‹ Conjuration des Espagnols contre la République de Venise et des GracquesChapitre 16 sur 19 · C05T:<E VENISE. I · texte numérisé non relu

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fîmes, et autres, où des étrangers pouroient se cacher; et on arrêta tout ce qu'on trouva d'olaciers hollandais, français, espagnols, wallons, napolitains ou milanais , jusqu'à près de quatre teuts.

Sur ces entrefaites, deux Dauphinois venant d'Orange arrivent tout bottés, comme ils s'étoienl jetés , en quittant la poste , dans la barque qui les avoit amenés. Ils déclarèrent au conseil que des Français de leurs amis leur ayant écrit de Venise que, s'ils vouloient s enrichir, ils n'avoient qu'à y venir, parce qu'il y avoit une conjuration toute prête à exécuter pour s'emparer de cette ville et la donner au pillage , ils étoient venus en grande diligence pour découvrir cette méchanceté , au lieu d'j prendre part. Ils furent remerciés , logés honorablement, priés de se reposer, en attendant que le sénat pût délibérer sur la récompense qui leur étoit due.

Cependant le jour vînt; le sénat s'assembla, et le marquis de Bedmar demanda audience. On la lui accorda par curiosité seulement. Le bruit do la conjuration se rép?.ndit alors par la ville, et j produisit lin trouble épouvantable. Le peuple, qui sut confusément que les Espagnols en étoient les auteurs , s'assembla autour du palais de l'ambassadeur pour le forcer; et on étoit prêt à y mettre le feu , lorsque ceux qui dévoient le conduire à l'audience arrivèrent. Ils firent entendre leur commission. Le peuple se flattant de l'espc-

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.ance que ic sénat ea ieioit une punition exemplaire , le laissa sortir seul , et le conduisit avta toutes les injures et les imprécations imaginable^.

L'ambassadeur, étant entré dans le sénat . commença par des plaintes atroces de la violency qu'on avoit faite dans /a maison contre le droit des gcus ; et il accompagna ses plaintes de meuaceg EÏ Hères et si cruelles de s'en venger, que la plupart des sénateurs en furent consternés , et ciaignirent que cet homme n'eût encore quelque ressource qu'on ne savoit pas pour achever son entreprise. Le doge lui répondit qu'on lui feroit excuse de cet outrage quand il auroit rendu raison des préparatifs de gi>erre <ju'on avoit trouvés chez lui , qui , conjime ambassadeur , devoit être un ministre de paix. 11 répliqua qu'il s'étonnoit que des gens qui passoient pour sages fussent si malhabiles que de l'insulter en face sous un prétexte si erossier ; qu'ils savoient aussi-bien que lui que toutes ces provisions n'étoient qu'en dépôt dans sa maison, commf il y en avoit déjà eu autrefois pour envover à Naples et dans le Tirol ; que , pouf les armes , toute la terte savoit qu'il n'j eu a point de si bonnes que celles qui se font dans les ville i de la république ; et que , pour les feux d'artitke et autres choses semblables , l'occasion de quelques ouvriers d'une habileté extraordinaire, qui s'étoicnt venus offrir à lui, 1 avoit engagé à les faire travailler par curiosité.

Le doge linterrompit en lui disant que ces oiv

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▼riers étoient des malheureux , on plutôt des monstres , nés pour la honte éternelle du genre iiumain ; et, en disant ces mots, il présenta à Tambassadeur une lettre de créance pour le gouverneur de Milan , qu'on avoit trouvée parmi les papiers de Tienaiiit, avec d'auttcs lettres du duc d'Ossor.e.

L'ambassadeur répondit que , pour le ducd'Qssone , il avoit déjà déclaré autrefois qu'il n'enti-oit point en connoissance de sa conduite ; que , pour la lettre de créance , îl étoit vrai que Tamhassadeur de France lui avoit recommandé un gentilbi:»mme il y avoit déjà quelque temps , lequel avoit J)esoin de faveur à Milan pour certaine affaii-epa/ticulièrc , et qu'il avoit dcnné à cet homm».' la lettre qu'on lui présentoit ; mais qti il avoit ignoré que la république eut aucun intérêt dans cette affaire.

