A CU.NJLllATION (i
Pendant ce double iiieurlre , tous les gens du daupliin avaient cherché leur salut dans la fuite, et l'avaient abaiuloniié, seul, sans secours, au milieu des bourreaux et des Ibr cenés. Ejjerdu , saisi d'horreur et d'effroi à la vue de ce carnage, il tombe, privé de l'usage de ses sens, aux pieds du prévôt des marchands. L'insolent plébéien , jouissant de l'abaissement du prince, et faisant grâce à son maître, le relève, lui dit « qu'il n'a- « vait rien à craindre. » Il retire le chaperon mi-parli ([u'il avait sur la tète, le met sur celle du prince, dont il prend à son tour le chaperon, orné de franges d'or; et il le porta toute la journée comme un trophée. C'était trop attenter, ou c'était trop peu.
Les "eus de sa suite saisirent les cadavres des deux chevaliers, les traînèrent en présence du dauphin , à travers les ap])artemens et les escaliers tout souillés de traces de sang, et les portèrent dans la cour sur la table de marbre , de manière qu'ils pussent être aperçus des lénètres du prince. Ils restèrent là toute la journée à découvert. On venait les voirj personne n'osait prendre pitié de ces restes malheureux.
Pendant ce tenqis , le prévôt des marchands court à l'hôtel de ville ; la place était
î357) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 225 remplie tî'uiie foule d'habitans en armes. Il leur parle ainsi :
« Parisiens , nous venons de faire un « grand exemple , et de prendre un grand « engagement. Depuis long- temps on mé- « prisait nos supplications , on ne tenait « compte de nos sacrifices , on se riait de « nos misères. Le peuple lassé s'est levé en- « fin contre ses oppresseurs. Le glaive du « peuple vient de hâter une justice trop tarit dive, et d'immoler à la liberté les princi- « paux instigateurs de la tjrannie. C'est « moi ( je ne crains pas d'avouer ce que j'ai « fait et ce que j'ai cru devoir faire pour la « patrie), c'est moi qui ai conduit les coups, " Parisiens, décidez maintenant si je mérite « l'infamie ou l'estime , Féchafaud ou l'hon- « neur de vous conduire. Si , effrayés par »< ce vieux fantôme d'une odieuse grandeur, « et oubliant vos forces réelles , vous me « désavouez pour vous soumettre encore au « joug de la noblesse , portez-leur ma tête; «peut-être ils daigneront se contenler de « votre humble soumission , et, las de vous « persécuter, se borneront à vous avilir. Je « ne crains pas la mort ; il y a déjà long- « temps qu'en me déclarant votre défenî5
226 CONJURATION (iSS?
« seur, je me suis préparé à tout souffrir, «f Mais je ne puis voir sans douleur que les '< iDiiiiis qui me conduiraient au supplice, « dclruiraienl à jamais voire indépendance, « et riveraient vos chaînes. Si , au con- « traire , vous nous secondez dans cette « lutte glorieuse ; si vous faites valoir le « nombre et le courage contre l'orgueil et la « cruauté, alors jesuis votre vengeur, etnous « avons puni des traîtres, des tyrans. Fran- " cais , souvenez- vous que vous êtes aussi '< les fils et <jue vous j)ortcz le nom de ces « guerriei's l'rancsquiout Ibiidé ce royaume « par leur valeur. Si vos ancêtres, tous sol- « dats , n'ont point eu , comme les aïeux de « ces nobles si hautains , des domaines et « des fiefs à vous transmettre , du moins ils « étaient libres. Pourquoi les nobles préten- « draient-ils avoir hérité du droit de vous « opprimer, plutôt que vous, de la liberté? « Vous avez depuis que)(]ue (etnj)s rocon- « quis vos franchises. Le peuple vient (.le les «c cimenter par le sang de ses ennemis. Mon- « trezvousdignesdesoutenirun sigénéreu.x « effort ; et que les nobles et les officier^ »c rojaux , après un tel exemple, renouveler lent leurs attentais, s ils 1 osent , eu voj'ant « le chàliinenl. »
ïSSy) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 22; On luirépondit pardevivesacclauialions; plusieurs voix s"élevèretitpoiirdéc!arer/(/«.v, mauvais et traîtres , ceux qu'on Amenait de tuer, et jurèrent que les Parisiens étaient résolus à vivre et à mourir avec le prévôt des ïnarchands.Lafouleqiiisppressaiteii Jumulte sur la place répétait lesermeot. Marcel , après s'être assuré de la populace, retourne auprès dudauphin.Illetrouvemorneetconsterne.il l'exhorte à ne pas tant s'af'lligerdelamort de quelques perfides, disant c( que tout ce qui « vient de se passer a été fait par la volonté « du peuple , et qu'il lui demande au nom « du peuple de ratiller tout , de s'unir pour « toujours étroitement avec eux , et d'accor- « der pour tous les événemens de celte joiir- « née un pardon absolu , supposé qu'il en « soit besoin. » Le duc n'était en état ni de discuier ni de se défendre ; il accorda tout ce qu'on exigea ; il pria même les habilans de Paris d'être de ses amis , et leur promit d'être des leurs. Sur cette promesse, le prévôt se retira, et lui envoya deux pièces de drap ronge et pers pour faire des chaperons mi-partis à tons les gens de la cour. Le duc de Normandie , ainsi que son frère et toutes les personnes de sa famille et de sa maison portèrent la livrée de la l'action. On
22» COyJURATTON (,53;
dit même qu'il fut obligé d'aller avec son frère dans les Halles et à la place de Grève, oii io peuple était rassemblé , donner son approbation à des assassins et protester de son amitié pour des rebelles (i).
Marcel venait de décider deson sort et du sort de ses adhérens. Mais plus le coup était hardi , plus il fallait d'audace et d'activité pour en assurer les effets et en prévenir les dangers. Il ne l'ignorait pas. Se fortifier de tous les secours les plus puissans , dépouiller ses adversaires de leurs emplois et de leurs fortunes , persécuter à outrance les plus redoutables , combler ses amis de richesses et d'honneurs, tenter les ambitieux , effrajer les timides, entraîner les indifférens, désespérer leparti contraire , encourager les siens, tels furent les soins de Marcel. Le soir même il eut une longue conférence avec la reine Blanche,sœur du Navarrois, et Ton disait qu'il lui avait déclaré que la présence de ce prince à Paris était nécessaire (2). Le lendemain, il manda aux député» des villes de se rendre aux Augustins. Plusieurs y vinrent, et trouvèrent les bourgeois de Paris qui avaient élé
(1) Méra. Nav. , pas;. 191.
(a) Cbr. St.-Deii. , fol. i-^S , r".
a357) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 229
aussi convoqués, et dont un assez grand nombre était en armes. Robert de Corbie harangua ; il attribua aux conseillers du dauphin tous les malheurs du rojaume, le ravage des campagnes, la misère des villes, la longue captivité du roi ; ajoutant que « tout ce « qui s'était fait la veille, n'avait eu pour ob^ « jet que l'utilité du royaume; qu'on avait eu « l'assentiment du clergé, de l'Université, et « de quarante personnes du conseil royal. » II finit en exhortant les députés des villes « à ratifier tout ce qui s'était passé , et à « rester en bonne intelligence avec la ville « de Paris. » Les députés , entourés de factieux , se voyaient dans l'alternative ou de parler contre leur conscience , ou d'exposer leur vie. Ils cédèrent à la peur, et avouèrent de tout les Parisiens.
INon contens de cette précaution , le pré- TÔt et les échevins de Paris adressèrent, quelque temps après, des lettres closes aux bonnes villes du royaume , pour les engager à rester en parfait accord avec les Parisiens , et à prendre les chaperons mi-partis , comme en portaient et le duc de Normandie, et le duc d'Orléans, son oncle, et le comte d'Etampes, et tous les autres princes des fleurs de lis. Plusieurs villes ne répondirent pas.
200 CONJURATION (iZSj
Quelques -unes , comme Amiens el Laon , atlopteienl le signe de ralliement des factieux; el dans les endroits même où on ne 1 appnM.vait pas généralement , quelques })arliculiers le portèrent (i).
(2) Le prévôt alla aussi à la Chambre du Parlement, avec plusieurs gens de sa faclion , les uns armés, les autres sans armes; el il requit le duc de Normandie de faire exécuter loules les ordonnances promulguées , l'année précédente , par les trois Etals pour le gouvernement du rojaume, et de souffrir que l'on ôlat encore quelques, personnes de son conseil pour leur substituer trois ou quatre bourgeois qu'on lui nommerait, parce que le peuple était très-mécontent de beaucoup de délibérations nuisibles à ses intérêts et à sa si'ireté. Le duc était obligé de lout entendre, et de tout accorder.
(5) Le quatrième jour après l'assassinat des amis de ce prince , le roi de Navarre fit ïon entrée dans Paris au milieu d'une foule de gens armés el d'habilans de toutes les classes. Il descendit à l'hôtel de Nesie,
(1) Chr. St.-Den. , fol. 178, v°.
(2) Jbid.
(3) Mcm. Kav. , pag j gS.
i357) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 23 1
qui appartenait au tluc de Normandie. Aussitôt Marcel vint le prier de demander justice sur toutes ses prétentions et sur ses griefs, et de faire connaître publiquement qu'il approuvait le meurtre des conseillers du duc de Normandie. Le Navarrois promit de suivre les conseils du prévôt.
C'est alors que les deu.v reiiîes Jeanne et Blanche, le prévôt des marchands, l'évéque de Laon , et les gens de leur parti se réunirent pour porter les derniers coups à la puissance royale.
(i) Cependant, la plus intime amitié semblait régner entre le duc et le Navarrois. Ils dînaient tous les jours ensemble, et se traitaient afiectueusement.
(3) Mais dans Paris, les factieux restaient toujoursarmés. Iljavaitdefréquentesémeutes, sans motifs, sans auteur connu, seulement pour jeter l'alarme. Plusieurs officiers du roi, entreautres le chancelier de Fiance, ëvêque de Thérouane, qui avait succédé au cardinal de la Forêts, furent effrayés au point d'abandonner leur emploi et de se réfugier en différentes villes. En même temps on vit
(1) Chr. St.-Den.,fol. 178, V^.
(2) Mém. Kav., pag. 200.
2 53 CONJURATION (i55f
paraître des ordonnances du duc de Norniandie, dictées parl'évèque de Laon , pour réformer le Parlement, la Chambre des Comptes et plusieurs autres juridictions, (i) On Ht le procès au premier j)rcsidcnt, Simon de 13ussy, pour avoir travaillé jour et nuit, par le moyen de ses satellites et complices, à faire naître de l'inimitié entre le duc et quelques personnes de sa famille , pour lesquelles il devait et voulait avoir de l'amitié. Et avant la fin delà procédure , attendu, disait- on dans l'ordonnance, que soit qu'il tomparût, ouqu'on le jugeât par contumace , il serait condamné au dernier supplice , on força le duc de Normandie à confisquer sa maison de Villcflain pour la donner à Jean Delisle, un des chefs les plus fougueux de la rébellion.
(2) Peu de jours après le prévôt des marchands , Robert de Corbie , Charles Consac et Jean Delisle, entrèrent au conseil du roi (3), et l'on proclama solennellement dans Paris, que le duc de Normandie, qui avait gouverné jusqu'alors comme lieutenant du roi,
(1! Très, des Ch. , rcg. 8G, fol. i4, r°.
(2) Chr. St.-Den. , fol. 179, r".
