'à les rendre à ellcsHinéiiileè^
Inen sûre d^ lies retrouver phiâ friicttiédseâ dans
cet dtat de liberté / comoié l'Angleterre refcrouve
lés Êtàts«-Uttis^ oommeTEurôpe entière tnpttve
l'Aitaëri^pe du ^Sud* li'aneiemie (daéwit ^M^Or
siiàle 49$t pej^ckie par Ses faiti > atteinte' ^ COta-
vakicue d'iiii{fôtetbilité de teaintien ^ar l'^ex-
périencè , «t ap|>elée à céder à ^e nouvç^s
pnftiquës^ |>âk* l'eâbrt cdmnlJuia db tôuik la
^iyâisatiati «du glohe* L'Angleterre ^ la dé&ild
plus qu'à moitié Aux Antilles ^M dansl'tnda;
encore quelijues jours> et *^ses ^obieâ cS0ro|t|t
ouYertl9$ comme le août tes trdis n^um^.
T^e est la toai^he naturelle des choses ^ l'^ifcNP^ -
naur appartient à (îelui qw ie iprecftiei^Ja yft-
connaît^ là iprodaime , el l'qQiplicpie/fêt^c^t
fakmneiir va appartenir «à T Amériqtte ; oa «dirait
qu'à «elfei^ entrée k ^dernière tdans k iiwftide
sodal/idoivent appartenir toMes lesrgldrij^ii^
, initiatives ; en y: réfléchissant on fafouVcirait
qu'elle les doit à •l'absence des. préjugés et «des
intérêts quidominentenoore en£tirope^ compile
( 58 ) la vue q>erçoit plus loiu et plus clairement les objets à mesure quils sont plus dégagés des vapeurs de la terre ^ ou des nuages qui couvrent l'horizon.
a^. L'attribut principal des étals américains sera le travail maritime et commercial ; la plus grande partie de la population américaine s'établira 3ur un littoral de quatre mille lieues détendue y et sur les bords de ces innombrables cours d'eau ^ qui arrosent l'Amérique dans toutes ses directions; il se formera. dans cette contrée des villes immenses^ à l'embouchure des grandes rivières. C'est ainsi que Ne^v-Yorky la Nouvelle-Orléans ^ et Buenos-Ayres ^ sont destinées à devenir des centres immenses de population. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à suivre sur la carte le cours des fleuves , et le nombre des afflùens qui les grossissent, dont ces villes occupent ^embouchure; les villes maritimes, sans cours d'eau prolongés, ainsi que les villes continentales, ne les atteindront jamais : aifisi Lima et Rio*-Janeiro, quoique favorisés par la présence d'un grand gouvernement et par la mer; ainsi Santa-Fé de Bogota, quoique centre d'une puissante république, ne-
(59 ) gâteront jamais les cités indiquëes plus haut, auxquelles le bonheur de leur pœition assigne des avantages que rien ne peut compemer.
C'est ainsi que Paris, avec son modeste fleuve et ses maigres afBuens> n'équivaudra jamais à Londres, qudique in^alité qu'il y ait d'ailleurs entre les pays dont ces deux villes sont les capitales. En Amérique, le rivage occi^^esatal sera toujours inférieur au rivage oriental, par la raison qi^ nous venons d'indiquer; aussi sera-t41 beaucoup moins maritime, *
Iki partant du principe placé en tête de ce chapitre^ celai d'une prodigieuse extension de la navigation, pressentant cet aveuir, l'Amérique a du désirer l'établissement d'un code prc^re à bien fixer les principes conservateurs de ces importantes relations. L'Amérique a sous les yeux l'exemple de l'Europe; les principçrs du droit maritime n'y sont pas encore établis et reconnus; depuis près de cinquante années, ils isont l'objet de contestations décidées suivant la force que Ton a de les interpréter. En 1756, l'Angleterre attaqua, en pleine paix, une flotte française; en 1802, elle fît de morne pour les frégates espagnoles chargées des treV
3Dns du 'Mexique ;. len i8o3^ elle pfëludi à la gaenre par reDlèvemeat de^ Taissèaux da ûoaimeroe français ; deux £qis elle a attaqué -Copenbâgile et a confisqué sailotte; le système continental wnt après ; avec lui les blocus de tous les mages de rEurôpe , puis les cdntesitatiône sur 3a valeur de Ik garantie des pavôl^ Usès, et fioalenient Ja géierre de 187 1 entre l'Angltefeevreet las .États-Unis. C'est oè tableau sous les yeux que l'Amérique demande une définition positive t du dixiit« En entbafnt dans ia Gârriène aans J>brBe6 qui s'ouvce poiur dQè et pioitr les autres^ lelle 'j'eut que toutes les routes en soient iih^rquees ^r des points dereconoaish saoce adèpftés.par tout le mondes celac^t^tiste ^ la ibis et humain^ ^aar c'est km moyen, de. paix^ de fin de contèsfcalioins , ceit tout ^e qui les éfiargpie est favo^ble à Tbômme* Dans nos temps où tout tond à fonder l'en^fure du droit etk retirant le monde de Tempire de la force», cette jiensée ne ^pouvait maDoquer dé naître , et il est bitti «arturel que le pays qui est appelé. à porter à la navigation et au commeroô le phis am{^ tiibiît^ s'occupe des moyens de leur ga*i^ntLe/et de facîliter'leur cours, profitable pour
(6i ) tous } car ce ^i se fera ii cet égard* à Planania / sera reiirersible au inonde entier^ le droit a'ajant aucttfaê limite ni dansle tèmp6> ni dans les lieux, ûi dans les personnes ^ mais les embrassant et les couvrant toutes d'une protection copimune. Sûrement l'on ne verra pas FAçiérique adopter ou sanctionner les principes d'intervention dansi tes affaires des pays étrangers ^ tels qu'ils oi^t été appliqués à quelques contrées de l'Europe., Menacée , pendant un lemps^ dé l'intervention de la Sainte- Alliance^ l'Amérique trouvera^ dans cette menace tnème, uqe ï^aison de plus pour bien peser la nature de ce droit , et assigner le cas de son application légitime* Là il n'y aura rien d'arbitarftirey powt d'intérêts' àe^ £amille ou de' voisinage ^ ni aucun ^e Ces préte^teÀ d«it l'Eiirôpe a reteiJti, et qui ont amené des; interventions qui Ont porté 4e^ (ri^t^ si amer^» et si indigestes^ Les principes de Voi^dre social sev&ai sétis invoqués ^ et seuls décideront 4^ tout; et cette heureuse innovation sera* une gloire de plus pour l'Amérique^ comme un bienfait de plus pour Funivers.
