INTRODUCTION
-Ue toutes les entreprises des hommes, il n'en est point de si grandes «.jue les conjurations : le courage , la prudence et la tidéiité , qui sont également requis dans tous ceux qui y ont part, sont des qualités rares de leur nature; mais il est encore plus rare de les trouver toutes dans une même personne. Comme on se flatte souvent d'être aimé plus qu'on ne l'est , surtout quand on mérite de l'être , et qu'on a pris soin de se faire aimer ^ quelques chefs de conjuration se reposent entièrement sur l'nft'ection que leurs conjurés ont pour eux; mais il n'y a guère d'amitié qui soit pins forte que la crainte de la mort. Que si cette affection est violente, elle prévient le jugement dans les rencontres inopinées; elle n'est pas accompagnée de la discrétion nécessaire; et la plupart des gens qui veulent extrêmement quelque chose témoigneoc trop de la vouloir.
Si un conjuré est si éclairé qu'il n'y ait aucune indiscrétion à craindre de sa part, il ne s'engage jamais si fortement d'affection que les autres : il connoit trop l'étendue et la vraisemblance du péril où il s'est exposé, et les divers partis qu il peut prendre pour s'en dégager; il voit enfin que les avantages qu'il peut tirer de l'entreprise sont incertains, et que, s'il la révèle ; sa rcccmpeiise est assurée
go is inoD ucxio S.
D'ailleurs, la plus grande partie de la capacité des hommes n'est foufîéo que sur leur expérience, et ils raisonnent rarement juste dans la pi'emière afiaive qui leur passe par les mains : les plus sages sont ceux qui profitent des fautes qu'ils j commettent, et qui en tirent des lumières et des conséquences pour mieux se gouvernev à l'avenir. Mais, comme il n'y a aucune comparaison, soit pour le péril , soit pour la diflicaJté , entre une conjuration et rjuelquc autre aûaire que ce soit; quelque expérience qu'on ait en toute autre matière , on n'en sauroit tirer aucune lumière ni conséquence certaine pour se bien conduire dans une conjuration. Pour n'y point faire de faute considéralile , il seroit nécessaire d'avoir déjà été d'une autre ; mais il est rare qu'un même homme soit do deux en sa vie. Si la première réussit , les avantages qu'il eu retire le mettent d'ordinaire en état de n'avoir plus besoin de s'exposer au même hasard : si elle ne réussit pas, il y périt; ou, s'il échappe , il n'arrive guère qu'il veuille courir le même risque une seconde fois.
Il faut ajouter à ces inconvénients que , quelquehainequ on ait pour les tyrans, on s aime toujours plus soi-même qu'on ne hait les autres; que ce n est pas assez que des conjurés soient fidèles, si chacun deux n'est persuadé que ses compagnons le sont aussi ; qu'un chef doit avoir égard à toutes les teneurs paniques et aux plus ridicules imaginations qui leur peuvent prendre , ainsi qu'aux diflicultcs les plus 5oIid<-s qui se rencontrent dan •'
iRxaoïjc-CTxoa. qi
son entreprise , parce que les unes et les autres •ont également capables de la ruiner; qu'un mol dit pour un autre sujet, un geste fait sans dessein, peuvent faire croire qu'on est trahi , et précipiter l'exécution ; qu'une circonstance du temps ou du lieu , qui ne sera d'aucune importance , sulîitquelr quefuis pour effrayer les esprits, par cette seule raison qu'elle n'aura pas été prévue; que, de la manière dont les hommes sont faits , il leur semble toujours qu'on devine leur secret; ils trouvent dans tout ce qui se dit et qui se fait devant eux de» sujets d« croire qu'ils sont découverts; qui se sent coupable prend tout pour lui.
Si toutes ces difficultés sont presque insurmontables dans les conspirations contre une seule personne, que sera-ce dans celles qui en attaquent un grand nombre à la fois , qui tendent à l'usurpation d'une ville ou d'un Etat entier, et qui , par cette raison , demandent beaucoup plus de temps pour les disposer et plus de gens pour les exécuter ?
Ces considérations m'ont toujours fait regarder ces sortes d'entreprises comme les endroits de l'histoire les plus moraux et les plus instructifs; et c'est aussi ce qui m'oblige à faire part au public de la conjuration qu'un ambassadeur d'Espagne. L Venise fit contre celte république en i6i8 (j).
(i) Il est parlé de cette conjuration dans l'Histoire de Nani, liv. 3 . p. i56j et an cinquième tome du Mercure fra jçais de l'année î6io. p. ."^S . on on Ht une lettre
Je ne sais si mon jugement est séduit par l'amouv du sujet que jai entrepris de traiter; mais j avoue ingénument qu'il me semble qu'on ne vit jamais mieux ce que peut la prudence dans les affaires du monde , et ce qu'y peut le hasard , toute l'étendue de l'esprit humain et ses bornes diverses, SCS plus grandes élévations et ses foiblesses les plus secrètes, les égards infinis qu'il faut avoir pour gouverner les hommes , la différence de la bonne subtilité avec la mauvaise , de l'habileté avec la finesse. £t si la malice n'est jamais plus haïssable que lorsqu'elle abuse des choses les plus excellentes , on en concevra sans douite beaucoup d horreur quand on verra , dans cette histoire, de très-grandes qualités employées pour une fin détestable. Ainsi jadis un sage grec, voyant un criminel soutenir une fausseté au milieu des tourments avec une constance merveilleuse, ne put s'empêcher de s'écrier: « Ole malhe.ureux, qui « fait servir une si bonne chose à un usage si t( mauvais ! >»
écrite de Teniee le 2 i mai de la même année. Les prirttipales pièces jlont ce rtxîit est lire , comme la relation du marquis de Bedmar, la grande dépèche du capitaine Jacçjues Pierre au duc d'Ossone. la déposition de Jaffier, le pocès criminel des conjurés , et plusieurs autres , se trouvent parmi les njanuscrlts de la bibliotlièfjue impériale; et le S'/iiiltinio delta liberta venela , parmi les imprimps. Le reste est lire de divers autres macusciifk
CONTRE LA RÉPUBLIQUE DE VENISE En 16/8.
JuE différent de Paul V et de la république de Venise ayant été tciTniné par la France , en conser vant au saint siège 1 honneur qui lui est dû et aux Vénitiens la gloire qu'ils méritoient, il n'y a voit que les Espagnols qui eussent sujet de s'en plaindre. Comme ils s'étoient déclarés pour le pape, et qu'ils lui avoient offert de soumettre les Vénitiens par les armes, ils furent irrites de ce qu il avoii presque traité sans leur participation : mais ayanl pénétré le secret de l'accommodement , ils connurent qu'ils n'avoient pas sujet de se plaindre de lui, et que le mépris qu'on ayoit témoigné pour eux dans cette affaire venoit du côté de la république. C'étoit le sénat qui avoit voulu les exclure en quelque sorte de la médiation. Il prétendit qu'ils ne pouvoient être arbitres après avoir montré tant de partialité.