(3) Ibiil. — Mém. Nav., pag. 2o3.
i357) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 233
aurait désormais le litre de régent, d'après la délibération du conseil roval et de plusieurs prélats , barons et bourgeois des bonnes villes, et pour le bien du rojaume. Ce changement causa une grande surprise dans le public. On ne pouv;iit concevoir comment l'évèque de Laon, Slarcel et les autres, sans la volonté desquels rien ne se faisait dans le conseil rojal et dans Paris, avaient permis cet accroissement de l'autorité du jeune prince. Mais ceux qui voyaient plus à l'ond dans la politique des conspirateurs, jugeaient qu'ils n'avaient orné la vicîime que pour l'immoler: et qu'ils préparaient ainsi une grande révolution ; que le nom du roi étant supprimé de tous les actes publics et de tous les contrats particuliers, par la nouvelle formule qu'on avait donnée à tous les notaires et aux écrivains du Palais, on éteindrait peu à peu sa mémoire ; qu'on ne scellerait plus les lettres -royaux, ni du grand sceau royal , ni du sceau du Chàtelet, mais de celui du duc de Normandie ; que Tinlerruption de la majesté royale abolirait l'autorité de la maison régnante; qu'on pourrait trouver sans cesse de nouveaux obstacles à la délivrance du roi, et le laisser mourir dans sa prison en Angleleri-e; qu'Edouard,
204 CONJURATION (i557
conlcnuVcnl retenir les troubles de la France, ilonricrait les mains à ce projet; et qu'il serait facile de détrôner un régent, un jeune homme , sans crédit , sans forces et sans ap])ui.
On tâchait d'accoutumer les provinces, et les ofiiciers civils ou militaires à une autre puissance, (i) Le roi de Navarre, sans avoir aucun titre, aucun caractère qui lui donnât le droit de commander dans l'Etat, laisait expédier en son nom des Icllres de saulconduit , par lesquelles il était enjoint à tous capitaines , chastelains , gardes de pays , villes , passages, et détroits du royaume, de ne point empêcher ceux à qui elles étaient accordées d\iller et de séjourner partout où ils voudraient. Et l'on avait plus d'égard à ces lettres qu'à celles du duc de Normandie. Le roi de Navarre était parti pour IVI an tes la veillede la proclamation du nouveau litre du régent, et avant que leur traité d'accommodement fût confirmé par des lettresroyaux, tant il était sûr de sa domination. Celles que le régent donna, quelques jours après, soûl un monument de Ihj'pocrisic et ix la fois de l'impudcuce des rebelles. (2) H
(0 Clir. St.-Denis , fol. 178, v».
(2) ïrcs, (les Cil. , reg. 8(), fol. 21 , r^.
i557) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 235
y est dit : Que le roi de Navarre, aprcsavoir soullert, pendant sa longue captivité, beaucoup de mauvais Iraiteinens et de grandes pertes dans sa fortune, a bien voulu , par la grande amour et aJJ'eclinrt qiiil a pour le royaume et pour le peuple , consentir à un accord ménagé entre luietleducdeNormandie , par les doux reines et plusieurs bonnes gens des Etats ; cpie pour le dédommager, le duc de Noraïaudie , au nom du roi, lui donne 10,000 liv. de rente perpétuelle eu îunds et terres, pour le paiement desquelles on lui assigne toute la comté de 13ii,^orrc , les deux jugeries et vigueries de Piivière et de llieux. (1) Le duc fit encore présent au roi de Navarre, de son hôtel de Nesle , afin que ce prince, (]ui n'avait point d'hôtel dans les murs de Paris , fut plus à portée de le conseiller pour le bien et profit du royaume. (2) Enfin, il remit entre ses mains le comté de Longueville et les châteaux de Nogent-le-Roi et d'Anet, appartenant à Philippe de Navarre, qui faisait dans ce même temps la guerre contre la France.
(i) Très, «les Cli., reg. 86 , pièce 63. (2) Mérn. Nav., png. 197.
236 CONJURATION (j357
Tandis que Paris élait agité par la sédition, (i) les ennemis ne cessaient de désoler nos provinces. Malgré la trcve conclue à Bordeaux (2), ils s'étaient emparés de plusieurs forteresses dans la Normandie, dans le pays Cliartrain, et dans tous les environs de la capitale, et de là ils faisaient des excursions, j)illaienl, ravageaient, tuaient, emmenaient des prisonniers et du butin. Le roi Jean, captif à Londres, s'en plaignit à Edouard. On envoya deux chevaliers anglais pour leur ordonner d'évacuer toutes les forteresses qu'ils avaient occupées depuis la trêve. Maison n'avait point aftaireà des troupes régulières. C'étaient les grandes compagnies qui commettaient ces désordres; ramas d'hommes de toute nation, sans patrie, sans demeure fixe, sans foi, sans respect pour le droit des gens, indépendans de tout le monde et appartenant au premier qui les achetait, fléau de tous les pavs oii ils portaient leurs pas (3). Ils servaient le roi d'Angleterre ; mais ils répondirent qu'ils n'étaient point à sa solde, et que ce
(1) Clir. St.-Den., fol. 179, r".
{2) Voy. pag. 124.
(3j Vo)-. pag. 21 ij note 2.
i557) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 23/
n'était point en son nom qu'ils tenaient les forteresses. Quelques-uns dirent qu'ils ne reconnaissaient que le roi de Navarre pour maître ; d'autres qu'ils trouveraient bien de qui se faire avouer. Cette désobéissance ne déplut pas au roi d'Angleterre, et ils continuèrent. Cent cinquante hommes de lu garnison d'Epernon se saisii-ent de la ville de Chastres (actuellement Arpajon ) , et dévastèrent tout le paj^s d'alentour. Peu de jours après une autre bande traita de mêmeCor- Leil. Les maisons et les métairies des Parisiens dans la campagne n'étaient pas épar-
gnées.
Les nobles , retirés dans des villes fortifiées ou dans leurs châteaux, ne donnaient point de secours aux gens du plat pays. Ils ne vojaient pas avec peine les maux et les dégâts que les communes souCPraient, espérant qu'on parviendrait ainsi à les réduire. Il y avait même des gentilshommes qui prenaient les armes contre des villes, (i) Un chevalier, nommé le Bègue de Villames, se déclara ennemi des Parisiens, pour venger son ami, Piobert de Clermont , que le prévôt avait assassiné. Ces guerres entre des particuliers
(i) Chr. St.-Den. , fol. 179, i"^.
258 CONJURATION (iSS;
ou des villes étaient ;uiloriséc.s p;u- les lois ; usage l'uneste qui ruinait lu jjalric par les niuins de ceux qui devaient la dércndie. C'est sous le prétexted'une sembla blej^uerre, qu'un satellite du Navanois avait poursuivi le président Simon «le Bussy jusqu'à Cour- Irai, où il s'était retiré (i).
Cependant le régent demeurait dans Palis , toujours opprimé par les factieux, et pour ainsi dire leur captif. Ils craignaient «mil ne s'échappât de leurs mains. Sa ]neuiière tentative leur avait appris ce qu'il pourrait faire dans des circonslances plus licureuses. (2) Le 17 de mars, on décapita un écujer fran(;ais , nommé Philippot de Kcjienli , convaincu , à ce qu'on prétendait, d'avoir trempé dans une conspiration pour enlever le régent, à la noble maison de Sainl-Ouen , où il était allé trois ou quatre jours auparavant. Mais le bruit courait t{ue ces conjurés n'avaient aucune mauvaise intention contre le prince.
(5) Enlln le régent sortit de Paris. On n'est pas certain si ce fut par évasion , ou publi-
(i) Très «IcsCh., reg. 90, pièce 498.
(a) Clir. St -Den., Col. 179, r".
(3} Mûiu. ISav., pag. 206,207.
i358) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. aSg
quement. Il est vrai qu'il avait indiqué une assemblée de nobles à Senlis , où il se rendit en effet. Mais le prévôt et ses adhérens espéraient le retenir, et devaient tout redouter d'un jeune prince aigri par de nouvelles injures, (i) Un auteur rapporte que l'on fit périr des personnes qui avaient favorisé le départ du régent.
An i358 (2).
(3) On ne sait point ce qui se passa aux Etats de la province de Picardie , tenus à Senlis. Le roi de Navarre n'y alla pas , quoiqu'il l'eût annoncé. Les gens d'église , les nobles , et les bonnes villes de la Champagne , avaient été convoqués à Provins ; le roi de Navarre devait s'y rendre ; il manqua celte fois encore à sa promesse. Pierre de Gorbie et Robert de Roussi se présentèrent à cette assemblée, de la part des gens de la ville de Paris. Le régent se trouvait dans
(i) On-. 9fî56, fol. 19, r°. — Métu. Kav. ,p3g. 2of).
(2) Cette année coimuença au i"^'' avril, jour de Pâques.
(î) Mém. Nav. , pag, 208. — Préf. OnJ. , vol. HT , pag. 77, 78.
a4o CONJURATION (1353
nne posilion délicate. 11 avait résolu de punir les attentalsdcs rebelles; mais il ne voulait pas encore déclarer hautement ses intentions ; et , d'un autre côté , il ne voulait pas paraître les ménager en présence des Champenois, dont ils avaient massacré le maréchal , Jean de (Jonllans. D'abord il rendit un brillant témoignage à la lldélilé de cette province, éprouvée dans des circonstances diliiciles , et tout récemment encore (i) ; puis il leur j)eignit l'état déplorable de la France, la captivité du roi, qui durait depuis deux ans, la malveillance profilant des infortunes de la patrie pour la remplir de deuil, les provinces désolées parles brigands à Ja solde de l'ennemi commun, les chemins couverts de malheureux traînant après eux leurs familles en pleurs , et sauvant à peine quelques débris , d'autres périssant par le 1er cl le iéu , ou emmenés parmi le butin ; il ajouta :
te Nos maux sont affreux ; mais qu'ils ser- « vent au moins à nous instruire. Ce sont les « dissensions intestines qui ont causé nolriî
( i) Il voulait parler de l'emprcsseuient tirs députes lie la Champagne à sortir de Paris , lorsque le roi de îîavarre y était entré aprcs sa délivrance. Voy. p. j5''.
ï358) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 34 1
« honte et nos revers. C'est par la coii- « coiilt; seule (jiie nous pourrons nous rele- « ver. Quel vœu plus ardent peut former « l'ennemi , que de voir le peuple armé « contre la noblesse , la noblesse irritée «contre le peuple, les villes en guerre «< contre les villes? Et nous ne comprenons « pas, tandis que chacun travaille en parti- «c culier à satisfaire sa haine, son orgueil, « ou son ambition , que nous courons tous u à notre perte , et que nous préparons le « triomphe de l'étranger ! Quauil donc ne « ferons-nous qu'un seul peuple ;' Princes, <c barons , chevaliers , prélats , bourgeois , « nous sommes tous Français ; nous n'a- €c vous tous qu'un même ennemi , l'An- « glais. C'est contre l'Anglais que doivent « se tourner nos haines et nos armes.
« Si j'ai consenti dernièrement à piendre « un titre plus grand d'honneur et de puis- « sance, je n'ai point oublié ce que je dois « à men père , ce que je dois à la France. «Je ne suis toujours, et je ne veux être, « quelque nom que je porte, que le lieutç- « nanl, le premier sujet du roi, le premier «des citoyens. Français, joignez avec con- « fiance vos efforts aux miens : je suis jeune « encore , mais je ne me crois pas indigne iG
« de vous commander; j'ai l'âme d'un Fran- « cais el l'expérience du niallieiir. Mon arii- « hilion esl de donner à lous l'cxcniple du « dévouement à la patiie et de l'oubli des « injures ». Il fînil en disant « que déjà, « depuis un mois, la sénéchaussée de 13eau- « caire avait donné le signal des levées c< d'hommes et d'argent pour le secours de n la France à toute la Langue d'Oc (i); que « les habitans de la Champagne étaient « dignes de servir de modèles aux pajs de «( la Langue d'Oll ; que, s'il s'était passé des « choses extraordinaires dans Paris, quand o ils en auraient appris les auteurs , leur in- « dignalion cesserait. Mais que dans ce moic ment il ne fallait penser qu'au salut de « la France et montrer un tel caractère , « qu'il n'j eût que les complices des enne- « mis du nom français qui ne s'unissent point n avec eux. »
(2) .'Vprès ce discours , les deux orateurs des Parisiens, présentés par le régent luimême, assurèrent les Champenois que la ville de Paris avait pour eux une sincère amitié , et ils les prièrent de faire avec elle
(1) Préf. Ord., vol. III, pag. jS.
