CONGRÈS DE TROPPAU
Dépêche circulaire des Cours (T Autriche ^ de Russie et dt Ptvsse à leurs ministres et chargés d'affaires près les Cours d^AUemoffW et du Nord^ datée de Troppau le 8 décembre 1820.
Instruites des bruits faux et extravagants que des malinteniionnés ont répandus sur le but et le résultat des conférences de Troppau et que des hommes crédules ont propa^'és, les Cours alliées croient nécessaire de faire parvenir, à leurs légations près les Cours étrangères, des éclaircissements authentiques pour les mettre en état de n'-futer les erreurs et les opinions fausses qu'ont fait iiaitre ces bruiis. Le court aperçu ci-joint leur en fournit les moyens. Il n'est pas destiné à faire lobjet d'une oommunication dans les foroies, maïs ils peuvent en donner eonnaUsance par les voies confidentielles. Elles concerteront les dé* marches à faire à cet égard avec les ministres des deux autres puis* sances alliées.
Troppau, le 8 décembre 18S0.
Court opcryu desprmion rMtaU des Confémneu de Troppau.
Les événemmits qui ont eu lieu le 8 mars en Espagne, le S juillet à l^aples, la catastrophe du Portugal, ont dà nécessairement faire naîtra un sentiment profond d'indignation, d'inquiétude et de chagrin, dans
ceux qui sont chargés de veiller à la tranquillité des États, mais, en même temps, leur faire sentir le besoin de se réunir pour délibérer en commun ?nr les moyens de prévenir tous les maux qui menaçaient de fondre sur l'Europe.
IL était naturel que ces sentiments tisèent une vive impression sur
CONOAÈS D£ TROPPAU.
les paisMDces, qui avaient récemment étouffé la révolution et qui la voyaient denoiifean relever la téte.
Il n'était pas moins naturel que ces puissances, pour la combattre une troisième fois , eussent recours aux mêmes moyens dont elles avaient fait usage avec tant de succès dans cette lutte mémorable, qui a délivré l'Europe d'un joug qu'elle a porté vingt ans.
Tout fait espérer que cette alliance, formée dans les circonstances les plus critiques, couronnés du plus brillant succès et affermie par les conveoiions de 1814, 1815 et 1818, de même qu'elle avait préparé, fondé et affermi la paix du monde, et qu'elle avait délivré le continent européen de la tyrannie militaire du représentant de la révolution, serait aussi capable de mettre un frein à une domination nouvelle, non moins tyrannique« non moins affreuse : celle de la révolte et du crime.
Tels ont été les motifs et le but de la réunion de Troppau. Les premiers sont si évidents qu'ils n'ont pas lïesoin de dévdoppenMiits;le
dernier est si honorable et si salutaire que les voeux de tous les gens de bien accomp^<;neront sans doute les Cours alliées dans la noble lice oii elles vont entrer.
L'entreprise, que leur imposent les plus saints engagements, est grande et diflicile. Mais un heureux pressentiment leur fait espérer, qu'en maintenant irn ariai lémeiiÈ l'esprit de ces Traités, auxquels l'Europe doit la pui.\ ti l'union entre ima ses £iais, elles parviendront k leur but.
lies Puissances ent exercé un droit rneonteatable, en s*ocenpant de prendre en commun des mesures de sftreié contre des États, dans lesquels le renv ersemmit du gouvernement, cpéré par la révolte, ne dftt^îl être considéré que comme un exemple dangereux, devait avoir pour suite une altitude hostile contre toutes les constitutions et lei gouvernements légitimes. L'exercice de ce droit devenait d'une nécessité plus uigente encore, quand ceux« qui s*étaient mis dans cette situation, cherchaient à étendre sur leurs voisins le malheur qu'ils s'étaient attiré eux-mêmes, et propager autour d'eux la révolte et la confusion .
Une telle position, une pareille conduite est une infraction évidente du pacte qui garantit à tous les gouvernements européens, outre Tinviolabililé de leur territoire, la jouissance des rapporU pai&ibles qui excluent toui empiétement réciproque sur leurs droits.
