COMBATS DE TRIBUNE
Tribune française, — Ouverture de la seveion de 1628.
Le roi ouvrit la session le 28 janvier 1825, au Louvre, dans la salle des Gardes de Henri IV. Le trône était surmonté d'un dais de velours cramoisi : sur ses marches tapissées se rangeaient en ordre les grands dignitaires. Une salve d'artillerie annonça le moment où Ie souverain quittait le palais des Tuileries pour sé rendre à la solennité. M. de Villèle , président du conseil ; M. Peyronnet, garde des sceaux; nous, ministre des affaires étrangères; M. lo duc de Bellune , ministre de la guerre ; M. le comte de Corbiére, ministre de l'intérieur ; M. de Clermont- Tonnerre, ministre de la marine, et M. Je marquis de Lauriston , ministre de la maison de S. M., nous étions placés en avant du reposoir des monarques Très-Chrétiens. .
Le roi entra; des acclamations s'élevèrent. Assis sur son trône, S. M. se découvrit, salua l'assemblée et se recouvrit; alors commenca son discours. L’étonnement , croissant de minute en minute, rendait lo silence plus profond. C'était la première fois que la légitimité le prenait de si haut et parlait un tel langage. Nous nous rappelions l'époque où Louis XVIII, prét à quitter de nou: veau les Tuileries, vint faire à scs sujets un adieu peutétre éternel : maintenant nous croyions voir notre roi, se conflant à notre fidélité, prendre enfin possession
de sa couronne, au nom de Ja France glorieuse et délivrée,
Ce passage du discours fit un effet prodigieux ;
« J'ai tout tenté pour garantir la sécurité de mes peu« » ples et préserver l'Espagne elle-même des derniers mal- » heurs.
» L'aveuglement avec lequel ont été repoussées les re- » présentations faites à Madrid laisse peu d'espoir de » conserver la paix.
» J'ai ordonné le rappel de mon ministre; cent mille » Français, commandés par un prince de ma famille, par » celui que mon cœur se plait à nommer mon fils, sont » prêts à marcher en invoquant le Dieu de saint Louis, » pour conserver le trône d'Espagne à un petit-fils de » Henri IV, préserver ce beau royaume de sa ruine, et le » réconcilier avec l'Europe.
» J'ai dû mettre sous vos yeux l'état de nos affaires du » dehors. C'était à moi de délibérer, je l'ai fait avec ma- » turité; j'ai consulté la dignité de ma couronne, l'hon- » nour ef la sûreté de la France.
» Nous sommes Français, messieurs; nous serons tou- » jours d'accord pour défendre de tels intérêts. »
L’assentiment fut bruyant, réel et complet : il suffit de parler de gloire au Français pour qu’il frémisse de courage, comme le coursier au son du clairon. On sortit du Louvre plein d'enthousiasme. ”
Ce premier moment passé, les envies et les peurs revinrent, Quoi! c'était ce chétif ministère qui prétendait faire ce que Napoléon, vainqueur du monde, n'avait jamais pu accomplir! Quand on nous regardait, on haussait les épaules; Îles uns nous taxaicnt de folie, les autres nous prenaient en pitié; les ambitieux s'armaient déjà pour nous culbuter, dans l'espérance d'hériter de nos
places : tous se promettaient notre prochaine défaite, suivie d'une chute obligée, ou d’une inévitable révolution.
Les esprits qui pouvaient supposer même un triomphe avaient , par ce motif encore, une raison de se prononcer contre la guerre. Les membres: des Ventes et des associations secrètes, ne voulant pas s’avouer qu’ils nous avaient mis dans le cas de légitime défense, croyaient l'alliance derrière nous; notre audace, selon eux, nous venait de la certitude d’une invasion nouvelle, sous le prétexte d'un conflit avec l'Espagne : nous n’étions à leurs yeux que les gendarmes du congrès; il nous poussait en avant comme des poltrons, menaçant de tirer sur nous si nous reculions.
Les capables nous avaient pris, nous en | particulier, pour un barbouilleur de papier sans conséquence : vers la fin de l’entreprise, ils paraissaient surpris ; ils nous accusaient presque de les avoir trompés ; ils avaient l'air de nous dire : « Vous ne nous aviez pas dit cela ! »
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