(2) Chr. St.-Dea., fol. 179, v».
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 243
une élroite alliance. Les Etats de Champagne ayant pris quelque temps pour délibérer, Simon de Pvoussi , comte de Bresne, dit ensuite au régent :« Qu'ils étaient prêts à (aire « tout ce que de bons et fidèles sujets dece vaient à leur seigneur ; mais qu'il fal- « lait indiquer une autre assemblée, par- « ce que les plus grands et les plus puis-«ans « de la province n'étaient pas présens. » Il déclara aussi «que les Cljampenois n'iraient « plus à Paris, et qu'il n'avait rien à répondre « aux députés de celle ville. » Puis il demanda au régenl « si monseigneur deConflans « avait mérité, par queKjue crime , la mort « cruelle que les Parisiens lui avaient fait « souffrir. Q)u'il ne disait rien du maréchal « de Normandie, ne doutant pas que les « Normands ne remplissent leur devoir à « cet égard. » Le régent répondit « que ces « deux seigneurs l'avaient toujours bien et ce fidèlement servi. » Le comte de Biesne, en s'agenouillant , le remercia, au nom des Champenois, de la justice qu il leur rendait, ajoutant <« qu'ils espéraient cfue ce K prince punirait ceux qui avaient tué ses « amis. >>
C'est ainsi que se terminèrent ces Etats. Les députés de Paris se retirèrent humiliés
244 CONJURATION (i558
et furieux ; et la plupart de ceux qui composaient l'assemblée allcreiil dîner à la table du régent, qui les avait tous iiivilés.
Quelque suin qu'il eût pris de ne point iiianilesler son indignation contre les Parisiens, ils ne pouvaient se dissimuler à euxniêmesk'urslorfaifs.elilscomprenaientassez quel Irailemcnl leur élait réservé. Une fuis qu'ils virent le régent hors de leurs murs, ce fut le commencement des hostilités. Marcel et ses s^eiis forcèrent le château du Louvre; ilsy mii-ent une garnison , et chassèrent Je gardien . sergent d'armes du roi , qui manqua d'être tué; ils emportèrent toutes les machines de guerre qu'ils y purent trouver, canons, garos , arbalèles à lour, et ils en placèrent une partie dans l'Hùlel-de-V ille, et le reste en dillérens endroits de Paris et des environs. Marcel enleva aussi unegrande quantité d'aililleiie que le régent faisait venir par la Seine (i) , el il lui écrivit des lettres injurieuses qui contenaient une tléclaration de guerre (2). Le régent répondait
(1) Très, des Cli. ,rcg. 8(), p. 4^1 ; reg. 8g, p. 53i. — Clir. St. -Dell. ,fol. 180, r. — Mém. ]Nav. , pag. ui'i.
(2) Ord., vol. IV, pag. 3ij. — Clir. Sl.-Deiiis , fol. 180, r".
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 345 à leur audace par une infatij^able aclivilé , et par une vigueur qui les étonnait chaque jour {lavanta;::;'e (i). En sortant de la séance des ElalsdeClianipag'ne, ilserendà Meaux.
Surson passac;;e, un château qui appartenait à la reine IMancIie , et dont le gouverneur avait Tait serment de ne le rendre qu'à elle , ou au roi de Navarre , lui ouvre ses portes. Il avait envoyé de Provins le comte de J oignj' avec des hommes d"a r m es en a van t , pour se rendre maître de la forteresse du marché de Meaux , parce qu'il avait appris que les Parisiens voulaient s'en emparer. Le maire de celte ville, qui penchait pour les rebelles , osa dire au comte que s'il avait prévu son dessein , il l'aurait empêché d'entrer. Le régent, instruit de la mauvaise volonté du maire , le lit venir devant lui , le réprimanda sévèrement, et le condamna à ime amende qui cependant ne lut pas taxée. De Meaux, il alla tenir, à Gompiègne , les Etals du bailliage de Vermandois. Quelques jours après, il tenta de prendre possession d'Amiens. Son dessein échoua. Il avait écrit au maire de la ville et à plusieurs majeurs
(i) Chr. St.-Denls, fol. iSo , r«. — Mém. Nav. , pag. 2i5j ail).
246 CONJURATION (i353
tle l)annicres (i), de le venir trouver à Corbie. Mais le roi de Navarre, qui s'élail fait recevoir bourgeois d'Amiens, y avait un parti très -puissant (2); le maire persuada aux habitans que le régent voulait ("aire trancher la lèle aux plus considcrablos. Il y eut une émeute. Ceux qui tenaient pour la cause rojale étaient les moins forts ; le régent accourut avec des troupes; mais malgré toute sa diligence, il arriva trop lard; les rebelles étaient maîtres des portos.
(5) Pendant ce mouvement auprès d'Amiens, les Etats de la Cliampagne s'assemblaient à Vertus, comme on était convenu précédemment. Le comie de Brcsnc s'y présenta au nom du régent , el obtint l'aide qu'il demandait.
(4.) Le régent était allé àClermont; le roi de Na\arre voulut avoir avec lui une conférence , pour lâcher de le réconcilier avec les Parisiens. L'entrevue des deux princes eut lieu dans le marché de la ville.
'1) Cliefs (les corps de métiers. Oril. , vol. IV, p. 5 '19, note [b).
(a) Mi'in. Nav. , pag. 216.
(.•?) Chr. St.-Den. , fol. 1 8o,vo.— Préf. Gril. , vol. 111,
pag- 79-
(4) Chr, St.-Denls., fol. 180, v°.
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 24/
ris étaient accompagnés l'un et l'autre d'un grand nombre de gens d'armes. Après les complimens d'usage, ])eudanl lesquels le Navarrois cherchait a surprendre le jeune prince par des manières douces et alïcclueuses :
« Mon frère, lui dit -il , depuis que nous « nous sommes réconciliés dans ces derniers « temps , j'ai souhaité sincèrement , et j'ai « tâché de tout mon pouvoir que la paix se « rétablît en France , et que la maison royale « recouvrât sa force et sa dignité. Après le « bonheur public , le bien de ma famille a « été toujours le plus cher objet de ines « vœux. Je l'ai prouvé par mon empresse- « ment à donner les mains à toute espèce « d'accommodement dans plus d'une occa- (c sion, quoique ma conduite et mes inlen- « tions , mal interprétées, aient pu exciter « la défiance des esprits prévenus. Si le roi « avait daigné quelquefois écouter mes avis, « la France ne serait pas réduite à la dé- « tresse où elle est aujourd'hui, et il régne- « rait paisiblement parmi nous. Mais les cir- « constances présentes demandent moins des « plaintes sur les causes des maux passés, « qu'un prompl remède contre les maux qui « nous travaillent, et contre ceux qui mena- (.( cent encore l'Etat, silesressentimens aigris
243 CONJURATION (i558
« de part et d'autre ne s'adoucissent par des K concessions réciproques.
« J'ai toujours dit la vérité au roi ; je vous ce l'ai toujours dite à vous même, suit dans <( les tcnij)S plushcureux de noire première « amitié, dont je n'ai pas perdu le souvenir, « soit depuis que nous nous sommes prorais « d oublier tout sujet de dissension. Je vous a dirai encore aujourd'hui la vérité.
« jSous sommes agités ])ar de violens ora-
« ges. Il laut que 1 autorité qui gouverne
« fasse quelque sacrifice , pour conserver
« l'Etat. II s'est passé à Paris , dans des
« mouiens d'effervescence , des choses qui
« ont ch"i vous indigner, et qui out affligé
« beaucoup de personnes qui malgré elles
« ont paru les approuver. Mais necherchons
cf pas à nous aveugler ; ce n'est pas là un
« mouvement populaire que le hasard ou
« des événemens particuliers ont produit,
« et qui s'apaise de soi-même. C'est un effet
« des mœursetde l'espritde la nation. Nous
« en sommes venus à un point où la noblesse
« ne peut plus garder un pouvoir aussi ini-'
« périeux et aussi absolu sur le commun. Le
« peuple a senti sa force ; la servitude l'a
« fatigué; et, par l'immodéralion si natu-
« relie à la multitude, il est tombé daus li
3358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE, si^
« licence en cherchant la liberlé. Il est né- « cessaire de lui rclàrlicr un peu les rênes, « si l'on veut qu'il goùle encore le frein ; la « dureté l'efTaroucherait davantage; et qui i< j)eut dire à quels excès il s'ciiipdilcrait ? « A présent les piincipaux regrettent sincccc renient la démarche inconsidérée ilu peu- « pie , et sont prêts à iaire avec vous tous «( les traités qu'exigera l'autorité royale , ce sans conipronieltre leur honneur et leur tt sûreté. Rentrez dans Paris; vos sujets vont « vous j recevoir avec une soumission qui, « pourn'ètreplusservile, n'ensera pas moins « respectueuse. Et quand même vous seriez « obligé d'accorder quelques grâces auxc( quelles votre colère se refuse maintenant, « ne vaut-il pas mieux céder un peu au temps, « qued'allumer uiieguerre civileen lespons- « sant au désespoir, et de donner aux An- « glais tant de moyens d'en valiir la France ? « Vous savez quelle iniluence Paris a sur le <c royaume. Parisesl lecenlre du commerce; « Paris est le siège de toutes les autorités ci- « viles et judiciaires; Paris a lié à sa cause « Amiens , Laon , plusieurs villes impor- « tantes, et en entraînera un plus grand « nombre encore. Vouiez -vous errer tou- « jours hors de voire capitale, armer les
a5o CONJURATION (i558
« provinces les unes contre les autres, as- « sembler des Etats sans iorce et sans auto- « rilé , pour obtenir avec peine des secours « insullîsans ? Voulez -vous qu'on voie a Edouard entrer comme protecteur dans a les murs de Paris , que vous assiégeriez <c en ennemi, si vous avez toutefois le temps 41 et les moyens de l'assiéger ? Mais avant « que vous ayez pu obtenir !e consentement « de quelques cités, ramasser de iaibles som- « mes, lever et équiper des troupes , prête parer tous les inslrumens et toutes les mua nilions nécessaires pour cette guerre, je « frémis des ravages auxquels la France est « exposée. II est plus sûr pour vous , et plus « digne du (ils du roi de France , d'être ra- « mené dans Paris par les vœux du peuple , « en traitant avec lui. IjU vengeance est sui- « vie trop souvent d'un cruel regret : jamais (c on ne s'est repenti de la clémence.
a Vous venez d'entendre les avis utiles et a sincères d'un frère et d'un ami. Bientôt il « ne sera plus temps d'en profiliT. Je vous « offre aujourd liui ma médiation et mes a services pour exécuter ce que je vous con- « seille. »
Le régent, également inébranlable aux menaces couvertes et aux amitiés insidieuses,
ï55B) CO^■TRE L'AUTORITÉ ROYALE. 25i ré|»ontlit « qu'il aimait la ville de Paris; ce qu'elle reiileruiail de horis ciloyensencore a attachés à leur roi et à leur patrie ; mais « qu'il J avait aussi bien des séditieux- et des «furieux, qui avaient poussé l'insolence, « la cruauté et la révolte à des excès inlolén rahles ; que la conduite de ceux qui gou- « vernaient dépendait aussi de celle des sutt jets ; qu'il y avait des circonstances oii les « princes les plus doux devaient à la fin sor- « tir de leur caractère ; et qu'il lallail cesser « de régner , ou ne pas laisser impunément « porter atteinte à la majesté royale. Qu'il « avait résolu de ne rentrer dans Paris qu'a- « près avoir puni les auteurs de ces crimes. a Qu'il trouverait dans la France des bras « pour le seconder ; que c'était principale- « mentaux princes du sang royal, que l'in- « jure touchait de si près, à poursuivre les K rebelles; et qu'il l'invitait à se joindre à « lui pour venger l'autorité souveraine, et « pour étouffer dès le principe une guerre « civile qui , dans les circonstances prête sentes, pourrait entraîner la ruine du « rojaume (i J. »
Le roi de Navarre , n'ajant rien pu ga-
(ij Chr. St.-Den. , fol. 180, t°.
