DISCOURS VI
aéreront ce jugement de Charles -Quint ne se moquent du sens que mon auteur y donne, et cjuila ne l'attribuent à quelque raison politique que ce piince eut, pour ne point offenser une des pins considérables maisons de l'Europe, plutôt qu'à l'impertinence de la contestation.
Je ne trouve pas même étrange que vous me di- Riez que , relevant , comme je fais , l'usage moral de l'bistoive, il semble que je veuille en faire négliger l'usage politique, que vous prétendez être le plus naturel, le plus nécessaire et le plus important de tous ceux qu'on en peut faire ; enfin le plus propre et \e plus excellent.
Je n'ai qu'une chose à vous dire là-dessus; c'est qu'excepté ceux qui sont appelés au maniement des affaires de l'Etat, par leur naissance, ou encore , si vous voulez , par un talent extraordinaire pour ces sortes de matières ; hors ces deux sortes de gens, dont on ne peut nier que le nombre ne soit très-pftit en comparaison du reste des hommes , il n'est pas peut-èti-e de foiblesse plus digne de risée dans tous les autres que l'étude de la politique. Ainsi , comme mon auteur avoit en vue, dans ses réflexions, de servir à tout le monde, il ne crovoit pas devoir s'arrêter à considérer l'histoire d'un côté qui ne regarde , avec raison , qu un très-petit nombre de gens , et qui nç peut être considéré du reste des hommes que par un piincinc de la folie la plus raffinée dont ils soient capables,, qui est r*vi 'itc de savci: tout autre métier que le
JS DE LL5A&F. DE LHISTOIUE.
sien, surtout celui des s^rands, f t de s'«;mbarra58d|
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•ncmeut des Etats, pendant (ju'on ii« «ait pas se gouverner soi-ind-me.
Car enfin il n'est point de plus WsiLle eilet de In mauvaise gloire dont la plupart des homniet »0!ît entachés , que la vanité qu'ils tirent de la roiinoissancç de la politique et la considération «ju'iis prétendent s'attii'cr dans le monde par la [possession d'un art qui ne peut leur servir de rien : cette disposition d'esprit est sans doute la plus grande marque de l'admiration secrète qu'il» ont pour les grandeurs , de cette bassesse de cœur qui iait envier tout ce qu'on voit au-dessus de toi , de celte soumission intérieui-e de l'esprit et des sentiments , qui est une source inépuisable de préventions et d'erreurs , et ainsi l'un des plus grands obstacles à la véritable sagesse.
Voilà le fruit qu'on tire d'ordinaire des réflexions politiques. C'est ainsi que la sotte vanité de s'occuper des grandes aifaires pervertit l'esprit et ruine de fond en comble le bon sens ; et cela ne vient que de ce qu'on veut connoître les princes avant que de connoître les hommes; au lieu qu'il faut connoitre les hommes puur pouvoir connoître If s princes , puisque les princes sont des hommes. Mais cet ordre si naturel est renversé par le plaisir ridicule que la plupart des gens se font d'avoir l'imagination remplie d'objets maguiiiques et la xnémoire pleine de grands noms; ils st- consolent ai.iài de Itur basses&eeffecrive par ces importante
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rliimtres ; et, charmés de rharmunie iiragînaive qu'ils se représentent dans les Etats, ils négligent de travailler à établir dans eux-mêmes l'harmonie effective qui y pourroit être entre leur esprit et 1;ï vérité, entre leurs désirs et leur pouvoir, entre leur fortune et leurs pensées. Semblables à ce tailleur célèbre dans l'histoire, qui, ayant composé un livre de règlements , et le présentant à Henri IV, donna sujet à ce roi de dire « qu'on lui allât cher- « cher le chancelier pour lui prendre la mesure « d'un habit. >*
Mon senlimeiît est donc , puisque vous le voiliez savoir, que les grands ne doivent être o.onsi-. dérés par le commun du mon de dans l'histoire que comme dans la tragédie , c'est-à-dire , que par les choses qui leur sont communes avec le vulgaire , leurs passions , leurs foible?ses et leurs erreurs ; et non par les choses qui leur sont propres et particulières en qualité de grands, qui sont celles que la politique considère. Un roi de théâtre fera peu de pitié au peuple par ses malheurs, s'ils sont de telle naturequeles rois seuls en soient capables; comme pour avoir perdu une bataille ou un royaume par «a mauvaise politique ; mais si ce prince a perdu cette bataille , comme Antoine , pour n'avoir pu se résoudre à perdre des yetrx sa maîtresse ; s'il a été chassé de son royaume , comme le jeune Tarqiiih , pour avoir fait violence à une belle dame dont il étoit amoureux; alors comme l'amour, qui est la fcausc de ces malheurs , est une cliose dont tout U
^\ r; l'csage pe lhistoiiib.
monde est capable, et qui peut faire tomber toutr* Aortes de peisonncà dans des inconvénients au»si considérables pour leur condition que ceux où ces princes tombèrent étoient considérables pour la leur , la représentation de leur malheur touche nécessairement tout le monde , intéresse tous ceux qui la considèrent, et, par les réflexions où elle les engage , purifie insensiblement dans leurs cœur» ia même passion qui a causé tous ces désastre», en K réduisant à une médiocrité qui la rend incapal-;e d'en pouvoir jamais produire de semblables.
Il arrive quelque chose dp pareil dans les bon» «= prits en lisant l'histoire comme U faut la lire, r est-à-dire , en y considérant surtout les grands p.ir ce qu'ils ont de plus personnel et de plus séparé de leur qualité , par les illusions de leur esprit et les faiblesses de leur cœur , par le détail de leur intérieur , leur vie secrète et domestiq^ue, qui sont toutes choses qui leur sont communes avec les autres hommes , et non point par leur bonne ou mauvaise politique , qui ne- ^regarde que les grands comme eux. C'est par cette règle qu'on peut reconnoitre quels sont les bons historiens car ils sont d'autant meilleurs, q^u'ib entrent darantagedans toutcedéta'l, comme fait PluUr(jue puisqu'ils en. sont d'autant plus propres à tout 1« monde et plus utiles.
Voilà quels sont les fondements de la préven tion où étoit mon auteur contre les réflexions po Utiqucs : elle étoit si grande qu il a. évité d*«i,
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mêler quelcjue chose daus ses discours , avec autant de soin que d'autres l'auroient recherché j car il lui étoit bien aisé de le faii-e , et de montrer 11 ue la bonne politique , aussi-bien que la véritable rhétorique , n'a d'autre fondement que la véritable morale, qui est celle qu il a eu dessein d'expliquer.
C'est ce qui paroîtra bien clairement i^ar le discours suivant , où il considère enfin i"oj)iuiou dans le dernier degié de -on élcvation , et comme dans le lieu de son triomphe. C'est l'opinioD de religion dont j'entends parler, et dont les efleis sont assurément plus étranc^es que tous ceux qu'on attribue à la magie. Vous verrez, par ce dernier discours de notx'e sege , que, quand les peuple? sont une fois prévenus de cette opinion en faveur de quelqu'un ; quand ils sont pleinement convaincus qu'un homme a de la religion , il n'est rien de fi hardi, et même de si irréligieux dans le fond, que ce queiqu'un-là ne puisse tenter impunément; il n'est point d'action si visiblement artificieuse que cet homme ne puisse faire passer poitr uu chef-d'œuvre de piété.
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