Ce fait incontestable est le point d'où sont parties les Cours alliées. Les ministres, qui pouvaient être pourvus, à Troppau même, d*iiistnie- Ikms positives de la part de leurs monarques, se eoMenèwnt en oe»séquenoe sur les règles de conduite k suivre, relativeMent aux Étala dont le gouvernement avait été renversé par la violence, e* eur les m»-
8 DÉCBUBIUB 1880. 1803
Bum pacifiques ou eoereitîfes, qui poamient ramener ces États dans le leîn 4e l'Alliance enropéenne, dans le cas oii l'on ponvait attendre une influence importante et salutaire ; ils communiquèrent les résultats de leurs délibérations aux Cours de Paris et de Iiondres, afin que cellesci pussent les prendre en considération.
La révolution de Naples s'enracinent tous les jours de plus en plus, aucune ne pouvant menacer d'une manière plus imminente la tranquillité des ^!tnts voisins, et n'dt.int pas dans le cas d*^tre attaqués aiis'^i pi innplement et aussi immédiatement, on s'est convaincu de la néce^âiié de procéder à l'égard du royaume des Deux-Siciles d'après les principes ci-dessus énoncés.
Pour préparer, à cette fin, des mesures conciliatrices, les monarques, réunis k Troppau, ont résolu d'inviter le roi des Deux-Siciles a se réunir h eux à Laybach; démarche, dont le but était uniquement de délivrer Sa Majesté de tonte espèce de contrainte extérieure, et de constituer ce monarque médiateur entre ses peuples égarés et les États dont ils menaçaient la tranquillité. Les monarques, étant résolus de ne point reconnaître les gouvernements formés par une révolte ouverte^ ils ne pouvaient négocier qu'avec le roi en personne. Leurs ministres et leurs agents à Naples ont reçu des instructions en conséquence.
La France et l'Angleterre ont été invitées à prendre part à cette démarche, et l'on doit s'attendre qu'elles ne refuseront pas d'y accéder, le principe sur lequel se fonde cette invitation, étant parfaitement en harmonie avec les Traités qu'elles ont accoinplis, et offrant en outre une garantie des intentions les plus équitables ei les plus pacifiques.
Ce système, suivi de concert par la Prusse, l'Autriche et la Russie, □'a rien de nouveau, il Cat basé sur les mèiiiea maximes (^ui ont servi de fondement aux conventions qui ont cimenté l'alliance des États européens. L'union intime entre les cours, qui se trouvent au centre de cette Confédération, ne peut que gagner par Ik en force et en durée. L'alliance s'affermira par les mêmes voies qu'ont suivies pour les forneTi les Puissances auxquelles elle doit son origine, et qui l'ont fait idqiler peu h peu par toutes les autres, qui se sont convaincues de ses avantages plus que jamais incontestables.
Bu reste, il n'est pas nécessaire de prouver qu'aucune idée de conquétOy ni aocune prétention de porter atteinte à l'indépendance des autres gouvernements dans leur administration intérieure, ni enfin le projet d'empêcher des améliorations sages, faites librement et compatibles avec le véritable intérêt des peuples, n'ont eu aucune part à la résolution des Puissances. Elles ne désirent que de conserver et maintenir la paix, de délivrer l'Europe du fléau des révolutions et de détourner ou d'abréfrer les maux qui naissent de la violation de tous les principes de l'ordre et de la morale.
CONGRÈS D£ LA.YBÀCH.
 de telles conditions, ces puissances croient pouYoir compter, en féoompense de leurs eoine et de leurs efforts» sur les suffragee uoinimes du monde.
CONGRÈS DE LAYBAGH.
Déclaration des monarques réunis à iMybach, pui/liée à Vienne
(13 février 18Î1).
Après une longue suite d*orages politiques , le royaume de Naples fut rendu en 1815 , par le secours des armées autrichiennes, au gouverne^ ment paternel de son roi légitime. Les deui parties de la monarchie sicilienne, si longtemps séparées, se réunirent de nouveau, et les vœux de tous les amis du bien furent satisfaits par la perspective d*une paix durable.