Quelque ressentiment qu'ils eussent de cette
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injure, ils ne le témoignèrent point pendant qti» Henri IV vécut : les obligations que ce princ» avoit aux Vénitiens étoient trop connues, et le soin qu il avoit pris de leurs intérêts dans leur diffé ent avec la cour de Rome ne l'étoit pas moins. Mais sa mort ayant mis les Espagnols en liberté, il ne fallut plus qu un prétexte.
Une troupe de pirates , nommés les Uscoques , ÊL'toient établis dans les terres que la maison d'Autriche possède sur la mer Adriatique , et qui sont continues aux Vénitiens. Ces brigands, avant fait un nombre infini de violences aux sujets de la république , furent protégés par l'archiduc Ferdinand de Grez, souverain de ce pays, et depuis empereur. C'étoitun prince fort religieux ; mais se» ministres partageoient le butin avec lesLscoques: et comme ils étoient dévoués à la cour d'Espagne, ils se servirent de cette occasion pour la venger des Vénitiens.
L'empereur Mathias, touché des justes plaintes de la république , accommoda cette brouillerie à Vienne , au mois de février de l'année 1612 ; mai* cet accord fut si mal observé du côté de l'archiduc, qu il en fallut venir à une guerre ouverte, où il ne l'emporta pas tous les avantages que les Espagnols s'étoient prorais.
Les Vénitiens réparèrent aisément, par leur conduite, les pertes qu'ils firent da^^s quelques petits combats. Comme ils n'avoient rien à craindre des Turcs, ils pouvoient soutenir cette guerre
co^xnc vEMsr. ^5
inleu:x que l'archiduc. Ce prince étoit pressé pa? l'empereur de faire la paix, parce que le grand seigneur mcnacoit la Hongrie; et il avoit he5oii> d'épargner des sommes considérables pour favoriser son élection au royaume de Bohême, qui fut faite bientôt après. Les Espagnols auroient bien voulu lui donner les moyens de continuer la guerre; mais Charles ïlmmanuel, duc de Savoie, à qui ils la faisoient eu mtme temps , ne leur permclîoit pas de séparer leurs forces ; et comme ce duc rcccvoit de la république des secours considérabhîs en argent, ils ne purent jamais le détacher d'avec elle.
Le conseil d'Fspagne étoit fort indigné de trouver les Yc.|itiens en tète partout. Le génie doux et paisible du roi Philippe III et du duc de Lerme son iavori , ne leur suggéroit aucune voie pour sortir de cet embarras; mais un ministre qu'ils avoient en Italie, et qui n'étoit pas si modéré qu'eux , entreprit de les en tirer.
C'étoit don Alphonse de la Cueva, marquis de Bcdmar, ambassadeur ordinaire à Venise, l'un des plus puissants génies et des plus dangereux esprits que l'Espagne ait jamais produits. On voit, par les écrits qu'il a laissés, qu'il possédoit tout ce qu'il y a dans les historiens anciens et modernes qui peut former un homme extraordinaire. Il tomparoit les choses qu'ils racontent aveccelji-j qui se passoient de son temps. Il observoit cxacLctuciît les uiCérences et les ressemblances des af-
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faires , et combien ce ciu'cllcs ont de din'Jrcnl change ce qu'elles ont de semblable. Il portoil d'oi'dinaire son jugement sur l'issue d'une entreprise aussitôt qu il en savoit le plan et les fondements. S il trouvoit par la suite qu'il n'eût pas deviné , il remontoit à la source de son erreur, et tachoit de découvrir ce qui Tavoit trompé. Par cette étude , il avoit compris quelles sont les voies sùres', les véritables moyens, et les circonstances capitales qui présagent un bon succès aux grands desseins, et qui les font presque toujours réussir. Cette pratique continuelle de lecture, de méditation et d observation des choses du monde l'avoit élevé à un tel point de sagacité, que ses conjectures sur l'avenir passoient presque dans le conseil d'Espagne pour des prophéties^
A cette connoissance profonde de la nature des grandes affaires, il joignoit des talents singulier» pour les manier; une facilité de parler et d'écrire avec un agrément inexprimable ; un instinct mei'veilleux pour se connoître en hommes; un air toujours gai et ouvert, où il paroissoitplus de feu que de gravité; éloigné de la dissimulation jusqu'à approcher de la naïveté; une humeur libre et complaisante, d'autant plus impénétrable, que tout le monde croyoit la pénétrer; des manière* tendres, insinuantes et flatteuses, qui attiroient le secret des cœurs les plus difficiles à s'ouvrir; tontes les apparences d'une entière liberté d'esprit dans les plus ciuelies agitations.
COKTEE VES ISE. 9^
Les ambassadeurs d'Espagne étoient alors ca possession de gouverner les cours où ils étoient envoyés , et le marquis de Bedmar avoit été choisi pour Venise dès l'année i6oy , comme pour le plus difficile des emploie étrangers, et dans lequel on ne peut s'aider de femmes , de moines , ni de favoris. Le conseil d'Espagne ctoit si content de lui, que, quelque besoin qu'on en eut ailleurs, on ne pouvoit même après six ans se résoudre à le rappeler.
Ce long séjour lui donna le temps d'étudier les principes de ce gouvernement, d'en démêler les plus secrets ressorts , d'en découvrir le fort et le foible, les avantages et les défauts. Comme il vit que l'archiduc seroit obligé de faire la paix, et qu'elle ne pouvoit être que honteuse pour la maison d'Autriche , parce que le tort étoit de son cùté, il résolut d'entreprendre quelque chose pour la prévenir.,
Il considéra que, dans l'état où Venise se trouvoit, il n'étoit pas impossible de s'en rendre maitre avec les intelligences qu'il y avoit , et les forces sur lesquelles il pouvoit compter. Les armées l'a- V oient épuisée d'armes , et plus encore d'hommes capables de les porter. Comme la flotte n'avoit jamais été si belle, jamais le s.énat ne s'étoit cru si redoutable et ne craignit moins. Cependant cette flotte invincible ne pouvoit presque s'éloigner de la côte d'Istrie, qui étoit le siège de la guerre. L'armée de terre n'étoit pas. plus proche,
et il n'y avoit rien à Venise qui pût s'opposer à une descente de l'armée navale d'Espagne. Pour rendre cette descente plus sûre, le marquis de Bedmar vouloit s'emparer des postes principaux, comme la place de Saint-Marc et l'arsenal; et, parce qu'il auroit été difficile de le faire pendant que la ville seroit dans une tranquillité parfaite, il jugea à propos de faire mettre le feu en même temps dans tous les endroits qui en étoient le plus susceptibles, et qu'il seroit plus important de secourir.
Il ne voulut pas en écrire d'abord en Espagne: il savoit que les princes n'aiment à s'expliquer sur ces sortes d'afîaires que lorsqu'elles sont si avancées qu'il ne reste plus, pour les exécuter, que d'être assuré de leur aveu si on réussit. Il se contenta de marquer au duc d'Usède , principal secrétaire d'étit , que, vovant la honte que la maison d'Autriche recevoit dans la guerre du Frioul par l'insolente conduite des Vénitiens, et que toutes les voies d'accord qui avoient été prises à Vienne et ailleurs étoieat ignominieuses, il crovoit être dans l'état auquel li iiature et là politique obliijent un sujet fidèle à recourir aux vôirs extraordinaires pour préserver son prince et son pavs d'une infamie autrement inévitable ; que ce soin le regardoit particulièretnent , à cause de l'emploi qu'il exerçoit , dans lequel , avant sans cesse devant les veux les sources du mal auquel il falloit remédier, personne né ponvoit j-gcf
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mieux que lui quel de voit être ce remède , et qu'il ^.ichci'oit de s'acquitter de ce devoir d'une ma-r lÙLVc qui fut digne du zèle qu'il avoit pour la ^'i-andeur de son maître.
