MANIFESTE A LA NATION FRANÇAISE
« Français !
» Les puissances étrangères proclamérent, en 4843, à » la face de l’Europe, qu'elles ne s'étaient armées que » contre Napoléon ; qu’elles voulaient respecter notre in- » dépendance, et le droit qu’a toute nation de se choisir » un gouvernement conforme à ses mœurs et à ses in- » térêts.
» Cependant, au mépris d'une déclaration si formelle , » la force armée envahit notre territoire , occupa notre ca- » pitale, et nous imposa la loi d'adopter, sans choix, le
iss GUERRE D'ESPAGNE.
» gouvernement de Louis-Xavier-Stanislas de France. Par » suite d’un tel attentat à la souveraineté de la nation , un » simulacre de constitution nous fut illégalement donné » sous le nom de Charte constitutionnelle, et fa méme » puissañté qui nous contraignit de l'acceptet en a, pat » Ja suite, neutralisé ouvertement tous les effets,
» La haine prononcée contre Napoléon ne fut qu'un pré- » texte dont se servirent les souverains de l'Euroÿe pour voi- » ler leurs vues ambitieases; l'énergie de la grande nation » était un trop grand obstacle au rétablissement du système » général de despotisnre discuté dans le cabinet du roi, if » fallait en prolonger l'action, etle seal moyen d'y parve- » nir, c'était d’abord de la séduire , ensuite de ta tromper » et de la réduire : sur ces bases défà établies reposa le à grand conseil des souverains , sous le nom de Saintes » Allience , qai he peut s'exphitqüer autrement què par »ces mots : Coalition des tyrans contre les peuples. » L’invasion de la Pologne, celle de l'Italie et les calami- » tés dont gémit l'Espagne depuis la rentrée de Ferdi- » nand, menacée à son tour d’être envahie, sont une con- » séquence de ce principe.
» PAR CES MOTIFS, vu les derniers actes de la chambre » des représentants du peuple français du mois de juillet » 4815 ;.
» Vu la foi concernant les droits de la nation française » dudit mois et les constitutions de l’État qui appellent » tu trône de France Napoléon IT ;
» Vu la déclaration des mêmes représentants , dans 1a » séance du 8 juillet, concernant les éroîts des Français » etles principes fondamentaux de leur constitution , par » laquelle tous les pouvoirs émanent du peuple, attendu » que la souveraineté du peuple se compose de la réunion x des droits de tous Îles citoyens ;
—» Vu également la déclaration de la chambre dea repréà sentants dudit jour, qui porte que le gouvernement » français, quel qu’en puisse être le chef, doit réunir tous » les vœux de la nation légalement émis, qu'un monarque x ne peut offrir des garanties réelles s’il ne jure d'observer » une constitution délibérée par la représentation natio- » nale et acceptée par le peuple ; que tout gouvernement » qui n’aurait d'autre titre que les acclamationis et les vo- » lontés d'un parti, ou qui serait imposé par la force, à que tout gouvernement qui n’adopterait pas les couleurs » nationales n'aurait qu'une existence éphémère et n'assu- » rerait point la tranquillité de la France et de l'Europe ;
x Que si les bases énoncées dans cette déclaration » pouvaient être méconnues ou violées, les représentants » du peuple francais , s'acquittant d'un devair sacré, pro- » testent d'avance, à la face du monde entier, contre la » violence et l'usurpation ; ils confient le maintien dea dis- » positions qu'ils proclament à tous les bons Français, à » tous les cœurs généreux, à tous les esprits éclairés, à » tous les hommes jaloux de leur liberté, enfin aux gé- » nérations futures;
» Nous, soussignés , Français et hommes libres , réunis » sur le sommet des Pyrénées et sur le sol frangais , com » posant le conseil de régence de Napoléon IT, protestons » contre la légitimité de Louis XVIII et contre tous les » actes de son gouvernement attentatoires à la liberté et à » l'indépendance de la nation française.
» En conséquence, nous déelarons comme anti-natio= » nal tout attentat émané de Louis XVIII ou de son » gouvernement , contre l'indépendance de la nation espa- » gnole.
