‹ Congrès de Vérone (volume 3)Chapitre 14 sur 53 · CA ERRE · texte numérisé non relu

CA ERRE

constances actuelles, produisent plus que de grandes masses. Ils font crouler de toutes parts l'édifice révolutionnaire, en favorisant l'organisation des autorités royales. Nous pourrions faire mieux encore; mais nous ne savons pas assez semer. Heureusement la peur, la méfiance, la force des choses, amèneront un résultat que notre prévoyance aurait pu hâter.

Ne craignez rien, monseigneur, pour nos communications. Le métier de partisan est impossible quand la population ne le favorise pas. Les voyageurs n'ont à craindre que quelques voleurs. L'argent, et non les dépêches d'un ou deux courriers arrêtés, faisait seul l'objet de la convoitise de ces brigands. Au reste, s'il se formait des partis, nous les dépisterions bientôt.

Je compte toujours sur les bontés de votre Excellence, comme je la prie de compter sur l'entier et respectueux dévouement avec lequel je suis ,

Monseigneur,

de votre Excellence ,

le très-humble et très-obéissant serviteur,

Le major-général,

Comte Glilleminot.

D'ESPAGNE. (il

M. DE PALMELLA A M. DE CHATEAUBRIAND

Lisbonne, juin 4 823.

J'ose croire que la nouvelle que votre Excellence recevra des événements mémorables qui viennent de se passer en Portugal ne pourra être accueillie avec indifférence ni par Sa Majesté trèschrétienne ni par son ministère, d'autant plus que l'étonnante et subite résurrection de la monarchie portugaise confirme l'opinion que votre cabinet s'était formée sur les affaires d'Espagne. Il y a tout lieu d'espérer que l'exemple glorieusement donné par la nation portugaise sera suivi par la plus grande partie des habitants de la Péninsule.

Un des premiers vœux de Sa Majesté Tres-Fidèle , aussitôt qu'elle s'est vue de nouveau libre sur son trône , a été celui de renouveler avec sa majesté le roi de France toutes les relations amicales qui se trouvaient interrompues et compromises par l'aveuglement de la faction révolutionnaire qui a gouverné le Portugal.

Je me félicite , monsieur, d'avoir été choisi par le roi , mon maître , pour adresser l'expression de ce vœu à votre Excellence, et j'espère qu'elle voudra bien permettre à M. le marquis de Marialva d'en être l'organe auprès de Sa Majesté Très- Chrétienne. Il aura l'honneur de lui exprimer

toule la pari que le roi mon maître prend à l'heiu reux succès de la glorieuse entreprise de Son Altesse Royale monsieur le duc d'Angoulème, entreprise qui certainement a contribué à faciliter et à avancer la contre-révolution portugaise. Sa Majesté se propose d'envoyer au plutôt un officier - général pour témoigner des mêmes sentiments au quartier-général de Son Altesse Royale. Espérons , monsieur , que l'Europe pourra cueillir enfin le fruit de tant de malheurs, et profitera de sa triste expérience ! Trois ans ont suffi pour démontrer aux Portugais le danger et la fausseté des doctrines démagogiques; et la charte que Sa Majesté se propose d'accorder à ses sujets, comme une juste récompense de leur fidélité et de leurs vertus patriotiques, suffira, sans doute, pour satisfaire l'opinion de la partie sensée de la nation , pour guérir graduellement les plaies que la révolution a laissées, et pour maintenir une tranquillité durable. Palmella..

M. DE LA FERRONNAIS A M. DE CHATEAUBRIAND

Saint-Pétersbourg , le \ 9 juin \ 825.

Vous trouverez peut-être, monsieur le Vicomte, que je mets un peu trop de précipitation à vous renvoyer mou courriel-, et que j'aurais dû

D'MPAGHE. M

attacher moins d'importance à la démarche que vient de faire le prince de Mette mie h, puisqu'après tout, le rejet ou l'adoption de la mesure qu'il propose dépend en quelque sorte de vous, et que si elle est réellement nuisible à la marche des affaires, il vous sera facile de faire comprendre et admettre aux autres cours les motifs qui vous la feront décliner. Cette réflexion cependant ne m'a point arrêté, j'aime mieux pécher par excès de précaution, que d'avoir à me reprocher une négligence qui pourrait avoir des inconvénients. Tout prouve que l'Autriche attache une extrême importance à faire admettre dans cette régence d'Espagne une voix de plus.

