IS MAI
Dépêche circtUairê adressée avec la déclaration de Laybnch aux Ministres datrok Fuiuancetprès lu Court itranghttf Laybach, U 1% mai isai.
La réunion des monarques alliés et de leurs cabinets à Troppau, arrêtée à la suite des événements qui avaient renversé le gouvernement légitime h "Naples, était destinée h fixer le point de vue dans lequel il convenait de se placer à l'égard de ces funestes év»^nements, h se concerter sur une marche commune, et à combiner dans un esprit de justice, de conservation et de modération, des mesures propres à garantir l'Italie d*un bouleversement général et les Èlats voisins des plus imminents dangers. Grâce à l'heureuse conformité de vues et de dispositions qui régnait entre les trois augustes souverains, cette première tlcbe fut bientôt remplie.
Des principes claifement j&oneés et réciproquement embrassés avec toute la sincérité d'une eonTtetîon intime, eonduisirsnt à des résolutions analogues, et les bases établies des les premières conférences ont été invariablement suivies pendant tout le cours d'une réunion signalée par
I( s n'-iilîats les plus remarquables.
Transférée à Laybach, cette réunion prit un caractère plus prononcé par la présence et le concours du roi des Deux-Siciles, et par l'assentiment unanime avec lequel les princes d'Italie accédèrent au système adopté par les cabinets alliés. Les monarques se convainquirent que les gouvernements les plus immédiatement intéressés aux destinées de la Péninsule rendaient justice à la pureté de leurs internions, et qu'un souverain placé dans la situation la plus pénible pur des actes auxquels la perfidie et le violence avaient su associer son nuin, s'en remettait en pleine confiance à des mesures qui devaient à la fois mettre un terme à cet état de captivité morale et rendre k ses Bdèles sujets le repos et le bien-être dont des factions criminelles les avaient privés.
L'effet de ces mesures n'a pas tardé à se manifester. L'édifice élevé par la révolte, aussi fragile dans la construction que vicieux dans ses bases, ne reposant que sur l'astuce des uns, et sur raveuglement momentané des autres, réprouvé par Timmense majorité de la nation, odieux même à l'armée formée pour le défendre, s'est écroulé au premier C(mtact avec la force régulière qui était destinée à le renverser et qui n*a servi qu'à en démontrer le néant. Le pouvoir légitime est réiabli;
factions sont dispersées, le peuple napolitaines! d^Hivré de!a tyrannie de ses imposteurs audacieux qui, en le berçant d* -s rêves d'une fausse liberté, exerçaient sur lui les vexations les plus cruelles, lui lai-
posaient d'énormes sacrifices, au seul proiit de leur ambition et de leur
1814 CONGRÈS D£ LAÏBÂCH.
avidité, et marchaient h grands pas vers l'irréparable ruine d'un paya dont ils ne cessaient de se dire les régénérateurs.
Cette restauration importante est consommé^ autant qu'elle a pu et qu'elle a dû IV^tre par les conseils et les efforts des Puissances alli^^es. Aujourd'hui que le roi des Deux-Siriles est investi de nouveau de la pl(^ni!i!(i»> d.^ ses droits, Ips monarques ge bornent à seconder de leurs les jiliis ardents les rrâolutions que ce souverain va adopter pour reconstruire son gouvernement sur des fondements solides et pour assurer, par des lois et des instiiuiions sages, les vérilable» intérêts de ses sujets et la prospérité constante de son royaume.
Pendant le court de ces grandes transieUoos on a vu éclaier da plus c6lé lea effets de cette vaste conjuration tramée depuis longtemps contre tous les pouvoirs établis, et contre tous les droits consacrés par Mi ordre social sous lequel TEuropo a joui de tant de stèdes do bonheur •t de gloire.
L'existence de cette conjuration n*étaît point inconnue aux monarques;
mais au milieu des agitations que Tllalie éprouvait depuis les catastrophes de Tannée 1820, et du mouvement d(^sordonné qui, de U s'était communiqué à tous les esprits, «lie s'est développée avec une rapidité croissante et son vrai caractère a paru au {îrand jour. Ce n'est pas, comme on a pu le croire h une (époque moins avancée, ce n'est pas contre telle ou telle forme de gouvernement, p irtirulir'remenl en butte à leurs déclamations, que sont dirigées ies enUepnses ténébreuses des auteurs de ces complots et les vœux insensés de leurs aveugles partisans. Les États qui ont admis des changements dans leur régime politique, ne sont pus plus à 1 abri de leurs attaques que ceux dont les anciennes lu^iiiu* lions ont traversé les orages du temps.
