‹ Conjuration des Espangnols contre la République de Venise, et des GracquesChapitre 5 sur 9 · G8 CONJURATION · texte numérisé non relu

G8 CONJURATION

rôle qu’ils lui avoient donnée en faveur de ses compagnons. Elle n’avoit été violée qu’après une nmre délibération. Plusieurs même vouloient qu’on l’observât religieusement. D’autres remontrèrent que la chose pourroit être douteuse si on n’avoit su la conjuration qne par .laffier; mais que les deux Dauphinois qui l’avoient aussi révélée meLtoient le sénat en plein droit d’en user, de la même sorte que si .Taflier n’avoit rien découvert. Cet avis l’emporla, soutenu par l’horreur et la frayeur publique, quoiqu’il y eût plusieurs choses à dire au contraire.

On tâcha d’appaiser Tailler par toute sorte de moyens. On lui offrit de l’argent et de l’emploi. 11 refusa tout, s’obstina à demander, inutilement, la vie de ses compagnons, et sortit enfin de Venise inconsolable de leur supplice. Le sénat l’ayant su, lui envoya un ordre de vider les états de la république dans trois jours , sur peine de la vie, et quatre mille sequins, qu’on le força de prendre. La pitié qu’il ressentoit pour ses compagnons se redoubloit autant de fois qu il considéroit qu’il étoit la cause de leur mort. Il apprit en chemin que l’entreprise sur Bresse étoit encore en état de réussir. Le désir de se venger du sénat l'obligea à s’aller jeter dans cette ville : mais il y fut à peine, que les dix ayant pénétré cette affaire par des papiers des conjurés, on y envoya des troupes qui s’emparèrent des postes principaux, et passèrent au fil de l’épée quelques Espagnols qui y avoient été introduits, .laffier lut pris combattant à leur tête comme un homme qui ne cherche qu’à vendre chèrement sa vie ; et étant

CONTRE VENISE. iCg

conduit à Venise peu de jours après, il y fut nové le lendemain de son arrivée.

La mort de ce malheureux ayant achevé de rétablir la tranquillité dans cette grande ville, le premier soin du sénat fut de demander uu autre ambassadeur à Madrid. Bon Louis Bravo fut aussitôt nommé pour cet emploi , avec ordre de partir incessamment; et le marquis de Bedmar lui donna, suivant la coutume , une instruction qui se réduisoit presque toute à deux points.

Le premier de ces points étoit que le nouvel ambassadeur blâmât hautement en toute occasion la conduite de son prédécesseur, et qu'il affectât d’en tenir une contraire jusque dans les choses les plus indifférentes. L’autre point étoit que, dans toutes les affaires qu’il auroit à négocisr touchant les droits et les prééminences de la république, tl se servît pour tous mémoires du Squiilinio délia libertà ■veneta , auquel le marquis de Bedmar renvoie dans plusieurs endroits de cette instruction, et en des termes qui, bien que retenus, découvrent assez l’aiuour paternel qu’il avoit pour ce libelle.

On publia cependant, à son de trompe et par écrit, dans tous les états de la république, une défense, sur peine de vie, d’imputer quoi que ce fût de la conjuration au roi d'Espagne ni aux Espagnols. Ou donna trente mille ducats aux deux Dauphinois qui étoient venus exprès de leur pays pour la découvrir.

Don l!edre, voyant tontes choses désespérées, acheva de licencier ses troupes , et rendit Verceil.

1 7o CONJURATION CONTRE VENISE.

Le duc d’Ossone fît de grands biens à la femme et aux enfants du capitaine, en les mettant en liberté.

Le marquis de Bedmar reçut d’Espagne un ordre pour aller servir de premier ministre en Flandre; •et, quelques années après, on lui envoya de Rome le chapeau de cardinal.

Quand quelque fait est décrit à la vérité et avec ses circonstances , encore qu’il ne soit parvenu qu’a mi-chemin, si peut-on toujours en tirer fruit : tout ainsi que de ceux qui ne parviennent que j usques au tiers ou au quart «lu cours commun de la vie , ou ne laisse pas d’en tirer de bons exemples ; car la vertu , en toutes les parties de l’àge ou d’une action, se fait aucunement paroitre.

M. de la INoue, dans ses Mémoires.

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