352 CONJURATION (i358
grier, renouvela le lendemain ses tentatives, mais loiijours inulilcmenl ; et il [)arlil aussitôt pour Paris, vu il fut reçu avec beaucoup denipressement et tle grands lémoignages d ad'eclion.
(i) (Jn avait arrêté, dans les Etals-Généraux de l'année précédente, que les députés des villes se rassembleraient à Paris le i*'niai de cette année. Le l'é^eut leur commanda de venir auprès de lui à (Jonipièfi-ne, le 4 du même mois. Cet ordre fît un grand plaisir à toutes les villes, qui craignaient d'être compromises par une complicité dans laquelle vn aurait pu entraîner de force leurs députés ("i). Les Parisiens coiiiaienccrent à se repentir de leurs désordres; et déjà les plus emportés réfléchissaient sur le danger de leur position. Depuis le départ du régent il n'était presque plus resté de gentilshommes à Paris; tout ce qu'il j' avait de plus distingué parmi la noblesse et le clergé s'était retiré dans sa résidence ordinaire, ou avait suivi le prinre. Ils furent effrayés de cet abandon; el le peuple, aussi px-ompt à per-
. (I) Préf. Ord., vol. III , pag. 79, 80.
(■j, C. Wang., ])ag. 117. — Hist. du rUniversité, tom. IV, png. .'54 i.
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. afÔ
<lre courage au premier revers, qu'ardent à braver tout dans la révolte, ne prévenait plus par d'avides espérances la fureur des chefs ) et calculait même les degrés des attentats et de la punition. Marcel et ses amis, voyant que tout chancelait autour d eux , lâchèrent de conjurer l'orage. A leur prière, rUniversilé envoja en députation vers le régent, le recteur avec plusieurs maîtres, pour fléchir sa colère et l'assui'cr, au nom des Parisiens , a qu'ils étaient prêts à lui a donner toutes les satisfactions qu'il exige- « rait , pourvu qu'il ne demandât la mort « de personne. » Le régent, environné d'une cour nombreuse de seigneurs et de chevaliers, reçut la députation avec bonté, et leur dit « qu'il se contenterait qu'on lui livrât « dix ou douze, ou même seulement cinq « à six des plus coupables ; que leur vie se- « rait en sûreté ; et qu'après cette marque « de soumission des Parisiens, il n'hésiterait a pas à leur rendre ses. bonnes grâces. » Marcel et ses principaux adhérens , en se jugeant eux-mêmes, ne crojaient pas à la clémence du prince ; et la foi des promesses ne leur paraissait pas une assez sûre garantie contre le ressentiment. Mais ils voyaient les forces du régent s'augmenter de jour eu
aSi CONJURATION (i358
jour, et tout le rojaume prêt à se tourner contre eux (i). Ils ne se rebutèrent point, et essayèrent encore, à différentes reprises , «l'ohlcnir une capitulation , cpii ne liil pas, comme ils en élaiont persuadés , l'arrêt de leur supplice.
(2) Cependant les députés du clergé, de la noblesse et des bonnes villes élaienl réunis en béance à Compiègne. dette assemblée lait une époque remarquable dans l'histoire de ce temps. Elle se tint , contre la coutume des Etats-Généraux, dans une province : le nombre élait peu considérable. Plusieurs villes qui tenaient pour les l^arisiens n'y lurent pas présentes. Dans beaucoup de pajs, on s'excusa sur la peur des ennemis et des brigands qui parcouraient les campagnes el insultaient toutes les roules. Les députés de dix -neuf bailliages mau(pi('reut; et si l'on observe que les villes de la Hourgot,''ne et de la lîrelai,'ne ne faisaient point immédiatement partie des Elatsdela Lan-^iied Oil ''o) , on pourra juger à quel nombre cesEtalsdevaient alors se réduire. 31ais la sagesse du prince, et le bon
(1) Mpiii. Nav. , pag 521.
(2; Pf(-r. Ord., vol. m, pag. 79,80,81.
{3j Vov. pag. 25, noie 2.
esprit dont les dépntalions étaient anituées , suppléèrent à tout le reste. Cette assemblée devint , par ses résultats, une des pi us grandes et des plus impurlanles ; et, dans la suite, ceux qui n'avaient point assisléanxdclihérations, furent soumis aux ordonnances que Ion y décréta.
Le régenty tint à peu près le même discours qu'aux Etats de Champagne , à Provins ; il demanda un subside pour soumettre les rebelles et chasser les ennemis du royaume, et il présenta un message du roi Jean , qui invitait ses bons et fidèles sujets à lui fournir les moyens de faire honneur aux dettes qu'il avait été obligé de contracter depuis sa captivité (i).
Le comte de Bresne prit alors parole :
Monseigneur,
« Les Etats vous demandent la permission « de délibérer, non pas s'ils vous donneront « une aide, ainsi qu'au roi, noire seigneur et « maître, car c'est une chose unanimement «c décidée d'avance; ils désirent seulement « régler de quelle manière l'impôt doit être
(I) Préf. Ord.jTol. III , p. 81.
25G CONJURATION (i558
rc assis snr les personnes et les biens , selon K les coiulilions.
«c Mais ce qui n'atlend pas de délibération, « ce qui ne peut y être soumis, c'est l'e.\- « pression de nos senlimens. D'un niou- « vement spontané, et de l'élan d'un cœur « français , je vous rends , au nom des « Etals de la Langue d'Oil , de publiques « actions de grâces, pour n'avoir pas déses" " péré du salut de la France dans des con- « jonctures dilliciles, et pour avoir au con- « traire, par une courageuse persévérance « au milieu des orages et des périls, soutenu « la patrie sur le penchant de sa ruine (i). »
Aussitôt que l'orateur eut prononcé ces paroles, foute l'assemblée se leva en mémo temps, et l'approuva par ses acclamations. Il continua :
n Vous voyez , Monseigneur, quelleestlo- «f pinion , quel est le vœu des Français; car « nous agissons, nous décrétons ici au nom " de tous les pajs de la Langue d'Oil. Nous r< sommes les Etals-Généraux. Quel que soit •■ le lii^n do notre assemblée, quel (pi'cn soit <= le nombre, partout où l'autorité légitime
fi) Claude Dormay, Hist. de Solss., tom. II, liv. 5, cluip. 98.
i558) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. aS;
el la volonté royale nous réunissent, nous gardons el nous exerçons nos droits. Partout où est le roi, (et en vous nous voyons notre roi, jusqu'à ce que votre auguste père soit délivré par la grâce de Dieu et par les efforts de ses fidèles sujets, ) partout où est le roi , là est en même temps la capitale du royaume et l'àme de la nation.
Tout ce qui n'est point aliéné par le crime , ou enchaîné par la crainte, est accouru se ranger autour de vous. Les factieux faisant cause commune avec les ennemis, se croient les maîtres de la France , parce qu'ils tiennent les murs de Paris. En effet ils régnent dans Paris, où tout homme de bien voit le poignard levé sur lui , s'il ose dire sa pensée; où le Parlement et les cours de justice , et tous les tribunaux sont régis par ceux qui ne devraient y paraître que pour entendre leur condamnation. Qu'ils poursuivent le cours de leurs attentats, qu'ils se précipitent d'eux-mêmes et par l'inslinct de leur mauvais génie, à leur perte , puisque l'excès de leur rébellion leur ayant fermé sans retour l'asile de la clémence royale et la voie du repentir, ne leur laisse plus de milieu entre un juste « supplice ou une mort désespérée. Qu'ils
258 CONJURATION (i35S
« lAclient (le séduire et d'entraîner dans leurs « sinistres complots des hommes tnrbulens, « qiiel<jnes villes séditieuses, qui viendront « bicnlùt implorer à ;^'enou\ leur grâce. « Qu'après s'être sOuillés du sang de vos fi- « dèles serviteurs , après avoir mis votre « personne sacrée en péril , ils vous décla- « renl la guerre dans leurs lettres audar< cieuses. D'un côté paraîtra 1 héritier légi- « timede la couronne de France, avec les " prélats et le clergé , avec les princes des ec llcurs de lis, et ses comtes, et ses barons, " et ses chevaliers, elles habitans des bonnes « villes, dignes du nom français; de l'autre, « on verra, à la tête d'une populace furieuse, « Marcel et l'échevin Consac , enrichis par « leurs concussions , et connus seulement « par des révoltes et des assassinats. Alors « ceux qui auront pu rester encore indécis, «< aviserontdans quel parti ils devront cher- « cher leur honneur et leur sûreté. Quoi ! « nous entreprenons tous les jours des guérie res privées pour des injures de famille ou « pour les limites d une terre ; et lorsqu'une « troupe de mutins conspire avec les étraa- « gers, s'empare do la capitale, et prétend « dicter des lois à toute la France, nous ne « nous hâterions pas d'assembler une armée.
1058) CONTRE L'AUTORITE ROYAI.E. 269
" de Ibrcerla relraile où ils se renfernicnl , « (le délivrer nos concitoyens , de ramener '< noire prince danssaoapilale et sur le tràne « de ses pères! Monseigneur, nous sommes « tous prêts à vous aider de nos biens et de « nos épées, et pour assiéger Paris, el jîour « repousser l'ennemi , et pour racheter la « liberté de votre auguste père , notre sei- Cl gneur et maître. Le clergé, la nol>lesse , «• les bonnes villes ne forment qu'un seul « corps, étroitement uni de senliinens et « d'intérêts. De quelque spécieux prétextes te que les rebelles couvrent leur ambition , « clercs, chevaliers et bourgeois, nous re- « connaissons tous que vouloir renverser " l'ordre de la monarchie , el s'allaquer à la V majesté royale, c'est ébranler le foude- « ment des privilèges et des fortunes de tous « les citoyens; qu'il ny a que les gens qui ne r< possèdent rien et qui ne tiennent à rien, «' qui puissent désirer les troubles des révo- « lulions. »
Tout à coup se tournant du côté de l'Evèque de Laon , qui était présent à l'assemblée :
« D'où vient donc que des traîtres pa- « raissent encore en ce lieu? de quel front « suivent-ils un prince qu'ils ont si indigne-
26o CONJURATION (i558
« ment offensé, et\iennent-ilsse mêler par- « mi des hommes qni les défeslent ? N'est-ce (i pas assez d'avoir dicté , à la faveur des « émeutes populaires, des arrêts qui sem- « blaicut rendre un prince \erlueux coni- « plice de leurs crimes contre l'Etat et contre « son père ? N'est-ce pas assez d'avoir abusé « d'un caractère sacré et des bienfaits du roi « contre le roi? N'est-ce pas assez d'avoir « armé des assassins contre les serviteurs du a dauphin , et d'avoir essayé le régicide? « Marqués de la réprobation publique, char- « gés du poids de leur ingratitude, de leurs « forfaits, de leur sacrilège, que veulent-ils? « Insulter encore à leur maître ? Braver la « justice des gens de bien , ou répandre « parmi nous leur funeste influence? Qu'ils * parlent, qu'ils fuient loin d'ici; qu'ils « nous délivrent de leur approche conta- « gieuse; qu'ils aillent se jeter dans la foule ce des pervers, pour hâter, par leurs impuis- « santés fureurs, la ])eine qui pend sur leur K tête.
«Vous pourrez bientôt. Monseigneur.
