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LE MAL DES MONTAGNES

hommes de leur suite, du 13 au 23 août 1875, à des hauteurs exceplionuelles, rarement visitées par un être humain. Pendant dix jours leur campement le plus bas fut à 5547 mètres; le plus haut fut à 6442 mètres, c'est-à-dire à l'altitude la plus considérable à laquelle aucun Européen ait jamais passé la nuit.

Les trois frères Schlagintweit réussirent, le 2 août 1866, à monter jusqu'à 6706 mètres sur un contre-fort du Sassar. Le 19 du même mois, ils atteignirent, sur l'Ibi-Gamin, la hauteur de 7419 mètres, la plus considérable à laquelle l'homme soit encore arrivé sur une montagne. Dans les premiers temps, ils souffraient beaucoup dès que les cols qu'ils franchissaient atteignaient 5600 mètres; mais lorsqu'ils avaient passé quelques jours à de grandes hauteurs, ils ne ressentaient plus qu'un court malaise.

Disons toutefois qu'un séjour prolongé à une pareille altitude ne pourrait avoir pour la santé que des suites désastreuses.

En 1862, le physicien anglais Tyndall, pour faire des observations scientifiques, passa la nuit entière sur le sommet du ;\[ont- Blanc, abrité seulement par une petite tente. Les guides qui l'accompagnaient furent tellement malades, que le lendemain matin, de bonne heure, ils durent redescendre en toute hâte dans la vallée.

En résumé, il doit y avoir dans l'ascension des Alpes quelque cause inconnue qui rend le mal des montagnes plus grave que dans d'autres localités"; mais, en tout pays, le séjour dans des lieux très-élevés est une cause de dangers pour la vie.

Quand on sait que vers 2000 mètres de hauteur la plupart des personnes sont prises du mal des montagnes, on est toujours surpris d'apprendre que bien des villes soient situées au delà de cette hauteur. On peut pourtant citer beaucoup d'exemples de ce fait.

Des villes florissantes existent à 2600, 3000 et même 4000 mètres de hauteur, dans les Andes américaines, et au Thibet en Asie.

« Quand on a vu, dit M. Boussingault, le mouvement qui a lieu dans les villes comme Bogota, Micuipampa, Potosi, etc., qui atteignent 2600 à 4000 mètres de hauteur; quand on a été témoin de la force et de la prodigieuse agilité des toréadors dans un combat de taureaux à Quito, à 3000 mètres;

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quand on a vu enfin des femmes jeunes et délicates se livrer à la dan:^e pendant des nuits entières dans des localités presque aussi élevées que le Mont-Blanc, là où de Saussure trouvait à peine assez de force pour consulter ses instruments, et où ses vigoureux montagnards tombaient en défaillance en creusant un trou dans la neige; si j'ajoute encore qu'un combat célèbre, celui du Pichincha, s'est donné à une hauteur peu différente de celle du Mont-Rose (4600 mètres), on m'accordera, je pense, que l'homme peut s'accoutumer à respirer l'air raréfié des plus hautes montagnes. »

De Humboldt a vu des Péruviens exploiter la ferme d'Antisana, située à 4101 mètres au-dessus de la mer. Or les travaux agricoles nécessitent un développement de forces considérable.

La Paz est une ville située dans les Andes à 3717 mètres. Ses habitants ne souffrent nullement de la raréfaction de l'air. Seulement, les étrangers nouvellement arrivés ne peuvent y faire une marche un peu longue sans s'arrêter souvent. Aussi les nouveaux venus à La Paz sont-ils très-malheureux si, dans un bal, les jeunes Péruviennes ont la malice de les inviler à faire <iuelques tours de valse.

M. le docteur Jourdanet, après de longues observations recueillies au Mexique, a émis l'opinion qu'une diminution notable de la pression atmosphérique modifie la composition des gaz qui existent dans le sang, et qu'il en résulte une sorte d'anémie, plus ou moins grave selon les climats. M. Jourdanet a publié, en 1876, dans un ouvrage étendu, auquel nous renvoyons, l'exposé de ses idées sur cette question*.

Le mal des montagnes donne l'image fidèle du mal des aéronautes. Si l'on s'élève trop haut dans une ascension aérostatique, les symptômes que nous venons de décrire s'accentuent davantage, les phénomènes pathologiques prennent plus d'intensité, et fou a le mal des aéronautes. La respiration est plus accélérée, plus pénible, l'essoufflement plus prononcé. C'est que deux causes agissent alors : la diminution de la quantité d'oxygène qui entre dans les poumons, et l'excessive diminution de pression, qui fait que le poids de l'air extérieur n'est plus suffisant, à la surface du corps, pour contenir les liquides, le sang, la lymphe, etc., qui tendent à s'échapper des vaisseaux, par TetTet de la pression intérieure, restée la même. C'est pour cela qu'il se manifeste des hémorrhagies de sang et de lymphe

1. Influence de la pression de l'air sur la vie de Vhomme, 1 vol. in-8°.

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