‹ Congrès de Vérone (volume 2)Chapitre 23 sur 80 · LITT · texte numérisé non relu

LITT

Peux machines politiques 4 créer. — Jalousies de toutes parts. — Prétention de Naples. — La Russie. — Ordonnance d’Andujar, — — M, Je duc d'Angoulême,

Pour mettre à exécution ces projets, nous avions besoin de deux machines capables d'enlever des poids immenses : une armée pour nous rendre maîtres du terrain, une junte espagnole pour parler à l'Espagne au nom des Espagnois mêmes, pour faire obéir les guérillas royalistes disséminées dans la Péninsule.

L'armée , au souffle de la guerre, se ranima de ses cen- dres : des soldats, an en trouvera toujours dans la terre de Clovis, de Charlemagne, de saint Louis, de Français Ier, de Louis XIV et de Napoléon ; de l'argent, avec le vote législatif et un habile ministre comme M. de Villèle, en'ne pouvait en manquer. li fallut tout créer, ‘et tout fut créé. On avait trompé le maréchal de Bellune sur des amas de vivres.et de fourrages; des magasins furent formés, il est vrai, à grands frais, mais qu'importe ? la reeette devait surpasser la dépense. Nos troupes se jetèrent du haut cn bas des Pyrénées à leur façon, à la façon des torrents. Le suceés rallia tout : sous la tente, l'honneur et la vaillance française ne laissérent aucune place à ces projets qu ‘enfante Voisiveté des garnisons et des camp.

Une junte provisoire espagnole entra avec nos soldats dans la Péninsule, et fut changée à Madrid en junte de régence ; M. de Martignac l'accompagna en qualité de com-

missaire civil, et M. le comte de Caux en qualité de chargé d'affaires, jusqu'à l’arrivée de M. le marquis de Talaru, que nous fimes nommer ambassadeur.

Les deux machines une fois montées, l’armée et Ja junte, restait à en suivre les mouvements et à prévenir au dehors ce qui pouvait en contrarier le jeu.

À Vienne, nous avions à combattre des jalausies tantôt agissant à visage déconvert, tantôt cachées sous le masque de l'intérêt. Le cabinet autrichien , alarmé de nos succés, . ne poussa-t-il pas le pauvre cabinet de Naples à réclamer Ja régence d’Espagne? Misérable querelle que personne n'a sue, qui pensa tout perdre par l'incertitude qu'elle jeta un moment dans nos opérations. On en verra les détails à la correspondance. La conclusion eût été que nous eussions fait la guerre au profit du roi de Naples, T’agnat et l'héritier de la famille de Ferdinand; le vieux roi ne pouvant venir à notre armée, il y eût été représenté par le prinee de Castel-Ciocale, sous leqnel le duc d'Angoulèmé cût en l'honneur de servir. L'empereur de Rassie mit fin à ce spectacle de marionnettes, dont M. de Metternieh était le Séraphin , en engageant le souverain de Naples à retourner dans ses Etats afin de veiller au gouvernement de ses royaumes.

Une autre fois, l'Autriche s'avisa d'une proposition qui devait nous eharmer; M. de Caraman nous fit cette onverture , à savoir : que M. de Metternich se flattait d'amener l'Angleterre à prendre part à nos délibérations, à Paris, sur les affaires d'Espagne. De sorte que nons, acceptant la conciliante mesure , nous n'avions plus à nous #féler de rien ; nous remettions le tout à la benofte médiation de l'Autriehe, de même que S. G. le duc de Wellington nous avait proposé la médistion de l'Angleterre. La Prusse suivit d'ahord Je mouvement de Pétersbourg ; mais,

GUERRE D'ESPAGNE, 974 après la déliyrance de Ferdinand , lorsqu'elle crut entrevoir quelques velléités constitntionnelles à l'égard des institutions de l'Espagne , elle devint orageuse ; son envoyé à Madrid nous fit beaucoup de mal en entrant dans les passions absolutistes du pays.

Au moindre mot de charte, les oreilles de l'alliance sq dressaient ; nous, auteur de la Monarchie selon la Charte, nous étions véhémentement soupçonné; on nous croyait ennemi des insurrections militaires, des institutions libérales delibérées dans un camp, d'une émancipation à la façon des baionnettes intelligentes: mais, au fond, si nous admettions des droits de peuple, valions-nous mieux que les soldats de ile de Léon? C'était avec cette arme que le cabinet de Vienne attaquait notre influence à Ber- Jin et à Péterabourg, et cherchait à neutraliser notre a0+ tion sur l'esprit d'Alexandre.

