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Anciennes lois politiques de PEgpagrie.
On pourrait croire que les Espagnols, d’après cette peinture, n’ont jamais connu la liberté politique; ce sérait une méprise : cette liberté est tombée seulement en désuétude parce qu'un élément supérieur a prédominé.
De Récared à Roderic, seize conciles nationaux formaient le corps des Établissements : les lois de ces conciles recevaient la sanction des juges des villes et du consentement du peuple. Le roi, électif dans la race pure des Goths , jurait de remplir ses devoirs. Le jugement par pair ou juré était de droit fondamental ; les actes du concile de Tolède furent la base des Institutes.
Le Visigoth avait laissé à ses sujets romans-espagnols la faculté de vivre sous leurs anciennes lois civiles et muni- cipales, de sorte qu'ils conservèrent l’organisation de la commune romaine, Les guerres intestines, qui privaient le
vaincu du droit des gens de ce temps-là, étaht moins fréquentes qu'ailleurs, les servitudes devinrent moins générales : les seigneurs n’eurent pas les priviléges qu'ils ac- quirent par le fer en France et en Italie ; la féodalité ne fut point ou presque point connue ; c’est la belle obseryation de Montesquieu. En effet , le peuple devint patre , laboureur, fermier , non vassal; les lois de police des Maures se trouvérent en harmonie avec les lois de police des Romains; les compagnons de Muza introduisirent , en vertu des mœurs, dans le pays cette indépendance sauvage de l’Arabe , laquelle est restée dans le cœur de l'Espagne chrétienne.
Les entraves mises successivement au pouvoir des rois d'Espagne étaient immenses. Les états-généraux d'Aragon sont bien connus; Philippe II leur ôta leurs plus grands priviléges , mais il n’osa toucher au réglement qui défendait de lever l'impôt sans le consentement des états. La Navarre, les Biscayes, la Catalogne et le royaume de Valence jouissaient de franchises ; la Castille se défendait d'une autre manière , elle avait son impérieux conseil et s'était emparée de l'autorité. L'Aragonais, tout protégé qu'il était de ses chartes, ne pouvait cependant parvenir a rien s’il ne possédait des biens sous la couronne de Castille. Le marquis de Denia fut obligé de prendre le nom castillan de duc de Lerme; le marquis de Castel-Rodrigo se vit forcé de faire passer son crédit et sa faveur au comte d'Olivarez , son ami.
Les premières Cortès auxquelles les députés du tiers assistèrent furent celles de Léon, en 4488; cette date prouve que les Espagnols marchaient à la téte des peuples émancipés.
Peu à peu les bourgeois fatigués laissérent le souverain payer leurs mandataires et désigner les villes aptes à la
té CONGRÈS
dépotation. Douze cités seulement én obtinrent le droit, Charles-Quint , tyran, natutellement lié avec son collégue , cet autre tyran, le peuple, éleva les villes représentées au nombre de viagt ; mais, en méme temps , dans la réunion de Tolède , en 1538 , il retrancha pour tou+ — jours des Cortes le clergé et ia noblesse.
Les rois , débarrassés du joug des Cortés, furent cons traints de s'en i imposer d'autres; des conseils ou des cons suktes dirigèrent la monarchie. Les places y étaient si recherchées que les vice-rois de Napleset de Sicile , les gouverneuts de Flandre et de Milan, les sollicitérent; Les favoris, Olivarez lui-même , étaient obligés de flatter led
On voit done que l'Espagne avait conne la forme reptésentateve : si l'indépendance individuelle l'emporta sur la Liberté commune, bien que cellé-ci servit à fortifier celle-là; si fe génie arabe prévalut , que pouvaient prodire tes efforts que l'en a tentés pour amener l'Espagne | à la diberté loquace d'une assemblée deélibérante ? D’un autre côté , n'est-il pas inoui, puisqu'on prétendait réta-
‘tir des Gortès, qu'au lieu de se rapprocher de l'usage national, on soit allé déterrer un modèle étranger, rejeté mène aujourd'hui par la France ? C'est pourtant ¢ ce qui est arrivé.
Si cette anomalie pouvait s'expliquer , ce serait par la Jengue paix qui suivit le traité de Bale et qui mit la Péninsule en rapport étroit avec la République quand tous les tutres Euroyiéens étaient exclus de Paris. A cette époque on compte plusieurs sujets de Charles IV parmi nos. plus ardents jacobins. L'Espagnol aime les spectacles sanglants , et les rayons de nos victoires extérieures se reflétaient dans la vantance et la pompe de leur esprit,
DR VERONE. rT a
La régence constitutionnelle convoque les Cortès générales à Cadix. — Cortés de Cadix. — Constitution : ses défauts ; elle mécontente tous les partis.