« faire justice aux luibitans de la Cham- « pagne et de la Normandie , si cruelle - « ment outragés par les Parisiens; à la noce blesse , dont les factieux ont violé lej
i558) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. -'61
« droits; à tous les bons citojens, dont -ils « ont troublé le repos et compromis l'exis- « tence; àlanation, envers laquelleils se sont « rendus coupables de trahison et de félonie ; « à la majesté rojale , qu'ils out profanée. « Quand vous aurez satisfait à de si justes « vengeances et purgé la France d'un inau- « vais sang, il vous sera facile de rétablir « l'ordre et la paix, et de préparer le retour « de votre auguste père par la sagesse de « votre l'égence, qui est pour nous l'augure « et le gage de votre règne à venir. »
(i) Les Etats justifièrent ce discours par la vigueur de leurs résolutions; et telle était l'ardeur pour le prince et l'indignation contre les factieux, que l'évêque de Laoa courut risque d'être maltraité par les nobles. Il se retira secrètement à Saint-Denis, d'oii il envoya demander à Marcel une escorte pour se rendre à Paris (2).
(0) Marcel ayant appris la décision des Etats , et ses députés ne lui rapportant de Compiègne que des lois i-igoureuses et des
(i) Ord. ,vol. III, pag. 219.
(2) Mém. Nav. , pag. 219.
(3] C. Nang. , pag. 117. — Froiss. , liv. l,ch. 18.^.
262 CONJURATION (i553
inennrrs, il ^il ijnc le flésespoir était son seul re('iige,et qu'il ne lui restait à transiger qu'au prix d'une mort sanglante. Aussitôt son parti est pris. l*our retanler le eoup ialal, il entraînera s'il le faut le peuple entier dans sa ruine. Tout Paris retentit des alarmes et des préparatifs de la guerre. Une foule d'ouNTiers travaille nuit et jour sans relâche dans les ateliers d'armes et aux forliiîeations. On continue les boulevards et les parapets, corhmencés en i556 : on les couronne de créneaux; on augmente la profondeur des fossés , on en creuse de nouveaux : toutes les portes se garnissent de pierriers, de balisteset d'artillerie; plusieurs sont fermées. Deux couvens, bâtis de manière qu'une partie se trouvait dans l'er.cei nie de la ville et l'autre en dehors, sont abattus à moitié ; un faubourg (j) est entièrement détruit, pour ne point laisser d'accès et do position aux assaillans. On pratique un chemin intérieur le long des remparts, cl, pour le conduire dans la partie occidentale , oi: rase tous les bâtimens appliqués aux murs En même temps Marcel met tout en œuvre pour grossir la troupe d'archers , de Na-
fi) Le faubourg Saint-Victor.
i558) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 2 63
varrois, d'Anglais, de gens des grandes compagnies, qu il tenait àsasolde^ aventuriers sans discipline, sans loi, sans religion, ennemis de tout le monde , et avides de butin. 11 ouvre les arsenaux. De tous côtés on voit arriver des convois de munitions et de vivres : on transporte des amas d'armes ; les bourgeois de son parti, et tout ce qui, dans une grande ville, aime le désordre et le pillage, parcourent les rues dans un appareil menaçant. Les habitans étaient consternés des dangers du siège, mais moins encore que de la rage de leurs défenseurs.
(i) Marcel envoja même un de ses agens dans la ville d'Avignon , avec une somme considérable, pour acheter des armes dans ce pays et y lever des fantassins. Le comte de Poitiers, frère du régent, et lieutenant de la Langue d'Oc, en eut avis,etsesaisitde toutes les acquisitions (2). L'évèque de Laon avait, de son côté , mis des troupes dans ses châteaux , et les avait pourvus de toutes les choses nécessaires pour une vigoureuse réeistaace (5).
(1) Très, des Ch. ,reg. 90, pièce 32.
(2) Ibid. , reg. 86 , pièce 5} 4.
(3) Mém. Wav. , pag. 220.
a64 CONJURATION (j35S
C'est ainsi qu'à Paris , et dans plusieurs provinces, on s'apprêtait à i-épandrele sang français par la main des Français, pendant que leur territoire était sous leurs jeux la proie des étrangers (i). La garnison qui tenait Epernon lit plusieurs courses dans le Gàtinais, et emmena du butin et des prisonniers pour plus de cinquante mille moutons d'or (2) , livrant aux flammes Nemours et plusieurs autres villes. Foulque de Laval ravageait la Beausse avec une troupe de Bretons , et incendiait tous les villages. Une autre bande bouleversa de fond en comble la ville d'Elampes, qui avait déjà été prise et brûlée. Les excursions de ces brigands s'étendaient jusqu'à Orléans et au-delà; et depuis Paris jusqu'à Gompiègnc et aux environs, toutes les roules étaient infestées.
Le roi d'Angleterre soudojait secrètement ces troupes, qui, sans paraître le servir, faisaient éprouver à la France , pendant la trêve , tous les maux de la guerre. Elles nous épuisaient , tandis qu'il amassait des forces en attendant l'occasion de nous attaquer.
(1) Mcm. jVav. ,pag. 21g. — C. Kang. , pag. 118.
(2) Eavirou <)Go marcs d'or.
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. q65
( Mai et juin.) A cette époque , une nouvelle espèce de guerre intesline, un dernier fléau , mit le comble aux niallieurs de la France : les paysans se révoltèrent contre la noblesse. En rendant compte de cet événement si singulier par sa nature et ses circonstances, et si triste par la multiplicité des maux qu'il produisit , afin d'en considérer de suite le progrès et l'ensemble, nous interromprons le Kl des autres récits, et nous anticiperons sur l'ordre des temps.
(i) L'origine du nom de Jacquerie , qu'on donne à cette guerre, est expliquée diversement par les auteurs. Les uns croient que le chef des paysans s'appelait Jacques Bonhomme ^ les autres prétendent que le mot est venu de [a jaque ou jaquette villageoise. On jugera plus vraisemblable l'opinion du second continuateurdeNangis, quirapporte que les chevaliers avaient coutume de désigner les paj^sans par le nom de Jacques bons hommes, pour se moquer de leur gaucherie aux exercices militaires, et que dans la suite ce sobriquet devint commun à tous les paysans français et anglais.
(2) Ce qu'il y a de plus remarquable dans
(1) Méin. Nav. , pag. 227.
(2) Très, des Ch. , reg. 86 , p. 2ïi. — Chr. St.-Den. ,
2G6 CONJURATION (i355
la Jacquerie . c'est que le soiilcvement fut général et simultané tlaiis tous les ]>ajs de la Langue dOil , sans complot et même sans correspontlance entre les différentes provinces, entre les bourgs et les cantons. Ce ne fut ])oinl l'ouvrage d'un homme. Aucun chef ne les ameuta , aucun ne leur donna de signal , et il se fit des attroupemens partout en un instant. Si leurs mouvemens avaient été combinés pour une entreprise bien concertée et bien suivie, ils auraient pu se réunir au nombre de 100,000, et ce torrent aurait alors tout renversé et tout détruit. La source du mal était dans l'état du royaume et dans l'esprit de la multitude. La conformité d'opinions et de sentioiens est la plus forte de toutes les conspirations , souvent la plus imprévue, quoique la plus visible, et celle qu'il est le j)lus difficile de réprmier,quand on ne l'apaspré- Tcnuc. Depuis long-temps l'insurrection des communes contre la noblesse avait appris aux paysans à raisonner sur leur condition, sur les droits et sur la puissance de leurs seigneurs, et sur leurs propres forces. JNous
fol. 181, r'. — Froiss.,liv.I,ch. i8a,i83.— C.Nang-, pag. 119.
i358) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 267
avons déjà vu que la batyille de Poitiers , dans laquelle tant de chevaliers des plus braves et des plus illustres furent tués ou faits prisonniei's, avait porté une grande atteinte à l'autorité des nobles. Les plaintes et les injures, répétées sans cesse contre cet ordre , passaient de bouche en bouche des principaux bourgeois au bas-peuple, cl du bas-peuple aux pajsans. Dès qu'ils cessèrent de respecter et de redou 1er les nobles, comme des hommes d'une nature supérieuie, ils les détestèrent. La retraite des nobles dans leurs châteaux , tandis que le plat pajs était exposé sans défense aux incursions de l'ennemi , aigrit tellement contre eux la haine universelle , qu'elle ne se bornait plus à des murmures et à de sourdes menaces. Partout où les paj^sans se rencontraient , regardant la dévastation ou l'embrasement de leurs chaumières et de leurs campagnes , ils se demandaient « ce que , dans une telle site tuation, ils pouvaient encore espérer ou « craindre. Que souIFrir toujours sans rien « tenter pour se tirer de peine, c'était dé- « menée autant que lâcheté ; que tous les « dangers qu'ils courraient en faisant un a elforl , ne pourraient jamais être aussi
268 CONJURATION (i35iJ
« affreux que les maux qu'ils avaient endu- « rés, qu'ils enduraient encore , et qu'ils « allendaient à l'avenir en restantdans l'inac- « tion. Quelle misère ! Taillahles selon le « caprice des seigneurs, sujets à la corvée , « ne pouvant rien posséder en propriété, ne « se mariant que sous l'ignominieuse obli- « galion de recevoir une femme flétrie ])ar « des embrassemens étrangers ; n'élant maî- « très ni de choisir leur domicile, ni d'em- « plqjer leur pécule, ni de placer leurs en- « fans; cultivant la terre pour la nourriture «des nobles; travaillant dans les l'orèls , a dans les marais, sur les chemins, pour « l'agrément et les plaisirs des nobles ; obli- « gés de porter les armes pour les guerres « privées des nobles; recevant leurs insultes « et leurs railleries pour salaire , et ensuite « abandonnés aux ravages de l'ennemi , « pendant que les nobles allaient se cacher « au Ibnd de leurs cliàleaux. Qu'ils n'é- (c laientbonsque pour abuser de leurs droits, « pour accabler les malheureux de leur or- « gueil et de leur inhumanité , et pour lion- « nir le rojaume. Que c'était une peste at- « tachée aux entrailles de la France et à la « chair du pauvre peuple. Qu'il (allait re-
i35») CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 269
« mercier Dieu d'avoir envoyé les Anglais , « puisqu'un ennemi passager les aiderait à « se délivrer d'un éternel ennemi. » Tels étaient à peu près les entretiens des paysans entr'eux , dans tous les villages de la Langue d'Oil , lorsqu'auprès de Saint-Leu d'Esserens, en Beauvaisis , plusieurs habitans des bourgs du voisinage s'assemblèrent tout-àcoup en tumulte, sans autres armes que des couteaux et des bâtons ferrés , se jetèrent sur les gentilshommes qu'ils rencontrèrent dans la ville et dans les environs , et en tuèrent neuf, quatre chevaliers et cinqécujers. " Leur troupe grossissait de moment en moment. Ils se répandirent dans le pa ys, égorgeant tous les nobles qui tombaient entre leurs mains , sans distinction d'îtge ni de sexe. Un d'eux , nommé Guillaume Galet , plus -adroit et plus rusé que ses compagnons, poussé par une ambition dont les autres n'avaient pas même l'idée, profita de l'émeute et se fit élire leur chef. On l'appela le roi des Jacques-bons-hommes : celait, suivant Froissarl, le pire des pires.... «Vengeance!» leur criait-il; « mort aux nobles et à leur « race! Vojez-vous ces châteaux, le séjour « et le rempart de la tyrannie ? C'est de là u. que tombent sur nous les impôts à vo-
?7o CONJURATION (i358
« lonlé, les corvées, les prises, les banali- « tés, les servitudes, et les outrages et tous c( les genres de vexations ! C'est là qu'est « amassé le Iruit de nos sueurs, la dépouille « de nos familles , le trésor de leurs rapines? « C'est là qu'ils insultent , par leurs fêtes , u à nos misères, pendant la paix ; et c'est là « qu'ils s'enfuient el se tiennent enfermés « pendant la guerre , aussi timides contre « l'ennemi que cruels envers les villains. « V engeance ! mort aux nobles et à toute (c leur race ! Nous n avons pas d'armes; mais « nous sommes en nombre , nous avons du « courage , et la colère et le désespoir nous « animent. Que les lâches n'aillent au comte bat que couverts de cuirasses , de heaumes, « de cuissarls et de brassarls ! Nous sonmies « accoutumés, nous, à braver les périls à « découvert. Nous leur montrerons que si « les Jacques ne savent pas l'art de caval- « cader comme eux , et de manier une lance « dans un tournois, ils ont de la force pour « tuer leur ennemi. Nos pelles, nos pioches, « nos faux , tout ce qui nous servait à tra- « vailler pour eux, servira à les punir. Pil- « Ions leurs richesses ; c'est notre bien. « Détruisons leurs cb.îteaux , é;'or"'eons~ i' les avec leurs femmes et leurs enfans ,
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 271
if sans qu'il en échappe 1111 seul. C'est le « mojen de nous afl'ranchir et de délivrer « le royaume. Quand les mauvaises iierbes «c élouffent le bon grain dans un champ , a nous les brûlons , et nous retournons la « terre avec le hojau. De même , que nos « tyrans et tout ce qui leur appartient pé- « rissent par le fer et par le feu ; périsse « quiconque ne s'accordera pas avec nous « pour exterminer leur race maudite. »
Les paysans, ainsi aiguillonnés, se précipitaient, comme des bètes féroces, contre les forteresses et les villes. Ils vinrent-jusqu'aux portes de Compiègne , qui leur résista ; mais les habitanns de Senlis , soit terreur , soit penchant à la sédition , car ils inclinaient pour leNavarrois, suivirent le torrent, et s'y mêlèrent. (1) Les chroniques disent que ces troupes étaient composées de gens de labour, mais qu'on y voyait aussi de riches hommes bourgeois , et autres. Leur foule s'augmentait en entraînant tout ce qu'elle rencontrait sur son passage ; et si des gens de leur état refusaient de s'allier avec eux , on les immolait. Jean Bernier , habitant de Montalllière , fut mis à mort , comme
(i) Chr, St.-Den.,fol. 181, r».