Lfe dôge , vovant par ces réponses que l'ambassadeur n'en manqueroit jamais , se contenta de hii représenter avec beaucoup de gravité la noirceur de son entreprise, et finit en lui protestant qu'ils étoient tous fort éloignés de penser que le roi son maître y eut la moindre part. L'ambassadeur répondit à cette remontrance avec tout l'emportement d'un homme de bien dont on attaque rhonneur in justenient , qu'il étoit d'une nation à qui la valeur et la prudence sont si naturelles , qu'elle n'avoit que faire de recourir à de manvai*" lirtifices pour perdre sps ennemis; que le roi son

maître étoit as&ez puiss-nnt pour les déimir'j '■: force ouverte, et sans employer les trahisons , ci q^u 'on pourroit bientôt l'éprouver. Il sortit brusquement après ces paroles , sans aucune cérémonie. Ceux qui le conduisoient le conjurèi-ent de se reposer quelque temps dans un appartement voisin , eu attendant que le sénat eût donné les ordres nécessaires pour le faire sauver; et il se laissa conduire où on voulut , en frémissant de colèi'e et sans rien répondre.

Pendant que la populace étoit accourue à lat place pour le mettre en pièces aussitôt que le sénat lauroit livré , il fut aisé à ceux qu'an envoya chez, lui avec main -forte de faire embarquer ses domestiqiies et les plus précieux de ses meubles. On le vint chercher ensuite ; et, par des détours secrets du palais , on le conduisit dan-s un brigantin bien armé , avec bonne escorte. Le peuple , enragé de son évasion , fit des statues de lui et du duc d'Ossone . auxquelles il fit tout ce qu'il auroit fait à leui's personnes si elles avoient été en s?. puissance.

On dépêcha en même temps au général de mer. avec ordre de faire nover incessamment Langlade , le capitaine Jacques Pierre , et tous 1-es officiers affldés que ce capitaine avoit 9ur ses vaisseaux. Comme on sujiposoit qu'ils dévoient (être sur leurs gardes , on choisit le bâtiment de la fabrique la plus étrangère qu'on trouva à Venise pour porter €f6 ordre. On 1 équipa ce la manière la plus pro-

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ptt à faire croire qu'il n'en venoit pas ; et il ilt un grand tour, afin d'arriver par un autre côté que relui par où il devoit arriver s il en fut venu. On a su depuis que le capitaine avoit été toute la nuit en attente , et qu'ayaut vu arriver ce bâtiment , il s'étoit retiré aussitôt dans le principal de ses vaisseaux, comme sil se fût douté de la vérité, et qu'il se voulût mettre en état de se défendre s'il étoit trahi. Mais il j a apparence que la craintp .de tout perdre par une. terreur qui pouvoit êtr^ panique , l'arrêta quelque temps à délibérer s'il devoit se déclarer; carie g^énéral. qui ne perdli pas un moment, lui ayant envoyé deux homme: choisis et non suspects , ces gens entrèrent sans armes qui parussent dans le lieu où il étoit, le trouvèrent seul , l'abordèrent d'un air aussi libre que de coutume , le poignardèrent tout d'un Coup . et le jetèrent dans la mer sans que personne s'en aperçût. Langlade et quarante de ses officicrs furent traités aussitôt après de la même manier^ et avec le même secret.

Cependant Renault , interrogé à Venise , répond qu'il ne sait ce qu'on lui veut. On lui repr"^'sente la lettre de créance pour don Pedre , ui" passe -port en espagnol pour tous les pays Cjc l'obéissance d'Espagne, des lettres de change poiu; de grandes sommes, et mille pistoles en or. 11 rc pond qu'il ne connoît ni l'ambassadeur d'Espagne ni le gouverneur de Milan ; qu'ainsi^ is'tj y à quoi «Jue chose parmi ses papiers q^i Jeg teg^i'd* ," il

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faut que (î'antres que lui ïj aient mis ; et qne pour les lettres de change et les pistolcs , c'étoit tout ce qu'il avoit de Lien au monde. On lui donna la question ordinaire et extraordinaire. Il ne dit rien de nouveau , sinon qu'il étoit un pauvre vieillard , homme de bien, de qualité et d honneur, et que Di^u le vengeroit. On le représente plu. sieurs jours de suite à la question, et on lui promet mème^ impunité s'il veut dire tout ce qu'il sait ; m^ais iniitilement : et , après avoir été tourmenté de toutes les manières , à diverses reprises , il fut eniîn éti'anglé en prison , et pendu en public par un pied , comme traître. Le lieutenant da somte de jN'assau , les trois petardiers , Brihe ,' Laurent Brv?lard , et les deux officiers de l'arsenal ; le furent ausîi , après avoir souffert la question a-Ccc la même conâtancs que lui ; mais Brainville,' Théodore , et pfy& de trois cents officiers , furent seulement étranglés ou nojés en secret.