» Français, un homme généreux a osé faire parvenir » jusqu'au trône ces paroles mémorables : Les peuples se
» relèvent des grandes chutes! Ces paroles ont retenti » dans toute la France, et l'heure est enfin arrivée où la » prophétie doit s’accomplir. Français ! obéirez- vous à » la voix des tyrans qui veulent sceller de votre sang l’op- » probre et l’infamie dont ils tentent de vous couvrir, » pour vous punir d’avoir été assez grands que de porter » dans le xviue siècle les premiers germes de la liberté » sur tous les points de l'Europe ? Non, vous céderez à » cette voix plus forte qui parle à vos cœurs magnanimes, » et qui vous commande de vous réunir à nous sous les » bannières sacrées de l'honneur, où on ne lit pour devise » que Liberte, gloire et patrie.
' » Français, les intentions de la Sainte-Alliance ne vous » sont point méconnues ; rappelez-vous que vous apprites, » en 1792, à l'Europe étonnée, ce que peut une nation » qui veut la liberté. N ous vous rapportons l’étendard tri- » colore, signal de votre réveil , au même instant où, du » sommet des Pyrénées, des âmes fortes et des bras ner- » veux lancent la bombe libérale qui va faire trembler » les rois absolus sur leurs trônes déjà ébranlés par la » justice de l'opinion publique. Unissez-vous à nous pour » concourir à honorer de nouveau l’ordre social. C'est du » grand quartier général de l’armée des hommes libres » que nous vous faisons un appel unanime. Venez , » vous n’y trouverez que des amis et des frères qui ju- » rent de ne reconnaitre et de ne proclamer comme le » plus puissant roi de l’Europe que le souverain le plus » constitutionnel. Telle. est la force et la volonté des lu- » mières du siècle:
» Les membres du conseil de régence de Napoléon II. » A la suite de cette dernière pièce imprimée se trouve, écrite à la main et en forme d'instruction, la note suivante : .
« Nota. Le présent manifeste ne sera livré au public, » ainsi que la proclamation à l'armée, qu’au commence- » ment des hostilités ; et alors seulement on connaitra le » nom des signataires. Il serait impolitique de faire pa- » raitre cés deux pièces avant cette époque. Il convient » cependant que les sociétés secrètes en aient connais- » sance, afin qu’elles agissent dans le même sens que » nous, et qu’elles préparent dès aujourd’hui, dans l'in » térieur de la France , les éléments pour cela. »
Après les pièces , le Moniteur ajoute :
« Est-ce clair ?
» La dernière preuve de ces complots manquait encor . » elle a été donnée. L'action devait suivre la parole pou » rendre évidente à tous les yeux la sagesse de nos pr‘ » cautions et la légitimité de notre défense. Tout le mom » sait qu’une troupe de transfages attend nos soldats » avant-garde de l’armée de Mina; nous savions qu’t » détachement de cette troupe était parti de Bilbao , :. » cri de vive Napoleon II! et portant l'uniforme de }. » garde du ci-devant empereur. Enfin, sur qui le premic » coup de canona-t-il été tiré en Espagne? Sur des homme » qui criaient vive Napoleon II! Quel est le premier sign » ennemi qu'on a rencontré ? L’aigle et le drapeau tri. » colore. so
» Voila des faits que ne détruiront jamais les so- » phismes révolutionnaires. Notre droit de prendre les » armes contre une faction qui voudrait nous replonger » dans l’abime n'est que trop prouvé, à moins que l’on » veuille qu’un gouvernement se laisse stupidement dé- » truire , qu'il attende sa chute pour démontrer qu'il était » en péril. »
Ce manifeste, comme jadis celui du duc de Brunswick, était précis; il ne Jaissait plus le choix libre,
marteau, voyant bâtir l’échafaud , dresser Ja machine de la mort, étions assez bonhomme pour croire les benins initiés lorsqu'ils s’écriaient : « Des conspirations ? Quelle » sottise ! Personne ne pense à conspirer! Personne n'en " » veut à la légitimité. Ce qui vous fait peur est un théâtre » que l’on prépare pour une représentation de marion- » nettes ! » | Nous n’aimions ni n’admirions les Fantocini de 1795. Mais , s’il est vrai que ces conspirations existaient avant la guerre d'Espagne , il est encore certain qu'elles cessèrent avec cette guerre. Les vanteries , depuis les journées de juillet , sur la comédie de quinze ans, sont des satisfactions d'hommes en sûreté; au moment de la chute de la légitimité , personne ne conspirait : c’est elle qui s’est précipitée de gatté de cœur. N’a-t-elle pas pris la chambre, en 1830, pour une chambre d’ennemis ? Il ne s’agissait que de choisir trois ou quatre hommes, lesquels mouraient d’envie d’étre ministres , et qui avaient pour l'être les talents nécessaires. Voila ce que la légitimité n’a jamais voulu comprendre : la susceptibilité trop naturelle de ses malheurs l’oblige aujourd'hui d'admettre l'existence dès conspirations imaginaires qui la consolent et l’excusent.