Cependant la dernière époque de la domination étrangère avait réveillé un ennemi intérieur, plus dangereux que tout autre pour le rqras de la péninsule italienne. Il existait dans le royaume de Naples, comme
dans d'autres pays de l'Italie, une secte ténébreuse, dont les chefs secrets ne cessaient de méditer la destruction de tous les gouvernements, comme premier pas vers rcxéculion vaste du plan qui les occupait. Lorsque Murât, pour se souienir sur un trône prêt à lui échapper, eût conçu le projet téméraire de conqu'rir l'Italie, le désespoir l'engagea à appeler à son secours ces mêmes Carbonari qu'il avait plus d'une fois combattus, et dont les coupables intrigues acquirent dès lors un poids que, sans cette alliance inespérée, elles n'auraient peut-être jamais obtenu.
La vigilance du gouvernement royal, le zèle avec lequel il s'occupa à opérer des améliorations essentielles dans toutes les branches de Tad* minîstration, raffection générale portée à un souverain dont la bonté paternelle lui avait gagné les cœurs de ses sujets, firent échouer peo« dantles premières années qui suivirent la restauration, toutes les entreprises de cette secte ; et peut>étre que, comme tant d'autres associations secrètes, elles seraient insensiblement tombées dans l'impuissance ei dans l'oubli, s :les événements donl le royaume d'Espagne fut le
théâtre au eonnneDCement de Taonée 1820, ne lui avaient fait prendre un nouvel essor. Depuis ce moment, elle redoubla d'audace; et par l'effet
contagieux du fanatisme qu'elle sut exciter, elle augmenta bientôt teliemenl en nombre et en inHuence, que les lois et l'autorité publique ne furent plus assez puissanlus pour la réprimer. Elle répandit avec une activité infatigable pai mi toutes les classes d'une nation jusque-lh tranquille et modérée dans ses vœux, un esprit de mécontentement et d'amertume, des dispositions hostiles contre le gouvernement, et le désir passionné des innovations politiques; elle réussit enûn à corrompre une partie du militaire. Forte de ce moyen, le plue erîminel de tous, la secte fit éclater la révolutien dans les premiers jeun du mois de juillet.
11 ii*est pas posnble de donner on récit plus eiact et plus aulhentique de cette eiploBion, q uecelai qui se trou?e dans une dépêche eireulaire adressée par le nouveau ministre des affaires étrangères, te jour mime qu'il était entré en fonctions, aux agents diplomatiques de Maples auprès des Cours étrangères.
« Dans la nuit du 1" au 2, c'est ainsi que s'exprime textuellement cette dépêL-he, la plus grande partie du régiment de cavalerie royal- Bourbon quitta ses quartiers à Nota, et arbora un <irapeau tricolore, avec l'inscription : Vive la coiislilution ! Les couleurs étaient celles de la secte des carbonari, laquelle depuis quelque lomps avait entretenu une iernit'ululiou Uana le royaume, et demandait avec instance des formes constitutionnelles. Cette secte avait fait tant de prosélytes dans l'armée de Sa Majesté, que les troupes chargées de ramener à Tordre les déserteurs de Nota firent cause eoomiune avec eux. La désertion de ces troupes et de quelques régiments de la garnison de Naples, des mouvemenis simultanée dans les provinces, Tinsurrection enfin de quelques chefs du district, prouvèrent h Sa Majesté que c'était le vœu .du peuple d'obtenir un gouvernement constitutionnel. En conséquence, le roi a publié une proclamation annonçant que, dans huit jours, il ferait connaître les bases d'une constitution, etc. >
Cette première victoire n'était que le prélude d'un attentat plus décisif. Le lendemain, les chefs de la révolte forcèrent le monarque à proclamer la constitution espagnole; el sans aucune autre mesure préparatoire, ils Orent prêter Sa Majesté, aux ministres, aux employés, aux uoupes, un serment solennel à cotte constitution, qu'au milieu du désordre eldela terreur, on liëclara loi fonJanientale du royaume.