273 CONJURATION (i568
traître on commun du plat pays (i). De CI tte manière , ils étaient réunis jnsnuati nombre de i5,ooo, sur un seul point, dans le Beauvaisis (a). Ils mettaient les châteaux au pillage , les livraient aux flammes ou les déiiiolissaieiil de loiid encondjie; et , tout couverts du sang des seigneurs, des dames et des petits enfans massacrés sans pitié , ils se revêlaient , eux et leurs l'cmmes, des habits et des parures qu'ils trouvaient, et couraient, f-n hurlant, à un nouveau carnage, dans ce ridicule et effrojable appareil. Au bruit de leur approche, les dames s'enl'uyaient à dix et à vingt lieues , sans se donner le temps d'emporter leurs meubles cl leurs richesses; Iieureuses si elles pouvaient échapper avec leur Famille aux outrages et à la mort. D'aur très se renfermaient dans les châteaux ; mais les lieux l'ortilics n'opposaient (pi'une faible résistance à l'impétuosité de ces furieux. Ce mal éclata de tous cotés à la fois, et s'étendit sur les rives de la Seine, de la Marne , de l'Aisne et de la Somme , dans les cam- ])Ugnes d'Amiens, de lieauvais, de Meaux , et dans tout le pajs eiitfe Laon et Paris. Il jr
(i) Très, des Cli. , reg. 86 . pièce 387.
(a; C. Kung. ,p. iii). — l'roiss. , liv. 1, cb. 182.
i558) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 27?
eut clans le Gâtinais et dans la Bric plus de cent soixante châteaux détruits enlièremenl. Le ravage, le viol, le meurtre, n'étaient que le commun effet de leur rnge, ou plutôt leur amusement ordinaire. Leur cruauté s'irritait au milieu des destructions et des meurtres; et ces esprits grossiers avaient une sorte d'imagination pour multiplier les supplices et les tourmens de leurs victimes. Ils disputaient à qui inventerait de nouvelles atrocités et de nouvelles horreurs. Les uns al tachèrent étroitement un chevalier à un poteau, et plusieurs d'entre eux , après avoir déshonoré en sa présence et sa femme et sa fille, lésinèrent l'une et l'autre àses yeux avec tousses enfans, et le firent périr le dernier dans des tortures affreuses. D'autres enfoncèrent une broche dans le corps d'un gentilhomme, leur prisonnier , l'exposèrent à un feu ardent devant sa femme et ses enfans; elle-même fut livrée en proie à la brutalité de dix ou douze d'entre eux ; ils la forcèrent de manger de la chair encore sanglante de son mari, et enfin ils la mirent en pièces. Froissart dit qu'il ne saurait décrire les infâmes traitemens qu'ils faisaient subir aux dames, et tels, ajoute-til , que nulle créature humaine ne devrait et Ti'oàerait penser.
iS
374 CONJURATION (i353
Les paysans , profilant tie la première stupeur de leurs enneniis , poursuivaient sans obstacle le cours de leuis triomphes et de leurs barbaries. Les nobles , consternés d'une attaque si terril)li' et à laquelle ils étaient si loin de s'attendre, ne songeaient qu'à chercher un asile dans leurs châteaux, ou n'avaient décourage que pour endurer la mort, et non pour la repousser, (j) Le régent, lui seul, au milieu des embarras que lui donnaient les rebelles, en même temps qu'il travaillait à reconquérir ses Etats, prenait les mesures nécessaires pour défendre et pacifier les provinces en péril, sachant parsa sagesse et son activité se créer de nouvelles ressources. Presque aussitôt que lui vint la nouvelle des troubles, il fit passer des soldats dans le Ceauvaisis, en envoya encore dans d'autres pajs, et ensuite il alla conibatire aussi lui-même en personne les révoltés. Les nobles ne lardèrent pas à revenir de leur surprise et de leur épouvante. Soit d'un mouvement spontané, soit par les ordres du régent, ils se rallièrent, et reprenant l'avantage que leur assuraient et leurs armures , et leur adresse, et leur
(i) Trés.desCh. ,reg.86,pag. 33j. — Méin.Nav., pag -23^.
i558) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 27 5
science niililaire, il ne leur fut pas difficile tle mettre en déroute des troupes de paysans ina^uerris, marchant tumnltuairement, sans ordre, sans discipline, et la plupart sans armes.
Le régent parcourait les provinces , relevait les courages abattus, raffermissait la foi chancelante, ramassait des soldats (1). Pendant qu'on le recevait à Sens avec des témoignages d'amour et de respect , les Jac- «jues de la Brie apprirent que l'épouse , la tante et la sœur de ce prince étaient enfermées dans la forteresse de Meaux, avec plus de trois cents dames. Ils se joignirent à ceux du Valois, impatiens de faire main basse sur toutes ces femmes , restées sous la garde d'une faible garnison. Les révoltés de Paris voulurent prendre part à cette indigne entreprise, et plusieurs bandes de leurs gens d'armes accoururent pour combattre dans les rangs et sous les auspices des Jacques et des Villains. Ils formaient tous ensemble une troupe de 9,000 hommes , et il leur arrivait sans cesse des renforts. Lorsqu'ils se présentèrent, le maire et les principaux bourgeois qui
(1) Krciss. , ch. i84.
276 CONJURATION (i558
avaient juré fidélité au régent, leur ouviirenl les portes, et leur firent dresser des tables couvertes de vin et de viandes. Celte multitude fijrcenéc inondait la ])luce et toutes les rues, jusqu'au pied de la forleresse- Les daines, à leur aspect, tremblaient d'eftVoi, poussaient des cris lamentables, et invoquaient la mort, comme leur unique ressource. Mais heureusement le comte de Foix et son cousin , le Captai de Buch (1) , qui revenaient de la guerre contre les mécrcans, dans la Prusse, avaient entendu raconter, en passant àCliâlons, qu'un grand nombre de dames étaient réfugiées à Meaux. Le Captai, Français par lessentimcns, quoique sujet de l'Angleterre, oubliant l'inimitic de nations, pour ne songer qu'aux lois de la chevalerie, s'était empressé de venir avec son cousin ofFrir ses services aux dames et Sa proleclion au faible opprimé. Ces deux seigneurs avaient amené soixante lances. Les assaillans s'apprêtaient à escalader les remparts, et se crojaient déjà vainqueurs. On ouvre les portes, et le comte de Foix, avec
(1) Jean de Gralllj, seigneur de lîuch, pclil p-iv;: dans la Guienuc.
i35S) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 277
sa bannière et celle du duc d'Orléans , le Captai, portant son pennon(i), leseigneur de Hanyest , et les autres chevaliers qui étaient dans la citadelle, sortent, et se développent en ordre de bataille. En voyant leur fière contenance et leur appareil l'onnidable , les ennemis commencent à reculer. Les chevaliers se précipitent sur eux à coups de lance et d'épée. La terreur et le tumulte se répandent parmi cette foule confuse; ils veulent se sauver : resserrés dans un espace trop étroit, ils se pressent, ils se poussent, ils se renversent les uns sur' les autres. Les gémissemens des blessés, les cris des fuyards redoublent la frayeur et le désordre. Les vainqueurs les écrasent sous les pieds de leurs chevaux , les massacrent par milliers, couvrent les rues de monceaux de cadavres, et en encombrent la rivière. Il ne s'échappa que ceux qu'ils ne voulurent pas poursuivre. Plus de 7,000 restèrent sur la place. Les gens d'armes coururent dans la ville, mirent le feu aux maisons des faubourgs, et brûlèrent tous les Villains qui y étaient enfermés. Le maire fut pris ; et , quelquetempsaprès, il subit, avec plusieurs
(i) Espèce de brmnicre , qui appar-ieiiait aux c!ic- Yaliers coudui.saiit viagÈ hommes d'armes avec eiii»
habilans, le supplice qu'ils méritaient. Le régent, par un sage tempérament de douceur et de sévérité , accorda des lettres de grâce et d'abolition à la ville; mais il la priva de son corps de commune, et elle devint une dépendance de la prévôté de Paris.
Cet échec lut le commencement de la ruine des rebelles, Parisiens et ])ajsans. La fortune changea , et l'on prit de part et d'autre une nouvelle attitude. Les Jacques se mirent sur la dé(énsive. Ils construisaient des espèces de rcliancheniens et des lossés autour des villages et des églises. Ils dressaient des Lalistes et des échauguelles sur les tours et les clochers, et, pendant la nuit, ils j plaçaient en senlinellcsdes enfans toujours prêts àsonner l'alarme dès qu'ils apercevaient l'ennemi. Soudain les paysans accouraient des champs dans leurs nouvelles lorleresses. Vers la Loire , ils passaient les nuits dans des îles , ou sur des bateaux amarrés au milieu de la rivière. (1) Mais les nobles, qui avaient rassemblé leurs forces, soutenus encore par leurs amis de la Flandre, du Brabant, du llainaut, «pi'ils avaient apj>elés à leur secours, donnaient la chasse aux paj-
(1) Froiss. , liv. I, eh. i83.
i553) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. :i73
sans , les liiillaient en pièces , on les pendaient aux arbres par troupes. Ce n'était point un combat, c'était une boucherie dans laquelle les genlilsiiommes se rassassiaient de vengeance, et se lassaient de tuer, (i) Le 24 juin, plus de vingt mille avaient déjà péri. On doit remarquer que le roi de Navarre, dont la politique aurait pu favoriser la révolte contre le régent et la noblesse, porta le coup mortel à la Jacquerie. Il passa au fil de l'épée plus de trois mille pajsans dans un seul jour , auprès de Clermont en Beauvaisis, et leshabitans lui livrèrent Guillaume Galet et ses complices, qu'il fit mettre à mort (2).
