‹ Conjuration des Espagnols contre la République de Venise et des GracquesChapitre 6 sur 19 · DISCO C RS 1 I · texte numérisé non relu

DISCO C RS 1 I

peine de décider si la vertu est approuvée parnii les homraes ^ nous n'entendons dire autre clio>e; ou s'il est en notre pouvoir de la pratiquer, nou» le sentons : mais ce dont on est en peine souvent, c'est de savoir en quoi consiste cette vertu , et lequel de deux partis , qii'il est également en notre pouvoir de prendre , méritera une approbation légitime; et c'est ce que tous les exemples du monde ne sauroient faire voir , quelque célcbr^s et estimés qu'ils puissent être , parce que les hommes sont sujets à estimer mal à propos. D'où vient donc qu'on en cherche toujours ?

Es-t-ce que l'àme, nç se sentant pas as.-ez forte pour considérer la vertu en elle-même et po,ur en juger :sùrcmcut, cherche les exemples qui sont conformes à l'idée qu elle en a, comme des autorftés pour appujer le discernement toujours incer»' tain qu'elle en fait ; regarde ceux de ces exemples qui so.ut géxiéi"alem£n,t estimés cçmme des miroirs q,ui repiésentent cette vert^ sous une forme sen- •ible , et dans lesquels il est plus cisé de la connoitre et plus difficile de s'y tromper ' Mais si c'étoit cefl« j\iste déllance de nos propres forces qui nous fit chercher des exemples , cela ne seroit paj fi général ; car il n'y a que les sages qui soient capai»îes d un sentiment si louable : cette hoanêtc défiance peut donc bien être leur motif; miii «jW.ql peut être celui du commun des hommes ?

Comme nous soipames trop matériels pour conooitre la beauté de la vertu , nous soraraej iur*-

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pabics de nous v attacher pour elle-même; noxi» ne la suivons que pour la gloire qui en l'evient. 'Ainsi, vovant que ceux dont on nous vante ks exemples sont parvenus à cette gloire qui est notre seul objet , il n'est pas étrange que nous nous attachions servilement à les imiter, que nous suivions aveuglément le chemin qu'ils nous ont frayé , et qui les a conduits là même où nous voulons arriver.

Quoi qu'il en soit, il est certain que ce n'est point être véritablement vertueux que de ne l'être oiie par ce principe , mais que c'est être seulement ambitieux ou envieux. C'est de ces sortes de pas- Mons que viennent toutes les fausses vertus des hommes , et la réputation qu'ils acquièi-ent quelquefois si injustement , et qui excite l'indignation de ceux qui ont plus de pénétration que le vulgaire ; c'est aussi ce qui produit cette variété surprenante qu'on trouve quelquefois dans les actions d'un même homme , tantôt malhonnête et tantôt généreux : car cette variété est fort aisée à expliquer, si l'on veut s'aviser que quand ces sortes de £[ens inégaux ont paru généreux , c'étoit afin de lo pavoitre , et que si l'on découvre depuis quelque chosf* de malhonnête d'eux, c'est qu'ils n'ont pas cru qu'on le dût découvrir. Ainsi , il ne faut point conclui*e de ces exemples que les hommes sont bien peu scmblaljîes à eux-mêmes , et faire de longues moralités là-dessus. La vertu véritable ne se dénteut jamais-, et ce n'est pas que celui qu on

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cvojoit vertueux soit devenu tout d'nn coup méchant ; les habitudes du cœur ne cliangcnî pas .-niaisement (i^ ; mais c'est qu'il n"étuit pas ce que Ton crovoit qui! fût.

Combien donc est-il important de se désabuser sur ces sortes d'actions qui ne sont bonnes qu'en apparence, afin que nous n'ajoutions pas à nos vices une fausse présomption de vertu, qui est une source inépuisable de nouveaux défauts? Qu il est nécessaire d'entrer soigneusement dans l'esprit de nos actions avant que de nous en élever en nous-mêmes, puisque ce n'est pas toujours assez, pour être vertueux, que d'en faire de bonnés , et qu'enfin l'on ne sauroit comprendre com bien les hommes, qui font déjà tant de mal et si ])eu de bien , ont encore trouvé de moyens pour faire mal le peu de bien qu'ils font!