Il faut distinguer les dates : autant les machinations étaient déjouées à la fin de la guerre d'Espagne, autant elles étaient menacantes au commencement de cette guerre. Nous sOmmes persuadé du complot dont l’envoi de l’aigle à Bayonne indiqua la trace; il était faux quant aux personnes élevées auxquelles on voulait le faire re-
M. Andryane, au commencement du tome I:" de son intéressant ouvrage, intitulé : Mémoire d'un prisonnier d'État au Spielberg,
monter, en s’étant servi de leur nom respectable ; il était vrai quant à la réalité de son existence : on fit prudemment de ne pas l'approfondir. Le coup de canon de la Bidassoa changea les consciences : le poids d’un boulet heureux n’est pas de trop du côté de la fidélité. Au bord de la Bidassoa , les Français que promettait là proclamation se présentèrent : trompés par la fortune et par leurs amis, ils avaient espéré voir le drapeau blanc s'abaisser” devant le drapeau tricolore , les siècles s’incliner devant ~ leur jeunesse. Si ces gens pleins d'énergie, parmi lesquels nous avons trouvé depuis un ami, tombérent dans une rencontre funeste, elle ne fut pas sans honneur, car l'honneur s’accroît de l'adversité. Ne disons donc plus que ceux que la fatalité entraine à combattre leur patrie sont des misérables : en tout temps et en tout pays, depuis les Grecs jusqu’à nous , toutes les opinions se sont appuyées des forces qui pouvaient leur assurer le succès. On lira un jour dans nos Memoires les idées de M. de Malesherbes sur l'émigration. Nous ne sachons pas en France un seul parti qui n'ait eu des hommes sur le sol étranger, parmi les ennemis, et marchant contre la France: Benjamin Constant , aide-de-camp de Bernadotte, servait dans l'armée alliée, laquelle entra dans Paris, et Carrel a été pris les armes 4 la main dans les rangs espagnols. La cause ne change point la question ; avec la cause on justifierait tout : dire qué l’on combat pour la liberté ou pour l'ordre, on a toujours tort, ou l’on a toujours raison.
Questions confondues. — Ohjections contre la guerre d’Espagne. — Réponse, — État de la Péninsule au moment du passage de la Bidassoa,
Les contradicteurs de l'expédition d'Espagne ont perpétuellement confondu deux choses, la question fin. caise et la question espagnole : quand la seeonde n'aurait pas été aussi heureusement résolue que la première , des ministres francais n'étaient responsables à l'opinion française que de l'honneur de la prospérité de la France. Nous reviendrons sur ce sujet.
On eherchait à soulever nos peuples et notre armée , il fallait opter entre une guerre et une révolution ; la première sembla moins dispendieuse ; par l'expérience déjà faite, la gloire aux Français coûte moins que les malheurs, | EL
La guerre n'a point été injuste; nous avians le droit de l'éntreprendre : nos intérêts essentiels étaient en péril,
A Dieu ne plaise que nous considérions les calamités d'un Etat comme ‘une chose insignifiante : reproche aux hommes qui, violant le droit des nations, obtiendraient la prospérité de leur pays aux dépens de la prospérité d'un autre pays! Il était de notre devoir d’épargner aux Espagnols les maux inséparables de toute invasion militaire. Nous ne nous étions rien dissimulé ; nos succès devaient avoir pour le peuple de Charles-Quint des inconvénients ainsi que nos revers ; mais, à tout prendre, en
nous sauvant, nous le délivrions du plus grand des féaux, de la double tyrannie, démagogique et soldatesque. Pourrait-on douter de cette vérité P Est-ce comare ennemis ou comme libérateurs que nous avons été reçus à Madrid ?
