LE GÉNÉRAL GUILLEMWOT A M. DE CHATEAUBRIAND
Madrid, 2 juillet 1825.
Monseigneur,
Je suis tellement pénétré de toutes les vérités contenues dans votre lettre du 1 5 juin, que j'en envoie copie à Bordesoulle. Je me suis seulement permis d'y faire une altération : c'est de lui appliquer le passage où votre Excellence veut bien
nie parler de mon avenir. Cela ne gâtera rien à l'affaire.
Rien, dans les instructions que j'ai transmises à Bordesoulle, ne lui prescrivait d'aller doucement. Je sais trop bien qu'on ne peut comparer la perte de quelques hommes laissés en arrière , avec les résultats immenses que doit amener la rapidité de nos opérations. C'est aussi dans ce sens que j'ai écrit à Molitor pour qu'il hâtât sur Grenade le mouvement d'une colonne destinée à déjouer les projets que pourrait avoir Ballesteros d'inquiéter les derrières de nos troupes devant Cadix. Je l'ai engagé, pour plus de promptitude , à user largement de tous les moyens de transport du pays, afin de faire suivre les hommes fatigués.
Une autre colonne d'environ a4°° hommes part à l'instant d'ici, pour Andujar, afin d'assurer les derrières de Bordesoulle, à qui j'ai laissé la faculté de l'appeler à lui. Comptez sur ce général, pour tout ce qu'il y aura de prompt, de vigoureux et de prévoyant. Il sent , comme moi, tout le prix d'un moment. Notre correspondance trèssuivie en fait foi.
Ce n'est point à Paris, mais c'est ici que nous avons liante. Enfin nous commençons à comprendre que la valeur d'un mois de nos dépenses ordinaires peut nous éviter un an de guerre et toutes les chances malencontreuses qui peuvent se présenter durant ce temps.
Morillo vient de se déclarer contre la régence
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formée parles cortès. lia adressé à ce sujet une proclamation aux Espagnols et à son armée. Le pas est immense, et ne lui permet plus de reculer. Il a demandé à Bourke d'entrer en arrangement. J'ai écrit hier soir à ce dernier, qu'il ne pouvait y en avoir d'autre que de reconnaître la régence d'Espagne, et de nous laisser occuper, de concert avec ses troupes, les places et les provinces de son commandement, qu'il conserverait. En même temps Bourke reçoit l'ordre le plus positif de continuer à marcher, pour profiter de la confusion qui règne déjà dans la Galice et dans les Asturies. Attendez-vous, monseigneur, aux plus heureux résultats. Bourke partira d'Astorga le 5, ayant été joint alors par une brigade de renfort, et par de l'argent pour tous ses besoins jusqu'au mois de septembre.
J'espère que bien avant cette époque nous serons maîtres de toute la Péninsule, et que le dénouement de Cadix sera connu.
Ne doutez pas , monseigneur, de mon ardeur pour le service du roi, ni de la gratitude que m'inspirent vos bontés pour moi.
J'espère beaucoup de l'arrivée de M. de Talaru, pour imprimer à la régence une action tout à la fois raisonnable et vigoureuse.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Comte Guilleminot.
M. DE RAYNEVAL A M. DE CHATEAUBRIAND
Berlin, le 5 juillet i 825.
Monsieur le Vicomte ,
Tout ce qui se passe au-delà des Pyrénées nous remplit ici de joie et d'admiration. On ne parle plus d'espérance , parce qu'à l'espérance se joint toujours le doute, et qu'on n'en a aucun sur un succès définitif et très-prompt. Quelques personnes croyaient que les événements du Portugal pouvaient être en partie l'ouvrage de l'Angleterre. M. de Bernstorff, comme votre Excellence le verra par ma dépêche, nous en donne toute la gloire, et paraît même croire que cette gloire pourrait être suivie de quelque profit , ce qui serait une chose suffisante pour exciter la mauvaise humeur de nos voisins. Je crois , comme lui , que jamais les circonstances n'ont pu être plus favorables , pour rétablir sur un pied convenable nos relations avec le Portugal. Nous avons, avant tout, à obtenir que le séquestre soit entièrement levé sur les propriétés françaises; il serait intolérable qu'il subsistât, après l'immense service que le coup porté par nos armes au parti révolutionnaire dans la Péninsule vient de rendre à la nation portugaise et à son souverain. Je donne à M. de Rauzan quelques détails , qui pourront n'être pas en-
fièrement inutiles , sur les discussions qui existaient relativement aux intérêts pécuniaires des sujets respectifs, entre la France et le Portugal, au moment où la révolution a suspendu , en quelque sorte, nos négociations avec ce pays.