Celui-ci naus prétait cordialement l'appui que nons nous étions ménagé au congrès de Vérone; il défendait la France a Vienne; il donna la main pour déjouer le grotesque et dangereux eomplot diplomatique caché sous le manteau du roi de Naples ; à Londres, il fit dire que si l'Angleterre attaquait la France pendant notre expédition, il regardederait cette attaque comme une déclaration de guerre aux alliés, et Paccepterait comme telle. Ce haut langage servit à retenir M. Canning. Mais, si l'empereur de Russie agiasait loyalement, l'excès de sa bonne volonté était un embarras d’unc autre sorte; il demandait à former en Pologne une armée de réserve de 60,000 hommes. Cette armée se fût appelée l'armée de l'alliance; elle n'aurait marché que d’après les exigences de l'alliance et particuliérement sur li demande du cabinet des Tuileries. Cette proposition nous alarmait, il était difficile de dire au czar : « Nous acceptons vos services tant qu'ils se réduisent à

des paroles; mais sitôt qu'ils veulent se convertir en aotions, nous n’en voulons plus. »

Le cabinet autrichien, à qui les mêmes communications sur cette armée étaient faites , s’affublait d’une énorme simarre de paroles embrouillées , renvoyait le tout à la France, et nous jetait le chat aux jambes.

Tandis que sur la Newa nous prenions toutes les précautions pour faire comprendre que nous serions peut-être obliges de laisser une constitution à Madrid, en Angleterre nous mettions tout notre soin à prouver que, loin d’être absolutistes , nous aimions fa liberté autant qu'aucun membre du parlement. La Grande-Bretagne consentait à intervenir pour la délivrance de Ferdinand si nous entrions dans les vues des royaumes-unis, mais alors la Russie menacait. Il fallait se tirer de ce labyrinthe inextricable, ne rompre avec personne, aller droit à notre but en écoutant tout. On s’écriait qu'on ne pouvait deviner ce que nous voulions, que nous avions deux esprits, deux pensées, que nos discours et nos dépèches se contredisaient : cela était vrai dans la forme, faux dans le fond.

Tout le travail consista d’abord à obliger l'Angleterre à rester neutre. Excepté sur la question de fa guerre, nous étions plus prés de ses idées que de celles des autres alliés. Le cabinet de Saint-James profitait de cette sympathie constitutionnelle pour nous rendre suspects à l’Europe , en lui disant que nous voulions donner à la Péninsule un gouvernement représentatif.

Nous étioris, dans nos dépèches et dans nos lettres, obligé de balbutier sur l'alliance quelques mots de mauvaise grâce : elle s'y trompait peu, et, tantôt craignant nos succès , tantôt voulant s'en parer, elle se plaignait qu’en propos nous étions aussi prodigucs de dévouement que nous

en étions économes dans nos écrits. L’empereur de Russie, auteur de l'alliance, ne voulait pas qu'on en fit ostensiblement péu de cas : il inclinait vers nous; il tendait à se dépétrer de .ses amis de la plaine de Vertus, mais il tenait à ce qu'en ne s’en apercat pas. Il est de même certain que notre triomphe inespéré lui donna quelque jalousie, car il s'était secrètement flatté que nous serions forcés de recourir à lui ; tant les natures les plus abandonnées au bien ne sont: pas à l'abri d’une surprise du mal !

: En Angleterre tout était ennemi , excepté le roi, M. Peel, le duc de Wellington, l’ancien parti de Castelreagh , lesquels n’aimaient ni les principes niveleurs, ni les militaires votant à la manière des soldats de Cromwell ; mais, ébraniés par leurs jalousies. nationales , ils étaient charriés du flot de l'opinion. Les radicaux proposaient d'aller bombarder Pétersbourg et de marcher contre nous sor l'Ebre ; ils envoyaient aux clubistes d’Espagne des secours sur lesquels Je cabinet de Saint-James fermait les yeux. Robert Wilson se rendit lui-méme dans la Péninsale avec des volontaires. | - Dans une lettre étonnante pour le style, le mouvement, le dire à la fois impérieux , fascinant ou sublime , M. Canning, entraîné de génie et ne sachant pas se dominer, va jusqu’à montrer sea regrets de la victoire d'Almanza , en 4707, qui donna la couronne d'Espagne aux Bourbons. On voit la erainte que lui inspiraient les nouveaux succés possibles de la France ; le pacte de famille ne lui peut sortir'de la mémoire ; il se.fait, pour nous mieux menacer, l'interprète des sentiments de la Grande-Bretagne ; if lamente notre absence de l'ambassade de Londres; il nous fait l'honneur de nous redouter au département des affaires étrangères ; il dit que lord Eiverpaol nous avait vu dans d’autres opinions. Lord Liverpool qvait pris notre

gré GUERRE ESPAGNE,

politesse paur netre penséa intériaure : ls prouve que nns sentiments das le principe avaient toujours été semblables, c'est qu'à cette époque même nous écrivions de la guerra d'Espagne à M. le vicomte de Montmereney.