En signant sa première promesse, le roi avait fait un grand sacrifice k l'agitation des esprits; et quoique Sa Majesté ne pût point se dissimuler combien le projet de former une constitution en huit jours était irréfléchi et inexécutable, il lui resta au moins l'espoir de faire succéder à l'efferveseenfie du moment des résolutions plus calmes et plus
ia06 CONGRÈS DE LAYBAGH.
sages. Mais tout changea d« faee, lorsqu'après cette pfemière eoncessioo, on vmt offrir à raeceptation immédiale dn loî un aete rédigé huit ans plus tôt, dans «n pays étranger, sous des auspices particnlièrement difficiles et désastrem; acte que, ni le roi, ni ses ministres, m, à l'exception de quelques conspirateurs, aucun Napolitain ne connais* sai; que par dos extraits de gazettes, et dont, au moment de sa prodamatioD, il n'existait môme iino traduction à Naples. Celte démarche portail trop ouvertement i'empremte de son origine, et des moyens criminels qui [ouvaienl seuls la faire réussir, pour que le moindre âouie eût pu subsister sur la position du monarque et celle de VKtat. i ne pareille proposition compromettant égalemeui lu dif^uité du souverain et les destinées du pays, ne pouvait être arrachée à Sa Hajesië que par la fioleBce on par les menaees; il ne fallait rien moins que le désir d'empêcher les plus grands malheurs et de prévenir les crimes les plus afim», pour déterminer le roi h consentir momentanément h une mesure aussi funeste. Cette eiplication d'un événement îneiplieabte dans tonte autre hypothèse, se justifierait d'elle-même , si die n'était pas d'ailleurs confirmée par des témoignages irréfragables.
Le grand coup frappé et ie pouvoir royal entièrement détruit, les chefs de la secte et leurs principaux associt^s dans les premibres scènes de la révolte s'emparèrent pur-lo-cliamp de la domination exclusive. La résistance que ie royaume des Deux-SiciLs opposa à leurs entreprises arbitraires, tut étouffée dans le saug et dans les ruines. Pour donner à leur usurjtation une couleur de légalité, ils créèrent bientôt, sout le litre de pailcnient national, un instrument qui, dans l'espace de peu de mois, leur servit h renverser tous les droits existants et toutes les bases de l'ordre public, et moyennant lequel, sans autre pouvoir que celui de leur volonté arbitraire, ils remplacèrent les anciennes hûs civiles et politiques des deux royaumes par des institutions inconnues, qu'aucune expérience n'avait sanctionnées, et qui n'étaient pas moins ee contradiction avec le caractère qu'avec les besoins de la nation.
Le roi ne pouvant pas regarder comme durable un état choses aussi peu naturel, persuadé toutefois qu'une opposition tnlempestive, au lieu d^arrêler les progrès du mal, ne ferait qu^attirer de nouveaux dangers sur sa personne, sa famille et son pays, supporta avec résignation un sort c:ulI qu'il n'avait point méri!/'. Ton? Ip< hommes éclairés du pays, la plus i^rande partie mt-rae de ceux qui, séduits par le vain espoir d'un dénoûment plus heureux, avaient d'abord favorisé la révolution, convaincus maintenant des eflets pernicieux d'un régime que le parti dominateur, sans jamais examiner Tintérèt des pays, avait uniquement établi comme le plus convenable k ses vues particulières, étaient condamnés au silence. La masse du peuple, bientôt revenue d'un enthousiasme éphémère, affligée de voir ses espémnces d^ues.
13 FâVRIBR 1881. 180T
M dteingée ptr un pnM«iliMit?a||«e des adferw<<B qui la meiMçaMl dans Tafeair, attendail am «m iaqaiétade miietle le dëre* leppemeat final de la crise. Ceet aiaû que s'explique ce calme «ppa*
lent, sous le voile duquel le parleteiit, impuissant luïHiiéme, soumis aaxfolontés d'un petit nombipe de despotes préparés h tous les attentats, conduisit îe royaume vers une «lisi^olulion inévitable, calme qui n'«mpêcha pas d'aiîlcurs que l'anarcliie la ])lus effrênt^e ne dévorât les derniers restes de la prospérité publique, dont le vrai caractère ne [«»uvait être méconnu d'aucun gouveininii nt •'tranirer.