Quel était l’état de la Péninsule au moment du passage de la Bidassoa? Était-ce une contrée tranquille, heureuse, dans laquelte nous allions porter le désordre, sous prétexte de nous mettre en sûreté contre un mal imaginaire? La guerre civile re s’étendait-elle pas jasqu’aax portes de ia capitale ? La Catalogne n'était-elle pas en armes? Valence n'était-elte pas menacée d'un siége? Le royaume de Murvie n'était-il point soulevé? Ne se bat: tait-on point dans les rues de Madrid > L'anarchie censtituée , l'imsarrection des camps reconmee en droit , l'héritier da trône mis en accusation, les prisons vrolées, les prisonniers égorgés , les propriétés envahies , les prêtres déportés ou noyés, les citoyens exilés, des clubs préchant ke massacre et la terreur, des sociétés secrètes remuant et corrommpant tout , les colonies perdues, la marine détruite , la dette nationale accrue d’une manière effrayante, voilà l'Espagne sous le règne des Cortés.
Dites-vous que peu importait Ja mise en accusation de l'héritier du trône, les noyades des prêtres et le reste? Selon vous, le genre humain devait marcker; tant pis pour ceux culbutés dans le fossé ou écrasés en route. Nous comprenons. Mais nous, mandataires de la France, nous voulions que la France marchät avant tout, et ces atrocités appelées utiles l'empêchaient d’aller à sa résurrection. Ensuite, ce que vous prenez pour un progrès était une descente dans un puits de sang; héureux si, remontés de ce trou des meurtres, après un siècle d'efforts, vous ne faisiez pas horreur ! Qu'avons-nous gagné à 4796 ?
le Directoire, Bonaparte, la Restauration , le meilleur de nos temps d'arrêt, si elleavait su noussauver en se sauvant.
Avons-nous usé de notre influence pour donner des institutions à l'Espagne ?
Avant d’être si pleins d'amour pour les institutions des autres, il faudrait d'abord s’en donner de bonnes à soimême et n'en pas changer tous les huit jours. Nous avons dit notre opinion sur le peuple espagnol, sur son peu d'estime pour. nos libertés écrites et votées : convenait-il au gouvernement français de se faire le propagandiste de ces doctrines , bonnes aux yeux des uns, mauvaises au sentiment des autres; d’imiter la Convention ou Bona- . parte, l’une qui mettait bas des républiques, pour faire naître l'anarchie dans le cercle de ses prisons et de ses échafauds ; l’autre qui engendrait des despotes , pour multiplier la tyrannie dans l'étendue de ses champs de batailles ?
Nous souhaitons à l'Espagne ce que nous souhaitons à tous les peuples, uhñe liberté mesurée sur le degré de lumière de ces peuples : l’illustre patrie de tant de grands hommes trouverait dans le rétablissement de ses vieilles Cortès d'immenses ressources. Un corps politique du passé , modifié peu à peu par les nouvelles mœurs, me parattrait assez puissant pour protéger les citoyens, créer l'administration , fonder un système de finances et rendre la force à cette noble nation épuisée par son héroïsme. Toutefois, dans cette matière , la France n'était point appelée à prononcer : heureuse de ses propres libertés , elle ne pouvait précher que d'exemple.
Avons-nous du moins usé du droit de conseil? Existe- -t-il quelque document qui prouve la modération des principes dans laquelle le gouvernement français s'est tenu à l'égard de la politique intérieure de Espagne?
La lettre de Louis XVIII à Ferdinand vous répondra. En fait de prévision et de conception indépendante , personne ne peut nous en remontrer. Le siècle avance; la dé- . mocratie s’accroft : si les caractères en décadence’ la peuvent supporter, les rois, à l'heure providentielle, abdiqueront volontairement ou seront obligés de se retirer. Si les peuples corrompus, sans laisser venir les jours, sans écouter personne , se jettent du haut en bas, loin de tomber dans la liberté , ils s’engloutiront dans le despotisme, et, pour dernière calamité, ce despotisme ne sera pas permanent.
qu
happel de M. le comte de La Garde. — Ministère et journauX espagnols.