Les démentis que les actes du gouvernement et notre conduite en Espagne ne cessent de donnera nos détracteurs ne les découragent cependant pas. On fait croire que nous arrivons à Madrid nos poches pleines de constitutions ; que dès que nous aurons libéralisé l'Espagne à notre façon , la tète nous partira , et que L'on a tout à redouter des extravagances aurf/uetles nous pouvons nous porter. Déjà même on fait remarquer l'emphase avec laquelle quelques-uns de nos journaux parlent du rôle que nous jouons, et de l'importance que nous donne à nos propres yeux la conduite denotre armée. Le fait est, monsieur le Vicomte, qu'on nous aimait bien mieux dans l'état où nous étions, lorsqu'on pou vai t mettre en doute la fidélité de cette armée , et qu'il était possible de la supposer prête à se rallier aux

(iî GUERRE

factieux contre le gouvernement; alors les inquiétudes paraissaient avoir quelque chose de fondé , qui semblait donner aux autres le droit de s'entendre pour nous surveiller; on nous tenait ainsi dans une sorte de dépendance, dont on n'aime point à nous voir sortir ; on doit donc chercher et saisir avec empressement tous les moyens possibles de faire naître sur nous de nouvelles inquiétudes, d'exciter des méfiances; et si on ne peut nous empêcher de devenir une nation , on veut au moins , autant que possible , nous isoler de toute l'Europe. On y était parvenu en effrayant tout le monde sur la faiblesse du gouvernement, et sur la force de nos révolutionnaires. Aujourd'hui ce sera notre ambition , ou l'abus que nous pourrions faire des forces que nous recouvrons, qui va devenir le moyen dont on se servira pour effrayer les imaginations.

Je vous ai déjà mandé , mais je vous le répète encore, la correspondance du général Pozzo est dans le meilleur sens possible; on commence à rendre plus de justice à M. de Villèle, à comprendre surtout combien serait malheureuse la désunion entre vous et lui : en tout nous ne pouvons pas désirer de meilleures dispositions que celles que l'on nous témoigne dans ce moment. Finissons notre affaire d'Espagne comme nous l'avons commencée, nous ferons taire alors la calomnie, et si nos ennemis le veulent , nous compterons avec eux. La Ferroivnats.

DESPAGNE. <-o

M. I)ï- CHATEAUBRIAND AT GENERAL GUJLLEMINOT.

Paris, ce 25 juin \ 823.

Comme nous avons été persuadés dès longtemps l'un et l'autre que les Cortès se réfugieraient à Cadix , l'événement ne nous aura pas pris au dépourvu. J'ai obtenu de nouveaux renseignements et recueilli de nouvelles idées, dont je dois vous faire part.

Bien décidément, général, les Corlès ne paraissent pas avoir assez de troupes pour occuper à la fois Cadix et tous les ouvrages militaires de l'île de Léon. On dit toujours qu'il est possible de pénétrer dans l'île par mer; on assure qu'en payant bien les mariniers de la côte, vous aurez toutes les embarcations à votre service. On assure de plus que la marine militaire espagnole est toute royaliste, et que s'il y a quelques vaisseaux de guerre espagnols dans la baie de Cadix, il sera aisé d'avoir à vous les capitaines. Si vous pouvez parvenir à jeter des bombes dans Cadix , bientôt tout sera à vous. Vous n'êtes pas sans doute effrayé de cette sotte idée qu'une bombe peut atteindre le roi. J'espère qu'il ne lui arrivera aucun malheur; mais, après tout, il s'agit de la royauté; un roi n'est qu'un général en temps de guerre : il doit payer de sa personne ; et l'on ne consent à mourir pour

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