5*, A I^anaraa on doit s'occuper des états qui pourront se trouver dans la position où
(6:1) Ton voit Haïti : là il y a liberté conquise sur la métropole , comme elle est en Amérique (i); mais cette liberté n'est pas tout; elle existe de £ait , mais elle n'est encore reconnue légalement nulle part. UÂugleterre et les États«-Unis entretiennent des relatioiîs avec Haïti ; le soin de leur commerce les leur commande ; mais elles n'ont pas admis et n'entretiennent pas à Haïti des agens diplomatiques comme elles reçoivent les agens accrédités de l'Amérique ^.ejt comme elles en ont placé auprès d'elle j de plus la puis** sance de ces états n'équivaut point à celle de l'Amérique (2). Sûrement la France ne songera jamais à attaquer Haïti; elle se refusera toujours à dés instances irréfléchies de la part de quelques anciens colons^ qui semblent ne voir dans la France qu'un serviteur obligé de se sacrifier, corps et biens, pour leur procurer le retour à leur ancienne existence ; mais au-delà de ces motifs, il en existe un autre qui imposera
(i) Cet article était imprimé avant qu'on eût connaissance de la concession conditionnelle faite k Haïti.
(2) Cet aperçu est réalisé par l'acte de cession de Findépendance , du 27 ayriK
peut^tre à l^Anierique une réserve prudente. La population d^Haîti ne tient pas à celle de l*Eu-* rope par le sang et par les signes exteneurs j la liberté américaine est purement politique \ celle de Haiti a un degré de plus dans son ori^ gine , par lequel elle dépasse l'ordre politique. La reconnaissance d'états libres de fait, mais à ce seul titre , peut renfermer une initiative dont les intéressés à l'esclavage peuvent craindre les suites (i) , et l'Amérique a l'intérêt et l'intention de ne blesser personne; sa position sôus ce rapport est fort déKcate , et elle a besoin de se concerter avant de s'arrêter à un parti définitif; par-là elle évitera de présenter un spectacle semblable à celui qu'ofire l'Europe, chez laquelle des questions majeures sont controversées et résolues en sens diamétralement opposés, et soutenues par des actions contraires; aussi ne s'entend-on sur rien dans cette contrée, tandis qu'en Amérique on veut s'entendre sur tout; elle a senti tous les inconvéniens attachés
(0 Par l'accord fait entre la France et Haïti, le pavillon Je celle-ci ne doit pas se montrer dans les îles françaises peuplées de noirs.
(64) à cette diversité d'appréciation dos choses; combien elles souffrent des d^entis qu à leur sujet ^ les cbe& des pouvoirs européens s'adressent sur des questions de la plus haute importance ^ comme si elles n'eû&tai^t que depuis hier: aixisi il se trouvera que l'Amérique sera sortie du noviciat politique avant l'Europe. En. fixant son att^^ntion sur l'ensemble des objets embrassés par la sollicitude du congrès^ on ne peut trop admirer la sage^e çt la maturité de cette jeune Am^riqi^ qui apporte^ dès le début de. sa carrière^ une prudence supérieure % C^q que numlrent beaucoup d'étate ù(^Qwé$. par l'expérience et le temps^ cet auxilia^ si secourable en toute chose.
Maïs ce ne sera pas seulement par le fond de ses déUbérationst que Ia congrès de Panama sçr^ remadfquabk; il joindra à ce mérite celui de la forme : ici revientlaccHisidératîon de lasupériorite des chancelleries américaines sur celles de l'Eure^ ; on peut en dïre autant de celles de la Grèce et des États-Unis. En effet , quelle chan^ cellerie d'Europe égale en dignité , en clarté, en sincérité calme et ferme tout à-la-foîs , les discours d'ouverture du congrès qui sont
(65) jpronqncés chaque année à Washington? La Grèce nous a aussi envoyé deâ modèles dans ce genre. L'étonnement fut grand en Europe > à la première audition des discours et des proclamations de l'Amérique : on s'était acccoutumé à ridée de son ignorance , de son éloignement de la connaissance de toute affaire; aussi s'est-il manifesté la plus grande surprise, lorsque dès Tabordlesparoles américaines firent entendreles vérités les plus palpables, les résolutions les plus éclairées^ et lessentimens les plus convenans: on fiit aussi .étonné qu'elle sût ainsi parler, qu'on Favait été qu'elle sût combattre . Le^pect pour les habitans des colonies était inné eU Europe î il y était comme reçu que le colon était un être d'une nature inférieure à l'Européen, et ne participant que sous quelques rapports à la civilisation de l'Europe. A cet égard , celle-ci tenait a cette pensée , comme à son droit d'ainesse et de métropole. L'expérience a annulé cette prétention , comme on a pu en juger par le ton de tous les actes émanés de l'Amérique, De même, Saint-Domingue échappé àladominar tion de l'Europe , n'a pas voulu pour cela se séparer du bon goût et du génie de sa fon-.