Après la délivrance de Ferdinand, lintrusion du mi nistére anglais devint fécheuses arrété par la Russie et par Ja rapidité de nos succés, il manqua de cœur d'abord : Cobbett la lui reprochait justement. Notre position evait un côté vulnérable : quand l'arméa de Silveira entra sur Je sol espagnol, nous en dimes refuser l'appui, crainte de fournir un prétexte aux agressions de l'Angleterre. M. Canning eût-il, comme il te fit plus tard, débarqué quelques régiments anglais à Lisbonne, notre flans droit se trouvant menacé, neus n'ayrions pu suivre le gonver, nement de Madrid à Séville. Si les Cortés fussent demeuréss dans le midi de l'Espagne ; si l'on ne nous eût pas rendu le roi à Cadix; si l'on eût, qu défendu . æette ville, ou contesint Ferdinand de s'embarquer, alors s'ouvraient des chanees incalenlables : ces chances, une seule démonstration du cabinet britannique nous les pouvait faire courir, La Providgnee seconda la témérité de l'aventure. ;

Noug osons dire que nous ne voyens personne, à cette époque, qui c&t pu tenir Je portefeuille des affaires étrangères, du moins personne qui aurait fait la guerre dans nos idées. M. de Montmorenoy et cenx qui partageaient ses sentiments désiraient étouffer la révolution espagnole, mais ils n’eussent jamais recherehé ce succès dans le dessein de rompre ensuite avec l'Europe. Or, détruire l'ouvrage des Cortès, sans en tirer la puissance et l'affranchissement de ja France , c’était n'avoir fait quelque chose que pour la sécurité d'un moment : l'acte une fois accompli, notre avenir n'étant ni émancipé ni assuré, les trou-

GUERRE ESPAGNE. ors

bles auraient bientôt recomtmenvé en Espagtie. M. de 'Talleyrand , qui se montra letinemi de cette guerre ; est ett dehors de la question,

À Madrid, la lutte était dé totis les qudrts d'hette ; d’un côté avec lu junte de régerite , laquelle nous recon+ naissions souvérsluu et auprés dé qui nous avions tn aittbassadeur; de l'autre, avec les ministres étrangers également accrédités auprès d'elle. Jaloux de fa France, selon l’humeur de leurs différents cabinets, ccs ministres, tantôt Menacaient de be rotitor, tantot insistaient sur des mesures qui he nove convenuient pas; ou bert ils êne traient dans les passions des divers membres de la junte et des différents chefs royatistes; où bien {ls demandaiont a M. de Talaru des conférences générales, comme si les alliés eussent été là éux-mêmes, avec leur argent et leurs soldats : cependant la guerte était uniquetnent francaise ; nots én portiotis les charges et les périls. L'énvoyé désigué de l'Autriche , à propos de l'intervention de Naples , disait d’abord qu’il n'avait point reçu d'ordre de sa cour, qu'il he pouvait se rendre à Madrid pour y recénnaitre la junte, et tout cela en présente des factions espagno«

’ les, attentives aux moindres symptômes de division.

Forcé nous avait été de la former’, cette jante ; elle pare Jait aux Espagnols au nom de leur roi; elle amenait les généraux des Cortés à traitor avec une eujorité de la patrie, laquelle autorité dissimulait à leurs yeux ce qu'il y a de pénible dans un changement brusque de parti et d'opinion. Elle encourageait aussi les royalistes qui, voyant auprès d'elle un corps diplomatique , se croyaient soutenus par l'Europe. Au-delà des Pyrénées, il eût été impossible d'avancer d’une liede , 4 moins d'avoit Ia population pour soi.

Mais la junte avait l'humeur de son pays; les haines

qui se mélaient à cette humeur la rendaient souvent initraitable. Elle fit tant de sottises , elle publia un décret si menaçant contre le parti des Cortés et contre les miliciens rentrant dans leurs foyers, qu'elle força M. le duc d'Angouléme à s'éloigner de. Madrid , et à publier, à Andujar, le 8 août 1825, l'ordonnance suivante :

« Nous, Louis-Antoine d'Artois, fils de France , com- » mandant en chef l'armée des Pyrénées,

, » Considérant que l'occupation de l'Espagne par l'ar- » mée française sous nos ordres nous met dans l’indis- » pensable obligation de pourvoir à la tranquillité de ce » royaume et à la sûreté de nos troupes,

» Avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

» ART. 4. Les autorités espagnoles ne pourront faire » aucune arrestation, sans l'autorisation du commandant » de nos troupes, dans l'arrondissement duquel elles se » trouveront.

» 2. Les commandants en chef des « corps de notre ar- » mée feront élargir tous ceux qui ont été arrêtés arbi- » trairement et pour des motifs politiques ; notamment les » miliciens rentrant chez eux.

» Sont toutefois exceptés ceux qui , depuis leur rentrée » dans leurs foyers , ont douné de justes motifs de plainte.

» 8. Les commandants en chef de notre armée sont au- » torisés à faire arrêter ceux qui contreviendraient a au pré- » sent ordre.

» 4. Tous les journaux et journalistes sont placés sous » la surveillance des commandants de nos troupes.

» §. La présente ordonnance sera imprimée et affichée » partout,

.».Fait à notre quartier-général d'Andujar, le 8 août ».1823.

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