Tels furent les antécédents de la guerre d’Espagne. .
En entrant au ministère, nous écrivimes selon l'usage les lettres pour annoncer aux diverses cours notre nomination, et pour leur déclarer, aussi selon l'usage, que rien n'était changé dans le système politique de notre prédécesseur. Nous adressâmes un mot particulier à M. Gentz: nous connaissions son influence sur l’esprit de M. de Metternich, et nous savions que la principale contrariété nous viendrait du cabinet de Vienne.
Ces formalités diplomatiques remplies, tous rappelames M. le comte de La Garde de Madrid. Il en partit le 50 janvier et arriva le 3 de février à Bayonne. Les représentants des alliés avaient déjà demandé leurs passeports.
‘ M. San-Miguel répondit par une note hautaine aux en-
voyés de la Russie, de ta Prusse et de l'Autriche; celleci pourtant laissa un consul à Madrid. Le roi et les Cortés s'empressèrent d'approuver la note du ministre; l Uniers sel du 13 janvier ajouta : « Vous demandez vos passeports, » messieurs : altons, bon voyage ! Ce qui nous afflige sin- » tèrement, c'est que Son Excellence se soit crue obligée » Ge traiter d'impoli le mimistre de Russie; mis, d'un » notre côté, nous devons réfléchir que ce serait être par » trop eXigeamt de prétendre qu'un Kalmowk fit aussi » bien élevé qu'un habitant des pays civihisés de l'Europe.
» Enfin, l'affaire est faite; et hon voyage, et que Dieu » accorde un beau temps et une heureuse route à la tri- » nité diptomatique ! Ce qui doit nous consoter d'une perte » aussi sensible , c'est l’arrivée de lord Sommerset , qu'on » attend à Madrid d'un jour à l’autre, sans compter le » général anglais Roch, arrivé depuis trois jours. Un jour » viendra où l'Europe, et principalement la Fränce, » pourront parler et acousexoat l'inepte et criminelle » conduite des gouvernements qui ont forcé l'Espagne à » resserrer de plus en plus les liens qui l’anissent à l'An- » gleterne. »
Hi faut pardonner à l'Espagne, pays de romans et de romances : la voua qui se -croit civilisée, elle qui m'a ni grands chemins, ni canaux, ni auberges; elle qui vit dans ses solitudes. Nous la trouvâmes , en effet, fort civihsée en 1907, parce que nous y arriviens de la Barbarie ; nous nous plûmes à entendre deux pauvres enfants nous chanter une longue complainte dans une route montagneuse entre Algesiras et Cadix; nous aimions à voir faire du beurre pour la première fois à Grenade avant d'aller sous égarer à l’Alhambra; nous aimions à nous asseoir avec des muletiers devant un large foyer à Amdejar, tandis que notre ‘domestique mous achetait cha le
boucher un morceau de mouton. Nous révions de Pélage, du Cid de Burgos et du Cid d'Andalousie, du chsvalier de la Manche et de ses lions, de Gil Blas et de l'archovèque : tout cela nous charmait en fumant notre cigare, en voyant des taureaux se battre dans la campague , en écoutant les accords lointains d'une mandoline. Les Maures, qui-enlevaient de belles chrétiennes et qui Mouraient auprès des ruisseaux, Roland, Guillaume au court nez, les joûtes de Séville et les mosquées de Core doue nous revenaient en mémoire. Mais, Espagnol, vous êtes poète et vous n'êtes pas plus civilisé que moi; n'en déplaise à vos institutions libérales, vous vivrez comme poète, non comme successeur de Mirabeau. Vous et moi nous ne valons pas un Kalmouk quant à la civilisation. Parlons de nos fleuves, de nos vallées, de nos cloitres, de nos beaux-arts d’un moment, dont on voit encore des traces dans nos déserts : taisons-nous sur le reste. Rinconet et Cortadille nous apprennent que chacun sert son Dieu dans Petat auquel il est appelé:
