S. A. R. LE DUC D'ANGOULEME A M. DE CHATEAUBRIAND
J'ai reçu hier, Monsieur, votre lettre du 42, avec le numéro da Journal des Débats du méme jour. Je suis tréssensible à tout ce qu'il contient de flatteur pour moi; mais ce qui m'en a fait plus de plaisir est la manière dont vous y parlez en ministre d’une motarchie représentative. Pour ce qui me concerne , je remercie le ciel d’avoir couronné de succès la mission qu'il avait plu au roi de me confier.
Je vous prie de croire, Monsieur, à toute mon estime et affection. |
Lours-ANTOINE.
mue
M. DE CHATEAUBRIAND AU GÉNÉRAL POZZO
Andujar, ce 20 octobre 1825.
Cette lettre, Général, vous trouvera arrivé ou arrivant à Madrid. Je veux vous dire un mot de ce qui s’est passé ici, afin que vous puissiez transmettre à qui de droit l’exacte vérité. Le maréchal duc de Bellune a succombé à la lutte établie depuis cing mois entre lui et Ouvrard. Une puis- . sance plus forte qu’un ministre a exigé sa retraite, et il a fallu nous séparer avec un vif regret de cet excellent homme. La grande affaire politique était le choix d'un successeur :
ce choix allait marquer ou la continuation du même systéme , ou un changement de principes dont les conséquences auraient été incalculables. Le baron de Damas a été nommé. Par une autre chance, M. de Caraman m’avait envoyé sa démission. Le roi l'a acceptée et a nommé à Vienne le Maréchal ; il fait encore quelques difficultés d'accepter ; mais j'espère que l'affaire s’arrangera.
J'ai grande envie, Général , que le roi soit arrivé à Madrid. Vous serez content de M. de Talaru, et vous vous entendrez parfaitement avec lui. Tâchez de faire effacer de ces malheureux décrets ce qu’il y a d’absurde et d’impraticable ; qu’on cesse ces proscriptions par catégories, qui menacent la population entière ; qu’on licencie eette armée , qui se soulèvera quand nous n’y serons plus ; qu’on choisisse un ministère prudent ; et que d’avoir servi lé roi sous les Cortès, par ordre même du roi, ne soit pas un titre de condamnation et un crime impardonnable. Enfin, Général, prêchez la modération, et ne craignez pas que le génie espagnol abuse de ce mot ; et tâchez que l’on fasse à Madrid quelque chose qui ressemble aux actes d'un peuple civilisé. Surtout, Général, revenez-nous vite, et croyez à mon sincère dévouement ainsi qu'aux sentiments de haute considération de votre serviteur.
CHATEAUBRIAND
M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU
Paris, ce 22 octobre 1825.
J'ai reçu, mon cher ami, vos lettres du 41 et du 42. Je me désole de votre séjour à Séville qui interrompt tout et
nous Ôte, par la longueur du temps et du chemin, la possibilité de nous entendre. Monseigneur nous a envoyé la lettre qu’il a écrite au roi d’Espagne , et qu’il vous a laissé libre de transmettre ou de supprimer. Vous êtes, étant sur les lieux, meilleur jage que nous ; mais, quoique la missive soit rude, nous pensons dans le conseil qu’elle pouvait être remise comme un moyen d'action sur des hommes incorrigibles. I] paraît aussi qu’on ne prend aucun parti sur le licenciement de l’armée et du corps de Ballesteros, et qu’en conséquence le corps de Molitor reste immobile, sans que le Prince poisse lui faire commencer sa retraite. Avertissez M. Saez que nous ne pouvons prolonger les frais de la guerre, que chaque mois nous coûte 42 ou 45 millions, et qu’il n'y a pas de ministère qui voulût se présenter aux Chambres avec de tels frais par-delà la délivrance du roi, sans s’exposer à porter la tête sur l’échafaud. L’ordre très-positif de la retraite va être doré , si on ne profite pas du dernier moment, et alors le gouvernement espagnol verra comme il s’arrangera avec Ballesteros dont le corps se grossira à l’instant, quand nous n’y serons plus, de tous les proscrits faits par les décrets du port Sainte- Marie, de Xérès et de Séville.
La chicane que l’on fait à sir W. A’Court est ridicule et expose le gouvernement espagnol à augmenter l’humeur de l'Angleterre. Sir W. A’Court était ambassadeur auprès du roi et non pas auprès des Cortés. Sir W. A’Court est
un excellent homme, fort loyal et fort sage.
Ces commissaires ne sont donc pas encore à bord de notre frégate ? quelle pitié ! Certainement nous ne nous chargerons pas de porter Quesada et les siens à Cuba.
Tout à vous, mon cher ami.
CHATEAUBRIAND
LD te GE