Le duc d'Usède, qui le connoissoit pour tout «•e qu'il étoit, comprit d'abord que ce discours rouvroit quelque projet également important et dangereux : mais , comme les gens sages n'entrent point en connoissance de ce» sortes de chose5 quils n'y soient forcés, il ne communiqua point sa pensée au premier ministre, et il répondit au m,arquis de Bedmar en termes généraux, qu'il louo.t son zèle, et qu'il se remettoit du reste à sa prudence accoutumée. Le marquis, qui n'attendoit pas d'autre réponse, ne fut point surpris d'en recevoir une si froide; il ne songea plus qu'à disposer son deisein en sorte qu'il put s'assurer d'être avoué.
Il n'y eut jamais de monarchie si absolue dans le monde que l'empire avec lequel le sénat de Venise gouverne cette république. On y fait une différence inilnie, jusque dans les moindres choses, entre les nobles et ceux qui ne le sont pas. Il n'y a que ces nobles qui puissent commander dans tous les pa^^s qui en dépendent. Les plus grands seigneurs et les premiers magistrats de ces pays vivent avec eux comme avec des souverains , plutôt que comme avec des gouverneurs; et si la république donne quelquefois les prem^ièreschax-ges de ses armées à di»'é^^ipf%7'^^f*Sûyiour« Vde«
ilBLIOTHECA j
lOO COSJURATIOW
conditions qui les engagent à suivie nécessairement les sentiments du généralissime vénitien , et qui ne leur laissent en effet que le soin de l'exécution.
Comme il n'y a point de prétexte si plausible que la guerre pour charger le peuple , celle des Lscoques donnoit aux nobles qui en avoient la conduite une belle occasion de s'enrichir. Cette guerre étoit d une dépense excessive : outre l'argent qui alloit en Piémont, il fallut dans la suite entretenir presque une troisième armée en Lombardie , contre le gouverneur de Milan , qui menaçoit toujours de faire quelque diversion en faveur de larchiduc. La justice de la cause de la République rendoit les commandants plus hardis à inventer de nouvelles vexations , et ne rendoit pas le peuple plus patient à les souffrir. Elles montèrent à un tel point , que le marquis de Bedmar put raisonnablement s'assurer que la révolution qu'il méditoit seroit d'abord aussi a£;réable au peuple qu'elle seroit funeste aux grands.
Il y avoit même parmi ces grands beaucoup de personnes qui n'aimoient pas le gouvernement : (j étoient les partisans de la cour de Rome. Les uns, qui fuisoient le plus grand nombre, ambitieux et vindicatifs, étoient irrités de ce que la République avoit été gouvernée contre leurs con^ seils pendant leur querelle avec cette cour. Ils étoient disposés à tout faire et à tout souffrir pour ôter l'autorité des mains de ceux qui lavoi^^nt,
COMTnEVtNl^K. lOI
et ils auroient regardé avt'c joiu les mallieurs ue l'état comme ies fruits d'une conduite qu'ils n'avoient pas approuvée. Quelques autres , simples et grossiers , vouloient être plus catholiques que le» pape. Comme il avoit relâché de ses prétentions dans l'accommodement, ils s'imaginoicnt qu'il avoit été obligé de le faire par politique, et que , s'il j avoit lieu à quelque resaictiou mentale dans cette afïaire , il étoit à crainure que l'excommunication ne subsistât comme auparavant dans l'ialention de sa sainteté. De ce nombre étoient quelques sénateurs aussi pauvres des luens de la fortune que de ceux de l'esprit, lesquels servirent beaucoup dans la suite aux desseins du marquis de Bcdmar, après qu'il leur eut persuadé, à force de leur faire du bien , que, depuis cette affaire, on ne ]>ouvoit plus être Vénitien en sûreté de conscience.
Quelque rigoureuses défenses q^ui soient faites aux nobles d'avoir commerce avecles étrangers , i! avoit trouvé des moyens pour faire des liaisons étroites avec les plus malaisés et les plus mécontents. S'ils avoient quelque proche parente dans des couvents , quelque courtisane ou quelque ecclésiastique aflidé , il achetoit la couuoissance de ces personnes à quelque prix que ce lut, et il leur faisoit des présents qui ne laissoient pas d'être de grande valeur, quoique ce ne fussent d'ordinaire que des curiosités des pays étrangers. Ces libéralises, laites sarts nécessité, firent penser à c«;!x
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qui les rcoevoieut qu ils poiivoicnt s'en .ittiicr tla plus considérables. Dnns cette vue, ils satisfirent pleinement sa curiosité sur toutes les choses dont ii s'informa d'eux : ils prirent soiii de s'informer eiix-mêmes de celles qu'ils ne savoient pas asse* bien pour répondre à ses demandes; et sa reconnoissance surpassant leur attente, ils n'eurent point de repos qu'ils n'eussent engagé leurs patrons dans ce cominerce. Il' faut croire que la nécessité en fut cause , et que ces nobles ne purent voir sans envie des personnes entièrement dépendantes d'eux devenues plus riches qu'eux par des présents qui n'étoient faits qu'à leur considération. Quoi qu'il en soit , depuis ce temps il n'y eut plus de délibération du sénat qui fût secrète pour l'ambassadeur d'Espagne : il étoit averti de toutes les résolutions qui s'y prenoient; et les généraux Je rareîiiduc savoient celles qui rec:;ardoient la o;uerre avant que ceux de la République euisont l'ordre de les exécuter.
Avec ces intelligences , il falloit à l'ambassadeur un nombre considérable de gens de guerre pour réussir dans son entreprise ; mais comme il y avoit une puissante année espagnole en Lombai'die , il ne craignoit pas de manquer d'hommes^ pourvu qu'il eût un gouverneur de Miian capable d entrer dans ses desseins. Le marquis d'inojosa, qui l'étoit alors , avoit des liaisons trop étroites avec le duc de Savoie pour y entendre; il venoic de sîorner le traité d'Ast , dont la France et les \é-
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nitiens avoicnt été médiateurs entre ce prince es lui. L'î-mbassadeur , qui savoit que cette négociation ne seroit point approuvée en Espagne , y écrivit pour le faire rappeler , et sollicita en mémo temps don Pèdre de Tolède', marquis de Yille- Iranche , son intime ami , de briguer le gouvernement de Milan. Don Pèdre eut ordre de partir incessamment pour aller prendre la place d'Inojosa, sur la fin de l'année x6i 5 ; et il ue fut pas plus tôt arrivé à Milan, qu'il en donna avis à Venise par le marquis de Lart.
