I. LE PRINCE DE POLIGNAC A M. DE CHATEAUBRIAND
Londres , le U) août 4 823.
Le vicomte de Marcellus, qui vous remettra cette lettre, mon cher Vicomte, vous donnera tous les détails de l'accueil aimable et flatteur que m'a fait le roi d'Angleterre au Cottage, où j'ai passé toute la soirée d'avant-hier. Il n'y a pas eu, pour ainsi dire, de présentation, puisqu'il a voulu me recevoir dans son salon , lorsque toute la société qu'il avait invitée s'y trouvait réunie, et que, sans attendre que M. Canning eût prononcé mon nom, il est venu à moi, m'a pris par les mains en me disant que j étais une de ses plus anciennes connaissances , et qu'il était charnié de me voir; puis il s'est informé des nouvelles du roi; de Monsieur et de la famille royale; il a eu la bonté dj joindre des paroles pleines d'un souvenir bienveillant pour ma propre famille, et tout cela , avant même qu'il me fût possible de remettre mes lettres de créance , ni les lettres de récréance que je lui apportais de votre part. Le vicomte de Marcellus vous répétera aussi, mon cher Vicomte , tout ce que le roi a dit d'aimable sur votre compte, et là-propos piquant même qu'il a choisi pour faire un éloge public de votre dernier discours à la chambre des pairs. Je n'ai
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pas eu de conversation particulière avec ce souverain; mais, pendant le dîner et dans le cours de la soirée, il a, à plusieurs reprises, saisi les occasions qui se présentaient de me faire connaître la noblesse, la magnanimité de ses sentiments, les vœux qu'il formait pour la prospérité de la France, et l'attachement personnel qu'il portait à notre auguste monarque ; je dois vous dire aussi que le duc de Clarence et le duc de Cumberland , que j'ai rencontrés au Cottage, ont partagé hautement l'opinion de leur royal frère, Recevez, etc.
Le prince de Polignac.
M. DE CHATEAHBRTAND A M. DE TALARU
Paris, <0ao<îH825.
Une dépêche télégraphique datée du quartiergénéral de la Caroline, le b de ce mois , nous a appris hier au soir la capitulation de Ballesteros et sa reconnaissance de la régence. Je m'applaudis de vous avoir prévenu, dans mes trois dernières lettres, d'interposer votre autorité afin que la régence ne fasse pas l'énorme sottise de repousser Ballesteros. Je vous écris en conséquence une lettre officielle , dont vous ferez usage, s'il y a lieu, auprès de la régence. Cet événement peut amener
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la reddition de Cadix, et peui déterminer la défection de Milans et do Loberas en Catalogne. Si, d'un 'autre côlé, nous sommes entrés à la Corogne, comme le disent des lettres venues de Londres, Bourke pourra entrer dans le royaume de Léon et vous mettre en repos à Madrid. Allons ! voilà de belles espérances ; puissent-elles s'accomplir. Si le roi est délivré, vous aurez d'abord à Madrid le général Pozzo , qui a de pleins pouvoirs pour cela, et ensuite un ambassadeur. Bulgari ne vous restera pas.
Dites-moi ce que l'on pense à Madrid de notre consul de Valence, Brochant d'Andilly , qui a été vice-consul à Madrid , après le départ de M. de La Garde. Mais prenez garde aux exagérations des absolutistes, dans ce qu'on vous en dira. Mon dessein est de le renvoyer pour exercer le consulat par intérim à Madrid , si vous pensez qu'il n'y a pas d'inconvénients.
Chateaubriand.
M. DE SERRE A M. DE CHATEAUBRIAND
ÎSaples, 9 août -1825.
J'ai reçu, monsieur le Vicomte , votre lettre confidentielle du 18 du mois dernier. Je vous remercie de la peine que vous avez prise de m'ex-
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pliquer les motifs qui vous ont décidé à la guerre,
el l'état actuel de nos relations diplomatiques.
Il y a une partie de vos motifs de guerre qui n'a pu être bien jugée qu'au moment même, et sur les lieux, mais d'ici j'en aperçois assez pour comprendre qu'à votre arrivée au ministère l'invasion de l'Espagne vous ait paru nécessaire. Au milieu de l'hésitation de la plupart des esprits, la promptitude et la vigueur de votre détermination ontfait beaucoup pour le succès. Il est grand; vous avez toute raison de vous en applaudir, et je vous en félicite de tout mon cœur. Toutefois, et même après la chute de Cadix, vous êtes loin de pouvoir penser à votre nunc dimitlis. Vous avez le premier rendu à la France cette vie, cette action extérieure, nécessaires à un grand peuple, et qui semblaient suspendues depuis la restauration. Dans cette carrière, les grandes affaires s'appellent l'une l'autre.
Ce n'est pas seulement la question politique de l'Espagne, où, sans vouloir imposer des institutions, vous ne pouvez cependant laisser élever, dans un autre sens, un système aussi absurde , ruineux et menaçant, que celui que vous avez détruit; un système capable de ressusciter un jour le dernier, et de faire évanouir le fruit de vos travaux. Ce n'est pas seulement la question plus épineuse encore des colonies espagnoles, dans laquelle il faudra bien se rappeler la promesse de resserrer autant que possible le cercle et la durée de la guerre. — Il n'est pas que vous n'ayez souvent