Congr. de Panama. 5
(66) datrice; Tëlèvc s*elt montré l'émule heureux du mattre. Depuis Péthiôn^ toutes les publicatiousi venues de Saint-Domîngue ^ et surtout celles du président actuel ^ Bojer ^ ne sont infé-^ rieures en rien, même à celles de l'Angleterre , et sont très supérieures à celles des autres par-lies de l'Europe, qui ne peut encore se dégager tout4b-fait de Tobscurité ^ de l'ambiguité , et dû néc^ogisme aflFecté qu'elle a hérité de ses devanciers (i). Dans ces derniers temps , le congres du Mexique a publié un exposé de lar situation de la république , qui est un chef-d'œuvre de dignité , de clarté ^ de sentimens nobles et humains, et qui honorerait tous les cabinets de l'Eui'ope. A Panama, l'Amérique recueillera toutes ses forces pour se présenter au monde avec la dignité propre à lui concOiér ses suf^ frages , et ne prononcera que des paroles auxquelles l'élite des talens de l'Europe pourrait se reconnaître : on doit attendre de cette réunion des actes qui prendront place parmi le$ titres honorables pour l'esprit humain : ce se-
(i ) Voyez les discours et les actes relatifs à la reconnaissance de Findépe^dance d'Haïti
( 87 ) iront àe& èspèrces de lettrés de crësnoe <pi€ FÂ^ tnérique préàêntera à FÈtirope , pont coûstàter là tnajorité de ë(m gémë, et la facultë de se suf- Ûté k ^le-méme. De là sortira le dernier trait contre ceux qui refuseMen<^{)re à Tindëj^endânce américaine line accession dont etlen^a d'ailleurs aucun besoin^ qu'elle cessera de solKdtèr, qu^iellé n'acceptera qu'àfinec dignité , dpM elle se pas^ra sans danger pout elle , et dont elle petrt mettre le retard à prix. Tout ce que FAmériatie montre d'empressement k éet égard, ti^e^ plus que bienveillâîltde sa part; car elle èstparfaî-' temeàt en mesure dé se passelr de k reconnaissance cFautruî r elle a moins besoin de la rclîonnaiësance dés autres, que àeuxHîi n'ont lie^n de la sienne; eài* enfin , a, k fknàmà^ des e^cltlÈions dé <iommeiteéfédétit pronionéëes contre les retaàxiatairès, à cela qui perdrait le^ plus , d'eux ou de rAmériijiië , et (Jue pOùrtaient-ils contre elle (t)? '
S'il était permisdejoindre ses pensées propres
(i)ll y a dix ans que f annonce ce résultat cdtnme menaçant les terglversàtioa^ dcrnt sous vingt ptêteiies en use à l'égard de la reconnaîssancede PAmériqne^, le
(68) à celles des sages que rAmérique va charger de la décision de ces grands intérêts f on lui demanderait de fixer anssison attention sur trois points qui semUent la réclamer ^ autant que ceux qui sont annonce , et qui seraient le complément de cette oi^amsation de sécurité dont l'Amérique veut s'assurer. Ces objets sont :
I*. Les relations av^ec la cour de Rome ;
y. L'état militaire permanent;
Z^. La traite des Nègres.
Leoatholidsme est une chose incomparable à tous les autres cultes que la terre connaît; il a établi un centrecommun auquel toutesles parties de ce culte doivent aboutir, et d'où elles doivent tirer leurs moyens d'entretien. L'ordre qui a prévalu d^is le catholicisme veut que le minis^ tère ecclésiastique $ qui ne peut se maintenir que par l'épiscopat, dépende de Rome, en soumettant à son libre arbitre la mssion des évèques. Par-là, il ne peut y avoir d'évêques
moyen est tellement dans la natare des choses , qu'il est inéritaUe qu'il ne soit employé : j'en ayertis pour /a dernière fois ^ il sera trop tard, après Péyénement, pour parler oomme potir se plaindre.
( 69 ) ^u^autant que Rome consent^ et^ par une suite nécessaire de ce principe, il ny a de ministère ecclésiastique, en définitive , qbe sous son bon plaisir : le régime du bon plaisir est ainsi implanté dans l'Église , comme il la été dans la po-^ litique: ce pouvoir est immense, exorbitant, subversif de toute règle : il fait Rome dictateur dans l'Église. Rome connaît toute réten*^ due et toute Timportancé de cette prérogative; aussi y tient-elle beaucoil{^, et l'exerce-^-elle avec rigueur; forte de cette arme, elle ne craint pas de se mesurer avec les phts hauts pouvoirs, comme on Ta vu dans ses diifferends avec Louis XIV et Napoléon ; et si elle a cédé à Sa-^ vonne et à Fontainebleau (i), à l'égard du dernier, elle a triomphé de Louis XIV, elle s'est parée de sa victoire sur ce potentat, elle a cherché à s'en faire un titre; car t£l est son usage i avec elle, le fait se convertit tout de suite en droit. Malheureusement auame ressource n^a été ménagée contre ce droit dans aucune des
(i) Dans les deux occasioiis Rome accepta les sage$ modifications proposées par NapotËon; car il ne s'agis* sait pas d'autre chose.