Les événements de N«ples avaient produit une vive sensation dans luuie l'Italie. Une révolution, tramée par des fanatiques obscurs et consommée par des soldats parjures, qui avait pu en piiu de jours priver an ni de sa puissaace at de sa Uberté, et plonger deaic royaumes dans un aUme de désordfcs, devait par ellennêiM, et quel que ftA son dé- Tsleppa—t iillMur, inspirer les plas térienses appréhenions à tous les goafarnenianls votsins. Les maximes baulenent prodaméss par les sntenrs de eetle fëvoSalioa ; la facilité avec laquelle ils les faisaient circuler par des paroles et par des éerits dans lentes les pwties de l'Italie; le récit jonmalîer de lenrs procédés, la confiance teajonrs croissante de leurs complices étrangers, tout était fait pour aggraver le poids de ces apnn^hensions. Aucun prince italien ne pouvait se cacher que la paix iiit('i leure et la prospérité de ses États étaient f^cralement menacées par i'exeoiple et par le^^ résultat:^ d'un bouleversement qui attaquait jusqu'aux fondements les plus profonds de r<3ditîce sor-ia).
L'empereur avait reconnu, dès le premier moment, que c'en était fait pour longtemps de l'ordre et de la traiiquillité de l'Italie, si les chefs et les fauteurs d'une révolte que rien ne pouvait justifier, que rien ne penrait excuser, ailaiettt impantoent iicrlfier la menenliie iieilSenQe à leurs projets iaseBS^« Sa Majesté Impériale, pénétrée de ce qu'elle devait à U csoservation et à la Àreté de ion empire, k la protection de ses peuples fidèles et henreux, k ses relations amicales avec les princes dllalie, et à sa positien dans le système politique de TSurope, se hftia de fmùàn des mesures pour amêler les progi^ nhérieurs des désordres, et pour manifester en même temps sans réserve la marche qu'elle étdt décidée à sotne à Tégard de la révolution de Naples. Quelque pénible qu'il fût pour Sa Majesté Impériale d'imposer h ses finanros une chare;e imprévue et considérable, dans une (époque où elle s'était tiattée de jMiuvojr ein] liiyf r tous ses soins à des am^^liorations intérieures et où l'executioTi ffinsiante des plans formés par l'administration promettait les plus heureux résultats, toute considération secondaire devait céder au plus sacré de ses devoirs.
lians la situation où on se trouvait, le rassemblement d'un corps d*armée dans les provinces italiennes était une mesmede la plus haute
GONOBËS DE LATBAOH.
nécessité; elle fui reconnue telle par tout homme bien pensant en Autriche et en Europe. L'effet saluiairc que cette mesure a eu pour la tranquilliic ucs lùiau voisais, ctlai qu'elle a produit à Naples même, pour encourager les amis de Tordre et pour dérouter ses ennemis, est aujourd*bai uDniimement mdIî dan» toale rétendue de la péniiiiiile ilalieone.
A la même époque. Sa Majesté s*élait rendue à Troppan, afin de délibérer avee les augusles Alliés sur une question de la plus haute im* portanee, noa-seulement pour ritalie» non-seulement pour la monarchie autrichienne, mais pour le salut commun de TEurope. Ces délibéralions ne laissèrent heureusement aucun doute sur la manière dont toutes les Cours alliées envisageraient Torigine et le caractère de la révolution de Naples, et les dangers dont elle menaçait d'autres États.
Quant aux résolutions qu'exigeait un pareil état de choses, si des considérations particulières d'un grand poids engagèrent K' gouvernement britannique à ne pas partager celles des autres Cours, ei le Cabinet de France à n'y accéder qu'avec des reslncli jms , l'empereur eut la :>âliâlaclion de se trouver entièrement d'accord sur toutes k-s questions avec les souverains de Russie et de Prusse, et de se convaincre en même temps que let dijrérsuces de position el de marche entre les Puissances de TEoropen'en amèneraient aucune dans les bases de leur alliance et dans Tuniformité géoérale de leurs principes et de leurs vues.