Monarehios pures, monarchies limitées, constitutions fédérativee, républiques, tout est englobé dans les arrêts de proscription d'une secte, qui traite d'oligarchie tout ce qui, dans quelque forme que ce soit, s*é« lèvo att«dessus du niveau d'une ^alité chimérique. Les chefs de celle ligue impie, indifférents k toutes qui résultera de la destruction gén^ raie qu'ils méditent, indifférents à toute espèce d'organisation stable et permanente, n'en Teulent qu'ans bases fondamentales de la société. Renverser ce qui existe, sauf à substituer ce que le hasard suggérera à leur imagination déréglée, ou à leurs sinistres passions : voilà l'essence de leur doctrine et le secret de toufps leurs machinations!
Les souverains alliés n'ont pu méconnaître qu'il n'v avait qu'une barrière à opposer à ce torrent dévastateur. Conserver ce qui est b'-galement établi, tel a dû être le principe invariable de leur politique, le point de départ et l'objet final de toutes les résolutions. Ils n'ont pu être arrêtés par lea vaines clameurs de l'ignorance ou de la malice, les accusant de condamntr l'huninnîté h un étal dt stagnation et de larponr
i% MAI 1881. mb
iiMompttible avec la maitfaa nalureUa «t progressife, et avec \» parfee*
tionnrment des institutions sociales. Jamais ces monarques n'ont manifesté la moindre disposition de contrarier des améliorations rtellaa ou la réforme des abus qui se glissent dans les meilleurs gouvernements, des vues bien différentes les ont constamment animés; et si ce repos, que les gouvernemeiiis et les peuples avaient lo droit de croire assuré par la pacification do l'Europe, n'a point pu opérer tout le bien qui devait en résulter, c'tst que les gouvernements ont dû concentrer toutes leurs pensées sur les moyens d'opposer des digues au pro;,'rè8 d'une faction qui, répandant autour d'elle l'erreur, le mécontentement, le fanatisme des innovations, eût bientôt tuib en problème Texislence d*un ordre public quelconque.
Les changements utiles ou néeeisaÎTM dana la législation et dans l'administration des Etats ne doivent émaner que de la volonté libre» de rimpulsion réfléchie et éclairée de ceun que Dieu a rendus reapon* aablea du pouvoir. Tout ce qui sort de cette ligue conduit nécessairement au désordre, aua bouleveriements et k des maux bien plus insupportables que ceui que Ton prétend guérir. Pénétrée de cette vérité éternelle, les souverains n'ont pas hésité à la proclamer avec franchise et vigueur; ils ont déclaré qu'en respectant les droits et l'indépendance de tout pouvoir légitime, ils regardaient comme légalement nulle et désavouée par les principes qui constituent le droit public de l'Kurope, toute prétendue réforme opérée par la révolte ou la force ouverte. Ils oui agi en conséquence de cette déclaration dans les événements de Naples, dans ct ux du Piémont; dans ceux mêmes qui, sous des circonstances très- différentes, mais par des combinaisons également criminelles, viennent de livrer la partie orientale de l'Europe à des convulsions incalculables.
Les monarques sont d'autant plus décidés h ne pas s'écarter de ce ^stème, qu'ils regardent la fermeté avec laquelle lia l'ont maintenu dans une époque si critique, comme la véritable cause du succès dont leurs eflbrts pour le rétablissement de Tordre en Italie ont été accompagnés. Les gouvernements de la Péninaule ont reconnu qu'ils n'avaient rien k craindra^ ni pour leur indépendance politique, ni pour Tintégrilé de leurs territoires, ni pour la conservation de leurs droits, en réclamant des secours qui leur étaient fournis h la seule condition d'en profiter pour défendre leur propre existence. C'est la confiance réciproque qui a sauvé l'Italie; c'est elle qui a fait cesser dans l'espace de deux mois un incendie qui, sans l'intervention des Puissances alliées, aurait ravagé et ruiné la totalité de ce beau pays, et menacé pour longtemps le reste de l'Europe,
Rien n'a plus efficacement (Jémonlré la force de ce ressort moral qui liait le baiui de l'Italie aux déterminations dea monarques, que le dénoft-
GONQBÈS DE lATBACH.