(70) ccmveatioDs anikees entre Rook et les divers ét$ts. Nf^pcAéon setd avait su troiiver et fisûre recoimaUi^e le iprrectif indispensable k un or-^ dre de choses qui a produit beaucoup de maux 9 et qui établit une inégalité choquai^te entre Rome et oeux qui contractent avec elle. Sicette prerogutive romaine a pesé sur l'£ur<q>e d'une inamère très fâcheuse , si on Ta vue laisser des états tels que le Portugal se réduire àunseul étéque p i^elui d'E)vte| vieillard de 80 ws.; si on Fa vue laisser trente^ui^ sièges vacans en France , pendant onze armées de suspension de buUes ;eihi cour de Rome est si difficile dans ses négodittiûns^ sî tenace dans ses pratiqnf s, qu'oii v^ I depuis iBH f h Suisse ne pouvoir pas pafveâir à obtenir up évèquei ni le royaume des Fays*-Bas un concordat : qu^ ser^roe pour rAiaâ!iq«iie , av|c son ^tei34ue^ h population qui tA s'y m^pplier ^t son éloigneinent de Rome? ConçoiH^n, à l'égard de rAnférique , U pos^biUté 4tt TOWWti^A àe relations, telles que les exigent les usages de la chaocellerie rofnaine ^ et que cette contrée n'aura pas immensément à souffrir de la nécessité de recourir sans cesse à Rome , vu la rapidité et le nombre des
( 7» ) Ys^çaK^çies q^i ne peuvent ni<UPM]uer d'avoir lieu daos uzjuç terre, aussi étendue et sous i:^'ôiel si iuclén)ent?L'iV9fQriqu€ ne peut se pttssèr d'un Tfkoyejfi <Je pourvoir ^ises besoins religieux^ d'une n^amère facile et qui qe l'ëloigue pas de son culte. Rpipe elle-même y a le même intérêt; car elle d<^t voir que si les liens deviennent per, sans y ils seront ron^pus ; et Rome n'existe pas pour elle-^même^ mais pour la catholicité. . LacathoUcité n'a pas &it de Rome son centre, en vuedeson pouvoir propre^mais pour lemain* tienduçulte : ce que l'Europen'a passu faire jus-qu'ici , avertie par lVq>érience , l'Amérique no dai( pas le négliger; c'est au nnoment des établissemcppu; qu'il faut de la prévoyance ^ejleg. oub]i$ sont sujets à amena? de longs regr^* RomeâPie demande pa&mieux que de suppléer à l'épii^pat par àe& vicaires apostoliques^ elle ^en donne tlint qu'on en veut, et qudquefois plus qu'on en veut; cette pratique est admirable pour l'extension de son pouvoir. propre, des vioùres sont ses |)roconsuls : par eux , elle règne dir^-r tement; elle a donc un grand intérêt à étendre cette pratique : par cela même les autres en ont un tout semblable à la resteeindre et à s'en af-
( 70 firanchir •' c'estàqnoi le congru de Panama de^ vraît pourvoir par une détermination commune à toute l'Amérique. Un monde entier se présentant en corps devant Rome pour régler les moyens d'entretenir son culte serait un spectacle à la fois imposant , religieux , et fait pour faire nattre dans l'esprit de Rome même des réflexions qui, peut- être, ne s'y sont pas encore présentées avec assez de lucidité : c'est de près que les objets se font mieux reconnaître. 11 faut amener Rome Sjur Ip bord de cette gran^ détermination, et lui tenir, à la hce du monde^ ce langage de respect édairé et ferme qui {hx>voque les réflexions sérieuses. Rome n'a encore rien vu de tel que ce qm se prépare en Amérique : que son zèle religieux l'éd^dre sur ses démarches, car elle est entre la conservation ou la perte de cette belle portion de ses domaines : la condescendance éclairée les lui gardera , le rigorisme, l'attachemeiit aux vieilles habitudes les lui enlèvera. Up continent tout entier n'accepte pas des douleurs étemelles; la justice évidente , celle qui résulte de donunages dontla source est découverte à tous les yeux , a une force irrésistible pour l'un et contre l'autre :
(73) tm accord bienveillant ne pourra donc man-^ Cfuer de résulter de rharmonie d'intérêts égaux , si de part et d'autre on ne consulte qfù'eux. Dqà rAmérique s'est mise en règle avec Rome, en députant plusieurs fois vers elle; c'était son devoir et son intérêt : le succès n'a pas encore répondu à son attente ; il n'est guère probaUe qu'elle soit plus heureuse dans ses nouvelles tentatives. Dans cette position , avec une disposition des esprits si bien connue^ rAméri^ue doit porter ses vues plus loin, et, pour cela , embrasser un ordre de choses commun , base 8ur les principes du caàiôlicismè , et à la fois sur les règles de la justice , dé la raison et de ses intérêts. La réunion de Panama est une occasion admirable , en même temps qu'un puissant moyen de force; car si quelque chose est propre à frapper les yeux de Rome , et peut l'amener à réfléchir , sûrement c'est la supplia que re^ctueuse, mais yirile, d'un continent qui ne demande que Téloignement de tout obstacle à l'entretien de son culte. Le monde n'aura encore rien vu ni d^aussi neuf ni d'aussi grand, a**. Il a été remarqué plus haut que l'attribut maritime est le caractère dîstinctîf des états
( 74 ) américams. Par conséquent y comme Jtes États^ Unis, ils pourront se passer de l'efntretien des armée) régulières, telles qu'en supporte TËu-t rope armée en paix ccmuneen guerre; elle rer présente les anciens honiniesd'armesqui en tout temps, dains les actes ordinaires de U vie , ne piffaiasaieiit qu'en armes *y c'est la dvilisatkm de nos pères, les barbares du Nord, dont nous avons sid>i les mosurs et les lo^. L'Amérique, enfant dWe dvîlisatibn plus humaine , n'érr pnimvera pas le besoin de cette cliarge rlûn neuse. Elle n'a rien à craindre de l'Eure^ \ la nature' a élevé d'immenses barrières entot ses diverses parties;, toutes po6sedent.de grands biens, de grands principes de fécondité , toutes ont besoin d'acorbttrela popuklion. Âmbitioa et conquêtes seront, pendant un \im% cours de siècles , des mots sans signification en Amér^ue ; toute ambition, toute conque!» , ne peuvent j porter que sur Tordre mor^ et commercial >; cette heureuse sîtaation donne à la totalité 4^ FAmérique la Êicidté de réduire sonmâitains an strict naressaire, celui de l'entrelien 4es armes savantes, et du «maintien de la sûreté
(75) L'ëtaUissemejQt rëpubUcain fûrmédans toute rAméfîque s'oppose à celui d'une grande force armée penu^uente; les États-Unis Vont sage^ ment évi^ ; Rome a péri par ses armées , eUes liu ont donné les Marius et les douze Cesair en remplacement des i^rutus, des Fabricius/ dçs Camille, des Marcellus et des Sdpion.