Quant à l'Angleterre, dont il est parlé dans l'Universel, elle n'a pas besoin de l’aide des autres gouvernements pour resserrer ses liaisuns et maintenir ses traités avec l'Espagne; elle sait comment il faut s'y prendre. Elle a oru dernièrement avoir quelque chose à réclamer ; elle ne s'est pas arrêtée niaisement à considérer si le gouvernement espagnol avait ou n'avait plus de colonies, s’il avait ou n'avait plus de finances, si l'Espagne avait été dévastée ou non dévastée par Bonaparte, si elle était de nouveau désolée ou non désolée par la guerre civile, si elle pouvait craindre ou ne pas craindre une guerre aveo l’Europe : l'Angleterre a tout amicalement demandé son argent et menacé de courir sus aux vaisseaux 6spagnols si elle n’était payée sur-le-champ. Pour mieux
prouver son horreur de l'intervention, elle a reconnu dès 4821 le pavillon des colonies espagnoles, et elle se proposait de reconnaître incessamment leur indépendance, bien que les Cortès même ne voulussent pas entendre parler de cette indépendance : séparer le nouveau monde espagnol de l’ancien monde espagnol, ce n’est pas, pour l'Angleterre, intervenir. |
: Enfin les plaisanteries de l'Universel étaient, sans doute, du meilleur gout; il n°y manquait qu'une chose : lorsque Pichegru écrivait à un général autrichien : « Gé- » néral, cédez-moi la place, sinon je vous attaquerai et » je vous battrai, » Pichegru tenait parole; mais ne pas nous attendre à Madrid, s’en aller à Séville en nous souhaitant bon voyage, n'est-ce pas s’exposer à se faire renvoyer son souhait ?
Emma,
Journaux anglais, - Division du récit.
Tant que la question ne parut pas tout-à-fait décidée, les journaux anglais montrèrent plus de retenue que ceux de l'Espagne : le New-Times disait, à propos de M. de Villèle : « IL a déjà fait un pas immense en s’as- » surant de l’appui du grand et beau nom de M. de Cha- » teaubriand, cet écrivain célèbre, dont les ouvrages at- » testent en même temps qu'il ne fléchira jamais devant » la révolution et qu'il restera toujours attaché à la li- » berté constitutionnelle. » Mais bientôt. ce langage changea : il est à remarquer que les principales colères se
dirigèrent contre nous : nous n’étions pas pourtant le chef du cabinet; on ménageait le président du conseil, qui parlait beaucoup et trés-bien; on maltraitait le ministre des affaires étrangères. Un certain instinct semblait avertir les ennemis que nôus étions le grand promoteur de la guerre d'Espagne.
Deux choses ont marché simultanément pendant la durée de notre ministère : pour éviter la confusivn, nous les séparerons et les traiterons l'une après l’autre. Nous donnerons d’abord ce qui a rapport aux combats de la tribune, soit en France, soit en Angleterre, parce que ces combats sont sur le premier plan du tableau et qu'ils se sont livrés à la vue de mille spectateurs. Nous parlerons ensuite de nos travaux diplomatiques, travaux secrets au tout nous était obstacle et péril.
Il est vrai qu'en racontant ce qui /ut, on s'ennuie et que l’on ennuie les autres : quel intérêt le genre humain peut-il trouver à ce que tel mouvement politique soit ar rivé comme ceci ou comme cela, quand le résultat a tout décidé? Le roman dont on a lu la catastrophe n’a-t-il pas perdu sa valeur?
Que les antécédents d'un fait deviennent insipides à relater, le fait étant nouvellement accompli, soit : mais, à distance , ce fait a changé de nature; il s'est classé d'une autre manière, dans une lignée de choses héritières les unes des autres, sans être corrélatives. On a marché avec le temps, de mort en mort, de naissance en naissance ; tous les événements également écoulés ont acquis, chacun à part, une sorte d'existence individuelle. Nulle ruine n’intéresserait, ear elle n’atteste qu’un passé connv de tous ; et cependant nous nous plaisons aux débris de l’histoire devenue ruine,