PALMELLA
M. DE LA FERRONNAIS A M. DE CHATEAUBRIAND
Saint-Pétesbourg, le 19 juin 1825.
Vous trouverez peut-étre, monsieur le Vicomte , que je mets un peu trop de précipitation à vons renvoyer mon
courrier , et que j'aurais dû attacher moins d’importance à la démarche que vient de faire le prince de Metternich, puisqu’aprés tout , le rejet ou l'adoption de la mesure qu’il propose dépend en quelque sorte de vous, et que si elle est réellement nuisible à la marche des affaires, il vous sera facile de faire comprendre et admettre aux autres cours les motifs qui vous la feront décliner. Cette réflexion cependant ne m'a point arrêté; j'aime mieux pécher par excès de précaution, que d’avoir à me reprocher une négligence qui pourrait avoir des inconvénients. Tout prouve que l’Autriche attache une extrême importance à faire admettre dans cette régence d’Espagne une voix de plus. Les démentis que les actes du gouvernement et notre conduite en Espagne ne cessent de donner à nos détracteurs ne les découragent cependant pas. On dit que nous arrivons à Madrid nos poches pleines de constitutions; que dès que -nousaurons libéralisé l’Espagne à notre façon, la tête nous partira, et que Von a tout à redouter des extravagances auxquelles nous pouvons nous porter. Déjà même on fait remarquer l’emphase avec laquelle quelques-uns de nos journaux parlent du rôle que nous jouons, et de l’importance que nous donne, à nos propres yeux, la conduite de notre armée. Le fait est, monsieur le Vicomte, qu’on nous aimait bien mieux dans l’état où nous étions, lorsqu'on pouvait met- - tre en doute la fidélité de cette armée, et qu’il était possible de la supposer prête à se rallier aux factieux contre le gouvernement; alors les inquiétudes paraissaient avoir quelque chose de fondé , qui semblait donner aux autres le droit de s’entendre pour nous surveiller; on nous tenait ainsi dans une sorte de dépendance dont on n’aime point à nous voir sortir; on doit donc chercher et saisir avec empressement tous les moyens possibles de faire naître sur nous de nouvelles inquiétudes , d’exciter des méfiances ; et si on ne