L'Angleterre se ressent de l'accroissement de son m^itsûr^; l^ Smsse n'entretient p$ts de troijrpe& r^lé^; la Hollande çn avait; aussi avait elle un maître dans son stat bouder c^n taine-gei^éral, et ami^âl^gépéral d$. cettç sin^ guUèr^ r^ublique. Dans les répabli4|ues> tpqt Fosprit doif; être civil : l'esprit militaire e$t anticivil; il crée ^iam TiS^prit dii soldat uni^ disposition |if mépriser le citpyen désarmé» il inspire à l'homniedu respect et de l'amour pour la force > en lui en dotmaift le sentiment, ef l'attache à Véçlat dm pouvoir executif, en 1q détachant de$ teqteuis ii9thé^]tt?(Sl sm pouvoir légisîUtif. he n^tair0 est un.iastrum^lit d^ fwe exécution, et il n'aîme qu'elle , aussi redoutable dans l'intérieur des états que respectable aux firontières ; la multiplication du militaire est un principe très actif de guerre ; on
(76) a la guerre^ quand on a des soldats (i), comme on a des soldats^ quand on a la guerre ; ils sont^ pour ce fléau, à la fois cause et effets, comme îkle sont pour les impôts ; c'est la multiplicatioti du militaire qui a mis toutes les finances de FEnrope dans l'état où on les voit ; et quand en se fiant sur un militaire nombreux, brave, et habile^ on a guerroyé pendant cinquante ans, lorsqu'on a mangé dix fois la fortune de l'état, on meurt en laissant échapper d'une boucbe expirante ces paroles repentantes, foi trop aimé la guerre : belle consolation pour les millions de victimes de cette manie guerrière, et des banqueroutes qu'elle finit par amener! Au temps de Lavr, on retrouva toutes les guerres et tout le faste du règne précédent.
3"^ La question de la traite des Noirs a pris, par la révolution de l'Amérique ^ nn caractère de gravité qui n'avait pas été prévu. On touche au résultat final du transport de la pc^ulation de l'Afitique Sur le sol de l'Amérique, et les choses en sont venues au point que le mot *
(i) Voyez les aveux de Frédéric à l'occasioo de sa première guerre contre Marie-Thérèse.
'( 77 ) tradte des nègres ne signifie plus aujourd'hui (Jué ceci : A qui restera J Amérique? à V Afrique ou bien à ï Amérique? Ce pays éprouve au plus haut degré le malheur du mélange des sangs et de Tinégalité de forces entre les races* Les nègres, et leurs produits^ les mulâtres, surpassent infînin^nt en forces les autres classes; de plus, ils sont fort nombreuir; même^ en quelques lieux, ils sont les {4us nombreux. Tout ce qui peut ajouter à cette population menaçante, ne peut manquer d'ajouter à deis embarras déjà trop grands; rAmériqué doit s'empresser d'y pourvoir, et elle ne le peut d'une manière plus efficace que par l'adoption de mesures corhbinées^ uffiôformes,» qui, sur tout son sol , arrêteront à là fois cette importation funeste. Toute cargaison de nègres, tFan^K>rtée en Amérique^ éqtkivaut à une Cargaison de poudre destinée à embraser le pays, ou bien à celle d'animaux prêts à la dévorer. Jadis la question des nègres était une question dé sucre et de ùajé (i); par la multiplication des nègres
(i) <?eB était bien une d'humanité / et a^imt toute autre; mais on ne s'occupe pas àe ce rapport.
en cette coftti^ ^ eUe est devenue une <ineslmd entre TAfirique et l'AmàrK^ne , pour savoir à qui celle^i finira par appartenir. Ceci est infiniment grave, et il est digne de k sagesse et de la per^icacitë du congrès de Panuna de ponrvok* à ce grand avenir de l'Amérique^ et à la réparation des longues ei cupides inqpre^ voyances de l'Eure^; le ccmgràs doit se dire à lui-même : Vide ne quîd detrimenti America capiat. A quoi bon lavoir arrachée si pénible-» ment à l'Espagne, s'il £iut finar parrabandcm-** ner k l'Afrique? et pourquoi avoir renversé le trène de l'Europe pour enélever un àlàGuinée? Il ne s'agit plus des intérêts oommerdaixx de quelques villes , ou de certains points die quelques états en particulier. Sûremeot il est malheureux que les changemens dans Toidre commercial apportent des sou0rances à ces cifés , et causent du déclin dans leur pro^ périfé ; mais ces malheurs , suite inévitalde des vicissitudes commerciales, dam d'autres terap& f atteignirent aussi Venise , Gênes y Bruges, et les villes anséatiques; c'est un accident inné dans cette carrière, que l'on appelle le commerce, qui est un état de lutte.