Après l'insurrection de Madrid et l'installation de Joseph , ilse forma des juntes dans les provinces , mues par un intérêt commun, mais agissant avec des moyens divers. Le besoin d'un gouvernement central ne tarda pas à se faire sentir. Trente-quatre députés s'installèrent en régence 4 Aranjnez. L'Espagne, souvent ravagée, a toujours été funeste aux conquérants : César y oombattit pour sa vie, et Napoléon, eatafatte du monde, fut ahligé d'en revenir à cheval comme un obseur courrier. Après des lnttes diverses , les députés se retirèrent en 4808 à Séville , ob Las Casas commença sa miséricardiouse vie. La régence convoqua des Cartès générales ; elles n'enrent pas le tempa de se réunir, Du haut de Ja montagne de la Sierra-Morena, les soldats français , en apercevant la vallée du Guadalquivir , présentérent spontanément lea armes ; rien ne donne une plus vive idée de la beauté de l'Andalausie; c'était ainsi qu'en Égypte nos bataillons s'arrétèrent et saluèrent de leurs applaudissements les muets monuments de Thèbes ouhliée. Le secret des palais des Maures, changés en cloitres, fut pénétré; les églises , dépouillées, perdirent les chefs-d'œuvre de Vélasquez et de Murilla; une partie même des os de Rodrigue fut enlevéa : on avait tant de gloire , qu'on ne craignait pas de soulever contre soi les manes du Cid et l'ombre de Condé. La ré-
gence abandonna Séville et se réfugia dans l'île de Léon. Le 24 septembre 4810 , les Cortés générales, convoquées sans condition d'éligibilité, s’assemblèrent, et peu apres ’ s'établirent à Cadix.
Cadix, imporio del Orbe , marché de l’univers , où tout se vend, où tout s'achète, convenait, par son isolement , à la méditation des plus hauts desseins. Tarsis y régna et les songes y devenaient prophétiques ; César y réva qu'il abusait de sa mère, c’est-à-dire , selon Suétone , qu'il violait sa patrie. La Liberté venait se reposer à Cadix auprès du premier Hercule. Nous avons vu sur la chaussée de cette ville, réputée miraculeuse, une de ses six merveilles, l'astre du jour, trois fois plus grand que de coutume, se plonger au milieu de l'Océan, dont il augmentait la paix, la splendeur et l’immensité. Mais ces contes brillants du passé et la magnificence de la nature n’inspirent que des sentiments et ne sont plus du siècle. Le souvenir des gallions, l’ancien rendez-vous des piastres, les idées mercantiles , nos passions politiques , animaient les factions emprisonnées dans l'ile de Léon; cette terre, que l’on appela les Champs-Elysées , se métamorphosa en Tartare. Les Cortés n’offrirent point la majesté d’une assemblée chargée du sort de l'espèce humaine, resserrée entre les deux plus puissantes barriéres du monde, Bonaparte et les flots.
Les séances des Cortés furent une parodie de nos assemblées révolutionnaires; le grand parti national n'y dominait pas. Les Cortés fourmillaient de Ziberalés. On y . proposa tout : proscriptions, destructions, meurtres. Des prêtres renégats s’offrirent pour bourreaux; c'était la même vocation dans le ciel et sur la terre. Jamais cause plus belle ne fut moins traitée selon sa beauté. En vain la voix modérée d’Argiielles se fit entendre; on n’écoutait pas son éloquence, tout en l'appelant divine. « A Cadix,
» dit le père Jérôme, on parle avec grâce, gravité, énergie » et sans accent. »
L'acte de la constitution de Cadix parut le 49 mars 4812; il proclama le principe de la souveraineté du peuple : le roi est déclaré inviolable , la religion catholique seule religion de l’état ; la constitution ne peut étre révisée que par le concours de trois législatures successives, en vertu d'un décret non sujet à la sanction royale. Le reste des articles est déplorable : il n'y a qu’une seule chambre ; les militaires ont le droit d'examiner leur for intérieur ; le roi n’a pas la sanction absolue ; les fonc: tionnaires publics sont nommés par les Cortès, etc.
La base du pacte était fausse : la souveraineté absolue ne réside ni dans le peuple , ni dans le roi , qui pareillement en abusent ; elle n'appartient qu'à Dieu et au génie, délégué de Dieu. Les Espagnols auraient dû étudier l’art de Gonzalve à Cordoue , de préférence aux principes de Mariana, dans sa crypte à Tolède.
Tous les peuples , frappés de la mobilité des choses humaines , ont cherché un point d'appui hors du monde pour rendre stables leurs institutions ; tous, royalistes ou . républicains, les ont appuyées à l'autel ; tous se sont hâtés de donner à leur principe le nom de sacré. Mais que leur a servi de déclarer la couronne ou la liberté inviolable , lorsque chaque jour cette couronne et cette liberté sont violées ? C’est à cause de cette fragilité que le législateur, chez les modernes comme chez les anciens , a eu recours au droit divin, lequel excuse , s'il ne justifie pas l'abus qu'on en a fait en versant le pouvoir de Dieu dans la tête infirme et le cœur passionné de l'homme.
La constitution de Cadix mécontenta tout le monde : on s'y soumit cependant par nécessité, de même que l’armée du duc de Wellington servait de centre aux gué-
rillas d'Ibérie. Les Espagnols n'ont déplayé leurs qualités admirables que quand ils ont été mélés à l'étranger , bien qu'ils le détestent ; ils n’imposèrent leur joug à l'Europe -qa’en formant un seul et même peuple avec les peuples de la Franche-Comté, d'une partie de la Bourgogne et des Pays-Bas.
La foule consentit d'abord aux Cortès générales, afin de se mettre à l'abri de la France ; les moines se battirent au nom des hommes qui les méprisaient, les dépouillaient et les égorgeaient : les moines sont presque toujours du eôté de la liberté, même quand onles proscrit, parce qu'ils sont l’ancien peuple coiffé d’un froc. Les royalistes versèrent leur sang par ordre des jacobins. En dernier résultat, tout ce qu’on avait fait pour l'indépendance nationale se trouva avoir été fait pour la liberté, réputée politique. Quand l'Espagne eut été délivrée , il ne resta de ses merveilleux efforts qu'une constitution débottée : chacun stupéfait la regarda ; on se disait, en contemplant le menacant édifice : « Quoi! j'ai élevé cela! »