Les souverains réunis à Troppau, décidés à ne pas recoonattre les changements que la force ou la révolte avaient opérés k Naples, et i faire cesser, par des efforts communs, les résultats de ces changements, n'en étaient pas moius animés du plus vif désir d'atteindre à ce but par des voies pacifiques, et avec tous les ménagements dus à un pays déchiré déjà par tant de convulsions et de calamités. C'est dans cet esprit qu'ils inviicrent S. M. Sicilienne h se rendre h Laybach pour y délibérer avec eux sur la situation présente el future de son royaume* Celle invitation fut appuyée par S. M. le roi de France.
D'après un article de loi étrangère qui doit régir le royauinc des beux-Siciles, le monarque ne peut dépasser les frontières de ses iiitats sans le consentement du parlement.
Le roi, regardant Tinviiation des souTeraina comme un bieubit de la Providence, se soumit à cette humiliante nécessité. Le parlement consentit, mais il attacha son consentement à une condition sur TeffBt de laquelle les instigateurs de cette mesure ne pouvaient se faire aucune illusion, et qui détruisait d'avance les calculs et les vcbus des hommes modérés. Le parlementi quoique entièrement au fait des principes des Cabinets alliés, imposa au roi le mandat d'insister sur le maintien, sans modification, de la constitution établie aujourd'hui à Nap)^ et de mettre cette condition eu avant, comme seul objet et base unique de
ses explications avec les Puissances alliées. C'est sous de pareils auspi** ces, tt ne pouvant plus compter que sur la justice et la sagesse de ses augustes amis, que le roi de Naples se rendit à Laybach.
Dès son arrivée dans cette ville, Sa Majesté eut lieu de se convaincre qu'il serait absolument illusoire de vouloir fonder des propositions qtielcoiiques bur tles bases irrévocablement rejettes par les souverains alliés. Ën effet, les monarques dc^clarèrenl à Su Majesté qu'ils étaient fermement résolus de ne pas laisser subsister lo régime qu'une faction sans titre et sans pouvoir avait imposé au royaume des Deui-Sieites, par les moyens les plus criminels, régime incompatible avec la sftretë des Étals voisins et avec le maintien de la paii de r£urope; que si cet état de choses ne pouvait pas finir, comme Leurs Miysstés le désiraient sincèrement et vivement, par un désaveu spontané de la part de ceux qui eierçaient le pouvoir k Naplee, il fallait avoir recours à la force des armes ; qu'aussitôt que, par Tuu ou l'autre moyen, le grand obstacle à la paix aurait disparu pour Naples et pour l'Italie, les souverains regarderaient leur ouvrage comme accompli; que ce serait alors ai roi seul, éc'airé par les conseils des hommes les plus intr'^^res et les plus instruits de son pays, à fonder pour l'avenir la force el la stabilité de son gouveriiement, sur un ré^'imc juste et sage, conforme aux intérêts permanents des deux peuples réunis sous son sceptre, et offrant par là méne^ à tous les &lats voisins, une garantie suffisante de leur sûreté et de leur repos.
Après ces déclarations aussi précises, le roi de Naples ne pouvait pas se dissimuler que, toute autre question se trouvant irrévocablement éeariée, iln*avait plus, comme père et protecteur de son peuple, qu'une seule lèche à remplir : celle de préserver la majorité loyale et bien intMtionnée de tes sujets des calamités et des dangers d'une guerre, provoquée par l'aveugle obstination on l'ambition coupable de quelques individus. C est dans cette conviction que Sa Majesté adressa h son fils, héritier présomptif (le son trône, une lettre franche et paternelle, pour lui représenter la gravité des circonstances et la n^^ressité de faire tourner au salut du royaume tous les moyens qui se trouveraient à sa disposition.
Les paroles pacifiques du roi furent atcorapagnées d'instructions plus explicites données par les Cabinets d'Autriche, de Russie et de Prusse à leurs agents diplomatiques à Naples, el les Plénipotentiaires de S. M. le roi de France en adressèrent également an chargé d'affaires de leur souverain. L'effist de ces importantes démarches va décider de l'avenir prochain dn royaume des lieux-Siciles.