( 79 ) un coiabat perpétuel entre toutes les industries de l'univers. Les villes qui cherchant un: dé-dommagement à laursf pertes dans la traite des Noirs, peuvent en trouver dans d'autres specù^ lations, aucune ne leur est int^ite. Sasnt<^ Ik>mingue et rÂmérique elle>-méme s'offreoft à elles pour remplacer ce qu elles ont perdu p mais k réparation de leurs dommages coûterait trop cher au monde, si elle devait être achetée par l'acc^iâsement des dangers de l'Amérique^ menacée de plus 6n plus par l'ÂCCItyissement de la population noire; c0tte pc^lâtion y est déjà la source de fort grands embam^^s : à la Ha-^ vâne, elle empêche l'indépepdauce; aux États- Unis^ elle produit une division entre les états du sud qui ont beaucoup de nègres, et ceuiç du noit*d qui sont exempts de ce fléau. Ils ont été si imprudemment ûiidtipliés au Brésil , qu'ils y seraient les maîtres , le jour où ils en auraient la , volonté* Le congrès de Vienne s'hcmora beaucoup pat sa dédbration cdutiie la traite; il faut conapléler son ouvrage^ en mettant enfin un ^ terme à un commerce, ou jdutôt à ^^ brigan-, di^e au^$i offepâai^t pofir l'humanité» que dan* gereux poiu* les intérêts à venir de l'Europe j
(8o) elle n'a pas découvert et conquis rÂmërique> elle ne Ta pas civilisée^ elle n a pas applaudi au triomphe de sa liberté, pour navoir^ en déR-^ nitive, travaillé que pour les nègres, ce qui ne peut manquer d'arriver en continuant de cbar« ger cette terre d'une population plus robuste que la population indigène y et en laissant cette population se substituer, avec sa férocité et son ignorance, à des hommes formés aux goûts, aux mœurs et aux consommations de l'Europe, et s'associantli elle par le paiement continuel d'un ample tribtit à son industrie : voilà cepen-' dant ce que l'Eturope s'expose à perdre , par ce qu'elle tolère relativement à la traite. En quelques endroits , on ferme les' yeux sur les infractions portées aux conventions générales sur la traite; une tolérance détournée est accordée à des villes qui souffrent du changement de la direction du conun^rce; c'est un grand mal que cela, et que l'on reconnaîtra, quand d'ailleurs il sera trop tard. Lorsqu'on voit la Louisiane se remplir de nègres, on se demande si cette partie de l'Amérique est lasse de vivre et d'être américaine; ses imprudens babitans se préparent à payer leur sucre bien cher.
Nous le répétons^ et nous voudrions le faire l>ien concevoir, la qtiestionde la traite a com-^ plètement changé de face; il ne s'agit plus de produits coloniaux à augmenter ^ mais de colo^ nies à conserver; il ne s'agit plus de laproS'^ périté de Nantes y de Bordeaux ^ de Liverpool^ mais de la possession territoriale de VAméri*que : cela vaut la peine d'y penser.
Tel sera , tel nous désirons que soit le congrès de Panama, tel, enfin, qu'il réconcilie les esprits avec le nom même de congrès; que créé par une pensée légitime, étendue, providentielle, il soit célébré avec solennité, dignité, concorde; que la lumière éclate dans ce foyer pour se répandre sur le monde entier, que la modération lui" concilie tous les sulBrages que la raison ne refuse jamais à la tempérance , et qui lui vaudront les applaudissemens de toute la partie éclairée de l'Europe. Dans cette noble attitude, le congrès de Panama sera un des plus grands événemens de notre époque , et ses effets pénétreront dans l'avenir le plus re-* ctdé.
Panama est loin de nous; c'est peut^tre à cause de cet éloignement que ce qui s'y pas-
Congr. de Panama, 6
(8a) sera ,. i^'éch^p^ra pas^ k YéUi habituel 4e distractîoa dfa;is l^q^fi^ oomsi s^n^mes sur rAipériquff , çofi|upç ^^r tout ce cpii s^ p9^e ua p€t^ loin au bieu ^ur^eho^rs de uo^^ ; V(^f ^V€C le texiiiis, uq^s trouverç^ ^^^ ççagrès de Panama s^^% tenu pbui pvès de nQus. que oous^ iie l'aurons iniiagi^^
ff^ashingtoji , Bolivar y Napoléon^ Iturbide.
Vuji^yip le 09];i^ès de f^^i^iua, n^c içampipiç au^ cho$^ 4fr VAwérique , il peut «l'être per-r mis, de p^lj^ ^ ^^ctefirs qiji ,^ à diverses, épocpiç^, put p^iTu avjeç le p)i]W5 d'éclat sur ççtte vapte sçèue,^ et de Iç^, cftij(i|wtrer soit eçitire eux , s<)yit ^yec 4?& pier^o^^ge^ qi^l se sç^t ^ouyés pjlfcçft^sû^ 4$?^ WÇWfftfflCçsvà peu pi;è? s^mb^f^^çs , n^ (jfjà eu Q^t fi|i,t ijpe ^^tre appUcs^^ip^^ To«t^ gf^^ sc^ m^^e dev^t les y^x du xfififa^^^ &vm^ aÇ^ÇW»; îfis, réyolvtio«s^ft»t paflÂcn^^f^a^t 1|^ %^,d^afl^ les^ quels se développent les grands talens^ li^ Spaa^s, oa^façt^i^^ la çQujf^e^ le dçxo^Pi^^t : les ^é^utîons^ foires pu géuéçeuses éçlosefit
( 83 ) a lefur drâlenr ^ et de leur sein sartent {Hresque ii^itablemeni ces hommes d'éUtê ^ ^pe Fbumamté compte de loin eu loîn^ qu'eUe pos^ séàaÀt à son insu , dont rexôstence ^ sans 08fr rëvc^tions^ n'eût jamaôs été révé^ , et ^ist sont i^és dam le comrs des âge& comme des fanaux destinés à éclairer la route^ et à montrer à l'honune josqu'oà s(m génie^ liiune de se déployer^ peut atteindre (i).