M. Royez, dans les lettres qu'il a écrites ici avant son départ de Paris pour Madrid , se loue infiniment de l'accueil qu'il a reçu de votre Excellence, et rend complètement justice aux principes et aux intentions du gouvernement du roi. Je tâcherai d'être informé de l'esprit dans lequel il écrira, une fois arrivé à Madrid, et de la manière dont il peindra à son gouvernement la situation du pays et la conduite que nous y tenons. Jusqu'ici les louanges ne tarissent point. Le roi, les princes, les ministres, les principaux militaires, ne cessent de témoigner leur admiration de la manière dont est conduite une opération qui paraissait offrir tant de difficultés.
Agréez, etc. Rayneval.
SI. DE MARCELLUS A M. DE CHATEAUBRIAND
Londres, le 8 juillet 1825.
Monsieur le Vicomte, M. Canniug fait de son mieux pour jeter une
grande incertitude sur les nouvelles directions
données à sir W. A'Court.
Le redoublement de ferveur pour la cause des Cortès, qui s'est manifesté à Londres par des assemblées, des souscriptions et des bals, a produit une somme de dix mille livres sterlings environ. Les armes et munitions de guerre acquises avec ces fonds doivent incessamment partir pour Santona sur deux ou trois vaisseaux marchands que l'amiral Jabat a nolisés. Ces accès de générosité ont été excités par les lettres de sir R. Wilson à ses amis, et vous aurez remarqué, avec surprise, que ces lettres leur étaient envoyées d'Espagne sous le couvert de M. Canning.
Le vicomte de MâÂcellÛs.
P. -S. On ne sait qui vient d'envoyer à la souscription pour les Espagnols 5,ooo liv. ster. (120,000 fr.) Le Morning-Chronkle dit que c'est un prince étranger, qu'il ne désigne pas.
M. DE LAFERRONNAIS A M. DF CHATEAUBRIAND
Saint-Pétersbourg, le 8 juillet 1823.
Le comte de Nesselrode , qui arrive de Czarskoë-Selo, me fait prévenir que son courrier part
dans une demi-heure; il m'est donc impossible, monsieur le Vicomte, de profiter de cette occasion pour vous écrire, comme je n'aurais certainement pas manqué de le faire. Ce qui diminue mon désappointement, c'est que le courrier porte à Pozzo tout ce que j'aurais pu vous mander, et que j'ai tout lieu d'espérer que vous serez entièrement satisfait des communications que l'ambassadeur est chargé de vous faire. Tout ce qui est relatif à la proposition napolitaine s'est terminé comme vous pouvez le désirer; il est impossible de trouver des dispositions plus favorables et plus bienveillantes que celles que l'empereur et son cabinet mon t témoignées dans cette circonstance. Je ne veux pas laisser cependant partir cette occasion , sans faire connaître à votre Excellence que les dernières lettres que j'ai reçues d'elle , et que j'ai cru devoir faire mettre sous les yeux de l'empereur, ont donné lieu à S. M. de me faire dire , par le comte de Nesselrode, que cette correspondance ajoutait encore, s'il était possible, à la confiance entière qu'elle a, non-seulement dans les nobles et pures intentions de votre Excellence , mais aussi dans la sagesse et l'énergie des mesures qu'elle a su faire prendre au cabinet du roi ; c'est par ordre exprès de l'empereur, monsieur le Vicomte, que je suis chargé de vous dire qu'il est impossible de rendre plus de justice à la belle conduite du ministère du roi, ni de faire des vœux plus ardents ni plus sincères pour le succès de la
cause pour laquelle nous combattons, et qui est bien reconnue ici pour être celle de tous les trônes de l'Europe. Veuillez, monsieur le Vicomte, continuer à me traiter avec la même bonté, et entretenir cette correspondance à la fois si intéressante et si utile, "et qui rend ici mes rapports si faciles et si avantageux avec l'empereur et avec son cabinet.