Dans cette position des choses, Tarmée destinée à accomplir les résolutions arrêtées à Laybach a reçu l'ordre de passer sur le Pè et de se porter vers les frontières napolitaines* Il répugne à Sa llajesté Impériale
1810 CONGUËS LAYBACH.
d« sappoMr qua («Ke armée puisse rencontrer une rësiiiaace sérieuse. Il a qve des eraernis du bien public, des pariisans inewafalts d'aa
système conduisant directement à la ruine de la monarchie sicilienne» qui puissent mcconnaiire ce que, dans les circonstances où eette monarchie se trouve placée aujourd'hui, le devoir envers son souverain et le salut de ses concitoyeus prescrivent k tout guerrier loyal, comme à tout homme attaché à sa patrie.
La grande masse de la liaiion, dévouée a »on monarque, dégoûtée d'une liberté imaginaire qui ne lui a valu que la plus dure tyrannie, ei fatigaée d*iuie «listeiice inquièle et piMn, coanaiMani d'aïUesn de* puit longlampB les aanUmeiits juatas el biaDvaiIbnta dont ramperanr eat aaiBié, aeeuaillera avac oaafianca ceux qui» an nom da 8a MajaMé Impériale et aa nom de ses augualas AlUéa, viendront lai affrir paii, amitié et proleetîon.
Si une aussi juste attente ne 86 léaliaait paa, Vannée saurait snrmonter laa difficultés qui rarréteraiant» et ai, contre toua lea caknia at contre les vœux les plus chers des monarques alliés, une entreprise formée dans les intentions les plus pures, et qu'aucun esprit hostile ne dirige, dégénérait en guerre ff>rme!!t% ou si la résistance d'une fiction implacable se prolont.'f'ail k une époque iniléfinip, S. M rempereur lie toutes les Ru^aies, toujours lidèle à ses pruiapes élevés, pénétrée de la nécessité Je lutter contre un mal aussi grave, et guidée par cette amitié noble et constante dont elle vient de donner encore à l'empereur tant de gages précieux, ne tarderait paa à joindra tes £Mtea militaires à cellea de rAutriche.
Dana l'ensemple daa tranaaclions qui tiennent d*afoir liaa, ka ma» narqoaa alliée n'ont an Tue que le aaût dea Êlata qn*ila aant efpeldi à gouverner et le lepoa du monde; c^eat là tout la eaeiet de laor poÈciqna. Aucune autre pensée, aucun autre intérêt, aucune autre question n'a trouvé place dans les délibérations de leurs Cabineta. L'inviolabiMlé de tous les droits établis, l'indépendance de tous les gouvernements légt^ times, l'intégrité de toutes leurs possessiona» teUea sont lea basée dont leurs résolutions ne s'écarteront jamais.
î.es monn?<|ues seraient au comble de leurs vo'ux, et nniplemenl récompenses Ut* leurs efforts, s'il était possible d'assurer sur ces mêmes baafcà la tranquillité au sein des États, les droits des trônes, la vraie liberté et la prospérité des peuples, biens sans lesquels la paix extérieure elle->môme ne saurait avoir ni prix ni durée. Ils béniraient le moment ob, affiraïubis de tonte solUcitude, ils pourraient eaciiuivement consecier au bonheur de leurs sujets tant ce que la ciel leur a ceofiéré de meyena et de pauvoir.
Diclaraiion publiée au nom des Cours d'Autriche, de Prusse et de liussie, hrs de la dÔture du Congrès de Laybach^ le 12 mat 1821.
L'Europe connaît les motifs de la résolution prise parles souverains alliés d'étoulTei' les coraplots et de faire cesser les troubles qui men;içaieiii l'existence de cette paix générale, dont le rétabliss^ent a coûté tant d'efforts et tant de sacrifices.
Ah moment même ob leur générease délarmiBtUoii 8*aecemplitsBit (Uns le royaume de Naples, uae rébellion d*iui genre pbe odieui encore, e*il était possible, éclata dans le Piémont.
Ni les liens, qui depnis tant de siècles nnissent la maison régnante de Savoie à son peuple, ni les bienfaits d'une administration éclairée sous un prince sage et sous des lois paternelles, ni la triste perspective des maux auiqu^ la patrie allait être eiposée n*ont pu eonlenir les desseins des pervers.