L'ambassadeur communiqua son projet à ce marquis do la manière qu'il jugea la plVis propre pour le faire agréer , et il le chargea principaletneu't de savoir si le nouveau gouverneur pourroit lui donner quinze cents hommes de ses meilleures troupes quand il seroit temps. Don Pèdre, charmé de la grandeur de l'entreprise , résolut de la seconder autant qu'il pourroit le faire, sans s'exposer à une ruine certaine, si elle manquoit. Il dépécha une seconde fois le marquis de Lare à Venise pour en assurer l'ambassadeur ; maisi en même temps il le pria de considérer qu il n'y avoit pas apparence d'envojer les hommes qu'il demandoit sans les choisir extrêmement ; et que, s'ils venoient à périr, il seroit inexcusable d'avoir exposé à un danger si considérable tout ce qu'il y avoit de phis braves soldats dans son armée ; qu'il lui en doiineroit poui-tant le plus qu'il lui seroit possible, ei
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qu il les choisiioit si bijn , qu'il vépondroit dt iix , comme de lui-même.
Hien n'étoit plus important pour le dessein cie l'aiTibassadeur, que dempècher toute sovte d'accommodement. Dans cette vue , il obligea le marquis de Lare à faire des propositions de paix fort déraisonnables au sénat de la part du gouverneuv de Milan. Le sénat v répondit avec indignation , comme ils avoient prévu , et ne voulut point entrer en négociation avec eux. Don Pèdre n'oublia rien aussi de son côté pour aigrir davantage Jea choses. Le duc de Mantoue étoit peu disposé à accorder le pardon de ses sujets rebelles, qu'il avoit promis par le traité d'Ast : on l'encouragea à s'obstiner sur cet article, et à continuer les exécutions qu il avoit commencées contre eux. On fit des propositions au duc de Savoie pour l'accomplissement de ce traité, qu'on savoit bien qu'il n'accepteroit pas; et on s'excusa de désarmer après lui, comme on le.devoit , sous prétexte de la guerre du Frioul, où l'Espagne ne pouvoit plus se dispenser avec honneur de prendi-e parti : l'armée vénitienne avoit passé le Lizonzo et assiégé Gradisque, capitale des états de l'archiduc.
Le conseil d'Espagne , qui avoit paru neiitre jusqu'alors, vovant qu'on vouloit dépouiller ce prince, menaça de se déclarer. En ce temps prit tîn la mésintelligence qui étoit dans la maison d'Autriche entre la branche d Espagne et celle
co?itiieve:îise. io>
'd'Allemagne, depuis le différent du lîls et du frère de Cbailes-Quint pour la succession de l'empiie. L'intérêt que les Espagnols prirent en cette çuerrs fut la première marque de cette réconciliation. Don Pèdre lit avancer le me?tre-de-camp Gambalottâ auprès de Crème avec des troupes; et il lit monter vingt-quatre pièces de batterie à Pavie . qui, à ce qu'il publioit , dévoient bientôt accompagner un corps de huit mille hommes commandé par don Sanche de Lune. D'autre côté, le vice-roi de iSaples , qui croisoit la Méditenanée avec la flotte d'Espagne, menaroit d'attaquer le duc de Savoie par Villefriuicbe. Il ferraoit le chemin h tous les secours qui venoient par mer à la république, et il se mettoit tous les jours en devoir d'entrer dans le golfe pour tenir en échec la flot*o de Venise.
Les ministres vénitiens ayant déclamé dans toutes les cours contre la violence de ce procédé , le marquis de Bedmai entreprit de le justifier : il crut même qu'il étoit important pour son dessein de renverser les fondements de la Vénération que toute l'Europe avoit depuis tant de siècles pour cette république , comme pour le plu5 ancien et le plus libre de tous les Etats. Cette liberté avoit été nouvellement prouvée et relevée plus haut que jamais , à l'occasion du différent avec le, pape, par plusieurs écrits qui passoient encore pour invincibles , quoique le parti contraire n'eût pas manqué d'habiles gens qui j avoient répondu.
lOO CO^JUnATIO?
L'ambassadem- s'étant mis à les eiaminer de nouveau, réfuta en peu de cJUapit-ies les nombreux volumes des auteurs vénitiens, sans laite llionneur à un seul de le nommer; et comme il n y a point de question sur les matières de cette nature qu un habile homme ne puisse rendre problématiques, sous prétexte d'établir le droit des empereurs sur Venise , il lit voir que l'indépendance de Cette république netoit qu'une cliimère , aussiijieu que son empire sur la ruer. Comme il n'étoit pas nécessaire pour son but qu'il fût connu pour auteur de ce libelle , il le Ht publier si adroitement, qu'on na point su pendant sa vie qu'il y eût part. Il paroît étrange qu'on ne l'en soupçonuùt pas; mais il est à croire que les Vénitiens ne la connoissoient pas encore bien; ses manières vives et emportées, qui étoient les seules qu'il faisoit paroi tre , ne leiu' p^rmettoient pas de penser qu'un iiomm-j duu^ caractère si impétueux pût être l'auteur d'une satire d'Etat, du plus grand raflSnemont de.délicatçsse. L'équité et la bonne foi sembloicn t j<' régner partout ; et les déclamations contre les attentats des Vénitiens , qui y étoient mêlées , étoient retenues dans les termes d'une modération apparente, qui suffisoit seule pour les rendre plausibles. Cet ouvrage , qui avoit pour titre, Scjuittinio délia llbertà venelà, fit beaucoup de bruit.
Dans l'ignorance où l'on étoit de l'auteur, I< eoupoon tomba uaturellcment sur la cour do Kome^ à cause des écrits pv.éçéaents. Les savant*
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flu sénat crurent crue tout lê monde en senîoit la force comme eux; ils s'en effrayéren't plus qu ils n'auroienî fait de la perte d'une hataillc , et Frat*aolo eut ordre de Texaminer. Cet homtné , rpii 5'étoit joué des autres écrivains dti parti contraire, déclara fju il ne falfoit p6int répondre à ce dernier, pai'ce qu'on ne lie pb*u voit faire qu'en éclaircissant des choses (Jii'il étoit pllis à propos do laisser ensevelies dans les ténèbres de l'antiquité ; que, si pourtant le sénat ju^eoit qu'il lût de la dignité de la république de se ressentir de cet outrage, il se cliârgcoit de mettre la cour de Rome en si grande peine de se défendre, qu'elle ne pcnseroit plus à attaquer. Cet avis , qui fut suivi dans la première chaleur du ressentiment , donna la joie à Fra-Paolo de publier sa chère Histoire du Concile de Trente , qui n'anroit parU de sa viesana "cette occasion.
