TOME II
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M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE CARAMAN
Paris, le 8 juin 1823.
Le courrier de M. le baron de Vincent m'a apporté, monsieur le Marquis, vos lettres et vos dépêches des 23 et 1 5 mai. Je vous prie de remercier, de ma part, M. le prince de Metternich , de toutes les choses obligeantes qu'il veut bien me dire. J'aurai l'honneur de répondre demain à sa lettre, par le courrier que compte expédier à Vienne le prince de Castelcicala.
Nous avons traité ici, dans des conférences longues et sérieuses, la proposition de S. M. le roi des Deux-Siciles. Vous verrez, par le protocole dont je joins ici la copie, ce qui a été décidé, et les notes auxquelles la discussion a donné lieu. 3'avais fait la mienne beaucoup plus longue. J'avais exposé les inconvénients sans nombre que le gouvernement français voit dans la proposition de Naples. J'avais démontré, qu'en admettant un régent , ou le délégué d'un régent , ayant droit de sanctionner, c'était admettre un souverain. Que ce souverain aurait, par la conséquence de sa souveraineté, le droit de faire des lois , et que l'alliance ne voulait pas, surtout, qu'on pût faire des lois dans l'absence de Ferdinand. J'avais prouvé qu'un
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incident, qui retarda l'envoi des agents diplomatiques à Madrid, met en péril l'entreprise si heureusement commencée, peut changer les chances de la guerre, faire rompre à l'Angleterre sa neutralité toujours douteuse, etc., etc. M. le baron de Vincent m'a fait observer que, plus j'insisterais sur les difficultés, plus il serait embarrassé dans sa conduite avant d'avoir pris les ordres de sa cour. Je n'ai pas hésité, pour ne rien faire qui ne fût agréable à M. le prince de Metternich, de retrancher de ma note tout ce que M. l'ambassadeur de Vienne a voulu, et je l'ai réduite au point où vous la verrez, c'est-à-dire que la France n'a pas, pour l'avenir, préjugé la question.
Il a fallu ensuite régler le départ des agents diplomatiques pour Madrid. Nous avons établi les points principaux de la direction qui doit être suivie par les envoyés des alliés, d'une manière qui doit pleinement satisfaire la cour de Vienne. Cependant M. le baron de Vincent m'a dit que M. Brunetti allait partir pour Madrid, mais qu'il ne pourrait l'accréditer auprès de la régence que quand il aurait reçu le pouvoir du cabinet autrichien. Je suis persuadé que M. le prince de Metternich ne verra aucune raison pour retarder l'ordre qui donnera à M. Brunetti le droit de déployer son caractère auprès de la régence.
Les nouvelles de l'Espagne continuent à être très-bonnes, ou plutôt, il n'y a point de nouvelles, car la guerre n'existe plus. On ignore encore
si les Cortès ont pu amener le roi à Cadix ou à Badajos. Nous marchons sur ces deux villes. Recevez, etc., etc., etc.
Signé Chateaubriand.
P. -S. Mes lettres de Madrid, que je reçois à l'instant, en date du o, portent que les Cortès voulaient partir le 4 de ce mois avec le roi pour Cadix; que la ville veut bien recevoir le roi, mais refuse d'admettre les Cortès. — Molitor doit être à Valence aujourd'hui même.
Le corps de réserve que le nouveau maréchal va mener en Espagne est de douze mille hommes. Il servira à faire la chaîne entre nos postes.
M. DE RAYNEVAL A M. DE CHATEAUBRIAND
Berlin, ce 41 juin 1823.
Monsieur le Vicomte,
Cest le 6 de ce mois que j'ai reçu par un courrier prussien la lettre particulière que Votre Excellence a bien voulu m'écrire, en date du 3 1 mai. J'ai sur-le-champ envoyé à M. de la Ferronnais, par estafette , les paquets qui y étaient joints, et presqu'en même temps je lui ai adressé une copie de la dépèche télégraphique du 28, que M. de
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Bernstorif a bien voulu me communiquer comme votre Excellence le lui avait fait demander.
On a fort approuvé la composition de la régence. M. de Bernstorff m'a parlé de l'omission du nom des alliés dans la proclamation de M. le duc d'Angoulème, mais avec beaucoup de calme, et sans en paraître fort étonné. Du reste, il a été extrêmement satisfait de tout ce qu'elle contient, et croit qu'elle produira le meilleur effet. Quoiqu'il m'eût annoncé la veille la nomination de M. de Royez, je n'ai pas cru inutile de lui parler encore des inconvénients du délai que les cours alliées avaient mis à accéder à notre demande d'envoyer des agents diplomatiques à Madrid; et pour produire plus d'impression sur son esprit, je lui ai lu ce que votre Excellence m'a mandé à ce sujet. Il en a paru frappé.
Agréez, je vous prie, monsieur le Vicomte, l'assurance de mon entier dévouement et de ma
haute considération.
Rayneval.