(3) Si l'on pense que les ennemis, qui tenaient des forteresses dans ces provinces désolées par les pajsans , ne cessaient point leurs courses, et que, d'un autre côté, ils mettaient à feu et à sang l'Orléanais , laTouraine, le Maine , et tous les bords de la Loire, on frémira en considérant la face de la Franco, qui n'offrait de toutes parts que des châteaux en décombres, des villages incendiés, des
(i) Chr. St.-Denis, fol. 182, t". — Roz. , Hist., fol. 85 , r».
(2) Fioiss. , ch. i83.
(3} C. Naag.,pag. 119.
s'do CONJURATION (,558
troupes de femmes et d'en fans éplorées et fugitives, des cadavres, du sang, des ruines, (i) Paris était exempt de ravages et de batailles, mais non de trouble et d'alarmes. Les apprêts pour la défense mettaient toute la ville en rumeur, et la tjrannie de Marcel devenait de jour en jour plus ombrageuse et plus triste. Il voyait bien qu'il n'avait pour lui qu'une populace tumultueuse et ceux que la complicité du crime avait liés à son sort. Tous les lionoèles gens le condamnaient par leur silence et par leur affliction. Ceux même que les idées de réforme avaient séduits dans le commencement, vojant les honteux excès des novateurs, et leur avarice el leur ambition à découvert, regrettaient amèrement l'auloritti légitime. Beaucoup d'autres, par timidité, paraiss;Iieut encore approuver les attentats de Marcel , et embrasser son parti, tandis qu'ils souhaitaient en secret de le voir abattu. Marcel lâchait d'en imposer aux autres par son audace; mais il ne se trompait point sur l'état de ses alfaires. Il sentait les appuis de son usurpation prêts à se dérober sous lui La ville était sur le point de se soulever. Ce-
(i) MOm. Kav., pag. aS;.
î353) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 281
penchait il contenait tout clans nii calme Tioleat par la terreur. (1) Le 5i mai , il iit trancher la lèle à Jean Poret , maître du ponl Je Paris, et à Henri Meiret, charpen^ tier c!u roi , accusés d'avoir voulu iatror duire des troupes du ré;^'e!it. ;•
(2) La nouvelle de la défaite de Meaux fut comme un coup de fonclre pour les rebelles. Les citoyens que la crainte avait com^ primés jusqu'alors, osaient murmurer et se plaindre ; et ceux qui , par intérêt ou par faiblesse, avaient applaudi à toutes les révolutions de l'Etat, commençaient à modérer leurs invectives contre le régent, et à reconnaître ses droits. Il n'y avait que les chefs du parti et une populace mercenaire, dont )a furie se déchaînai encore davantage contre toute la noblesse, contre les ofllciers royaux et le régent. Le découragement se répandait parmi les hommes d'armes et les soudoyé* de Marcel. La terreur exagérait déjà les forces de l'armée rojale. Néanmoins il était vrai qu'après la destruction de la Jacquerie, les chevaliers avaient pu aisément prêter leur se-
(1) Chrou. St. -Denis, fol. 181 , r". — Ord., vol JV,
(2) C. Nang , paj. 118^
aSa CONJURATION (i358
cours au prince et lui amener un grand nombre de lances. Chaque jour on s attendait à être attaqué. Le prévôt des marchands reconnut, non sans frémir de colère, qu'il fallait renoncer à la souveiainelé , et, pour ne pas tomber au pouvoir d'un maître justement implacable, s'imposer un maître de son choix. Il s'adressa au roi de Navarre , et le pria, au nom des Parisiens, de venir à leur secours contre tous leurs ennemis , excepté contre le roi Jean , leur souverain (i).
(2) Aussitôt le roi de Navarre courut ùSaint- Oucn ; il eut une conférence avec le prévôt des marchands; et le lendemain il entra dans Paris, au milieu d'un grand concours de peuple, et avec une forte Iroupede gens de guerre à sa solde , Anglais ou d'autres nations. 5) 11 se rendit à l'hôlel de ville. C'est là que devait se passer la scène préparée par les chefs de la faction. Il prononça un discours dans lequel il vantait avec emphase c( l'afiTeclion îles bonnes villes et prin- « ci|)alement des Parisiens pour lui , et soa et dévouement pour eux ; » ajoutant que
(i) C. Nang. , p.-.g. 118.
(-2) Clir. Sl.-Dciils, fol. 182, r°. — Roz. ,Hi3l., fol. 85 , 1 =.
(3) Chr. St.-Dcu. , Col. 182, r».
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 28,> « son devoir l'obligeait plus que tout autre « d'aimer et de protéger le royaume de «France, puisqu'il était des fleurs de lis « des deux cotés, et qu'il eût été roi, si « sa mère, qui était fille unique d'un roi « de France, eût été homme. » Ensuite l'échevin Consac prit la parole , commença par déplorer , en termes pathétiques , les malheurs de l'Etat, en accusa le mauvais gouvernement qui avait précédé , et se répandit en invectives contre le régent, et ses ministres, et ses conseillers, et tous les officiers royaux. Il conclut « qu'il était néces- « saire d'élire un capitaine qui gouvernât « la France avec plus de sagesse et d'équité ; « qu'enfin il n'y avait personne à qui ce litre « appartint aussi justement qu'au roi de Na- « varre. » La plus grande partie de l'assemblée, qui crojait être venue pour une cérémonie de réception et pour des complimens d'usage, fut saisie d'étonnenient et d'indignation , en vojant dans quel piège on l'avait amenée. Il fallait ou protester contre cet acte manifeste de i-ébellion et s'exposer à la vengeance des factieux et aux coups de leurs satellites, ou paraître d'accord avec ceux qui déclaraient le régentdécliu, l'ordre d'hérédité renversé, et le dauphin de France
384 CONJURATION (i358
ennemi du rojaume. Ils se regardaient les uns les autres, et ils restèrent dans un silence profond. Le roi de Navarre prêta serment (le gouverner bien et loyauînient lesPa/'isienSy et de vii're et mourir awx eux et les deJJ'eiidrc contre tous. On écrivit aussitôt à toutes les villes pour les engager à reconnaître pour chef de loulleroj^aunie, le capitaine que les Parisiens venaient d'élire, simiens , Laon , Rouen el beaucoup d'autres villes se rangèrent de ce parti (j).
C'est alors que fut découvert le secret de la politique du roi de Navarre dans ces derniers temps. On comprit que s'il avait paru agir contre les Jac([ues dans le même sens que le dauphin et la noblesse , il était loin de tendre au même but. Il avait tâché de gagner la confiance des nobles , eu poursuivant avec eux les paysans (2) ; mais il fui trompé dans son calcul. Quand on le vit se faire élire capitaine des Parisiens révoltés, prendre possession deSenlis au même titre, ([uoique le régent y eût déjà envoyé un de ses officiers avec des troupes, et protéger les gens du plat pajs, pour se ménager l'alta-
(1) Mcm. Nav. , pag. 209, 2G0.
(2) I-buL , 2G2.
lôSS) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 285
chement du peuple , les genlilshommes qui s'élaient associés à lui dans cette campagne, et principalement ceux de la Bourgogne , lui déclarèrent qu'ils ne prétendaient pas le servir contre la noblesse ; et ils l'abandonnèrent.
(i) Pendant qu'on proclamait le roi de Navarre à Paris , le régent, à la tête de ses chevaliers , détruisait le reste des Jacques dans le pays situé entre la Seine et la Marne (2). Il lui arrivait des gentilshommes et des gens d'armes de tous les pajs, elil marcha sur Paris à la tête de trois mille lances (5). Exempt de violence comme de faiblesse, ne désirant point la vengeance, mais la soumission de ses sujets, toujours prêt à négocier pour abréger les mauxde la guerre et pour éviter l'efFusion du sang, il s'arrêta quatre jours à Ghelles, et voulut bien traiter avec la députationquelUniversitélui avait envoyée pour les Parisiens , à la sollicitation de la reine Jeanne, qui ne cessait d'intriguer pour ménagerun accommodement favorable au roide
(1) Chr. St.-Denis,fol. 182, r°.
(2) Ibid. , v°. — Mém. Nav. , pag. 262. — Froiss. , ch. i85.
(3; Les clirouiques de Saint-Denis disent trente raille cavaliers.
286 CONJURATION (i35!î
îSavarre (i). Maison ne put rien conclure, parce i]uc les Parisiens, animés par les insligaliuns de Marcel, voulaientsoutenirde trop orgueilleuses prélenhons contre le régent. Cependant il y avait dans Paris, selon le récit de Froissart (a) , beaucoup de bourgeois, lioninies sages et de mérite , qui soupiraient après le retour du prince et le rétablissement de l'ordre. Plusieurs chevaliers étaientd'intelligence avec eux ; ils les encourageaient , les tenaient en haleine , et n'attendaient que l'occasion de porter les coups ; mais ils étaient encore obligés de dissimuler : car oser s'altaquer à Marcel , c'était s'exposer à une mort certaine.
La dépulalion de Paris ayant été inutile, l'armée du régent alla prendre position aux environs du bois de Vincennes, de Cliarenton et de Con flans ; elle tenait le cours de la Seine et de la Marne, et empêchait l'approvisionnement de Paris (5). Les gentilshommes qui n'avaient point la même modération que le prince, impatiens de satisfaire leur ressentiment et leur haine, couraient la
(i) Chr. St.-Den. , fol. 182, v°. — Hist. de l'Uni- Tersiié , tom. IV, p. 345. — Mém. Kav. , pag. 262. (2, a>. i85.
(3) Chr. St.-Den. , fol. 182, v°.
i«;58) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 287 campagne, à dix lieues à lu ronde, saccageant tout, e', brûlant les propriétés des Parisiens, s'ils n'étaient pas olficiers du roi. Le régent, au milieu du tumulte des armes, n'interrompait pas les soins du gouvernement et de l'administration : plusieurs lettres-royaux sont datées du jour méoie du décainpement de Chelles à Vincennes. Cependant les Parisiens faisaient de temps en temps des sorties ; mais ils furent toujours repoussés avec perte, excepté dans une seule action. Le prévôt des marchands, à la tète d'un grand nombre de bourgeois armés, alla surprendre auprès de Corbeil un corps de troupes q^ui empêchait le transport des vivres, détruisit un pont jeté sur la Seine, et revint triomphant (i). Mais le roi de Navarre voyait les Parisiens , déjà moins audacieux, flotter entre la révolte et le repentir; il se ressouvenait sans doute du mot de son frère-Philippe : [^qae Us communes n'étaient bonnes que pour tout honnir; ) il jugea qu'il n'était pas en sûreté dans cette ville, et alla, sous un prétexte honnête, à Saint-Denis, avec une troupe nombreuse de gens d'armes entretenus aux frais des Pai'isiens (2). Lui
(1) C. Nang. , pag. ii8.
(2) Froiss. , ch. i85.
qui ne gardait sa parole à personne, pouvaitil croire à la bonne i'oi des autres? Il y avait déjà <lans Saint- Denis beaucoup d'Anglais et d'autres ennemis du rojauuic. Le iNavarrois jr. resta six semaines, tandis que le régent campait à Charenton. Soldats nationaux et étrangers, altaquans et défenseurs, tous pillaient et dévoraient le pajs de tous côtés (i).
Tels étaient les funestes effets de celte guerre où des Français tournaient leurs armes coutrcla France, et lalivraient à l'étranger. Nous gémissons à ]irésent, lorsque nous pensons quelle bonté c'était pour nous de souffrir l'invasion de l'ennemi, et en même temps combien de malheureux , combien de familles passaient en un moment de l'aisance à la misère, privés de tout asile, de tout inoyen d'existence, et même de tout espoir, tandis que les soldats brûlaient leur moisson et leur patrimoine, leur arrachaient leur nourriture, leurs vètemens, et détruisaient ce qu'ils ne pouvaient leur ravir. L'ambition de quelques hommes était cause de tous ces maux.