Cependant la campagne de l'année 1616 s'étant passée sans avantage cdusidéràbie de part ni d'autre , le duc de Savoie et le5 Vénitiens , qui ne vouloient pas exposer au hasard d'une seconde In gloire qu'ils avoient acquise, dounèrent pouvoir à Gritli , ambassadeur de Venise à Madrid , de rcnorer la né:jocialion. Les Esn'aîrnols, indignés de la résistance qu'ils âvoiêih't fi'ouv^ée, firent deâ propositions si déraisonnables, quelles n'eurent point de «suite. Gradisque demeura' blorpiée. Ort continua de se battre pendant l'fjivèf-, etîcs armées se mirent en campa gUe au j^iiittemps avec
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une ardeur qui promettoit de plus grands succèê que ceux de l'année précédente. La trêve de Hollande ayant rendu inutiles la plupart des troupe* de cet Etat, et réduit les aventuriers français et idlemands à cîierclier de l'emploi ailleurs , les comtes de Nassau et deLievestein amenèrent huit mille hommes hollandais ou wallons au service de la république. Les Espagnols firent de grandes plaintes au pape de ce que les Vénitiens exposoient l'Italie à l'infection de l'hérésie ,■• par le c jmmerce de ces gens de guerre : mais lamiassadeur vénitien lui fit comprendre quec'étoit moins lintérêt de la religion qui faisuit parler les Espaf^uols , que la douleur de voir deux grandes républiques unir leurs forces contre eux.
Le marquis de Bedmar eût été bien embarvaesé si le pape eût obligé les Vénitiens à licencier ces hérétiques. Comme la plupart des gens de guerre n'ont que leur profit eu vue quand ils servent un juiuce étranger, il espéroit d engager les chefs de ces troupes mercenaires dans son dessein , moyennant quelque somme , et sur l'espérance du pillage de Venise. Il jeta les veux , pour négocier cette aHaire , sur un vieux gentilhomme français, nommé Nicolas de Renault, homme de savoir et de tète , et qui étoit réfugié à Venise pour quelque sujet qu'on n'a jamais pu découvrir : le marquis de Bedmar l'avoit vu depuis long- temps chez l'ambassadeur de France , où il demeuroit. Dans quelques conversations que le Lasrad ieui fît avoir
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ensemble , Renault le connut pour être au^^si Itabile hon)me qu'on le crovoit; et le marquis , qui étoit bien aise d'aroir à lui oliez l'ambassadetir de France un ami de ce caraclore , avoit lait une liaison étroite avec lui.
Quoi<^uc cet bommc fut extrêmement pauvre , il esîimôit plus la vei'tu que les richesses : mais il airaoit pMs la gloire que la vertu ■ et , faute de voies innootnies pour parvenir à cette gloire, il rien étoit point de si criminelles qu'il ne fût capable de prendx-e. Il avoit pris dans les écrits des ancieivs cette indifférence si rare pour la vie et pour la mort , qui est le premier fondement de tous les desseins extraordinaires; et il regrett<^it tioujnui's ces tf'mps célèbres où le mérite des papriculiers fuisoit la destinée des Etats , et où to-.i ceux qui en avoient ne manqnoient jamais de movensnî d'occasions de Ir! faire paroitre.
Le marquis de Bcdinar qui la voit éuirlié à fond , et qui avoit besoin d'un homme à qui il put confier enlièrement la condin'tc de son entrcjuisc, hii dit en la lui déclarant qu'il avoil compté sur lui dès la première pensée qu il en avoil ci*e. \\cnault se tint plus obligé de cette assurance qr.'il n'auroit fait de toutes les louanges imaginables.- Kàge avancé où il étoit ne le détourna j^oint de cet engagement; moins il avoit à vivre, moir.8 il" avoit h risquer. 11 ne crut pas pouvoir mieux employer quelques tristes années qui lui rosloienl à passer, qu'en les hasardant pour rendre S04> nf-m
iio coîijnnATio5
iiuraortel. Le marquis de Bcdmar lai adonna 3e» lettres de changent de ci'éance nécessaires pour nétiocier avec les chefs des Hollandais : il le chargea de ue point expliquer encore l'entreprise , et de laisser seulement entendre que , les choses étant î.i cries au yioint qu'elles letoient entre la repulilicjue et la mai:'0n d'Autriche , l'ambassadeut d'Espagne , r^ui étoit à Venise , prévoyoit quelque conjoncture qui pouvoit exposer sa personne à la tureur du peuple de cette ville , et que , pour s'en ç^arauiir, il \ ouloit s'assurer d'un nombre considérable d amis fidèles et résolus. Le prétexte étoit gvussier; mais le moindre voile est d'un grand secours dans CCS sortes d'affaires : il importe peu qu'on conuoisse qu'il y a du mystère, pourvu qu'on ne le rénètre point. Par ce moyen il espéroit <le débaucher l'élite de l'armée de terre des Yéni-» tiens , et que le reste demeureroit si foible , qu'il seroit aisé à don Pedre de la défaire en chemin , si ou vouloit l'amener à A'enise pour s'opposer aur conjurés.
L'armée de mer étoit bien plus à craindre ; elle étoit de tout temps en possession de vaincre, et bien plus aisée à ramener. La meilleure partie de» soldats étoient sujets naturels de la république. Il ne falloit pas douter qu'au premier éclat de la conjuration elle ne volât à Venise. Espérer que la flotte d Espagne la déferoit , cétoit un coup peu sûr , et il n'eût pas été sage de remettre au hasard d'un combat le «ucccs d'une catieprise qui d'ail-
cosxnr vEMsi:, i ii
leurs étoit déjà si hasardeuse : il falloit trouver quelque moyen de mettre cette flotte Lors d'état de servir.
L'ambassadeur, qui n'avoit pas tant d'expé-. rience des choses de la mer que le vicc-voi de Naples, qui commandoitl armée navale d'Espsgne, crut devoir le consulter sur ce sujetk (Je vice-roi , qui devoit être le principal acteur de la tragédie que l'ambassadeur composoit , étoit ce duc d'Os'- 6one si fameux pa\- ses galanteries , aussi entreprenant que don Pèdre et que le marquis de Bcdmar. Cette ressemblance d'humeur avoit établi are étroite intelligence entre ces trois ministres. Don Pèdre et le duc d Ossone n'étoient pas de grands hommes de cabinet; et ce duc étoit même quelquefois sujet à des bizarreries qui approchoient de l'extravagance : mais la déférence qu'ils avoient tous deux pour le marquis de Bedmar leur tcnoit lieu de toute l'habileté qu'ils n'avoient pas.
Xes profits que la piraterie apporte à cenx qui l'exercent sous quelque protection puissantri avoient attiré dans la cour du vice-roi de Naples tout ce qu'il y avoit de corsaires renommés sur la Méditerranée. Ce vice-roi, qui étoit fécond en desseins extraordinaires, et plutôt prodigue qu'avare , ne les protégeoit pas tant pour la part qu'ils lui taisoient de leur butin , que pour avoir toujours auprès de lui un nombre considérable de gens prêts à tout faire. Non content de les reot-voir, quand il en saToit quelqu'un d'un mcii.e
III COSJUHATIO!!
au-dessus du commun , il le rcnlieichoit , ot lui fatsoit de si grands avantages qu'il lattiroit infailiil.'.ement auprès de lui : il en avoit usé de cette sorte avec le capitaine Jacques Pierre , normand (ie naissance, et si excellent dans ce métitr, que tous les autres se iaisoieut g!oire de i avoir appris de lui.
