‹ Connais-toi toi-mêmeChapitre 2 sur 77 · XI. — Qu'est-ce que le sommeil · texte numérisé non relu

XI. — Qu'est-ce que le sommeil

L'illustration devait jouer un rôle important dans cet ouvrage. Il serait, en elfet, impossible de suivre et de comprendre l'ex

posé des fonctions physiologiques du corps humain, si Ton n'avait sous les yeux la figure exacte des organes à l'intérieur desquels s'accomplissent ces fonctions. Nous avons confié à des dessinateurs spéciaux le soin de représenter ces organes, de manière à ne rien offrir à l'œil de désagréable, ni de choquant.

A ce premier et indispensable élément nous avons ajouté un certain nombre de compositions pittoresques représentant des scènes de l'histoire des grandes découvertes en physiologie.

Et comme il est toujours intéressant de connaître la physionomie des savants dont on lit les travaux et les découvertes, nous donnons, quand leur nom arrive dans nos récits, les portraits des plus illustres physiologistes des temps anciens et modernes.

Nous nous efforçons, dans cet ouvrage, de combattre les funestes principes du matérialisme, qui tend de plus en plus à envahir la science et la société. L'étude des merveilles du corps humain et du mécanisme de ses fonctions est, selon nous, le meilleur moyen de faire reconnaître et bénir la toutepuissance et la sagesse infinie du Créateur.

Cette pensée a été déjà exprimée par de grands écrivains, par des hommes d'une autorité considérable dans l'enseignement ou dans la philosophie.

Fénelon a établi que la perfection de nos organes révèle la perfection, bien autrement infinie, du Créateur.

Le chancelier d'Aguesseau recommandait à son fils l'étude de l'anatomie, comme devant, disait-il, plus sûrement qu'aucune autre science, le conduire à la science de Dieu.

Rollin, qu'il faut toujours citer lorsqu'il s'agit d'instruction et d'éducation, recommande, dans son Traité des études, nonseulement l'étude de la nature en général, mais celle de l'homme en particulier.

« 11 est étonnant, dit Rollin, que riiomme, placé au milieu de la nature,

qui lui offre le plus grand spectacle qu'il soit possible d'imaginer, et environné, de tous côtés, d'une infinité de merveilles qui sont faites pour lui, ne songe presque jamais ni à considérer ces merveilles, si dignes de son attention et de sa curiosité, ni à se considérer soi-même. Il vit au milieu du monde dont il est le roi, comme un étranger pour qui tout ce qui s'y passe serait indifférent, et qui n'y prendrait aucun intérêt. »

Lorsque Bossuet fut chargé d'enseigner au Dauphin, fils de Louis XIV, l'histoire el la philosophie, il voulut commencer par lui faire connaître l'homme. Et c'est ainsi que fut écrit le célèhre traité De la connaissance de Dieu et de soi-même, dans lequel le grand évêque démontre si bien qu'étudier Ihomme, c'est adorer Dieu.

Toici comment Bossuet résume une partie des idées développées dans cet ouvrage :

« Il fallait à l'âme un corps organique ; et Dieu lui en a fait un capable des mouvements les plus forts, aussi bien que des plus délicats et des plus industrieux.

« Ainsi, tout l'homme est construit avec un dessein suivi et avec un art admirable. Mais si la sagesse de son auteur éclate dans le tout, elle ne paraît pas moins dans chaque partie.

« Nous venons de voir que notre corps devait être composé de beaucoup d'organes capables de recevoir les impressions des objets, et d'exercer des mouvements proportionnés à ces impressions.

« Ce dessein est parfaitement e.xécuté. Tout est ménagé dans le corps humain avec un artifice merveilleux. Le corps reçoit de tous côtés les impressions des objets sans "être blessé. On lui a donné ces organes, pour éviter ce qui l'offense ou le détruit -, et les corps environnants, qui font sur lui ce mauvais effet, font encore celui de lui causer de l'éloignement. La délicatesse des parties, quoiqu'elle aille à une finesse inconcevable, s'accorde avec la force et avec la solidité. Le jeu des ressorts n'est pas moins aisé que ferme. A peine sentons-nous battre notre cœur, nous qui sentons les moindres mouvements du dehors, si peu qu'ils viennent à nous ; les artères vont, le sang circule, les esprits coulent, toutes les parties s'incorporent leur nourriture, sans troubler notre sommeil, sans distraire nos pensées, sans exciter tant soit peu notre sentiment, tant Dieu a mis de règle et de proportion, de délicatesse et de douceur dans de si grands mouvements.

« Ainsi, nous pouvons dire avec assurance que, de toutes les proportions

qui se trouvent dans les corps, celles du corps organique sont les plus parfaites et les i)lus palpables.

« Tant de parties si bien arrangées, et si propres aux usages pour lesquels elles sont faites, la disposition des valvules, le battement du cœur et des artères, la délicatesse des parties du cerveau, et la variété de ses mouvements, d'où dépendent tous les autres, la distribution du sang et des esprits, les effets différents de la respiration, qui ont un si grand usage dans le corps : tout cela est d'une économie, et, s'il est permis d'user de ce mot, d'une mécanique si admirable, qu'on ne la peut voir sans ravissement, ni assez admirer la sagesse qui en a établi les règles'. »

« Les savants et les ignorants, s'ils ne sont tout à fait stupides, sont également saisis d'admiration, en voyant l'artifice avec lequel est construit le corps humain. Tout homme qui le considère par lui-même trouve faible tout ce qu'il a ouï dire, et un seul regard en dit plus que tous les discours *. »

Descartes, qui avait consacré une partie de sa vie à des recherches d'anatomie et de physiologie, était arrivé à la même conclusion, à savoir qu'étudier la structure de l'homme, c'est trouver de nouvelles occasions de proclamer la sagesse infinie du Créateur des mondes et de l'humanité.

Nous espérons que la lecture de ce livre amènera à la môme conclusion, c'est-à-Llire fera comprendre que tant de moyens divers si merveilleusement combinés pour assurer l'exercice régulier de la vie dans l'espèce humaine trahissent avec éclat la pensée du suprême Créateur.

Il est regrettable, ajouterons-nous , que les auteurs d'ouvrages de science vulgarisée, si nombreux aujourd'hui, perdent trop souvent cette vérité de vue, et qu'après avoir décrit les magnificences des mondes, la grandeur, la majesté, les beautés de la nature, ils ne trouvent pas un élan de reconnaissance pour rendre hommage au Dieu souverain à qui nous devons ces bienfaits. On a dit, et il faut le répéter, parce que la

1. De la coanaissanaa de Dieu el de soi-m^me, in-12, chez Hachette. Paris, 1857. pages 132-133.

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