M. DE MARCELLUS A M. DE CHATEAUBRIAND
Londres, 43 mai 4825.
Monsieur le Vicomte,
D'après ce que je vois chez les ministres et leurs amis, ce que j’entends chez Popposition , et d’après les observations de mes collègues , notre cause me paraît s’améliorer sensiblement. Cet effet est principalement dû, on ne peut le nier, à la modération et à l’éloquence de votre dernier discours. Notre marche triomphale en Espagne a détrompé bien des esprits, et M. Canning lui-même disait récemment que cette guerre à peine commencée touchait déjà à sa fin. I! ne regarde plus le succès comme douteux, et il n’a plus qu'une pensée, c’est celle de le partager. Le ministère entier éprouve le même sentiment : ils comprennent qu’ils ont besoin, pour leur popularité et leur position envers le parlement , de reparaitre médiateurs et actifs sur le théâtre de la Péninsule. M. Cauning a beau déclarer qu'il
n’agira plus sans avoir des points fixes, et des bases de négociation arrêtées; il agira, monsieur le Vicomte, à la moindre demande; et tout ce qu'il craint au monde, c est qu'on ne se passe de lui. |
Lord Melleville m’assurait avant-hier qu'aucune flotte - ne partaît pour Gibraltar ; mais six jours suffisent pour cet équipement. Les révolutionnaires exa!tés seront accueillis sur les vaisseaux anglais; le roi même pourra y être conduit par eux, et de ia , le cabiaet de Londres traitera des institutions à donner à l'Espagne. Il faut tout prévoir, même cette bizarre complication d'événements. D’un autre côté, si on réclame l'intervention amicale de l'Angleterre, M. Canning , pour donner plus de poids et d'éclat à cette médiation, ira jusqu’à envoyer le duc de Wellington dont il s’est moqué dans ses discours , car il veut agir à tout prix. - La session va se terminer, et, s’il n'a pu défendre cette . année que des plans arrêtés avant son entrée au ministère, il voudra se présenter l’année prochaine au parlement avec la pacification de l'Espagne, la reconnaissance de l’indépendance des colonies espagnoles , et peut-être du Brésil, etc., etc. Il lui faut ces succès extérieurs, pour faire oublier son silence sur la question catholique et la réforme parlementaire.
M. Canning nous revient, monsieur le Vicomte; la correspondance qu'il veut rouvrir avec vous le prouve. Eclairé comme vous l'êles sur son caractère, vous dirigerez celte c.rrespondance avec avantage, et dans le sens de vos vues ; il a fait quelques pas vers la modération, et, subtilisant sur un de ses discours : « J'ai sans doute exprimé des vœux » pour l'Espagne, a-t-il dit, mais point pour les Cortés; » j'ai souhaité la prespérité de l'Espagne, mais non le » triomphe du parti des exaltés. J'abhorre l'intervention » armée de la France, continuait-il ; elle est injuste et cou-
jo GUERRE
5 pable eh principe; mais je dois avouer qu elle rend là » paix plus facile ét plus préchaine , et ellé aüra beaucoup » contribué au repos intérieur dé la Péhinsile. »
Par ces contradictions pénibles, le ministre n *exprinie dutré chose que le désir d’intervenir lui-même ; il feint une grande frayeur du despotisme , et il s'appuie dans ses raisonnéments sur toute la haine qu'on porte unanimement ici au roi Ferdinand. Ii parle fréquemment de sa destitution comme possible et désirable. Vous m’avez recommandé de né traiter ces divers points politiques qué dans des lettres particulières, et jé continuerai jusqu’à nouvel ordre.
Le prince Estherhazy et le baron de Werther, qui dihaient hiér chéz moi, ne pouvaient se lasser de rendre hommage à l’à-propos et 4 l'éloquence de votre dernier discours ; ils m'ont chargé de vous transmettre leurs sincères félicitations. Madame de Lieveh qui, dit-elle, n'est pas suspecte de partialité pour vous, y joint les siennes.
Le roi a témoigné à diverses reprises, monsieur le Vicomte , combien votre discours l’a touché. Il en a parlé avec enthousiasme, el réellement le succès de ce discours est merveilleux.
J'ai l'honneur , etc.
Le Vicomte pz MARCELLUS.
M. DE POLIGNAC À M. DE CHATEAUBRIAND
Gher et noble Vicomte,
Je vous remercie de votre petit billet; ori ne peut qu'être fier et heureux de travailler sous un chef tel que vous. Je
D'ESEAGNE. A ferai mes préparatifs aussi secrètement que possible ; j'irai yous remercier moi-même demain matin. —
Fout à vous,
- Le prince DE POLIGNAC.
Ge (6 mai.