LE GENERAL GUILLEMINOT A M. DE CHATEAUBRIAND
Madrid, 45 juin 1825.
Monseigneur,
Je reçois la lettre que votre Excellence m’a fait l'honneur de m’écrire le 8.
Notre droite n’est point perdue de vue. Dans ce moment, la brigade Huber opére par Reynosa contre quelques troupes constilutionnelles, qu'on dit avoir passé Ja Deba, pour marcher contre Saint-Ander et Santona, que bloque le général Marguerie. Nous avons dans cette partie 4,000 hommes, qui sont plus que suffisants. Bourke, qui est 4 Léon, agit en même temps sur Oviedo. Nous attendons de bons résultats de cette combinaison, et surtout de la désunion et du découragement qui règnent chez l’ennemi. Une lettre que nous avons interceptée, et que j'ai envoyée hier au ministre dela guerre, vous donnera de justes espérances sur les succès de nos affaires dans les Asturies et la Galice.
Wilson y est venu, et, aprés avoir pris connaissance de l’état des choses dans cette partie, est entré en Portugal par Orensée. Il y arrivera trop tard: la contre-révolution y est
consommée. Le roi et la famille royale y sont entièrement libres. Un de mes officiers, envoyé aux nouvelles à Salamanque, m’apprend que le comte d’ Amarante a quitté cette ville le 8 au matin, pour se joindre aux troupes qui se sont déclarées poar le roi.
Morillo, à qui j'ai envoyé une lettre de sa femme, parail bien disposé, ainsi que plusieurs de ses généraux, Bourke doit entrer en relations avec lui.
Nous en avons ouvert de nouvelles avec Saint-Sébastien et Pampelune. Une lettre que j'ai de l’Abisbal pour son ” frère, qui est dans la première de ces places, a déjà produit quelque division parmi les chefs de la garnison. L’Abisbal doit être arrivé à Bayonne. Il avait été arrêté par les autorités de Bergara, qui lecroyaient en fuite ; maisil a été relâché.
Je pense aussi que le roi sera emmené à Cadix. Bordesoulle prendra alors le commandement des deux colonnes éxpéditionnaires, et serrera Cadix de près. Il n'y a pas d’apparence que S. M. C. aille à Badajos. Cette place n’est pas en élat, et la situation actuelle du Portugal ne permet pas d’y songer. Bourmont, qui suit la direction de Badajos, ne rencontre rien; il a passé le Tage sans coup férir, et était te juin à Truxillo.
Nous espérons que les douze mille hommes que vous nous envoyez ne nous feront pas fante d’ici au moment où ils pourront entrer. Nous profitons de la disposition des esprits pour frapper vite. Je mets tous mes soins à bien coordonner la marche de tous ces paquets qui, dans les circonstances actuelles, produisent plus que de grandes masses. Its font crouler de toutes parts l'édifice révolutionnaire, en favorisant l'organisation des antorités royales. Nous pourrions faire mieux encore; mais nous ne savohs pas assez semer. Heureusement la peur, la niéfianée, la foree des choses, aménerent ut résultat que notre prévoyanob aurait pt hater.
. ',Ne craignez rien, monseigneur, pour nos communications. Le métier de partisan est impossible quand la popylation ne le favorise pas. Les voyageurs n’ont à craindre que quelques voleurs. L’argent, et non les dépêches d’un ou deux courriers arrêtés, faisait seul l’objet de la conyoifise de ces brigands. Au reste, s’il se formait des partis, nous les dépisterions bientôt. —
Je compte toujours sur les bontés de votre Excellence, comme je la prie de compter sur Ventier et respectueux dévouement avec lequel je suis,
Monseigneur, de votre Excellence, le très-humble et très-obéissant servitenr, Le major-général, Comte GUILLEMINOT.