Vous voyez par ce discours que les hommes ne sont pas seulement bizarres et méchants, comme nous avions déjà vu , mais qu'ils sont encore ignorants , puisqu'ils prennent pour bons des motifs mauvais en effet. Or, cette espèce d'ignorance, qui consiste à faire des jugements faux sur les choses , est un défaut tout autrement considérable «[ue l'ignorance qui consiste simplement à ne rien ;avoir du tout : ce n'est pas la privation entière

(i) >'eque eninipotcstquisquamnostrùm subito fingi, ue.,uc CLijusquam repente vita inutari , aut nalura convtrti. Cic. pro S'jUa.

oC5 DE l'usage DE I.'hISTOIPE.

Ùe connoii.sancts qui est à craùicSie, c'est rerreuE. Au contvaiie , Platon fait voir que cette privation Ce connoissances est en quelque sorte un avantage s La plupart des erreurs de nos actions, dit-il (i' , viennent de cette manière d'if];norance qui consiste à croire savoir ce qu'on ne sait point; car nous n'agissons que lorsque nous pensons savoi? ce que nous faisons : mais- les ignorants simples > qui sont persuadés. qu ils ne savent rien , prennent volontiers conseil quand il faut qu'ils agissent et qu'ils se déterminent ; et de cette sorte ils sont moins exposés que les autres à faillir.

Ce seroit encore une espèce de connoissance moins estimable que la simple ignorance , que de savoir tout ce long détail de la fortune d'Amyot, sans les réflexions qui l'accompagnent; car ces sortes de curiosités ne sont louables qu'autant qu'on en fait cet usage. Vous me mandez là-dessus que, les exemples comme celui-là étant nouveaux et inconnus , il est bien aiïë d'y faire des réflexions agréables ; mais que le commun du monde . qui ne lit que les histoires publiques , n'ayant aucune connoissance de ces sortes de faits singuliers , no sauroit en faire l'usage que je prétends II est vrai que la plupart des exemples de cet ouvrage sont tirés de mémoires manuscrits ; mais on en peut trouver beaucoup plus dans les histoires publiques qu'il n'en faudroit pour occuper tous les hommes

;l] ALaBIADS I.

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(lu monde, et peut-être même ans?! pcn connu» quoique imprimés, parce que ceux, qui les lisent n'en font pas le discernement nécessaire : cai il n'est rien de plus rare que ce discernement ne l'esprit pour ce qui est d'usage et pour ce qui n'en est pas , ce goût rafliné de l'àme pour sa véritable nourriture.

Quant à ce que vous ajoutez , que ces discour» ne sont pas assez remplis d'exemples, c'est que mon auteur étoit jtersuadé que, pour faire sentir à l'esprit le poids de ceux qu'il rapporte, la grandeur, la force et l'étendue du sens qu'il renferme, il étoit à propos que ces exemples , quelque agréables qu'ils puissent être, fussent en petit nombre; tant pour contrarier, même en ce point, cette avidité de faits et d'histoires de laquelle il se plaint en tant de lieux, avidité si ennemie de toute réflexion, qu'atin aussi que la mémoire, ayant moins lieu d'agir dans la lecture de ces discours, laissât plus de liberté au jugement pour s'exercer.

Car enfin , c'est principalement à cette faculrc qu'il appai'tient de découvrir nos défauts et d'y faire réflexion, pour connoJlre c.vactement la nature de notre âme et sa manière de procéder. ]N'on$ avons vu, dans les discours précédents, qne les principales de ces qualités sont la folie, la malice, et l'ignorance : qui croiroit après cela que cette âme fût capable de vanité ? Cependant c'est la vanité qui est sa principale règle. Vous verrez, dans le discours suivant, Que, lorsque l'âme est en

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cloute de ce qu'elle doit faire, c'est cette vani'é seule qui la détermine à choisir le parti qu'elle prend à la fin.

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