Cependant J affile r , désespéré du mauvais succès iië sa compassion, se plaignoit hautement de ce que le doge et le conseil des dix ne tenoicnt pasla parole qui!» lui avoient donnée en faveur de îcs compagnons. Elle-navoit été violée qu'après un.e mùve délibération. Plusieurs même vouloient ';u'oH lobservàt itligieusement. I> autres remonuèrent que la chose pourroit éti-e douteuse si o» n'avoit su la conjuration que par Jaffierj mai» que les deux Dauphinois qui l'avoient aussi rérélée mettoient le sénat en plein droit d'en Q8"«i|

de la mime sorte que si Jaffier n'avoît rien découvert. Cet avis l'emporta , soutenu par l'horreur et la frajeur publique , quoiqu'il y eût plusieurs choses à dire au contraire.

On tâcha d'apaiser Jaffier par toute sorte de moyens. On lui offrit de iarger^t et de l'emploi. Il refusa tout, s'obstina h demander , inutilement, la vie de ses comparons , et sortit enfin de Venise inconsolable de leur supplice. Le sénat l'ayant su, lui envoya un ordre de vider les états de la république dans trois jours, sur peine de la vie , et quatre mille sequins , qu'on le força de prendre. La pilié qu'il ressentoit pour ses compagnons se redoubloit autant de fois qu'il considéroit qu'il «toit la cause de leuï mort. Il apprit en chemin que l'entreprise sur Bresse étoit encore en état do réussir. Le désir de se venger du sénat l'obligea à s'a! 1er jeter dans cette ville : mais il y fut à peine, que les dix ayant pénétré cette affaire par des pa» piers des conjurés , on y envoya des troupes qui s'emparèrent des postes principaux, et passèrent au (il de l'épjée quelques Espagnols qui y avoient €té introduits. Jaffier fut pris combattant à leur tèxç compic un hoinmpqui ne cherche qu'à vendre chèrement sa vie ; et étant conduit à Venise pen de jours après , il y fut noyé le lendemain de son arrivée.

La mort de ce malheureux îjyant achevé de rétablir la tranquillité danâ cette grande ville , le premier soin du sénat lut de demander un auuc

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aiiîLassacîeuià^IadriJ. Don Louis Bravo fut aus5i« îôt nonimé pour cet emploi , avec ordre de partir incessamment; etiemarquis de Bedmar lui donna , suivant la coutume , une instruction qui se rtlduisoit presque tbitë à deux points-

Le premier de ces points' étoit que le nouvel ambassadeur blâmât hautement en toute occasion la conduite de son* prédécesseur, et qu'il affectât d'en tenir une contraire jusque dans les choses les plus indiffe'rentes. L'àiltve point étoit que, dans toutes les affaires qu'il auroit à négocier touchant les droits et 'les prééminences de la république , il se servît pour tous m^émoires du Sijuittinio delta libèrtà vetiela , auquel le marquis de Bedmar renvoie dans plusieurs endroits de cette instruction, et en des termes qui, bien que retenus , découvrent assez l'amour paternel qu'il avolt pour ce libelle.

On publia cependant, à son de trompe et par écrit , dans tous les États de la république , un© •défense, sur peine dévie, d'imputer quoi que ce fût de la conjuration au roi d'Espagne ni aux Espagnols. On donna trente mille ducats aux deux Dauphinois qui étbiënt-vèious exprès de leur pîiys pour la découvrir.' '■

Don Pédi^ , voyant toutes choses désespérées , acheva de licencier ses troupes , et rendit Verceil. Le duc d'Ossone fit de grands bîeit^ à la femme et aux enfants du capitaine , en les metîaût en liberté. ••"-:■.

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La niaïq^uià de Bedmar reçut d'Espagne uu ordre pour aller servir de premier ministre ea Flandre ; et , quelques années après , on lui envoya de Rome le chapeau de cardinal.

Qnand quelque fait est 'décrit à la ve'rilé et avec ses arconstances , encwe qu'il ne soit parvenu qu'à roi-checnin , si peut-on toujours en tirer fruit : tout ainsi que dé ceux qui ne parviennent que jus-^iues au tiers ou au quart du cours commun de la vie, on ne laisse pas d'en tirer de bons exemples ; car la vertu , en toutes les parties dfl l'âge ou d'une potion , se fait axicunemcnt paroitre. M. DE LA ]SouE, dans ses Mémoires.

F15 DE tA COIïIUnATlO» COSTHE VE5ISE.'

CONJURATïOîv

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