A. — ÉTATS DE LA GRAVURE EN RELIEF
Les états de la gravure en relief ainsi que ceux de la gravure en creux étant également recherchés par les amateurs et pstr les bibliophiles, nous allons tout d'abord nous occuper du seul état qui existe pour la gravure en relief et que l'on nomme fumé.
« Le fumé, ainsi que l'écrivait Octave Uzanne*, est
* Cf. Dictionnaire Bibliophilosophique à l'usage des Bibliophiles, (les Bibliognosles, des Bibliomanes et des Bibliophilistins, par Octave Uzanne. A Paris, En l'an de grâce bibliomanique, 1897. In-8» carré.
Chaque fois qu'un graveur désire connaître le résultat et l'efTet de son travail, en cours d'exécution d'une œuvre, il fait tirer une épreuve. Ces tirages divers d'une même planche constituent autant d'états, c'est la notation fidèle de toutes les phases d'une gravure. Ces états, que leurs modifications classent, avec un ordre irrécusable, dans le tirage général, sont d'autant plus recherchés qu'ils sont plus rares, ayant été tirés à quelques épreuves pour renseigner l'artiste.
Il appartenait h notre époque, qui s'est efforcée de mettre le public au courant des mystères des ateliers d'artistes, de tirer un certain nombre d'épreuves d'états d'une planche pour un public choisi.
Chaque édition illustrée possède ses états de première morsure, ses états avec remarques, ses fumés et ses avant-lettre. Cela exige une série de combinaisons bizarres qui compliquent encore la mise en œuvre si lente et déjà si complexe d'un livre illustré; — le graveur est obligé d'abandonner son travail, tandis que l'imprimeur tire le nombre d'épreuves d'état demandé
l'épreuve de recherche de toute gravure en relief qui, primitivement, donnait aussitôt après la taille une empreinte à l'aide d'un poinçon noirci à la fumée, ou d'une salissure de l'index.
« Les épreuves des graveurs servent de modèles aux typographes ou plutôt aux conducteurs de machines pour la mise en train du tirage courant.
« Le mot fumé est également un terme de fonderie, c'est l'épreuve obtenue en présentant le poinçon gravé à la flamme d'une bougie et en l'appliquant ensuite sur une carte lisse.
« Les anciens graveurs sur bois tiraient eux-mêmes les premières épreuves de leurs xylographies sur un papier mince, après avoir encré l'entaille de leur bois avec du noir de fumée très fin. Ils exerçaient alors une pression sur le papier humide à l'aide du brunissoir; — le fumé était donc un premier état sommaire, permettant à l'artiste de juger de l'avancement de son travail. C'est ainsi que procédèrent les graveurs sur bois jusques à la fin du xviii*^ siècle. Depuis longtemps le fumé n'est plus qu'un vain mot, l'encrage du bois se fit au doigt, puis au rouleau, et les épreuves ainsi tirées eurent beaucoup de délicatesse et de valeur.
« Les graveurs de 1840 à 1855, tous les derniers grands maîtres du genre, tirèrent leurs premières épreuves sur chine, au taquet ou au brunissoir, et ces épreuves intelligemment obtenues, avec les valeurs
par l'éditeur et cela trouble l'artiste, obligé pendant ce temps d'entreprendre une autre planche.
Il est juste d'avouer, que tout véritable connaisseur est heureux de suivre les procédés du graveur, et de s'assurer de la probité du travail.
voulues, les premiers plans accusés, les lointains ménagés, méritent l'engouement des collectionneurs.
* Depuis que la zincographie nous est venue, envahissante, on a conservé le nom de fumés aux épreuves tirées sur plaques avant montage des zincs sur bois, à l'aide de presses lithographiques par glissement; — ces épreuves sont encore intéressantes et donnent une impression beaucoup plus nette et plus pure que le tirage typographique; ces fumés sont tirés sur chine ou sur japon. On y substitue depuis quelques années le papier couché qui est une horreur et dont on devrait bien proscrire l'emploi, car une épreuve sur ce papier ne sera jamais qu'un trompe-l'œil. »