(2) La reine Jeanne , qui ne s'était pas
(1) Froiss. , ch. i85.
(2) Chr. Su-Dea.,fol. 18a, y».
i558) CONTRE L'AUTORITE ROYALE. 289
rùbulée du mauvais succès de la première iiéiiocialion , en recommença une seconde ; et, le 8 juillet, le régent et le roi de Na-« \arre eurent une conférence , dans laquelle on aurait pu juger qui des deux était vraiment digne de régner, en sacrifiant son orgueil el ses intérêts pour accélérer le retour de la paix. Le Navarrois méritait les plus grands cliàtimens. On convint que , pour être quitte envers lui , on lui donnerait 10,000 liv. de rentes en terres, et 4oo,ooo florins à l'écu. Il promit de s'unir avec le régent pour le servir contre tous, excepté contre le roi de France; et il se fit Tort de déterminer les Parisiens à rentrer dans l'obéissance et à contribuer de trois cent mille écus de Philippe pour le premier paiement de la rançon du roi. Afin de sceller cet engagement mutuel d'une autorité inviolable , on célébra une messe. Les deux princes jurèrent l'exécution du traité sur le corps de J.-C. , et l'évêque de Lisieux, qui olficiait, rompant une hostie consacrée, en présenta une portion à chacun. Mais le roi de Navarre s'excusa, sous prétexte qu'il n'était pas à jeun ; le régent ne voulut pas communier seul , et l'on se sépara. ^9
290 CONJURATION (i?i58
(i) Le roi de Navarre avait Irahi les Parisiens, en jironicllanl au régcnl de le scr\ir contre tous; il trompa le régent, en lui laisantattetidrevainenienllaralilicationdu traité. Pendant qu'il était à Paris, les assiégés attaquèrent sur deux ]>oInts, à l'iniprovisle, les troupes royales. Et quand le régent somma le roi de Navarre de venir se joindre à lui , il répondit, par un insigne mensonge, que le régent avait rompu lui-même le traité en renouvelant les comlKits.
[2) Marcel elles gens de sa faction avaient été très-inquiets de ces démarches du roi de Navarre, et lui avaient rendu <le fréquentes visites à Saint-Denis. Ils ne cessaient île lui i-eprésenterque c'était pour ses seuls intérêts qu'ils avaient encouru l'indignation du régent. <c Certes , Seigneurs et amis , » leur répondait le roi de Navarre, « il ne vous « arrivera jamais de mal que je ne le partage « avec vous. Pendant que vous avez le. « gouvernement de Paris, je vous conseille « de vous bien pourvoir d'or et d'argent « que A'ous trouviez au besoin. Vous pou- « vez vous fier à moi , et me l'envover iiar-
(1) Chr. St.-Den. , fol. 182, v».
(q) Fioiss. , ch. i85.
i358) CONTRE L'AUTORITÉ ROYALE. 291
« tliment à Saint- Denis , où je le garderai « bien , et j'entretiendrai secrètement deâ « gens d'armes et des compagnons qui vous w serviront à vous défendre contre voseune- « mis. » 3Iarcel , qui devait se connaître en l'ourberie , se laissa néanmoins abuser par Je roi de Navarre; et, dans la suite, il lui envoj'a deux fois par semaine deux sommiers chargés de florins.
Durantces pourparlers, les Parisiens firent encore plusieurs sorties. (1) Et cependant la reine Jeanne était auprès du régent , et travaillait encore à un accommodement. Enfin (le 19 de juillet) , ce prince, dont tant de perfidies et d'attentats n'avaient point encore lassé la patience, consentit à entendre les propositions des Parisiens. La reine Jeanne , le roi de Navarre , l'archevêque de Lyon , l'évêque de Paris , le prieur de Saint-Martin-des-Chanips , Kelot, échevin , et d'autres bourgeois , se rendirent sur le pont de Vitrj-, avec des gens d'armes et des archers. Le régent y vint accompagné d'un petit nombre de personnes qui n'étaient pas armées. Il soutint son caractère de douceur et de fermeté. Après de longues discussions ,
(1) Clir. Sf.-Den., fol. i83,r».
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on ari-èla que les Parisiens prieraient le régent de lenr pardonner , et qu'ils se mel- (raienl en sa merci , à rondilion qu'il déci- »ler;utde leur sort par le conseil de la reine Jeanne , du roi de Navarre , du duc d'Orléans et du comte d'Etampes, à l'unanimité; et que cependant tous les traités et alliances entre les Parisiens et le roi de Navarre et autres personnes, subsisteraient en entier. Le régent promit de J'aire ouvrir les passages pur terre et par eau, alin que les approvisionncmens pussent arriver à Paris. Aussitôt il donna l'exemple de la loyauté , et retira ses troupes. Mais les Parisiens ne montraient pas tant de ("ranehise. Plusieurs personnes au service du régent se présentèrent aux portes de la ville; on les repoussait en leur disant : Allez vers votre chic ; et l'on maltraita un nommé Macé-Guette, qui avait trouvé niojen d'entrer.
Il s'en fallait (comme on l'a vu ])lus liant ), que tous les bourgeois de Paris j)rissent part à ces désordres. Les eonsj>irations des rebelles avec les ennemis de la France et leur opiniâtreté à éluder la pacification espérée, les rendaient tous les jours plus odieux. Le moment de la vengeance approchait : ils l'avancèrent en comblant la mesure de leurs crimes.
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(1) Le l'oi de Navarre tenait à ses ordres un grand nombre de gens de guerre , Anglais et Gascons , qu'Edouard lui lournissait sous main , et il en avait donné à Marcel un Tort délacliemenl. Un jour, soit que les Parisiens lussent indignes des ravages que les antres Anglais en garnison à Saint-Denis ne cessaient d'exercer autour de Paris ; soit comme le dit Yillani (2) , qu'à la vue de ces soldais , la pensée du lui cajilil en Angleterre et des maux de la France, les émût de pitié et de colère , ils provoquèrent par des insultes les soudoyés Anglais. Une rixe ■violente s'engagea, et plus de soixante étrangers furent tués. Les Parisiens furieux en firent arrêter d'autres qu'on mit en prison dans le Louvre. Le lendemain , le roi de Navarre, le prévôt des marcliaiuls, l'évèque de Laon , s'étant rendus à l'Iiôlel de ville , blâmèrent beaucoup le peuple de celte agression envers des ^ens qui étaient venus sous Je saut'-conduit du roi de Navarre , pour la défense de la ville. Mais la multitude amassée dans la place de Grève , et pour la plupart en armes , ne répondait que par îles
(1) Chr. St.-Dea. , fol. iBi, r". — IVoiss. . rli. i8(I ',2 ) Liv. 8. eh. 80.
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cris (le mort contre les Anfiflais : « qu'il fal- « lail ijnc le roi de JNavarre eL le prcvol se a missent à leur lèle pour aller liier tous ces « |Hllards, » L'un el l'autre l'eiguirenl de se prêter à leur colère. Seize cents hommes à cheval, huit mille à pied, sortirent de J'aris en deux troupes. IMais des lenteurs calculées , de fausses marches , ])réparaient le mauvais succès de l'entreprise. On avertit les Anglais. Les Parisiens, surpris et tombant dans une embuscade , lurent mis en déroule et taillés en pièces. L'ennemi les poursuivit jusqu'aux portes, en les tuant comme des troupeaux. Plus de six cents hommes y périrent. Lorsque le prévôt rentra, la multitude le reçut avec des huées et des sarcasmes; quelques-uns le maudissaient. Alors il dut réfléchir que s'il est dilllcile d'être arraché du faite de la puissance, quiconque est déchu d'un seul degré, peut ètrebienlot précipité dans la dernière abjection. Le lendemain , Ic^ parcns cl les amis des morts voulurent aller a\cc des chariots ramasser les corps sur les chemins et sur le champ de bataille. L'ennemi avait encore tendu des embûches, el en massacra plus de cent vingt. Ce double carnage irrita la haine générale contre Marcel et l'auiiaosilé contre les Au'
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glais. Ceux qui avaient échappé revinrent la rage dans le cœur , et la communiquèrent à leurs parens, à leui-s amis, à tout le peuple. On reprochait à Marcel d'avoir trahi scsconciloj^ens, de les avoir l'ait égorger par les ennemis j et l'on voulait mettre en pièces les Anglais prisonniers au Louvre. Marcel les fit évader, selon Froissart, pendantia nnit; les chroniques disent (1) qu'il les mil en liberté pendant le jour, et les lit escorter jusqu'aux portes par des hommes d'armes et des archers , qui défiaient le peuple et demandaient insolemment si l'on avait quelque chose à dire sur la délivrance des Anglais. A ce coup l'indignation pntà peine se contenir. Elle s'exhalait en plaintes et en injures contre les chefs de la laclion. Le roi de Navarre n'availpoint osé revenir dans Paris, et s'était relire à St.-Denis avec ses Anglais. On lui ôta son titre de capitaine. La ville était remplie d'agitation et d'inquléi-ude. Tout annonçait une terrible explosion.
Enfin les Parisiens, impatientés de l'inexécution du traité conclu depuis plusieurs jours, députèrent vers le régent secrètement ; car si si Marcel était abhorré , on le craignait en-
(1) Chr. St.-Deu.,fol. i84,v».
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coro. Le régent accueillit avec bonté les prières et le repentir des Parisiens, et leur fit porter des paroles de paix. (i)Maisil exigeait toujours la tèle de Marcel et des auteurs de la révolte. Le message (ut intercepté par le j)révol des marchands. Aussitôt il assemble dans la maison de Jean de Saint-Leu , curé de Sainte -Geneviève-des-Ardens, l'échevin Gonsac , Philippe Giffart , l\obert de Corbic , Delile , Mascon , trésorier du roi de Navarre, Thomas de Ladie, chancelier du même prince, Pierre Gilles, chevalier, deux avocats, Pierre de Puisser et Jean Godart, et beaucoup d'autres encore qui, comme lui, «e ])ouvaient plus èlrc sauvés que par le bouleversement de l'Etat. Il leur fait lecture de la lettre du régent. Le même désespoir les range tous à un avis unanime ; et leur maxime est qu // mieux vaut tuer que d'être tués. Ils firent un pacte avec le roi de Navarre (car il lui était réservé d'être le rel'ugé de tous ceux qui voulaient le malheur du rovaume). Le prévôt des marchands devait lui livrer les portes de Paris, pendant la nuit du 5i juillet au 1" août : alors les An-
Ci) Chr. M. S. , n« 9618 cl 9C5G. — Mcm. Nav. ,
pug. .'îoi.
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glais elles Navarrois nia<^sacraient tous ceux qui faisaient oiiibraye aux laclieux; un signe convenu garantissait les maisons des complices; le lendemain, on proscrivait le régent ; et dans la ville encore fumante du carnage de la nuit, le JNavarrois cfait couronné roi de France par l'évèque de Laon. II devait faire hommage , en celte qualité, au roi d'Angleterre , qui , si l'on en croit Villani Ci), s'était engagé, par un trailé, à 1 ailler de toutes ses forces pour lui assurer Ja possession du royaume, et à faire couper la tête au roi Jean.
(2) La nuit fixée pour rexécution du complot étant venue, le roi de Navarre, avec sa troupe, s'approcha en silence des bastilles qu'on devait lui livrer. Marcel , accompagné de quelques bourgeois de la faction , les uns: armés, les autres sans armes, se rendit à la porte Saint-Denis, dont il voulut renvoyer la garde pour la remplacer par ses gens. Les bourgeois qui veillaient à celle porte, étonnés de cet ordre nouveau, commencèreirt ai soupçonner les intentions de Marcel, et lui demandèrent raison de sa conduite. La dis-
(i) ViUau., cil. ijo. — Méin. ]\av., pog. 30/. (2) C. Wang, pag. 120 — Chr. St.-Deu., fol, iSijV'- — froiss. , ch. 187. — Zantfl. , pag. 274.