L'esprit de ce capitaine ne ttnoit lien de la Larbarie de ce genre de vie. Avant gagné Je quoi subsi-.îer honnêtement, il résolut de ie quitter, quoiqu'il lût encore dans la fleur de 1 âge; et il choisit les états du duc de Savoie pour sa retraite. Ce prince , amoureux de tous les talents extraordiiiràrcs , et qui en savoit d'autant mieux le prix que l-i nature l'en avoit partagé libéralement , connoissant de réputation ce cor=aiie pour un des plus braves hommes du monde , lui permit de s'établiv à ISice. Tout ce qu il v avoit de gens de mer, Êuldats , officiers et matelots , qui fréquentoient ce;te côte, faisoient régulièrement leur cour au capitaine : ses conseils étoient des oracles pour fux ; il étoit arbitre souverain de leurs différents, et ils ne pouvoient se lasser d'admirer un homme qui avoit abandonné une profession dans laquelle il étoit si eutcudu, et la plus ditiicile de toutes à quitter.
De ce nombre étoit un nommé Vincent Robert , de Marseille, lequel, avant abordé en Sicile, où le duc d Ossone étoit alors vice-roi y reçut un &i bou traitement qu'il prit parti à son service. L«
duc, n^ant appris que ce llobeit ctoit camavado C.U. capitaine , se plaignit faniilitrement à lui de ce que son ami avoit piv^iéré les États du duc de Savoie à son gouvernement pour choisir une retraite. Il accompagna cette plainte de témoignages extraordinaires de l'estime qu'il faisoit du courage et de l'expérience du capitaine en fait de marine, etfil finit par des assurances de ne rien épargner de ce qui dépendoit de lui pour attirer dans sa cour ua homme d'un mérite si singulier. Robert se chargea avec joie de cette négociation ; et elle fut soutenue par de si grandes avances de la part du vice -roi , que le capitaine fut contraint de se rendre , et d'aller s'établir en Sicile avec sa femme fct ses eulants.
Comme le capitaine n'avoit point encore perdu fa mer de vue, il n'étoit pas bien guéri de 1% passion qu'il avoit eue pour elle. Le vice-roi avoit fait faire depuis peu de si beaux galions, et quelques caravanes de Turcs fort riches étoient en route avec des escortes si foibles , que le capitaine ne put résister à cette tentation. Il n'eut pas sujet de s'en repentir : il lit un butin incroyable ; et le duc d'Ossone, qui vécut dès-lors avec lui comme avec un frère, lui en laissa la meilleure partie, à condition qu il le suivroit à IS'aples , où les ordres du roi appeloient ce duc pour j commander, « t qu'il feroit un vojage en Provence pour débaucher tout ce qu'il connoissoit de meilleurs hommes de mer sur cette côte. Le capitaiiïc en amena a5?( a
II 4 CO!»JCnATIO.^
puur armer cinq grands vaisseaux qui appnrtt/noitnt au vice-roi en propre, et sur lesquels il eut une autorité absolue. Avec cette petite flotte il saccagea impunément toutes les iles et les côtes an Levant , et termina sa première campagne par un grand combat , dans lequel il prit ou coula à fond une grosse escacUe de galères turques.
Ce fut en ce temps que le marquis de Bedmat communiqua son dessein au duc d'Ossone , assuré qu'il n'auroit pas de peine à l'y embarquer. Ce duc , qui affectoît l'empire de ces mers , ne souhaitoit rien plus ardemment que de ruiner les seuls qui pussent le disputer , et qui n^étoient pas si aisés à battre que les Turcs. Il s'en ouvrit au capitaine , et lui proposa les difficultés. Le capitaine ne les crut pas insurmontables ; et , après plusieurs jour-s de conférences secrètes , il sortit de xSaples à limproviste , et dans un équipage qui marquoit une précipitation et une frayeur extrême. Le viceroi mit des gens en campagne de tous côtés , excepté celui par où il étoit allé, avec ordre de le prendre mort ou vif . Sa femme et ses enfants forint emprisonnés et détenus depuis ce jour dans un état très-cruel en apparence. Tous ses biens furent confisrfués ; et la colère du duc éclata avec tant de fureur , que tout jXaples en fut surpris , quoiqu'il y fût connu depuis long-temps pour aussi emporté qu'il rétoit. Comme le capitaine ne paroissoit pas moins remuant que le vice-roi , on ajouta aisément foi à leur mésintelligence ; et l'on crut que cet
C0STIIEVE5!?E. HO
homme nvoit traité quelque chose contre l'Espagne ou contre les intérêts du duc et ses desseins particuliers : cependant il retourna à son premier asile.
Le duc de Savoie étoit en gneiTC ouverte avec les Espagnols , et il étoit connu pour le plus généreux prince du monde. Quoiqu'il eût témoigné quelque déplaisir lorsque le capitaine avoit ffuitt'i ses états pour aller en Sicile , le fourbe n'hésita pas à aller se jeter à ses pieds. 11 lui conta plusieurs faux desseins du vice-roi contre la rép'iblique de Venise, horribles seulement à penser, mais qui n'avoient rien de commun avec le véritable, et dans lesquels, n'ayant pas cru pouvoir «engager avec honneur, il avoit vnrulu prendre quelques mesures pour se spuver de JN'aples avec res biens et sa famille; mais qu'avant su que le *ice-roi avoit découvert sa résolution , il avoit été ^îoatraint de s'enfuir en ce triste équipage , pour ?e dérober à sa fureur, et d'abandonner tout ce qu'il avoit de plus cher au monde à la discrétio:i du plus cruel de tous les hommes».
Le duc de Savoie fut touché de pitié à ce funeste récit, et le reçut à bras ouverts. Il dit au corsaire que, ses intérêts étant liés étroitement avec ceux de la république, il se chargeoit de reconnoitre le service qu'il rendoit à la cause commune, si les Vénitiens ne le reconnoissoient pa?. Il ajouta qu'il étoit important que le sénat fut instruit par sa propre bouche de» dessein» du duo
t id cor; J c r. AT io!i
cVOssonp; et après l'avoir exhorte à supporter sa cii!=^ràce eh homme de couracrc . lavoir équipé de
toutes choses, et lui avoir lait un présent masni-
tique , il lui ht prendre le chemin de Venise , avec des lettres de créance et de recommandation.
Les Vénitiens ne furent pas moins pitoyables que le duc de Savoie. La fuite , les larmes , la pauvreté, le désespoir, la rcpxitation du capitaine, 1 espérance qu'il atîireroit à leur service ce giand nombre de c^cr.s de cœur qu'il avoit attirés au service du duo d'Ossone, mais surtout les'desseins qu'il rr.coutoit de ce duc, et qu'il avoit inventés aiissi vraisemblables qu il éîoit nécessaire : toutes ces choses parlèrent si puissamment en sa faveur, qu on lui dcnua d'abord un vaisseau à commander. Ce n'est pas que Contariui , ambassadeur k Rome . ne remontrât , par ses lettres . que cet homme venant d auprès du viee-roi, il falloit toiijours s'en détier; mais la crainte , qui avoit produit dans l'esprit des Vénitiens la crédulité qui la suit toujours, l'emporta sur ce prudent avis. Peu â.2 temps après , la flotte étant sortie en mer, le capitaine , qui savoit de qxielle importance il étoit qu'il se signalât, ht des prises si considérables sur les Uscoques , dans quelques commissions qu'il se ht donner de les poursuivre, qu'au retour de cette course on ajouta onze navires à celui qu'il avoit déjà.