Recevez, etc.
La. Ferronnais.
M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE LA FERRONNAIS
Paris, le 4 4 juillet 4 825.
Voici, monsieur le Comte, la suite des événements diplomatiques. M. Brunetli est arrivé à Madrid , où il a déclaré qu'il n'était point accrédité auprès de la régence; et Mgr. le duc d'Angoulême lui ayant demandé comment il devait le considérer, il a répondu : « Comme un simple particulier. 9 Cela a fait le plus mauvais effet du monde. Depuis , il est arrivé de nouveaux ordres de Vienne, et M. Brunetti , au moment où je vous écris , doit avoir été accrédité auprès de la régence. Le roi de Naples , de son côté , diminue ses prétentions : il ne demande plus que son ambassadeur soit membre de la régence; mais qu'il sanctionne seulement
les actes de la régence; c'est toul juste la même difficulté. Franchement, j'espère qu'on abandonnera tout à fait cette chicane, que je n'hésite pas à appeler honteuse, et qui, sans la fermeté du gouvernement français et la sagesse de l'empereur de Russie , aurait pu avoir les plus déplorables résultats.
Tout va bien en Espagne : nous triomphons partout, comme vous le verrez par les journaux. L'ascendant qu'ont pris nos soldats est tel , que les constitutionnels espagnols ne se battent réellement plus. Nous occupons en ce moment toute l'Espagne ; nous sommes à Murcie et à Grenade. Il ne reste plus que les Galices qui vont tomber, ou de force , ou par la soumission de Morillo. La contre-révolution de Portugal est complète; le dénouement de ce drame politique est dans Cadix. Nous en ferons le blocus par terre et par mer, et il n'y a que trois mois et quatre jours que nous avons passé la Bidassoa. Quand aurons-nous Cadix? Peut-être demain , peut-être dans quinze jours , un mois, deux mois; cela dépend de la quantité de vivres que renferme la place, et des divisions entre les chefs; mais peu importe, après tout, nous sommes résolus à ne jamais reculer. Nous finirons cette révolution , coûte qui coûte. Tant que je serai dans le ministère, jamais un pas rétrograde ne sera fait. Il s'agit de savoir si les comuncros de Cadix seront plus entêtés qu'un Breton. Soyez certain que dans
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ce monde on finit tôt ou tard ce qu'on veut finir. La victoire est au plus patient, en guerre comme en politique.
Vous entendrez peut-être dire, par des échos, que tout va très-bien en Espagne sous le rapport militaire, mais très-mal sous le rapport politique. 3e sais du moins que M. Brunetti, mécontent d'abord de sa position , et avec raison , a eu un peu d'humeur et a jugé à travers son humeur : voici la vérité :
La régence ne va ni bien ni mal : elle manque de sagacité; mais l'expérience nous a appris, depuis vingt-cinq ans, qu'il n'y a point d'hommes en Espagne. La nation a de la grandeur; les individus sont médiocres.
La régence va, dit-on, trop vite; d'autres trouvent qu'elle va trop lentement. Le fait est qu'elle va trop lentement pour la nation ardente qui la pousse , et trop vite pour les hommes raisonnables de tous les pays. Que pouvons-nous faire à cela à présent? Rien, ou pas grand'chose. Si nous essayions de retenir la régence, aussitôt nous mettrions le corps entier de la nation contre nous, qui crierait que nous sommes des modérés, des constitutionnels , des chartistes, des gens venus pour pactiser avec les ennemis et les cortès. Autant on nous aime , autant on nous détesterait ; et je vous demande ce que nous deviendrions, dispersés comme nous le sommes en Espagne , si la nation venait à se soulever contre nous? Notre sûreté
nous oblige donc impérieusement à supporter des mesures dont nous reconnaissons les inconvénients; et c'est avoir peu de jugement, que de ne pas voir que, pour assurer notre puissance militaire, nous sommes obligés de nous réduire à une impuissance politique.
Devrions-nous, au contraire, agir politiquement dans le sens de la nation, favoriser les proscriptions, les emprisonnements, les confiscations , les réactions ? Non , nous déshonorerions nos armes. Il est donc clair que nous sommes forcés à jouer un rôle passif, et à nous contenter d'adoucir, par des conseils secrets , des remontrances amicales, les mesures qui nous semblent trop violentes ou même trop justes. Vous connaissez la modération du prince, et combien il doit souffrir d'une position où il ne peut pas montrer ce qu'il sent.