ment prompt et heureux de la lévolte qui aTiitéelaté dans le Piémont. Des eonspirateun» en partie étrangers, aTaîent préparé ce nouveau forfait et mis en œuvre, pour le faire réussir, le plus détestable de loue les moyens révolutionnaires, en soulevant contre l'autorité celte force armée qui n*est créée que pour lui obéir et pour défendre Tordre public. Victime d'une trahison inexplicable, si quelque chose pouvait l'être, tant que les crimes politiques trouveront en Europe des voix qui ose* ront les défendre, un souverain jouissant à juste tifrp du respect et de raffection de ses sujets, se vit forcé de descendre d'un trône qu'il avait orné de ses vertus; une partie considérable des îroupes fut entraînée dans l'abîme par l'exemple et les intrigues d'un peut nombre d'ambitieux; et le cri banal de la faction antisociale retentissait de la capitale aux provinces. Les monarques réunis à Laybacii ne lardèrent pas à y répondre. Leur union était du nombre de celles qui se fortifient et grandissent avec le danger ; leur voix fut entendue. Aussitôt les serviteurs fidèles du roi, sentant qu'ils n'étaient point abandonnés, employèrent ce qui leur restait de ressources pour combattre les ennemis de la patrie et de la gloire nationale; le pouvoir légitime, quoique comprimé et paralysé dans son action, n'en sut pas moins soutenir sa dignité et ses droits; et les secours arrivant au moment décisif de la crise, le triomphe de la bonne cause fut bientôt complet. Le Piémont a été délivré en peu de jours ; et il n'est resté de cetiQ révolution, calculée sur la chute de plus d'un gouvernement, que les souvenirs honteux emportés par ses coupables autours.
C'est ainsi qu'en suivant sans déviation Ips princîpos ('tahlis et la ligne de conduite tracée dès les premiers jours de leur réunion, les monarques alliés sont parvenus à pacifier l'Italie. Leur objet direct est atteint. Aucune des démarches qui y ont abouti n'a démenti les déclarations que la vérité et la bonne foi leur avaient inspirées. Ils y resteront fidèles, quelque nouvelle épreuve que la Providence puisse leur avoir réserrée. Plus que jamais appelés, ainsi que tous les autres souverains et pouvoirs légitimes, à veiller sur la paix de l'Europe, à la protéger non-seulement contre les erreurs et les passions qui pour* raient la compromettre dans les rapports de puissance à puissance, mais surtout contre ces funestes tentatives qui livraient le monde dvîlisé aux horreurs d'une anarchie universelle, ils croiraient profaner une vocation aussi auguste par les calculs étroits d'une politique vulgaire. Comme tout est simple, patent et franchement avoué dans le sv^^tème qu'ils ont embrasa*^, ils le soumettent avec conhance au jugement de tous les j^ouvernemcTUs éclairés.
La réunion qui va tinir doit se renouveler dans le courant de l'année prochaine. On y prendra en considération le terme à fixer aux mesures qui, de l'aveu de toutes leô cours d'itaiie, et particulièrement de
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celles de Neples el de Turin, ont été jugées nécessaires ponr ralbimir la tranquillité de la Péninsule. Les monarques et leurs Cabinets apporteront à Texamen de cette question le mémo esprit qui les a dirigés jusqu'ici. Des motifs d*one gravité incontestable et pleinement justifiés
par les résultais, avaient déterminé les souverains à intervenir dans les affaires de riialie; ils sont loin de vouloir prolonger celte intervention au delà des limites d'une stricte nécessité, désirant bien sincèrement que les circonstances qui leur ont imposé ce pénible devoir ne se reproduisent jamais.
Nous avons cru utile, au moment où les souverains vont se séparer, de rappeler par le précédent exposé les principes qui les ont dirigés dans les dernières transactions.
Vous êtes, en conséquence, chargé de faire communiquer cette dépêche au miuistre dirigeant les allaiièi) étraugèiea de lu Guur près laquelle vous vous trouvez accrédité.
Vous receves en même temps une déclaration, conçue dans le même esprit, que les cabinets ont fait rédiger et imprimer pour porter à la connaissance du public de l'Europe les sentiments et les principes dont les augustes souverains sont animés, et qui serviront constamment de guides k leur politique.
Receves, etc.