II rendit compte de ses heureux succès au duc d'Ossone, et hnit sa dépêche par ces mots : « Si ce»
CGHTRE VE N I SE. «17
« Pantalons croient toujours aussi de léger qu'ili « ont tiiit juàt|u"ici, j'obc assurer votre excellence, Il ?iIonsfigneur , que je ne perdrai pas mon temps « en ce pajs. » il écrivit en même temps à tons sei camarades qu'il avoit laissés à Napies, pour les attirer î*u service de la république. Il ne lui fat pas difficile de les débaucher : depuis sa fxiite, le viceroi , feignant de les avoir pour suspects, les trailoit aussi mal qu'il les avoit bien traités auparavant.
Le duc d'Ossone faisoit de grandes plaintes de la jnotection que la république avoit accordée au capitaine. Pour s'en venger, il retira près de lui les Uscoques, que les armes vénitiennes avoient chassés de leurs asiles. Sous sa protection , ils recommencèrent à faire des courses : ils prirent un grand vaisseau qui venoit de Corfou d Venise , et ils en vendirent publiquement le butin sous son étendard. Il viola la franchise des ports, tît des représailles considéral)ies pour des sujets légers, veiiisa d'obéir aux ordres qui lui vinrent d l'spagne de relâcher ce qu'il avoit saisi , et publia un manifeste pour rendre raison de sa dé'Obéiss:inci-. Il envoya une grande flotte croiser l'Adriatique , et lit entrer en triomphe dans ^ aples les prises qu'elle fit sur les Vénitiens. Enfin iJ ruina leuv^onimerGe, aux dépens des Napolitains même qui V fctoient intéressés ; et les fermiers des revenus dn royaume s'en étant voulu plaindre , il Ici menaça de les faire pendre.
ii8 co5JnnATio!<
Comme il n'y avoit pas guerre déclarée entre lEspagne et la république, les Vénitiens ne pou voient sortir de l'étonnement où les jctoit une conduite si irrégulière. Presque tous ne l'impntoient qu'à la seule extravagance du duc d'Ossone ; mais les plus sages , qui savoient qu'il n'v a rien de si utile que ces sortes de fous quand on les sait mettre en œuvre, crurent que les Espagnols se servoient des caprices du duc pour faire toute* les démarches qu'ils ne vouloient ni avouer ni soutenir. Ses discours familiers n'étoient que de surprendre les ports d'Istrie appartenants à la république , de saccager ses iles , et même de faire , s'il se pouvoit, quelque descente à Venise. Il en étudioit le plan avec ses courtisans. 11 faisoit faire des cartes exactes des environs, fabii|uer des barques , des brigantins , et autres petits bâtiments propres à toute sorte de canaux; essayer combien chaque profondeur d'eau pouvoit soutenir de poids sur différentes largeurs; et il inventoit tous les jours de nouvelles machines pour diminuer ce poids et faciliter le mouvement. Le résident vénitien qui étoit à Naples en donnoit exactement avis , au grand désespoir du marquis de Bedmar , qui commença à se repentir de s'être lie' d'intérêt avec un homme si étourdi : mais le succès trompa ses craintes.
Le vice -roi faisoit toutes ces choses si haute ment , que les Vénitiens ne firent qu'en rire. Les plus gages même ne purent croire qu'il j eût rien
costhevesise. 119
<1e solide caché sous des démonstration» si manifestes. Le duc continua ses préparatifs tant qu'il voulut, sans qu'on en prit le moindre ombrage ; et son indiscrétion , qui devoit ruiner l'entreprise , l'avança plus que toute la circonspection du marquis de Bcdmar. Néanmoins le marquis jugea qu'il falloit en hâter l'exécution , soit pour ne pas donner aux Vénitiens le loisir de faire des réflexions , soit à cause du danger où sa personne étoit exposée tous les jours. La flotte vénitienne ayant une fois présenté la bataille à celle d'Espagne , qui la refusa , et saccagé les côtes de la Fouille , la canaille deYenise en conçut une joie si insolente, que l'ambassadeur et toute sa maison auroient été infailliblement massacrés , si Ion n'y eût envoAé des gardes.
il reçut ce même jour des nouvelles du camp devant Gradisque , qui le consolèrent de cet accident. Renault lui mandoit qu'il avoit trouvé les esprits si heureusement disposés , que sa négociation avoit été conclue en peu de tempî. L'ambassadeur lui ordonna de passer à Milan avant que de revenir; et don Pèdre le reçut avec toutes les caresses dont les grands ont coutume d'aveugler les esprits de ceux qui se perdent pour leur service. Ils convinrent ensemble qu'il falloit avoir quelque ville dans l'Etat de terre ferme des Vénitiens , dont on put s'emparer en même temps que de Venise ; que cette ville brideroit les autres , »€vviroit comme de place d'armes à l'aimée espa-
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piole qui Ins attaquevoit, et de barrière h celle c!e Venise , si elle se mettoit en devoir de les secourir.
Renault passa par les principales , et s'arrêta quelque temps à Crème pour y former une faction , à la faveur d'un lieutenant français , nommé Jean Berard, d'un capitaine italien, et d'un lieutenant provençal, que don Pèdre y avoit déjà gagnés. Ces trois hommes offrirent de cacher cinq cents Espagnols dans la ville, sans donner aucun soupçon au commandant v^ nitien , et de s'en emparer huit jours après. Par lexamen que Renault fit de la ( hose sur le lieu, il jugea quelle étoit presque infaillible avec ce nombre de gens. Il ne falloit que couper la gorge à une misérable garnison qu'on avoit tirée des milices du pays , parce que toutes les troupes réglées de la république étoient dans les places du Frioul ou dans les ar-
Le duc d'Ossone avoit aussi fait convenir le marquis de Bedmar qu'il étoit nécessaire d'avoir quelque place des Vénitiens sur le golfe, pour donner la main aux Uscoques et à l'archiduc, et pour servir de retraite à la flotte d'Espagne , si par quelque accident elle étoit obligée de chercher un asile dans cette mer quand elle y seroit engagée. Ils choisirent à cette fin Maran , place forte dans une lie confinant à l'Isti-ie , et qui a un port capable de recevoir une grande flotte. Un Italien , nommé Mazza, qui depuis quarante ans en étoit
CO NT U r VK N IS F. lai
sergcnt-mr.jor , y avoit pics |uc autant d'autorité que le gouvfineur. Moycninant une somme considérable et l'assurance du commandement , cet homme promit à un émissaire du duc d'Ossone de tuer ce gouverneur au premier ordre , et de se rendre ensuite maître de la place, pour la tenir au nom des Kspacrnoîs. Il lui étoit presque aussi aisé d'exécuier cette promesse (jue de la faire : le gour. verneur^quiéloit le provédiîcur LoienzoTiepolo, vivoil avec lui dans une tivande familiarité; et, parce que la charge de provéditeur lui donnoit beaucoup d'occupation sur cette frontière en temps de guerre , il se reposoit entièrement sur le sergent-major de ce qui regardoit le dedans de la place, comme sur le j)Ius ancien et le plus capable ofilcier de la gainison.