Mais il est évident que cette position cessera à la délivrance du roi. Quand nous n'aurons plus rien à craindre pour notre armée, alors nous ferons entendre les paroles de la raison appuyées de la force. C'est là , selon moi , la vraie mesure. Quant aux institutions, l'empereur Alexandre vous a dit tout juste ce qu'il fallait, avec une admirable perspicacité de jugement. Il est clair que Ferdinand ne peut pas être abandonné à lui-même. Il retomberait, dans toutes les fautes qui ont failli perdre l'Entome ir. 6
rope. Il faut un conseil, je ne sais auoi, une institution quelconque qui lui serve de guide et de frein. Quand nous en serons là, il nous sera aisé de nous entendre
Mes nouvelles de Londres m'apprennent que les ordres envoyés à sir W. A'Court, à Séville, sont ceux-ci : « Retourner auprès du roi Ferdinand , si la proposition lui en est faite par le roi et les cortèsj ou si le roi la lui adresse personnellement. Si cependant sir W. A'Court s'apercevait que le roi a été contraint à lui faire cette proposition, il ne prendra conseil que de lui-même, et des circonstances , pour y aller ou refuser. Dans Cadix, sir W. A'Court devra débuter par une protestation solennelle contre toute atteinte à la sécurité du roi et de la famille royale. Il conservera toujours les moyens de se transporter à Gibraltar. » Il n'est pas hors de vraisemblance que quelques directions secrètes aient été données pour favoriser l'évasion de Ferdinand. Tout cela est bien faible, et c'est une chose déplorable de voir une monarchie puissante se prêter à toutes les fictions qu'une assemblée démagogique se plaît à inventer. Tantôt déclarant le roi fou , et le déposant; tantôt lui rendant la raison comme elle lui a ôté l'esprit, et le replaçant sur le trône; et un envoyé anglais, reprenant et quittant ses fonctions d'ambassadeur, selon que Ferdinand est roi ou n'est plus roi. Est-ce bien là la fière Angle-
terre, la reine des mers? Voilà où mènent les fausses doctrines, et l'amour-propre blessé de ceux qui conduisent les états.
12 juillet.
Je reçois des dépèches de Vienne. Causant un jour avec M. le baron Vincent, du parti qu'avait pris sir W. A'Court de ne pas suivre le roi déchu à Cadix , je lui dis : « Voilà une belle occasion pour l'Angleterre de se tirer du mauvais pas où elle s'est mise, et. de contribuer à obtenir, par son influence , la délivrance de Ferdinand. » Il parait que M. Vincent a rendu compte de ce propos de conversation au prince de Metternich, qui, prenant aussitôt acte de ce que j'avais dit de fort raisonnable, a cru devoir ouvrir une sorte de négociation avec l'Angleterre, pour l'inviter à rentrer dans l'alliance et demander son intervention pour la délivrance du roi. Sans doute il serait fort à désirer que l'Angleterre changeât de système, et qu'elle voulût, avec l'alliance, combattre les révolutions. Que le roi Ferdinand obtienne sa liberté définitive, n'importe par qui, nous en serons charmés; mais de faire d'une chose désirable une négociation formelle, j'avoue que je n'aurais jamais songé à cela : montrer tant d'empressement et un si vif désir de se rapprocher de l'Angleterre , c'est faire penser à cette puissance, naturellement
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si orgueilleuse, que nous avons besoin d'elle. Or, ce n'est pas là assurément la position de la France. Nous sommes très-suffisants pour achever la guerre d'Espagne ou toute autre guerre. M. Vincent est venu me lire la dépèche du prince de Metternich à ce sujet , et je lui ai répondu à peu près ce que je vous dis ici. Au reste, sa proposition vient trop tard , et l'Angleterre a déjà pris son parti sur la position de sir W. A'Court.
