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L' ANIMISME

L'animisme de Stahl, \e vitaU^me de Bichat et le vltalisme barthézien, telles sont donc les seules théories philosophiques dont nous ayons à nous préoccuper, et dont nous allons poser rapidement la valeur relative.

Vanimismc, tel que le professent, d'après Stahl, illustre médecin allemand du siècle dernier, un grand nombre de philosophes et de médecins modernes, accorde à l'âme le double pouvoir de diriger nos fonctions intellectuelles et nos fonctions physiologiques, en d'autres termes de présider à l'accomplissement du double travail matériel et immatériel de l'économie vivante- C'est l'animisme de Stahl que Xavier de Maistre développe avec tant de finesse dans son Voyage autour de ma chambre, quand il met en présence Vâme dirigeant la bête, c'est-à-dire

le corps.

Ce qui renverse l'animisme, c'est que ce système confond l'acte intellectuel et l'acte vital, qui sont l'un et l'autre d'un ordre essentiellement distinct, pour ne pas dire opposé. L'âme, d'après la définition qu'on en a toujours donnée depuis l'origine de la philosophie, a pour caractère l'immatérialité et l'immortalité; au contraire, la matière a pour caractères la mortalité et la destructibilité. L'âme est éternelle; la vie est, au contraire, condamnée à périr. L'une fait essentiellement acte de volonté, l'autre est soustraite à l'empire de la volonté, car la plupart de nos fondions naturelles s'accomplissent indépendamment de nous. Comment donc un même agent produirait-il des phénomènes d'une essence aussi opposée? Dire que notre âme digère les aliments, qu'elle fait contracter nos muscles et palpiter notre cœur, qu'elle fait circuler notre sang, voyager nos liquides, absorber les substances solides, liquides et gazeuses: dire que l'âme préside à la nutrition, à l'entretien, à la réparation de nos organes; prétendre qu'elle veille, comme un gardien fidèle, à l'entretien de la santé ; qu'elle lutte par elle-même contre la maladie qui nous menace: c'est altérer singulièrement l'idée que nous nous faisons de l'âme, de sa nature, de son rôle et de sa véritable

essence.

. Nous avons établi, dans le cours de cet ouvrage, qu'il y a une partie du système nerveux, le système du nerf grand sympathique, qui est chargée de diriger les fonctions des viscères de la poitrine et de l'abdomen, et que le grand sympathique continue son action pendant le repos de [l'encéphale. Pendant le

sommeil, l'âme dort, puisque l'encéphale, son instrument, son ministre, son organe, dort ; et pourtant les fonctions de nutrition, de digestion, de circulation, de respiration, de sécrétion, continuent de s'accomplir. L'âme n'est donc pour rien dans ces fonctions, qui s'accomplissent alors qu'elle est livrée à une inaction complète.

Ajoutons qu'avant la naissance, au moment où la vie accomplit des prodiges d'organisation, l'âme ne réside pas encore, dans le nouvel être. On ne peut, en effet, appeler de ce nom qu'un principe intelligent et raisonnable; or un tel principe fait absolument défaut avant la naissance.

L'animisme pur, l'animisme de Stahl, n'est donc pas le système auquel nous croyons devoir nous rattacher.

Le vitaUsme de Bichal consiste à accorder aux tissus vivants des propriétés spéciales qui les dilîérencient des autres corps de la nature, à leur attribuer des qualités propres, lesquelles disparaissent avec la vie. D'après Bichat, la fibre musculaire a la propriété de la contractilité, le tissu nerveux la propriété de la seitsibiliti', le cartilage la propriété de V extensibilité, le corps, en général, la propriété de produire de la chaleur, ou la caloricité, etc.

Le système des propriétés vitales de Bichat, qui n'est autre chose d'ailleurs que la vieille doctrine de V irritabilité de Haller, est adopté par beaucoup de médecins de nos jours, qui ne peuvent se dissimuler l'immensité de l'abîme qui existe entre les phénomènes vitaux et les phénomènes physiques et chimiques. Ils professent donc la théorie physiologique des propriétés vitales des tissus formulée par Bichat. Claude Bernard, qui avait vu de si près tant de phénomènes vitaux, avait été con(hiit à reconnaître qu'il y a dans ces phénomènes une partie qui échappe manifestement aux lois physiques. Il se rangeait donc à l'opinion de Bichat : il accordait des propriétés vitales aux tissus organiques de l'homme.

Seulement, Claude Bernard et les médecins qui adoptent le système àes propriétés vitales des tissus, perdent de vue la réserve solennelle qu'avait eu soin de faire le créateur de ce système.* Bichat n'a jamais prétendu expliquer quelque chose par le mot de propriétés vitales des tissus, pas plus que Newton ne prétendait dévoiler la cause primitive de la gravitation universelle dont il posait les lois, et en vertu desquelles les grands corps célestes

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