Une grande ren<»nniée s'élève dans FAmé^ rique du Sud : Gelb»<i n'a plus rien à envier aux Étato^Unis ; et Gcdombie peut placer swi SûUmr nonrBSukîmnt à cêié dff Washington ^ mais encom au-dessus de lui. Qus^d un hommd parait mtBC4pidqae éclat d^ns une canine ^ il est dams la nature del'espcit iHUBoain de le cont^ paerar arectsenx qui se sont trouvés à peu près datiifi la mémesituatîoâiï ; c'est ce qui a eu tieu li l'égard de Biolmr; le nom de Wasfaingtim est ^ati , dans tcMitei les bouckefi^^ se placer à eô£é dusien. Étrange efSfA derirr^eiôcm! il^ est entre ces deux hoimnes aUtanrt de distance qu'il y ^n>
(i) Ici il Vagit des effets , et non ctu mérite des révo* luttons.
(84) a entre FAmenqué du Sud et les anciens états^ de lUnion. Comparez les auxiliaires de Washington^ les Franklin , les Adams , les Jefferson ayec les premiers compagnons de Bolivar; comparez la population américaine du ,Nord^ composée d'Anglais égaux aux Anglais d'Angleterre^ avec les sangs mêlés de l'Amérique du Sud, la facilité de former les premiers, pourvus d'une éducation préparatoire semblable à celle de l'Europe, avec les difficultés d'employer utilement les Américains du Sud, chez lesquels l'éducation espagnole avait prévalu ; comparez les Américains du Nord , jouissant des bienfaits de la constitution anglaise, avec les Américains du Sud , ployés depuis trois cents ans au despotisme espagnol et monacal ; et vous verrez de quel côté se sont trouvées les plus grandes difficultés, et à qui il revient plus de mérite et de gloire pour les avoir vaincues. D'un côté, tout était fait; de l'autre, tout était à faire. Calculez, de plus , la durée et les dangers de la guerre faite des deux parts, ses incroyables fatigues dans un pays tel que l'Amérique du Sud , et ses immenses résultats, avec les résultats privatifs aux États-Unis qu'a eus leur
( 85 ) guerre. Washington a-t-il passé onze années sous les armes ^ comme Ta fait Bolivar? et il y ,est encore; a-t-il, comme celui-ci, tenu Tépée d'une main et tracé dès codes de l'autre? à-t-il , comme Bolivar , délivré un pays voisin avec les troupes de sa patrie qu'il avait afiranchie? Bolivar a-t-il eu des alliés tels que la France et l'Espagne ? N'est-ce pas à travers t<kjtes les menaces de l'Europe que, d'un front impefturbfiMé^ il a parcouru la carrière une fois entamée ? La\ révolution des États-Unis a donné le mouvement à la réformation sociale qui s^opère dai^ l'univers, cela est vrai : mais elle,s'est bornée à une contrée fort étroite, au lieu que la révolution de l'Amérique a développé ce grand changement, et par l'étendue et la richesse de l'espace qu'il embrasse , elle en fera le complément. L'action de Washington n'a guère dépa^ sa patrie ; celle de Bolivar eiaabrasse le monde : que dans sa reconnaissance, delùi-KiiJui voueieire^ pect que l'on doit. à un bienfaiteur universel, car il l'est , en cela il ne fera qu'acquitter une dette; par Bolivar, l'universs'enrichitd'iinnom qui occupera ime preniière plaipe parmi les objets de la juste admiration du genre humain.
(86) U est sttrtoat un rapport sohs leqiœl oo a bdAiuroopaHuparaBoUTarel Warimigton c'est cdm èa désinUmssem&nVet de la modà-ation patriotiqiie^qmlesontfidtreiKmc^toiislesdeux k prafitar ^ pour leur prc^re élévation , du pourvoir aoqiiispar de f^tandseerrices. Frappée d'tm trop grand nombre d'exemples par lesqnds Ml a TU des nains armées pour le service de la patrie^ lui imposer le joug par les moyens remis par dtte pour sad^ense propre^ TEuropeat-^ tendait aTtec mie curiosité inqufète le parti <piie {MNmdratt Bolivar I et des hommes ^ le' jugeant d'après euxHi^més^ le voyaient déjà comme retenant à son profit le pouvoir qu'il s^était créé dans son pi^ d'autresformaientdes voeux pour ^e Bolivar se saisit dece pouvoir^ etseplaisaieitt à entrevoir danscdia.soitdesiacilitéspour abof^ tre la révolntieii améric»ne^ soit des moyens d« jeter de l'odieux sur die et wr toute i4v«lutionj pensée vulgaire^ et qu'une Ame haute a r^j^gUê avw indignation. Depuis Marius et Sylla , on a Aé accoutumé k voir les chefs militures s'approprier le pouvoir acquis par les armes, et asservir la patrie, après l'avcrir glorieusement servie. Beaucoup d^espérances se fon-
(07) daiéht fetii* cette disposition présumée chez Bolivaf : mais qu'il était loin d'admettre de ^f^Ues îdéëà ! Il n'a montré Qu'Une Iséttle iHàpàtiéUté , éelle dé déposer le pouvoir : serVit la jpattiié , aflfehièhit rAittéritpié, telle étiat sbtl âtnbitîéiiî ûôë gteire imtoOrtelk, un nom imj^ riifô*ble> voilà tftut ce ^û'îl à VéUld : Je n'a^" pîté > à^t41 dît > ^û% Mettre im terme ^ux deux ptnsgtàndsjleàthc quipàliséïî Affliger la tèfw, la gUerfe ëi làdlhiàiàlr^: admirable^ patries, feitefe pour cùiifofidre à jàniàis lèS ambîtiëUx^, et les pàrriddës dé Itetir J)ati*ié, l:éUx qui^ dails Ifefe malheurs dés^ùdi^itscitilés, fle Vôîfeiit qu'un mojen de se saisir dU fk)utoir> et de S'âeVér au trôtié sur les débris des \^\i et éur lefefcbrps sanglans dé leurs setnblablës ! Le plus grand teîéfaijàle et là p4uë gtendé iëçon de triôdéràti^ii ont été domiés à là fmfe par Bolivar, et Isa glbirë eirt d'autant plus éélatante c(tië leii v6iès étaient plus aplanies dëiratit Itil. Oh à beàûCotip célébi^ la modération de Washington : mais quel itnoyen avait-il dé s'en éc^àrtet? Frâtiklin et les autres chefe américains n'étaient-ilfe pas des baWères colitre toute ambition à la Crowive^?Washington a été désintéressé, qu'il en soit ioùé; mais