Les afrnires étant dans cet état, l'ambassadeur crut devoir mettre la dernière main à son ouvrage. • Ce n'est pas qu'en attendant encore il ne pût ajouter beaucoup de choses aux mesures qu'il avoit prises ; mais il savoit que la longueur est mortelle aux <ies5eins de cette nature. Il est impossible que tous les diiierents moyens qui peuvent contribuer au bon succès se trouvent dans le même temps en état de servir : les premiers changent do face, pendant que les autres se préparent; et quand on est une fois assez heureux pour en pouvoir joindre ensemble un nombre suffisant, c'est une faute capitale de laisser passer le point fatal d'une conjoncture si précieuse.
lai C05JrilATI05
Il étoit dune importance cxti'ême ponr l'îioi»neur de la couronne d'Esp.igne que son ambassadeur ne pût être convaincu d'avoir eu part à l'entreprise si elle mancjuoit. Dans cette vue , il résolut de ne se découvrir à aucun autre des conjurés (ju'à Renault et au capitaine : ces deuz hommes même ne se connoissoieut pas. Ils ne venoieni point chez lui qu'il ne les mandât, et il avoit toujours observé de leur donner des temps différents , afin qu'ils ne pussent s'y rencontrer. S'ils avoient à être découverts, il seroit beaucoup plus avantageux pour lui qu'ils n'eussent eu aucune liaison ensemble. Dans cette crainte , il auroit bien vquhi continuer de les faire agir chacun de leur côté sans se connoitre l'un l'autre, comme il avoit fait jusqu'alors : mais , après y avoir songé mûrement, il jugea que cétoit une chose impossible ; et , désespérant en son âme du succès de son dessein , s'il n'établissoit entre eux une union parfaite , il résolut de franchir ce pas , quelque fâcheux qu'il le trouvât.
Quoique tous deux eussent du courage et de la conduite , Renault se piquoit principalement de disposer si bien les choses que l'exécution en fut aisée et le succès infaillible. Le capitaine , au contraire , qui n'étoit pas à beaucoup près si avancé en âge , se piquoit surtout dètre homme de grande exécution, et capable d'une résolution extraordinaire. Le marquis lui exposa les diverses négociations que Renault avoit frutes; son savoir, qui
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nouvoit fournir des exptdients pour toutes rencontres; son éloquence et son adresse à gagner de nouveaux partisans ; son talent pour écrire , si nécessaire dans une occasion où il falloit être instmit continuellement de l'état des flottes, des provinces et des armées : il ajouta qu'il avoit |>ensé qu'un homme de cette sorte seroit d'un f;rand soulagement au capitaine; que c'étoit un vieillard de grande expérience, qui ne manquoit ni de cœur ni de fermeté; mais que son âge et sa profession d'homme de cabinet plutôt que d'hom.me de guerre le rendoient incapable de partager avec le capitaine la gloire de l'exécution. Pour Renault . il lui dit seulement que le capitaine étoit VbomTne du duc d'Ossone , et que , ce duc devant avoir la meilleure part dans leur dessein , il n'j avoit pas apparence de rien cacher à son confident; tju'il le conjuroit de condescendx'e aux manières tlu corsaire autant qu'il seroit besoin pour leut "but, et de lui témoigner toute la déférence qui pouvoit gagner l'esprit d'un homme de main , fier ■et présomptueux au dernier point.
Le marquis de Bedmar ayant travaillé de cette *orte pour disposer ces deux hommes à vivre bien ensemble, son étonnement fut extrême la première fois qu'il les fit rencontier chez lui , quand il les vit s'embrasser avec beaucoup de tendresse aussitôt qu'ils eurent jeté les yeux l'un sur l'autre. Il n est point d'esprit si fort qui ne fasse d'abord un jugement déraisonnable . des choses qui le sur-
prennent e\trcmem(,-nt : la première pensée do l'ambassadeur fut qu'il étoit trahi. Comme il étoit prévenu que ces deux hommes ne se connoissoieut point, il ne pouvoit comprendre pourquoi ils lui nvoient caché qu'ils se connussent : ce mvstère fut bientôt éclairci. Il sut qu'ils s'étoicnt vus chex uneiameusc Grecque , femme d'un mérite extraordinaire pour une courtisane. 11 n'en falloil point d'autre preuve que cette aventure, où elle avoit gardé si religieusement le secret qu'ils l'avoient priée de faire de leur nom. Cette exactitude leur parut d'autant plus admivsble , qu'elle n'ignoroit pas qu'ils avoient conçu beaucoup d'estime l'un pour % 'autre.
L'ambassadeur, pleinement revenu de sa surprise, fut ravi de trouver toute laite une union qu'il souhaitoit si fort, ils avouèrent dans la suite de la conversation qu'ils avoieat fait dessein chacun en leur particulier de s'engager l'un l'autre dans l'entreprise. Comme ils étoient tout pleins de leur projet dans les entretiens qu'ils avoient t'Lis ensemble chez cette Grecque, ils étoient tombés quelquefois sur les matières de cette nature, en parlant des affaires du temps , de l'état et de la guerre. C'avoit été sans se découvrir, et plus encore sans avoir dessein de le faiie : cependant iis reconnurent de bonne foi , en présence de l'ambassadeur , que la chaleur du raisonnc^uent les avoit q-aelquefois portés un peu loin, et qu'ils avoient trop donné à connoitre leurs sentiments. L'am1>a>'
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»adeur les convia à profiler de cette réflexion, tjour être plus circonspects à l'avenir, et à recon- Doitre par cetîe expérience que, pour tenir une (grande affaire véritablement secrète, ce n'est pas if-^scz de ne rien dire ni faire c[ui ait du rapport avec elle ; qu'il ne faut pas seulement se souvenir qu'on la sait.
Ensuite Renault ex]iosa que , depuis les bruits de pai'x qui s'étoient renouvelés sur la fin du mois de juin, les officiers vénitiens avoient fort maltraité les troupes étrangères, et que, n'étant plus rL'tcnues par l'autorité du comte de Nassau , qui étoit mort environ ce même temps, elles avoient niai servi devant Gradisque ; que le général de la république, craignant qu'elles ne fissent pis, les avoit séparées en divers postes les plus éloignés lun de l'autre qu'il avoit pu choisir; que cette précaution avant rendu publique la défiance où l'un étoit de leur lidélité , elles s'étoient mutinées, et qu'ayant refusé avec insolence d'exécuter quelques ordres du sénat , ce général avoit cru qu'il étoit de son devoir de faire mourir les principaux séditieux; qu'il avoit confiné les chefs à Padoue, et distribué le reste en diverses places deLombardie, jusqu'à ce qu'on les pût payer, et jque l'exécution des traités permit de les licencier.
Renault ajouta que le lieutenant du comte de Mnssfî^i , qi:i éloit un des principaux avec qui il avoit tiôgocié, avoit été relégué à Bresse; qu'il v «voit fait une trame, à ia laveur de iaqrclle il