DE LUS AGE DE I. HISTOIRE
sauts périlleux avec une disposition admirable.
tt qu'un froid bouffon qui l'obsei'vt, faisant semblant d'en vouloir faire autant , se doniie mille coups, tombe de toutes manières, lequel des deux réjouit davantage l'assistance? ^e voiton pas que le bon sauteur ne divertit pas tant par ses tours merveilleux, que le mauvais plaisant par ses chutes ? Pourquoi le lourdaud plalt-il davantage ? G est qu'on croit qu'il se fait du mal.
Ainsi , qu'un jeune gentilhomme fasse des armes , il n'a pas tant de joie à montrer son adresse qu'à donner quelque bon coup à son camarade. S il propose quelque saut dangereux, ce n'en pas tant pour faire voir son agilité que pour faire casser le nez à quelque autre. Il seroit infini de remarquer tous les exemples de cette nature : ceuxlà suffisent pour faire voir que-, si on a quitté quelques spectacles barbares , ce n'est pas par principe de raison ni d'humanité, puisqu'on se fait des divertissements (jui ne le sont guère moins. Ce n'est donc cju'un changement plutôt qu'une réforme : c'est lassitude et dégoût de ce qui étoit usité, plutôt qu'horreur ni repentir; c'est pour avoir le plaisir de changer après avoir eu les autres. Ne croyons donc pas être meilleurs que nos pères , pour n'avoir pas les mêmes malices qu'eux. LbS hommes sont également méchants dans tous les siècles ; ils ne font que varier dans les manières de l'être lorsqu'ils semblent se corriger; et leur
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atn»*n clément , quelone louable qu'il pavois.-c , n'est souvent qu'un effet d'inconstance plutôt que de bonté.
Vous vovrz par ce discours qu on agit souvent par des motiis très-méchants sans qu'on y prenne gai-de. Tous me demandez comment cela peut se faire, et vous dites là-dessus qu'il sem.ble que mon auteur suppose souvent ce qui n'est pas , et que, pour expliquer d'cù viennent, selon lui, les actions des hommes , il fait faire un progrès à l'âme dont tout le monde ne demeui'cra pas d'accord ; qu'il la fait passer par divers sentiments qu'il lui attribue , comme par des degrés , quoique personne ne s'en soit jamais apei'çu , et qu'enfin ce qui paroit si recherché passe aisément pour creux et pour chimérique.
Je vous dirai là-dessus que tous ces divers sentiments insensibles , que mon auteur attribue à l'âme , ici et ailleurs , comme les degrés par lesquels elle passe à d'autres , ne laissent pas d'être véritables et effectifs, quoique nous ne les remarquions pas, faute d'attention. Ce défaut d'attention vient de la rapidité des passions qui nous entraînent à tout ce que nous faisons , et qui ne nous permettent pas de considérer à loisir la nature des sentiments qu'elles nous inspirent, parce que l'horreur que nous concevrions souvent pour ces sentiments nous enfpècheroit de nous y engager. Or, lame, qui prévoit cela confusément, et qui veut éviter cet obstacle qui interromproit le
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rours de la passion dont elle est pos&edée, détourne sa vue de la considération de ce» seiitinicnts ridicules ou méchants qui lui servant d« tiei^res : elle aime mieux supposer qu ils sont boni que de risquer de les trouver luauvais eu les examinant. Ainsi, sans les approlondir en aucune manière , elle passe légèrement dessus , pour arriver où le plaisir, la gloire et les autres passions remportent.
11 ne faut donc que faire attention sur nos motiîs et nos sentiments pour em]>echer que nous n en suivions de mauvais-, <:i il seroit à souhaiter que tout le monde fut accoutunic à le découvrir, quand il nous arrive d'en suivre; car, comme la luaiignité est naturellement odieuse, les âmes nieme les plus mal nées ne voudroient pas qu'oB crût qu'elles agissent par ces mollis. Ainsi, si lorsque Cela leur arrive on le reconnoissoit aiissitôt, ne lUt-ce que par prudence,^ elles s'en corrigevoient assurément.
Mais il est une autre sorte de motifs bien plus dangereux que ceux-là , et qui méritent une rerlexion aiassi particulière; car, au moins ou désavoue ceux qui sont manifestement méchants ; au iieu qu'il y en a qu'on ne désavoue point et qu'on U(^ <;ncl7e pas, parce qu'on prétend qu'ils sont vertueux, et qui pom-tant ne le sont pas, quoiqu ils passent communément pour l'être ; et c'est de ceux-là qu'il est important de désabuser le moude. , i.'ia <ai ii ne loue que ce qui iàt véritablement
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lonabîe. Voici que! éîoit le sentiment clc mon tuteur sur un motif Je cette ualure.