M. de Gourieff arrive; il m'apporte votre lettre du i[\ juin. Il a rencontré , à huit heures de chemin de Pétersbourg , un courrier du général Pozzo, qui était chargé pour vous de longues lettres de moi. Elles auront achevé d'éclaircir toute l'affaire de Naples , qui est au reste abandonnée par le prince de Metternich. Votre lettre ne m'apprend rien de nouveau. Le général Pozzo, que j'ai vu ce matin , m'a dit que ses dépèches étaient très-satisfaisantes, que l'empereur était plein de bonne volonté pour nous, et qu'il attendait à connaître ce que nous aurions fait à Paris , pour se décider sur l'intervention napolitaine. Dans ce cas tout est fini, et cette misérable affaire va tomber dans l'oubli.
Le duc de San Carlos a obtenu son audience publique comme ambassadeur d'Espagne , et le marquis de Marialva comme ambassadeur de Portugal. Le comte de Pahnella m'a écrit; il veut, ditil , faire donner une constitution au Portugal. M. de Marialva m'a consulté sur ce point. Je lui ai
répondu que le gouvernement français avait pour principe de n'intervenir en rien dans la politique intérieure des états; qu'une constitution pouvait être d'ailleurs une chose fort bonne et fort désirable, mais qu'instruits par notre propre expérience, nous pensions qu'il fallait mettre du temps à créer des institutions à un peuple; que cela ne s'improvisait pas; que beaucoup de choses manquaient à notre Charte pour nous être trop bâtés de la publier; que par exemple la loi d'élections, qui aurait dû être dans la Charte, ne s'y trouvait pas, et que cette omission avait pensé nous faire périr; que je croyais enfin, qu'établir une constitution quelconque en Portugal avant que la révolution espagnole fût détruite, serait danger pour les deux pays. Je crois que j'ai ouvert un avis sage, et je ne vois pas du tout, dans l'état d'effervescence ou se trouve encore le Portugal , pourquoi la commission de Lisbonne se presserait de publier un code politique fait au milieu du choc des passions et des intérêts.
Chateaubriand.
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M. DE CHATEAUBRIAND A M. DE TALARU
Paris, le U juillet 1825.
M. Brunetti doit être accrédité à présent- Cette affaire est finie, l'inimitié secrète reste. Attendezvous à tous les chats que l'Autriche pourra vous jeter aux jambes. Vous avez très-bien répondu sur les conférences. Quand elles auront lieu, soyez toujours tout rond, tout amical el ne concluant rien. Dans tous les grands événements, si on vous presse, dites que vous prendrez les ordres de votre cour.
Sir Charles Stuart est venu me confier les ordres que Canning envoie à sir W. A' Court , ils sont tels que je vous les ai mandés. Ils laissent à sir W. la faculté de retourner à Cadix. Au reste, en Angleterre on affecte la plus scrupuleuse neutralité; on veut ne nous gêner en rien, on respectera notre blocus et nous pouvons l'annoncer ou le dénoncer officiellement si nous voulons; enfin c'est la vertu et l'honnêteté mêmes que ce cabinet, et tout ce qu'il fait est pour notre plus grand bien. Je joins ici la copie d'une lettre que .notre consul à Lisbonne écrit à monseigneur le duc d'Angoulème, par M. de Sousa qui va se rendre auprès de son altesse royale à Madrid. Mais comme M. de Sousa n'est peut-être pas encore
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arrivé, monseigneur peut être bien aise de savoir d'avance se qui se passe à Lisbonne. Tout y va très-bien. Hyde part demain pour son ambassade, il va s'embarquer à Brest sur la frégate la Cybele, Il sera à la fin du mois à Lisbonne ; j'espère qu'il portera le cordon bleu au roi et à l'infant don Miguel, qui le désirent. Hyde correspondra avec vous. De son côté il s'occupera de Cadix. Vous pourrez mutuellement vous envoyer des courriers.
La pauvre régence est dupe d'une intrigue pour son emprunt. Il y a deux espèces de gens qui ont des bons des cortès. Les uns jouent à la hausse et les autres à la baisse. Ceux qui jouent à la hausse disent à la régence : « Reconnaissez l'emprunt des Cortès, et je vous prête 5o millions. » Ceux qui jouent à la baisse disent : « Déclarez que vous ne connaissez pas l'emprunt des Cortès, et nous avons 5o millions à votre service. » Il est clair, dans ses intérêts, qu'en empruntant, la régence ne doit se déclarer ni pour ni contre l'emprunt des Cortès.
Bonjour, mon cher ami, mandez-moi beaucoup de nouvelles.
Chateaubriand.