Le plan d'une subversion génc^rale était tracé. Dans cette vaste combinaison contre le repos des nations, les conspirateurs du Piémont avaient leur rôle assi;;né. ils se sont hâtés de le remplir.
Le trône el TElal ont été trahis, les serments vidl<^s, 1 huniieur militaire méconnu, et l'oubli de tous les devoirs a bientôt amené le Ûéau de tous les désordres.
Partout le mal a présenté le même caractère, partout nn mdme esprit dirigeait ces funestes révolutions.
Ne pouvant trouver de motif plausible pour les justifier, ni d^appui national pour les soutenir, c'est dans de fausses doctrines que les au* teurs de ces bouleversemenis cherchent une apologie, c'est sur de criminelles associations qu'ils fondent un plus criminel espoir. Pour euoi Tempire salutaire des lois est un joug qu'il faut briser. Ils renoncent aux sentiments qu'inspire le véritable amour de la pairie, et mettant à la place des devoirs connus, les prétextes nrbiiraires et indéfinis d'un changement universel dans les principes coQStiLuli£s de la société, iU préparent au iDonde des calaiiiilés sans lin.
Les souverains alliés avaient reconnu les dani^ers de cette conspiration dans toute leur étendue, mais ils avaient pénétré en même temps la faible^âe réelle des conspirateurs à travers le vuile des apparences et des déclamations. L'expérience a confirmé les pressentiments. La résistance que l'autorité légitime a rencontrée a été nulle, et le crime a disparu devant le glaive de la justice.
Ce n'est point à des causes accidentelles, ce n'est pas même aux hommes qui se sont si mal montrés le jour du combat, qu'on doit atlri-
GONORÈS DE lAYBAGB.
buer la facilité d*un lel anceèa. D lient h on principe plna consolant et
plus digne de considéralion.
La Providence a frappé de terreur des consciences aussi coupables et rimprobaiion des peuples, dont les artisans de troubles avaient oom«
promis le sort, leur a fait tonilier les armes des mains.
Uniquement d(stin(''es à combattre et à n'^primer la rébellion, les forces alliées, loin de soutenir aticun intérêt exclusif, sont venues au secours des pt uples subjugués, el Us peuples en ont considéré l'emploi cuiiiuie un appui en faveur de leur liberté et non comme une attaque conire leur indépendance. Dès lors la guerre a cessé; dès lors Ie5 Étals que la révolte avait atteints, n'ont plus été que les États amis pour les puissances qui n'aTaient jamais désifé que leur tranquîllif^, et leur bien-être.
An milieu de ces graves conjonctures, et dans une position aussi délicate, les BOUTeraint alliés d'accord avec LL. MM. le rot des Deux Sidles et le roi de Sardaigne ont jugé indispensable de prendre les mesures temporaires de précautions indiquées par la prudence et prescrites parle salut commun. Les troupes alliées dont la prince était nécessaire au rétablissement de Tordre ont été placées sur les points convenables, dans Tunique vue de protéger le libre exercice de l'autorité légitime et de l'aider à préparer sous cette égide les bienfaits qui doivent efiacer la trace de si grands malhpnrs,
La justice et le JébKtLértbbement qui ont présidé aux délibérations des monarques alliés régleront toujours leur politique. A l'avenir, comme par le passé, elle aura toujours pour but, la conservation de l'indépendance el des droits de chaque État, tels qu'ils sont reconnus et définis par les Traités eiistants. Le résultat même d*ttn aussi dangereux mouvement sera encore, sous les auspices de la Providence, le raffermissement de la paix, que les ennemie des peuples a'effi»rceot de détruire, et la consolidation d'un ordre de choses qui assurera aux nations leur repos et leur prospérité.
Pénétrés de ces sentiments, les sonverains alliés, en fixant un terme aux conférences de Laybach, ont voulu annoncer au monde les principes qui les ont guidés. Ils sont décidés à ne jamais s'en écarter, et tous les amis du bien verront cl trouveront constamment dans leur union, une garantie assurée coutre les tentatives des perturbateurs.
C'est dans ce but que Leurs Majestés Impériales et Royales ont ordonné k leurs plénipotentiaires de signer et de publier la présente déclaration.