(88) a-t-il été le maître de ne Fêtre pas? au lieu que Bolivar aurait pu tout ce qu'il aurait youlu^ dans un pays qui n'avait encore connu que la monarchie. Le$uccèsd'IturbideauMexique n'en est-^il pas la preuve ? Qu'étaient ses services et ses talens comparés à ceux de Bolivar? et cependant il était parvenu au trône, et il y serait resté, si une prompte ivresse du pouvoir n'eût ^aré sa raison et provoqué les excès qui l'ont perdu. En mettant à part tout ce qui tient à la légitimité, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, on trouvera aussi quelque dé£aut de jugement dans un autre rapprochement que l'on rencontre souvent, celui de Napoléon etde Bolivar ; leur position n'a rien eu de commun : l'un a pu faire les choses, l'autre a été entraîné par elles j en un lieu il n'y avait pas d'antécédens, ni d'anarchie; dans l'autre, on pliait sous ce double fardeau ; dans un lieu, tout était fait et préparé pottr la liberté comme pour la mo-^ uarchie; dans l'aulre, tout était pour la monarchie toute seule, et les chefs respectifs dans les deux états ont pu, l'un, faire ce qu'il voulait, tandis que l'autre pouvait être amené par la nature des choses à faire ce qui , d'après toutes les
(89) vraisemblances y n'était pas dans sa volonté, primitive ; elle am*ait pu ne pas viser si haut par elle-même^ mais y être amenée par d'irrésistibles circonstances (i). Ce mérite fait à Bolivar une place à part dans l'histoire î s'il est un mortel dont^ tout considéré^ on puisse envier la destinée^ c'est celle d'un honame qui a pris l'Amérique dans les fers pour la donner à la liberté^ dans les langes de l'enfance^ pour la revêtir de la robe de la plus brillante virilité; qui, pendant dix ans, guerrier, législateur, vainqueur, pur de tout sévice,' de tout arbitraire, de tout excès, au lieu de se placer lui-même au sommet de la pyramide qu'il venait d'élever, n'a aspiré qu'à déposer à ses pieds le glaive et les £ûsceaux du commandement, content de suivre et de diriger de ses. re-
(i) Il serait curieux de rechercher oomment Napoléon a été amené à se placer sur le trône : s'emparer d'un pareil poste n'est pas, une idée simple ni innée. Quelle vue peut démêler ; dès l'abord, un but aussi éloigné? quelle ambition, au début , peut convoiter un bien d'une nature aussi relevée ^ et placé dans un lointain si désespérant?
(9o) gâpds la marché d'an monde eatîer/dans ia carrière pii fon bras l'a Aàt «entuer. Gertes> eela tsi beau^ cela est gtàndy digne d'adtmratkm et d'ea- TÎe; cela «gsttreau mortel d'oùsonténia»ée6 tant de merveilles 9 la |^us belle place qu'un hoaUne ait encore oiztupëe |)armi ^% mmHMm. On ne peut pk» former qu'un seul rasn poUr ce grand homme , cdhii que le Ciel lui accorde de jouir long-tempâ de tette incomparâMe gloîne, au sein de son ifcicompaMible pàttie.
La nMràlitë dii nàonde> éhrajoléû p^t tant d'exemples de violence ^ d'ambition, de baissesse et d'hypocrisie cupides , âViit besoin d^étre raffermie. Les exemples d\itt grand homme vertueux peuvent être le principe d'une ëpujTation générale, et avoir la forte de désinfeùtêv la société^ Bôlivisit* vient de rendre ce service immense à la société humaine; sa modération , au sein du plus haut pouvoir , a plus que rendu odieuse l'ambition aux dépens de la patrie , elle l'a rendue ridicule. Quand Bolivar a refusé le diadème en Amérique, qui oserait le placer sur son front, sans s'exposer à la risée de l'univers? Ce grand exemple fait entrer l'ambition dans une carrière bien nouvelle pour elle, et
(90 la force à se borner à l'honneur des services publics^ et à la reconnaissance d^ citoyens, désormais aflranchis de la crainte de l'invasion des ambitions privées- A l'avenir les chefs des guerriers ne demanderont {dus aux nations de payer leurs services par laperte de leur liberté, et les peuples rassurés ne craindront plus de rencontrer des opptsesseurs dans leurs défenseurs, et de sentirdesfers tonAer des kuriers façonnés en couronnes, par des niaiss années d'un glaive remis par eux pour leur pw^ire protection; le rÉàe tfe^Warius, des César, des Cromwel^ des Wabtein a pris finj celui des guerriers citoyens, et bornant leurs vceux à ce titre , commence. Bolivar a ouvert cette ère nouvelle, et par-li il a servi le monde entier, autant que par la longue aiite de ses travaux il avait servi une de ses parties, l'Ainenque*